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Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur,
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION,
CONSACREE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN-AGE.
XXXIII.
ANNÉE 1872.
PARIS
LIBRAIRIE d'Alphonse PICARD,
RUE BONAPARTE, 82.
^872
D
i33
MÉMOIRE
SUR LES
INSTITUTIONS DE CHARLES VII
OUVRAGE DE FEU M. VALLET (DE VIRIVILLE),
COURONNÉ PAR l'ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
(concours du PRIX BORDIN, ANNEE 1862).
INTRODUCTION.
« Rechercher, à l'aide des documents publiés et inédits, les
changements introduits ou tentés sous le règne de Charles VII,
soit dans les conseils du roi et la conduite générale des affaires,
soit dans l'établissement des impôts et' l'état de l'administration,
soit dans la formation et l'organisation de l'armée, soit dans les
rapports de l'Eglise avec l'Etat, et assigner la part qu'ont prise
à ces diverses mesures la noblesse, le clergé et le tiers-état. »
Tel est le sujet de prix proposé par l'Académie des sciences
morales et politiques, section d'histoire générale et philosophique,
pour le concours de 1862. Cette question est une des plus inté-
ressantes qui se rattachent à nos annales. Le sujet nous paraît
être aussi l'un de ceux dont l'élaboration peut le plus favorable-
ment contribuer au perfectionnement de notre histoire. Les
Séances et travaux àeY Acdiàèvcàe (1860, 6*^ livraison, p. 459),
nous ont appris de quelle main émane le programme. Cette révé-
lation directe, à la rigueur, n'était point nécessaire. Aux termes
lumineux et précis du programme, l'auteur ou le rédacteur se
trahissait déjà. On pouvait facilement y reconnaître le juge
exercé, qui, en signalant une lacune historique, l'avait lui-même
sondée dans tous les sens.
Le rédacteur du programme, c'est-à-dire ses écrits ont été
le premier guide auquel nous nous sommes confié pour nous
orienter en présence du sujet que nous voulions traiter et pour
placer ce sujet dans la position générale qui lui convient. Le mé-
moire de M. Mignet sur la formation territoriale et 2'iolitique
de la France établit, en quelque sorte philosophiquement, dans
l'étendue de nos annales, la longitude et la latitude du règne de
Charles VII, au point de vue qui est le nôtre. Un autre publi-
ciste éminent caractérise ainsi cette période : « Le xv*^ siècle, dit
M. de Barante, fut l'agonie convulsiveet sanglante de la grande
féodalité, l'enfantement d'une constitution monarchique, qui ne
prit son caractère et son assiette que sous François F'". » Cet
aperçu, déposé en quelque sorte fortuitement dans un écrit où l'on
n'irait pas le chercher ^ nous semble aussi remarquable par sa
justesse que par sa profondeur. On pourrait, je crois, sans perdre
de vue la vérité, le générahser encore davantage. Lorsque le
règne de Charles VII, ou mieux lorsque son époque sera plus
profondément fouillée et mieux connue, l'importance historique
de cette phase de transition s'élèvera ou s'accroîtra, si je ne me
trompe, dans l'estime publique. Les faits historiques, les institu-
tions, les entreprises philosophiques et littéraires, celles de la
navigation et de l'industrie, les œuvres de l'art enfin, apparaî-
tront sous un jour nouveau et plus étendu. L'observation de
l'illustre auteur de l'Histoire des ducs de Bourgogne, ne s'appli-
quera plus seulement aux institutions civiles de Charles VII et
aux traditions administratives ou monarchiques fondées par ce
prince. On verra en un mot que la date de ce grand mouvement,
salué par tout le monde sous le nom de Renaissance, doit être
déplacée du point chronologique où la fixent aujourd'hui les doc-
trines historiques courantes. Alors on reportera cette date non
plus vers la fin, mais vers le commencement du xv° siècle.
Des études antérieures auxquelles je m'étais livré sur cette
période, m'ont rendu particulièrement sensible à l'appel public de
l'Académie. Je n'ai pas su résister au charme du programme, et
j'ai cédé à cette attraction, sans trop calculer, peut-être, si la
voix que j'ai cru entendre me conduirait au port ou à l'écueil.
La méthode que j'ai suivie est très-simple. J'ai divisé le pro-
gramme en autant de parties séparées que la question dans son
1. Mélanges littéraires (analyse du Jouvencel), 1835, in-S", l. 2, p. 147.
ensemble, contient de membres distincts. J'ai fait de chacun de
ces points le sujet d'une étude spéciale et d'un chapitre séparé.
J'ai traité de la sorte et successivement chacun des aspects indi-
qués et j'ai tenté de fournir à tour de rôle la solution demandée.
Lorsque des points plus particuliers m'ont paru dignes d'être
envisagés à part, j'ai subdivisé les chapitres. Ainsi, le chapitre II
m'a fourni des embranchements multiples. J'ai rencontré sur
ma route une question accessoire, d'une importance réelle et qui
a déjà fixé l'attention de l'Académie : celle des États généraux et
provinciaux. Au heu de tourner cette difficulté, je l'ai abordée de
front sans toutefois m'écarter trop longtemps de la voie princi-
pale. L'Académie jugera si les documents nouveaux que j'ai
apportés fournissent quelque lumière utile à ce point accessoire
en lui-même, et à la question qui fait l'objet du concours.
J'ai cru devoir joindre aux cinq chapitres dans lesquels j'ai eu
pour but d'épuiser successivement les éléments du programme,
un appendice intitulé : Pièces justificatives, 7iotes et dévelop-
pements^. Mes recherches sur le règne de Charles VII m'ont
enrichi d'un nombre considérable de faits et de documents iné-
dits. J'ai à cet égard usé largement de la licence et même de l'in-
vitation qui m'étaient ouvertes par les arbitres du concours. Il
m'a semblé toutefois qu'il était de bon goût de ne pas déployer
outre mesure l'appareil de l'érudition. L'Académie à laquelle je
dois en ce jour l'hospitalité du tournoi, n' est-pas celle des Inscrip-
tions et belles-lettres. Je me suis donc borné à des indications ou
à de courtes analyses. Ces garants suffiront, je l'espère, quant à
présent, pour constater l'existence des sources que j'ai invoquées.
Le cas échéant, ils permettront même à mes doctes juges d'y
recourir pour me contrôler.
Si le travail que je soumets à l'appréciation de l'illustre com-
pagnie obtenait ses suffrages, peut-être, encouragé par ce succès,
tenterais-je pour ces feuilles l'épreuve et le grand jour de la
publicité? Mon dessein serait, en ce cas, d'agrandir quelque peu
le cadre, et d'y joindre un petit nombre de chapitres qui n'ont
1. Cette portion du travail de M. Vallet de Viriville était restée à l'état d'ébauche
tant sur la minute que sur la copie déposée à l'Institut. Nous avons dû la laisser
de côté. A part ce retranchement, nous publions le mémoire de notre regretté
confrère tel qu'il a été soumis à l'Académie, et sans employer les notes qu'il
avait réunies en vue d'une refonte de son travail. (Note du Comité de rédaction.)
point trouvé et qui ne devaient point trouver place dans le pro-
gramme offert aux concurrents. Ce travail pourrait alors être
intitulé Essai historique et critique sur les institutions de
Charles VIL Le court espace d'une année franche m'a étroi-
tement suffi pour réunir mes matériaux, les coordonner et rédi-
ger les chapitres qui vont suivre. Si j'imprimais mon travail, je
transcrirais in extenso ces pièces justiiîcatives. J'en ferais le
texte et j'y ajouterais les développements nécessaires. Bien loin
de laisser ces actes dans l'état imparfait où ils se présentent pro-
visoirement, je saisirais avec empressement une occasion, qui me
semble opportune, de joindre au discours un genre de documents
que tout historien sérieux tient en haute estime, et qui, néan-
moins, obtient difficilement l'accès du public.
Décembre 1861.
CHAPITRE P'.
Changements introduits ou tentés dans les conseils du roi
et la conduite générale des affaires.
Ce que l'on peut appeler « les conseils du Roi, » en d'autres
termes, les corps constitués qui, du temps de Charles VII, prési-
dèrent à « la conduite générale des affaires, » consistaient (après
la personne rovale, en qui résidait l'autorité someraine) dans
les institutions ci-après énumérées :
\ ^ Le Conseil privé, ou grand Conseil ;
2° Les grands officiers, ou grandes charges de la couronne ;
3° La chancellerie de France ;
4° Les cours souveraines : parlement, comptes, aides, mon-
naies.
Sous le règne de Charles VII, un changement, une modifica-
tion notable s'introduit au sein des conseils du Roi et^ par là,
dans la conduite générale des affaires. La modification qui carac-
térise ce règne, aux yeux de l'historien, est celle qui affecta la
composition personnelle de ces divers corps.
Le présent chapitre, destiné à justifier cette proposition, offrira
donc une étude historique et succincte, sur le personnel de la
haute administration à cette époque. Dans les développements qui
vont suivre, nous observerons l'ordre même de la précédente
énumération. Nous allons consacrer à chacune de ces quatre ins-
titutions un paragraphe spécial. Ces quatres notices, plus ou
moins étendues, seront successivement dessinées au même point
de vue.
§ P^ — Grand Conseil.
Sous Charles VII, l'assemblée qui délibérait sur les plus hautes
affaires du royaume, s'ouvrit, dans une proportion croissante ou
progressive, à cette partie de la société que nous appelons au-
jourd'hui la classe moyenne et qui se nommait alors le tiers
état.
Cette remarque n'a point échappé k nos divers historiens mo-
dernes. Il nous appartient spécialement d'en faire ressortir la vé-
rité. Les documents historiques permettent de communiquer jus-
qu'à un certain point à cette démonstration, le genre d'évidence
et de précision qui appartient aux sciences mathématiques. Nous
essayerons donc de mettre ce fait en lumière par le moyen de
deux tableaux comparés, construits l'un et l'autre sous la forme
de résumé statistique. Le premier de ces tableaux montrera
l'état des choses sous le règne du prince à qui Charles VII suc-
céda sur le trône. Le second représentera l'état correspondant
sous le règne de Charles VII.
Mais avant d'offrir au lecteur ce double relevé, nous devons
expliquer en quelques mots la méthode qui nous a guidé pour le
dresser et indiquer les sources où nous avons recueilli les élé-
ments dont il se compose.
Les actes les plus importants du gouvernement de Charles VI
se trouvent groupés, par ordre chronologique, dans le Recueil
des ordonnances des rois de France. De date en date,, la for-
mule finale de ces édits nous présente les noms des conseillers de
la couronne en présence desquels le diplôme que l'on examine
a été délibéré. Nous avons pris pour premier objet de comparai-
son une période déterminée du règne de Qiarles VI. Cette pé-
riode embrasse une durée de quinze années, dont l'étendue nous
paraît suffisante. Elle commence à 1403 et finit en 1418. Le pou-
voir royal, à cette dernière époque, usurpé par le duc de Bour-
gogne, puis bientôt par les Anglais, commence, d'un autre côté,
à être revendiqué, concurremment, par Charles dauphin, lieu-
tenant général, puis i-égent, puis enfin roi sous le nom de Charles
VIL
En dépouillant attentivement les quatre ou cinq volumes des
Ordonnances qui correspondent à ladite période, on obtient pour
résultat une centaine et plus de noms divers, appartenant à des
conseillers qui ont souscrit ces nombreux diplômes. Nous avons
d'abord éliminé la moitié environ de cette liste comprenant des
personnages dont le nom ou l'intervention n'apparaît qu'une
fois, ou accidentellement, dans ces actes. Nous avons conservé
l'autre moitié de la liste composée de 60 noms. Cette seconde
moitié ou résidu, nous paraît offrir la nomenclature complète
des principaux conseillers de Charles VI, de 1403 à 1418.
Pour ce qui est du règne de Charles VII, nous avons eu re-
cours au mémoire intitulé Charles VII et ses conseillers 1403-
1461, par M. Vallet de Viriville^. Ce relevé, beaucoup plus
étendu que le premier, dans son ensemble, comprend environ
280 conseillers. Il embrasse non-seulement le règne, mais la car-
rière entière de ce prince. En appliquant les mêmes principes à
cette liste, c'est-à-dire en éliminant les conseillers les "plus
rares et les moins importants, nous avons réduit également ce
deuxième relevé à un total de soixante noms. De même aussi,
nous considérons cette, dernière nomenclature comme un état
complet des principaux conseillers de Cliarles VII.
TABLEAU COMPARATIF DES PRINCIPAUX CONSEILLERS
DE CHARLES VI (1403-^/^8) ET DE CHARLES VII (U48-U64).
CHARLES VI.
PRINCES ET PRINCESSES.
1 La reine Isabeau de Bavière.
2 Louis, duc de Guyenne, + 1415.
3 Charles de France, dauphin (Charles VII).
4 Louis II, roi de Sicile, duc d'Anjou, f 1417.
5 Charles, roi de Navarre, f 1425.
6 Jacques de Bourbon, comte de la Marche.
1. Paris, Dumoulin, 1857, iu-8». L'auteur de cet opuscule, indépendamment
des Ordonnances, a mis à conlribuUon une multiludc d'actes inédits.
7 Jean, duc de Berry, f 1416.
8 Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, f 1404.
9 Jean-sans-Peur, id., f 1419.
10 Philippe-le-Bon, comte de Charolais (1413-1418).
11 Louis, duc d'Orléans, 1 1407.
12 Charles, id., prisonnier, 1415.
13 Louis II, duc de Bourbon, + 1410.
14 Jean, id.
15 Jean VI, duc de Bretagne.
16 Louis de Bavière, frère de la reine.
17 Jean, comte puis duc d'Àlençon.
18 Cliarles d'Artois, comte d'Eu.
19 Louis de Bourbon, comte de Vendôme.
20 Jacques de Bourbon, sire de Préaux.
21 Pierre de Navarre, comte de Mortain.
22 Philippe d'Orléans, comte de Vertus.
23 Charles d'Albret, connétable.
24 Bernard VII d'Armagnac, id.
25 Antoine de Bourgogne, duc de Brabant.
26 Philippe de Bourgogne, comte deRéthel et de Nevers.
27 Le marquis de Pont, prince lorrain.
28 Jean de Châlon, prince d'Orange.
29 Guillaume de Bavière, comte de Hainaut.
30 Le cardinal de Bar (etc. etc.)
NOBLES d'ancienne CHEVALERIE.
31 Walerand de Luxembourg, comte de Saint-Paul.
32 Regnauld d'Angennes.
33 Pierre d'Aumont, porte-oriflamme.
34 Le Galois d'Aunoy.
35 Jean de ChambriUac.
36 Antoine de Craon.
37 Jean de Hangest.
38 Gui le Boutilier.
39 Charles de Savoisy.
40 Guillaume de Melun, comte de TancarvOle.
ROBE ET TIERS-ÉTAT.
41 Jean d'Armagnac, archevêque d'Auch.
42 Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux.
i2
43 Hardouin de Bueil, êvèque d'Angers.
44 Jean de Montaigu, archevêque de Sens.
45 Gérard de Montaigu, évoque de Paris.
46 Jean de Montaigu, grand maître.
47 P. Fresnel, évéqiie de Meaux et Lisieux.
48 Itier de Marti'euil, évoque de Poitiers.
49 Jean de Tlioisy, évêque de Tuurnay.
50 Ph. de Moulins, évêque de Noyon.
51 Pierre l'Orfèvre, chancelier du duc d'Orléans.
52 Guillaume Cousinot, id.
53 Arnaud de Corbie, chancelier de France.
• 54 Henri de Marie, id.
55 J. J. des Ursins, chancelier de Guyenne.
56 Jean de Norry, archevêque de Sens.
57 Pierre de Lesclat, conseiller.
58 Eus tache de l'Aistre, conseiller.
59 Jean Davy, bailli de Rouen.
60 Michel de Lallier, bourgeois de Paris, maitre des comptes,
etc.
CHARLES VII.
PRINCES ET PRINCESSES.
1 Yolande d'Aragon, mère delà reine.
2 Charles de France, dernier fils du roi.
3 Charles d'Anjou, beau-frère du roi.
4 René d'Anjou, id.
5 Jean II, duc de Bourbon.
6 Charles, successeur.
7 Charles, duc d'Orléans.
8 Jean, bâtard d'Orléans, comte de Dunois.
9 Charles, sire d'Albret.
10 François, duc de Bretagne.
NOBLES d'ancienne CHEVALERIE.
11 Béraud, dauphin d'Auvergne.
12 Antoine d'Aubusson, sire de Monteil.
13 Arnald Guilhem, sieur de Barbazan.
14 Bertrand de Beauvau, sieur de Précigny.
15 Le maréchal de Boussac.
43
16 Pierre de Brézé, comte deMaulévrier.
17 Jean de Bueil.
18 Prègent de Coëtivy.
19 Louis de Culant.
20 Le maréchal de Jaloignes.
21 Poton deSaintrailles.
22 Théodore de Valperga (piémontais).
23 Le comte de Biican (écossais).
24 Bern. d'Armagnac, comte de la Marche.
25 Le maréchal de la Fayette.
26 Pierre de Giac.
27 Charles de Poitiers.
28 Beaudoin de Champagne, sire de Thucé.
29 Jean de Comborn, vicomte deTreignac.
30 Comte de Villars-Vauvert.
ROBE ET TIERS-ÉTAT.
31 La Piicelle d'Orléans.
32 Jacques Cœur.
33 Cousinot de Montreuil.
34 Jean Bureau.
35 Gaspard Bureau.
36 Robert le Maçon.
37 Gouge de Charpaignes, év. de Clermont.
38 Jean Bernard, arch. de Tours.
39 JeanBarbin.
40 Régnier de Bouligny.
41 Guillaume de Champeaux.
42 Adam de Cambray, premier président.
43 Jean Chevrot, évêque de Tournai.
44 H. de Combarel, évêque de Poitiers.
45 Jean Dauvet, procureur général,
46 Denis du Feurre.
47 D. du Moulin, arch. de Toulouse.
48 Etienne Chevalier.
49 Jean Hardouyn, trésorier.
50 G.J. des Ursins, chancelier.
51 J. Le Boursier, trésorier de France.
52 Jean Le Picard, id.
53 Jean Louvet, président de Provence.
u
54 Guillaume de Lucé, évêque de Maillesais.
55 Robert de Rouvres, évêque de Maguelonne.
56 Simon Charles, président des comptes.
57 Pierre d'Oriole, trésorier.
58 Jean Tudert, doyen de Paris.
59 Jean Rabateau.
00 Alain Chartier, poète, secrétaire du roi.
RÉSUMÉ GÉNÉRAL.
CONSEILLERS DE CHARLES VI : CONSEILLERS DE CHARLES VII :
Princes et princesses. . . 30 10
Nobles d'ancn<^ chevalerie. 10 20
Robe et tiers-état .... 20 30
60 60
Nous avons omis dans cette double liste certains personnages
qui auraient pu y figurer des deux côtés. Tels sont, par exemple,
R. de Chartres, T. Duchàtel, G. de la Trimouille, Jean deTorsay
et d'autres. Ces noms, ainsi répétés, se seraient en quelque sorte
annulés mutuellement. Rs auraient surchargé, sans profit, notre
tableau. Nous leur avons substitué des personnages qui ne se
trouvent pas dans les mêmes conditions, c'est-à-dire des conseil-
lers propres à l'un des deux règnes.
L'ordre, comme le choix des individus qui remplissent cette
nomenclature, n'est point une œuvre arbitraire, ainsi qu'on pour-
rait le croire, et composée à plaisir. L'un et l'autre sont le pro-
duit, à peu près rigoureux, que nous amène le dépouillement
historique dont nous avons fait connaître les éléments. La
critique , par conséquent , est en mesure de contrôler notre
assertion.
J'avouerai toutefois une exception volontaire que j'ai faite à
l'emploi de cette méthode. Cette exception s'applique à la PuceUe
d'Orléans, qui, dans notre tableau, ouvre pour Charles VII la
série des conseillers du tiers-étât. Charles VII, une seule fois,
l'admit officiellement au conseil royal. Ce fut en juillet 1429,
au siège devant Troyes. Plût à Dieu que Charles VII eût suivi
plus souvent et avec plus d'abandon les avis de la conseillère
15
inspirée. Celle-ci, au contraire et mallieureiisement, périt vic-
time de jalousies à jamais déplorables et auxquelles elle fut indi-
gnement sacrifiée. Cependant, et quelque sévère que soit à cet
égard le jugement que l'on porte sur le roi de France, on
peut dire que, pour lui-même, ce sacrifice d'une victime inno-
cente ne demeura point stérile. Ses yeux s'ouvrirent tardivement
sur cette grande faute de ses premières années, mais ils s'ou-
vrirent. L'héroïque initiative de Jeanne fut une révélation
de ce que le tiers-état renfermait de dévouement, d'intelligence,
jusque dans ses couches les plus profondes. Au prix de l'abandon
et du martyre, Jeanne contribua aussi h frayer la route qui,
après l'héroïne, devait amener le tiers-état sur la scène de la
politique et de l'histoire. Tels sont les motifs qui m'ont paru
justifier l'exception dont j'ai parlé.
Au surplus, les documents historiques permettent de vérifier,
sous une autre forme et par d'autres moyens, les conclusions
qui résultent de notre tableau onomastique. Dès le jour, pour
ainsi dire, où l'antagonisme des deux partis : Armagnac et
Bourgogne, se dessina dans l'arène, la différeiice, que nous
avons voulu faire ressortir, de ces deux tableaux, frappa les
esprits et fut publiquement signalée. Déjà, dans son manifeste du
25 avril 1417, Jean-sans-Peur jetait à ses adversaires ce re-
proche : « Comme ja piéça, dit-il, eussions trouvé la disposition
de la noble chose publique de ce royaume dissipée et despouillée
par gens de 2)etit estât, incognus de lignage, qui n'ont entendu
qu'à eux allier ; etc. ^ » Ce même document, dans une antithèse
affectée, oppose à ces vils conseillers de la couronne ceux du
parti de Bourgogne, « attenant à la noble génération du roi, »
et qui ne comptent, parmi eux, que des gens de grande naissance.
En 1418, lorsque le dauphin s'exila volontairement de la capi-
tale, pour n'y plus rentrer, les mêmes arguments, les mêmes
reproches sur l'obscurité de son entourage lui furent de nouveau
adressés, au nom même de la reine, et le trouvèrent opiniâtre-
ment insensible. Plus tard, en 1440, la Praguerie, cette sédi-
tion de la féodalité qui se sentait frappée, ne justifia par aucun
autre prétexte son audacieuse levée de boucliers.
Enfin, ce grief se retrouve encore au fond d'un incident
funeste et des plus graves, qui marqua les dernières années de
1. Godefroy, Charles VI, p. 679.
Charles yil. Jean, duc d'Alençon, fut au nombre des grands
seigneurs éconduits par suite de cette transformation survenue
dans le conseil. Le duc Jean, prince du sang royal, avait rendu
au trône d'incontestables services. II s'aveuglait en outre, avec
la complaisance de l'amour-propre, sur ses facultés ou son mé-
rite intellectuels, qui paraissent avoir été, en effet, très-infé-
rieurs à son zèle et à ses prétentions. Jean, duc d'Alençon,
indigné de se voir préférer des hommes sans naissance, en
conserva contre le roi un ressentiment que rien ne déracina de
son cœur. Non content de se rallier, l'un des premiers, à la Pra-
guerie, lui .seul, à seize ans de là, en pleine paix et après
l'affranchissement complet du territoire, il ose conspirer avec les
Anglais. Jean appela de nouveau ces étrangers dans nos ports,
en promettant.de leur livrer par trahison le royaume. Que l'on
ouvre la relation de ce fameux procès, ou la chronique domestique
de Cagny, annaliste et confident de ce prince, et l'on verra que
toute la rancune du duc avait pour unique cause ou origine celle
que nous venons d'indiquer.
§ II. — Grands officiers de la couronne.
Les grands officiers de la couronne étaient d'abord de véritables
ministres et en portaient le titre : Ministeriales domini régis.
Mais, surtout depuis saint Louis, qui organisa les six grands
offices de l'hôtel, dans un cadre domestique, cet état de choses
avait subi de graves modifications. Sous Charles VII, les grandes
charges ne conféraient plus, de droit, aux titulaires l'entrée du
conseil. Plusieurs de ces offices, tout intérieurs, n'entraînaient
aucun acte d'administration générale. Les grandes charges
s'étaient multiphées, en perdant de leur importance politique.
Nous en comptons dix-sept au temps de Charles VIP. Ce prince,
en prenant possession du gouvernement, trouva des titulaires
1. Grandes charges sous Philippe-Auguste : 1° chancelier, 2° sénéchal, 3° bou-
teiller, 4° connétable, 5" chambrier. Gravides charges sous Charles VII: i" chan-
celier, 2° connétable, 3" maréchaux, 4° amiral, 5° grand maître des arbalétriers
(commandant général de l'infanterie), C" grand maître de lartillerie, 7° confes-
seur du roi (plus tard grand aumônier), 8° grand maître de l'hôtel, 9» grand
(•hambrier, lOo grand chambellan, 11° grand écuyer, 12'' grand échanson, 13°
grand pannetier, 14° grand veneur, 15° grand fauconnier, 16" grand queu\ ou
cuisinier, 17" grand maître des eaux et forêts.
nantis de la plupart de ces emplois. Mais la captivité d'Azincourt,
les événements de 1418, et enfin les extinctions mirent en sa
main quelques-uns de ces offices. Bientôt le roi devint trop
pauvre pour subvenir aux riches émoluments de ces places de
cour. On peut distinguer, parmi ces diverses fonctions, celles qui,
aux yeux du roi, constituaient des postes utiles, nécessaires, .
politiques, et celles qui n'importaient en quelque sorte qu'au
luxe de la monarchie. Le chancelier présidait à l'expédition de
toutes les affaires administratives. Le connétable, les maréchaux,
l'amiral, les grands maîtres des arbalétriers et de l'artillerie,
représentaient la force militaire. Ces six fonctionnaires peuvent
être rangés dans la première catégorie. Cliarles VII, à travers
les influences variables qui dominèrent successivement son esprit,
paraît avoir mis principalement son étude à remplir sans discon-
tinuité ces offices. Les noms des titulaires sont encore, en général,
un témoignage du soin qu'il mit à en pourvoir les sujets les
plus capables. Il y introduisit, à l'occasion, des hommes exclusi-
vement distingués par leur valeur personnelle, sans acception
de la naissance. On peut citer à cet égard les deux frères
Bureau, grands-maîtres de l'artiUerie, qui, par leur aptitude
spéciale, créèrent, pour ainsi dire, chez nous cette arme, au
moment où l'artillerie allait transformer l'art de la guerre. Il
faut joindre ici le nom d'un digne et saint homme, Gérard
Machet, personnage trop peu connu, qui, sous le titre de con-
fesseur du roi, remplit les fonctions affectées plus tard au grand
aumônier. Machet était le fils d'un bourgeois de Blois. Il
eut pour successeur Jean d'Auxy, docteur célèbre , issu, comme
le précédent, d'une obscure origine et qui s'éleva, comme lui, par
un mérite réel.
Charles YI n'avait que deux maréchaux de France. Le nombre
en fat porté à trois sous Charles VII, et fut maintenu pour sub-
venir à ses grandes nécessités militaires.
Les dix autres offices semblent avoir formé, aux yeux mêmes
du prince, une deuxième catégorie. On vit plus d'une fois ces
hauts emplois désertés par les titulaires eux-mêmes, lorsque la
détresse du roi ne lui permit plus de les rétribuer. D'avides
courtisans s'en disputèrent aussi les provisions, comme des
créances à faire valoir. Plusieurs étaient des espèces de fiefs,
demeurés, non pas en droit mais en fait, comme héréditaires
dans de grandes maisons. Nous citerons, comme exemples, les
^8
Linières, grands queux ; les La Châtre, grands fauconniers ; les
ducs de Bourbon, grands chambriers de France.
Charles VII, à l'égard de ces grands officiers, de ces grands
seigneurs, paraît avoir observé la même ligne de conduite qu'il
suivit en général vis-à-vis des princes ses parents. Dès que la
prospérité remit à flot son trésor, il leur prodigua les titres, les
pensions, les gros traitements. Mais lorsque ces princes ne lui
paraissaient pas dignes de sa confiance, il leur refusa l'influence
et l'action. Il réserva l'action et l'influence à des capacités
naturelles ou éprouvées, qui lui valurent le titre de Charles le
bien servi.
Quant aux charges de cour de la seconde catégorie, si le roi
les maintint, c'est, vraisemblablement, qu'il ne tînt pas à lui de
les réduire. L'historien de ces fonctionnaires s'exprime ainsi dans
la savante monographie qu'il leur a consacrée. « On apprend
des titres de Bourbon, dit le P. AnselmeS que le roi Charles YII,
pour le soulagement de son peuple, révoqua toutes les commis-
sions de grand bouteillier, de grand 2^c<'nnetier et autres
offices, par lettres du 29 mars 1449. » (1450 nouveau style).
§ III. — Chancellerie.
Au xv'' siècle, le chancelier de France réunissait dans sa main
tout le travail administratif du gouvernement. La monarchie
n'avait pas d'autres bureaux que la chancellerie. Le chancelier
de France, premier ministre, visait et scellait tous les actes
émanés du conseil. Ces actes étaient exclusivement rédigés par
ses agents et sous sa responsabilité-. Les mêmes agents remphs-
saient auprès du roi directement un office analogue. Ils portaient
le titre de notaires et de secrétaires du roi. Les membres du
conseil, tels que le connétable, trésorier, etc., présidaient à des
services actifs, mais non à des départements ministériels. Cette
répartition ne commença de paraître, avec la création des minis-
tères, que sous François P'" ^. Pour suivre les affaires adminis-
tratives, pour entretenir la correspondance, notamment avec les
1. Article d'Anloinc de Chabaimes, grand panneiier. Voy. Liste chronologique
des grands officiers de la couronne sous Cliarles VII, dans Charles VU et ses
conseillers, p. 33 et suiv.
2. De là ceUe formule finale: Foîw(<;'est-à-dire le chancelier) et autres {mam-
bres du conseil), présents.
3. Voyez ci-dessus, p. G.
d9
puissances étrangères, Charles VII employait ses notaires ou
secrétaires du roi. Un même secrétaire recevait dans ses attribu-
tions, telle ou telle brandie d'administration, tels ou tels pays
étrangers. Ce secrétaire, désormais, soit avec le chancelier et
sous ses ordres, pour les affaires du conseil, soit directement avec
le roi, traitait, rapportait et expédiait toutes les affaires de ce
genre, ou de cette catégorie ^. Ces mêmes fonctionnaires, du xv"
au xvi" siècle prirent le titre de secrétaires d'Etat. Puis les
départements ayant été étabhs, ils devinrent, au xvii*^ siècle,
ministres secrétaires dfEtat, ou nos ministres à portefeuilles
des temps modernes.
Les notaires et secrétaires du roi, sous Charles VII, étaient
donc, dans une situation moins haute et moins à découvert, de
véritables ministres, chargés de traiter les plus grandes affaires.
On peut joindre aux notaires et secrétaires du roi les maîtres
des requêtes qui suivaient la cour, ou maîtres des requêtes de
l'hôtel. Ceux-ci instruisaient et rapportaient, soit au parlement,
soit au conseil, les affaires d'administration intérieure et surtout
judiciaires. Les notaires du roi et les maîtres des requêtes for-
maient un double séminaire que l'on pourrait, sans trop d'inexac-
titude, comparer au Conseil d'État- de la monarchie actuelle.
Charles VII peupla cette pépinière administrative et politique de
jeunes sujets, qu'il prit, suivant une tradition déjà établie, dans
le tiers-état. Ces jeunes gens devinrent les ambassadeurs, les
financiers, les hommes d'État qui marquèrent le plus dans l'his-
toire de ce règne. Robert Mallière, Jean Tudert, Simon Charles,
Jean le Picart, Etienne Chevalier, Cousinot de Montreuil, etc.,
etc., furent d'abord secrétaires du roi ou maîtres des requêtes.
1. On peut \érifler celle remarque, pour les acles du conseil, en étudiant
l'ordre suivi quant à la signature des ordonnances. La Bibliothèque nationale
possède dans les fonds Dupuy, Baiuze, Fontanieu, et d'autres, des lots de pièces
non déposées au Trésor des chartes, et qui servaient de matériaux au travail
administratif. Tels sont notamment les recueils de Baiuze 9037, 7, et 9987, 3.
Ces documents originaux sont revêtus uniformément au dos d'une signature.
C'est celle du secrétaire du roi qui, du temps de Charles VII, avait reçu en
main ces papiers. Les mêmes signatures se retrouvent sur des pièces analogues
déposées aux layettes du Trésor des chartes. On peu1 encore vérifler ces observa-
tions dans les mss. fr. 5,024, 5,053, 5,909 de la Bibliothèque nationale; ms. 7 de
la préfecture à Troyes, etc. Ce sont des recueils de protocoles à l'usage des no-
taires de Charles VIL Voyez aussi Camusat, Meslanges historiques, 1619, in 8%
f" 45 et s.
2. Maîtres des requêtes et auditeurs.
20
§ IV. — Cours souveraines.
Le parlement, sous Charles VII, ainsi que les autres cours
souveraines, contribua puissamment, par l'ensemble de ses actes,
à fo^idreles diverses classes delà société dans une sorte d'unité
sous l'empire commun de la loi. Mais nous ne devons étudier ici
que la composition personnelle de ces cours. Or les développe-
ments qui précèdent nous permettront, sur ce point, d'être bref.
Le parlement, sous Charles VII, était une institution déjà fixée.
II se recrutait à peu près héréditairement dans nos familles j^rtr-
lementaires. Le roi n'intervenait guère que pour nommer les
sujets promits ou commis à telle délégation. Les principes que
nous avons signalés se montrent et se vérifient de nouveau dans
les choix que fit Charles VII pour composer les rangs de ses
cours souveraines. Ainsi, par exemple, le nom si célèbre de
Jacques Cœur se rattache au souvenir des monnaies. La
chambre ou cour des comptes semble avoir été de la part du roi,
pour sa composition personnelle, l'objet d'une sollicitude toute
spéciale. Là, se retrouvent encore les noms de Jacques Cœur,
des frères Bureau, d'Etienne Chevalier, etc., etc.; tous sortis du
tiers-état ; l'élite des hommes qui servirent à cette époque le roi
et le roj^aume.
Ainsi donc : élimination volontaire des princes, des seigneurs,
substitution à ces personnages de conseillers qui ne se recomman-
daient plus tout d'abord par l'aristocratie du sang; voilà, si je ne
me trompe, un double fait acquis à l'histoire et qui s'appuie sur
divers genres de preuves. Ce changement se développe, il s'affer-
mit en quelque sorte avec le développement du règne lui-même.
On se tromperait toutefois gravement à nos yeux, si l'on vou-
lait célébrer, dans ce progrès (quelque élogequ'il mérite), le fï'uit
d'un système préconçu.
Ce changement, œuvre à la fois de la sagesse du prince et de
la nécessité, s'imposa, si je ne m'abuse, dans le principe, au
jeune dauphin, par la force même des choseSo Le désastre d'Azin-
court, en 1415, avait moissonné plus que « la fleur » de l'aris-
tocratie française. La noblesse, en masse, avait pris part à cette
funeste journée. Là se trouvait, pour ainsi dire, réuni tout ce que
la monarchie, même dans son propre sang, comptait d'hommes
de marque et capables de l'assister soit de leur épée, soit de leur
conseil. Jean-sans-Peur et les Bourguignons, déjà complices de
2i
l'invasion anglaise, se conrliiisirent prudemment dans cette
périlleuse rencontre. Les champions de la cause Armagnac en
supportèrent tout le poids, de même qu'ils avaient pris l'initiative
et la téméraire conduite de ce fait d'armes. Henri V emmena
prisonniers en Angleterre, avec Charles duc d'Orléans (que déjà
son frère avait précédé), les divers princes ou grands seigneurs
à qui le jeune prince aurait pu s'adresser pour en faire les auxi-
liaires ou les conseillers de son gouvernement.
Sous le règne de Charles YI, on aperçoit dans- le conseil su-
prême et jusque sur les marches du trône, deux ordres de person-
nages Lien distincts. Par suite de l'état de santé où se trouvait le
monarque, le sceptre échappait à ses mains. Ce pouvoir, comme
chacun sait, fut disputé par ses proches parents. De là les fac-
tions rivales qui désolèrent cette période. Les princes d'Orléans
et de Bourgogne, respectivement suivis de leurs pairs ou alliés,
se partageaient l'Etat et le Conseil. Mais au-dessous d'eux se
rencontraient des hommes d'une toute autre origine. Les uns,
comme les Montaigu, les Raguier, avaient dû leur fortune, leur
haute position, leur titre de conseiller royal à la faveur person-
nelle'de Charles VI et de la reine. Ils s'y étaient maintenus avec
souplesse, en naviguant au milieu des partis. D'aittres, comme
les Cousinot, etc., hommes d'une valeur morale beaucoup plus
haute, avaient été appelés à ce titre par la confiance des chefs,
({ui, dans leur propre intérêt, avaient su discerner leur mérite.
Charles de France, en arrivant aux affaires, suivit d'abord ces
errements. Il imita ses antagonistes. Après la catastrophe d'Azin-
court, Charles appelle à son aide, en remplacement dusire d'Albret,
le plus grand baron qui fût alors en vue sur la scène politique. Ber-
nard d'Armagnac (à peine français), réunit à la fois dans sa main
le suprême gouvernement et l'épée du royaume. Mais les ducs
d'Orléans, de Bourbon, d'Angoulême, etc., entraînés à Londres
et jusqu'aux frontières écossaises par le victorieux Henri Y, n'é-
taient plus libres de répondre à un semblable appel. Les rangs
de la noblesse proprement dite avaient été pareillement éclaircis.
Le prince Charles, en de telles conjectures, s'entoura, par force
majeure, de conseillers issus de rangs plus humbles. Ses yeux
s'ouvrirent ensuite peu* à peu à la lumière des faits. Les discordes
et les rivahtés des prmces avaient, sous Charles YL arrosé la
France de sang et l'avaient couverte de ruines. Une fois l'An-
glais maître d'un pouvoir usurpé, les princes et les nobles man-
22
quèront à Charles VII pour relever sa couronne. Après de longs
et douloureux tâtonnements, il s'aperçut que l'aide efficace, que
la fécondité des ressources lui venaient du tiers-état. Le roi écouta
la voix de l'intérêt qui s(^ confondait avec celle de la raison et de
l'expérience. Il réduisit aloi's en principe ou en système un
mode d'action que la force des choses lui avait primitivement im-
posé.
Nous venons de montrer l'influence de ce principe dans les
choix que fit le prince et dans le personnel de ses conseils. Nous
allons maintenant l'étudier dans les faits et dans la conduite gé-
nérale des affaires.
CHAPITRE II.
Etablissonent des impots. — Etat de l'administration.
Ces deux objets sont réunis dans la question posée par
l'Académie. Ils se rattachent en effet l'un à l'autre par une
étroite connexité dans l'histoire. Le même chapitre réunira aussi
les développrements de notre réponse à cette double question.
Nous traiterons toutefois l'un et l'autre point d'une manière
distincte.
§ P"". — Etablissement des impôts.
Au XV siècle, un type idéal, en fait d'administration souve-
raine ou de gestion financière, dominait les esprits. Ce modèle
consistait à équihbrer les dépenses ordinaires du royaume avec
ses ressources ordinaires. On appelait ainsi les produits des
monnaies, ceux des mutations de fief, ceux des chàtellenies,
bailliages, prévotés, etc.; en un mot, les revenus du domaine
ou de la suzeraineté. En temps de paix et de prospérité, ce budget
devait se balancer. Quelques circonstances extraordinaires
étaient même prévues par cette espèce de code financier des
idées reçues et de l'opinion publique. Ainsi le- roi pouvait marier
une fille, armer un fiJs chevalier ; il pouvait avoir à soutenir une
juste guerre. En pareil cas, le roi s'adreSsait légitimement à ses
sujets et leur demandait une aide ou contribution spéciale. Mais
cette levée accidentelle de deniers devait cesser avec la cause qui
l'avait déterminée.
23
Elle était essentiellement bénévole de la part des sujets, qui,
moyennant les abonnements et les progrès moraux de la légis-
lation, ne se reconnaissaient plus au XV'^ siècle, vis-à-vis de la
royauté, ni en droit ni en fait, taillahles et corvéables à merci ^ .
C'est pourquoi les aides, tailles et autres contributions devaient
être en principe, et chaque fois, consenties par les populations.
Aussi portaient-elles les noms caractéristiques de dons volon-
taires ou gratuits. Lorsque des circonstances majeures contrai-
gnaient le roi à invoquer ce secours, il déployait à cet effet un
appareil également solennel. Le prince convoquait alors l'as-
semblée des trois ordres (clergé, nol^lesse, tiers-état), ou Utats-
gènérauœ du royaume. Tel est l'ordre qu'inaugura, dit-on,
Philippe-le-Bel, au commencement du XIV siècle, et que moti-
vèrent ses graves démêlés avec Boniface YIIL L'assemblée de
1302 fut la première où figure le tiers-état, qui, suivant la
parole de Sieyès, devait un jour être tout ; elle est du moins la
première qu'ait enregistrée l'histoire. Les états de 1302 ouvrirent
la série de ces grands conciles nationaux, qui se termine par
celui de 1789.
Lorsque le gouvernement s'écartait de ces principes, il encou-
rait la réprobation universelle. C'est ce qui arriva notamment
sous le règne de Charles VI, surtout durant la seconde et la plus
désastreuse partie de ce règne. Il fallut à Louis, duc d'Orléans,
toute sa témérité juvénile ; il fallut à Isabeau de Bavière son
entraînement insensé ; il fallut à l'un et à l'autre le caractère
royal dont ils étaient revêtus, pour braver impunément le cour-
roux populaire. Mais le Ciel même, aux yeux du peuple chrétien,
se chargea de leur faire sentir tout le poids de la responsabilité
qu'ils avaient assumée. En 1405, au rapport du religieux de
Saint-Denis, historiographe de la couronne, un orage effroyable
les surprit tous deux dans la forêt de Saint-Germain « Et y
» eut gens notables et catholiques qui advertirent la reine et le
»*duc d'Orléans que c'estoit exemple divin et punition divine, et
» qu'ils estoient taillez que de brief leur mescherroit, s'ils ne
» faisoient cesser les aides, et qu'ilz payassent leurs debtes
l Par suite des transformations économiques de la société, la servitude était
devenue onéreuse non-seulement aux serfs mais au roi. Charles VII se fonde pu-
bliquement sur ce motif, dans ses lettres données à Gergeau en mai 1430, pour
l'aflranchissemenl de ses hommes de pôle, à Mehun-sur-Yèvre. Voy. Ordon-
nances, XI II, 154.
o
» aux marcliands, qui leur avoient livré leurs marchandises '. »
Avant et après le meurtre de Louis, duc d'Orléans, Jean-sans-
Peur exploita d'abord, avec un plein succès, ce thème populaire
de récrimination, qu'il invoqua sans cesse et sans réserve contre
son adversaire. En 1417 et années suivantes, ses émissaires
allaient çà et là, proclamant au nom de Jean-sans-Peur l'abo-
lition immédiate de toutes les tailles et subsides autres que la
abelle du sel. A cette annonce, les barrières des villes s'abais-,
saient comme par enchantement, et les cités enthousiasmées
s'empressaient d'arborer la bannière de Bourgogne.
Cependant, dès le mois de novembre 1417, le duc de Bour-
gogne, après trois mois de conquêtes, se trouvait financièrement
aux abois; et ce, au début d'une campagne. En cette conjoncture,
Jean négocia péniblement un emprunt ; mais ses bonnes-villes
elles-mêmes ne le souscrivirent qu'avec peine, dans son propre
duché. Isabelle, àTroyes, pays du domaine et non (V états, c'est-
à-dire sans privilège, prescrivit de lever sur la ville, « attendu
la nécessité, » une aide de deux mille livres. La ville réclama
et n' octroya que mille livres. Paris, en 1417, sous le comte d'Ar-
magnac, avait payé quatre impositions et défrayé le royaume.
En octobre 1418, Paris bourguignon payait, sous Jean-sans-
Peur, une nouvelle aide extraordinaire sur les vins^.
Ainsi s'évanouissaient bien vite, et tombaient dans l'oubli, les
solennelles protestations du duc de Bourgogne.
Charles VII, ou le prince Charles, en matière de contribu-
tions, ne s'astreignit pas aux maximes libérales imprudemment
émises par le duc de Bourgogne. Sous l'empire de la nécessité, il
I. J. des IJrsins, dans Godefroy, Charles VI, \i. 173. En I4'20, Jean VI, duc
de Bretagne, futarrtMésur le pont de la Troubarde par son cousin de Penthièvre.
Se voyant dans le plus pressant péril, il invoqua tous les saints, promit son pe-
sant d'or à N.-D. des Cannes de Nantes, son pesant d'argent à Sl-Yve de Tré-
guier. Il voua le grand pèlerinage du saint Séi)ulcre, et promit enfin de ne plus
frapper sur ses sujets aucun subside. D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p.
■180.
1. D. Plancher, //w/oire de Bourgogne, L III, p. 479, 480. Archives municipales
de Troyes. Religieux de Saint-Denis, 1. VI, p. 150. Ordonnances, t. x, p. 48"2.
lù'libien, Histoire de Paris, t. II, p. 793. Monstrelet, éd. dArcq, l. III, p. "293. —
1418, septembre, 2ï: le droit du roi prélevé sur le vin en détail, au nom de
Charles VI (c'est-à-dire du duc de Bourgogne), à Chàlons-sur-Marne, est élevé
du 8" au 6" ad valorem (Éd. de Barthélémy, Histoire de Chdlons, p. 75, 175);
li'2!, juillet, 23 : nouvelle aggravation du même impôt (ibid., p. 182).
25
imita bien quelquefois la conduite de son émule : il abolit momen-
tanément, çà et là, quelques aides locales. Mais ce prince n'agit
ainsi que contraint et forcé. Charles ménagea les principes. En
effet, les ressources ordinaires et extraordinaires qui lui res-
taient ne suffisaient pas, même totalisées, pour subvenir à sa
croissante détresse. Il y a des lettres de ce prince, données à
Montrichard le 9 juillet 1418. Cet acte nous apprend d'une
part que le lieutenant-général, expulsé de la capitale, avait
frappé sur le royaume une aide extraordinaire. Nous y voyons en
même temps que le régent exempta volontairement de cette aide
la province d'Auvergne. Ainsi, le jeune gouverneur devait re-
noncer pour l'impôt h une province de la partie de ses états qui,
seule, reconnaissait alors son autorité. Une autre ordonnance,
rendue à Loches le 12 octobre 1419, nous fait voir que le prince
affermait ses monnaies pour un prix ou revenu annuel de
2,160,000 livres 1.
Un peu plus tard, Henri V substitua sa propre usurpation de
la couronne à l'usurpation qu'en avait faite Jean-sans-Peur. Le
conquérant anglais entendait nourrir la guerre par la guerre,
et défrayer de tout point sa conquête à l'aide des ressources du
pays conquis. Mais la France apauvrie ne répondit point à cette
espérance. Donc, pendant que notre patrie était livrée, comme
une proie, au triple fléau de cette guerre, chacun des trois com-
pétiteurs, Cliarles VIT, Jean-sans-Peur, Henri V, éprouvait dans
ses finances une égale pénurie. A ce mal commun, cliacun d'eux
essaya d'appliquer un identique remède. Jean-sans-Peur publia
de Montlhéry son manifeste du 8 octobre 1417, au moment où
il s'emparait du pouvoir. Par cet acte, il convoqua les états du
royaume, pour se réunir autour de lui le 20 du même mois -. La
future convocation des états-généraux fut une des clauses stipu-
lées ^ par le fameux traité de Troyes (mai 1420). Enfin, le roi
Charles Vil ne manqua pas, ainsi qu'on le verra bientôt, de re-
1 . Ordonnances^ x, 455 ; xi, 23 et suiv. Tenir compte, pour estimer res deux
millions, de l'altération où étaient tombées les espèces. Les monnaies, à cette
époque, constituaient le principal revenu du prince Charles (Le Blanc, Traité
des monnaies, 1690. in-4'', p. 7i).
2. Monsirelet, ib. p. 217. Cette réunion n'eut pas lieu à li date prescrite. Mais
en 1418 le duc assembla, pour se procurer des fonds, les états de Picardie {ib.,
249).
3. Ib., p. 398.
20
courir, pour sa part, à cette ressource, à cet expédient légal, que
lui suggéraient les traditions de la monarchie.
Le cours même de notre sujet nous amène, par cette voie, à
parler des assemblées délibérantes ou législatives de la France
au moyen-âge, spécialement en matière d'impôt ou de tinances.
Ces assemblées ne sont autres que les Etats généraux oiipro-
vinciaiLT. L'histoire de ces instituti(ms offre en elle-même un
très-vif intérêt. L'Académie, à plus d'une reprise, dans son zèle
pour les progrès de notre histoire morale et politique, a témoigné
de la sollicitude que lui inspire cette double question. Des ouvrages
instructils et rec()nunandablcs,lesuns inspirés par l'Académie ou
couronnés de ses suffrages, les autres dus aux lumières de ses
membres, sont les résultats sensibles et les monuments de cette
préoccupation. Mais mi pareil sujet n'est point de ceux qui
s'épuisent du premier coup. Longtemps encore, celui-ci doit
rester à l'étude avant d'atteindre à sa perfection. Sans sortir du
programme imposé au présent concours, peut-être, à cette occa-
sion, pourrai-je fournir ici, en même temps, quelques faits nou-
veaux qui se rapportent à cette matière, adjacente ou connexe.
Ces considérations me déterminent à traiter de ces assemblées
dans un paragraphe spécial^.
§A. — Des États-généraux et provinciaux sous Charles Vil
(considérés principalement au point de vue de Y établissement
des impôts).
Les divers auteurs qui ont traité cette matière n'ont pu s'en-
tendre encore d'une manière claire et précise, sur la définition
même de ces mots : états généraux, états j^^^ovinciaux. La
distinction des termes paraît évidente au premier abord. Mais
1. Thib:uideau, Jlistoire des états (jénéraux, elc, 1813, > vol. in 8". Uathery,
Histoire des états généraux, etc., 1845, in-8". Boullée, Histoire complète des
états généraux de 1302 à 161G, 1845, 2 vol. in-8". Amédée Thioiry, lîapport à
l'Académie des sciences morales et politiques sur le concours relatif aux états
généraux; (Séances et travaux, im\M 1844"). Etude sur l'histoire, l'organisation
et l'administration comparées des états provinciaux aux diverses époques de la
monarchie jusqu'en 1789; par M. C. Laferricre {Séances et travaux, juillet 1860
et cahiers suiv.). — On pcul consulter aussi: Notice sur les pays d'états i)arM.
Taillandier; Annuaire de la socidé de l'histoire de France, 1852, p. 170 et s.
Beugnol, Chronologie, elc, citée à la page suivante.
27
elle s'obscurcit lorsqu'on les rapproche des faits historiques.
Ainsi, les états de Languedoil, et les états de Languedoc, qui
s'assemblèrent par occasion, chacun de leur côté, réunissaient,
les uns et les autres, respectivement, dans leur sein, des députés
de plusieurs provinces. Or, les états de Languedoc, géné-
ralement, ne s'occupèrent jamais que d'intérêts partiels ou
d'affaires provinciales. La même observation ne saurait justement
s'adresser aux états de Languedoil, qui, plus d'une fois, à eux
seuls, servirent d'états généraux à la monarchie ^ . Cette remar-
que est particulièrement applicable et plausible, en ce qui
concerne le règne de Charles VIL attendu l'état du territoire,
partagé entre les diverses puissances belligérantes. Aussi cher-
cherait-on vainement , dans les différents ouvrages qui ont été
publiés sur ce sujet, depuis Savaron, ou depuis Mayer et Barrois
jusqu'à nos jours, une liste U7îi forme et surtout complète de ces
assemblées.
Pour nous, au point de vue particulier qui est le nôtre, cette
difficulté de distinction n'offre point la même gravité. Il nous
convient, au contraire, de réunir préalablement dans un groupe
commun les parlements financiers, soit généraux soit provin-
ciaux. Nous commencerons par dresser une liste purement chro-
nologique de ces diverses assemblées durant la péi'iode qui nous
occupe. Pour plus de clarté, chaque article sera précédé d'un
signe conventionnel destiné à signaler du premier coup-d'œil
l'autorité politique qui prescrivit la convocation. Nous désigne-
rons par la lettre F les assemblées qui obéirent au gouvernement
français, ou de Charles VIL La lettre B signifiera l'autorité
bourguignonne, et enfin la lettre A celle du roi d'Angleterre.
Chaque article contiendra, dans un énoncé méthodique, les no-
tions les plus essentielles que nous avons pu recueillir sur cha-
cune de ces assemblées. Il sera suivi par l'indication de la source
historique où nous aurons puisé. Nous distinguerons, en outre,
les états généraux français par un astérisque : *.
Asseynblées des trois ordres , convoquées du temps de
Charles VII pour le vote de subsides.
B. 1418, avril. Etats de Picardie, Artois et autres lieux.
1. Voy. Chronologie des étais généraux par M. le comte Beugnot, del'Instilut,
Annuaire de la société de l'histoire de France, de 1840. L'opinion alléguée, p. 96.
28
réunis à Arras (Monstrelet, édition d'Arcq, t. IIL p. 249 et s.
Voy. ci-dessus, page 25).
F. 1418, septembre. Assiette faite au diocèse d'Agde, de l'aide
votée par les trois états du Languedoc (Direction générale des
Archives, K carton 690) .
B. 1419. Les députés choisis pour assister aux états généraux
ne purent s'y rendre (Ed. de Barthélémy, Histoire de Chùlons-
sur-Mavne, 1854, 8°, p. 176).
F. 1420, mars 17 et jours suivants. Les états de Languedoc,
assemblés à Garcassonne, votent en faveur du régent un don
de 200 mille francs pour son avènement dans le pays. D, Vais-
sète, Hist. du Languedoc (t. IV, in-f«, liv. XXXIV, ch.
XIII).
A. 1420, décembre 6. Assemblée des trois états enl'hôtel royal
de Saint Paul, à Paris. Emprunt forcé. Le gouvernement anglais
rétabht toutes les tailles, aides et gabelles [Licre noir, archives
de la Préfecture de police, f*' 137. Ordonnances, tome XI,
p. 109).
A. 1421, janvier. Les trois états de Normandie, réunis à
Rouen, votent 400 mille livres tournois (Gh. de Beaurepaire, les
Etats de Normandie sous la domination anglaise, 1859,
in-8", p. 15).
F. 1421, avril 22. Le chapitre de Marmoutier (près Tours)
décide qu'il enverra des députés à l'assemblée des trois états,
convoquée à Glermont en Auvergne par le Dauphin (Ms. Baluze,
77, f. 347).
F. 1422, décembre 16. Les trois états de Poitou, assemblés à
S. Maixent, accordent au roi Gharles VII un don de 30 mille
hvres pendant trois années (Darsy, Gamaches et ses seigneurs,
Amiens, 1854, in-8% p. 128. Gf. Mayer, IX, 130, et Rathery,
p. 126).
* F. 1423, janvier 12, Bourges. Les états-généraux votent
des subsides (Archives de Tours. Ms. Fontanieu 113. Cabinet
histoîHque, 1859: Gatalogue, p. 103. Ordonîiances, XUl,
14).
A. — Janvier-février, Vernon ; états deNorniandie ; première
session; votent 50 mille livres (Beaurepaire, Ihid ., p. 17).
F. — Mai. Les états de Languedoc, à Garcassonne, accordent
au roi une aide de 200 mille livres, à condition d'abolir la faible
monnaie (Vaissète, liv. 34, ch. 27. Voy. ms. Ir. 5053, f" 188).
29
À. 1423, juillet, Vernon ; états de Normandie, 2" session,
votent 60 mille 1. t. (Beaurepaire, p. 29).
F. — Août, 14 à 21, Selles en Kerry; les trois états, réunis
en présence du roi, votent un subside de 200 mille livres (K. K.
56, f 49).
A. —Décembre, Caen; états de Normandie, 3' session, votent
200 mille 1. t. (Ms. 4485 fr., f° 1 V; Beaurepaire, p. 20).
F. —Décembre, 13, Chinon; aide octroyée au roi [parles
états de Touraine?J pour trois ans (KK. 244, feuillet volant
annexéauf 23. ValletdeViriville, Histoire de Charles Vil
et de son époque, t. I, p. 388).
F. 1424, mars 16, Selles en Berry. Les états de Languedoc,
en présence du roi, lui donnent un subside de un million de livres
(KK. 56, f 49. KK, 244, P 23. D. Vaissète, liv. 34, ch. 27).
F. — Mai, Montpellier; états de Languedoc; 150 mille livres
(D. Yaissète, liv. 34, ch. 30).
F. — ]Mai environ. Aide de 14 mille florins accordés par les
trois états du Dauphiné (Ms. Fontanieu 113. Ms. 894 de Gai-
gnières, f 133).
F. — Juin environ. Les états de Saintonge accordent une
aideauroi(KK56, foeTv").
F. _ Septembre. Les états de Yelay, Gévaudan et Vivarais,
s'assemblent à Soyon sur le Rhône (D. Vaissète, liv. 34,
chap. 31).
A. B. — Octobre. Etats de France et de Normandie à Paris .
240 mille livres (Ms. 4770 s. fr.; Beaurepaire, p. 23; Stevenson,
HenH VI, p. 22).
F. — Novembre, 1. Poitiers ; le roi présent. « Impôt et assiette
mis sur les gens du pays et ressort du Poitou, montant à la
somme de 50 mille livres, octroyée par les gens des trois estats. »
(Original, ms. Gaignières, 649, 5, f 36.)
* F. — Décembre 19. Etats d'Espaly en Auvergne : 150 mille
livres (KK. 56, f' 68, 87, v". D. Vaissète, hv. 34, ch. 33).
A. 1425. Paris. Etats de Normandie: 160 mille livres (Beaur.
p. 26).
F. — Mars, 15. Le roi distribue 1200 florins à l'abbe de St-
Antoine et autres personnages qui s'étaient entremis récemment
à la tenue des étatsdu Dauphiné (Ms. Gaignières, n" 649, 2, pièce
nbis).
F. — Octobre. Etats de Languedoil, à Poitiers ; le roi présent ;
30
votent 450 mille livres (Cabinet des titres, dossier Giac. Ms.fr.
5024, f° 125, vo).
* F, — Novembre. États généraux à INIebun ; le roi présent :
votent 260 mille livres (D. Vaissète, liv. 34, ch. 36. Cf. Mayer,
IX, 126 ; Katiiery, p. 126).
F. 1426. Aide votée par les états du Languedoc à Toulouse
(Savaron, Chronologie des États-Généraux, p. 49. Répété :
Mayer, I, xlix).
A. — Septembre. Etats de Normandie, Mantes; 120 mille
livres (Beaurep. 27. Catalogue Joursanvault, t. 2, p. 226,
n" 3395).
A. 1427. Etats de Normandie à Rouen : 120 mille livres
(Beaurep. 27).
* F. — Septembre. Le roi tient k Chinon les états généraux,
qui lui accordent 500 mille livres pour la guerre (Vaissète, liv.
34, ch. 45).
A. 1428, juin. États de Normandie, première session : 60
mille livres (Beaurep. 30).
A. — Septembre; 2« session; 180 mille livres (Ib. p. 33.
Stevenson, W«r 5 of Henri VI, t. 1, p. 32).
* F. — Octobre. États généraux à Chinon : 500 mille livres
(Ms. Fontanieu, 115. D. Vaissète, liv. 34, ch. 45).
F. 1429, septembre. Les états de Languedoc à Carcassonne
votent une .. 'de. La quote-part du diocèse de Maguelonne s'élève
à 170 mille florins (Cabinet des titres, dossier La Trimoille).
A. — Novembre, Etats de Normandie : 140 mille livres
(Beaurep. p. 39).
? F. — Etats des trois ordres? ^
F. 1430. Assemblée des trois états de Champagne à Châlons
(Boutiot, Guerre des Anglais, etc. Paris et Troyes, 1861, in-8",
p. 13).
A. — Mars, Rouen ; états de Normandie, première session :
70 mille livres (Beaurep. p. 40).
F.— Mars, Sully. Les trois états de Languedoc accordent au
l. Dans un acte royal et authentique du G décembre 1429, il est question de
« conseillers et réformateurs dernièrement ordonnez- en nos irais estais, sur le
faicl des faultes et abus commis au faict de nos monnoyes. Ms S. G. fr., u" 572,
p. 804. Cette mention se rapporte évidemment, soit aux états de Chinon (octobre
1428), soit à une nouvelle assemblée, tenue en 1429. La première hypothèse est
plus vraisemblable.
31
roi, présent, 150 mille livres pour les dépenses du sacre et pour
la guerre (Ms. 1147 s. fr. Ms. Fontanieu, 115).
A. 1430, août, Rouen ; états de Normandie, 2"^ session : 120
raille livres. (Beaurep. 40. Quiclierat, Procès de la Pucelle,
V, 179).
F. 1430, décembre, Chinon. Etats des trois ordres réunis de-
vers le roi (Ms. 4767, f 39 v°).
A. 1431, mars, Rouen et Caen; états de Normandie; T'^ ses-
sion: 60 miUe livres (Beaurep. p. 41).
A. —Juin, Rouen, 2*^ session : 150 mille 1. (Ibid. 42).
F. _ Septembre 15, Tours ; assemblée des trois états. Quote-
part du Poitou : 10 mille 1. (Ms. Fontanieu 115.Varin, Archives
de Reims, t. 7. p. 751).
A. — Octobre, Rouen; états de Normandie, 3*" session : 200
mille 1. (Beaurep. p. 43).
F. 1432, mars, aide de 47 mille 1. « mis sus » en Poitou (Ar-
chives des Deux-Sèvres; communication de rarcliiviste,M. S. Luce).
A. — Mai, 27. Subsides accordés par les états de Normandie;
1''*' session (Ms. Fontanieu 116).
A. — Septembre, Bayeux; 2'' session : 80 mille 1. (Beaurep.,
p. 44).
A. — Novembre, 3^ session : 200 mille 1. {ibid.)
F. — Décembre, 15. Lettre du roi aux bourgeois de Reims.
Ils doivent envoyer des députés à une assemblée des trois états
convoquée en la ville de Poitiers (Varin, Archives de Reims, t.
7, p. 570).
F. 1433. Assiette, pour le diocèse de Lombez, de l'aide votée
par les trois états de Languedoc (K. 690).
F. _ Septembre et octobre. Tours ; aide votée au roi par les
trois états {Bibliothèque de l'École des chartes, 1859, 4<^ série,
t. V., p. 510. Jean Chartier, in-16, t. I, p. 171).
A. — Décembre, Caen; états de Normandie: 200 mille 1.
(Beaurep. 45).
* F. 1434, avril, Vienne : F états généraux; 2° assemblée
des trois états du Languedoc. Cette dernière assemblée vote 170
mille moutons d'or (D. Vaissàte, liv. 34, ch. 64).
?i F. — Septembre, 7. Vienne, assemblée des trois états du
Languedoc (Vaissète, ib.)
1. Celte réunion, selon Vaissète, eut lieu en présence du roi. Ici le savant his-
32
A. — Septembre, 20. Vernon; états de Normandie : 314 mille
I. (Beaurep. 40).
F. 1435, mai, Beziers; états du Languedoc; 185 mille mou-
tons d'or (Vaissète, ib. K. K. 648, f" 164. Ms. Gaignières 649.
5, i° 39. Catalogue Joursanvault, t. 2, p. 60, n» 2,454).
A'. Bayeux; états de Normandie, l'"'- session. 43 mille
1. (Beaurep. 48).
A. — Décembre, Rouen ; 2° session : 180 mille 1. {Ihid.) •
A. 1436, février, Vernon. Etats de Normandie, 1'*^ session,
30 mille 1. (Beaur. 58).
A — Août, Caen, 2" session : 80 mille 1. {Ihid.)
A — Décembre, Caen, 3' session : 190 mille 1. {Ih., p. 60).
l'\ 1437, janvier 1 à 14, Reims, états de Champagne ; votent
des subsides. Commissaires sur place à Chàlons (Ed. de Barthé-
lémy, Histoire de Chàlons-sur-Marne, p. 185).
A — Etats de Normandie. Une imposition d'office et deux
subsides votés ; le premier au mois d'août à Caen et à Pont-de-
l'Arche : 80 mille 1.; l'autre en décembre à Rouen, de 300 mille
1. (Beaurep. p. 63, 65).
F. 1438, mars. Le roi, à Saint- Jean-d'Angely, réunit les trois
états du pays (Saintonge, Aunis et gouvernement de la Rochelle).
11 lève une contribution (Ms. Gaignières 649. 5, T 42).
F. — Octobre, 12; lettres de Charles VIL II fait don aux ha-
bitants de Pontgibaud en Auvergne, d'une somme de deux cents
livres à diminuer de la taxe à laquelle ils seront imposés dans
celle de 200 mille 1., ordonnée sur le pays de Languedoil. (Ms.
Gaignières, 649. 5, f 26).
A. — Octobre, Pont-de-l' Arche et Bayeux, états de Norman-
die : 80 mille 1. (Beaurepaire, p. 67).
A. 1439, mars. Rouen; états de Normandie, L'" session: 200
mille 1. (Beaur., p. 68).
F. — Mai. Etats du Dauphiné à S. Symphorien d'Auzon : 30
miUe florins (K. 687, n" 2).
A. — Octobre, Caen; états de Normandie, 2" session : 80 mille
1. (Beaur. p. 71).
lorien est évidemment dans l'erreur. Le 7 septembre 143'i, Cbarles VII résidait
à Tours. De plus, il ne nous parait i)as vraisemblable que les états de Langue-
doc se soient réunis une seconde fois dans la même année, et à Vienne, hors de
la i)rovinre. Nous reproduisons donc cette indication pour mémoire e( sous
toute réserve.
33
* F — Novembre 2. Etats généraux d'Orléans. Ordonnances,
XIII, 306 etc.
De 1420 à 1436, la capitale et le nord de la France furent oc-
cupés par les Anglais. Durant le cours de cette période on voit
les deux gouvernements, français et anglais, comme à l'envi, s'a-
dresser aux assemblées délibérantes pour obtenir d'elles une
sanction publique de leur domination ou de leurs actes et le vote
des contributions.
Durant cette période, ces assemblées, soit locales o\x provin-
ciales, soit générales, pour chacun des deux gouvernements,
se réunissent à des intervalles très-rapprochés. L'administration
du conquérant, à cet égard, semble avoir donné un exemple que
dut à son tour subir le gouvernement de Charles VII. Henri V,
en effet, trouvait dans cette institution une image réduite du
parlement d'Angleterre. Politique nOn moins habile qu'homme
de guerre, Henri V était bien supérieur comme capacité admi-
nistrative, au prince légitime et à son entourage. Henri Y fit
peser sur les populations soumises à son pouvoir, une autorité
savante, régulière, un joug prudent et mesuré.
Si l'on étudie sous la lettre F la série des faits qui se rapportent
au gouvernement de Charles VII, il faut d'abord établir une pre-
mière distinction. Le Languedoc, le Dauphiné et autres pays
d'états, votaient annuellement leurs impôts. C'étaient là, pour
ces provinces, des prérogatives essentielles et qu'elles conservèrent
pour ainsi dire de tout temps. Il faut donc éliminer ces articles.
Nous devons ensuite retrancher les simples mentions ou annonces
de convocation, qui ne furent pas toujours suivies d'effet. Il
convient d'écarter enfin les indications vagues et douteuses.
Ainsi réduite, la liste des états-généraux bien constatés pour
nous, se borne au résumé qui va suivre :
1° 1423 janvier, 12, Bourges.
2' 1424, décembre, 19, Espaly.
3° j425, novembre, Mehun.
4° 1427, septembre, Chinon.
5° 1428, octobre, ib.
6'' 1434, avril. Vienne.
2° 1439, novembre, Orléans.
Soit, de 1420 à 1439, sept assemblées pour 20 ans, ou envi-
ron une assemblée tous les trois ans. Dans la même période, les
3
34
états-généraux, sous le gouvernement anglais, sont en principe
conA'Oqués annuellement. Bien plus, ces convocations se multi-
plient jusqu'à se répéter deux et trois fois dans la même année.
Telle est la première remarque qui résulte de cette comparaison.
Aux états-généraux de 1420, le gouvernement anglais débuta
par soumettre aux membres de cette assemblée les plus graves
sujets de délibération : translation de la couronne d'une dynastie
à une autre ; établissement de nouveaux impôts. La réunion eut
lieu en présence du conseil d'Angleterre, qui exposa la situation
et les demandes du gouvernement. « Après quoi, ceux qui estoient
envoyés comme par les trois estats se retirèrent à part. Puis,
parla bouche de l'un d'eux fut dit qu'ils estoient prêts et appa-
reillés de faire tout ce qu'il plairoit au roy et à son conseil d'or-
donner. » Seule l'université, comprise dans les taxes nouvelles,
revendiqua ses immunités. Mais ses orateurs furent repoussés de
manière à décourager une fois pour toutes les réclamants^.
Tant que dura l'occupation, les états-généraux furent cons-
tamment et régulièrement convoqués, soit à Paris, soit à Rouen,
soit en quelque lieu de la France anglaise. Généralement, le
gouvernement britannique y rencontra toujours l'obéissance fa-
cile qui vient d'être signalée. Le clergé normand paraît avoir
exercé au sein de ces assemblées une influence prépondérante.
Intéressé par ses richesses au maintien de l'ordre et du statu quo,
ménagé, choyé par le conquérant, il donna l'exemple de la sou-
mission et de l'indifférence politique. Lorsque peu à peu l'esprit
national et patriotique se fit jour ; lorsque du sein même de cette
province, Cantepie et d'autres se levèrent pour secouer le joug
étranger, ce ne furent point les états qui servirent d'organes à
de telles manifestations.
Essaj^ons maintenant d'apprécier le mécanisme et le jeu de
cette institution entre les mains de Charles VIIJ
Deux mobiles principaux furent, selon toute apparence, pour
ce prince les véritables guides qui le conduisirent à employer cet
expédient politique en matière d'impôt. Ces deux mobiles sont :
la nécessité d'abord, puis l'exemple ou la concurrence du gou-
vernement anglais, qui créa pour Charles VII, à cet égard,
comme une seconde nécessité. Nous savons peu de chose touchant
1. Ursins, dans Godefroy, Charles VI, page 385. Du Houlay, Historia universi-
tatis Paris., t. V, p. 344.
35
les premiers états-généraux de Charles VII. Sous la date du 22
avril 1421 (époque de la régence), nous avons signalé une con-
vocation qui paraît n'avoir pas été suivie d'effet. Ce genre d'é-
chec se renouvela fréquemment sous le règne de Charles.
Quelques renseignements sont parvenus jusqu'à nous sur les
états de Mehun : novembre 1425. La collection Mayer (si indi-
geste et néanmoins si précieuse), contient, entre autres pièces de
ce genre, un document sans indication d'origine et sans date que
l'éditeur classe à 1426, mais qui doit se rapporter aux états de
Mehun, 1425 1.
Les députés, dans ce document, protestent de leur dévouement
absolu au roi. « Ils accordent et consentent que le roi, sans at-
tendre autre assemblée ne congrégation des états, pour ce que
aisément ne se peuvent assembler, puisse faire tout ce que ordre
de justice comporte... promettant... dès maintenant pour lors et
dès lors pour maintenant, de servir et aider le roi touchant ces
matières et de vivre et mourir avec lui... Tous ensemble, pour
eux et pour les absens, . . offrent leurs corps, leurs biens et tout
ce qu'ils pourront finer... envers et contre tous, sans nul excep-
ter, jusqu'à la mort inclusivement. »
Nous apprenons, toutefois, que, dans cette même assemblée,
un grave conseiller de la couronne fit entendre d'autres paroles.
«Le roy, dit Cousinot de Montreuil, l'un des principaux chroni-
queurs de l'époque, « fît une fois assembler ses trois estats à Me-
hun-sur-Yèvre (ce n'estoit que pour avoir argent), sous umbre
défaire cesser les pilleries et roberies, qui estoient bien grandes
et trop destructives du peuple et du royaume. Et y eut des gens
des bonnes villes qui furent contens d'aider au roy, mais que pre-
mièrement on veît les choses disposées à oster les pilleries ; et
non autrement. Et entre les autres, il y avoit un évesque nom-
mé Hugues CombereP, qui soustint fort cette opinion. Et pour
abréger, fut conclue une taille. Et quand le roi fut dans sa cham-
bre, ledit Giac (premier ministre ou favori du roi), s'en va dire
que qui l'en croiroit, on jetteroit ledit Comberel en la rivière
avec les autres qui avaient esté de son opinion"^. »
Deux ans plus tard, en 1427, nouvelle session des états-géné-
1. IX, 146.
2. H. de Comberel, évêque de Poitiers.
3. Édition elzévirienne, 1859, in- 16, p. 237.
36
raux. Cependant, le royaume, aux mains des fovoris, penchait
vers sa ruine. La conquête de l'Anglais allait s'étendant toujours
et cernait dans un cercle de plus en plus étroit le roi de Bourges.
A la guerre civile se mêlait la discorde des princes et des fami-
liers. Dans de telles circonstances, le connêtal)le de Richemont,
éloigné du roi par des intrigues de cour, s'allia au comte de Cler-
mont et autres mécontents. Sous les auspices de la reine Yolande,
les confédérés adressèrent et firent parvenir, vraisemblablement
jusqu'aux yeux du roi, un mémoire sans date et inédit, dont la
copie, anonyme, manuscrite et contemporaine, s'est toutefois con-
servée dans nos archives \
Pour remède à la grave situation du trône, les auteurs du mé-
moire proposent une nouvelle assemblée « des trois estats repré-
sentant le corps publique du dit royaume, affin que, par le bon
conseil du cliief (tête) et corps ensemble, par la grâce du S. Es-
prit, laquelle reluist en toute congrégacion faite au nom de Dieu
et plus èficacement en une générale congrégacion qu'en une pe-
tite, puissions parvenir et brief\-ement à la fin que dessus. » Ces
conseillers, au reste, ne se dissimulent pas les défectuosités qui
jusque-là ont frappé d'une stérilité relative les réunions du même
genre. « Quant au fait du conseil des trois états (poursuivent-ils)
semblent nécessaires les manières de sûreté qui s'ensuivent:
1° sûreté de le tenir; 2° sûreté des chemins pour venir au dit
conseil, jour et lieu ; 3° sûreté contre toute oppression et violence
durant le dit conseil, avec toute liberté à chacun de dire tout ce
que bon lui semblera à la fin que dessus ; 4" sûreté de garder,
tenir et observer inviolablement ce que dit et conclut sera par le
roy et les dits trois états. » Ici le mémoire, auquel je dois ren-
voyer le lecteur, propose diverses mesures propres à garantir
cette quadruple hberté, que les auteurs proclament indispen-
sable.
Peu de temps après, le roi eut en efiet recours à la voie propo-
sée. Les obstacles prévus se manifestèrent avec toute l'intensité
que les auteurs du mémoire avaient judicieusement signalée.
Charles VII, par lettres du 8 janvier 1428, prescrit aux états-
généraux de se réunir dans un délai de siœ mois, le 18 juillet
1. Direction générale, P 1388. La diUe que nous croyons pouvoir attribuer à
ce document se limile par divers synchronismes, entre le 1"' et le 20 no-
vembre 1427.
37
suivant, à Tours. Cependant, les députés ne se rendirent point à
cet appel. Le roi lança de Bourges, le 22 juillet, un nouveau
mandement, dans lequel il se plaint de ce que ses ordres sont
demeurés inexécutés. Il ajourne la réunion à Tours, 10 septembre,
« pour tout délai. » L'assemblée toutefois n'eut réellement lieu
qu'en octobre, à Chinon^.
A cette époque, les Anglais assiégeaient Orléans. La France
touchait à l'une des crises les plus mémorables de ses annales.
Ce ne furent point les états de Chinon qui régénérèrent le triste
gouvernement de Charles VII et qui sauvèrent le pays d'un im-
minent péril. Leur utihté se borna, comme on l'a dit, à voter 500
mille livres.
Jean Jouvenelou Juvénal des Ursins, avocat-général du roi au
parlement de Poitiers, puis évèque de Beauvais, pair de France,
etc., rapporte ce qui suit. J. des Ursins, auteur de cet écrit, s'a-
dresse (sans doute fictivement) au roi et lui tient ce langage : « En
1430, dit-il, environ Noël, vous étiez à Chinon. Les gens des
trois états de par de ça, c'est à savoir : Reims, Laon, Chàlons,
Beauvais, Senlis, Troyes, Sens, Melun, Montargis et autres, se
rendirent auprès de vous. Les plaintes du pauvre peuple vous
furent humblement exposées par la bouche d'un gentilhomme de
Senlis, en vous remontrant comment dussiez faire justice. Mais
tout le confort qu'ils eurent fut que aucuns de vos gens disoient
en vostre présence qu'il (le gentilhomme) estoit un très-mauvais
fol et que on le devoit jeter à la rivière'-.
En 1431, une assemblée des trois états se réunit à Tours, au
mois de septembre. Deux mois plus tard, du 12 au 17 novembre,
des commissaires royaux arrivaient à Troyes en Champagne.
Cette province, d'après toutes les vraisemblances, n'avait point
député à l'assemblée de Tours. Suivant l'antique usage, en effet,
ces commissaires vinrent sur place réclamer, dans la capitale de
la Champagne, la concession et la levée des deniers royaux. A
ce sujet, des pourparlers s'établirent entre la ville et les délégués
de la couronne, qui furent accueilhs avec beaucoup de tiédeur. Le
subside à la perception duquel tendait leur mission, ne fut ac-
1. Mss. de Dom de Vie, n" 89, f" 11 à 74. D. Vaissète, liv. 34, chapp. 44,
45. MéiiHid, Histoire de Nîmes, 1752, in-4°, t. 3, preuves, p. 224. Cf. Ralhery,
p. 310.
2. Ms. 4767, f 39 v". Cf. ci-dessus p. 35, noie 3.
38
cordé que réduit, après une longue et pénible négociation '.
Charles VIT, le 4 avril 1433, rendit une ordonnance par la-
quelle, attendu l'insuffisance du revenu et des aides, il frappe
un impôt extraordinaire de 10 deniers tournois sur chaque quin-
tal de sel qui se vendra dans les greniers du Languedoc (pays
d'états). Cet impôt, levé pour l'entretien delà maison de la reine,
devait courir de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin 1433), au terme
correspondant de Tannée suivante. Sous la forme d'un incident
de cour assez fréquent durant cette période, un événement poli-
tique des plus considérables eut lieu au mois de juin de la même
année. Ce fut l'enlèvement de la Trémouille, ministre jusqu'alors
tout puissant, et la retraite de ce favori. Cet incident servit de
thème à une nouvelle réunion des états. L'assemblée convoquée
d'abord à Blois, mais sans résultat, se réunit à Tours aux mois
de septembre et octobre ^
La Champagne ne députa point à la réunion. Cette province
avait été rendue par la Pucelle à la France. En 1430, Troyes
s'empressa de s'adresser au nouveau lieutenant du roi, le sire de
Barbazan, pour lui ofirir les témoignages de son zèle. Cette ville
provoqua, de son côté, la tenue des états de la province et ne
manqua pas d'envoyer ses députés à leur session, qui eut lieu la
même année à Chàlons, sous la présidence du gouverneur. Mais
la Champagne, ou du moins la ville de Troyes, son antique capi-
tale, ne suivit pas la même ligne de conduite à l'égard des états
du royaume. On a dit ce qui se passa dans cette cité en 1431.
Lors des états de 1433, la ville de Troyes avait accrédité à
Tours, devers le roi, des procureurs ou mandataires spéciaux
chargés de traiter les intérêts courants de sa municipalité. Le
conseil de ville interdit à ces messagers de comparaître aim états
comme députés. Au mois de septembre, il écrivit particulièrement
au roi pour s'excuser, au sujet de cette volontaire abstention^.
Le traité d'Arras, signé le 21 septembre 1435, fut, comme on
le sait, le prélude et le signe avant-coureur de l'affranchisse-
ment du royaume. Huit mois plus tard (avril 1436), Paris était
rendu à la dynastie des Valois. Charles VII, ou son gouverne-
1. Archives de Troyes. Bouliot, Guerre des Anglais, 1861, in 8°, p. 37 et sui-
vantes.
1. Cabinet des titres, dossier Noyers. Mayer, IX, 156. J. Cliartier, éd. elzévi-
rienne, t. I, p. 171. Ms. fr. 5,038, f' 'i.
3. Bouliot, Guerre des Anglais, p. 13 et 40.
i
39
ment, n'attendait que ce grand fait, pour se délivrer d'une en-
trave importune. La question des aides, évidemment, fut de
celles, qui, dans les négociations ou préliminaires de la paix,
avaient dû être traitées et résolues d'un commun accord, entre le
duc de Bourgogne et le roi de France. Aussitôt que la paix d' Ar-
ras eut été notifiée en Picardie, les aides y reparurent, et cette
restauration fit éclater immédiatement à Amiens une tentative
d'insurrection ' .
Peu de temps après, Charles Vil publia l'édit important qui a
pour titre : « Instructions et ordonnances faites et advisées par
le roi nostre sire et les seigneurs de son sang et grand conseil,
sur la manière de levé)" et gouverner le fait des aides- qui sou-
loient^ avoir cours pour la guerre, lesquels le roy nostre dit s"^,
depuis son partement de Paris (1418) abatit, et, du consente-
ment des trois estats de son obéissance, a remis sus, le 28*"
jour defebvrier 1435 (1436 n. s.). » Suit un règlement sur la
perception : 1° du sou pour livre de toute marchandise ; 2° du
huitième du vin. Le 17 juillet 1436, Charles VII rétablit à Reims
(et probablement dans toute la Champagne) les aides abolies par
Jean sans Peur, sous le règne de Charles VI. Le 9 septembre sui-
vant, « lettres qui ordonnent la levée d'une aide sur le vin cueilU
en la prévôté, vicomte et élection de Paris, pour soudoyer les
gens de guerre et pour autres affaires du roi en ce pays"*. »
En 1437 cet exemple semble, à son tour, imité par le gouver-
nement anglais, qui, refoulé en Normandie, y lève d'office un
subside. Dans le cours de la même année, le roi Cliarles étend à
tous les pays de son obéissance l'imposition de douze deniers ou
sou pour livre, et du huitième sur le vin en détail vendu par tout
1. Monstrelel, éd. d'Arcfi, l. V, p. 194.
2. Dans les élals soumis à Charles VII la juridiction des aides avait été réta-
blie à Poitiers par ordonnance du 22 octobre 1425. Ordonnances, XIII, 106. Ms.
Gaignières 649, 5, f" 23.
3. Solebant.
4. Ms. La Ravalière, Champagne, t. 35, p. 179, 180. Ordonnances, XIII, 211,
227. Ms. Brienne, 197, f" 352, 3. Un arrêt du parlement de Paris fut rendu, le 14
mai 1437, à la requête du connétable et du chancelier. Cet arrêt met à la dispo-
sition du connétable, pour payer les gens de guerre et attendu la nécessité, les
sommes déposées àu\ greffes de la Cour à litres de consignations (Déplorable
expédient déjà employé par le gouvernement bourguignon). 11 est dit que ces
dépôts seraient rétablis ou réintégrés des premiers deniers que produiraient les
aides {Ordonn., ibid., préface, p. xxvij).
40
le royaume. Un acte déjà cité, du 12 octobre 1438, nous montre
le Languedoc également imposé d'office ou arbitrairement par
la couronne ^ .
L'année 1439 et les états d'Orléans terminent ce tableau
chronologique. En mai 1439, le roi se trouvait à Vienne (Dau-
phiné) où il avait convoqué les états de cette province pour le 12
du même mois. Mais la peste était à Vienne. Le roi se transporta
en conséquence à Lyon et manda les états dans cette ville. Réu-
nis à Saint-Symphorien (Dauphiné), les représentants de la pro-
vince délibérèrent sur cet incident. Deux députés se rendirent à
Lyon près du roi. Ils lui représentèrent que les états du Dauphiné,
■aux termes de leurs privilèges, n'étaient tenus de s'assembler
que dans les limites territoriales de la province. Sur cette ou-
verture, le roi consentit à ce que l'assemblée eût lieu à Saint-
Symphorien. Après divers messages et pourparlers, les états de
Saint-Symphorien accordèrent au roi trente mille florins, mais
en stipulant diverses conditions expresses , les unes préalables
par rapport au vote, et les autres relatives à l'emploi de cette
somme*.
Deux auteurs, à ma connaissance, nous instruisent de ce qui se
passa lors des états-généraux tenus à Orléans en 1439. L'un est
Berry le Hérault, premier roi d'armes et chroniqueur de France.
Cet historien n'a que des éloges pour l'ordre suivi en cette cir-
constance. Il vante l'affabilité du roi, son facile accès, sa condes-
cendance à écouter les mandataires du pays et les ambassadeurs
des hauts barons. Ace tableau, sans doute flatté, il y a une ombre
sévère. Ecoutons de nouveau J. des Ursins, évêque de Beauvais,
conseiller du roi, député de Paris à ces mêmes états, témoin ocu-
laire et auriculaire. « L'année dernière, dit-il, dans un écrit
déjà cité et daté de 1440, — l'année dernière, vous avez ordonné
tenir les trois estais à Paris ; auquel lieu vous ordonnastes que
on allast à Orléans et en ce on vous obéit. Mais à peine ont-ils
eu vostre présence. Car, seulement à l'entrée, c'est assavoir à
faire la proposition, et à l'issue faire la responce, à grand peine
avez-vous monstre vostre face; et s'ils entroient en vostre cham-
bre pour vous faire aucunes requêtes, vous vous boutiez en un
1. Ms Gaignières, 649, 5, f" 26 el 42. Voyez ci-dessus, page 32, A 1437, et F
1438, mars 30, octobre 12.
2. Archives nationales, K 687, n» 2.
4^
petit retrait (cabinet), et fermoit on l'huis, atîu qu'on ne parlast à
vous. Ils furent à Orléans près d'un mois avant que leur fissiez
exposer la cause — '■ »
On sait les importantes résolutions qui furent l'œuvre de cette
assemblée. L'ordonnance d'Orléans, 2 novembre 1439, est un
des beaux monuments de l'administration royale. On y voit po-
sées et assises d'une main ferme, les bases de la loi qui allait en-
fin mettre un terme au brigandage public et constituer l'armée
nationale. Nous aurons à revenir avec toute notre attention sur
cette grande réforme, sur cette institution dans un chapitre spé-
cial. En ce moment, l'ordonnance du 2 novembre, couronnement
des états de 1439, doit nous apparaître exclusivement au point
de vue des impôts.
L'ordonnance du 2 novembre (art. 36, 37, 41), interdit aux
seigneurs les exactions de toutes sortes, les tailles arbitraires que
les barons, dans ces temps de désordre, et à l'imitation de la cou-
ronne, avaient imposées sm' leurs terres, en outre des taxes féo-
dales anciennes et accoutumées. Désormais la taille et les aides,
comme les autres droits royaux, deviennent les attributs exclu-
sifs de la monarchie-. Voilà ce que dit explicitement l'ordon-
nance de 1439. Mais elle est plus remarquable encore par ce
qu'elle omet de dire et par certains principes qu'elle suppose
établis. Cette allusion s'applique à deux grands faits qui cons-
tituent ce que nous appellerons la réforme de 1439 :
1° Etablissement d'un impôt définitif et permanent ;
2" Suppression du pouvoir, attribué jusque-là aux états-géné-
raux, d'autoriser la levée de cet impôt.
Ce double changement, constaté par tous les historiens, a
néanmoins donné lieu à des obscurités, à des doutes d'interpréta-
tion que nous allons tenter d'èclaircir. Chacun s'accorde à consi-
dérer l'ordonnance du 2 novembre 1439, comme le texte même
et l'acte ou instrument légal de cette réforme. Cependant, un au-
teur moderne fait observer, ce qui est constant, que l'ordonnance
1. Chronique de Berrj, dans Godefroy, C/tor?es VII, p. 404, 405. Ms. fr. 4767,
f" 38. Cf. Loltin, Essais sur Orléans, l. 288. — Deux députés avaient été nommés
à Chàlons-sur-Marne pour représenter cette ville aux étals d'Orléans. Simon des
Abbés, l'un d'eux, s'excusa sur le danger des chemins. Le second député se nom-
mail Jean Cœur-de-Roy. Siraou des Abbés fut remplacé par Guillaume Noisette
(Barthélémy, Histoire de Chdlons, p. 186).
i. Ordonnances, XIII, 306.
/.2
ne parle pas des états-généraux, ni de tailles permanentes. De son
coté, Philippe de (^omniynes, dans un passage souvent cité, dit
que Charles Vil fut le premier qui osa établir les aides perma-
nentes, sans le conseyitemeni des états K
Il suffit, pour dissiper tout malentendu à cet égard, de se re-
porter attentivement à l'historique ci-dessus exposé de la ques-
tion. Dans les annales de la monarcliie , les états-généraux nous
apparaissent surtout comme des expédients politiques imposés
aux rois par la nécessité, comme un remède à des désastres ou à
des ditticultés exceptionnelles. La royauté n'employait pas, sans
hésitation, cette ressource extrême et dont la seule annonce ac-
cusait une situation critique. Elle répugnait naturellement à con-
voquer ces comices solennels dans lesquels on voyait, en quelque
sorte, les rôles s'intervertir : la monarchie tendre la main pour
recevoir des subsides, implorer des conseils et parfois essuyer
des échecs ou des remontrances. Cette question des états-géné-
raux fut certainement un des points délicats et difficiles qu'eu-
rent à résoudre les politiques préposés au gouvernement de la
France sous le règne de Charles VII. Ce monarque et ses con-
seillers subirent les états-généraux, tant qu'ils ne purent s'en dis-
penser. Mais les états eux-mêmes poussèrent, on peut le dire, le
zèle jusqu'au suicide jmr dévoueraent, ou du moins à l'offre
indirecte d'un tel sacrifice. On se rappelle les expressions qu'em-
ployaient en 1425 les députés de Mehun : « dès maintenant pour
lors et dès lors pour maintenant..., etc.-. » Aussi, dans l'instruc-
tion de 1436 ^ le roi n'hésite-t-il pas à dire qu'il a rétabh les
aides du consentement des états.
Or l'histoire, il est vrai, ne nous a conservé la trace d'aucune
assemblée qui, en 1435-1436, ait autorisé une pareille mesure, et
nous nous expliquerions difficilement qu'une telle assemblée n'eût
pas laissé le moindre vestige de son existence. Mais nous
sommes beaucoup plus disposé à penser qu'il s'agit ici d'un con-
sentement tacite, consentement, d'ailleurs, qui nous semble
1. Dansin, Histoire du gouvernement de la France pendant le règne de
Charles VII, Paris, 1858, in-8°, p. 55. Mémoires de Commynes, livre VI, cha-
pitre 6. Cf. Discours au roi (1581). Ms. Minimes, 31, f° 48 v, 53 \°. Ordon
nances, XIII, préface, p. xxvij el Ixxxij. Laferrière, Séances et travaux, 1860,
p. 129, etc.
2. Voyez ci-dessus, p. 35.
3. Ci-dessus, p. 39.
43
très-logiquement et très-loyalement s'appuyer sur les protesta-
tions explicites, réitérées, dont nous avons reproduit quelques
témoignages. Après l'évasive déclaration de 1436, qu'avaient
à faire les rédacteurs de l'édit de 1439? Ils avaient, touchant ce
point délicat, à garder le silence. En se taisant avec habileté, Us
ont employé les paroles de cet édit à enregistrer des faits
accomplis et â décréter de nouveaux résultats qu'ils voulaient
atteindre ^
Le témoignage de Commynes ne contredit pas l'explication qui
précède. L'historien de Louis XI a certainement voulu dire que
Charles VII, vers 1439, se dispensa de demander, pour l'ave-
nir, le consentement des états en matière d'impôts. Suspension
du vote ou de l'autorité des états, — établissement d'une taille
permanente, — établissement d'une armée ou force publique,
également permanente, — sont d'ailleurs trois termes qui se rat-
tachent l'un à l'autre, logiquement et chronologiquement, par
un lien étroit et indissoluble. Or l'article 26 de l'ordonnance du
2 novembre 1439 décrète cette institution de l'armée royale dans
des mots encore voilés, mais d'un sens précis et incontestable.
A ces trois termes, nous croyons pouvoir en ajouter un qua-
trième, et nous aurons ainsi relaté une nouvelle réforme, un nou-
veau changement administratif qui fut l'œuvre de Charles VIL
Nous voulons parler de la réforme des monnaies.
Un écrivain spécial et des plus autorisés s'exprime ainsi à cet
égard : « Charles VII, dit-il, dans la grande nécessité de ses af-
faires, poussa l'affaiblissement si loin et leva un si gros droit sur
les monnoies, qu'Q retenoit les trois quarts du marc d'argent
pour son droit de seigneuriage et pour les frais de la fabrication.
1. En 1441, les barons, ligués à Nevers, représentèrent au roi « comment les
tailles et impositions se doivent mettre sus et imposer et appeler les seigneuries
et les états du royaume. » Le roi répond: « Les aides ont été mises sur les sei-
gneuries (populations des seigneuries), de leur consentement. Et n'est jà nul
besoin d'assembler les trois estais pour mettre sur lesd. tailles; car ce n'est que
charge et dépense au pauvre peuple, qui a à payer les frais de ceux qui y vien-
nent ; et ont requis plusieurs notables seigneurs dudit pays, qu'on cessât de
lelle convocation faire. Et pour cette cause sont contents qu'on envoie la com-
mission aux élus, selon le bon plaisir du roi. » (Monstrelet, éd. du Panthéon,
p. 827-8). Dans le même sens, H. Baude parle de tailles et crues de tailles im-
posées, postérieurement à 1456, « du vouloir et consentement des gens des
trois états. » (J. Chartier, t. lll. p. 137.)
44
Il prenoit encore une plus grosse traicte ^ sur le marc d'or. Ce
prince ayant chassé l'Anglois hors du royaume-, commença à y
rétablir l'ordre par le règlement des monnoies. J'ai trouvé dans
un ancien manuscrit, qui est environ de ce temps-là, que le peuple,
se ressouvenant de l'incommodité et des dommages infinis qu'il
a voit reçus de l'affaiblissement des monnoies, et du fréquent
changement du prix du marc d'or et d'argent, pria le roy de
quitter ce droit, consentant qu'il imposât les tailles et les
aides^, ce qui leur fut accordé. Le roy se réserva seulement un
droit de seigneuriage fort petit, qui fut destiné au payement des
officiers de la monnoye, et aux frais de la fabrication. Un ancien
.registre de la monnoye, qui paraît avoir été fait sous le règne de
Charles VII, dit que oncques puis que le roy mit les tailles des
possessions, des monnoy es ne lui chalut plus ^. Par là on voit,
ajoute en terminant notre auteur, que l'imposition fixe des tailles
et des aides fut substituée à la place d'un ancien tribut infiniment
plus incommode ^. »
Les développements dans lesquels nous venons d'entrer expli-
quent suffisamment, si je ne me trompe, cette espèce d'échange
utile, qui s'opéra sous Charles VII. Nous y voyons en premier lieu
ce roi doter le pays d'une armée soumise à un seul chef, chef de la
nation même, et créant en faveur du pays entier la première des
garanties: celle de la sécurité publique. Nous le voyons encore
délivrer ses sujets de toutes les exactions seigneuriales et arbi-
traires. Nous le voyons enfin renoncer aux profits désastreux
qu'il demandait jadis à l'altération des monnaies. — Puis, en re-
tour et d'une autre part, le pays consent à l'institution d'impôts
permanents et renonce à l'initiative ou à la sanction légale qu'il
possédait, antique attribut des états-généraux^.
1. Traite, droit.
2. Pour être tout à fait précis, il faut, je crois, entendre ici : hors de la capi-
tale, c'est-à-dire en 1436.
3. Voyez ci-dessus p. 28 : F 1423 mai.
4. Depuis que le roi eut mis la taille sur ses possessions (sur les terres de son
obéissance), il ne se soucia plus de demander aux monnaies un produit forcé.
5. Le Blanc, Traite des monnoijes, p. 76, 77; 299 et suiv. La réforme des
monnaies coïncida, selon le même auteur, avec la gestion de Jaccpies Cœur, qui
fut préposé à la monnaie de Paris des 1436. Voy. P. Clément, Jacques Cœur et
Charles VII, 1. 1, p. 85 et suiv.
6. « En supprimant, dit avec raison un écrivain couronné par l'Académie, en
supprimant le vote des étals pour lever la taille dans toute l'étendue du do-
45
Ainsi se trouve résolu, k notre sens, touchant ce point de fait,
l'un des problèmes que présentait notre programme. Nous croi-
rions, toutefois, ne pas répondre convenablement aux vues éle-
vées de l'Académie, si, avant de quitter le paragraphe des états
généraux, nous ne tentions pas de jeter sur cette intéressante
question un dernier regard plus étendu et plus général.
La France au xv'^ siècle n'en était plus aux premiers débuts
ni à ses premiers essais quant à la pratique des assemblées parle-
mentaires. En Angleterre, à cette époque, le Parlement pousse
dans le sol politique de vigoureuses racines^ et devient ce qu'il est
demeuré depuis : l'institution fondamentale de l'Etat. Chez nous, à
la même date, un conquérant anglais envahit le territoire natio-
nal. Il trouve debout les assemblées délibérantes. Il respecte cette
institution; il l'appelle à fonctionner, à exercer ses droits; et, jus-
qu'au dernier jour de l'occupation, l'usurpateur compte loyalement
avec les privilèges des états. Le prince légitime, bien loin de là, les
subit à regret et s'empresse, aussitôt qu'il le peut, de s'en affran-
chir. Le pays lui-même, sous ce rapport, abdique, pour ainsi dire.
Les états devenus presque annuels semblaient prêts à s'implanter
en France comme en Angleterre. Mais à cette époque même les
états, au contraire, s'interrompent et désormais ils n'apparais-
sent plus dans notre histoire qu'isolément, sans suite et à de longs
intervalles.
Un pareil fait, un tel contraste assurément est assez notable
pour qu'on cherche à s'en rendre compte. Les états-généraux,
tenus sous Phihppe-le-Bel et sous le roi Jean, figurent lionora-
blement dans nos annales. Serait-ce qu'au temps de Charles VII
la nation eût dégénéré ? Serait-ce, à n'envisager que l'amour du
bien public et la capacité, serait-ce que les Etienne Marcel, les
Robert Le Coq, les Demarest et tant d'autres, n'eussent enfanté
que des héritiers impuissants et indignes? serait-ce enfin qu'en
ces temps d'extrême calamité, le tiers-état spécialement, eût
laissé dépérir entre ses mains les vieilles traditions de zèle pour
l'intérêt général, les lumières et le sens politique?
On pourrait être tenté de le croire en considérant le rôle plus
maine, on ne fit aussi que convertir en règle un usage de plus en plus com-
mun. » Dareste, Histoire de V administration, t. II, p. 58.
1. L'affermissement des communes au sein du parlement anglais et l'extension
de ses prérogatives appartiennent au xv° siècle. Voyez Benj. Williams, Gesta,
Henrici F', préface, p. XXIX (Lond. 1850, in-S").
/.6
que modeste et par trop effacé que jouèrent, dans les états-géné-
raux de Charles VII, quelques-uns des acteurs ci-dessus mis en
scène. Au lieu de ces hardiesses du xiV siècle et des fiers carac-
tères qui marquent cette époque, les vestiges qui nous sont restés
des états-généraux assemblés sous Charles VII, nous offrent, il
est vrai, un tout autre spectacle. Les documents sommaires et
confus du xv'' siècle ne nous montrent, dans les députés de cette
seconde période, qu'une foule anonyme, quasi-muette, se bor-
nant à voter en silence, et sous le coup d'une évidente intimida-
tion, des subsides écrasants et sans cesse renouvelés. Ou bien.s'ils
ouvrent la bouche, c'est pour faire entendre l'expression d'un
dévouement à la fois absolu et banal, c'est pour répéter des pro-
testations qui manquent constamment de mesure et de dignité'.
Quelque gravité que puissent avoir de pareils symptômes, nous
croyons qu'on jugerait mal le tiers-état du xv'= siècle, si l'on s'en
rapportait uniquement à ces indices. Les états-généraux de 1420
à 1436 fonctionnèrent sous l'empire de circonstances spéciales et
funestes. Une sorte de démoralisation générale régnait dans le
pays. Les assemblées parlementaires des deux grands partis qui
divisaient la France, subirent de part et d'autre un joug égale-
ment tyrannique. Au nord, sous Henri V et Henri VI, le joug
delà domination étrangère ; au midi de la Loire, sous Charles VII,
le joug des Giac, des Beaulieu, des La TrimouiUe, le joug des
favoris. Ce sont là des effets locaux et passagers provenant d'une
cause éphémère.
Si l'on veut juger le tiers-état du xv*^ siècle, il est un premier
document bien mémorable et que nous alléguerons tout d'abord.
Nous voulons parler de la grande ordonnance dite cahochienne
et qui porte la date de juin 1413. Cet édit, par suite de vicissitudes
politiques, fut bientôt rapporté. Cependant tous nos historiens,
nos plus graves jurisconsultes ne l'en ont pas moins unanimement
admiré. Rien de plus vaste, de plus sage et de plus lumineux
ne s'était vu depuis les états de Philippe-le-Bel et du roi Jean. Cet
édit, ou ce programme politique, contient en germe toutes les
réformes que Charles VII tenta ou accomplit laborieusement dans
le cours de son règne. Or cet édit fut l'œuvre des Chaperons-
Blancs, c'est-à-dire des bourgeois, docteurs, etc., en un mot du
tiers-état de la capitale. Le sens politique et les grandes tradi-
l. Voyez ci-dessus, p. 34 et suiv.
47
tions n'étaient donc point mortes au sein de ce corps. Peu d'an-
nées après cette date et dans la période même que nous étudions
en ce moment, la Pucelle, sortie du tiers-état, apparut comme
une glorieuse personnification de cet ordre; ce fut enfin, on le sait,
par les mains et avec le notable concours du tiers-état que
Charles VII réalisa l'œuvre de son règne.
Si donc les assemblées parlementaires ne réussirent pas à s'ac-
climater et à s'implanter dans le sol français comme eUes le firent
sur le sol britannique, il convient, ce nous semble, de diriger les
regards d'un autre côté, pour trouver les raisons de cette diffé-
rence. Le Parlement anglais, comme le Parlement français du
moyen-âge, est sorti de la cour du roi ou cour des pairs, tempo-
rels et spirituels, instituée par le conquérant, Guillaume de
Normandie. En Angleterre, le tiers-état, mandé de bonne heure
à la barre de cette cour, y eut un accès qu'il conserva. Le tiers-
état délégué périodiquement par les communes, entra dans ce
grand corps avec sa place et ses attributs particuliers. Il vota
les subsides et représenta les intérêts de la classe moyenne ou
populaire. Les états généraux y demeurèrent inconnus ^
Chez nous, l'institution du parlementsuivit une autre destinée;
mais la différence, quelque grande quelle soit, ne fut point aussi
absolue qu'elle pourrait le paraître. Le Parlement de Paris et par
suite les Parlements français admirent également dans leur sein :
1" la haute noblesse (cour des pairs et nominations royales prises
dans l'aristocratie) ; 2° le clergé (conseillers clercs dans toutes
les chambres et toutes les juridictions) ; 3° et enfin le tiers-état
qui fournit aux parlements la majorité de leurs membres. Les
états-généraux qui subsistèrent dans leur mode intermittent
furent, en outre, des représentations plus spéciales de la nation
consultées. Nous rappellerons en dernier lieu que le Parlement
français, ainsi que le Parlement anglais, se considérait comme
une institution fondamentale de l'Etat, émanée il est vrai de la
monarchie, mais indépendante et inviolable à l'instar de la cou-
ronne. Notre parlement se regardait encore comme l'héritier des
antiques placites et comme le représentant de la nation. Il reven-
diqua enfin, avec un zèle fécond en orages mémorables, le princi-
pal attribut des communes anglaises et des états du moyen-âge :
celui de consentir et de valider l'impôt.
1. Il n'en fut pas de même en Ecosse qui, au xv* siècle, avait des états-géné-
raux.
48
Mais c'est assez m'étendre sur un terrain limitrophe par rap-
port à celui qui m'est tracé. Je m'empresse de revenir aux termes
précis des questions posées par l'Académie pour le présent con-
cours.
§ II. — Administration financière.
« Cliarles VII, a dit un judicieux critique, fut du petit nombre
des princes qui s'améliorèrent sur le trône ^ » On a vu plus
d'une lois, en effet, des princes, des ministres, apporter dans la
pratique des affaires le fruit de leurs méditations, ou le don d'une
sagacité naturelle. On a vu ces politiques faire succéder ainsi le
bien au mal et la réforme aux abus. Charles VII eut un mérite
plus rare. C'est à l'école des abus et de l'adversité qu'il forma sa
pénible instruction. Quels que soient les vices que l'histoire lui
reproche d'avoir conservés, il commença par se réformer lui-
même. Le règne de ce prince offre à l'observateur deux périodes
bien distinctes : la première, où il marcha de fautes en fautes ; la
seconde, employée à les réparer.
Charles VII, avant même de monter sur le trône, fut atteint,
au milieu de la pompe du pouvoir et du luxe qui semble en être
inséparable, par les douloureuses étreintes du besoin et de la pau-
vreté. Ce spectacle de l'indigence qui vint en quelque sorte iro-
niquement s'attacjuer au prince, puis au roi, frappa vivement
l'imagination des contemporains. L'histoire nous a conservé des
traces notables ou touchantes et des témoignages bien connus de
cette détresse. Mais ce que l'on sait moins, c'est le mode d'admi-
nistration que suivit Charles VII en ces temps d'infortune.
Le 26 novembre 1421, le fils de Charles VI n'était encore que
Dauphin. Pour subvenir aux nécessités de la guerre il prescrivit
l'engagement de ses revenus en Dauphiné jusqu'à concurrence de
six mille écus d'or. A cette époque déjà les fournisseurs du ré-
gent, mal payés de leurs livraisons, refusaient de lui confier
davantage à crédit les denrées d'une nécessité usuelle. En juin
1422, Charles devait au chapitre de Bourges 2,423 liv. tourn.
en poisson, ou nourriture maigre, avancées par le chapitre pour
le service quotidien de la bouche du prince. Vers le même temps,
Charles VIT célébrait ses propres noces à Bourges, avec des
tapisseries empruntées ! Au mois d'avril 1424, Charles VII avait
pour banquier ou préteur de fonds un certain François Surrat,
1. .1. Quicherat, Aperçus nouveaux sur la Pucelle, 1850, in-8% p. 24.
49
marchand de Genève. Cet étranger avait dû être initié aux
desseins politiques du prince et s'était vu affilier à une conspira-
tion ourdie en Bourgogne par Odette de Champdivers. Il fallut
ensuite recourir aux emprunts forcés. L'un des protocoles de
notaires mentionnés ci-dessus nous a conservé la formule des
actes qui se libellaient à cette fin : Le roi « nomme commissaires
pour requérir, tant par voie amiable que aussi de sommation, se
mestier est, toutes les personnes de... (tel pays), escripts et
dénommez en certain rolle de la date du jour d'uy, signé de nostre
main et scellé de nostre scel secret, qu'ils nous prestent et aident
les sommes de deniers contenues au dit rolle, etc. » L'acte du
26 novembre ouvrit la voie désastreuse des aliénations. Les me-
sures de ce genre ne tardèrent pas à se multiplier de plus en plus,
lorsque le lieutenant général eut ceint la couronne. Ces ruineuses
hypothèques s'étendirent alors à toutes les parties du territoire
ou domaine royal ^ .
Au xv'' siècle le prêt sur gage était, comme mesure de crédit,
une opération usuelle. Le 18 février 1423, Charles VII engagea
pour l'acquit d'une créance le principal diamant de sa couronne
royale, nommé le miroir. Ses familiers, ses ministres lui avan-
çaient, par voie d'emprunt, les sommes destinées à subvenir quoti-
diennement aux dépenses ou aux besoins les plus urgents .Le 5 avril
1423, Charles VII donne deux cents livres à Lubin Raguier,
queux du roi ou écuyer de cuisine : celui-ci avait « prêté, par l'or-
donnance des chancelier et conseillers du roi, la somme de miUe
livres pour les gens d'armes qui sont devant Baugency. » Le 8
janvier 1433, G. Charrier, receveur général, délivre quittance à
Adam de Cambray, président au Parlement, de deux cents livres
par lui prêtées au roi et remboursables par la cession, engagée
au prêteur, d'un pré, sis aux portes de la Rochelle. Par lettres
du 2 mars suivant, le roi octroyé à Denis de ChaiUy, chevaher,
son bailli de Meaux, la ville de Crécy-en-Brie, avec ses revenus,
en garantie de 2,000 liv. tourn. avancées par le chevalier pour
le ravitaillement de Lagny^.
1. J. Chartier, iu-lG, t. III, p. 316, 321, 325. Ordonnances, XI, 141, 159, etc.
Bibliot. de l'École des chartes, 2" série, l. III, p. 136. Ms. français 6,763, f" 24.
D. Plancher, t. IV, p. 89. Ms. fr. 5,024, f" 126, 127.
2. Histoire de Charles VII, t. I, p. 373, 374. Archives Joursauvault, t. I,
page 130, n° 779. Cabinet des titres, dossier Raguier. Direction générale des
archives : J. 184, n» 3; J. 194, n°= 57, 58. — 1441, mai 12: quittance des 2,000
4
50
Les comtes écossais de Darneley, de Rucan et de Douglas S
Richard de Bretagne, Arthur de Richeniont, Jean Louvet, le
bâtard d'Orléans, Henri de Pluscallec et bien d'autres, reçurent
du régent et du roi diverses donations territoriales. Mais de tous
les prêteurs qui fournirent h Charles VII une aide intéressée, il
n'en est aucun dont le concours fut plus onéreux à la monar-
chie que Georges de La Trimouille, premier ministre et favori de
ce prince. Georges, en 1423, avait avancé au roi deux mille écus
d'or « pour le paiement de certain nombre de gens d'armes. » En
nantissement de cette faible somme, le roi, par lettres du 25
mars, confère à La Trimouille un privilège exorbitant. Il lui
accorde le droit de lever, par lui La Trimouille, sur ses hommes
ou sujets féodaux, « dans ses terres et seigneuries, sises en Berry,
Orléanais, Auvergne, Limousin, Poitou, Anjou et généralement
en Langue d'Oil, la somme contributive h laquelle ces hommes
ou sujets sont taxés dans la répartition de la taille royale votée
à Bourges le 12 janvier précédent ^.
La Trimouille, en décembre 1425, avait été fait prisonnier des
Bourguignons. Il obtint sa liberté moj^ennant une rançon fixée à
14,000 écus d'or. La Trimouille, par lettres du 20 juillet suivant,
se fît octroyer la terre de Melle en Poitou, rachetable par la
couronne au prix de dix mille écus. Cent mille écus d'or lui
furent en outre assignés sur le trésor public, avec une nouvelle
hypotlièque sur les tailles, dont il s'attribua la perception directe.
Déplorable système qui tendait, pour ainsi dire, à démoraliser l'im-
liv.. t. par Denis de Ghailly, qui garde, sa vie durant, Crécy {Ibidem, n- 57
bis).
1. Après la bataille de Verneuil et la mort de co comte, duc. de Touraine, sa
veuve, Marguerite de Douglas, réclame à Charles Vil, sous la date du 14 mai
1425, le tiers des revenus de ce duché. Stevenson, Wars of the English in
France.., Henri VI, t. I, p. 20. Cf. Chalmel, Histoire de Touraine, in-8°, l. 2,
p. 186 et s. Archives de Tours; dans le Cabinet historique, 1859, p. 103 el suiv.
2. Cabinet des litres, dossier Pluscallec — Louvet, Diinois, etc.; articles de la
Biographie Didot. Ms. Fontanieu, 113, à la date. Voy. ci-dessus liste des états
généraux. — 17 avril 1425. Charles VII engage le comté de Chartres ;\ Louis de
Bourbon, comte de Vendôme, pour 50 mille écus d'or (Lépinois, Histoire de Char-
tres, t. 2, p. 77). Le traité de Saumur du 7 octobre 1425, eut lieu au moment où
les étals du midi se réunissaient à Poitiers. Les princes bretons, Jean VI et son
frère Artus de Richeniont, demandaient pour prix de leur alliance une délégation
générale sur les impôts du Languedoc. Charles VII accorda subsidiairemenl cette
demande (Du Tillel, Recueil des traités, etc. p. 219, 220).
54
pot, car l'aide perdait de la sorte son caractère public. Ce procédé
avait en outre le grave inconvénient de favoriser l'impôt féodal,
qu'il importait au contraire à la monarchie de réprimer. Enfin
divers actes nous prouvent qu'au mois de septembre 1432, La
Trimouille tenait encore dans sa main les gages territoriaux de
diverses aliénations, consenties de la sorte par la couronne, en
faveur de Georges et de sa famille ^ .
Ainsi, pour nous résumer sur ce point, l'administration finan-
cière de Charles VII, durant la première période de son règne,
se caractérise par les traits suivants :
1" Fermage des monnaies de plus en plus altérées 2;
2° Levées de subsides, obtenues par des simulacres d'états
généraux ;
3° Aliénation du domaine ;
4° Engagement de l'impôt public entre les mains de tiers-per-
cepteurs et de créanciers.
On ne saurait peut-être imaginer un ensemble de procédés
plus funestes. Le 18 mars 1433, Charles YII rendit à Amboise
une dernière ordonnance, pour engager des châteaux, terres et
revenus en Daupliiné, jusqu'à concurrence de 12 mille florins.
1. Ms. Gaigaières, 771, f» 91. Trésor des chartes, J. 183, n" 142 à 146. Bio-
graphie Didot, article La Trimouille. En 1423-4, le duché de Touraine fut
aliéné trois fois dans le cours d'environ une année. En 1428, Jean, duc d'Alen-
çon, rançonné au prix de 200 mille saluls, demanda un secours au roi. Charles
Vil lui accorda la rêve ou droit de transit sur les marchandises en la sénéchaus-
sée de Beaucaire. Mais déjà le roi avait disposé deux fois de ce produit, en
sorte que ce troisième octroi demeura inutile au donataire (Chronique de Cagny,
chap. 85). La même année, La Trimouille refusa de recevoir en garantie de ses
créances la chàtellenie de Chinon, déjà engagée au profit de la reine (J. 183,
n» 142).
2. Nous avons déjà mentionné ci-dessus, p. 43, l'altération des monnaies. Il
convient d'insister ici sur ce trait. L'afl'aiblissement des monnaies était, ainsi
qu'on l'a vu, commandé par le roi lui-même. Un comte de Foix, dans le midi,
ne pouvait manquer d'imiter cet exemple et de renchérir sur la prescription.
Les scrupules s'effacèrent même pour les âmes honnêtes. Jacques Cœur en
1427, débuta dans sa carrière en s'associant à Ravant le Danois, maître de la
monnaie de Bourges. Ravant et Cœur firent ailleurs leurs preuves de probité,
de dévouement à l'intérêt public. Cependant, pour s'indemniser des avances de
deniers qui leur étaient réclamées incessamment par le roi, ces deux hommes
et beaucoup d'autres se laissèrent entraîner à un gain illicite, en abaissant
encore et à leur profit, le titre des espèces. Ces faits nous sont attestés par des
lettres de rémission accordées aux deux délinquants, le G décembre 1429 (Ms.
S. Gerra. fr., n° 572, p. 793 et s.)
52
Mais au mois de juin suivant, La Trimouille cessa de gouverner.
La chute de ce conseiller marqua, pour Charles YIL le commen-
cement de son émanci])ation. Elle délivra le roi d'un favori qui
joignait à son ascendant moral ou politique, la domination d'un
usurier sur son débiteur. A partir de ce moment, des vues plus
saines prévalurent, avec les successeurs de La Trimouille, au
sein du conseil royal. L'ordonnance du 18 mars fut suivie, le
24 octobre, d'un édit qui chargeait plusieurs délégués d'aviser au
recouvrement des biens royaux, aliénés ou engagés en Dauphiné,
Valentinois et Diois. Charles Vil signale traité d'Arras en 1435
et recouvra Paris en 1436. Il put commencer alors à se sentir
maître de la couronne. Le 15 décembre 1438 parut l'ordonnance
qui annule, moyennant indemnités et qui révoque comme con-
traires au droit fondamental du royaume^ toutes les aliénations
octroyées ou consenties par Charles VII, depuis les événements
de 14181.
A partir de ce terme, le gouvernement de Charles VII s'avança
de plus en plus et de mieux en mieux, dans la voie des réformes.
Mais la pratique invétérée de tels errements suscitait au réforma-
teur de bien grandes difficultés. J'essaierai d'en donner une idée
à l'aide d'un exemple qui nous fera pénétrer au sein même de
l'administration financière de ce prince.
Guillaume de Ghampeaux était un clerc obscur du diocèse de
Soissons, si obscur que le Père Anselme, dans sa grande liistoir'e
généalogique, ne lui donne ni armoiries-, ni ancêtres. Il devint
en 1415, sous le connétable d'Armagnac, maître-clerc des
comptes et suivit, comme tel, Charles, dauphin, lorsque ce prince
s'éloigna de Paris en 1418. Le 16 octobre 1429, G. de Cham-
peaux fut promu tout à coup à la dignité d'évêque et duc de
La on, l'une des douze pairies du royaume. La date de son éléva-
tion, qui suivit de quelques jours le meurtre de Montereau, est la
seule lumière qui puisse aider à expliquer cette faveur soudaine.
G. de Champeaux, prélat de cour, ne visita pour ainsi dire jamais
sa cathédrale; il passa sa vie loin de son diocèse dans le rnouve-
1. Ordonn. XIII, 185, 190, 293.
2. .\u temps de sa plus grande faveur, G. de Champeaux scellait ses actes
d'un sceau ou signet sans blason. Un seul exemplaire, très fruste, que j'ai vu,
présente, je crois, une sainte face ou véronique (Cabinet des titres, dossier Fla-
vy. Acte du 4 novembre 1427).
53
ment des affaires et de la politique. Président clerc de la chambre
des comptes en 1421, il prit dès lors une part des plus importantes
au maniement des finances. L'évêque de Laon, membre du grand
conseil, partit A^ers le mois de mai 1424 pour le Languedoc,
comme lieutenant -général civil et intendant supérieur des
finances ^ .
Le Languedoc, cette France du midi, formait alors la princi-
pale ressource financière de Charles VII. Pour prix d'une exem-
plaire fidélité, cette malheureuse province avait toujours été
victime de lieutenants-généraux et d'intendants concussionnaires.
L'administration de Jean, duc de Berry, au xiv" siècle, a laissé
des traces néfastes et mémorables dans notre histoire. Ces anté-
cédents ne furent que trop suivis par Guillaume de Champeaux.
L'évêque de Laon avait un pied solidement établi dans cette vice-
royauté, lointaine et productive. Il en avait un autre à la cour.
Exempt de scrupules, il fut le complaisant des divers favoris qui
se succédèrent pendant le cours de cette période, les uns avec le
titre de ministres du roi, les autres en qualité de gouverneurs ou
lieutenants militaires du Languedoc. Comme il tenait en main
les finances, nerf de toute politique bonne ou mauvaise, il sut se
conserver à travers ces changements successifs, une autorité
personnelle et considérable.
Cependant, dès le mois d'octobre 1428, les états, réunis à
Chinon, avaient osé dénoncer au roi les malversations de l'in-
tendant -. Le roi envoya en Languedoc Jean de Wailly, président
de Parlement et le Galois du Puy du Fou, chevalier, commis-
saires en son nom, pour interdire dès lors à l'évêque de Laon
l'administration des finances. Mais le prélat sut résister à toutes
les injonctions et se faire maintenir dans son office. En 1437, le
roi visita le Languedoc, et l'intendant réussit à conserver sa posi-
tion. Toutefois en 1441 la mesure était comble. Guillaume de
Champeaux n'avait cessé de lever des taxes arbitraires sans
l'autorisation du roi et les avait appliquées à son profit. Il avait
fait battre monnaie de même sans l'autorisation du roi et en
fraude des ordonnances. Des lettres-patentes, document authen-
tique et irréfragable, portent à la somme de six à sept cent mille
1. Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1859, p. 57 et s.
2. Voyez ci-dessus, page 30, note 1. Voir aussi Germain, Commerce de Mont-
pellier, 1861, t. 2, p. 351.
o4
écus le dommage causé au roi par ces malversations. Le produit
des concussions commises par l'êvêque de Laon à son profit per-
sonnel y est évalué « à environ trois millions de francs. »
Charles VII, après l'envoi du président, avait député auprès
de Guillaume de Champeaux un prince du sang : Louis de Bour-
bon, comte de Vendôme. Le commissaire des finances refusa
d obéir. A son tour, il menaça l'envoyé, devant lequel il se vanta
de le braver et de lui résister par voie de fait. Enfin le roi donna
ses lettres datées de Saumur le 31 décembre 1441 et résolut de
sévir. Charles d'Anjou, comte du Maine, sur qui le roi pouvait
compter avec une confiance légitime, venait d'être nommé gouver-
neur du Languedoc. Deux maîtres des requêtes, hommes éner-
giques et surs, se rendirent à Montpellier. G. de Champeaux ne
résista plus et fut destitué de ses oflfices. Il mourut peu d'années
après, riche encore de ses bénéfices ecclésiastiques et jouissant
d'une impunité, que sa robe cléricale contribua principalement à
lui garantir ^ .
On peut juger, par ce spécimen, des obstacles que Charles VII
eut à surmonter pour réahser les améliorations qu'il avait entre-
prises.
L'ordonnance du 25 septembre 1443 marque le premier pas
que Charles VII accomplit hautement et librement dans sa nou-
velle carrière. Cet édit remarquable débute par un bref exposé
de la situation où étaient tombées les finances du royaume. Les
ressources ordinaires (ou domaine) et les ressources extraordi-
naires (impôt) y sont clairement distinguées. Cette séparation
était ancienne. Mais le fait nouveau et saillant consiste dans le
programme des mesures qui devaient assurer pour l'avenir une
meilleure gestion et des unes et des autres. En ce qui concerne
le domaine, des aliénations abusives l'avaient singulièrement
amoindri. Les officiers chargés de présider aux péages des ponts,
de percevoir les divers revenus de la couronne, avaient négligé
de réparer les immeubles et les laissaient tomber en raines. Les
cens et rentes avaient cessé d'être perçus. Les fondations pieuses
attachées à ces mêmes tenures royales et connues sous le nom de
fiefs et aumônes n'étaient plus acquittées. Le roi rétablit l'ordre,
prescrit la revendication des revenus arriérés, ordonne les répara-
l. Bulletin cité. D. Vaissèle, Histoire du Languedoc, in-folio, t. IV, preuves.
col. 461, 462.
tions et remet en valeur le domaine ^ Pour ce qui est de l'impôt,
la comptabilité reçoit des règlements d'une sagesse et d'une préci-
sion toutes nouvelk Antérieurement, les libéralités accordées au
nom du roi consistait it dans des mandements ou bons isolés que
l'importunité des ministres et des favoris dérobait pour ainsi
dire, quelquefois en blanc, à l'inexpérience ou à la faiblesse con-
fiante du monarque ^ Désormais tous les dons, pour être valables,
doivent figurer collectivement sur des tableaux, signés de la
main du roi, sous la forme de rôles ou états. De même aussi, les
trésoriers et receveurs sont tenus de fournir trois fois par an
des résumés généraux de leur situation, savoir : le premier, par
prévision au début de l'exercice ; le 2*^ au milieu de l'année finan-
cière ; le troisième à la fin de cette période. Il est ordonné aux
autres comptables de fournir des états analogues à des intervalles
plus rapprochés et même mensuellement. Les quittances en blanc
sont formellement abolies et interdites par un article spécial.
Telles sont les dispositions principales contenues dans cette
ordonnance.
Henri Baude avait été, sous Charles VII, élu de Limousin.
Dans le mémoire historique qu'il nous a laissé touchant la vie de
ce prince, il témoigne de la sollicitude spéciale que portait Charles
VII aux matières financières. « Le roi, dit-il, voyoit chacun an
et plus souvent tout le fait de ses finances et le faisoit calculer en
sa présence. Car il l'entendoit bien. Il signoit de sa main les
rôles des receveurs généraux, les estats et acquits d'icelles
finances, et tellement s'en prenoit garde qu'il aperceust et con-
ceust tout ce qu'on y povoit faire... Nul prince ou seigneur,
ajoute-t-il, en son royaume n'eust osémectre sus, ne lever argent
en ses pays sans son congé, lequel il ne donnoit pas légèrement
sans cause raisonnable et du consentement des habitants^. » Ce
1. Ces mesures, relatives à la restauration du domaine royal, avaient été pré-
parées par les ordonnances des 20 février 1438 n. s. et IG juillet 1439. Voyez
Onl., XIII, p. 258 et s. et 299. Ce dernier acte dispose que le dénombrement des
licls mouvants du roi (qui n'avait point eu lieu à Paris depuis 1391), sera donné
à l'avenir, tous les trois inois.
2. Au mois de juin 1426, quelque temps après la bataille de Verneuil, Charles
VII, par une ordonnance expresse, révoqua tous les dons qu'il avait faits jus-
qu'à ce jour. Il déclara en outre retenir pour un an tous les gages de ses offi-
ciers (Orrfon/iffnces, XIII, 117). Les offices furent désertés. Mais les dons et
mandements recommencèrent comme par le passé.
3. Apud J. Charlier, in-18, t. 3, p. 136, 138.
o6
dernier trait, fort remarquable, doit s'entendre des exactions
féodales que Charles VII parvint à réprimer. Il doit s'entendre
aussi par allusion aux levées de deniers pour la cour de Rome.
L'ordonnance du 25 septembre 1443 posa les grands principes
qui devaient introduire par voie de réforme, l'ordre, la lumière
et la justice au sein de l'administration financière. H. Baude nous
montre en quelque sorte l'application vivante de ces principes
dans le tableau qu'il nous a tracé de la vie, complexion et con-
ditions du roy Charles. Pour les faire pénétrer et fructifier
dans la pratique, il restait à les maintenir, à les commenter, à
les vulgariser; restait enfin à en assurer l'exécution. Ce fut
l'objet d'une suite d'édits qui vinrent successivement prendre
place au code royal. Telle est d'abord l'oi'donnance du 10 février
1445 n. s. CeUe-ci explique les principes et les étend à l'admi-
nistration du Languedoc, ralliée comme on l'a vu, depuis peu, à
l'unité du pouvoir royal. Telles sont aussi les lettres du 19 juin
suivant, concernant la juridiction des élus; celles du 12 août
même année, portant règlement des fonctions et pouvoirs des
trois trésoriers de France; celles du 26 novembre 1447; celles
du 20 mars 1452; du 3 juillet 1459; des 21 janvier, 3 avril,
juin, 24 novembre et décembre 1460, sur les tailles, les aides et
la chambre des comptes ^ .
Parmi les règlements qui viennent d'être ènumérés, les plus
importants furent promulgués de 1438 à 1451, période pendant
laquelle le célèbre et infortuné Jacques Cœur obtint auprès de
Charles Vil un crédit considérable. Divers historiens ont rap-
porté ces louables mesures à l'influence directe et personnelle du
grand argentier. Cette attribution, quoique très-vraisemblable,
ne s'appuye toutefois sur aucune preuve, sur aucun témoignage
authentique et contemporain. Si l'inspiration de ces mesures
n'appartient pas personnellement k cet homme supérieur, sa
participation du moins aux résultats les plus précieux ne saurait
lui être déniée. Maître des monnaies de Bourges et de Paris, on
lui doit incontestablement la réforme des espèces. Argentier du
roi, c'est-à-dire intendant de sa liste civile, négociant, arma-
teur, avec un succès et des produits jusqu'alors inouïs, il contri-
I. Ordonnances, XIII, 414 el s.; XIV, 477 et s. Ms. fr. 5,909, f"' 221 à 223.
Voir aussi, pour toute cette matière, Simon Fournival, Recueil.. . des trésoriers
de France; Paris, 1655, in-folio, p. 13 el suiv.
o7
biia, pour une part énorme, à faire naître la prospérité publique
et fut le banquier de la couronne. Quant à la réforme adminis-
trative proprement dite, il y prit certainement une part comme
membre du grand conseil encore bien que son nom ne paraisse
pas, à ce titre, dans les édits ci-dessus allégués. Si l'on joint au
nom de Jacques Cœur ceux de Jean Bureau, de P. Bérard,
d'Etienne Chevalier, de Jean Hardouin et quelques autres, on
aura, sans injustice et sans exclusion, désigné les hommes de
mérite qui conseillèrent au roi ces importantes améliorations^.
Charles, dans la seconde partie de son règne, jouit comme en
triomphe de la prospérité publique et du fruit de ces réformes.
Louis XI (qu'on veuille bien me pardonner cette expression) fut
Charles VII en laid. Fils impie, il continua l'œuvre de son
père, mais sans imiter ses vertus, per fas et nef as, sans respect
pour celui qui, en l'engendrant à la vie, lui avait tracé un royal
modèle. Louis XI suivit ce modèle en dénigrant, en démentant
l'auteur, au lieu de le bénir. Il poursuivit les hommes que son
père avait honorés pour leurs bons services. Il délia, surtout en
apparence, tout ce que son père avait lié. Aussi, de 1461 à 1483,
le respect ou la louange dus à la mémoire de Charles VII furent
comme étouffés sous le sceau de la contrainte. Mais, lorsqu'à son
tour le fils de Louis XI monta sur le trône, ce respect devint de
l'enthousiasme et fit pour ainsi dire explosion. Un jeune prince,
également nommé Charles, succédait au sombre habitant du
Plessis-lès-Tours. Emblème de l'espérance nationale, Charles VIII
inaugura son règne sous les auspices de Charles VIL Le souve-
nir de ce prince, consacré par le temps, durant l'intervalle d'une
génération, orné du prestige de l'histoire, fut de toute part reven-
diqué, invoqué avec ardeur. Aux états généraux de 1484,
l'administration de Charles VII, glorifiée, exaltée par les conseil-
lers de la couronne, fut opposée, comme une antithèse à l'œuvre
de Louis XI et proposée comme un programme de conduite au
jeune roi. Les Vigiles de Charles VII, sorte de . panégyrique
populaire, sous la forme de complainte en vers finançais, se
répandirent dans les campagnes. L'histoire enfin vint mêler sa
voix grave aux éclats de cette ivresse, ainsi qu'aux chants
1. Le Blanc, Traité dex monnaies, p. 300. Pierre Clément, Jacques Cœur,
etc., t. 1, p. 90. Ordonn., Fournival, loc. dit. Biographie Didot, article Cheva-
lier. Charles VII et ses conseillers.
58
enjoués de la poésie. Thomas Basin, l'impitoyable adversaire de
Louis XI, et Philippe do Commynes, annaliste complaisant du
même prince, rendent un pareil hommage à Charles VIL Lous
deux s'accordent à rappeler l'administration de ce roi, de cet
ayeul, comme un type idéal et suprême, qui n'avait fait que pâlir
ou dégénérer entre les mains de son successeur L
La recommandation de Charles A^'II, méritée sous ce rapport,
se perpétua dans les traditions de l'administration monarchique.
De période en période, on en pourrait alléguer les preuves ou
témoignages. Nous lisons dans un Mémoire concernant le
trésor royal, manuscrit du xviif siècle : « L'ordonnance du 25
septembre 1443 et celles qui la suivirent doivent être considérées
comme la base de tout ce qui a été, depuis, statué pour le gouver-
nement, l'ordre, la forme de l'administration, du maniement des
finances et singulièrement du trésor royal-. »
§ III. — Branches diverses de l' Administration.
Parmi les services civils ou publics, l'administration financière
ne fut pas la seule sur laquelle Charles YII laissa l'empreinte
durable de son influence. On retrouve également cette marque
dans l'administration judiciaire. La justice, pendant le cours de
cette période , reçut de notables améliorations. Charles VII
modifia, par des mesures successives, l'organisation du parle-
ment. Il soumit de plus en plus les justices seigneuriales et autres
à la juridiction souveraine de la loi royale. Diverses ordonnances
bien connues, et qu'il suffit de rappeler, pourvurent à ces perfec-
tionnements. Le plus notable de ces actes, est le grand édit sur le
fait de la justice, en date du mois d'avril 1454. C'est là une de
ces ordonnances, ou mieux un de ces codes qui se distinguent et
se comptent en petit nombre parmi les principaux monuments de
notre ancien droit public. L'article 125 de cette ordonnance pres-
crivait la codification des coutumes. Ce fut le pas décisif qui, dans
rinstoire du droit, montre la route parcourue et la marche suivie
1. Ad. Hernier, Étais cjénvraux de Tours, l'iSi, dans la collection des docu-
ments inédits, in-l°, 1835, p. 380 cl passim. liiographie Didol, article Martial
de Paris. Mémoires de Connnynes, édition Dupont, t. 11, p. 'llb, mémoires de
Th. Basin, éd. Quicherat, t. 111, p. 131, etc.
2. Ms. appartenant à M. P. Paris, cité par M, P. Clément, Jacques Cœur, p. 99,
note 1.
59
à partir du moyen-àge. par la civilisation française, vers l'unité
légale des temps modernes ^ .
Au-dessous du parlement ou des parlements (car Charles VII
tendit à multiplier ces établissements judiciaires), on peut mon-
trer les universités, qui furent aussi l'objet de sa sollicitude.
Charles VII, de sa personne, céda autant et plus qu'aucun
homme de son siècle, au respect, au prestige dont jouissaient
alors l'école de Paris et ses suppôts. Les docteurs les plus illustres
de cette école furent, ouïes auxiliaires de ce prince, comme Jean
Gerson, Gérard Macliet, Robert Blondel, Jean, Guillaume et
Alain Chartier, ou ses adversaires les plus redoutables. On peut
citer, à ce dernier titre, les juges de Rouen et tous les suppôts des
universités (Caen et Paris) anglo-bourguignonnes. Charles VII,
historien grand, selon la juste épithète que lui a décernée
Georges Chastelain, ne dédaigna point les lettrés, notamment les
poëtes; et, de ces derniers encore, il fut bien servi. En outre, il
vécut dès son enfance, entouré de théologiens, de juristes, de
médecins, et même d'astrologues. Il aima donc la science, comme
on pouvait l'aimer et l'honorer de son temps. Il confirma et
multiplia les universités. Mais, à travers le respect, le goût spon-
tané que lui inspiraient ces institutions, il sut les envisager avec
l'œil du politique. L'université de Paris avait abusé de ses privi-
lèges. La licence et la vénalité s'étaient glissées ensemble dans son
sein, par la voie, non plus de l'indépendance, mais de l'indisci-
pline. La thèse du tjrannicide, puis la condamnation de la
Pucelle, avaient été les tristes fruits de cette anarchie. CharlesVII
usa de remarquables ménagements envers les personnes. On
s'étonne de la singulière condescendance qu'il témoigna, une fois
vainqueur, aux juges de Rouen ; lesquels, moralement du moins,
ne lui avaient point épargné leurs atteintes. Mais il désarma
l'institution. Vainement l'université de Paris, en 1440 et années
suivantes, essaya-t-elle de remettre en campagne la vieille artil-
lerie des cessations. Ses gothiques privilèges eurent le sort des
autres ruines féodales, dont l'heure était venue. Vainement la
fille aînée des rois de France, sœur, disait-elle, des parle-
1. Sur les réformes judiciaires de Charles VII, on peut consulter les tomes
XIII et XIV des Ordonnances, et les préfaces de ces deux volumes. KUmrath,
Travaux sur l'histoire du droit français, 1843, in-8°, t. II, p. 135. La Ferrière,
Histoire du droit français, 1858, introduction et passiin. Dansin, Gouvernement
de Charles VII, 1858,' in-8°, chap. lU, p. 120 et suiv.
60
ments, récusa-t-elle cette juridiction. Cliaiies Vil soumit l'uni-
versité à la cour souveraine. La science, en acceptant, comme
tous les pouvoirs publics, l'unité suprême et tutélaire de la loi,
continua son œuvre, sans subir de préjudice et ne perdit rien de
sa dignité. Charles VII ajouta encore à ce bienfait celui de la dis-
cipline intérieure. L'ordonnance du 20 mars 1446 avait déféré au
parlement la juridiction de l'université. Bientôt, par les ordres
du roi, le cardinal d'Estouteville y introduisit la réforme de
1452 ^
Si de là, et sans sortir des frontières du royaume, les regards
de l'historien s'étendent à l'administration provinciale et munici-
pale du xv" siècle, il y retrouve encore l'influence de Charles VIL
Les choix du prince, pour les nominations de lieutenants- géné-
raux, de sénéchaux, de baillis, se ressentirent plus d'une fois du
favoritisme, même dans la seconde période du règne. On peut dire,
cependant, que souvent la capacité des sujets compensa la laveur.
Des hommes d'ordre et entendus secondèrent les heureux effets de
la paix. Charles Vil protégea ses bonnes villes, qui s'étaient
montrées si dévouées. 11 confirma volontiers leurs privilèges, aida
leur administration, honora leurs fonctionnaires, mais en ral-
liant toujours le faisceau populaire autour de la monarchie.
Jetons-nous enfin les yeux sur les relations extérieures de ce
prince : l'administration royale accomplit devant nous des pro-
grès spéciaux et notables. Charles Vil poussa jusqu'à l'extrême
son inclination vers les alliances étrangères. Ce procédé féodal,
qui consistait à recruter sans cesse et instantanément des alliés
pour sa querelle du jour, avait été abusivement employé par les
princes rivaux sous Charles VI. Le dauphin imita d'abord ce
mauvais exemple. 11 sembla faire injure à sa cause, à son pays,
en désespérant de l'un et de l'autre, au point de s'entourer exclu-
sivement de soldats ou d'alliés écossais et lombards. Ce fut là une
de ses grandes illusions, de ses grandes erreurs, qu'il expia et
qu'il répara. Jacques Cœur étendit son commerce maritime jus-
qu'aux extrémités alors connues ou pratiquées de l'Orient. Ses
vaisseaux naviguaient sous le pavillon et la sauvegarde du roi de
France. Plus tard, (Charles VII s'assimila dans le sens de la poli-
tique la mieux inspirée, ces relations étrangères. A la fin de son
1. Du Boulai, Histoire de l'Université, t. V, passim. Ordonnances, XIll, 458.
Histoire de V instruction publique, 1849, in-4°, p. 156, 197, elc.
6^
règne, il tenait par des liens de confédération à toutes les puis-
sances de la chrétienté. Devenu le Nestor des rois de son époque,
il vit ces derniers rechercher son alliance, et lui soumettre leurs
différents comme à un arbitre respecté. Nous avons sous les yeux
une série de protocoles ou lettres de recommandation, qui portent
l'intitulé du roi Charles. Ces lettres sont adressées au Soudan de
Bahylone, au grand Caraman, aux rois de Tunis, de Bougie, de
Fez et d'Oran, au comte de Madeloni, heutenant de Dom Ferrand
ou Ferdinand !«■■, roi de Naples et de Sicile ; à ce roi lui-même;
au vice-roi de Sicile et au grand-maître de Rhodes. Toutes ces
lettres paraissent donc remonter, selon toute apparence, à la date
approximative de 1458. Le roi, dans ces documents inédits,
réclame de ces potentats leur protection en faveur des navires de
commerce français qui partent de Montpellier pour les éclielles du
levant. L'une de ces pièces, adressée au grand-maître de Rhodes,
atteste que le roi a « délibéré de faire faire d'ici en avant par cha-
cun an le dict voyaige, » et de créer ainsi dans ces mers lointaines
des relations permanentes entre les contrées orientales et la
France ^ .
Ces divers faits se rattachent à l'état de l'administration sous
Charles VIL Mais nous devons nous borner à les indiquer. Les
développements qu'ils comportent ne sauraient trouver leur place
et leur opportunité que dans une histoire complète de ce règne.
Les termes du programme qu'a tracé l'Académie, nous montrent
les points où nous devons nous étendre, et les points sur lesquels
il convient de nous restreindre.
Nous allons aborder, avec des détails plus suivis et plus cir-
constanciés, l'une des questions sur lesquelles l'Académie a spé-
cialement provoqué les recherches des concurrents.
CHAPITRE III.
Formation et organisation de V Armée.
A l'époque où Charles VII prit en main les rênes du gouver-
nement, la France, à proprement parler, n'avait ni armée, ni
marine.
1. Ms. n" VII des archives deVAube, à Troyes. Ms. fr. no 5.909. f° cclij.
62
Les forces militaires et territoriales de l'Etat se composaient,
en principal, du ban féodal ou du service accompli par les nobles.
Ceux-ci, montés à cheval, armés défensivement de pied en cap,
combattaient avec la lance, l'épée et la hache, main à main.
C'était la cavalerie ou chevalerie, deux expressions qui peuvent
et doivent ici se confondre dans le fait, comme elles se confondent
dans l'étymologie. Les nobles constituaient l'élite et le fonds des
armées au moyen-àge. Leur nombre et leur bravoure décidaient
généralement, ou mieux (au xV^' siècle) étaient censés décider de
la victoire. Il faut y joindre l'infanterie , jusque-là peu consi-
dérée ; l'infanterie, mentionnée dans tous les récits militaires
avec dédain, sous les noms de piétaille... et autres épithètes
beaucoup plus méprisantes. Les fantassins, en principe, ne for-
maient que l'appoint des armées ^ .
Ils étaient fournis par les milices des villes et des campagnes,
qui se louaient dans ce dessein, ou qui marchaient à la suite du
seigneur. Ils provenaient encore des coiiqjagnies ou grandes
compagnies, ces hordes d'aventuriers propres au moyen-âge,
moitié militaires et moitié brigands. Toujours en péril et toujours
renaissantes, ces bandes vagabondes se recrutaient de toute
récume de la population active et inemployée, sans acception de
nation, ni de patrie. Peu à peu, leur masse impure s'incorporait
à l'armée régulière, s'organisait et se formait. Deux armes spé-
ciales s'y distinguaient à côté de la cavalerie, dans les premières
années du xv'^ siècle : les archers ou arbalétriers ^, et l'artillerie
nouvelle ou artillerie à poudre.
Charles V avait jeté sur la marine un sage et prévoyant
regard. Mais ses vues judicieuses, ses desseins ne lui survécurent
point. La France, avec un long développement de littoral sur
deux mers, comptait parmi ses habitants des populations parfai-
tement et natui-ellement douées pour la marine. Il suffira de rap-
peler les expéditions normandes aux îles du Cap-Vert sur le
déchu du XIV® siècle. L'amiral deBraquemont appartenait à cette
race énergique de hardis navigateurs. En 1420, à la tête d'une
flottille castillane, il défit les Anglais sur l'Océan, près de la
1. Sous une apparence frivole et familière, \e.jeu des échecs nous offre à cet
égard el nous a conservé une figure Irés-inslructive.
2. Les archers lançaient des flèches; les arbalétriers ou crauequiniers en-
voyaient le gros Irait ou vireton.
63
Rochelle. Mais la marine militaire n'avait point reçu d'organi-
sation, et les amiraux de France exerçaient encore une charge
continentale.
Les principaux chefs de la noblesse étaient restés sur le champ
d'Azincourt, morts ou prisonniers: Au point de vue militaire, cette
perte immense avait causé un dommage moral bien plus sensible
encore que le donmiage réel. Lorsque Henri V envahit la France
en 1417, il débarqua sur des côtes demeurées pour ainsi dire sans
défense, et pénétra dans un pays qui n'avait plus d'armée. Une
escarmouche maritime ou affaire d'avant-garde servit de prélimi-
naire à cette invasion. La rencontre eut lieu devant Harfleur le
29 juin 1417, entre le duc de Clarence et le bâtard de Bourbon,
marin sans expérience, qui commandait une flotille exclusivement
montée de génois. La seconde affaire ne mérite pas même le titre
d'escarmouche. Une fois l'entrée de la Seine balayée, Henri V
descendit à Touques, sans coup férir, du 2 au 9 août de la même
année.
Cet ordre de choses était en partie commun à l'Angleterre elle-
même, et régnait alors généralement au sein de la chrétienté.
Ainsi, d'une part, l'armée anglaise se recrutait (et se recrute
toujours) des deux éléments extrêmes que nous avons signalés ;
noblesse et population infime. D'autre part, l'Angleterre, elle
aussi, n'avait point encore de marine. Les vaisseaux d'Henri V
et d'Henri VI, qui tant de ibis de 1415 à 1450, désolèrent nos
parages et conduisirent des conquérants au cœur de la France,
sortaient, en bien petit nombre, de chantiers anglais. La grande
majorité de ces bâtiments se composaient de carra ques, de balen-
giers, de bateaux à rostres ou proues d'attaque, et de barques
marchandes, achetés ou loués et construits en Portugal, en Italie,
à Bayonne, en Normandie et en Flandre ^ .
Charles Vil, arrivant au pouvoir, suivit d'abord ces errements.
Destitué de la noblesse, et en attendant que le ban se réformât, il
lui restait les milices, les compagnies ou corps francs, et les mer-
cenaires étrangers. Les milices des viUes et des campagnes étaient
1. Sur la marine française et anglaise au xv' siècle : Chronique de Raoulet,
p. 158. Mémoires de la Soc. des Antiq. de Normandie, in-4o, t. V, p. 275.
Beaurepaire, Administration, eic. 1859, in-4°, p. 52. H. Ellis, Original letters...
of english historij, 1837, t. I, p. 67 et s. Harris Nicolas, Baille of Azincourt,
Appendice, p. 22. Capgrave, de illustribus Henricis, 1858, in-S", p. 135. Steven-
son, Wars of Henri VI, 1861. t. I, p. 453, etc.
64
peu propres à s'éloigner du clocher natal. Dans l'esprit du roi, les
mercenaires étrangers l'emportèrent, et non sans quelque motif,
sur les corps francs ou grandes compagnies. Ce prince leur
accorda une constante et opiniâtre préférence. Des lombards, des
castillans, des écossais surtout, furent pendant longtemps les sol-
dats de Charles VII. Pendant longtemps Charles fonda sur la
confiance qu'ils lui inspiraient ses plus chères espérances. Ce
prince toutefois se vit obligé d'avoir simultanément recours aux
divers éléments que nous venons de distinguer.
Tout a été dit sur l'indiscipline, les désordres, la barbarie des
gens d'armes, à cette époque de dissensions civiles et d'invasion
étrangère. Que l'imagination, à cet égard, conçoive ce qu'elle peut
rêver de plus affreux, de plus horrible, de plus intolérable : à
peine atteindra-t-elle à une notion exacte de la réahté. Les témoi-
gnages historiques sur ce point sont multiples, unanimes et irré-
fragables. Il suffit d'ouvrir les chroniques du temps, ou nos
modernes historiens, pour contempler ce lamentable tableau. Nous
ne nous arrêterons donc pas même à choisir parmi ces tristes
récits ; nous nous bornons à les rappeler ^ .
Le mal, né d'une telle situation, frappait les yeux d'une manière
tellement évidente et si extrême, que cette préoccupation s'impo-
sait, en quelque sorte, impérieusement aux gouvernants comme
aux gouvernés. Henri V, puis après lui les régents anglais, ten-
tèrent d'énergiques efforts ; ils prirent de sérieuses mesures pour
combattre et réprimer le brigandage. Charles VII et ses conseil-
lers ne purent, même dans les plus mauvais jours, se soustraire
à la nécessité d'y chercher, de leur coté, quelque remède. Le 30
janvier 1424, Charles VII rendit une ordonnance par laquelle
il cassait et renvoyait de l'armée tous les corps militaires, autres
que les écossais et les lombards ''.
1. Voy. entr'aulres l'ouvrage de M. P. Clément, Charles VII, etc., 1. 1, p. 107,
et les sources auxquelles renvoie cet auteur.
2. Ms. Doal, t. IX, p. 279. La chronique Anlonine manuscrite (continuation
ou version française qui paraît remonter aux dernières années de Charles VIII,
de 1495 à 1500) s'exprime ainsi : « Charles VII s'efforça et mil paine par pou
de gens d'armes advenlurier.s et sans gaiges de recouvrer et conquester son
royaulme » (Ms. fr. 1371, f» cdxiiij). De sou côté, Philippe de Commines, his-
torien de Charles VIII et témoin des prouesses accomplies par les condotlières,
insinue dans une phrase amphibologique (liv. VI, ch. VI, éd. Dupont, t. 11, p.
225), que Charles Vil « institua l'armée permanente, à la guise des seigneurs
d'Italie. »
65
Cependant les auxiliaires ainsi conservés par le roi de France,
paraissent avoir bien mal justifié cette confiance ou cette préro-
gative. Un acte authentique du 23 juillet 1423 atteste que les
routes du Poitou n'offraient plus de sécurité, par l'occupation des
écossais et autres gens d'armes ^ . Aux mois d'août et de novem-
bre, même année, les officiers de la reine, enTouraine etenBerry,
se rendent d'une ville à l'autre, afin d'opérer des recouvrements
de deniers : ils marchent sous escorte par les chemins, « pour
» doubte deu écossois et autres gens de guerre^. » A Verneuil,
en 1424, les Ecossais exerçaient un ascendant, accompagné de
menaces et de violences, sur le reste de l'armée qu'ils dominaient
parle nombre. Leur puissance d'intimidation s'étendait, du moins
en paroles, jusqu'à la population civile qu'ils s'apprêtaient à
déposséder en bloc. Toute cette jactance aboutit au mémorable
désastre du 17 août 1424. La France, grâces aux Ecossais, subit
à Verneuil une seconde journée d'Azincourt. Pour ce qui est des
Lombards, présents à la même action, tout d'abord ils se jetèrent
sur le charroi des ennemis et tuèrent les pages qui le gardaient ;
puis, une fois munis de butin, on les vit s'enfuir vers Chartres de
toute la vitesse de leurs chevaux. A partir de ce moment, il fut
impossible de les ramener au combat^. Enfin, nous citerons ce
fait particulier qui n'est point sans intérêt, ni sans conséquence.
Le 10 septembre 1425, Charles VII accorde 200 1. t. de gratifi-
cation à Etienne Petit, secrétaire du roi et du sire de Giac (pre-
mier ministre ou favori), lequel Petit, en remplissant naguères
une mission pour le roi, avait été détroussé par les Ecossais-*.
Ainsi se passèrent les douloureuses années qui marquent l'é-
poque critique du règne de Charles VIT, et qui remplissent l'une
des pages néfastes de nos annales. L'arrivée de la PuceUe, en
1429, et sa conduite eurent pour résultat de raviver cette ques-
tion, en l'agitant de nouveau. Dans les lignes qui vont suivre,
je voudrais marquer nettement la part d'influence que l'héroïne
du xV siècle apporta quant à la solution de ce problème.
• A cette époque, le premier ministre La Trimouille avait hérité,
1. Archives des Deux-Sèvres (communication de l'archivisle, M. Luce).
2. K K 56, f" 31 v% 35 v°, etc.
3. Montreuil. Raoulet. Journal de Paris, éd. du Panthéon, p. 666,667. Mé-
moires de Thomas JBasin, t. I, p. 52. Michelet, Hist. de Fr., \"= éd., t. 5, p. 22,
note 2.
4. Cabinet des titres, dossier Giac, à la date.
0
60
auprès du roi, do la toute piiissaii^-e des favoris. Il continuait aussi
la poursuite de cette chimère, savoir : de délivrer la France
à l'aide de mercenaires étrangers. Jeanne était, pour ainsi
dire, la vivante antithèse de cette doctrine. Là, réside une des
causes principales de l'antagonisme profond, qui divisa entre
eux, l'héroïne et le favori. La Trimouille ne subit Jeanne qu'à
regret et en dissimulant. Au moment même où le concours de la
libératrice était acce2ité [sixril 1429), La Trimouille envoyait au
roi d'Aragon une nouvelle ambassade pour lui demander des
troupes. L'indiscipline des soldats de Charles VII fut , pour
Jeanne, la source de difficultés infinies. Sa chaste et candide
nature s'émut particulièrement des désordres et des irrégularités
morales qui se déployèrent sous ses yeux. Les efforts qu'elle
tenta pour y remédier, forment dans son histoire le sujet d'épi-
sodes nombreux et bien connus. Pour pénétrer à la tête des forces
royales, au sein des villes, Jeanne dut vaincre d'énergiques répu-
gnances, que suscitait partout la seule approche de ces redoutables
défenseurs. Ainsi, à Reims, les cérémonies du sacre furent pré-
cipitées par suite de l'opposition des habitants qui se refusèrent
absolument à subir, dans leurs murs, le séjourprolongé d'une gar-
nison. A Troyes, les citoyens manifestèrent des sentiments ana-
logues. Jeanne dut triompher personnellement de ces résistances.
Elle en triompha surtout en s'adressant directement aux popula-
tions confinées jusque-là, pour ainsi dire, dans leur égoïste ter-
reur. Elle enfiamma leur enthousiasme, rallia leur zèle à la cause
générale, et les fit, en quelque sorte, de par son autorité privée,
de par son exemple personnel, les soldats de la France *.
Jeanne, encore bien qu'elle ne fiit ni homme, ni noble, avait elle-
même en effet pris les armes. Elle expia, il est vrai, cette usur-
pation par le martyre. Mais elle mourut après avoir assuré le
salut de son pays. Elle s'acquit par là devant la postérité une
gloire immortelle. Désormais la solution du problème était trou-
vée. Après la Pucelle, deux principes étaient debout: le vieux
1. Biographie Didol, article La Trimouille. Procès de la Pucelle, t. I, p. 91.
Bouliot, Guerre des Awjlais en Champagne, ]>. 62. Cousinot de Montreuil, p.
2GG, chapitre 39. Lettres de Charles VII données à Gergeau en juin 1430. Il
autorise les moines de la Prée, chàtellenie d'Issoudun, à se fortifier, pour se ga-
rantir des gens de guerre, qui les incommodent jusqu'à faire manger leurs
chevaux sur le grand autel. Charte originale, appartenant à M. Moussoir, de
Bourges (Communication de M. G. Servois, archiviste-paléographe).
67
principe de la guerre mercenaire, conservé par La Trimoiiille
momentanément triomphant, et le principe nouveau de l'armée
nationale. Ce dernier ne devait pas tarder à l'emporter.
Tant que le roi Charles VII vit ses finances dans l'état de
pénurie et de désarroi que nous avons précédemment retracé, la
réforme de l'armée fut un rêve dont.il fallut ajourner la réalisa-
tion. Le désordre de l'armée tenait au désordre des finances, et la
réforme de l'une devait être le fruit de la réforme des autres. Cette
plaie des gens de guerre fut confessée par le législateur, long-
temps avant que celui-ci pût édicter le remède. Dans l'ordonnance
du 1 5 décembre 1438, relative au domaine, le roi avoue que,
jusqu'à ce jour, le défaut de solde a été l'une des causes du bri-
gandage militaire. Il représente la restauration du domaine
comme un moyen d'apporter un terme à cette calamité. En effet,
c'est seulement à partir de l'édit domanial que la réforme des
milices prit place, à son tour, dans le programme des œuvres
accomplies par le gouvernement de Charles VII ^ .
Les auteurs de la réforme et de l'organisation militaires du
XV® siècle procédèrent à cette entreprise avec une prudence et
par une succession d'actes gradués, qui méritent, sous ce rap-
port, tout l'intérêt de l'observateur. Le premier de ces actes est
l'ordonnance du 2 novembre 1439. Le roi, dans cet édit, fait
intervenir les états d'Orléans comme partie requérante, ajoutant
ainsi à la force de la loi royale, l'autorité qui s'attachait à la
sanction populaire ou publique. Cet acte se borne à poser les
principes généraux de la matière. C'est une longue et curieuse
énumération de tous les griefs, avec autant de clauses inhibitives qui
correspondent à chacun d'eux. Cependant, les mesures pratiques
d'exécution subissaient, de la part des ministres ou agents du roi,
une dernière élaboration. Pour que les vues du souverain pussent
recevoir l'application la plus favorable, il fallait que la paix
renaquît et que la future armée permanente passât du pied de
guerre au pied de paix. Or les hostilités, délibérées au sein de ces
mêmes états d'Orléans-, venaient de se rallumer. Les brandons
de la guerre civile n'étaient point éteints, l'événement n'allait
1. Ord. XIII, 294.
2. Observons en passant que la guerre fut votée par La Fayette, l'un des prin-
cipaux agents, comme on le verra bientôt, de la réforme (Berry, dans Gode-
froy, p. 405).
68
que trop le prouver. La Praguerie éclata au lendemain même et
sous le coup de cette ordonnance réformatrice. La féodalité se
sentit frappée au cœur dans ses abus les plus vivaces, elle se
révolta immédiatement. Le mouvement commença dans le Poitou
par la campagne à la tête de laquelle se plaça le propre fils du
roi, le Dauphin! Elle releva la tête une seconde et dernière fois,
en 1442, dans l'assemblée de Nevers. C'est alors (1440) que
Charles VII fit un exemple, en ordonnant de noyer le Bâtard de
Bourbon, chef des Ecorcheurs. Avec un rai-e bonheur et en
déployant des qualités vraiment grandes et imprévues, il eut
raison de cette double tentative. Enfin la paix ou du moins de
longues trêves avec l'Angleterre furent proclamées en 1444.
Ainsi se produisirent, ainsi furent créées, en quelque sorte, par
le réformateur, les circonstances préalables que requérait l'ac-
complissement de ses desseins.
Cousinot de Montreuil nous apprend que le plan de réalisation
pratique de cette mesure est l'œuvre spéciale de Gilbert III de La
Fayette. Maréchal de France depuis la régence, La Faj^ette, en
1439, était l'officier-général (comme nous dirions aujourd'hui)
le plus considérable de l'armée et le plus élevé en grade après le
comte de Richemont, connétable. « Chassé de court, » dit Cousi-
not, « par le moyen de La Trimouille, il fut, depuis, rappelé et
restitué en son oflîce pour les siennes vertus et subtilitez. Par \\xy
fut trouvé l'expédient de mettre par stations et garnisons la
gendarmerie de France, pour éviter les' pilleries accoutumées. »
Au point de vue pratique, ce dernier trait contient effectivement
toute l'économie de la réforme ^
L'ordonnance du 25 septembre 1443, relative aux finances,
rappelle encore une fois dans son préambule les dommages publics
causés par les gens d'armes. Elle montre qu'à cette date le statu
qiio, a cet égard, subsistait toujours. En 1444, après le traité
1. Biographie Didol, article La Fayette. Voyez chronique de Cousinot, 1859,
in-16, p. 9. La Fayette, issu d'une grande maison d'Auvergne, était seigneur de
Pontgibaut, village situé dans celte province. Un mandement fut rendu par
Charles VII, le 12 octobre 1438, à la requête des habitants de Pontgibaut et sur
la recommandation de leur seigneur, maréchal de La Fayette. Les gens d'armes
logés à Pontgibaut avaient pillé, ravagé et désolé cette localité. Le roi, par ces
motifs, décharge les habitants de deux cents livres en deux ans, à déduire surla
quote-part des aides levées en Auvergne. Ms. Gaignières, 649,5; pièce 26; ori-
ginal. Voyez ci-dessus chapitre 11, page 32, à la date.
(i9
de Tours, eut lieu la singulière campagne de Metz, puis celle de
Suisse, conduite par le Dauphin. Ces deux expéditions semblent
dépourvues en elles-mêmes des motifs politiques et moraux,
propres à justifier une double guerre. Elles paraissent avoir été
des expédients, ayant pour but de déverser et de perdre le trop
plein de cette cohue indisciphnée, dont se composait encore l'armée
française.
La réforme en effet s'ouvrit au printemps de l'année suivante.
Elle commença par la cavalerie, l'arme principale. L'érudition
moderne a successivement reconquis les documents historiques,
et notamment législatifs, qui se rattachent à cette œuvre et que
les siècles avaient dispersés. Nous regrettons encore une première
ordonnance, qui dut paraître vers le commencement d'avril 1445
et dont le texte a jusqu'à ce jour échappé à nos recherches*.
Heureusement nous possédons une suite d'actes rendus en consé-
quence et qui permettent d'y suppléer.
L'arme tout entière est licenciée. Mais l'élite de cette milice
est conservée; elle formera désormais une force permanente.
L'œuvre de triage ou d'épuration eut lieu immédiatement. Le
connétable passa la revue générale : les meilleures troupes, tant
chefs que soldats, furent maintenues. EUes composèrent les
compagnies de l'ordonnance du roi. Le reste fut cassé, avec
ordre aux hommes de se retirer directement et sous quinze jours
dans leurs foyers. Amnistie générale était prononcée en leur
faveur, à raison de leurs méfaits dans le passé, afin de prévenir
ainsi de funestes représailles. Des capitaines spéciaux eurent
pour mission de reconduire ces licenciés par détachements mesu-
rés, comme de 160 cavaliers et leur bagage -.
L'homme d'armes au moyen-âge ne combattait pas seul comme
le soldat moderne. La pratique romaine, modifiée par la féodalité,
s'était jusque-là perpétuée. Le chevalier, sous sa propre bannière,
guerroyait avec sa suite personnelle :, écuyer, pages, coustilier,
1. Mathieu d'Escouchy nous apprend (p. 545) que, dans le principe, la délibéra-
tion et la préparation de cette mesure furent conduites avec toute sorle de pré-
cautions et dans le mystère. I.a première ordonnance, probablement, fut noti-
fiée aux parties intéressées et non promulguée ni entérinée, comme il était de
coutume pour les autres ordonnances. Il en est de même quant à Tédit général
de rémission, mentionné par Berry, p. 427. Le texte spécial de cet acte n'est
point venu jusqu'à nous.
î. Bibliothèque de l'École des clmrtes, t. 8, page 124 et s.
70
valets d'armes. Des femmes de mauvaise vie, des marchands, de
sinistres parasites, sous l'empire du désordre qui régnait alors,
s'étaient successivement introduits à la suite du miles ou cheva-
lier. C'était principalement cette abusive se quelle ({m enflait sans
profit les cadres de l'ai-mée au xv" siècle. C'était elle qui désho-
norait le corps militaire et qui excédait les populations par ses
exactions et ses débordements de toute espèce. Les archers à
cheval avaient pris place dans la cavalerie et se faisaient aussi
servir de coustiliers. Une multitude d'aventuriers et de non
nobles, se mêlaient dans les rangs à l'aristocratie.
D'après le nouveau règlement, chaque lance fournie compre-
nait : 1" le chevalier ou homme d'armes proprement dit ; 2" son
coustilier, ouécuyer; 3° son page; pour le tout trois chevaux.
Quant aux hommes de trait ou archers, il fut alloué par deux
archers un page ou un varlet de guerre, en tout trois personnes,
plus trois chevaux. Le roi créa immédiatement quinze compagnies
d'ordonnance de cent lances chacune, qui formèrent ensemble un
corps de neuf à dix mille chevaux ^ . Au lieu de les réunir et de
les laisser errer sur les pays dits frontières de guerre, ces compa-
gnies furent dispersées par détachements de dix à trente lances
et réparties dans tout le royaume. On leur assigna pour lieux de
station ou garnisons, non plus les campagnes, mais des bonnes
villes fermées, telles que Troyes, Châlons, Laon, Reims, etc. Là
régnait une autorité, plus forte moralement que dans les cam-
pagnes, et capable de protéger la population civile contre les
écarts de la soldatesque, s'ils venaient à se renouveler 2.
Une taille spéciale pourvut dans l'avenir à leur entretien. Le
tarif de ces taxations était celui-ci. « Pour chacune personne
pour un an entier, une charge et demie de blé et deux pipes de
vin; item, pour un homme d'armes et les archers, qui font six
personnes, par mois deux moutons et demi-bœuf ou vache, ou
autre chair équivalente, et par an quatre lards (bacons de porc);
1. Ce calcul ne fournit qu'un total de neuf mille hommes et 9,000 chevaux.
Les mille chevaux de complément représentent sans doute les capitaines, leurs
lieutenants [les inspecteurs?] et le charroi. Il parait d'ailleurs que des volon-
taires surnuméraires ne tardèrent pas à s'adjomdre au personnel d'ordonnance.
C'était la suite des anciens valets d'armée. Voir sur ce point Hàrnû, Milice fran-
çaise, t. I, p. 212.
2. Godefroy, Charles VU; Berry, p. 427; Escouchy, p. 545 et s. Mémoires de
Basin, 1. 1, p. 165 et s., liv. IV, ch. 3.
7^
item pour sel et huile, chandelle, œufs et fromages pour les jours
que on ne mange pas de chair, avecques lem's aultres menues
nécessités, par chascunmois, pour hommes d'armes et les archers,
20 sous tournois ; et pour cliascun cheval, par an, douze che-
vaux chargés d'avoine et quatre charretées tant foin que
paille, c'est assavoir les deux parts foin, et le tiers, paille ^ »
Le logement des gens de guerre était provisoirement maintenu
chez l'habitant, et l'on ne songea que trois siècles plus tard à
ériger des casernes. Dans ce premier règlement, comme on voit,
la plupart des prestations étaient stipulées en nature. Les popu-
lations, en effet, manquaient d'argent (signe d'une prospérité qui
n'existait pas), pour y subvenir sous cette forme. Mais un progrès
en quelque sorte subit, dans cet ordre de faits, résulta de la
réforme elle-même. Une sécurité inouïe renaquit au sein des
villes et des campagnes, déhvrées comme par enchantement du
brigandage. Aussitôt l'industrie, l'agriculture respii^èrent ; les
routes se remplirent de marchands, de voyageurs, heureux de
communiquer, sous une sauvegarde et au sein d'une quiétude
dont on avait presque perdu le souvenir. En deux mois de temps
une transformation sensible s'était opérée. A la fin de la même
année (4 décembre 1445), le roi promulgua un nouveau règle-
ment.' Les réalités y sont prises de plus près, et le législateur, qui
perfectionne l'œuvre, sous l'égide du succès, descend à de
moindres détails. Les taxations, point remarquable, y sont
tarifées, non plus en nature, mais en argent, mode beaucoup plus
précis et plus avantageux à la fois pour l'administration et le
contribuable, car il permettait aux' habitants aisés de racheter
même l'hôtelage ou logement des gens de guerre. Enfin, quelques
jours après, parut un dernier règlement qui devait être mis en
vigueur au 1"" janvier 1446. Ce règlement n'intéresse pas moins
l'économiste que l'historien, il a pour titre : Les trois voyes du
vivre des gens d'armes. Il établit en effet trois modes de paye-
ment entre lesquels le contribuable pouvait choisir. Le premier
consistait dans la prestation en nature ; le deuxième, qui était
mixte: argent et nature; et le troisième, purement en espèces.
Une fois choisi par le contribuable, ce mode, pour lui, devenait
obligatoire 2.
1. Bibliothèque de l'École des chartes, toc. cit.
2. Auteurs cités. Arch. nat. K 68, n° 22. Mss. fr. 5,909, f" 216 v°; 5,053, f° 126 v».
72
Des commissaires aux revues furent ensuite créés pour inspecter
les troupes, surveiller l'exécution des ordonnances, instruire le
gouvernement et transmettre ses ordres à la force armée. Ainsi
fut constituée la cavalerie ^
L'organisation de l'infanterie fut l'œuvre de l'ordonnance du
28 avril 1448, qui établit les francs-archers.
Pour mettre cette mesure dans son vrai jour, nous devons
reprendre les faits d'un peu plus haut. Après la venue de la
Pucelle, les villes soumises à la domination anglaise, rentrèrent
peu à peu sous l'autorité du roi de France. Charles VII se rattacha
ces villes par le lien militaire. Ainsi en 1431, le roi ordonne aux
Châlonnais en Champagne, d'entretenir désormais parmi eux une
garnison de quinze lances et six archers ^.
Depuis longtemps, les cités considérables entretenaient, pour
leur police intérieure, une force armée. Les places militaires et
même de simples bourgades avaient en outre des confréries ou
communautés qui s'exerçaient en temps de paix au tir de l'arc
ou de l'arbalète. Dès l'époque de Philippe- Auguste, ces compa-
gnies fournirent à l'armée royale des contingents qui marquèrent
leur place historiquement sur nos champs de bataille. Charles VII,
en ces temps d'infortune, trouva dans les ressources militaires et
défensives de ces places, un précieux appui. Tels furent notam-
ment la Rochelle et Tournay, qui se montrèrent si fermement
attachés à la cause nationale, à travers tant d'épreuves et de
périls. Charles, une fois maître de Paris, confirma, par lettres du
23 septembre 1437, les privilèges accordés par Charles VI aux
arbalétriers de cette capitale. La ville de Châlons possédait une
compagnie de ces miliciens^. Elle envoya au roi un secours
d'arbalétriers et autres gens d'armes, qui, cette même année,
l'assistèrent fructueusement au siège de Montereau. Charles VII,
par lettres du 17 octobre 1437, accorda aux arbalétriers de
Chàlons la prérogative de porter à l'avenir la livrée du roi qui
était tricolore (rouge, blanc et vert), avec une fleur de ne ni ou-
bliez mie, placée en broderie sur l'une des trois couleurs. Les
arbalétriers de Châlons eurent de plus le privilège chaque fois
qu'ils viendraient servir le roi à la guerre, d'approcher au plus
1. Berry, p. 546 et autres sources citées.
2. Barthélémy, Histoire de Châlons-siir- Marne, p. 63, 184.
3. Ils étaient au nombre de cent dix-huit (Barthélémy, p. 65).
73
près de sa personne, et d'y partager, avec les écossais et sa maison
militaire, la garde de son corps. Le 16 décembre 1446, Charles
VII confirma et étendit les privilèges des arbalétriers de Tournay.
Il leur octroya également le droit de porter la devise ou livrée
royale. Au mois de novembre 1447, le prince concéda de pareilles
faveurs aux archers et arbalétriers de la Rochelle, en joignant
pour eux à ces avantages honorifiques, l'exemption de toutes
tailles. Enfin, le roi ne se borna pas à confirmer, à encourager
ces utiles et patriotiques associations, il en créa lui-même de
nouvelles ^
Charles VII, ou son gouvernement, après avoir étendu, mul-
tiplié cette institution, tira pour ainsi dire de l'alvéole uniforme
un fruit commun. L'ordonnance du 28 avril 1448 prescrivit qu'à
l'avenir il serait créé un milicien du roi par paroisse. Ce terme
conventionnel fut pris comme mode d'énonciation dans le principe.
Peu après, il s'entendit en ce sens que les contribuables de la
taille devaient fournir un archer par groupe de cinquante feux.
A cet effet, les élus, joints à des commissaires spéciaux, sous
l'autorité des châtelains et des baillis, choisirent dans chaque
ville ou bourgade, un homme par cinquante feux ou maisons, le
plus apte au maniement, soit de l'arc, soit de l'arbalète. Cet
homme, une fois reçu, devenait exempt du guet et garde, du service
militaire de sa viUe et de la taille. On lui donna en conséquence
le titre de franc-archer du roi et de son ordonnance. Le franc-
archer fut armé et équipé par les contribuables, savoir: d'une
huque (habit militaire), chausses, Jacques ou brigandine (sorte
de plastron), arc ou arbalète , trousse (carquois), épée, dague
et salade ou chapeau de fer. En temps de paix, le franc-archer se
tenait dans ses foyers et ne recevait aucune solde. Mais il devait,
1. Ordonnances, XIH, 240, 242, 456, 483, 521. Barbât, Histoire de Chdlons-
sur-Marne, 1860, in^», p. 113. Diverses monographies estimables ont été con-
sacrées aux compagnies d'archers et arbalétriers. Nous citerons les suivantes :
Louis Boilleau; Tours, 1848. V. Fouque: Chalon-sur-Saône, 1852. A. Janvier:
Picardie, 1855. Sellier: Chàlons-sur-Marne, 1857. H. Boyer, Bourges, 1857
(tous in-8°). Cette intéressante matière ne nous parait pas épuisée. — Charles VI
excellait à tirer de l'arc. En 1421 Henri V lui lit présent, pour étrennes, d'un
arc et de cordes anglaises, pour le tir de cette arme. Charles Vit, au rapport
d'Henri Baude, avait hérité de ce goût de son père : « son jeu estoit aux eschetz
ou à tirer de l'arbaleste.» (J. Chartier, in- 16, t. 3, p. 128.)- Sur les arbalétriers
de Tournay : Saint-Génois, Monuments anciens, etc. Paris, 1782, in-f", page
1026.
74
à toutes les fêtes indiquées, revêtir son habillement et paraître
sous les armes, pour s'y exercer au tir, eu compagnie des
confi^ères de la communauté locale ou des jeunes gens qui dési-
raient se former au même exercice. Il devait en outre passer tous
les trois mois, au chef-lieu de la châtellenie, sous la revue ou
inspection que faisait le capitaine. En temps de guerre, le franc-
archer, prévenu deux mois d'avance, se rendait au mandement
royal. Il recevait alors une solde de 4 francs par mois. Les gages
du capitaine, qui étendait son autorité sur le ressort de sa châtel-
lenie, s'élevaient à 120 livres par an. Les francs-archers étaient
immatriculés sous leurs noms, prénoms et surnoms. Les élus
tenaient également registre de leur nombre, distribué par élection
avec indication des demeures ou paroisses.
Tels furent les résultats de l'ordonnance du 28 avril, à laquelle
était jointe une instruction, depuis étendue et renouvelée à
diverses époques. Le préambule du premier de ces actes peut servir
à mesurer le progrès qui s'était accompli moralement depuis
la Pucelle et La Trimouille, dans la voie que nous avons
indiquée. L'auteur du préambule s'exprime en ces termes: «Comme
après ce que nous avons, }• est-il dit, osté la grant et désordonnée
vie et pillerie qui longtemps avoit duré sur nos sujets, et mis ordre
au fait et entretenement de nos gens de guerre (cavalerie)...; au
cas que, par le moyen de la trêve qui est à présent entre nous et
nostre nepveu d'Angleterre, ne pourrions parvenir au bien de
paix, — soit^ expédient et convenable mectre et ordonner en ce
royaume aucun nombre de gens de défense (infanterie), dont
nous puissions aider et servir audit fait de la guerre, sans ce
qu'il soit hesoing de nous aider d'autres que de nosdiz
sujets, avons voulu et ordonné, etc., etc.^ »
Douze mois à peine s'étaient écoulés depuis l'ordonnance du
28 avril 1448, lorsque le casus belli, prévu dans ce sage préam-
bule, éclata en effet entre la France et l'Angleterre. Il s'agissait
de secouer enfin la domination étrangère. Jamais mesure admi-
nistrative, ou politique, ne fut prise avec plus d'opportunité, pour
un but plus grave et plus juste. Dans le cours d'une année, grâce
à l'armée nationale qui venait d'être créée, les Anglais lurent
1. Ce mot est régi par comme: attendu qu'il est expédient, ctc,
2. Ms. fr. 5,909, f" 205-208. Colbeii, i, f' 16, 18, Ordonnances, t. XIV, p. 1
et suiv. Basin, loc. cit. chap. IV.
75
expulsés de la Normandie. Ils se virent bientôt après chassés de
la dernière province qu'ils occupaient chez nous : la Guyenne.
Ces éclatants succès, cette glorieuse inauguration valurent
immédiatement à la nouvelle organisation militaire du pays, une
popularité qui se perpétua, parce qu'elle était méritée. Après avoir
triomphé de l'occupation séculaire et invétérée des Anglais, la
nouvelle armée allait subir à l'encontre de la féodahté une seconde
épreuve. Louis XI, dans sa lutte avec le Téméraire, retrouva
devant lui le système du recrutement féodal, maintenu par le
prince bourguignon. Ce système périt avec Charles, duc de
Bourgogne, l'un des premiers capitaines de son siècle, dans les
marais de Nancy. On peut dire que, dès le temps de Charles VII,
le succès définitif de la nouvelle organisation militaire était
solidement assuré. Il fut presque unanimement acclamé par les
juges compétents de son époque, de même que par les historiens
de ce règne. Ainsi que nous l'avons fait en parlant de la réforme
financière , nous pourrions énumérer et analyser une suite
d'ordonnances et de règlements qui, le principe du nouvel ordre
militaire étant fondé, en développèrent les conséquences. Tels
sont les actes des 4 janvier 1450, 14 mai 1451; 27 février,
22 juin 1453; avril 1454; 30 janvier 1455; novembre 1458 et
5 avril 1460. Il suffira, croyons-nous, de les indiquer ici. Nous
renverrons en même temps le lecteur, curieux de plus amples
détails, à ces mêmes documents, demeurés pour la plupart inédits et
qui, tous, pourraient non sans quelque fruit, être mis enlumière^
L'artillerie mérite de notre part, dans cette esquisse, une
mention succincte, mais attentive. Les recherches modernes des
savants tendent à reculer de plus en plus la date de l'application
parmi nous, des compositions fulminantes à la guerre. C'est au
commencement du xiv*^ siècle, d'après les derniers travaux de ce
genre-, qu'il conviendrait d'en rapporter le premier em.ploi. S'il
en est ainsi, la découverte aurait sommeillé pendant un siècle.
En effet les chats, les pourceaux et autres engins mécaniques,
eurent plus de part que le canon à la conquête de la France par
Henri V. Les vaincus, sous ce rapport, n'étaient pas plus instruits
1. Ordonnances, XIV, 4 et suis". 350 et suiv. 484 et s. Ms. fr. 5,909, f" 159,
195, 203, 233, 235, 238, 256.
2. LoredanLarchey, Les maîtres bombardiers et couleuvriniers de Metz-, 1861,
ia-8°.
76
nécessairement que le vainqueur. Cependant, Charles VII, lors-
qu'il reprit contre les Anglais l'avantage, se servit à peu près
exclusivement de la poudre. Nos artilleurs devinrent k leur tour les
maîtres de leurs rivaux ou ennemis. Les progrès de l'artillerie sous
Charles Vil paraissent se rattacher, au moins chronologiquement,
à l'époque de la Pucelle. Lors du siège d'Orléans, maître Jean,
le canonnier lorrain, fit bruire son nom. Les historiens de
l'héroïne attestent qu'elle s'entremettait avec une sollicitude
particulière à l'emploi et à la direction de l'artillerie. Ils vantent
son intelligence et la sûreté de son coup d'œil pour asseoir et
pointer les pièces dans les meilleures positions. Dès la campagne
du sacre, on voit par les chroniques et par les actes, que cette
branche du service militaire avait reçu des lieutenants de Charles
VII un développement assez notable. Nous avons dit que l'office
de grand-maître de l'artillerie était au nombre des hautes charges
de la couronne.
Pendant le cours du règne, cette charge eut pour titulaires
une succession d'hommes capables et distingués. Le premier,
nommé Pierre Bessonneau, en M revêtu dès 1420. 11 dirigeait
l'artillerie à l'époque du sacre et de la Pucelle. Bessonneau eut
divers intérimaires, chargés de le suppléer pour cause d'absence ou
de maladie. L'un de ces suppléants fut Tristan l'Hermite, person-
nage que Louis XI plaça en grande lumière. Sous Charles VII,
Tristan rendit de grands et obscurs services, d'abord comme préposé
à l'artiUerie, puis dans les importantes fonctions de prévôt des
maréchaux, où il contribua, pour une part considérable, k
l'application des nouvelles ordonnances militaires. Bessonneau
se démit en 1444. De 1439 k la fin du règne, l'artillerie eut k sa
tête simultanément, puis k tour de rôle, deux hommes vraiment
remarquables. Us étaient frères et se nommaient l'un Jean, l'autre
Gaspard Bureau. Bessonneau s'étant retiré, Gaspard le remplaça
définitivement comme titulaire. En Normandie, en Guyenne, ses
canons foudroyèrent la domination anglaise ^ .
Il ne conviendrait pas d'exposer ici en détail les modifications
technologiques apportées progressivement par ces chefs habiles
dans l'arme en question. Mais il importe de marquer les résultats
généraux.
1. Charles VII et ses conseillers. L. N. Bonaparte, Études sur l'artttlerie, 1846
cl années suiv. in-4°. VioUet Le Duc, Architecture militaire, p. 143 el s.
77
A l'époque où Charles VII devint roi , les bouches à feu étaient
de lourdes et informes carapaces de fer forgé, pour la plupart,
qui gisaient et se clouaient sur le sol. C'étaient encore des jîZo/w-
mées, petites machines infernales, qui se portaient à la main et
qui ne produisaient que des fusées peu redoutables. En 1449,
1453 et années suivantes, Charles VII fut suivi dans ses guerres
par une artillerie de siège et de campagne, à pied et à cheval,
roulant et courant sur des affûts, assortie de calibres et fondue en
bronze, munie de boulets de fer, et servie par des artilleurs
exercés. Le canon, ainsi que la poudre, avaient pris sur le champ
de bataille le rang et l'importance qui leur sont demeurés depuis.
L'ère moderne de la guerre date de là. Désormais le moyen-âge
militaire n'existe plus. L'homme d'armes des anciens jours a perdu
sa bannière individuelle et son escorte de féaux serviteurs d'ar-
mée. Le simple fantassin, l'homme du peuple, distrait de sa char-
rue à la voix du prince ou de la patrie, ceint, comme le noble, la
dague et l'épée. Il vient se ranger à côté du noble et presque sur
le même rang, sous un commun drapeau, qui est celui de la
France. En même temps, l'artillerie condamne au néant la lance
et la hache d'armes. Le courage, l'adresse, les prouesses person-
nelles font place au nombre et aux gros bataillons. Avec le rang
de la naissance, la distinction individuelle s'efface également : ou
mieux, ce qui fait le mérite et le prix de chaque soldat subit une
complète métamorphose. Le particulier s'absorbe dans l'ensemble.
La poudre, en changeant la tactique militaire, introduit dans
l'armée l'égalité civile ^ .
Nous devons, avant de clore ce chapitre, et pour le compléter,
revenir, par quelques considérations, sur la marine.
La marine de guerre est moderne. Ce fut d'abord sur terre que
les puissances civilisées de notre continent établirent ces grands
corps de police, tantôt extérieure ou internationale, et tantôt
intérieure, qui se nomment les armées. Les principes de la justice
et de la sociabihtè ont pénétré dans nos codes civils avant de se
faire jour dans celui de la mer. Hier encore, pour ainsi dire, la
piraterie, c'est-à-dire le droit de la force, régnait sur ce mobile
élément, dont les vastes solitudes semblent faites pour assurer
l'impunité du crime ~.
1. Yoyez à la fia du chapitre .\ote relative à la réforme militaire, etc.
2. Qu'il me soit permis d'alléguer à ce sujet les chaleureuses controverses
78
La marine de guerre est née de la marine marchande : elle a dû
suivre celle-ci pour la protéger. En commençant ce chapitre,
nous avons jeté un coup d'œil sur la marine militaire, telle qu'elle
nous apparaît aux premières années du xv" siècle. Une fois que
les Anglais se furent établis en maîtres à Paris, Charles VII ne
posséda plus qu'un port sur l'Océan : celui de la Rochelle. La
Guyenne et la Normandie commerçaient avec l'Angleterre, les
Pays-Bas, la Péninsule espagnole, etc. La Bretagne, demi-fran-
çaise, demi-anglaise, était neutre, ou mieux inconstante. Elle
ouvrait tantôt ses ports aux Ecossais alliés de Charles VII, et
tantôt elle s'unissait étroitement à l'Angleterre. Ainsi la France
maritime de Charles VII était bloquée sur le littoral atlantique,
sauf un point (La Rochelle), qui paraît avoir en effet déployé
pendant cette période, une énergie, une activité remarquables.
Le Languedoc, en pareille conjoncture, devint notre région mari-
time. Parmi les provinces qui restaient au prince Charles, le
Languedoc était une de celles qui souffrirent le moins de l'état
général du royaume. Elle demeura la contrée nourricière de
l'Etat. Narbonne et Montpellier, dont les ports s'ouvraient sur
la Méditerranée, envoyaient leurs navires - trafiquer dans les
divers parages de cette mer intérieure ^ .
En 1427, Charles VII avait peu de forces et peu d'alliances.
Au nombre de ces dernières, il comptait celle du duc de Savoie.
La même mer baignait les côtes des deux pays limitrophes qui
confinaient à Nice. Trop faible pour protéger les vaisseaux mar-
chands qui naviguaient dans ces eaux sous le pavillon français,
le roi avait dû déférer ce protectorat à son allié le duc de Savoie.
Par ses lettres du 16 septembre 1427, Charles VII ordonne à
ses sujets qui commercent dans les mers de Savoie, de payer à ce
titre, 2 O/q au duc, sur les marchandises qu'ils tirent de Corse et
de Sardaigne pour la France. Seront exempts de ce droit, ajou-
qui se sont récemment élevées au sein de l'Académie touchant les lettres de
marque. Voir aussi les travaux de M. Franck sur le droit des gens à la mer
(Séances et travaux, 18G0-1).
l.C. Port, Commerce de Narbonne, 1854, in 8", p. 125 à 133. A. Germain,
Commerce de Montpellier, 1861, in-8°, t. 2, p. 23 et s, Avignon et Marseille
n'appartenaient point encore à la France. Un reste de prospérité commerciale
subsistait à Aigues-Mortes. Charles Vil, à force de privilèges, tenta de maintenir
ce reste de prospérité dans la ville créée par saint Louis. Voy. E. di Pietro,
Histoire d' Aigues-Mortes, 1849, in-8".
79
tait le mandement, tous les objets qui sont destinés à la consom-
mation du roi et de sa cour ^ .
Divers indices, et spécialement la franchise spéciale stipulée
dans l'acte du 16 septembre, nous donnent à penser que le roi se
procurait ainsi, gratuitement ou au rabais, et comme on verra
tout à l'heure, par entreprise, les objets nécessaires à sa consom-
mation. Sur le continent et notamment à Paris, la cour s'appro-
visionnait de diverses marchandises au moyen d'une sorte de taxe
féodale perçue par le grand chambrier sur les marchands. Cette
taxe est bien connue sous le nom àe^irise. De même aussi, selon
toute apparence, le roi, en accordant aux armateurs ses lettres de
sûreté ou de crédit, stipulait à son profit quelque droit ou avan-
tage analogue.
Nous rapprocherons de cet acte un autre document inédit. Ce
sont des lettres -patentes délivrées par Charles VII en 1424, à
des marchands de Bourges, parmi lesquels, très-vraisemblable-
ment, se trouvait Jacques Cœur, ou du moins ses patrons. Les
lettres dont je parle ont été conservées sous forme de protocole,
avec ce titre: Sûreté pour des mm'-chœids. Les requérants,
citoyens de Bourgqs, exposent que, « pour entretenir le fait de
» leur marchandise, et mesmement, dit le roi, pour fournir nous
» et nostre très-chière et très-amée compaigne la royne, de
» plusieurs vivres, denrées et marchandises pour la despense de
» nous et de nos serviteurs, ainsi qu'ils ont entrepris, leur
» convient nécessairement aller et envoyer en plusieurs et
» diverses parties de ce royaume et dehors, tant par mer que
» par terre; mais, pour la diversité du temps et les dangiers et
» périls qui sont sur les chemins,... ils doutent qu'aucun arrest
» ou empeschement fust fait ou donné à eulx, etc. ^ »
Ce double emploi de négociant et de fournisseur du roi paraît
avoir été la source où Jacques Cœur puisa le commencement de
sa fortune. Un fait qui ne laisse aucune incertitude, c'est ce cumul
1. Giofredo, Storia délie Alpi maritime, dans Historix pairise monimenta,
Turin, 1839, in-folio, Sa-iptores, Jpme II, colonne 1043. Ces lettres sont trans-
crites dans les recueils ci-après: 1° Vc. Colbert, tome IV, folio 12; 2° Ms. fr.
8,664, 2, f" 59. Elles sont suivies des confirmations faites par Louis XI et Fran-
çois P'. La teneur de ces pièces parait avoir été altérée, notamment en ce qui
concerne la date de l'acte primitif: 1426 au lieu de 1427. Mais les confirmations
postérieures ne laissent aucun doute sur leur authenticité.
2. Ms.fr. 5024, f-'Sl, 82.
80
OU cette double attribution à une époque postérieure. Ainsi, en
1444, l'habitation de Jacques Cœur (qui devint bientôt ce magni-
fique hôtel encore debout aujourd'hui), était à la lois le magasin
général du grand armateur et le garde-meuble de la couronne.
J'emploie, à défaut de mieux, cet équivalent impropre. En effet,
Jacques Cœur, argentier du roi, avait la surintendance de ce qui
a été appelé de nos jours la liste civile du roi. Mais le garde-
meuble royal ne renfermait pas alors, comme de nos jours, le
mobilier actif ou réservé du prince. L'argentier du xv" siècle
devait y entretenir, en nombre et en provision, toutes sortes de
denrées et de matières premières ou de matières ouvrées neuves;
telles que toiles, étoffes de France, d'Italie, du Levant; fourrures,
joyaux, etc., etc. C'est là qu'il puisait constamment et au clioix
des maîtres, pour fournir aux besoins quotidiens du roi, de la reine
et de la cour ^ .
Tel était l'état de faiblesse, d'indigence, où se trouvait la ma-
rine commerciale et la marine militaire de la France, lorsque
Jacques Cœur inaugura sa vaste carrière. On sait quel essor le
génie industriel de cet homme remarquable sut donner à ses
entreprises. Jacques Cœur couvrit et sillonna de ses vaisseaux
toutes les voies ; il toucha tous les ports (jusqu'aux extrémités de
l'Orient) que la mer centrale du monde connu offrait alors à la
navigation. Sur toutes les terres riveraines de ces eaux, il fît
flotter, il fit connaître et respecter, tant des chrétiens que des
barbaresques, le pavillon de Charles VII. On n'ignore pas non
plus comment se termina cette carrière, et par quel acte signalé
d'ingratitude furent payés les services qu'il avait rendus. Cette
seconde tache du règne de Charles VII est plus noire et plus cou-
pable peut-être que le sacrifice ' de la Pucelle. Car Jacques
Cœur fut immolé par Charles VII, dans toute l'indépendance de
son libre arbitre et dans toute la maturité d'une puissante intel-
ligence. Les observations que nous venons de présenter ne sont
point faites pour excuser un tel grief ni pour l'amoindrir. Mais
elles serviront peut-être à éclairer de quelque nouveau jour ce
mystère d'iniquité. Après l'exil et la mort de Jacques Cœur,
Charles VII voulut conserver les fruits de la x^oule aux œufs
d'or qu'il avait indignement sacrifiée. Il voulut renouer avec les
puissances de l'Orient les relations politiques 'et commerciales
1. Bibliothèque de l'École des chartes, S" série, t. I, \i. 309.
que le grand citoyen de Bourges avait si heureusement entrete-
nues. Nous avons déjà mentionné ci-dessus ^ les actes diploma-
tiques promulgués à ce sujet par la chancellerie du roi de France.
Dans les lettres adressées au soudan de Babylone, c'est-à-dire au
kalife d'Egypte, on voit figurer nominativement des pilotes ou
facteurs et des navires qui avaient appartenu à Jacques Cœur.
Un autre de ces documents (lettre au grand-maître de Rhodes)
annonce, de la part du prince, l'intention de renouveler annuel-
lement la campagne maritime de l'extrême levant. Un troisième
acte de la même collection désigne enfin, sans le nommer, un
surintendant ou commandant-général de la marine. ^< Par notre
» amé et féal con-seiller, maître de notre hôtel et capitaine-géné-
» rai de nos galèes de France, nous a été remontré, etc. »
Ainsi s'exprmie Charles VII dans les lettres de crédit destinées
en 14.58 au vice-roi de Sicile 2. Nous ignorons au surplus quelle
suite fut donnée à ces projets. Mais dans tous les cas, et en ce
qui concerne Charles VII, si les mesures annoncées furent suivies
de quelque réalisation, la mort de ce prince, survenue en 1461,
ne tarda point à interrompre le cours de ces expéditions nou-
velles.
Nous croyons avoir réuni, dans l'étude qui précède, les prin-
cipaux traits de la réforme militaire, introduite par Charles VII.
Le point capital de cette réforme est l'établissement de l'armée
royale, une et permanente. Voilà le titre saillant par lequel
Charles VII et son règne se recommandent au jugement de
l'histoire. Henri Baude, à cet égard, résume par le tableau suivant
l'état de choses créé par ce prince. « Le roi, dit-il, avoit 1500
lances et huit mille francs-archers; les capitaines, vaillans et
sages, routiers et expers en fait de guerre et non jeunes et grands
seigneurs... Ils vivoient sans aucune piEerie ; les peuples les y
vouloient bien et les aimoient, et faisoient requestes au roy de
les faire loger es païs où ils prenoient leur soulde, à ce qu'ils y
despendissent l'argent qui estoit mis sus pour leur payements »
A côté de ce panégyrique, il coûvient toutefois de placer un
témoignage également contemporain, mais bien difi"érent. Thomas
1. Page 60.
2. Ms. VII de la préfecture de Troyes (Aube).
3. Dans J. Chartier, t. III, p. 134, 135. Voy. aussi Robert Blondel, Assertio
Aormamix. ms. lat. 6,198, f" ÏO, lib. I. cap. xiv.
6
82
Basin, persécuté par Louis XI, était son adversaire personnel.
Il écrivait en 1480, dans les états de Bourgogne, ses mémoires
lumineux, mais qui sentent le fiel de l'exil. Celui qu'on pourrait
appeler, proportion gardée, le Tacite du xv° siècle, comprit avec
une hostile sagacité toute l'importance politique de ce changement
et les conséquences qu'il pouvait entraîner dans l'ordre civil.
L'évêque de Lisieux consacre à ce sujet six chapitres consécutifs
de son ouvrage. Après avoir raconté les faits, il les apprécie dans
ces termes, que nous reproduirons en les abrégeant.
« Telle fut cette réforme, dit-il, réforme non-seulement utile,
dans le principe, mais nécessaire. Car pour la force armée,
qu'importe le nombre sans l'ordre et la discipline ! Mais une fois
le salut du pays assuré, une fois les Anglais chassés du royaume,
il n'était nul besoin de conserver à l'état permanent la nouvelle
armée. Dans un pareil système, la tyrannie seule trouve son
compte. Un despote (Louis XI), qui méprisant les lois, l'équité,
ne connaît pour règle que l'instinct de ses passions et de ses
convoitises, estime un tel régime fort commode. La force oppres-
sive et perpétuelle qu'il tient en main lui permet d'étouffer
aisément toute contradiction, toute généreuse résistance. Tail-
labes à merci, les sujets sont soumis à des impôts illimités, pour
lesquels leur consentement n'est plus demandé. Veulent-ils
résister, la milice est là. Ils ressemblent à des esclaves, aban-
donnés corps et biens à la discrétion du tyran. Indépendamment
des impôts, les sujets fournissent eux-mêmes leur personne et
leur sang pour composer cette soldatesque, destinée à opprimer
leurs semblables. Ils payent et servent. Avec cette méthode
nouvelle, c'en est fait de l'antique liberté. La servitude durera
autant que durera cette organisation, et Dieu sait quel sera le
terme de l'une et de l'autre. La France désormais, ce pays jadis
libre, est livrée à l'intimidation. Mais comme, selon la belle
parole de Cicéron, nulla vis imjwrii tanta sit quœ, ^^remente
metu,possit esse diiUûrna, les peuples qui subissent de telles
épreuves ne manquent pas de saisir la première opportunité
pour secouer le joug et recouvrer leurs primitives franchises, etc.,
etc.^ »
C'est ainsi qu'exhalait ses plaintes, à Utrecht, il y a près de
quatre siècles, un pieux et honnête prélat, qui, après avoir bien
1. Tome I, p. 170 à 181.
83
servi le royaume sous Charles VII, eut le malheur de rencontrer
sur son chemin le redoutable successeur de ce prince et de
déplaire au nouveau maître. Expiant la droiture de sa conduite
par un ostracisme à demi imposé, à demi volontaire. Th. Basin
porta le témoignage qu'on vient de lire. Il est juste d'y faire la
part de l'amertume et du ressentiment.
De nos jours, un écrivain considérable a émis sur les mêmes
faits un jugement analogue. Le traducteur de Herder s'exprime
comme il suit dans des pages récentes qui ont été légitimement
remarquées : « Cette œuvre {le desjwtisme de la monarchie)
éclate sous Charles V... Il établit de sa propre volonté l'impôt
permanent et ôte ainsi aux états-généraux leur première raison
d'être. Ils n'ont plus de sanction, on les appelle, on les renvoie
au gré d'une fantaisie ; cette grande institution n'est plus qu'une
ombre. Avec le principe du consentement national, disparaît en
réalité le principe de la souveraineté nationale. A la place de ces
premiers rudiments d'institutions populaires apparaît un seul
maître... Charles VI, Charles VII marchent à grands pas dans
cette voie. S'il reste par hasard un vestige de garanties politiques,
ils achèvent de les anéantir avec les milices des villes. Le
dernier coup porté à l'indépendance des communes, c'est l'éta-
blissement de l'armée permanente dans la main exclusive de la
royauté...^ »
Ces deux témoignages nous ont semblé dignes d'être reproduits
et rapprochés l'un de l'autre. Mais nous ne saurions y voir l'exacte
expression de la vérité historique. Que l'armée, devenue perma-
nente, ait pu, entre les mains de la monarchie, servir à des
desseins d'ambition ou de despotisme, ce n'est pas là le point
qu'il y a lieu d'examiner. Mais quel est le rouage politique, ou
l'institution, dont l'homme n'ait abusé? Le fatal emploi d'un
instrument perfectionné ne saurait rien prouver contre la valeur
de ce perfectionnement. Pour conduire à une saine appréciation
de la réforme introduite auxv® siècle, le véritable et le seul terme
de comparaison consiste dans l'état antérieur des choses. La cri-
tique de réminent controversiste peut donc s'appliquer à la conduite
ultérieure des souverains, mais non à l'institution fondée ou réor-
ganisée par Charles VIL Si la force militaire n'a point toujours
1. Edgard Quinel, Philosophie de Vhistoire de France; publié en 1855 dans
la Revue des Deux-Mondes {Œuvres complètes, in-16, 1857, t. III, p. 378-9).
été chez nous une protectrice respectueuse de la liberté, la France
du moins est redevable à son armée nationale et permanente d'un
bien plus précieux encore que la liberté elle-même... Elle lui
doit soii indépendance.
NOTE-APPENDICE SUR LA REFORME MILITAIRE.
(Voyez ci-dessus page 77).
Le type idéal de l'iiomme d'armes, tel que l'avait conçu le moyen-Age et tel
(|u"il sul)sist:»il Iraditionuellemenl, nous est peint dans le Jouvencel, roman
allégorique et militaire. Cet ouvrage instructif, énigmalique et peu connu, fut
composé vers la lin du règne de Charles VU, par Jean de Bueil, amiral de
France, l'un des familiers et confidents de ce prince, disgracié sous Louis XI. Il
signale, comme une innovation qui s'éloigne des anciens principes, la pratique
de faire des chevaliers au siège des villes et de les prendre parmi les roturiers.
La chevalerie, dit-il, anciennement se conférait aux nobles seuls, et en rase
campagne. Il ajoute : « la droite vaillance de l'homme est de combattre en
champ, là où il n'y a ne baye, ne fossé ne fortilicacion nulle entre deux. » (Ms.
fr. 192, f° c.iiij.xx.vj). Les textes du xv° siècle nous fournissent un exemple
historique bien propre à frapper l'imagination, et qui figure en quelque sorte ce
changement dont nous venons de parler. Toison d'or, historiograi)he de Philippe-
le-Bon, à la requête d'un bailli de ce duc, a écrit la biographie ou chronique
spéciale du fils de ce bailli. Elle est connue .sous le nom de Chronique de La-
lain, à cause de Jacques ou Jacquet de Lalain, héros de cette narration. L'au-
teur de ce charmant récit nous représente messire Jacquet comme le type ac-
compli de la chevalerie. Puis, au terme de cette carrière remplie ainsi qu'une
légende, il nous montre son héros mourant à la lleur de l'âge, brutalement tué
d'un coup de canon, par des bourgeois, au moment oii assiégeant une ville en
révolte, il visitait quelque taudis de mine. — Voyez dans la Biographie Didot
l'arlicle Jacques de Lalain.
CHAPITRE IV.
Rapports de l'Eglise avec F Etat.
Au point de vue historique, le sujet dont l'énoncé précède
pourrait, si l'on veut, se décomposer ainsi : 1" quel est, sous
Charles VII, le rôle que joua l'Eglise dans les affaires de l'Etat?
2° quelle influence ou quelle action l'Etat exerça-t-il sur l'Eglise?
Des faits intéressants correspondent à ces diverses questions.
L'influence royale que Charles VII exerça, tant sur la situa-
tion générale de l'Eglise que sur l'Eglise gallicane, occupe, dans
toutes nos histoires de France, une place notoire et considérable.
85
Nous y reviendrons à notre tour. Mais l'autre point, le rôle joué
par l'Eglise au milieu des événements politiques du xv^ siècle,
est beaucoup moins connu. Nous avons cru devoir, par ce motif,
nous y arrêter spécialement. Suivant l'ordre de nos idées, il
convient d'exposer d'abord ce qui a trait au rôle joué par
l'Eglise. Nous espérons que cette partie sera jugée la plus neuve
du présent chapitre. Mais à nos propres yeux la supériorité
demeure à la seconde (action de l'Etat sur l'Eglise), quant à
l'importance historique. Nous terminerons par cette dernière, et
nous diviserons ce chapitre en deux paragraphes : V Du râle
historique joué par le clergé sous Chay^es VII; 2" Ra^yports
de Charles VII avec V Eglise.
§ I. — Du rôle historique joué par le clergé sous
Charles VII.
Il existe un grand et beau monument consacré à l'histoire de
l'Eglise de France au moyen-àge. Mes lecteurs ont déjà nommé
le Gallia Christiana, ouvrage commencé avec une quiétude mo-
nacale par les Bénédictins et que poursuit, de nos jours, le zèle
bénédictin d'un savant laïque. Dans cet ouvrage, décrété, patroné
et subventionné vers 1715, parles assemblées générales du clergé
de France, l'église séculière, et c'est justice, occupe la place
d'honneur ^ Là se déroulent avec ordre (et, sauf de nombreuses
exceptions, avec exactitude), les séries des archevêques, évêques,
doyens, etc., ainsi que les annales abrégées, mais substantielles,
de leur pontificat ou prélature, le tout appuyé de bonnes preuves
et cVinslrumeiits authentiques.
Mais pour le clergé régulier, il n'en est point ainsi.
Une sorte d'éclectisme exclusif, et l'on dirait presque aristocra-
tique, y préside. Ici la famille bénédictine, avec ses nombreuses
ramifications, remplit, non-seulement la place d'honneur, mais,
à ce qu'il semble, toute la place. On y chercherait vainement,
par exemple, l'histoire et peut-être la mention des Jésuites, des
Oratoriens et autres ordres rivaux ou modernes. Le Père de
Sainte-Marthe et ses continuateurs ont enveloppé dans leur
silence dédaigneux ou systématique, même des ordres anciens,
dont la splendeur passée aurait pu obtenir, au moins, de la part
1. Voir le frontispice gravé du 1*^' volume.
86
des savants annalistes, une indifiërente et facile tolérance. De
même que les auteurs de Y Histoire généalogique (exactement
fidèles d'ailleurs au titre de leur ouvrage ) n'embrassent dans
leur plan que les familles des grands officiers de la couronne,
de même aussi le Gallia Christiana n'a ouvert ses colonnes
qu'à la postérité spirituelle de saint Benoist.
Cependant, au xV siècle, nous remarquons à côté des Béné-
dictins, quelle que fût l'importance d'un a])bé de Saint-Denis et
de tout son ordre, nous remarquons des moines nombreux et qui,
pour porter une autre robe, méritent aussi leur part de notre
attention. Tels sont spécialement les ordres mendiants ^ qui,
après avoir brillé au moyen-âge d'un si vif éclat, étaient devenus,
comme on voit, du temps de Louis XIV et de Louis XV, une sorte
de plèbe aux yeux de leur confrères de la riche et docte congréga-
tion de Saint Maur.
Ces religieux mendiants n'ont pas eu tous leur historiographe
et leur Gallia Christiana. La bibliographie des ermites de Saint
Augustin, du moins quant à la France, est pour ainsi dire nulle.
L'histoire des Carmes n'a enfanté chez nous, sous la plume du
P. Mathias de Saint Jean- et autres, qu'un volumineux fatras
de vaines et vides controverses. Mais les Carmes ont trouvé dans
l'espagnol Lezana^, et les Mineurs dans l'irlandais Waddiug'S
des annalistes remarquables. Enfin la monographie des Domini-
cains, par les religieux français Ecliard et Quétif ^, est, dans son
genre, un véritable chef-d'œuvre. Elle ne le cède en rien aux
i. Nous devons rappeler ici leurs noms. Au xv"" siècle, les Qualre-Mendianls
étaient: 1° les Augustins; 2° les Carmes; 3° les Dominicains, frères prêcheurs
ou Jacobins; 4° les Cordeliers, mineurs ou franciscains.
1. Histoire panégyrique de l'ordre de yotre-I)(nne-du-Moni-Carmel, par
Fr. Mathias de Saint-Jean, Paris, 1658, in-folio. Voir pour la bibliographie
française des Carmes, etc. le catalogue d'hisloire monastique donné par le Père
Hélyot dans le tome I de son Histoire des ordres religieux, 1714, in-4°, page
XXXV.
3. Annales sacri propheiici et Eliani ordinis beaiissimœ virginis de Monte
Carmeli, per J.-B. de Lezana, Matritensem, etc. Romae, 1645-1656; 4 vol. in-
f'. On peut citer également la Bibliolheca carmelitana, par le français Côme de
Villiers, Orléans, 1752, 2 vol. in-f".
4. Waddingi Annales Minorum, Rome, 1731, 17 vol. in-f».
5. Scriptores ordinis Prœdicatorum, Paris, 1719, 2 vol. in fo. Cet ouvrage a
effacé les suivants, dont le cadre toutefois est différent : Fontana, Theatnim Do-
minicamun, Rome, [(i6Q,in-i''; 3Ionumenla Dominicana, 1675, in-f°.
87
plus beaux travaux de l'érudition historique des temps modernes.
Nous avons emprunté à ces livres ce qu'ils ont pu nous fournir.
Mais les particularités dont nous avions été le plus frappé, avant
de consulter ces volumes, s'observent, mieux que partout ailleurs,
dans les chroniques du temps. Ce sont des faits analytiques qui
valent surtout, par leur variété, leur connexité, leur réunion.
C'est pourquoi ils ont échappé fort souvent à ces annalistes,
enfermés les uns et les autres dans les compartiments spéciaux
de leurs programmes. Je n'ai point, au surplus, à combler ici
cette lacune, dont j'ai dû en passant signaler l'existence. On
n'attend pas de moi l'histoire monastique du xv*^ siècle. Mais
l'Académie agréera, je l'espère, une esquisse tvacèe ad rem dans
une vue historique et politique.
Au temps de Charles VII, le très-chrétien roi de France se
trouvait dans des rapports d'une étroite intimité vis-à-vis du
sacerdoce. La protection des églises, l'éclatante pratique du
culte et même une quasi participation au ministère sacré, comp-
taient en premier ordre parmi ses attributions et ses prérogatives.
Charles VII était chanoine-né de la collégiale de Loches, de
l'insigne chapitre de Saint Martin, des cathédrales du Puy,
d'Angers, de Poitiers; il était abbé de Saint-Hilaire de Poitiers,
etc., etc., sanctuaires les plus vénérés de France. Ces distinc-
tions honorifiques, le prince Charles les revendiqua toujours avec
le plus grand soin. Il déploya, pour en recevoir l'investiture ou
pour en faire publiquement l'inauguration, autant de pompe et
de sollicitude qu'il en mit, soit à faire célébrer son sacre royal,
soit à se saisir de l'exercice du pouvoir le plus effectif. Suggérée
à la fois par la politique, par la tradition et par divers autres
mobiles, cette conduite servit utilement le roi dans ses desseins.
Charles VII, en général, trouva chez le clergé secours et
sympathie.
Mais l'Eglise de France, au xv^ siècle, était très-divisée
d'esprit pour ce qui concerne les affaires de l'Etat. En présence
de l'invasion anglaise et de l'usurpation du conquérant, la
question morale qui se posait offrait un caractère politique, mais
non rehgieux. Henri V, surnommé par les historiens anglais le
roi des prêtres, manifestait de son côté une piété très-démons-
trative. Il avait pour les clercs mille caresses et d'habiles
ménagements. Il exerça enfin l'ascendant toujours et partout si
puissant, l'ascendant du succès, du vainqueur. Je ne crois point
88
calomnier les éveques ou prélats du xv'' siècle, en disant que la
plupart, dans leurs préférences politiques, obéirent à des consi-
dérations individuelles. Un grand nombre de ces personnages
devaient leur siège au duc de Bourgogne. Ils se firent anglais
avecPhilippe-le-Bon, dans le même entraînement, peut-être en
nourrissant in pe^^o les mêmes regrets et sous les mêmes
réserves.
Charles VII, a/près sa restauration et même parfois aupara-
vant, obtint sans trop de peine les prières et, qui plus est, le
concours politique des prélats. Plenri V remporta auprès d'eux
des succès analogues. Mais il est un point sur lequel les deux
compétiteurs échouèrent également : ce fut lorsque l'un et l'autre
demandèrent au clergé de l'argent. Bien que mêlés, surtout dans
les villes, à tout le mouvement, à tous les honneurs des magis-
tratures publiques, les gens d'église refusèrent persévéramment
(que le prince fût Valois ou Lancastre) , de participer sous forme
de contribution pécuniaire aux charges de l'Etat. Cette question,
pour les ecclésiastiques, était une question d'honneur et d'intérêt
tout ensemble. L'impôt, la taille, au moyen-àge, correspondait
à l'idée de plèbe et de sujétion. Or l'Eglise, qui disputait à la
noblesse le premier ordre dans la hiérarchie civile, ne voulait
point descendre, en payant l'impôt, au rang du /ze;'5-état ^
Telles furent, dans son ensemble, et spécialement aux temps
d'épreuves, l'attitude et la conduite du clergé séculier.
Quant au clergé régulier, si nombreux après les prêtres et si
influent, il faut, je crois, distinguer d'abord les ov&ve&riches et les
ordres pauvres. Ainsi les Bénédictins, avec leurs vastes posses-
sions territoriales et leurs revenus multipliés, doivent être rangés
dans la première catégorie. L'abbé de Saint-Denis-en-France
était du parti national, ou mieux du parti Armagnac-. La politique,
sous Charles VI, avait pénétré dans les cloîtres, à la suite des
1. Voyez notamment la réponse délibérée par les prélats de l'archevêché de
Sens convoqués à Paris en concile i)rovincial; réponse adressée au duc de Bed-
ford, le 18 octobre 1428. Concilia de Ilardouin, t. VIII, col. 1035 et s. Cf.
Monslrelet, d'Arcq, t. IV, p. 297, et VHistoire de l'Église gallicane, 1827, in-8",
I. 20, p. 164 et s.
2. Le 28 avril 1418, le roi accorde à l'abbé de Saint-Denis la boucherie de
Beauvais, à Paris, pour indemnité de vingt mille livres fournies au roi par
l'abbaye, pour être employées dans sa guerre contre les Anglais (K n° 69, pièce
19).
89
discordes civiles. Elle avait partagé les religieux habitants du royal
monastère. Cependant, la cause des Valois, à laquelle cette illustre
abbaye se rattachait par tant de liens, y demeura, je crois,
constamment ou presque constamment prépondérante. Au siège
de Meaux, en 1421, Phihppe de Gamaches, religieux de Saint-
Denis et plusieurs de ses confrères, revêtirent le haubert sur la
robe noire de saint Benoit et combattirent vaillamment contre
les Anglais. On pourrait alléguer plusieurs faits analogues.
Cependant, lorsqu'en 1417 Henri V, à peine débarqué, vint
assiéger Caen, les Bénédictins de Saint-Étienne se soumirent
avec un servile empressement à l'envahisseur. Les possessions
territoriales de cette abbaye, effectivement, étaient situées en
Angleterre et en Normandie. Henri V, d'ailleurs, ne descendait-
il pas de la race de Rou et des anciens ducs de la province? Or,
dans l'esprit d'un bénédictin de Saint-Étienne, au _xv° siècle, la
patrie n'était autre que le lieu de naissance, l'Éghse passait
avant la Normandie, et la Normandie avant la France.
Un tableau remarquable et tout différent s'offre à l'historien
lorsqu'il observe la conduite des ordres pauvres.
Au premier rang de cette division, se placent naturellement
lesrehgieux mendiants. Non pas que cette pauvreté ait été, pour
les ordres mêmes, complètement conforme à la théorie de leur
règle. Ainsi, par exemple, les Jacobins de Paris ont possédé
depuis saint Louis, fondateur de leur premier couvent, jusqu'à
la Révolution française, des immeubles et des revenus assez
considérables ^ . Mais cette règle paraît avoir été une vérité pour
les membres de ces mêmes familles monacales. Ceux-ci, pour la
plupart, individuellement, n'avaient rien en propre et souvent ne
couchaient même pas sous l'abri conventuel-.
On voyait ces religieux partout et sur tous les chemins. Prolé-
taires du monachisme, ils nous représentent aussi les chevaliers
1. Voir aux archives nationales l'inventaire de ces biens en plusieurs vo-
lumes in-f°.
1. A côté de cet état général, on peut citer aussi des faits particuliers et dictincls.
Ainsi, le fameux Jean Petit habitait à Paris un logis personnel, sis au collège
des Trésoriers près la Sorboime, et s'y faisait servir par un clerc ou disciple.
Jean Petit mourut riche des libéralités que lui avait prodiguées le duc de Bour-
gogne; A sa mort, ses biens, comme ceux d'un laïque, passèrent non pas à son
ordre, mais à ses proches ou héritiers du sang (Quétif, Scriptores ordinis Prœ-
dicatonim, 1. 1, p. 754).
90
errants de la foi. Ces frères prêcheurs, sans nation, sans patrie,
planaient réellement, du moins en la personne de quelques
individualités illustres, sur les patries et les nations. Leur apos-
tolat était essentiellement universel, cosmopolite, populaire.
Nous voyons survivre et briller en eux l'esprit évangêlique,
le détachement de la terre apphqué à la fraternité humaine;
une dernière lueur de l'idéal chrétien du moyen-àge, en ce qu'il
eut de plus grand et de plus élevé.
Connus et aimés du peuple, dont ils partageaient les allures,
le langage, les sympathies, les souffrances, ils avaient dans le
palais et dans la chaumière un égal accès. Au tribunal de la
pénitence, ils entendaient la confession du prince et du laboureur.
Ils accompagnaient les patients jusque sous la hache et sur la
roue ^ .
Les uns, gardiens sévères de l'orthodoxie, depuis saint Domi-
nique , cultivaient la théologie et les lettres. Leurs écoles
intérieures rivalisaient avec les facultés les plus célèbres. Leurs
écrivains étaient les lumières du siècle. Dans les Dominicains et
les Franciscains, les ambassades lointaines envoyées par les
puissances de l'Europe, du xiif au xv'' siècle , trouvèrent des
drogmans, et la chrétienté d'intrépides éclaireurs. Ils furent nos
premiers hellénistes et orientalistes-.
Les autres se mêlaient par des services actifs aux réalités les
plus positives du monde et de la vie. « Que les quarteniers, en
cas d'incendie, préviennent les ordres mendiants de la ville qu'ils
soient prests d'aller au feu. » Ainsi s'exprime un règlement de
police pour Chàlons-sur-Marne, en date du 11 août 1418. En
1431, ils remplissaient le même office à Troyes, et probablement
dans beaucoup d'autres places. Aussi, pendant le rude hiver de
1432, les Jacobins de Troyes manquant de blé furent nourris
aux frais de la viUe^.
Il y avait, après les mendiants, les ermites. C'étaient des
hommes pieux, qui tantôt obéissaient à une vocation ou à leur
idée personnelle, et tantôt sortaient des rangs monastiques. Dans
l'un et l'autre cas, ils s'affranchissaient de la règle de la vie collec-
l. On aUribue à Jean Petit l'institution légale des confesseurs donnés aux
suppliciés.
Z Histoire de l'instruction publique, p. 248, etc.
3. Barthélémy, p. 329. Boutiot, p. 33 et 51.
9^
tive, caractère spécial du monachisme occidental, et retournaient,
sinon à l'oisiveté, du moins à l'isolement primitif de l'Orient.
Ils se singularisaient alors par leurs vertus mystiques et leur
sainteté. On pourrait, en cherchant bien, signaler une suite conti-
nue de célèbres ermites, qui jouèrent un rôle sur la scène politique
en France, depuis Pierre l'Ermite, le fameux prédicateur de la pre-
mière croisade. Sans remonter au-delà du xit*^ siècle, nous rappel-
lerons Robert, l'ermite qui, au rapport de Froissart, florissait en
1380 et ne quittait pas le duc de Glocester. En 1396, le duc d'Or-
léans fait payer 40 francs à frère Guillaume Pierre, ermite du duc
de Berry, pour aller en Turquie, après la bataille de Nicopolis,
s'enquéi'ir du comte de Nevers ^ .
L'espagnol saint Vincent Ferrier appartenait à l'ordre des
frères Mineurs. Ce conseiller des papes et des conciles, l'oracle
de son siècle, passa en dernier lieu les monts pour venir évangé-
liser nos contrées. Le saint s'était ému, comme la chrétienté, de
la guerre impie qui divisait, depuis cent ans, les rois de France
et d'Angleterre. Il alla trouver Henri V, lui représenta l'injustice
de sa cause, et, nouveau Léon, il essaya de faire reculer ou
d'adoucir le conquérant. Henri V, avec sa fausse piété, ferma
son cœur et son oreille. Vincent éconduit, brisé par l'âge et par
ses nobles travaux, revint de Rouen mourir, en 1419, à Vannes.
Ce fut une digne princesse de France, Jeanne, sœur de Charles
VII et duchesse de Bretagne, qui, de ses pieuses mains, lui ferma
les yeux'.
Deux ans à peine s'étaient écoulés lorsque Henri V, poursui-
vant son aggression armée et jusque-là triomphant, vit arriver
auprès de lui un ermite. Celui-ci, nommé Jean de Gand, paraît
avoir été un gentilhomme, qui, d'abord moine à Saint-Claude dans
le Jura, embrassa la vie solitaire^. Il visita successivement
Charles VII et Henri V, pour les réconcilier. Introduit auprès
du roi anglais, en 1421, Jean de Gand se déclara disciple ou
mandataire de saintVincent, et trouva de nouveau le roi insensible.
L'ermite alors lui annonça qu'avant un an, son règne usurpé
1. Kervyn de LeUenhove, Etudes sur Froissart, t. I, p. 266 et s.; t. II, p. 121
note 5. Catalogue Joursanvault, t. I, pages 59, 60, n° 424. En 1398, autre mis-
sion politique de Robert l'Ermite: Amplissima collectio, 1733, t. VII, p. 591.
2. D. Morice, t. I, p. 469, etc.
3. Autre gentilhomme, ermite après la bataille de Verneuil (1424). Histoirede
Charles VII, t. I, p. 419.
92
finirait avec ses jours et que sa race demeurerait stérile. Henri V
mourut le 31 août 1422, et son fils Henri VI, expulsé de France,
périt de mort tragique après avoir perdu son propre trône ^
En 1423, les Carmes de Reims étaient suspects de soutenir le
parti du Dawpliin. Guillaume Prieuse, supérieur du couvent,
fut cité, malgré l'immunité de sa robe, à la barre d'un tribunal
politique, présidé par le commissaire anglais P. Cauchon. Le
carme se défendit hautement et protesta que jamais l'Anglais
ne régulerait en France-.
Frère Etienne Chariot, cordelier, en 1424, habitait le couvent
de Bem'rai-lès-Autun, sur la terre bourguignonne. Natif de
Bourbonnais, toutefois, il avait embrassé le parti du roi Charles.
A travers mille périls, il parcourut comme émissaire du roi les
états de Philippe-le-Bon et entretint des intelligences actives
entre Charles A'il et sa sœur naturelle, Odette de Champdivers^.
On voit à chaque page, dans l'histoire du xv'^ siècle, les reli-
gieux mendiants s'employer, pour la cause de la France, à de
semblables messages. En 1428, Charles VII avait donné pour
chapelain à son jeune fils le dauphin Louis, Pierre Harenthal, de
l'ordre de Saint- Augustin. La Pucelle, au mois d'avril 1430,
s'affranchit soudainement de l'inertie et de la captivité dans
lesquelles on la retenait à la cour ; elle accourut sous les murs de
Paris : une nouvelle conspiration, tramée par ses amis, venait
d'y éclater; l'âme ou l'agent principal de ce mouvement, qui
avait pour but de secouer le joug anglais, était un carme, nommé
Pierre Dallée^.
Jeanne la Pucelle, toute jeune, àNeuchâteau, s'était confessée
à des rehgieux mendiants. Elle eut pour aumônier, dès son arrivée
auprès du roi, un Augustin très-renommé dans le pays, frère
Pasquerel. Le fameux Richard, cordelier, fut son confesseur. Ce
Richard, qui renoue la chaîne des personnages mystérieux ci-
dessus mentionnés , avait eu pour maîtres , en Italie , saint
Vincent Ferrier et saint Bernard ou Bernardin de Sienne. On
1. Chronique de Chaslelain, à la date, etc.
2. « Dict oultre le dit Prieuse que oncques anglois ne fui roy de France,
ne encores ne seroit jà (Varin, Archives de Reims, Impartie, 2= volume, p. 113,
114).
3. Bibliothèque de l'École des chartes, 4= série, 1. V, p. 176 et suiv.
4. Ms. Fontanieu, n» 115, à la dale du 22 avril 1428-, Journal de Paris, édit.
du Panthéon, p. G84. Stevenson, Wars of Henri VI, p. 34, 38, etc.
93
sait le rôle important qu'il joua parmi nous aux côtés de
l'héroïne ^
Bientôt le procès de Rouen s'ouvrit et le juge de l'inquisition,
le dominicain Jean Lemaître , vint s'asseoir à côté de^ Pierre
Cauchon. Pour avoir pris part à la sentence d'iniquité, Jean
Lemaître partage, avec l'évêque de Beauvais, la flétrissure de
l'histoire. Mais on ignore à quel prix et par quels machiavéliques
travaux l'amhitieux prélat, vendu aux Anglais, sut extorquer
l'assistance de Jean Lemaître. Après l'illustre victime et à ses
côtés, le dominicain succomba dans ce procès. Contraint et forcé,
il prononça la mort du juste et n'eut le courage ni de fuir son
siège déjuge, ni de le déchner. Mais l'arrêt de Jeanne fut aussi
le sien. Éperdu après le sang versé, il disparut, lui aussi, du
monde des vivants. Il enfouit dans le mystère de la honte ses
remords et son désespoir.
Ce courage, que n'avait pas eu le prieur des Jacobins de Rouen,
manqua également à ses rehgieux. Il manqua aux mendiants
(triés par Bedford), assesseurs du procès. Toutefois il est juste de
dire que, parmi ces juges serviles ou pervers, les rehgieux se
distinguèrent de la plupart des séculiers par une injustice plus
décente, une haine moins acharnée. Plusieurs même, à diverses
reprises, osèrent, comme subrepticement, témoigner en faveur de
la prévenue quelques marques de sympathie. Ainsi ce furent
l'inquisition et les dominicains qui épargnèrent à Jeanne la
torture. Frère Isambard de la Pierre adoucit ses derniers instants.
Ce fut lui qui fit briller devant ses regards moribonds, la croix
sainte, au milieu des flammes. Un dominicain, Jean Bréhal, au
risque de déjuger son ordre, prit en 1456 l'initiative du procès
de réhabihtation. Qu'on lise enfin, dans le docte annahste de
l'ordre, l'article de Jean Lemaître. A trois siècles de distance, on
y retrouvera le juste sentiment et comme un retentissement
particulier de la honte et des regrets que cet arrêt avait perpétués,
de génération en génération, parmi les enfants de saint Domi-
nique^.
Jeanne une fois morte, les Jacobins de Troyes, hôtes et
admirateurs de Jean de Gand, firent de leur couvent une pépinière
1. Procès, t. I, p. 51. Revue archéologique, 1861, p. 380 et s.
2. Scriptores, p. 782. Voyez aussi les articles de Graverand, de Jean Petit et
J. Pollet (ibid.)
94
de prédicateurs royalistes. Il en fut de même à Lyon, où Gerson,
dès 1418, s'était choisi un asile. Ces apôtres delà cause française
allèrent confesser leur foi, propager la sympathie nationale
jusque sur les états de Philippe de Ijourgogne. En 1432, le haut
clergé de Chartres était anglo-bourguignon : il avait introduit
Henri V dans cette ville épiscopale; ce fut au signal d'un jacobin
que la ville rouvrit ses murs au roi Charles ^ .
En 1435, après le traité d'Arras, les cardinaux qui siégaient
au congrès choisirent, pour ambassadeur à Londres, un religieux
mendiant. Ce moine eut mission de notifier au gouvernement de
Henri VI l'acte de réconciliation signé entre Philippe-le-Bon et
Charles VII ; acte qui assurait l'affranchissement définitif de la
France'^.
Nous pourrions suivre au-delà de ce terme la série de faits
analogues. D'année en année, d'événements en événements, on
voit se reproduire cette immixtion ardente et spontanée des
moines populaires dans les affaires publiques. Les apparitions
intermittentes de saints, d'ermites, prophètes ou thaumaturges,
se continuèrent sous le règne de Charles VII, jusqu'à sa mort,
et sous les successeurs de ce roi, jusqu'à la fin du xv" siècle.
Pour nous, à partir de la complète expulsion des Anglais, ces
particularités de l'histoire cénobitique n'offrent plus le même
intérêt. Nous n'avons point du reste entendu tracer, dans les
lignes précédentes, un panégyrique du monachisme, ni même
des religieux mendiants au xv® siècle. Ces ordres, selon nous,
comme d'autres institutions nées du moyen-âge, avaient atteint
dès lors leur période de décadence et de déclin. Les faits mêmes
dont nous avons parlé offrent çà et là quelques signes de cet état
voisin de la désorganisation. La conduite de ces personnages,
même les plus élevés par leur caractère moral, fut plus d'une fois
marquée au coin de la licence ou de l'excentricité.
En 1413, à l'époque des chaperons blancs et des cabochiens, le
carme Eustache de Pavilly figurait parmi les meneurs politiques
les plus influents. 11 réunit en conseil, dans sa chambre, au cou-
vent des carmes de la place Maubert, les principaux personnages
1. Boutiot, Guerre des Anglais, p. 56 et passim. Lépinois, Histoire de Char-
tres (voy. Sarrazin à la table). Fontana, Monumenta Dominicana. p. 326. Cf.
Bullarium Dominicamun, t. III, p. 8.
2. Monslrelet, d'Arcq, t. V, p. 190 et s.
95
delà ville pour délibérer sur les affaires présentes. Au rapport
d'un historien qui fit partie de ces réunions., « ils s'enquirent
quelles personnes dévotes et menant vie contemplative y avoit à
Paris, et trouvèrent des religieux et autres et aussi des femmes.»
Les visions de ces personnes furent ensuite rapportées au con-
seil ^ .
Saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne et Mainfroi
deVerceil, franciscains et dominicains, annoncèrent l'avènement
de l'Antéchrist, né, disaient-ils, vers 1403. Sa monarchie devait
durer trois ans et demi. Après sa mort, le monde subsisterait
encore quarante-cinq jours, puis viendrait le jugement dernier.
Ces docteurs propagèrent ainsi un culte nouveau du nom de Jésus.
Des milliers d'adeptes se groupèrent en Italie à l'appel des nova-
teurs. Le pape Martin V intervint pour dissoudre ces assemblées
qui troublaient l'État et l'Eglise -.
Le cordeher Richard, confesseur de la Pucelle, était, comme on
l'a dit, au nombre de ces adeptes. Il vint en France prêcher la
venue de l'Antéchrist, le nom de Jésus, etc. Il réunit d'abord à
Troyes, puis à Paris, un immense concours d'auditeurs sympa-
thiques. Mais la police de Bedford l'accusa de se montrer « trop
favorable et estre de la partie des François. » Frère Richard fut
décrété d'arrestation. En même temps, la Sorbonne et l'inquisition
le citaient comme hérétique et le menaçaient de rigoureuses
poursuites. Richard s'enfuit subitement pendant la nuit du 30
avril au l"'' mai 1429 et vint rej-oindre la Pucelle à Orléans ^.
Ces prédicateurs, en effet, dans leur abnégation des biens de
ce monde, ne laissaient aucune prise ni à l'intimidation ni même
à la discipline. Nul sommet si élevé où ne s'attaquât leur parole
hardie! En 1405, Jacques Legrand, augustin, osa censurer face
à face Isabeau de Bavière. Il lui reprocha le désordre de ses
mœurs, en présence de toute la cour et du roi, qui soutint de sa
haute protection le prêcheur. Eustache de Pavilly, à son tour,
apostropha et reprit publiquement le duc de Guyenne, en 1413,
1. Ursins, dans Godefroy, Charles VI, p. 251 et s.
2. Wadding, Annales Minonim, 1642, t. V, p. 183. Fontana, Monumenta do-
minicana, p 307, etc. Mainfroi de Verceil devait être pape et montrer l'Anté-
christ à ses disciples. Il mourut, sous Eugène IV, sans avoir accompli cette
double prophétie (Chronique Antonine, ms. fr. 1371, f" ccl).
3. Monstrelet. d'Arcq, IV, 335. Revue archéologique, 1861, p. 430 et s.
96
devant la reine sa mère '. A cette époque aussi vivait Thomas
Couette, personnage le plus remarquable et l'un des plus mys-
térieux ou des moins exactement connus, parmi ceux qui nous
occupent en ce moment.
Thomas Couette était natif de Rennes et fit profession au cou-
vent des Carmes de cette ville, où il devint « un sçavant et
éloquent homme ^. » Dès l'an 1424. suivant un historien des
ordres monastiques, il réforma dans le midi plusieui's couvents
de son ordre qui s'étaient ouverts au l'elàchement de la discipline'^ .
En 1428, « ayant acquis par son bien dire autant de réputation
que nul autre de son siècle, » il parcourut les Flandres, la
Picardie et les provinces limitrophes qui obéissaient au duc de
Bourgogne. Fr. Thomas dirigeait surtout ses diatribes et ses
invectives contre les hennins, hautes et pompeuses coiffures qui
étaient alors de mode parmi les dames. Le carme breton ameutait
autour des délinquantes les petits enfants qui poursuivaient celles-
ci du cri: au hennin! au hennin! et les contraignaient de la
sorte à quitter (momentanément) les atours censurés. Thomas
Couette reprenait de même publiquement les prêtres ou moines
scandaleux et concubinaires. Il accomplit ainsi sa mission, dit
Monstrelet, « à la très louange et amour du menu peuple, et, au
contraire, à Tindignation de plusieurs gens d'éghse'^. »
Thomas Couette, prêchant dans la cathédrale d'Arras, se
faisait attacher à la voûte par des cordes afin de dominer tout
son auditoire. Bientôt les vastes nefs des cathédrales ne suffirent
plus à contenir les flots pressés des assistants. Nobles et bourgeois
rivalisaient d'attention, d'empressement, de libéralité, pour héber-
ger le prédicateur et pour l'entendre. Ils élevaient sur les places
publiques des échafauds de bois ou théâtres, richement tapissés
et ornés. Thomas Couette, suivi de ses clercs et disciples, y disait
la messe, puis ses sermons. Suivant Monstrelet, le carme breton
réunit autour de lui jusqu'à vingt mille auditeurs ^.
En 1432, Thomas Couette quitta de nouveau son couvent de
1. Religieux de Saint-Denis, in-4°, l. 3, p. 2G9 et s.; t. V, p. 31.
2. D'Argenlré, Hisioire de Bretagne, 1618, in-f-', p. 787.
3. Le P. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, 1714, in-4°, t. I, p. 330.
4. D'Argentré, ibid. Monslrelel, dArcq, t. IV, p. 306.
5. Hélyot. Ibid. Louandre, Histoire d'Abbeville, t. I, p. 290. Thomas Basin,
en ce qui concerne le cordelier Richard, élève ce nombre à trente mille. Mé-
moires, t. IV, p. 104.
97
Rennes et se dirigea sur Lyon. « Il fit le voyage, monté sur un
asne^ suivi par plusieurs religieux et quelques personnes du menu
peuple. » A Lyon, le prêclieur se fit entendre et obtint les mêmes
succès que précédemment. « Il s'acquit une si grande estime
parmi le peuple que celui-là s'estimoit heureux qui pouvoit con-
duire son asne par le licou, ou en arracher quelque poil qu'il
conservoit précieusement ^ »
De Lyon, Th. Couette se rendit dans le Valais et visita le mo-
nastère des Carmes de Girone, au diocèse de Sion, puis celui de
Forest en Toscane; il se transporta ensuite à Mantoue. En ces
divers lieux, le carme de Rennes réforma les monastères de son
ordre, dans lesquels il trouva la règle corrompue. Il y institua
quelques-uns de ses disciples pour assurer le succès et le maintien
de l'ordre nouveau. Telle fut l'origine de l'une des branches delà
famille carmélite, qui réunit plus tard au-delà de cent monastères,
et connue sous le nom de congrégation de Mantoue. De Mantoue,
Couette se rendit à Venise chez ses confrères du Mont-Carmel.
II accrut encore, dans ce pays, sa réputation d'éloquence et de
sainteté. En ce moment, le doge et la république envoyaient une
ambassade à Rome. C'était là précisément que tendait, comme
but final, le nouveau pèlerinage de l'anachorète. Thomas Couette
voulait pénétrer jusqu'au sein de la ville éternelle et faire entendre
ses austères et réformatrices prédications, à Babylone, dans la
capitale de la chrétienté. II se réunit donc aux ambassadeurs
vénitiens et parvint jusqu'à Rome -.
Ainsi, tandis que, parmi les religieux mendiants, les saints
d'Espagne et d'Italie franchissaient les monts pour venir évan-
géliser la France, de leur côté des carmes français passaient les
Alpes à la suite de Thomas Couette et portaient jusqu'aux marches
du trône apostolique des paroles de réforme religieuse et morale.
Thomas Couette était « parti pour Rome, dans le dessein, à ce
qu'il disoit, de réformer le pape et les cardinaux. En effet, y étant
arrivé, il prescha avec emportement contre les mœurs de cette
cour et avança mesme quelques erreurs, ou du moins quelques
vérités trop libres ^ » — « Il blasmoit, dit un autre auteur, la
dissolution du clergé, du pape et de leur vie et autres désordres
1. Hélyol, ibidem.
2. D'Argeatré, p. 788. Hélyot, p. 328.
3. Hélyot, p. 327.
98
de cet estât... Il disoit qu'il se passoit des abominations à Rome,
que l'Eglise avoit bien besoin de réformatioii, et qu'il ne ialloit
pas craindre les excommunications du pape lorsqu'on faisoit le
service de Dieu. Il accordoit aux religieux démanger de la chair,
et disoit qu'à l'exemple de la nation grecque le mariage ne devoit
pas estre défendu aux prestres ny à ceux des siens (les réguliers)
qui ne pouvoient se contenir...^ »
Cependant les ambassadeurs vénitiens avaient recommandé au
pape, présent à Rome, l'éloquent et pieux cénobite. Eugène IV
désira le voir et deux fois il envoya vers le carme, à Saint-Paul
hors les murs, où le religieux avait sa demeure, pour le mander.
Mais deux fois l'invitation du Saint-Père demeura inutile. Thomas
Couette se méfiait des sentiments personnels du pape à son égard,
et des préventions hostiles au réformateur dont le Saint-Père
devait être nécessairement entouré. Une troisième fois le souA^e-
rain pontife chargea son trésorier de lui amener le carme français.
Thomas Couette, à l'aspect de l'envoyé, dès que celui-ci parut au
seuil de sa chambre, sauta par une fenêtre et s'enfuit. Mais il fut
poursuivi et conduit en présence du pape 'K
Deux cardinaux reçurent la mission de l'examiner. L'un d'eux
était Jean de la Rochetaillée, chancelier de la cour de Rome,
ancien archevêque et cardinal de Rouen ; il avait pour assesseur
frère Noël de Venise, « qui se disoit procureur de l'ordre des
Carmes»^. L'autre s'appelait le cardinal de Navarre. Thomas
Couette, comme tous les réformateurs, avait trouvé chez ses
propres confrères des adversaires et des émules ou envieux. Tels
furent les juges chargés d'apprécier sa conduite et ses doctrines.
Th. Couette, mis en jugement, subit la torture. Ses juges le
déclarèrent hérétique, puis relaps S et prononcèrent sa condam-
nation. Eugène IV le fit brider publiquement à Rome, en 1433
1. D'Argentré, p. 788. La doctrine de CoueUe sur le célibat et le mariage des
prêtres eut un écho remarquable au concile de Bàle, lorsqu'il s'agit, en 1439, de
nommer l'anti-pape Félix V, qui avait vécu dans le mariage. Voyez sur ce point
l'Histoire de l'Église gallicane, par Berthier, éd. de 1827, t. 20, p. 369, et le
témoignage de Pie II, allégué.
'2. Hélyot, d'Argentré, Monstrelet, V, 43.
3. D'Argentré. — Noël fut institué vicaire-général des Carmes le 5 septembre
1433. Bullarium carmelitanmn, 1715, in-f», p. 186.
4. La procédure inquisitoriale qualifiait ainsi le prévenu qui , après avoir
avoué, sous la torture ou autrement, qu'il était coupable, se rétraclait eusuile cl
revenait à ses premières propositions.
99
ou 1434. Th. Couette périt « en soutenant avec une constance
incroyable sa doctrine et ses propositions »^.
Ainsi finit Thomas Couette, dont la vie et la mort furent, pour
ses contemporains, une merveille et un sujet de controverse.
Déclaré hérétique par des juges intéressés et prévenus, on dit que
le pape se repentit plus tard de la sentence qu'il avait prononcée
contre ce juste. En Itahe même, à un demi-siècle de distance,
son ordre le revendiquait comme un réformateur et iin modèle.
En 1656, Lezana, historiographe des Carmes et professeur public
de la Sapience à Rome, célébrait en lui un saint. D'Argentré,
fameux jurisconsulte et historien breton, le proclame enfin l'une
des gloires de son pays, martyr et précurseur de Savonarole ^.
Cependant les pouvoirs publics prirent ombrage de toute cette
agitation. On a vu précédemment la conduite du souverain
pontife Martin V et la fuite précipitée de Richard. Le 10 mai 1429,
après le départ de Th. Couette, Phihppe-le-Bon rendit à Bruges
une ordonnance pour interdire, sur ses états, les sermons publics
à tout prédicateur étranger. Dans cet acte, le duc de Bourgogne
se plaint que des prêcheurs sans mission régulière, sans aveu de
la cour de Rome ni de leurs supérieurs, sans garantie de régula-
rité, ni de lumières, ont pénétré sur ses terres et domaines,
portant l'habit rehgieux, haranguant le peuple et semant des
doctrines suspectes ^.
Le saint-siége et l'Eglise accueillirent ces représentations.
Le 15 juin 1430 un chapitre général des frères Mineurs se tint
à Assise en Italie, sous la présidence du cardinal de Foix, pro-
1. D'Argentré. Casanatc, Paradisxis Canneli, Lyon, 1639, in-f% p. 334. Ilélyot.
BibUotheca Carmelitana, au inol Thomas Connecte. Aubery, Histoire des car-
dinaux, t. II, âTiide La Rochetaillée.
2. Marliii Franc, le Champion des dames, dans Quicherat, Procès, etc., t.
V, p. 45. Baplistae Spagnoli Mantuani, de beatd ritd, apud ejusdem Bucolica,
Tubingen, 1511, in-4°, goth. sub fine. Lezana, Annales ordinis Carmelitani, t.
IV. cité par les précédents. Voyez encore sur Thomas Couette, P. Levot, Bio-
graphie bretonne, 185i, in-4°, au mot Connecte, et les renvois de ces divers
auteurs.
3. Bulletin de la société de Vhistoire de France, 1860, p. 232, 233. Les Fran-
ciscains ou mineurs conféraient à leurs élèves et confrères, dans leurs écoles, le
diplôme de docteur en théologie par collation, c'est-à-dire sans faire subir aux
candidats d'épreuves préalables. Une bulle de Martin V, en date du 1" décembre
1428, s'élève contre cet abus et annule les diplômes de ce genre (Du Boulay,
Histoire de rUniversiiè de Paris, t. V, p. 389).
400
tecteu)^ de l'ordre. Il y iut décrété qu'aucun religieux, à l'avenir,
ne s'entremettrait au ministère de la parole sacrée, si ce n'est
avec une licence spéciale, révocable, et sous l'autorité de ses
supérieurs. L'année suivante, un concile provincial de l'arche-
vêché de Tours s'ouvrit à Nantes le 23 avril. Des pi-escriptions
analogues y furent promulguées contre ceux qui prêchaient
sur des échafauds, sur les places publiques. Enfin nous
venons de dire par quel sévère et tragique dénoûment se termina
la carrière apostolique de Thomas Couette ^
Précisons ici la pensée de ce paragraphe en la résumant.
Ce qui fait pour l'historien l'intérêt puissant qu'offre le règne
de Charles VII, c'est l'affranchissement du roj^aume et la forma-
tion de la nationalité française. Nous pensons que généralement
le haut clergé, témoin de ce grand acte, en demeura, pour ainsi
dire, le spectateur oisif et indifférent. Au contraire, le bas clergé,
principalement dans certains ordres monastiques, y prit part
avec une activité remarquable. Ce mouvement, cette coopération
ne présente pas dans son ensemble l'ordre et la régularité d'une
entreprise savamment conduite et mûrement réfléchie. On n'y
découvre même pas la conscience de l'œuvre commune; encore
moins un concert manifeste avoué.
Quelquefois peut-être ces auxiliaires spontanés de la cause
nationale (jnt-ils été capables, personnellement, de la compro-
mettre au point de vue moral? Ces moines étrangers et nomades,
en fondant pour la France une patrie, ne pouvaient songer à
recueillir les fruits qu'ils avaient semés. Mais le désintéressement
de leur tâche est précisément à nos yeux ce qui en relève le prix.
Chez eux, le mobile de cette association, de leur part, fut donc
puisé aux sources les plus pures de la conscience humaine. Elle
leur fut inspirée par une libre et naturelle sympathie. S'il y a là
un hommage que la morale accepte, l'histoire n'a plus de motif pour
dédaigner ou désavouer ce concours.
Par un certain côté, ces faits analytiques isolés nous semblent
toutefois se lier étroitement à la question générale. La formation
de la nationalité française fut, au xv" siècle, le fruit d'un travail
1. ^&AAmg, Annales minorum, 1645, p. 214. Lobineau, Histoire de Bretagne,
i707, t. 1, p. 586. Ces prescriptions relatives à l'indiscipline et au vagabondage
des mendiants furent très- fréquemment renouvelées par les conciles provinciaux
du xv^ siècle.
^0^
moral, d'une élaboration nouvelle qui s'opéra au sein de la
société. Depuis des siècles, la France possédait avec sa monarchie
les éléments constitutifs d'une nation. Mais le souffle qui anime
cet être abstrait, le sentiment de la patrie, n'existait, confus et
latent, qu'à l'état d'instinct, même et surtout dans les classes
les plus élevées du monde social. La conduite des princes, tels que
les ducs d'Orléans, d'Alençon, la conduite primitive du roi,
invoquant à chaque pas le bras étranger, pourraient, au besoin,
servir de preuves à cette assertion. Le sentiment patriotique ou
national s'éclaira, s'affermit et se dégagea, sous Charles YII, à
travers la victorieuse péripétie qui termina la guerre de cent ans.
Si l'on veut trouver le siège de ce travail, la racine de ce senti-
ment, il faut les cliercher dans les entrailles du peuple. Le
patriotisme naquit à l'issue de cette lutte, comme l'enfant qui
vient dans ce monde au milieu du sang et des pleurs. Notre
Jeanne, si poétique et si active, figure mihtaire et religieuse,
nous montre la personnification de ce sentiment. Or ce travail
préparatoire fut accompagné d'une visible exaltation des idées
religieuses ^ Les ministres de la religion, qui se trouvaient dans
les rapports les plus immédiats avec le peuple, durent être les
premiers auxiliaires de cette élaboration. Telle est la raison
historique, tel est le lien qui rattache entre eux les faits réunis
dans ce paragraphe.
§ IL — Rapports de Charles VII ou de l'Etat avec l'Eglise.
L'Eglise, au xv'' siècle, était agitée par un trouble profond. La
société tout entière, affectée de ce mal intime, semblait menacée
de dissolution. Lorsque Charles VII monta sur le trône, tout dans
le monde spirituel et temporel était subverti ou ébranlé. Le
catholicisme avait à sa tête deux papes (Martin Y, Benoît XllI)
et la France deux rois (Charles YII, Henri YI). Déjà le schisme
de la papauté remontait à 1378. Il avait été précédé par celui de
l'Empire-. Cette « monstruosité » d'une hiérarchie à deux têtes,
1. Je me propose de développer cette thèse dans un mémoire spécial, en m'ap-
puyant sur des notions nombreuses et inédites, que ne comportait pas le cadre
du présent travail. Ce mémoire, ébauché dès le moment actuel, aura pour titre:
Recherches sur divers personnages de pieté qui furent au xv° siècle les prédé-
cesseurs de Jeanne Darc ou ses émules.
2. 1314 : Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche ; 1378: Wenceslas, puisJosse
et Sigismond.
402
causa sur les esprits une grave impression de désolation et de
terreur. Le scandale, la perturbation furent au comble, lorsque,
pour employer une image connue, l'éclipsé néfaste envahit à la
fois « c**'^ deux moitiés de Dieu : le Paj)e et l'Empereur. »
L'état moral qui régnait alors peut se comparer à la panique
dont la chrétienté lut saisie k l'époque des Millénaires. Jean Huss
et toute la série des prédicateurs qui le suivirent jusqu'à la fin
du XV'' siècle, ou du moins jusqu'au grand jubilé de 1450, annon-
cèrent hautement et positivement la venue de l'Antéchrist, pré-
curseur de la fin du mondée
Dans le domaine des faits religieux, la doctrine de Wiclef avait
allumé un incendie que les bûchers de Constance propagèrent au
lieu de l'éteindre. L'orthodoxie, atteinte au cœur, lutta vaine-
ment contre le mal à l'aide de palliatifs. Vainement elle le
dissimula ou le traita par d'empiriques remèdes ; elle fut impuis-
sante à le guérir. Le protestantisme éclata au siècle suivant.
Pour ce qui concerne la France en particulier, l'Eglise offrait,
aux regards du prince qui devait gouverner ce royaume, le plus
grave sujet de sollicitude. Aucun pays de l'Europe n'avait
ressenti plus vivement que la France le contre-coup de cet état
où gémissait toute la chrétienté. La discorde civile, parmi nous,
envenimait singulièrement les plaies qu'avait causées la situation
générale de l'Eglise. Par suite de la guerre de cent ans, l'ordre
social, en France, était réellement bouleversé. Aucune règle fixe
et certaine ne présidait plus à la transmission des prélatures ni des
bénéfices. Ici, dominait le principe de la collation pontificale ; là,
celui de l'élection capitulaire. Dans l'un et l'autre cas, un double
conflit se produisait le plus souvent. Car les deux rois ne man-
quaient pas de se disputer l'influence quand il s'agissait de pour-
voir à la vacance d'un siège. Alors les candidats, divisés par la
bannière politique, invoquaient respectivement l'autorité des deux
chefs antagonistes de l'Eglise, ou l'autorité du concile contre le
pape.
La guerre et les dissensions intestines ajoutaient un élément
actif de dissolution au relâchement et à l'indiscipline ecclésias-
tiques. Dans leur barbarie sans frein, dans leurs atroces débor-
l. J. Uns, etc. Hisioria et Monumenki, Nuremberg, 1558, in-f°, I. I, p. 423,
elc. N. do Clamengis, de AniichrMo et ortii ejus, elc, aj). ejusd. Opéra, Leyde,
1G13, in-4", !>. 357 à 359.
^03
déments, les soldats Armagnacs, Bourguignons ou Anglais, en
étaient venus à méconnaître jusqu'aux choses sacrées. Profanation
des asiles et des sanctuaires, viol des religieuses, pillage des
couvents, même des églises séculières, leur étaient devenus des
actes accoutumés. Les hostilités, qui ravageaient le sol, encom-
hraient de ruines et dépeuplaient les villes. Elles chassaient le
paysan de sa cabane jusque dans les bois et le contraignaient à
revêtir le harnois des nobles, qui se confondait avec l'armure du
brigand. Les clercs eux-mêmes se voyaient réduits à de telles
extrémités ^
Dès son entrée aux affaires, le prince Charles eut à compter
avec ces difficultés ^ Martin V avait été élu pape au concile de
Constance le 11 novembre 1417 et couronné le 21 du même mois.
Le 26 février 1418, un premier conseil d'État fut tenu au
parlement à Paris, le roi étant malade, sous la présidence de
Charles, Dauphin. Il s'agissait de savoir si le gouvernement devait
reconnaître le nouveau pape, alors que Benoît XIII vivait encore.
Il s'agissait aussi de régler l'ordre qui allait présider à la colla-
tion des bénéfices, au paiement des annates, aux réserves et
expectatives. La question du râle des bénéfices importait tout
spécialement à l'université de Paris, qui jouait alors dans le
forum politique un rôle actif jusqu'à la turbulence. Le conseil
du premier né de la couronne comptait parmi ses membres de
sages jurisconsultes, comme Robert le Maçon et GuiUaume
Cousinot. Ceux-ci envisageaient la situation de plus haut et dans
son ensemble. Cette divergence de vues entre le conseil et
l'université détermina un conflit dont les faits épisodiques ont été
racontés par Du Boulay et les autres historiens analytiques ^
L'université avait hâte de voir le nouveau pontife consacrer, à
l'instar de ses prédécesseurs, ce râle des bénéfices que les papes
1. Nicolas de Clamengis, Liher de cornipto ecclesiœ statu, etc. ap. ejusd, Opéra
sup. cit. p. 4 et s., etc.
2. Dans les développements qui vont suivre, nous avons principalement en
vue les rapports de Charles VII avec l'Église. Mais pour mieux faire sentir le
caractère de ces rapports, nous avons cru souvent devoir mettre en parallèle la
conduite de Charles VII en ces matières, avec la conduite et l'attitude des gou-
vernements bourguignon ou anglais.
3. Registre duConseil, à la direction générale des archives : XX, 1480, f° 119 et
suiv. Du Boulay, t. V, p. 309 à 326, Crevier, Histoire de l'Vniversiié, t. Ili, p.
178 et s. Du Tillet, Libertés gallicanes, 1602, in-4", p. 79.
^04
distribuaient aux suppôts de l'école parisienne. Elle pressait,
dans ce dessein, la reconnaissance publique et solennelle de
Martin V. Mais ce dernier personnage était suspect au gouver-
nement du prince Charles. Le parti Armagnac considérait Mar-
tin V, élu sous l'influence immédiate et personnelle de Sigismond,
comme une créature de cet empereur. Or Sigismond, après avoir,
en 141G, éprouvé à Paris, avec l'hospitalité de Charles VI, les
bonnes grâces du gouvernement Armagnac, avait tourné depuis
vers la cause anglo-bourguignonne. Par ces motifs, les conseil-
lers du jeune prince tendaient, au contraire, à différer de recon-
naître le nouveau chef de la catholicité'.
Cependant, une sorte de transaction s'opéra entre le conseil
royal et l'université. Deux ordonnances furent promulguées,
l'une à la fin de mars, l'autre en date du 2 novembre 1418. La
première rendait à l'Eglise de France et du Dauphiné ses antiques
libertés. Elle ordonnait la collation des bénéfices français ou
royaux, par voie d'élection canonique ou de patronage. Elle
enjoignait aux supérieurs de confirmer ces collations sans que
les impétrants dussent acquitter aucun droit ou taxe envers le
trésor du pape. La seconde portait « défense de transporter hors
du royaume de l'or, de l'argent, des joyaux ou autres choses,
pour annates ou autres expéditions en cour de Rome. » Le pre-
mier de ces actes fut entériné au parlement le 13 avril. Moyen-
nant ces conditions, le gouvernement consentit, le lendemain 14
avril 1418, à ce que les bulles de Martin V fussent reçues, et son
obéihence acceptée et déclarée. Ce même jour 14, « fut faite la
solennité du pape Martin par les églises de Paris et environ, »
mais très-sitnplement, ajoute le iournal organe des sentiments
et des intérêts universitaires -.
L'ordonnance du 2 avril fut enregistrée le 7 mai suivant. Ce
même mois néanmoins ne s'était pas entièrement écoulé, lorsque,
dans la nuit du 29 au 30, eut lieu la fameuse invasion des Bour-
guignons au sein de la capitale. Charles, dauphin, obligé de ftiir,
s'établit comme régent sur les bords de la Loire. L'un des premiers
actes du gouvernement bourguignon fut de révoquer l'ordonnance
1. Sources citées : Histoire de Charles Vil, l. 1, p. 47. Journal de Paris
(Panthéon), p. 626.
2. XX, 1480, ï"' 120 à 133. Du Tillel, p. 117 à 129. Ordonnances, X, 447.
Journal de Paris, \>. 627.
^05
publiée en mars, par un autre êdit daté du 9 septembre 1418.
Quant au prince Charles et à son gouvernement, il continua de
garder vis-à-vis de la cour de Rome une position expectante et
défensive ^
Le gouvernement anglais, succédant à celui de Jean-sans-Peur,
se montra de plus en plus facile à l'égard de Martin V, pour ce
qui concerne les libertés gallicanes. A ce prix Henri V, tant
qu il vécut, obtint du souverain-pontife diverses grâces ou privi-
lèges apostoliques et une certaine condescendance en faveur de
la cause anglaise. Le conseil de Charles, au contraire, quoique
réduit de jour en jour à une désastreuse extrémité, maintint avec
fermeté les traditions nationales. En 1423, le légat du pape
ayant voulu pratiquer dans la province de Lyon des exactions
ultramontaines, le roi Charles, de concert avec l'archevêque,
réprima cette tentative. L'ordonnance du 8 février de cette année
promulgua de nouveau les principes de la doctrine gallicane^.
Cependant, le pape Martin V s'entremit pour pacifier la chré-
tienté, avec un zèle digne du père commun des fidèles. La cause
de la France, après la mort d'Henri V, se dessina progressive-
ment à ses yeux, sous un jour plus favorable. En 1425, Charles
VII dirigea vers Rome une ambassade solennelle, chargée de
déclarer authentiquement au saint-père l'obédience du roi de
France^. Bedford, de son coté, ne négligeait rien pour complaire
au souverain-pontife. Il présenta, dans le même temps, à la cour
de Rome un traité dans lequel les libertés ou prérogatives galli-
canes étaient presque complètement sacrifiées*^.
La politique suivie jusque-là par le gouvernement royal doit être
imputée non pas au prince ni aux ministres, mais à l'influence
toute puissante de l'université, du parlement et des traditions
gallicanes. A cette époque, Charles VII, exclusivement adonné
1. Ibid. Ordonn., X, 471.
^. Histoire de Charles VII, ib., p. '293. 365. Fonlanieu, ms. fr. 4,805, f» 119.
Ordonnances, XIII, 22, etc.
3. Jusque-là Charles Wl avait adhéré à Benoît XIII. Monstrelel, d'Arcq, l. IV,
p. 231. Cette ambassade eut pour chef l'évêque de Léon, en Bretagne. L'année
suivante, en 1426, Charles VII envoya dans le même but au Saint-Père une
nouvelle députation, conduite par Regoauld de Chartres. Ms. Brienne, 155, p.
28. Gallia christiana, t. IX, col. 136 {sub anno 1425). Rainaldi ne mentionne
que la première; voy. Annales, 1424, no 20.
4. D. Plancher, t. 4, p. xlix des preuves; etc. Du Boulay, t. V, p. 366 et s.
406
aux plaisirs d'une vio IVivole et inerte, abandonnait tout sçin
des affaires à ses plus indignes favoris. L'un d'eux, nommé Jean
Louvet, gouvernait alors le conseil. Ce ministre, pour des inté-
rêts à lui propres, désirait s'acquérir la faveur du saint-père. Le
10 février 1425, il fit signer au jeune prince une ordonnance qui
restituait au pape la collation de tous les bénéfices. Cet acte,
d'après le témoignage formel d'un secrétaire de la chancellerie,
avait été signé en blanc par le roi, scellé de même, puis rempli
au gré de Jean Louvet et porté à Rome par un moine de ses créa-
tures. Martin V, en recevant cette pièce, s'empressa d'écrire à
Charles VII pour le féliciter et pour le dégager du serment qui
obligeait les rois de France à conserver les immunités ecclésias-
tiques du royaume ^
Le traité qu'avait proposé Bedford fut sanctionné par Martin
Vie 1*^'' avril 1425. Sur les représentations du procureur général,
le parlement de Paris s'opposa d'abord à l'enregistrement.
Cependant Bedford triompha de ces résistances. La cour judiciaire,
qui obéissait à la domination anglaise, homologua sous correction
cet édit. L'acte subreptice, œuvre de Jean Louvet, fut également
présenté au parlement de Poitiers. Mais le procureur général du
roi de France, nommé Pierre Cousinot, dans une harangue qui
nous a été conservée, protesta énergiquement contre cette pièce
dolosive, surprise à la religion du roi et contraire au droit public
du royaume. Le parlement, conformément à cette requête, refusa
d'enregistrer. Une ambassade spéciale se rendit auprès de Martin
V en 1426. A la suite de conférences tenues entre les plénipoten-
tiaires du roi et du pape, l'acte fut rapporté et révoqué par une
nouvelle ordonnance du 24 novembre 1426 *.
En 1429, Gilles Munoz, anti-pape sous le nom de Clément
VHP, se vit abandonné du roi d'Aragon et de Jean d'Armagnac,
ses derniers adhérents. Le comte d'Armagnac, en premier lieu,
1. Histoire de Charles VII, p. 446. Ms. fr. 5,024, f» Ixw. Ms. Brienne, 155, f"
Sel suiv. Raiiicildi, Annales, li2ô, mai, 1 ; n» 7. Charles VII ne prêta le ser-
ment du sacre qu'en 1429. Mais connue chanoine de Tours, do Poitiers, etc., etc.,
il avait eu déjà mainte occasion de s'engager par de semblables promesses, so-
lennellement et sous la sanction religieuse. Voyez sur ce point Ordonn., t. XIU,
p. 267, en bas: « siisceptionc insigni et alias... »
2. Ibidem. Ms. Brienne 155, f° 34. DuTillet, Libériez gallicanes, p. 132. Or-
donn., XIII, 107, 123.
3. Successeur, en 1424, de Benoit XIII.
^07
avait demandé conseil sur ce point k la Piicelle, qui eut le bon
sens de décliner une consultation de ce genre. Le comte Jean se
détermina ensuite par les avis et surtout par l'exemple du roi de
France. Charles VII contribua ainsi puissamment à l'extinction
du schisme pontifical ' .
Eugène IV, couronné le H mars 1431, fut le successeur de
Martin V. Le 12, il écrivit pour notifier son pontificat au roi de
France, qui le reconnut immédiatement. Cette lettre fat bientôt
suivie (avril 1431) d'une autre bulle, par laquelle le souverain-
pontife permettait au roi de France de nommer, au saint-siége,
les gens de son parlement, résidant à Poitiers, pour être pourvus
des bénéfices qui viendraient à vaquer. Ce genre d'induit consti-
tuait, à l'égard des conseillers de la couronne, comme l'équivalent
de ce qu'était, pour l'université, le rôle des bénéfices. En ce
moment le concile de Bàle allait se réunir. Charles VII, dès le
début, favorisa la convocation et les travaux de cette assemblée,
qui succédait à celles de Pise et de Constance. R. de Chartres,
chancelier du roi et archevêque de Reims, manda, dès 1431, à
ses sufîragants de se rendre ou de députer au concile. Le 26
février 1432, une réunion des prélats, qui obéissaient à Charles
VII, eut lieu dans la ville de Bourges. Cette assemblée de l'Eglise
de France exprima ses sympathies en faveur de l'œuvre qui se
poursuivait à Baie. L'Église demanda au roi la permission de"
participer, en la personne de ses députés ou représentants, à ces
nouvelles assises de la chrétienté ~.
Le 10 mars 1432, Charles VII, par un édit rendu à Chinon,
ordonna que nul ne serait promu ou reçu à des bénéfices ecclésias-
tiques en France, s'il n'était français et affectionné au roi. Cet acte
avait pour but de résister à des nominations pontificales qui
avaient introduit sur divers sièges épiscopaux des prélats étran-
gers et parfois hostiles à la cause française^.
Le concile de Bàle et les grandes assemblées qui le précédèrent
s'étaient proposé comme programme : 1" d'extirper l'hérésie ;
1. Rainaldi, 1429, n" 11, lî. Histoire de l'Église gallicane, t. XX, p. 158.
2. Ms. Brienne, 155 f" 46. Lenglet Dufresnoy, Libertés de l'Église gallicane,
l. Il, p. 166 et s. Amplissima colleclio, t. VIII, p. 31 et s. Concilia de Har-
douin, l. VIII, p. 1459 et s.
3. Du Tillet, Libertés gallicanes, p. 134 et s. Ordonnances, XIII, 177; cf..
ib., p. 181. Lettres de Henri VI données à Paris le 12 mai 1432 pour contirmer
celles du 26 novembre 1425, concernant la collation des bénéfices en France.
2" de y^èformor l'Eglise dans son chef et dans ses ruenibyes;
Z" de l'^aHfier les princes chrétiens. Le premier et le dernier
de ces points furent poursuivis par le concile, par le saint-père
et par divers princes chrétiens représentés à I3àle, avec un zèle,
avec des efforts unanimes. Mais on n'en saurait dire autant,
quant au second article. La papauté ne se prêta point aisément à
la « réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres. »
Eugène IV, à l'instar de Martin V et de ses prédécesseurs ou
compétiteurs, déployait toute Tliabileté de ses mouvements pour
éluder cette dilliculté. Échapper k l'élreinte du concile, tempori-
ser, se soustraire à ses atteintes, à l'autorité que prétendait
exercer sur lui le parlement souverain de la société chrétienne ;
tel était le but où tendaient la conduite et les artifices du souve-
rain pontife. La lutte ou du moins les approches des deux partis
belligérants se dessinèrent de plus en plus. Un certain nombre
de cardinaux, accrédités par le pape lui-même au concile, se
rangèrent du côté des antagonistes opposés à la cour de Rome.
Au lieu de la réforme, le concile fit surgir une sorte de conflit
entre le chef de l'Église, Eugène IV, et ses membres, représen-
tés par les cardinaux et le concile. La querelle s'aigrit davantage,
lorsque le pontife, rompant en visière, frappa de dissolution
l'assemblée de Bàle et la convoqua de nouveau, sous sa coupe, à
Ferrare.
Nous atteignons ainsi le commencement de l'année 1438.
Charles VII, à cette époque, était entré dans la seconde et dans
la belle période de sa carrière. L'homme avait enfin dépouiUé sa
trop longue et tardive jeunesse. Le roi voyait par ses yeux et
régnait par sa propre sagesse, entouré de conseillers dignes et
intègres. Le congrès d'Arras, qui lui avait rendu la paix vis-à-vis
du Bourguignon et sa capitale, était en grande partie l'œuvre du
concile de Bâle. Ce congrès avait compté parmi ses membres les
membres les plus éminents du concile. Eugène IV s'était montré
chaque jour plus juste et d'une bienveillance plus active en
faveur du roi de France ^
L'attitude que conserva Charles VII, en ces conjonctures
difficiles, nous parait avoir été également éloignée de l'obséquio-
sité, de l'égoïsme et de l'ingratitude. Il sut maintenir, si nous
l'apprécions équitablement, une juste balance entre les prétentions
du concile et celles du pape. Il recueillit, pour le royaume, —
c'était son devoir comme son droit, — les fruits que lui procu-
I
409
raient et les pères et le pontife. Lorsque le concile voulut attenter
à l'autorité légitime, aux prérogatives reconnues du saint-siége,
Charles Vil prit le parti du pape contre l'assemblée. Mais il ne
permit pas que le pape esquivât la réforme ecclésiastique tant de
fois inscrite à l'ordre du jour des grandes assemblées du xy^
siècle, réforme nécessaire et dont le besoin, unanimement pro-
clamé, se faisait particulièrement sentir dans les états du roi de
France * .
Eugène IV, par sa bulle du 8 janvier 1438, avait convoqué
le nouveau concile, ou concile pontifical, qui s'ouvrit le 7 mars à
Ferrare. Suivre le saint-père dans cette voie c'était déserter la
cause de la réforme et livrer l'indépendance du juge à la partie
intéressée, Charles VII, par une ordonnance donnée à Tours le
23 janvier 1438, maintint l'indissolubilité du concile de Bàle et
sa légitimité. Il défendit aux prélats français de se rendre à Fer-
rare. Lui-même convoqua immédiatement sous son autorité une
assemblée générale du clergé de PYance, qui, le l"^i' mai suivant,
inaugura ses travaux dans la Sainte-Chapelle de Bourges ^.
L'œuvre de cette assemblée fut, comme on sait, la pragmatique
sanction. Monument considérable de la jurisprudence française,
à cette époque de rénovation intime qui précéda la Renaissance.
Monument qui, sous l'œil du critique et de l'historien, peut être
comparé, pour son importance parmi les institutions de Charles
VII, à la réforme de l'armée. La pragmatique sanction de
Charles VII a été, durant près d'un siècle, une pomme de dis-
corde entre la couronne de France et la papauté. Elle est
demeurée ou redevenue parmi nous, entre les docteurs, un sujet
de controverse. Je pense qu'il n'est pas convenable d'aborder
pleinement ici ce genre de discussion ou de querelle. J'essaierai,
seulement, par une analyse exacte et succincte, de rappeler la
contexture de cet acte et d'en fixer au vrai le caractère.
La pragmatique sanction est une constitution civile. EUe a
pour but de régler divers points essentiels concernant les rapports
de l'Eglise de France avec le saint-siége ou de discipline intérieure.
1. Histoire de l'Église gallicane, t. XX, p. 254 et s. Amplissima collectio, t.
VIII, p. 633.
1. Ibid. Ordonn. XIII, 255. Eugène IV, par lettres du 8 mai (au moment même
du synode de Bourges), étendit l'induit aux nouveaux magistrats donl le Parle-
ment de Paris s'était accru récemment, en 1436, après le recouvrement de la
capitale. Église gall. t. XX, p. 333.
Cette constitution emprunte ses dispositions Jbndnmentales au
Décret ou code canonique et aux récentes décisions des conciles
statuant en assemblées œcuméniques. Telle est la source où est
puisée, comme doctrine, la substance dont la pragmatique se
compose. Ainsi, l'autorité de l'Église universelle en forme la
base et le fonds. Puis ces articles de doctrine sont analysés,
c(mtrôlés, délibérés, adoptés en présence d'un légat du pape ' et
du roi, par une assemblée nationale, l'assemblée du clergé de
France, unie aux conseillers de la couronne. Ces articles sont
enfin sanctionnés et promulgués sous les auspices du prince.
Nous allons en reproduire maintenant les dispositions les plus
importantes.
Le préambule de la pragmatique sanction commence par rap-
peler, dans ses considérants, l'état général de l'Eglise et celui de
l'Église gallicane. Le législateur y retrace les abus qui se sont
introduits dans la collation des bénéfices, ainsi que le préjudice
moral et matériel qui en est résulté pour le royaume. 11 repré-
sente l'appauvrissement des clercs causé par les exactions multi-
formes de la cbambre apostolique, les plus hautes dignités de
l'Église régulière et séculière, conférées arbitrairement à des
sujets indignes et devenues l'appât ainsi que la proie ~ de la cupi-
dité. Il fait voir les sièges épiscopaux, la charge des âmes, don-
nés à des étrangers, qui ne résident pas, qui ne connaissent pas
même de vue leurs ouailles, qui ne parlent point leur langue, et
qui perçoivent les fruits de ces bénéfices in partibus, sans mettre
jamais le pied sur le territoire où ils sont situés. Il montre enfin
les clercs découragés de l'étude et de la culture morale, qualités
désormais inutiles dans Texerciced'un sacerdoce, dont les degrés
et les insignes sont livrés à la simonie, etc., etc.'^
Le premier remède indiqué à ces maux consiste dans la réunion
périodique et perpétueRe des conciles. Ces assemblées, à l'avenir.
doivent se réunir tous les dix ans pour contrôler le gouvernement
l.Th. Basin, t. 1, p. 318.
2. L'un des faits les plus remarquables de ce genre el des plus scandaleux
qu'on puisse citer, est le débat entre Bernard de Casilhac et Robert Daupbin, qui,
en 1435 et années suivantes, se disputèrent le siège d'Albi à main armée. Cette
lutte, qui ensanglanta le midi, était encore pendante en 1438, et fut jugée, après
la pragmatique, au Parlement de Paris.
3. « Sicque vultus commissi grogis non agnoscunt, linguam aliquando non
intelligunt. etc. « Ordonn. XIII, 2G9 et s.
de l'Église et pour réformer les abus. Toute puissance ecclésias-
tique, de quelque ordre ou dignité qu'elle soit, même de l'ordre
papal, est soumise à ce contrôle. Le pape ne peut ni récuser, ni
dissoudre, ni empêcher, ni même différer le concile, si ce n'est
par des motifs spécifiés et prévus. Le concile désigne lui-même,
en se prorogeant, le lieu et le terme de sa prochaine convoca-
tion ^ .
La pragmatique sanction rétablit ensuite le principe des élec-
tions capitulaires, comme la source en général de toute dignité ou
promotion ecclésiastique. Les électeurs doivent avoir en vue de
choisir exclusivement le plus digne, sans acception d'influences
ni d'intérêts privés. Toutefois, le roi et les princes peuvent écrire
aux cliapitres, mais sans intimidation ni menaces, pour leur
recommander des sujets jugés dignes de cette faveur.
Il sera établi non-seulement dans chaque métropole, mais dans
chaque cathédrale, une prébende de théologal ou écolâtre supé-
rieur. Cette charge doit être dévolue à un gradué de théologie,
docteur, licencié ou bachelier au besoin, ayant dix années d'étu-
des universitaires en divinité. Les autres prébendes des chapitres
ou collégiales sont attribuées, dans une notable proportion, aux
gradués des autres facultés, l'un et l'autre droit, médecine, arts.
Les grâces expectatives, les réserves (ou survivances d'offices
ecclésiastiques), objets de trafic, source de haines, de procès et
d'immoralités, sont abolies, ainsi que les annates, premiers
fruits, ou tributs de tout genre et de toute dénomination, perçus
antérieurement par le fisc pontifical. Une légère rétribution est
seulement due pour rémunérer les scribes et dataires de la chan-
cellerie romaine, auteurs du travail de plume et d'expédition
graphique. Une taxe, calculée au cinquième d'une année de
revenu, sauf quelques dispositions transitoires, constitue le seul
droit pécuniaire, fixé par la loi nouvelle, au profit du trésor pon-
tifical.
Le nombre et la qualité des cardinaux sont également régle-
mentés par le législateur. Ces princes de l'Eglise ne doivent
pas s'élever en nombre au-dessus de vingt-quatre. L'âge de
trente ans, des conditions de science, de lumières, de morahté.
1. On ne peut s'empêcher de remarquer que Charles Vil, au moment où il
préconisait la perpétuité des conciles, ces parlements de la société chrétienne,
abolissait dans son royaume la périodicité des états-généraux.
\i2 '
leur sont imposées. Les diverses nations doivent être représentées
dans le sacré collège, qui demeurera Ibniiêauxbâtards, auxintirmes,
aux liommes diffamés. La pourpre romaine ne peut être rare-
ment accordée aux fils de rois ou de princes, et jamais aux neveux
des papes, nés de leurs frères ou de leurs sœurs.
Les derniers articles de la pragmatique sanction prescrivent
l'ordre et la décence dans la célébration du culte. Ils proscrivent
les spectacles à l'intérieur des églises, notamment la fête des
fous et autres saturnales des temps anciens qui s'y pratiquaient
encore. Ils édictent des peines contre les prêtres concubinaires et
règlent enfin divers points secondaires d'ordre et de discipline.
Pour peu qu'on se rappelle les orages survenus à cent ans de
là au sein de l'Église, la sagesse et la prévoyance qui régnent
dans la plupart de ces dispositions ne manqueront pas de s'y
révéler à l'esprit. Que de maux la papauté se serait épargnés si
elle avait souscrit à ces mesures !
A l'instar de Charles Vil, Albert d'Autriche, empereur d'Al-
magne, convoqua, en 1438 et 1439, diverses diètes où se
réunirent les électeurs et les prélats de l'empire. Les affaires
de l'Église y furent également débattues et en partie réglementées
sous les auspices des seigneurs temporels. Charles A^ II suivit avec
sollicitude ces travaux, qui contribuaient à Tordre général de
l'Éghse et des États. Il s'y fit assidûment représenter par ses
ambassadeurs ^ .
Cependant, la lutte continuait entre le pape et le concile de
Bâle. Des procédures furent engagées contre le souverain pon-
tife, qui frappa de censure les pères assemblés. Le concile taxa
de conventicule la réunion convoquée par Eugène IV à Ferrare,
puis à Florence, puis à Rome. Enfin, le pape fut déposé au mo-
ment où il prononçait la réunion de l'Eglise gréco-latine, ou du
moins le concile proclama sa déchéance. Bientôt un nouvel anti-
pape parut sous le nom de Félix V. Charles VII, dans cette
extrémité, se porta intrépidement du côté où éclatait le péril.
Sans balancer il se prononça contre Tanti-pape, en faveur d'Eu-
gène IV : conduite d'autant plus louable, que des hens multiples
d'alliance, de voisinage et d'amitié, le rattachaient à Félix V,
père du duc régnant de Savoie. Eugène IV mourut le 23 février
1447, pendant le cours même des négociations que Charles VII
1. Hist. gall. p. 335 et suiv. Concilia de Hardouin, t. 9, p. 115G et s.
us
avait entamées, de la manière la plus heureuse et la plus active,
pour étouffer le nouveau schisme pontifical^.
Ces efforts, peu de temps après, furent couronnés du succès qui
leur était dû. En 1448, sous le pontificat de Nicolas V, eut lieu
la célèbre ambassade conduite a Rome par Jacques Cœur, au nom
du roi de France. Le 7 avril de l'année suivante, Félix V abdiquait
sa dignité contestée, l'unité était rendue au saint-siége. Un
résultat aussi précieux fut l'œuvre éclatante de Charles VII, et la
chrétienté tout entière, qui lui devait l'ordre et la paix, l'en pro-
clama l'auteur dans un concert de louanges. Mais en même temps
qu'il donnait à l'Eglise ces garanties de dévoûment et de fidélité,
Charles VII consolida et soutint d'une main ferme la pragmatique
sanction. Il fit respecter, avec une vigilante sollicitude, les
ordonnances et les principes qui se rattachaient, en France, aux
plus anciennes traditions nationales et qui s'unissaient aux plus
solides fondements du droit public '\
Après le règne éphémère de Calixte III ^, le pape Pie II lui
succéda (3 septembre 1458). Peindre au vif la cour de Rome et
le haut clergé de l'Italie à cette époque remarquable (et repré-
sentée jusqu'ici sous de bien pâles couleurs dans nos histoires
françaises), est une tâche attrayante et propre à tenter le talent
de l'écrivain. Enée-Silvie Piccolomini, pape sous le nom de Pie II,
offrirait l'une des figures intéressantes de ce tableau. Doué des
facultés les plus brillantes, l'éclat, chez lui, comme chez tant
d'autres astres de sa pléiade contemporaine, s'aclietait au prix
de la solidité. Un enthousiasme bouillant, mais peu consistant et
peu sérieux, était, pour ces beaux esprits, artistes et littérateurs
avant tout, la vertu nouvelle qui remplaçait la foi des anciens
jours. Pie II, dans sa jeunesse, avait subi au plus haut degré
les entraînements moraux et intellectuels de son pays et de son
époque. Il avait complètement partagé les passions de cette école,
dont tout le feu était dans l'esprit, école enivrée de renaissance,
mais rongée au fond d'un scepticisme dont nous pouvons à peine
concevoir la hardiesse et l'étendue. Secrétaire de plusieurs légats.
1. Histoire de l'Église. Spicileg., t. IV, p. 321. J. Charlier, in-lG, t. II, p. 48
et s. Raiaaldi, 1447, n" 19; 1449, n" 2.
2. J. Cliartier, p. 55 et s. Concilia, t. I.\, p. 1334. Ms. latin 5,414 A, f" 81.
Ms. Brienue, 155, f" 190 à 200.
3. 1455-1458.
8
le jeune Piccolomini avait parcouru en diplomate les diverses
cours de l'Europe, et ce genre d'expérience n'avait point contribué
à rallumer dans son cœur une foi candide. Membre et secrétaire
du concile de Bàle, il fit chorus avec les réformateurs, et la prag-
matique sanction, dans sa nouveauté, n'avait point eu de plus
chaleureux partisan.
Mais lorsque l'auteur à'Euryale et Lucrèce, devenu vieux,
s'assit à son tour sur la chaire de saint Pierre, il lui fallut adorer
ce qu'il bi'idait, et brider ce qu'il adorait jadis. Charles VII trouva
dans la personne de Pie II un adversaire ardent, opiniâtre. La
pragmatique sanction devint spécialement entre eux le sujet de
graves dissentiments. A peine monté sur le trône pontifical,
Pie II réprouva, dans des termes empreints d'une animosité
remarquable, cette constitution qui, autrefois, avait obtenu ses
vifs applaudissements. Le pape déclara une guerre ouverte contre
la pragmatique sanction.
La situation générale de l'Eglise et du saint-siége devenait
ciiaque jour plus critique et plus grave, tant à l'intérieur qu'à l'exté-
rieur. Constantinople, cette seconde Rome du monde chrétien,
avait été prise par les Turcs, en 1453. Les armes de Mahomet II
menaçaient non-seulement l'Italie, siège de la catholicité, mais
l'occident lui-même. L'Europe devait se croire à la veille d'une
nouvelle invasion des Sarrasins. Calixte III voulut organiser
une croisade des princes chrétiens, et commença par battre mon-
naie, en promulguant ses célèbres indulgences. Pie II poursuivit
avec beaucoup de zèle et d'activité l'entreprise de son prédéces-
seur. Il s'adressa au roi Charles YII, et le pressa de participer à
la guerre sainte, en premier lieu, par le moyen de contributions
pécuniaires levées à la fois sur le trésor laïque et sur celui du
clergé, secondement, par une coopération directe et militaire.
Mais les temps étaient changés ! La couronne de France ne
ceignait plus le front d'un saint Louis. La chrétienté elle-même
ne pouvait qu'avec peine reconnaître, sur le trône de saint
Pierre, en la personne du spirituel Enée, le successeur des Gré-
goire VII, des Urbain II et des Innocent III. Le feu sacré, qui
avait enflammé les enfants du Christ, s'était éteint et refroidi
depuis deux siècles. D'autres idées, d'autres intérêts avaient
grandi. Les princes chrétiens et le fils aîné de l'Eglise ne répon-
dirent que tièdement à cet appel .
Vainement Eugène IV, pour rattacher au saint-siége la tige
^^5
de la fleur de lys, nomma-t-il, en 1444, Louis Dauphin, gonfa-
lonnier de l'Église, avec une pension de quinze mille florins sur
la chambre ou trésor apostolique. Calixte III, après avoir gour-
mande le roi de France sur son insensibilité religieuse et sur sa
froideur, lui décerna vainement, en 1457, la rose d'or ^ Pie II, à
son tour, fit successivement usage, envers Charles VII, de la
prière, de l'imprécation et des menaces. Un médiocre succès
demeura le fruit de ces efîbrts^
Charles VII, en 1456, ne laissa point promulguer dans son
royaume les indulgences contra Turcos, ni percevoir, sous
cette forme, un genre de tributs ou d'exactions, prohibé par ses
ordonnances. Il accorda seulement au pape, et sous réserve, la
permission de lever en France un décime sur le clergé français-
Lui-même, en 1457, octroya, sur ce décime, au grand maître
de Rhodes, un secours de seize mille écus. Il encouragea de ses
louanges, de son alliance et de son concours moral, les princes
allemands, tels que Ladislas de Hongrie, dont les états formaient
vis-à-vis de l'islamisme la frontière et l'avant-garde naturelle
de la chrétienté. Mais il refusa ses soldats. En effet, dans ce
temps même, la Guyenne, pays de marchands, mal rallié à la
cause française, tentait de se détacher par un nouveau soulève-
ment. Le duc d'Alençon, trahissant sa patrie, menait des intelli-
gences avec l'Angleterre. Pierre de Brezé, premier ministre du
roi, s'embarqua le 20 août 1457 à Honfleur, et, prenant à son
tour l'ofiensive, il opéra une descente armée à Sandwich ^.
Un fait digne d'observation, c'est que, dans ce différend entre
la France et le chef de l'Eglise, la plus forte résistance que ren-
contra le pape fut celle du clergé. Lorsqu'il s'agit de lever le
décime, consenti par le souverain, les prélats réclamèrent auprès
du saint père et le prièrent de les en décharger. Le pape répondit
avec courroux à ces supplications, qu'il censura comme indignes
et scandaleuses '^ Alors le clergé en appela du pape au concile.
1. La rose d'or était une marque d'honneur que le pape offrait ou attribuait
tous les ans, le 4^ dimanche du carême, à quelque bienfaiteur ou bienfaitrice
de l'Église et du Saint-Siép;e.
2. Rainaldl, 1444, n° 13; 1457, n» 52.
3. RainaUli, 1456, n" 3 et 5; 1457, n' 54, 59. Ms. fr. 5909, f" viij^xiij ; Gode-
froy, Charles VII, p. 475. Bosio, Istoria dellareligionedi S. Giovanni, t. II, p.
245, 258.
4. Déjà le clergé de France avait tenu exactement la même contîuile en 12G6,
lors de la dernière croisade.
446
Ces actes d'opposition ou de résistance trouvaient ainsi un point
d'appui commun dans les doctrines gallicanes et dans la pragma-
tique sanction. Aussi Calixte III et surtout Pie II s'élevèrent-ils,
avec une véhémence toute spéciale, contre cet édit. L'un et l'autre
s'efforcèrent sans relâche d'en poui'suivre l'anéantissement*.
Au sein de l'église grecque, la foi s'était émiettée et pulvérisée
comme du sable en passant par le crible de la scholastique. Les
docteurs de cette église, pleins de science, aboutissaient, comme
Gémiste Pléthon, à une revendication éhontée du paganisme de
l'antiquité. Frappé des signes visibles delà décadence, ce rameau
de la loi chrétienne était condamné désormais à son irrémédiable
et définitive stérilité. Par politique et du bout des lèvres, les
empereurs bysantins avaient consenti un simulacre de ralliement
à l'unité. Au milieu de ces difllcultés s'ouvrit le congrès de Man-
toue, juin à novembre 1459. Pie II y renouvela ses instances
envers les princes chrétiens, pour raffermir le faisceau de l'Eglise
et combattre les infidèles. Charles VII se fit représenter à ce
congrès. Mais la mésintelligence continuait de régner entre la
tiare et la couronne. Le prince de Rome et le roi de France se
résistaient et se traversaient mutuellement. Charles VII ne
cessait de maintenir et de faire observer la pragmatique. Il
reprochait au pape de favoriser, à Naples, la maison d'Aragon,
en la personne de Ferdinand, compétiteur de René d'Anjou,
beau-frère du roi de France. En 1460, Pie II fomenta des troubles
à Gênes et fit abohr dans ce pays la domination qu'y exerçait
Charles VII. Le pape, contre le gré du roi de France, favorisa
l'élévation au siège de Tournai d'un prélat que protégeait le duc
de Bourgogne. En 1461, Jean Dauvet, procureur général près
le parlement de Paris, protesta publiquement, au nom du roi,
contre une bulle du 18 janvier 1460 qui condamnait la pragma-
tique sanction et les doctrines gallicanes-.
Charles VII mourut le 22 juillet 1461, au plus fort de ces
embarras, de cette difficulté, qu'il légua tout entière à son suc-
cesseur.
1. Rainaldi, 1456, n" 4; 1457, n° 54, 55, etc.
2. Traité des lois, par Gémisthe Pléthon, publié par M. C. Alexandre, de l'Ins-
titut, Paris, Didot, 1858, in-8". Ms. Brieune, n" 155, f" 210 et s. Rainaldi, 1458,
n° 16; 1459, n" 66, 68, 69; 1460, n" 731. Ordonnances, XIV, 385. Histoire de
l'Église gallicane, t. XXI, pages 23 à 35. Th. Basin. t. 1, p. 319 et suiv.. etc.
^^7
CHAPITRE V.
« Assigner la part quo7it prise à ces diverses mesures, la
noblesse, le clergé et le tiers-état. »
CONCLUSION.
Déjà, dans les chapitres qui précèdent, nous croyons avoir
répondu analytiquement à cette question finale. Cependant, le
rédacteur, après avoir énoncé les diverses parties du programme,
revient, par un dernier membre de phrase, sur ce dernier point.
La pensée de l'Académie se laisse pénétrer par notre attention.
En efîet, cette fin de la question posée correspond à un résultat
historique, où gît, pour ainsi dire, l'afi^abulation ou la moralité
philosophique de toute cette étude.
Pour répondre à cette indication, nous allons essayer ci-après
de dégager et de mettre en lumière ce résultat. Revenant de plus
haut sur nos pas, nous récapitulerons ici, dans un résumé som-
maire, les conséquences que nous avons déjà déduites, l'une après
l'autre, de l'examen des documents et des faits. Ce sera la con-
clusion du présent travail.
Charles VII employa, pour l'œuvre de son règne, les trois
ordres qui, de son temps, composaient la société. Il employa la
noblesse ou les gens de guerre, à la guerre; le clergé ou les gens
d'église, à l'église; mais il employa partout le tiers-état.
Dans le premier chapitre de ce mémoire, nous avons montré,
en invoquant le langage et les procédés statistiques, cette acces-
sion du tiers-état sur la grande scène des afi^aires. On l'a vu
entrer au conseil du prince et peupler les hautes régions adminis-
tratives, en supplantant plus d'une fois les nobles, ses prédéces-
seurs. L'impôt étendu, généralisé, rendu permanent comme les
besoins de l'État, constitue un des grands travaux de ce règne,
une des améliorations notables introduites au sein de l'adminis-
tration. Charles VII, pour réaliser ce progrès, trouva des
auxiliaires dévoués, des collaborateurs indispensables, des mi-
nistres pleins de lumières et d'activité, en la personne de ces
mêmes conseillers tirés du tiers-état.
Après cent ans d'une lutte acharnée contre l'Angleterre, la
France prit conscience d'elle-même et s'affirma définitivement
comme nation. Au milieu de cette collision sanglante, Jeanne
la Pucelle fut la porsonnificaticm du peuple qui se révêlait ainsi.
Charles A^II, dans ses actes, suivit de loin cette admirable
manifestation. Il la suivit d'un pas tardif, mais sûr et intelligent.
Il dota la France d'une défense permanente. Ici le tiers-état n'appa-
raît plus seulement comme ouvrier, mais au premier chef comme
acteur. Avec lui l'égalité civile pénètre, du moins en principe, au
sein de l'armée, pour n'en plus sortir. Los hauts grades militaires
et généralement le commandement, demeurèrent, connue par le
passé, l'attribut de la noblesse. Cet état de choses se continua
jusqu'à la Révolution française. Mais la semence était jetée.
Désormais, la victoire appartenant au nombre, le tiers-état
comptait. Car il marchait sous les drapeaux à côté du noble. Le
fruit était mûr, lorsqu'en 1780 l'égalité civile fut de tout point
proclamée.
Enfin, pour ce qui concerne les faits religieux, nous avons
indiqué d'abord la connexion qui exista au xv° siècle entre ce
srenre de faits ou de sentiments intimes et la libération de la
France. A l'aide de documents peu employés jusqu'ici, nous
avons fait voir la part que prirent à ces sentiments le peuple et
les conseillers rehgieux du peuple. Ici, comme dans le cas précé-
dent, Cliarles VII suivit et sanctionna un mouvement qui s'était
produit sans ce prince et hors de son action. Charles VII, en
promulguant la pragmatique-sanction, donna une constitution
légale et politique à l'Eglise nationale. Cet acte fut l'œuvre du
monarque et de l'Eglise. Mais, sous la robe des êvêques, du clergé,
des docteurs qui construisirent et maintinrent ce monument des
libertés gallicanes, nous retrouvons encore, dans une forte
proportion, le tiers-état.
Ainsi, par ces divers chemins, le tiers-état au xv^ siècle monte
et apparaît aux premiers plans, sur le théâtre des grands inté-
rêts publics. C'est là le trait le plus saillant qui, si nous ne nous
trompons, caractérise historiquement le règne de Charles VII.
NOTICE
SUR
A. J. V. LE ROUX DE LINCY
C'est un usage respectable et depuis longtemps établi de
conserver dans ce recueil la mémoire des anciens élèves de
l'École des chartes cpii se sont distingués par leurs travaux et
leur dévouement à l'institution qui nous unit. Nul mieux que
M. Le Roux de Lincy n'a mérité cet hommage, puisque non-
seulement les nombreux articles qu'il- a fournis à la Bibliothèque
de l'École des chartes, et les travaux encore plus considérables
qu'il a publiés au dehors , mais encore le zèle qu'il a déployé
pour la fondation et le développement de notre société, doivent
le recommander au souvenir et à la reconnaissance de tous ses
confrères anciens et nouveaux. A défaut des anciens que nous
avons perdus avant lui , ou qui lui ont rendu déjà un hommage
affectueux et touchant', qu'il nous soit permis, à nous qui parmi
les jeunes confrères de M. Le Roux de Lincy l'avons le mieux
connu dans ses dernières années, ayant été associé à ses travaux
et ayant eu part à son amitié, de fixer en quelques pages la mé-
moire de sa vie et des ouvrages si divers et si nombreux qu'i 1 a
produits dans une longue et laborieuse existence. Heureux si nous
pouvons dans cette courte notice retracer la marche et l'ensemble
de ses travaux et en marquer la véritable importance pour les
différentes branches de l'histoire, principalement celle du moyen-
àge!
1. M. J. Quicherat, Discours prononcé aux obsèques d'A. J. V. Le Roux de
Lincy, dans ce recueil, 6' série, tom. V, p. 363. Ce discours a été reproduit
dans la Revue de VlnslrucHon publique, n° du 3 juin 1869.— H. Cocheris, dans
le Bulletin du Bibliophile, 1869, p. 315. Voir aussi un article de M. Gaston de
Bourge, exlr. du Bibliophile français, 1869, iu-8. et la Revue de la Nonnan-
die, tome 9% 1869, Rouen, pag. 366-368.
120
Antoine-Jean-Victor Le Roux de Lincy naquit à Paris le
22 août 1800 ; il y est mort le 13 mai 1869. Passionné pour les
livres dès son enfance, nn goût très-vif d'études sérieuses le fit
entrer k l'École des chartes, qui venait d'être réorganisée par
l'ordonnance royale du 11 novembre 1829.
Nommé élève pensionnaire le 3 janvier 1831, M. Le Roux de
Lincy se sentit d'abord attiré par l'étude de notre ancien langage et
de notre vieille poésie française, alors si peu connue.et si dédai-
gnée. Il s'y appliqua avec ardeur, et les connaissances littéraires
et philologiques qu'il acquit dès lors lui valurent une juste répu-
tation et lui donnèrent pour toute sa longue carrière une compé-
tence spéciale en ces matières, en même temps qu'elles lui
ouvraient des sources de renseignemens dont il a fait plus tard
largement usage ; car on peut remarquer que la partie philolo-
gique de ses autres travaux est toujours très-soignée.
Le premier texte k l'éditiou duquel il coopéra est le roman de
Garin le Loherain, publié par M. Paulin Paris en 1833, et
dont notre confrère donna l'analyse en 1835 '. C'était le moyen
d'initier le public lettré k notre ancienne poésie, en lui résumant
brièvement le sujet de très-longs poèmes dont la lecture est sou-
vent fastidieuse. L'année suivante, M. Le Roux de Lincy publia
le texte du Roman de Brut, par Wace, poète du XIP siècle-,
en y ajoutant un glossaire, nn index et des notes, comme il eut
soin d'en joindre depuis k tous ses travaux. Son édition est en-
core la seule que nous ayons et il a le mérite d'avoir été le
premier k faire connaître en entier ce texte, fort difficile k élu-
cider.
Vers le même temps, M. Le Roux de Lincy publiait l'intro-
duction d'un grand ouvrage qu'il projetait sous ce titre : le
Livre des Légendes'^, et qui dans sa pensée devait être comme
le résumé de toutes les histoires merveilleuses que les temps an-
ciens et surtout le rao}- en-âge nous ont léguées. Son travail devait
1. Analyse critique et liltcraire du roman de Garin le Loherain, précédée de
quelques observations sur l'origine des romans de chevalerie, par Le Roux de
Lincy. Paris, 1835, in-1-2.
2. Le lioman de Brut, par UV/ce, poêle du XIP siècle, publié pour la pre-
mière fois d'après les manuscrits des bibliollièques de Paris, '2 vol. in- 12,
Rouen, 183G-1838; su\\i àe Analyse du roman de Brut, par Wace, 1vol.
Rouen, 1838. '
Z. Le Livre des Légendes, inlrodudion. Paris, 1836. in-8.
V2i
comprendre plusieurs séries : légendes sacrées, légendes mer-
veilleuses, légendes liistoriques, qui auraient embrassé dans leur
ensemble tous les récits merveilleux relatifs aux personnages
sacrés et profanes et aux faits inventés par l'imagination des
conteurs populaires. Une autre partie du travail devait s'ap-
pliquer aux animaux et aux objets de la nature physique. De ce
trop vaste projet, l'auteur n'a exécuté que l'introduction, dans
laquelle il a donné des exemples de chaque genre de légendes, et
principalement de celles qui sont relatives aux sciences natu-
relles et au monde merveilleux, comme les nains, les fées, etc.,
en les faisant suivre de textes fort intéressants tirés des monu-
ments de notre ancienne poésie française.
Presque à la même époque et dans le même ordre d'idées,
l'auteur publiait à la suite d'un travail de M. Loiseleur Deslong-
champs ^ des extraits d'une traduction en prose du Roman des
Sept Sages de Rome, autrement dit du Dolo'pathos d'Herbert,
d'après des manuscrits du XIIP siècle. Notre confrère a donné
une analyse complète de cette histoire merveilleuse, dont l'origine
hébraïque a été soutenue par Isl. Loiseleur-Deslongchamps, dans
ce même volume.
Mais il a été établi depuis que la source première de l'histoire
des Sept-Sages se trouve dans un livre indien intitulé Çukasap-
tati, traduit d'abord en persan par Nachschebi, dans une suite
de nouvelles connues sous le nom de Tuti-Nameh. Le texte
hébreu n'est lui-même qu'une traduction de l'œuvre primitive.
Ce qui a été démontré aussi, c'est que le texte de VHistoria sep-
tem sapientwn n'était pas, comme le croyait M. Loiseleur-
Deslongchamps, celui de Dom Jehans qui avait servi à Herbert ;
l'opinion contraire, soutenue par M. de ]Montaiglon, s'est trouvée
confirmée par la découverte de l'original latin du poème d'Her-
bert faite par M. Mussafia dans un ms. de la Bibliothèque impé-
riale de Vienne 2.
1. Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction, en Europe, par
A. Loiseleur-Deslongchamps, suivi du fiotnan des Sept-Sages de Rome, en prose,
publié pour la première fois d'après un ms. de la Bibl. roy., avec une analyse
et des extraits du Dolopathos. Paris, 1838, in-8.
2. Voir Li Romans de Dolopaihos, publ. pour la prera. fois en entier d'après
le ms. de la Bibl. imp. par Ch. Brunet et A. de Montaiglon. Paris, 1856, in-
16, et surtout la dissertation de Doraenico Comparetti intitulée : Intorno al
libro dei Sette Savj di Roma, Pisa, 1865, in-8, 37 pag.
^22
Nous placerons encore dans cette même série des œuvres de
notre confrère son Essai historique et littéraire sur l'abbaye
de Fécaynp (avec gravures à l' eau-forte par Romain de Bourge,
Rouen, Edouard Frère, 1840). Si en effet nous mettons à part
l'introduction, qui n'est qu'un résumé historique sur l'abbaye,
et plusieurs pièces placées à la fin du volume, comme la liste des
abbés et une chronique manuscrite de l'abbaye , écrite au dix-
huitième siècle, le reste de l'ouvrage a trait à l'histoire littéraire.
L'auteur s'est attaché à recueillir les légendes et les traditions
poimlaires relatives à l'abbaye de Fécamp. 11 a publié en entier
sur la plus célèbre d'entre elles, celle du Précieux-Sang, un
poème d'après un manuscrit du XV" siècle et, pour mieux en
montrer l'oi'igineetles développements, il a donné une analyse du
roman du saint Graal en prose et fait voir quelle influence les
romans de la Table-Ronde et la légende du saint Graal avaient
eue sur celle du Précieux-Sang. 11 est peut-être bon de noter ici
que c'est en appendice à cet ouvrage que le même éi'udit a publié
une charte du XIP siècle qui prouve l'existence d'une confrérie
de jongleurs établie à Fécamp depuis la première moitié du
XI® siècle et qui durait encore au XV^
L'année 1841 vit paraître deux des ouvrages les plus remar-
qués du savant auteur, son Recueil de Chants historiques et
popidaires et sa publication des Quatre livres des Rois. Le
premier * est un recueil très-intéressant de pièces se rapportant
non-seulement à l'histoire proprement dite, mais à l'histoire lit-
téraire, à celle des mœurs et des croyances depuis le XIF siècle
jusqu'au XYP. C'était une heureuse idée de recueillir les chansons
qui parurent en France à toutes les époques de notre histoire et
sous l'inspiration des événements publics, dont eUes conservent
souvent seules la mémoire, et grâce à de longues recherches
l'auteur a pu en réunir un nombre considérable; il ne faudrait
pas croire cependant que c'est un ensemble complet ; un choix
habile a été fait du XIP au XVF siècle ; d'autres travaux n'ont
malheureusement pas permis à notre confrère d'aborder les
XVir et XVllF siècles, comme il l'avait annoncé. Quelques-
unes de ces chansons étaient inédites, ou avaient été publiées par
1. Recueil de Chants historiques français depuis le XI 1"^ jusqu'au XVIIP siècle,
avec des notices et une introduction. Paris, 1841 et 18i2, 2 vol. du Xil-^ au
XVP s. seulement.
^23
lui d'abord dans ce recueil ^ ; il a puisé les autres dans des ou-
vrages soit manuscrits, soit imprimés, mais peu accessibles au
plus grand nombre des lecteurs. On voit passer successivement
dans ces deux volumes les princes chansonniers, les troubadours
et les trouvères, et enfin, au XV« siècle, les lettrés ou clercs
lisants ; on y rencontre tous les genres, depuis la chanson guer-
rière, depuis le sirvente railleur jusqu'aux ballades et aux
chansons à boire. Nous nous sommes étendu sur ce livre, pour en
faire comprendre le caractère; l'auteur a voulu, comme il l'a dit
lui-même, et comme il y a réussi, élever un monument à l'his-
toire de notre pays et prouver qu'il pouvait avoir, comme d'au-
tres, un recueil de chansons historiques et populaires.
Sous un titre à peu près semblable, M. Le Roux de Lincy
a publié un manuscrit dont il eut connaissance quelques années
après, et qui renferme une suite de 36 pièces ou chansons des plus
curieuses pour l'histoire des faits de guerre et des grands capi-
taines du XV'' siècle, de 1407 à 1472 -.
Les recueils dont nous venons de parler sont destinés égale-
ment aux savants et aux gens du monde désireux de s'instruire
aux diverses sources de notre histoire nationale ; avec les Quatre
livres des Rois nous abordons un travail de pure et haute éru-
dition^.
C'est un des premiers volumes de textes français du moyen-
âge qui aient paru dans la collection des Documents inédits.
Notre confrère, dont l'esprit actif et chercheur avait songé dès
1837 à publier un recueil de poèmes religieux et chevaleresques,
obtint en 1838, du Comité historique des monuments écrits, de
donner un choix des versions de la Bible ; mais dans son travail
il s'attacha uniquement au texte qui avait servi à Barbazan et
dont il eut la chance de retrouver le manuscrit à la Bibliothèque
Mazarine; et il se borna à reproduire les Quatre livres des
Rois. C'était une œuvre importante et déhcate que de pubher
1. Chansons historiques des XI1I% XI V^ et XV' siècles. (Extrait de la Biblio-
thèque de l'École des chartes, tome 1").
2. Chants historiques et populaires du temps de Charles Vil et de Louis XI.
publiés pour la première fois d'après le ms. original avec des notices et une
introduction. Paris. 1857, in-8. (Trésor des pièces rares ou inédites.)
3. Les Quatre Livres des Rois, traduits en français du XIP siècle, suivis d'un
fragment de moralités sur Job et d'un choix de sermons de saint Bernard. Paris,
Impr. royale, 1841. (Documents inédits, 2"^ série.)
i24
un long texte en IVançais du XIF siècle, quand la pliilologie.
alors à ses débuts parmi nous, n'avait point encore suffisamment
tracé les l'ègles et établi les véritables principes qui ont prévalu
dans la suite ; notre confrère, par un travail long et assidu, se
tira avec honneur de sa tâche ; son introduction montre quelles
recherches il fit pour se préparer à cette édition ; les traductions
de la Bible antérieures au XIP siècle, les divers dialectes, la
grammaire du moyen-âge, furent le sujet de ses études ; pour
répondre au vœu du Comité historique des monuments écrits, il
a donné des passages comparés des saintes Ecritures, d'après des
manuscrits de diverses époques, et a joint à son travail un choix
des sermons de saint Bernard, d'après un ms. du XII" siècle,
pour servir de point de comparaison au texte des Quatre livres
des Rois. La récompense de ce long labeur fut une médaille
accordée à notre confrère au concours des Antiquités nationales
de 1842.
Nous citerons ici deux articles remarquables, publiés par
M. Le Roux de Lincy dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes
en 1841 et 1843, et qui témoignent autant de l'étendue de ses
recherches que de l'activité de son travail. Le premier, intitulé
Analyse du Rornan de Gode f roi de Bouillon^, est une étude
sur la partie historique de la chanson de geste, que l'on désigne
d'ordinaire sous le nom du Chevalier au Cygne, et que l'on divise
en cinq branches. Notre confrère a laissé de côté Hélias et les
Enfances Godefroi, œuvre du trouvère Renaut, qui forment le
début de la geste puisqu'elles comprennent le récit des aventures
fabuleuses auxquelles on a rattaché l'origine de Godefroi de
Bouillon. Mais il a fait connaître avec détails la seconde partie,
d'environ 25,000 vers, œuvre de Richard le Pèlerin, remaniée
par Graindor de Douai (et non de Dijon, comme le porte un ma-
nuscrit bourguignon), et qui correspond à la chanson d'Antioche,
aux Chétifs et à la chanson de Jérusalem, quoique ce dernier
terme désigne souvent toute cette partie de la geste.
Notre confrère a été le premier, avant la publication du
t. XXII de l'Histoire littéraire de la France, qui ait analysé
l'ensemble de ce roman ; il en avait compris toute l'importance
littéraire et historique, comme son mémoire en fait foi, et il en
avait proposé, mais en vain, la publication à la Société de
1. Extrait delà Bibl. de l'École des chartes, 1841, t. Il, Vi \u in-8.
^25
l'Histoire de France et au Comité historique des monuments écrits ^ .
Il est encore un autre poème que M. Le Roux de Lincj a le
mérite d'avoir fait apprécier le premier en France, et dont il
proposa aussi l'impression à la Société de l'Histoire de France,
c'est celui de Garnier de Pont-Sainte-Maxence sur saint Thomas
de Cantorbéry. Un savant allemand, Imm. Bekker, avait publié
en partie ce poème k Berlin, d'après un ms. de Wolfenbuttel.
Mais la Bibliothèque rojale ayant acquis vers 1839 un autre ms.
du poète picard, meilleur et plus complet, notre confrère en a
donné dans ce recueil une anah'se substantielle et intéressante
qui a mérité les suffrages du savant auteur de l'Histoire litté-
raire, M. Victor Leclerc -. Elle donne une idée très-exacte et
très-complète de l'œuvre de Garnier, dont elle contient d'assez
longs extraits ; mais, après avoir révélé le mérite de cet ouvrage,
M. Le Roux de Lincy n"eut pas la satisfaction de pouvoir le
publier ^
Avant de terminer l'examen des ouvrages que M. Le Roux de
Lincy a consacrés à la littérature du moyen-âge, nous avons à
citer brièvement quelques éditions qu'il a données ou auxquelles
il a coopéré; un Recueil de farces, moralités et sermons
,yoyeM^, publié avec M. Francisque Michel, 1837; une édition
en caractères gothiques des Quinze joies de mariage "^ et une
1. M. Paulin Paris a publié le commencement de ce roman sous ce litre : La
Chanson d'Antioche, composée par le pèlerin Richard, au commencement du
XIP siècle, renouvelée par Graindor de Douai et publiée pour la première fois.
Paris, 1848, 2 vol. in-M; el M. C. Hippeau en a donné la lin, soit 9135 vers,
qu'il a intitulée : la Conquête de Jérusalem, faisant suite à la chanson d'An-
tioche, composée par le pèlerin Richard cl renouvelée par Graindor de Douai
au XIIP siècle. Paris, Aubry, 1808, 1 vol. in-8. Ce qui tient le milieu dans
l'analyse de M. Le Roux de Lincy, savoir les Chttifs, est resté inédit.
2. La vie et la mort de saint Thomas de Cantorbéry, par Garnier de Ponl-
Sainte-Maxence. Extr. de la Bibl. de l'Ecole des chartes, t. IV, 1843. Cfr. Hist.
Lilt. t. XXIII, article de M. V. Leclerc.
3. M. Bekker a fait en 184G des additions à son premier travail en se servant
d'un ms. harléien du Musée britannique et du ms. de la Bibl. royale n" 2636,
suppl. français, analysé par M. Le Roux de Lincy. Le texte du poème a été
publié par M. C. Hippeau : la vie de saint Thomas le martyr, archevêque de
Canterbury, par Garnier de Pont-Sainte-Maxence, poète du XIP siècle. Paris,
1859, in-8.
4. Les Quinze Joies de Mariage. Paris, Techener, 1837, 2 vol. in-16. Notre
confrère a donné aussi une notice sur cette édition dans le Bulletin du Biblio-
phile, 1836, p. 379.
^26
du Roman de la Rose, in-8, publiées la même année ; les Cent
Nouvelles Nouvelles^ que l'éditeur a envisagées au point de vue
historique, s'appuyant sur ce fait que plusieurs sont des anec-
dotes contemporaines ; de précieux extraits empruntés k la
Chronique martinienne - sur la jeunesse de Louis XI, le séjour
de ce prince à la cour de Bourgogne, ses ra[)ports a^ec son père
Charles VII et sur la conduite d'Antoine de CliabanneS;, comte
de Dammartin, donnent à cette édition un mérite particulier ; du
reste, le texte amélioré, l'origine des nouvelles souvent éclaircie,
la date de composition du recueil établie, sont des qualités qui
distinguent ce travail, dans lequel les éditeurs plus récents ont
largement puisé.
Nous dirons peu de choses du Livre des proverbes français,
qui a eu deux éditions en 1842 et en 1859^; car, k part les
recherches exigées pour la réunion des textes, le travail a con-
sisté k classer par séries et par ordre alphabétique les proverbes
recueillis dans un grand nombre d'ouvrages manuscrits et im-
primés du Xir au XVr' siècle, et même dans des dictionnaires
de proverbes.
Une introduction aux Caquets de V Accouchée , donnée en
1855 pour l'édition de M. Edouard Fournier ^ dans laquelle
l'auteur examine les origines du cadre de ces récits ; et la publi-
cation du texte inédit de Blonde d'Oœford, faite en 1858 pour
la Camhden Society ,ieYmmeYQi&n.i la liste des travaux philolo-
giques de notre confrère ^, si nous n'avions k signaler encore
quelques notices ajoutées par lui k différents ouvrages, tels que
la Nouvelle Bibliothèque bleue ou Légendes j)02Dulaires de
1. Édition revue sur le texte original et précédée d'une iniroduclion. Paris,
1841, 2 V. gr. in-18. — 2' édition, Paris, 1855, in-12, 2 vol.
2. La chronique désignée sous ce nom est celle de Martin Polonus, mort en
1278. Cette chronique, qui s'arrêtait dans l'original à 1277, a été refondue par
Bernard Guidonis, qui l'a conduite jusqu'en 1328, puis traduite en français par
Séb. Mamerot vers 1458 et continuée jusqu'en 1503 dans l'édition qui parut à
Paris en 1504 chez Antoine Vérard. C'est de cette édition, devenue très-rare,
que M. Le Roux de Lincy a tiré les passages relatifs à Louis XI.
3. Dans la ])remiére édition, l'ouvrage est précédé d'un essai sur la philoso-
phie de Sancho Pança, par M. Ferdinand Denis.
4. Paris, P. Jannet, 1855, in-lG.
5. Ajoutons cependant qu'il a publié une édition de l'Heptuméron des Nou-
velles de la reine de Navarre, précédée d'une notice sur Marguerite d'Angouiéme,
dont nous parlerons ci-après.
^27
la France, par Ch. Nodier S 1842, in-12; les Légendes et
Chroniques suisses de G. de Valayre (G. V. de Bonstetten),
1842 ; les Chansons populaires de la France ; et enfin une notice
sur le roi Lear, dans l'ouvrage intitulé : les Femmes de Shak-
speare.
Si de la littérature nous passons à l'histoire générale de
France, nous ne trouvons guère que trois ou quatre publications
de notre confrère. Un de ses premiers essais en ce genre fut le
récit du procès de Robert d'Artois, qui parut en divers articles
dans la Revue de Paris, vers 1839.
Il a donné une Notice sur le Livre rouge de la ville d'Eu,
qui renferme l'histoire communale et municipale de cette cité, du
XIP au XVIIP siècle -.
Il a fourni pour le Moyen- Age et la Renaissance, de
F. Séré, deux résumés historiques : Histoire de V Orfèvrerie-
Joaillerie, avec MM. Paul Lacroix et F. Séré, J850; pour la-
quelle il a refait une liste des noms des gardes de l'orfèvrerie
depuis 1332 jusqu'en 1658, d'après les registres delà corporation
conservés aux Archives ; et Vie j^rivée dans les châteaux, les
villes et les campagnes, 1851 ; enfin, il a donné un opuscule
sur le mariage d'Anne de Foix, de la maison de France, fille
du seigneur de Gandale, dame d'honneur de la reine Anne de Bre-
tagne^.
En abordant l'histoire de Paris, les travaux de notre confrère
deviennent plus nombreux et plus importants ; car c'était là
depuis de longues années et jusqu'à ses derniers jours, son étude
de prédilection. Le premier en date et en importance de ses ou-
vrages sur Paris est son Histoire de l'Hotel-de-Ville^. Ge
1. M. Le Roux de Lincy a placé dans l'introduction de cet ouvrage, p. XVIII-
XXIX une notice sur les romans de Robert-le-Diable et de Richard-sans-Peur.
2. Paris, Ducessois, 1840, gr. in-8 de 11 pag. (Extrait de la Revue française
et étrangère). Voir Manuel du Bibliogr. Normand, par Ed. Frère. Rouen, 18C0,
I, 184, II, 2'21.
3. Discours des cérémonies du mariage d'Anne de Foix^ de la maison de
France, avec Ladislas VI, roi de Bohême, de Pologne et de Hongrie, précédé
du discours du voyage de celte reine dans la seigneurie de Venise, etc. Paris,
1861, in-8 (Extrait de la Bibl. de l'École des chartes, 5'= série, tom. II).
4. Histoire de l'Hôlel-de-V die de Paris, suivie d'un essai sur l'ancien gouver-
nement municipal de cette ville, ouvrage orné de 8 pi. par M. Victor Calliat,
architecte. Paris, 1846, 1 vol. in-4". — Le texte elles gravures font partie d'un
ouvrage intitulé: l'Hôtel-de-Ville de Paris, par MM. Le Roux de Lincy et
128
texte, fait pour accompagner le travail architectural de M. Cai-
llât, a pris entre les mains de notre confrère de grands dévelop-
pements. Vivement intéressé par son sujet et plein d'activité
pour la recherche des pièces inédites , il a abordé successivement
toutes les faces de cette histoire, et ne s'est arrêté que devant
l'abondance extrême des documents qu'il avait recueillis. Il ne
lui a pas suffi d'étudier les origines do lliotel-de-ville et de donner
l'histoire détaiUée des divers parloirs aux bourgeois jusqu'à la
construction et aux agrandissements du palais actuel; il a tenu
à faire connaître au public non-seulement l'organisation de l'an-
cien gouvernement municipal de Paris, mais encore il a rappelé
ou raconté pour la première fois les faits auxquels ont pris part
les prévôts et échevins de Paris, ou qui se sont accomplis dans
les divers bâtiments qui ont servi tour à tour d'hôtel-de-ville.
Tout ce qu'il a avancé s'appuie sur des documents authentiques,
qu'il a donnés en appendice.
Cette œuvre longue et difficile, exécutée avec beaucoup d'ar-
deur par notre confrère, lui créa une réputation comme historien
de Paris. C'est en effet le plus considérable et le meilleur de ses
travaux sur notre capitale, celui qui lui a valu les éloges de
l'académie des inscriptions et belles-lettres, dont le rapporteur,
M. Lenormant, le plaçait à la suite des Du Breul, des Sauvai et
des Félibien ^ .
Parmi les documents qu'il avait consultés pour cette histoire,
M. Le Roux de Lincy avait remarqué les registres de l'hôtel-de-
ville et il obtint bientôt de la Société de l'histoire de France de
publier dans sa collection, avec M. Douët d'Arcq, les Registres
de l'hotel-de-ville de Paris pendant la Fronde^. C'est en
vain que Louis XIV, en 1668, avait cherché à détruire le sou-
venir de ces événements ; les actes qu'il voulait anéantir ont été
recopiés, heureusement pour nous, dans un petit registre que nos
confrères ont publié et qui renferme les pièces supprimées dans
les quatre registres de cette époque. C'est là que se trouve, jour
par jour, l'iiistoire vraie de Paris pendant les années si agitées
qui s'écoulèrent de 1648 à 1652. C'est un document précieux
V. Calliat, aicliitecte. In-folio, Paris, 1844-46.
1. Voir dans ce recueil II" série, l. II, p. 576.
2. Registres de VlIôtel-de-Vitle de Paris pendant la Fronde, suivis d'une
relation de ce qui s'est passé dans la ville et l'abbaye de Sainl-Denis à la même
époque. Paris, 1846-48, 3 vol. in-8.
129
pour la ville de Paris, que notre confrère a mis à la disposition
du public, avec tous les secours que lui fournissait son érudition
et qui font de cette publication une œuvre très-estimêe.
Quelques années après, M. Le Roux de Lincy, s'appliquant à
une autre période de Thistoire de Paris, publia la description de
cette ville par Guillebert de Metz ^ ouvrage des plus intéres-
sants par la précision et l'abondance des renseignements qu'il
fournit sur l'état de notre ville au commencement du XV« siècle.
Le soin apporté à cette édition, autant que la nouveauté de ces
récits, qui embrassent tous les aspects de Paris, églises, palais,
ponts, remparts et portes, et qui nous désignent les personnages
célèbres de la ville dans les arts et les professions libérales, firent
le succès de ce petit volume. Aussi dès lors Guillebert a pris
place parmi les historiens de Paris, et c'est à ce titre qu'il a
dû d'être réimprimé dans Paris et ses historiens, publié en
1867.
Ce fut une grande satisfaction pour notre confrère, quand il
vit l'administration préfectorale de la Seine déterminée à publier
une collection d'ouvrages sur Paris. Ses travaux antérieurs, et
surtout son Histoire de l'hôtel-de-ville, le désignant assez à l'at-
tention de ceux qui devaient diriger l'entreprise, on lui demanda
d'abord ses conseils, et il accepta bientôt de fournir lui-même
plusieurs volumes pour l'histoirt» proprement dite de Paris, en
même temps qu'il contribuait à faire admettre les travaux pro-
posés par quelques-uns de ses confrères à la Commission des
travaux historiques de la ville de Paris. Malgré sa mauvaise santé,
il se mit résolument à l'œuvre, et d'un travail long et difficile
sortit en 1867 le volume intitulé : Paris et ses historiens aux
XIV^ et XV siècles-, ouvrage pour lequel nous devons dégager
la responsabilité de notre confrère des énormes appendices et
d'une grande partie des notes qui ont grossi outre mesure ce
volume, mais que M. Le Roux de Lincy, avec son expérience des
1. Description de la ville de Paris, au XV siècle, par Guillebert de Metz,
publiée pour la première fois d'après le nis. unique. Paris, Aubry, 1855 (Trésor
des pièces rares ou inédites).
2. Paris et ses historiens aux A7P et XV' siècles. Documents et écrits origi-
naux recueillis et commentés par MM. Le Roux de Lincy, conservateur honoraire
de la Bibliothèque de l'Arsenal, et L. M. Tisserand, secrétaire-archiviste de la
Commission des Travaux historiques de la ville de Paris. Paris, 1867, in-4'',
.\.\V, 66'2 pag.
9
430
travaux d'érudition , n'aurait jamais publiés sous son nom
seul.
Ce livre, s'il n'a pas conservé les proportions primitives que
notre confrère voulait lui donner, offre du moins au public une
édition, faite avec soin et avec luxe, des premiers écrivains qui
se sont occupés de l'histoire de Paris, savoir Jehan de Jandun,
Raoul de Presles, Guillebert de Metz et Astesan. Mais là ne
devait pas se borner la part de travail de M. Le Roux de Lincy
à V Histoire générale de Paris; sans parler des documents
recueilhs pour un second volume des Histoi-iens de Paris ^ il
avait en mains une édition toute préparée de Gorrozet, qu'il
étudiait avec ardeur depuis de longues années et des matériaux
pour un Sauvai, dont il possédait un manuscrit très-précieux -.
Le travail de notre confrère sur Gorrozet est sauvé, ainsi que
la collection unique des éditions de cet auteur formée par M. Le
Roux de Lincy ; mais le manuscrit de Sauvai, auquel il attachait
tant de prix, a péri dans l'incendie de l'hôtel-de-ville et de ses
annexes, au mois de mai dernier, perte fort regrettable, qui pri-
vera toujours le public d'une édition vraiment complète de cet
écrivain. Gonsolons-nous un peu cependant en pensant que la
vue de cette destruction et de la ruine de nos bibliothèques a été
épargnée à notre confrère ! •'
t. Ce second volume devait être divisé en quatre parties : la première, inti-
tulée Paris d'après les cosmographes et les voyageurs, aurait compris en 150
pag. environ la reproduction d'une série de descriptions de Paris qui n'existaient
jusqu'ici que dans des plaquettes rares imprimées sous les règnes de Charles VIII
et de Louis XII ; ce volume aurait renfermé 2° le poëme de Conti {Qulntianus
Stoa) intitulé De celeberrimœ Parrhisiorum iti-bis laudibus si/lva eut titulus
Cleopolis, ]b\i; 3° Jacobi Capelli Parrhisiensis in Parrhisiensium laudem
oratio Pictavis habita, 1517 ; A" enfin le poème d'Euslache de Knobelsdorf
intitulé Luielia. L'incendie de l'annexe de l'hôtel-de-ville de l'aris, au mois de
mai dernier, a anéanti los plaquettes qui devaient former la 1'° partie du vo-
lume, ainsi que les notices et éclaircissements des autres ; les textes et les tra-
ductions heureusement étaient déjà imprimés.
2. Ce manuscrit, qui figure dans le catalogue de la bibliothèque de feu M. Le
Roux de Lincy sous le n» 1694, a été acheté à sa vente 227 fr. pour la ville de
Paris. Il avait appartenu à M. Monmcrqué et plus anciennement à André Féli-
bien, s' desAvaux, historiographe du roi.
3. M. Le Roux de Lincy a donné, dans le Bulletin dit Bibliophile, des Re-
cherches sur Henry Sauvai et sur ses manuscrits. Dans son 3"-' mémoire (1868),
il a inséré la description du manuscrit qu'il avait entre les mains, ainsi que la
table et quelques extraits, et c'est probablement tout ce qui en reste aujour-
^3^
Après avoir exposé ce que M. Le Roux de Lincy se proposait
encore de faire pour l'histoire de Paris en général, il nous reste
à indiquer brièvement les dissertations et les notices qu'il a con-
sacrées à divers points particuliers de cette histoire, qu'il connais-
sait à fond. Ce sont d'abord des Recherches SU7^ la grande
confrérie de Notre-Dame ; sur la chute et la reconstruction
du pont Notre-Dame, à Paris ; d'autres enfin sur le palais
des Thermes et l'hôtel de Ckiny, qui résument d'après des docu-
ments inédits l'historique de ces deux demeures depuis le temp^
de saint Louis, jusqu'au XVIF siècle *.
Nous signalerons ensuite un Essai historique sur l'église et
la paroisse Saint-Eustache, pour accompagner l'ouvrage de
M. Calliat^, et les Comptes des dépenses faites au Louvre
par Charles V, de 1362 à 1371 '^, documents des plus précieux
pour l'histoire de la vieille forteresse parisienne.
La Notice sur le plan de Paris de Jacques Gomboust^
mérite une mention particulière. M. Le Roux de Lincy a relevé
sur le plan toutes les indications qui ne se trouvent pas dans les
historiens de Paris ; il a enrichi encore cette notice d'une foule
de renseignements empruntés en partie à Sauvai et à d'autres
d'hui. Voir Bulletin du Bibliophile, 1862, p. 1109 et 1173 ; 1866, p. 223 et 272 ;
1868, p. 585. Ces articles sont malheureusement inachevés.
1. Voici les titres exacts de ces opuscules : Recherches sur la grande confré-
rie de Notre-Dame aux prêtres et aux bourgeois delà ville de Paris, suivies
du carlulaire et des statuts originaux de cette confrérie. Paris, 1844, in-8
(Extrait du tom. XVII des Mémoires de la Société des Antiquaires de France).
— Recherches historiques s^^r lu chute et la reconstryclion du pont Notre-Dame
à Paris. Paris, 1845, in-8 (Extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes,
IV série, tora. II). — Recherches sur les propriétaires et les habitants du palais
des Thermes et de l'hôtel de Clunij (aujourd'hui Musée des Monuments français)
dans l'intervalle des années 1218 à 1600. Paris, 1846, in-8 (Extr. du tom. XVIII
des Mémoires delà Société des Antiquaires de France).
2. Église Saint-Eustache, ù Paris, mesurée, dessinée, gravée et publiée
parV. Caillât, avec un Essai historique... Paris, 1850, gr. iurfol.
3. D'après un manuscrit de r.\rsenal. Revue archéologique, 1852. Ces comptes
ont été réimprimés dans la Topographie historique du vieux Paris, par Ad.
Berty. I, p. 181 à 199.
4. Notice sur le plan de Paris de Jacques Gomboust imbYiè pour la première
fois en 1652, reproduit par la Société des Bibliophiles françois, en 1858, avec le
discours sur l'antiquité, grandeur, richesse, gouvernement de la ville de Paris,
par P. P. et une table alphabétique indiquant les rues, les ponts, les portes,
les églises, les couvents, les collèges, les palais, les hôtels et maisons remar-
quables. Paris, 1858, in-12.
A32
historiens de Paris sur les rues, les monuments, les établisse-
ments religieux et les hôtels de la ville, qui en font un tra-
vail très-utile à consulter pour la topographie de Paris au
XVir siècle.
Enfin, nous terminerons cette longue ênumération par la
mention de deux biographies parisiennes, que notre confrère a
publiées dans ce recueil : Hugues Aubriot, 2)rèvol de Paris,
sous Charles V\ et Dom Jacques du Breul, auteur du
Théâtre des Antiquités de Paris ~.
En arrivant à la biographie proprement dite, nous trouvons
trois ouvrages que M. Le Roux de Lincy a consacrés à la vie des
femmes françaises, l'un général, les deux autres spéciaux, diffé-
rents d'ailleurs d'étendue, mais tous trois recommandables par
l'exactitude des recherches , la nouveauté ou le piquant des
récits.
Le premier en date , qui a dû demander à l'auteur de nom-
breuses études, est celui qu'il a publié en 1847 sous ce titre :
les Femmes célèbres de l'ancienne France ^. Il s'était
proposé de donner, aux gens du monde surtout, dans une
suite de portraits ou de notices biographiques, l'histoire de
toutes les femmes qui se sont illustrées dans notre pays, depuis
' le V jusqu'au XVIIP siècle, comme il l'annonçait dans son
introduction, car il n'a pu conduire son travail que jusqu'à la fin
du XV*" siècle ^. Retracer l'iiistoire de la vie publique et privée
1. V série, toni. III, 186-2.
2. Notice sur la vie et les ouvrages manuscrits de Dom Jacques Bu Breul,
auteur du Théâtre des Antiquités de Paris, par MM. Le Roux de Lincy et
A. BrueL Paris, 1868, in-8 (Exir. de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes,
VP série, tom. IV). Avaut de quiUer les travaux de noire confrère qui se rap-
portent à Paris, disons qu'il avait réuni les matériaux d'un ouvrage qu'il vou-
lait publier sous ce litre : Sainte Geneviève, patronne de Paris,vïe, miracles,
offices, processions de la châsse , confréries anciennes et nouvelles , précédés
d'un essai de monographie de celle sainte et suivis d'une bibliographie des ou-
vrages et des documents ms. ou imprimés qui la concernent. (V. Histoire de
la ville et du diocèse de Paris de l'abbé Lebeuf. Ed. Cocheris, II, 647. Paris,
186i).
3. les Femmes célèbres de l'ancienne France, mémoires historiques sur la
vie publique et privée des femmes françaises, depuis le V^ siècle jusqu'au XVIII".
Paris, Leroy, 1847-1858, 2 vol. gr. in-i-avec planches. Le même ouvrage, Paris,
Leroy, 1848, in-18, 1 vol.
4. iNous ajouterons ici que cet ouvrage a été continué par C. Leynadier,
2" partie. Depuis le XVI' jusqu'à la fin du XVIIP siècle, in-'i° à 2 col., 132 p. et
^33
des illustres Françaises n'était pas une idée nouvelle, et, depuis
Ménage, en 1690, jusqu'à Dreux du Radier, en 1776, plusieurs
auteurs l'avaient entrepris. M. Le Roux de Lincy a voulu ra-
jeunir le sujet en mettant à la portée de tous les découvertes de
la science historique. Son ouvrage, composé en grande partie sur
les chroniques et les historiens originaux et sur les dissertations
les meilleures et les plus récentes, s'appuie également sur les
actes authentiques et les comptes de l'époque. Plus complet que
les travaux antérieurs, il s'occupe non-seulement des reines, des
princesses et des femmes de haute naissance, mais encore de la
bourgeoisie parlementaire ou industrielle. A côté du tableau de
la cour, il nous montre la vie des femmes dans les monastères.
Les femmes guerrières, celles qui ont cultivé les lettres, les arts
et les sciences, ont aussi leur place dans le cours de ces récits,
où non-seulement l'auteur détruit des erreurs accréditées, mais
dans lesquels il tire un heureux parti de documents qui venaient
d'être publiés ou qui étaient encore inédits à cette époque, comme
le Ménagier de Paris et le Livre du chevalier de la Tour-
Landry.
Après ces notices, nécessairement assez courtes, notre con-
frère, plus sûr de lui-même, a entrepris deux biographies dé-
taillées dont des circ(mstances diverses lui ont fourni l'occasion.
Pour servir d'introduction à la publication qu'U a faite pour la
Société des Bibliophiles françois, àeV Heptaméron des Nouvelles
de la reine de Navarre, il a donné la première vie détaillée de
Marguerite d'Angoulême ^ Des renseignements inédits sur Louise
de Savoie, mère de Marguerite, sur la vie politique et privée de
la reine de Navarre, mais surtout sur sa vie littéraire, ont fourni
à notre confrère le sujet de plusieurs chapitres pleins de récits
attachants et de rectifications utiles. Il a fait voir la conduite de
Marguerite, dévouée et courageuse pendant la captivité de Fran-
portrails. Paris, libr. Arnauld de Vresse, 1858. Ce travail est loin de valoir celui
de M. Le Roux de Lincy.
1. VHepdiméron des Nouvelles de très-haute et très-illustre princesse Mar-
guerite d'Angouléme, reine de Navarre, sœur unique de François I", nouvelle
édition publiée sur les mss. par l;i Société des Bibliophiles françois. Paris,
1853-1854, in-8,3 vol. La biographie de Marguerite, qui fait partie du tom. I",
a été tirée à part sous ce litre: Essai sur la vie et les ouvrages de Marguerite
d'Angoule'me, duchesse d'Alençon, reine de Navarre, précédé d'une notice sur
Louise de Savoie^ sa mère. Paris, 1853, in-8°.
13 5
rois P'", son frère, noble et digne à l'égard de ses deux maris,
Charles d'Alençon et Henri d'Albret, et il l'a excusée des repro-
ches de légèreté qu'on lui adressait à ce sujet. Au point de vue
littéraire, il a donné un aperçu complet des ouvrages en vers et
en prose de la reine de Navarre ; et surtout une intéressante
appréciation de l'Heptaméron. Le caractère de cet ouvrage, sa
composition en majeure partie originale, les noms vrais et sup-
posés des personnages dans la bouche desquels l'auteur a placé
ses récits; la peinture naïve, mais non licencieuse, des mœurs du
temps, la finesse et l'habile enchaînement des narrations, tels
sont les points que l'éditeur a successivement mis en lumière pour
faire mieux comprendre et juger l'œuvre de Marguerite d'Angou-
léme.
La seconde biographie, plus développée et plus approfondie,
est celle d'Anne de Bretagne, que notre confrère a écrite pour
accompagner la magnifique édition du livre d'heures de cette
princesse donnée par le libraire Curmer * . La vie d'Anne de Bre-
tagne était bien faite pour tenter l'esprit chercheur, patient et
èrudit de M. Le Roux de Lincy. Cette reine, amie des arts et des
lettres, n'avait trouvé jusqu'à lui que des biographes bien super-
ficiels. 11 s'est plu à nous la montrer comme reine, comme du-
chesse, comme épouse et mère, tantôt occupée des afiaires du
royaume, et surtout de sa chère Bretagne; tantôt pleine d'une
tendre sollicitude pour son mari et pour ses enfants, qu'elle perdit
jeunes, sauf deux filles. L'auteur nous a dépeint cette reine dans
ses moments de bonheur, faisant son entrée solennelle dans les
bonnes villes de France et de Bretagne, ou réunissant autour
d'elle des littérateurs et des artistes, auxquels elle commandait
ces manuscrits dont le plus beau est parvenu jusqu'à nous sous
le nom de : Livre d'heures d'Anne de Bretagne. C'est principale-
ment dans la description de ce manuscrit, faite avec beaucoup de
soin, que notre confrère a fait briller les qualités qui le distin-
guaient : la précision, l'exactitude, l'intelligence parfaite des
sujets traités et de la valeur artistique de ces belles miniatures.
Son esprit ingénieux a su distinguer les divers artistes qui ont
coopéré à cette œuvre, tandis qu'une étude attentive lui a permis
1. Vie de la reine Anne de Bretagne, femme des rois de France Charles VIII
el Louis XIT, suivie de lettres inédites et de documents originaux. Paris, L.
Curmer, ISGO-Gl, 4 vol. pet. in-i».
^33
de retrouver même leurs noms dans les livres de comptes de la
reine, qu'il a mis également à profit pour nous initier au luxe et
aux libéralités d'Anne de Bretagne. C'est ainsi qu'il s'est plu à
nous faire connaître, avec une certitude que l'on ne peut guère
dépasser, la vie privée de son héroïne, avec toutes ses péripéties
et ses accidents, son portrait physique et moral, ses goûts, ses
ameublements, son mobilier, jusqu'à sa toilette et à sa livrée, ses
maladies, sa mort et ses funérailles. Les portraits qui la repré-
sentent, les médailles frappées en son lionneur, sont l'objet des
descriptions les plus complètes et quelquefois les plus instruc-
tives. Ce livre restera comme le commentaire le plus intéressant
et le plus nécessaire du Livre d'heures d'Anne de Bretagne, et
comme une peinture fidèle du temps où elle a vécu.
Un bibhophile aussi éclairé que notre confrère devait être
expert en bibliographie ; mais il ne se contentait pas de la con-
naître pour lui-même, pour la direction: et l'accroissemeat de sa
belle bibliothèque; il s'occupa encore de communiquer aux autres
les renseignements précieux qu'il rencontra dans ses longues et
fructueuses recherches, non-seulement au point do vue des livres
eux-mêmes et de la formation tant des anciennes bibliothèques que
des collections célèbres de certains amateurs, mais encore relati-
vement à la biographie même de ces personnages.
Il commença par donner des travaux sur quelques imprimeurs,
savoir : Vie et ouvrages de William Caxton, premier impri-
7neur anglais^, et Catalogue chronologique des imprimeurs
et libraires dur 0 g, par le père Adry^. Dès lors, il publia
successivement des notices et des catalogues inédits de certaines
bibliothèques célèbres : la bibliothèque de Charles d'Orléans
à son château de Blois, en 1427 ^ ; Ini-entah^e des livres
comptosant la bibliothèque des seigneurs de Jaligny, 6 juui
1413 < ; Catalogue de la bibliothèque des ducs de Bourbon,
en 1507 et en 1523'' ; Notice sur la bibliothèque de Cathe-
riiie de Mèdicis, avec des extraits de l'inv entante de cette
1. Extrait de la Revue Biilanniqùe, mars 1844.
2. Paris, 1849, in-S» (Extrait du Journal de l'amateur de livres, année 1849).
3. Publié pour la première fois d'après l'inventaire original. Paris, 1843, in-
8" (Extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes, t. V).
4. Paris, Terhener, 1844 (Extrait du Bulletin du Bibliophile).
5. Précédé d'une notice sur les anciens seigneurs de ce nom. Paris, 1850
(Extrait des Mélanges de la Société des Bibliophiles françois).
bibliothèque'. Mais son ouvrage capital en bibliographie, celui
qu'il prépara et écrivit avec le plus de zèle, ce sont ses belles
Recherches sur Jean Grolier, sur sa vie et sa bibliothèque,
suivies d'un catalogue des livres qui lui ont appartenu^. Le
succès couronna son œuvre ; mais il l'avait préparé par un
très-long travail et par des recherches faites à l'étranger. Il était
en effet impossible d'étudier cet attrayant sujet avec plus de soin
et d'amour. Une biographie de Grolier, composée à l'aide de do-
cuments nouveaux, ou du moins toujours bien choisis; un cata-
logue aussi complet que possible de tous les livres du célèbre
trésorier, épars dans les collections publiques ou particulières ;
une nomenclature des bibliothèques dans lesquelles se trouvent
encore des volumes de cet amateur, telles sont les diverses parties
de cet ouvrage. Mais ce qu'il est difficile de faire comprendre en
quelques lignes, c'est l'intérêt que l'auteur a su répandre non-
seulement sur la vie de cet illustre bibliophile, qu'il était si bien
fait pour apprécier, mais encore sur la réimion de ces collections
de médailles et surtout de livres, sur les reliures et les ornements
qu'il faisait exécuter, et enfin sur le sort de tous ces beaux vo-
lumes.
Nul mieux que notre confrère n'a étudié et connu la biblio-
thèque de Grolier, et n'a vécu, pour ainsi parler, dans l'intimité
de cet homme si distingué et si éclairé. Il a raconté avec joie
cette vie toute consacrée aux lettres et aux arts et a introduit le
lecteur dans ces superbes collections, que son érudition lui a per-
mis de restituer presque en entier, et de suivre volume par volume,
dans leurs diverses fortunes, jusqu'à nos jours et à travers tous
les pays de l'Europe.
Il s'est enfin montré dans cet ouvrage bibliophile aussi instruit
qu'éclairé, non moins versé dans la connaissance intime de toutes
les belles bibhothèques des XVIP et XVIIF siècles que dans
l'histoire de la reliure et de l'ornementation des livres, aux-
quelles les exemplaires de Grolier doivent la meilleure part de
leur célébrité 3.
1. Paris, Techcner, 1859 (Extrait du Bulletin du Bibliophile).
2. Paris, impr. Jouaust, lib. Potier, 1866, in-8», avec plusieurs fac-similé.
3. Une lettre de M. Paul Lacroix, conservateur à la Bibliothcque de l'Arsenal,
nous permet de citer un fait fort honorable pour M. Le Roux de Lincj et qui
témoigne de son zèle éclairé pour Grolier. » C'est lui. écrit M. Lacroix, qui a
fait réparer à ses frais un de nos jdus beaux exemplaires de Grolier, relié en
^37
Après ce remarquable ouvrage, nous devons mentionner ici
quelques notices que M. Le Roux de Lincy a consacrées, en divers
temps, à des bibliophiles distingués, ses amis et ses confrères :
MM. Cigongne' etYemeniz^, membres de la Société des Biblio-
philes françois, M. Ch. Sauvageot^ l'illustre collectionneur à
qui le musée du Louvre doit tant d'objets précieux, et enfin
M. Brunet, l'auteur du Manuel du Libraire^ M. Le Roux de
Lincy a tracé de ces amateurs de livres et d'objets d'art des bio-
graphies courtes mais intéressantes ; il a fait apprécier la valeur
de leurs collections ; il a fixé en quelques pages le souvenir de
la vie simple, des manières affables de Ch. Sauvageot, aussi pas-
sionné pour ses livres que pour les objets qui composaient son
riche musée ; enfin, et c'est la dernière notice qu'il ait écrite, il
a retracé l'existence laborieuse de J. Ch. Brunet et donné l'his-
torique des éditions successives du Manuel du Liby^aire, en qui
revit son auteur. C'est ainsi que notre confrère savait paj^er à
ses amis les services qu'ils lui avaient rendus pour ses tra-
vaux et leur donner un dernier témoignage de vive sympathie.
Nous venons de passer longuement en revue les ouvrages de
M. Le Roux de Lincy dans les diverses branches de la littérature
et de l'histoire du moyen-âge. Mais là ne s'est pas bornée son
activité et, depuis 1835 environ jusqu'en 1868, il n'a cessé de
collaborer à divers recueils. Nous avons déjà examiné plusieurs
Italie avec les armes de cet amateur. » Soa livre avait attiré l'attenlion des
savants sur Grolier et avait amené la découverte de documents biographiques
et même du portrait de cet amateur. Aussi notre confrère avait recueilli les
matériaux d'un supplément qu'il se proposait de donner à ses recherches.
1. Catalogue de livres m.anuscrils et imprimés composant la bibliothèque de
M. Armand Cigongne, précédé d'une notice bibliographique par M. Le Roux de
Lincy. Paris, L. Potier, 1861, in-8°. Presque au début de sa carrière, M. Le
Roux de Lincy avait annoté le Catalogue des livres composant le fonds de
librairie de feu M. Crozet, avec MM. Gratet-Duplessis et Ch. Nodier, 1841.
2. Notice sur la bibliothèque de M. Yemeniz, membre de la Société des
bibliophiles françois, 45 p. en tête du catalogue de sa bibliothèque, Paris,
Bachelin, 1867.
3. Catalogue des livres mss. et imprimés composant la bibliothèque de
M. Charles Sauvageot. Paris, Potier, 1860, in-S".
4. Notice sur la vie et les travaux de Jacques-Charles Brunet, auteur du
Manuel du libraire, en tête du catalogue de sa bibliothèque. Paris, Potier,
1868. M. Le Roux de Lincy a fait précéder aussi la seconde partie de ce cata-
logue d'une notice succincte sur l'abbé Mercier de Saint-Léger, bibliothécaire
de l'abbaye de Sainte-Geneviève, de 1759 à 1772. M. Brunet possédait en effet
plusieurs manuscrits curieux du savant abbé.
«38
articles qu'il a publiés dans la Bibliothèque de l'Ecole des
cJiay^tes ^• il a écrit en outre dans la Revue de Paris, la Revue
historique de la Noblesse , la Revue contem}ioraine , le Mo-
niteur de la Librairie, le Dictionnaire de la Conversation,
le Bulletin du Bibliophile, le Moniteur universel, Y Artiste,
le Bibliophile françois, etc.-
En parcourant la liste des sociétés dont M. Le Roux de Lincy
a fait partie, nous placerons en première ligne celle de l'Ecole
des chartes, dont il liit un des fondateurs avant d'en être le col-
laborateur assidu. Nous devons rappeler ici que c'est dans son
salon que notre société s'est formée. C'est sa maison qui en a été
le siège pendant plusieurs années ; c'est lui qui, arcliiviste tréso-
rier de la Société à ses débuts et pendant longtemps, consentit,
comme l'a dit justement son collaborateur et son ami, M. J. Qui-
clierat, «à convertir son cabinet d'étude en maison de librairie, »
et à se charger de tous les soins matériels de la publication de
notre recueil.
A cette époque, il était déjà membre de la Société des Anti-
quaires de Normandie depuis 1835 ; il fut reçu dans la Société
de l'Histoire de France en 1840; il fît partie de celle des Anti-
quaires de France de 1842 à 1848; il avait été élu membre et
secrétaire de la Société des Bibliophiles français le 3 juin 1846;
et nommé membre du Comité des Travaux historiques et des
1. Nous indiquerons ici quelques articles que noire confrère a publiés dans
ce recueil et qui n'ont pas été cités ci-dessus : Titre relatif à la corporation
des drapiers de Paris, 1219, t. V, p. 476; Procès-verbal des délibcraiioas tenues
à. l'hôtel de ville de Paris pendant la captivité de François P', ibid., p. 545.
— Inventaire des lieilles armes conservées an château d'Amboise, du temps
de Louis XII (septembre 1499). 2'= série, t. IV, p. 412. — Détails sur la vie
privée d'Anne de Bretagne, femme de Charles VIII et de Louis XII, 3'= série,
t. I, p. 148. — Inventaire des biens meubles et immeubles de la comtesse
Mahaut d'Artois, pillés par l'armée de son neveu, en 1313. 3" série, l. III, p.
53. — Notice (inachevée) sur Ernest de Prévillc, G" série, t. I. p. 255 el 465,
sans |)arlcr de nombreux comptes-rendus d'ouvrages de littérature el d'histoire.
2. Il nous reste à signaler encore les articles suivants dans le Bulletin du
bibliophile : en 1846 une notice sur Antoine Dufonr, qui a composé pour Anne
de Bretagne une histoire des femmes illustres; en 1860, des recherches sur la
Bibliothèque du grand Condé, suivies du catalogue des manuscrits qui se trou-
vaient dans ceUe bibliothèque; dans le Moniteur Universel, 1" décembre 1841,
notice d'un ins. de la vente Crozet, dans lequel se trouve une curieuse minia-
ture pour l'histoire de Paris; 2 mars 1844, Hibliographie de Charles Nodier;
10 janvier 1847: Le palais Mazarin et les grandes habilaiions de ville et de
campagne au xvii" siècle, par M. de Laborde (article de compte- rendu).
4 39
Sociétés savantes (section d'archéologie) le 11 mars 1859^
Chevalier de la Légion d'honneur en 1845, il était entré le
25 mars 1851 à la Bibliothèque de l'Arsenal et deux ans après,
le 9 mai 1853, il avait reçu le titre de conservateur hono-
raire -.
Tel est l'ensemble des travaux et des fonctions qui ont occupé
la vie de notre confrère. On a pu remarquer l'abondance et la
variété de ses ouvrages : littérature proprement dite, histoire et
spécialement celle de Paris, biographie, bibliographie, il a em-
brassé ces divers genres dans de longues et consciencieuses
études auxquelles il songeait encore dans ses derniers jours ^ ; il
mettait au travail une application et parfois une ardeur extrême,
une persévérance remarquable que ne rebutaient ni les difficultés,
ni la souffrance ; aussi est-il arrivé à faire toujours des travaux
exacts, soignés et utiles ; nous dirons plus, il a eu le mérite d'être
initiateur et d'ouvrir des voies nouvelles que d'autres ont suivies
après lui.
Plusieurs textes importants de la littérature du mojen-
àge ont vu le jour depuis que notre confrère, par ses analyses,
en a montré l'importance ; ainsi, pour le Roman de Garin le
Loherain et la Chanson d'Antioche, pubhés par M. Paulin Paris;
pour la Conquête de Jérusalem et la Vie de saint Thomas-le-
Martyr, dont M. Hippeau est devenu l'éditeur, ou le Livre du
Chevalier de la Tour-Landry, dont Tédition a été donnée par
1. M. Le Roux de Lincy a fourni sa pari de collaboration aux diverses sociétés
dont il faisait partie. Aux travaux mentionnés ci-dessus nous ajouterons seule-
ment : une notice sûr le connétable de Bourbon, dans les Mélanges des Biblio-
philes, 1850, p. 49 et 54; il avait commencé aussi pour celte société la publi-
cation des lettres d'Auguste de Thou, qui est resiée inachevée. — Depuis 1837,
notre confrère avait fait au comité historique de^ monuments écrits diverses
offres de publication donl l'une a été acceptée et a produit les Quatre livres des
Bois examinés ci-dessus; en 1856 il a fait imprimer dans le Bulletin du Comité
de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. III, un Eloge de Paris,
composé en 1323 par un habitant de Senlis, Jean de Jandun, publié pour la
première fois par MM. Taraune et Le Roux de Lincy, tiré à part en 36 pages et
reproduit avec une traduction dans les Historiens de Paris aux xiv"^ et xv<= S.
De 1859 à 1867, il a donné dans la Revue des Sociétés savantes des rapports
sur divers travaux, parmi lesquels nous remarquons celui qu'il a fait en 1867
sur la notice d'un livre d'heures possédé en 1451 par Marie de Rais, fille de
Gille de Rais et veuve de Prégent de Coëlivy, amiral de France.
2. Nous devons ce renseignement à l'obligeance de M. Paul Lacroix.
3. Voir dans la notice de M. Cocheris le récit relatif à la découverte des actes
de naissance et de décès de Sauvai.
M. de Montaigloii ; dans l'Histoire de Paris il a lait voir l'im-
portance des descriptions du genre de celle de Guillebert de Metz
pour l'archéologie et la peinture des mœurs et des usages du
temps.
Esprit large et curieux, M. Le Roux de Lincy se tenait
constamment au courant de la science par ses relations nom-
breuses avec des savants et des littêi'ateurs. Il avait trouvé dans
sa position de fortune un précieux élément de travail, l'indépen-
dance ; il s'en créa un autre dans sa belle bibliothèque, dont
nous devons dire quelques mots ; car il était chercheur et ne dé-
daignait pas d'aller lui-même, quoique souffrant, s'asseoir dans
les boutiques des libraires, pour examiner et découvrir s'il le
pouvait quelques ouvrages. C'est ainsi qu'il était parvenu à
l'éunir une belle et intéressante bibliothèque, composée de livres
choisis, dans tous les genres, reliés avec soin, quelques-uns avec
luxe, qu'il ouvrait libéralement aux recherches et à l'admiration
de ses amis. Ses livres, qu'il aimait tant, sont aujourd'hui dis-
persés, ainsi que sa belle collection sur Paris, qu'il avait pa-
tiemment formée depuis de longues années. Le catalogue qui en
a été dressé pour la vente restera seul pour montrer combien
c'était une source précieuse pour l'étude de l'histoire de notre
ville ^ Mais M. Le Roux de Lincy a laissé heureusement des
titres qui le feront vivre ; la mémoire de l'auteur des Quatre
livres des Rois, de Y Histoire de V hôtel-de-ville de Paris,
et des Recherches sur G^ro//er demeurera parmi lesérudits:
et ses confrères, nous l'espérons, se souviendront longtemps de
l'homme bon, juste et bienveillant qui, après avoir largement
contribué à la fondation de la Société de l'Ecole des chartes, n'a
cessé de porter à tous les membres de l'association, aux anciens
comme aux jeunes, les plus grandes sympathies et le plus sincère
dévouement.
A. Bruel.
I. Catalogue d'une colleclion de livres el d'estampes ooncernanl l'iiistoire de
France et tout particulièrement l'histoire de Paris provenant du cabinet de
M. Le Roux de Lincy, Paris, J. Techener, 1855. Il comprend 1175 n°> pour les
livres et 1289 pour les estampes. On doit y joindre Appendice et tables du cata-
logue des estampes historiques de M. L. R. de L., Paris, Techener, 1856. —
Nous citerons encore deux catalogues de livres de notre confrère : Catalogue de
livres provenant de la bibliolhèciue de M. L., Paris, Aubry, 1865, 1109 n°% el
enlin Catalogue des livres composant la biblioihcquc de feu M. Le Roux de
Lincy. Paris, A. Labitle, 1870. 1976 n".
CATALOGUE
D'ACTES DES COMTES DE BRIENNE
950-1356.
Les comtes de Brienne ont été passés sous silence par les au-
teurs de l'Art de vérifier les dates. On s'est occupé d'eux tout-à-
fait sommaii:ement dans Y Histoire généalogique de la maison
de France. M. de Sassenay, dans son livre si intéressant sur les
Brienne de Lecce et d'Athènes, n'a étudié la vie que d'un petit
nombre d'entre eux.
On peut donc dire que la maison de Brienne attend encore un
historien.
Cet historien, nous ne sommes pas en mesure de le devenir :
mais, avant qu'il se produise, nous avons pensé qu'on pourrait
consulter avec quelque utilité le recueil qui suit. Nous n'y
avons pas compris les actes napolitains et florentins cités en si
grand nombre dans le court et substantiel ouvrage de M. de
Sassenay. Nous ne nous sommes guère servi que de documents
français, et notre travail pourra être considéré comme un com-
plément du volume pid)Hé par l'auteur dont nous avons déjà deux
fois dit le nom.
Ce travail sera divisé en treize sections correspondant chacune
au règne d'un comte de Brienne.
Section 1'% Engelbert 1er, nos i_2, 950(?)-969(?).
Section 2^ Engelbert II, nos 3.5, 996(?)-1035(?).
Section 3^ Gautier I^r, nos 6-19, 1035-1089(?).
Section 4% Erard 1er, nos 20-34, 1097(?)-li 14.
Section 5^ Gautier II, nos 35-59, I125(?)-l 161 (?).
Section 6% Erard II, nos 60-102, 1161-1189.
Section 7«, Gautier III, nos 103-135, 1 192-1205.
U2
Section 8% Jean le-, n«>s 136-147, 1206-1217.
Section 9^ Gautier IV, nos 148-173, 1221-1241.
Section 10^ Jean II, nos 174-182, 1247-1260.
Section 11% Hugues, nos 183-197, 1261-1288.
Section 12% Gautier V, nos 198-210, 1297-1311.
Section 13% Gautier VI, nos 211-236, 1312-1356.
Section l•■^ — ENGELBERT V.
1. — Du 19 juin 950 au 18 juin 951 {anno XV régnante
Ludovico rege). — Gislebert, duc de Bourgogne, donne à l'ab-
baye de Montiéramey un bien appelé Alericum, dépendant de
la'seigneurie de Piney. Engelbert [P*", comte de Brienne], de qui
ce bien était tenu en fief, accorde son consentement à cette dona-
tion.
Edit. Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, p. 34.
2. — Vers 969. — Adson, comte de Rosnay (Aube), donne à
l'abbaye de Montiérender ses biens dans le Pertois. Le comte
Engelbert figure parmi les témoins. Cette charte est sans date.
Mais Adson, comte de Rosnay, de qui elle émane, paraît iden-
tique au comte Adson, l'un des témoins de la charte d'Héribert.
comte de Troyes, pour la même abbaye, 17 janvier 969 (Camu-
zat, Promptuarium, f" 85).
Arch. de la Haute-Marne, 1^'' Cartulaire de Montiérender,
f" 31 v«.
Section 2". — ENGELBERT 11.
3. — 24 octobre 996 - 20 juillet 1031 {régnante Roherto
rege). — Engelbert, comte de Brienne, rappelle qu'Engel-
bert P"", son prédécesseur, a relevé l'abbaye de Montiérender de
ses ruines. 11 abandonne h cette abbaye les redevances qu'il
possédait sur le village de St-Christophe. Seing de la comtesse
Adélaïde,
Arch. de la Haute-Marne, P'" Cartulaire de Montiérender,
1" 40 v"-41 v° ; cf. .Mabillon, Ann. Bened., IV, 268 ; D. Bou-
quet, X, 613-614 note ; Gall. Christ., IX, 916.
4. — 1027-20 juillet 1031 {régnante Roherto rege Fran-
corum). — Dudoii, abbé de Montiérender, donne à cens, à un
homme honorable nommé Constantin, un mouhn sur l'Aube.
Seing d'Engelbert comte et de son frère Gui.
l^-" Cart. de Montiérender, f 43 v''-44 r" ; cf. Mabillon, Ann.
Bened., IV, 268 ; Gall. Christ., IX, 916.
5. — 1027-1035 (sans date). — Dudon, abbé de Montié-
render, rappelle qu'EngeUiert, comte de Brienne, ayant une
sœur vierge, l'a fait épouser à Etienne de Joinville et lui a donné
en mariage l'avouerie du pagus Blesensis. Pour obtenir que le
pagus Blesensis soit mieux gardé, Dudon assure à Etienne une
rente annuelle de 40 béliers, autant de porcs, six repas, et des
corvées pour le transport du bois nécessaire à l'entretien des
fortifications du château de Joinville. Parmi les témoins sont les
comtes Gui et Engelbert II. (Sur l'abbé Dudon, voir Gall.
Christ., IX, 916).
l«f Cart. de Montiérender, f° 55 v''-56 r"; éd. Mabillon, Ann.
Bened., IV, 712 ; cf. Albéric, subanno 1055.
Section 3«. — GAUTIER P--.
6. — 28 décembre 1035 (v. kal. januarii, régnante Hen-
rico rege anno V). — Mainard, évêque de Troyes, sur la de-
mande de Gautier, comte de Brienne, accorde à l'abbaye de
Montiérender la liberté de l'autel de Saint-Léger-sous-Brienne
(Aube).
Mention Gall. Christ., XII, 495 C.
7. 8. — Vers 1048. — Chartes sans date de Milon, abbé de
Montiérender, constatant des actes de cet abbé faits en présence
du comte Gautier et de Pétronille, sa mère. (Voir sur cet abbé,
Gall. Christ.. IX, 9\6-9il).
!«'■ Cart. de Montiérender, f^^ 49 v", 51 v° ; cf. Ann. Bened.,
IV, 509.
9. — 22 mai 1048. — Concile de Senlis auquel assiste Gau-
tier P"", comte de Brienne.
Edit. Martène, Collectio, VII, 58-59.
10. — 6 juin 1050 (IIII feria post Pentecostem, eodem
anno quo papa Léo ecclesiam sancti Re'inigii Remis Domino
dedica'Dit, nec non Henrico rege régnante). Gautier, comte
de Brienne, de concert avec Pétronille, sa mère, abandonne au
prieuré de St-Léger-sous-Brienne tous les droits qu'il avait sur
ce prieuré.
^44
Premier Cart. de Montiérender, 1« 48 v", 49 r"; cf. Awi.
Bened., IV, 508.
11. — Du 23 mai au 24 septembre 1072 {anno ah incarna-
lione Dorainl 1072, indictione X, régnante Philippo rege
anno XIIII). — Rainard, évêque de Laiigres, du C(nisente-
ment de Gautier I''^ comte de Brienue, de sa sœur femme dudit
Gautiei-, et de leurs enfants, donne à l'abbaye de Montiérender
la moitié de la terre d'Epothémont. Parmi les témoins : Eusta-
chie, comtesse ; Gautier, comte de Brienne ; Engelbert, son fils ;
Gui, comte.
!«•■ Cart. de Montiérender ; êdit. Gall. Christ, nov. IV,
instr. 147-148; Gall. Christ, vet. II, 638-659; cf. Ann.
Bened., V, 54; Gall. Christ, nov., IV, 562.
12. — 1075-1083 {régnante Philippo in Francia... prési-
dente apud Trecas in episcojKdu Hugone, filio Witerii de
Donno Petro). — Gautier du Donjon de Brienne, avec le
consentement de sa femme Adeline, et de ses fils Thibaut et Gui,
donne à l'abbaye de Molesme ce qu'il avait à Radonvilliers.
Témoins : Gautier, comte de Brienne, et Engelbert, son fils,
depuis moine.
Archives de la Côte-d'Or, le-^Cart. de Molesme, f° 24 V; éd.
Socard, Méra. de la Soc. académique de l'Aube, 3" série, t. L
p. 227-228 ; cf. Gall. Christ., XII, 533 D.
13. _ 1082 au plus tard. — Thibaut pi-, comte de Cham-
pagne, règle les droits de Gautier, comte de Brienne, sur l'abbaye
de Montiérender.
!«'• Cart. de Montiérender, P 71 r°-72 r" ; cf. Histoire des
Comtes de Champ^agne, t. I, p. 400-401.
14. — 1082 {Meldis civitate in concilio publico). — Hu-
gues de Die, légat du pape, sur la demande de Thibaut I"', comte
de Champagne, prononce une sentence d'excommunication contre
Gautier, comte de Brienne, qui, après avoir juré d'observer le
règlement contenu dans la charte précédente, refuse de l'exé-
cuter.
1«- Cart. de Montiérender, f" 60 ; édit. Mabillon, Ann. Bened.
V, 641 ; D. Bouquet, XIV, 787-788.
15. — Sans date. — Gui, clerc de Brienne-le-château, fait
une donation à l'abbaye de Montiérender. Le comte Gautier
est témoin.
l''-- Cart. de Montiérender, f" 80.
U5
16. — 1075 au plus tôt. — Gile, dame de Plancy, fonde le
prieuré de rAbbaye-sous-Plancy et le donne à l'abl^aye de j\Io-
lesme. Approbation de Gautier, comte de Brienne, son su-
zerain.
1" Car t. de Molesme, f 25 r" ; êdit. Socard, Mém. de la
Soc. académ. de l'Aube, 3" série, t. I, p. 225-226.
17. — Bar [sur Seine], 1075 au plus tôt. — Gautier, comte
de Brienne, avec le consentement de sa femme, d'Engelbert, son
fils, et de ses autres fils et filles, donne à l'abbaye de Molesme
ses droits sur l'église de Merrey (Aube).
Edit. Socard^ Mém. de la Soc. académ. de l'Aube, 'S' sé-
rie, t. I, p. 227, d'après le premier Cart. de Molesme, f 27 v°
28 r°.
18. — 1075 au plus tôt. — Gosbert de Bar donne à l'abbaye
de Molesme, avec l'approbation de Gautier, comte de Brienne, '
d'Airard et de Milon, fils de ce dernier, ses droits sur l'église
d'Essoyes.
Edit. Socard, Mém. de la Soc. académ. de l'Aube, S'' série,
1. 1, p. 226, d'après le l^^" Cart. de Molesme, f 30 v".
19. — 1085-1089. — Renaud de Bar et Jean de Larriaco
donnent à l'abbaye de Molesme une terre à Sécliefontaine (com-
mune d'Avirey-Lingey, Aube). Cette donation est approuvée par
Gautier, comte de Brienne et de Bar-sur-Seine ( Walte7no, co-
mité Brene7isi et Barrensi). La chapelle bâtie en ce lieu par
Pierre et Lambert, disciples de saint Bruno, est bénie par Robert,
évêque de Langres (1085-1110), en présence du dit comte Gau-
tier. (Cette charte ne peut guère être postérieure à l'année 1089
ou à l'année 1090 puisque Thibaut F'', comte de Champagne,
mort en 1089 ou 1090, donna l'investiture du comté de Brienne
à Airard, fils de Gautier. Yoù- plus bas, n° 31).
Edit. Socard, Mém. de la Soc. académ. de T Aube, 3" série,
t. 1, p. 228-229, d'après le P^ Cart. de Molesme, f" 38 v^; cf.
Gall. Christ, nov., t. IV, col. 567 B.
Section 4^ — ERARD pr,
20. — Vers 1097. — Charte de Roger, abbé de Montiérender
(1097-1127), constatant qu'Airard, comte de Brienne, partant
pour la Terre-Sainte (voir plus loin, n*^ 36), passe à Troyes, et
rend à l'abbaye de Montiérender, par la main de Philippe, évèque
^0
146
de Troj^cs (1083-1121), l'église do Ceffonds (Haute-Marne) qu'il
détenait injustement.
P'- Cai't. de Montiérender, f" 108 r" v^.
21. — Vers 1097. — Hugues de Merrey donne à l'abbaye de
Molesme son aleu de Rosnay, et reçoit de cette abbaye seize
livres. Il réserve à lui et à son frère faculté do rentrer dans
ce bien si l'un ou l'autre revient de Jérusalem et rend les seize
livres. Parmi les témoins, Airard, comte de Brienne.
Edit. Socard, Mém. de la Soc, acad. de l'Aube, 3" série,
t. I, p. 233, d'après le premier Cartulaire de Molesme, f° 58 r".
22. — Au plus tard 1101. — Airard, comte de IJi-ienno, fait
savoir' que son père a donné en mourant aux moines de Molesme
divers biens, entre autres une partie des dîmes du village de
Molesme et l'église d'Essoyes (Aube). Il leur donne lui-même
droit d'envoyer leur bétad dans tous ses pâturages. Milon, son
frère, encore enfant, ne fut pas présent à cette donation. Peu
après, devenu comte [de Bar-sur-Seine], ill'approuva.
Edit. Socard, Mém. de la Soc. académ. de l'Aube, 3" série,
t. I, p. 239, d'après le premier Cartulaire de Molesme, f^ 34 r".
23. — Bar-sur-Aube 1101 [Barro, anno ah incarnatione
Boyyiini 1101). — Charte d'Hugues, comte de Cliampagne, pour
l'abbaye de Saint-Claude. Parmi les témoins : Hérard, comte de
Brienne, et Milon, son frère.
Edit. Blampignon, Hist. de sainte Gennaine, p. 202; Chif-
flet, Sancti Bernardi genus, p. 537.
24. — Sens, 1101 [apud Senonas, anno incarnati Vey^bi
millesimo centeswio primo, indictione nona, epacta octava
décima, concurrente vero ciclo lunari sexto decimo). —
Robert, évêque de Langres, confirme la cession de l'église de
Pouilly près Molesme faite à l'abbaye de Molesme par l'abbé et
les moines de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, en présence de plu-
sieurs témoins, parmi lesquels Milon, comte de Bar-sur-Seine.
Edit. Gall. Christ, nova, IV, instr., col. 150, d'après l'ori-
ginal.
25. — Langres, 17 août 1103 {Lingonis in capitido nostro
publico, in festiritate sancti Marametis, Paschali Romano
pontifice présidente, Philippo rege Francoriwi régulante,
anno ab incarnatione Domini millesimo centesimo tertio,
i7idictione undecima, ciclo lunari XVIII). — Robert, évêque
de Langres, confirme les biens do l'abbaye de Molesme en pré-
^47
sence d'Airard, comte de Brienne, de Milon, comte de Bar-sur-
Seine, et de Milon, seignem^ de Chassenay. Airard donne à
l'abbaye droit d'usage dans ses forêts.
Edit. Gall. Christ, nova, IV, instr., col. 151-152.
26. — Molesme, après le 2 avril 1104. — Hugues, comte de
Champagne, après avoir, au concile de Troyes (V nonas apri-
lis, anno db incarnatione Domini 1104, indictione XII,
epacta XXII, concurrente V), donné à l'abbaj-e de Molesme
la terre de Rumilly, en se réservant l'usufruit de moitié, fait
abandon de cet usufruit. Parmi les témoins : Milon, comte de
Bar-sur-Seine, Airard, comte de Brienne.
Edit. d'Achery, Spicilége, IV, 239 ; Chifflet, Sancti Ber-
nardi genus, p. 509, etc.; cf. Bréquigny, Table chronolo-
gique, t. II, p. 351.
27. — Châtillon-sur-Seine, 1108 {apud Castellionera super
Sequanam, anno ah incarnatione Domini 1108). — Hugues,
comte de Champagne, donne à l'abbaye de Molesme le sauve-
ment de RumiUy. Parmi les témoins : Airard, comte de Brienne;
Milon, comte de Bar-sur- Seine.
Edit. d'Achery, Spicilége, IV, 241; Chifflet, Sancti Ber-
nardi genus, p. 51 1 ; cf. Bréquignjs Table chronologique, t. II,
p. 396.
28. — 1112 [anno incarnati Verbi\\\2, Philippo Trecensi
episcopo, Hugone Carajuiniae comité). — Airard, par la grâce
de Dieu comte de Brienne, donne à l'abbaye de Beaulieu une
partie de ce qu'il possède à Jasseines, une partie de la rivière
d'Aube, droit d'usage dans ses bois et de pâturage dans tout le
comté de Brienne.
Edit. Camuzat, Auctarium promptuarii, p. 33-34; extrait
Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg, édit. de 1619,
p. 189 et 191 ; cf. Gall. Christ., XII, 614 B.
29. — 1113 {anno ab incarnatione Domini 1113). —
Airard, comte de Brienne, donne au prieuré de Radonvilliers,
avec le consentement, de Gautier, son fils, des droits de justice,
et le droit d'acquérir dans ses fiefs.
Edit. Socard, Mém. de la Soc. acad. de l'Aube, 3*^ série,
t. I, p. 358-359, d'après le premier Cartulaire de Molesme,
fo 94 r°.
30. — Troyes, 1113 {Trecis in curia, anno ab incarnatione
Domini 1113). — Hugues, comte de Troyes, donne à l'abbaye
^48
de Montiéramey un droit de justice à Daudes, etc. Parmi les té-
moins : jNIilon, comte de Bar-sur-- Seine ; Airard, son frère, comte
de Brienne.
Edit. Chifflet, Scmcti Bernardi genus, p. 516.
31. — ïroyes, 3 mai 1114 {Trecis, (m. WiA, nonarum mnia-
rumdie quinto). — Hugues, comte de Champagne, fait savoir
ce qui suit : Airard, fils de Gautier, comte de Brienne, a reçu de
Thibaut, comte de Champagne, père du dit Hugues, l'investiture
du comté de Brienne. Après la mort de Thibaut, Airard, suivant
l'exemple de Gautier, son père, a violé les droits de l'abbaye de
Montiérender. Après une sommation inutile, Hugues a eu recours
aux armes, et par des guerres et des sièges Ta forcé d'abandonner
ses injustes prétentions.
Premier Cartulaire de Montiérender, f" 101 r"; collection de
Champagne, t. 135, p. 829.
32. — Troyes 1114 {Trecis, anno incarnati Verbi, M" C°
XIIIIo). — Charte d'Hugues, comte de Troyes, pour l'abbaye de
Montier-la-Celle. Parmi les témoins : Erard, comte de Brienne.
Edit. Hist. des Comtes de Champagne, t. III, p. 415-
417.
33. — Sans date. — Milon, comte de Bar-sur-Seine, donne à
l'abbaye de INIolesme son domaine dans le viUage de Capella,
les redevances qu'il levait sur l'église d'Essoyes, etc. Cette do-
nation est approuvée par Matilde, sa femme, Airard, comte, son
frère, et Mantia, sœur de ces deux comtes.
Ed. Socard, Mém. de la Soc. acad^ de l'Aube, 3® série, t. I,
p. 261, d'après le premier Cartulaire de Molesme, f^ 10 r° ; cf.
Art de vérifier les dates, II, 589, col. 1. L'.lr^ de vérifier les
dates et M. Socard datent arbitrairement cette charte de II 15.
34. — Sans date. — Airard, comte de Brienne, avec le con-
sentement d'Eustachie, sa mère, et de Milon, comte de Bar-sur-
Seine, son frère, donne une femme serve à l'abbaye de
Molesme.
Mention Art de vérifier les dates, t. H, p. 589, col. 1, d'après
le premier Cartulaire de Molesme, h 76. [L'Art de vérifier les
dates donne arbitrairement à cette charte la date de 1096.)
Section 5". — GAUTIER H.
35. — Sans date, 1125 au plus tard. — Roger, abbé de
U9
Montiérender, fait savoir les faits suivants : Airard, comte de
Brienne, se trouvant à Avenay gravement malade et à toute
extrémité, pria Milon, comte de Bar-sur-Seine, son frère, de le
faire enterrer à Montiérender et de donner aux moines une rému-
nération convenable. Airard fut en effet enterré à Montiérender.
Milon, comte de Bar-sur-Seine, de l'avis de Gautier, comte de
Brienne, son neveu, donna à l'abbaj-e les coutumes de Droj^es.
Seings de Milon, comte, et de Gui, son fils.
Premier Cartulaire de Montiérender, f 106 v° ; cf. Mabillon,
Ann. Bcnedict., V, 564; Gall. Christ., IX, 919. (Ces deux
ouvrages datent cette charte de 1111, ce qui est inadmissible,
puisque Erard vivait encore en 1114).
36. — 24 janvier 1131 {amio Verbi incarnati 1131... anno
secundo Philippi, 7'egis, fdii Lzidovici, nono calendas
fehyniarii). — Charte d'Haton, évêque deTroyes. Erard, comte
de Brienne, partant pour Jérusalem (voir plus haut, n° 20), avait
cédé les quatre prébendes de l'église de Brienne à Philippe,
évêque de Troyes (1083-1121), le priant de les donnera l'abbaye
de Montiérender, lieu de sépulture des comtes de Brienne. Sur la
demande de Gautier, fils et successeur d'Erard, alors défunt,
Hatton donne à l'abbaye de Montiérender les quatre prébendes de
Brienne.
Edit. Vofjage paléographique dans le département de
l'Aube, p. 330; cf. Gall. Christ., XII, 499. (J'ai à tort daté
cette charte de 1132 [nouveau style]. La seconde année de Phi-
lippe, fils de Lo.uis VI, commence le 14 avril 1130 et finit le 13
avril 1131. Le rédacteur de cette charte a commencé l'année de
l'incarnation le 25 décembre ou le l^"" janvier, cf. n° 40.)
37. — 1133 [anno ab incarnatioiie Bomini i 133, Ludo-
vico rege régnante, Attone Trecis episcopante). — André
de Baudement, sénéchal de Champagne, fait aux Templiers
une donation qui est approuvée par [Gautier], comte de
Brienne, par sa femme et par Gui et Eustache, leurs fils.
Edit. Bourquelot dans la Bibl. de V école des chartes, 4' sé-
rie, t. IV, p. 185-186.
38. — Piney, 20 juin 1136 (Pinniacum, ann. 1136, XIF
kaL julii). — Gautier, comte de Brienne et de Ramerupt, donne
à l'abbaye de Montiéramey un emplacement sur l'Aube, à Sainte-
Thuise, pour y établir un moulin. Les moines de Montiérender
paient sept livres que ledit Gautier devait à l'archidiacre Manassés .
Bibl. Nat. Lat. 5433 (Cart. de Montiéramey), 1" 173 r" v"; cf.
G ail. Christ., XII, 554 D.
39. — Châlons-sur-Marne, 1138 {Cathalaimis, anno incar-
nationùdominice 1138, cpacta 7. concurrente 4). — Geofroi.
évèque de Ghàloiis, constate que Gautier, comte de l>rienne, du
consentement d'Humbeline, sa femme, a mis entre ses mains le
sixième de la dîme de Maison et Loisy. Sur la prière des dits
comte et comtesse, le dit évêque a investi de ce sixième de dîme
frère Lambert, gardien des maisons de Chalette et de Brienne,
fidèle et miséricordieux proviseur des pauvres qui affluent dans
ces maisons.
Cart. de Saint-Loup de Troyes appartenant à Mme de la
Porte, f 22 v°.
40. — 22 janvier 1143 {anno ah incarnatione Domini
1143, XI kalendas fehruarii, luna XXII; Lucdovico
rege Francorum régnante, présidente quoque venerabili
Hatone, Ti^eceyisis urhis préside). — Gautier, comte de Bri-
enne, donne à l'abbaye de Bassefontaine^la dîme de ses revenus
de Brienne et de Piney, droit d'usage dans ses forêts, etc. Seing
de ses fils Airard et André, de Marie, sa fille, de Gui, son frère,
etc. (La lune 22 correspond au nombre d'or 3 qui est celui de
l'année 1142 : l'année lunaire commençait ordinairement le
P"^ mars, par conséquent le nombre d'or 3 a dû servir pendant
les mois de janvier et février 1143. Voir à ce sujet Y Art de
véïHfîer les dates, o" édition, t. I, p. xxv. Il en résulte que
le rédacteur de notre charte a commencé l'année de l'incarnation
au 25 décembre ou au l*"'' janvier. Sur les deux manières de
commencer l'année usitées dans les actes des comtes de Cham-
pagne au xii'' siècle, voir notre Histoire des comtes de Cham-
pagne, t. II, p. 83, 133, 162; t. III, p. 309.)
Original, archives de l'Aube ; Copie, cartulaire de Bassefon-
taine, charte n" 1, même dépôt; édit. Bréquigny, Table chrono-
logique, t. III, p. 72. Bréquigny s'est trompé d'vm an sur la date
de cette pièce, qu'il met en 1143, vieux style, c'est-à-dire 1144,
suivant notre manière de compter.
41. — 1145, après le 4 mars {anno incarnatiVerbi 1145,
Eugenii papœ anno primo, régnante in Framria Ludo-
vico). — Haton, évêque de Troyes, sur la demande d'Anscher,
abbé de Bassefontaine, et de Gautier, comte de Brienne, qui se sont
en personne rendus près de lui, approuve les donations faites par
^5^
le dit Gautier à l'abbaye de Ba.ssefontaine. Approbation d'Airard
et d'André, tous deux fils du dit comte, et de Marie, leur sœur,
Gartulaire de Bassefontaine, charte n° 2; édit. Bréquigny,
Table Chronol., III, 100; cf. Gall. Christ., XII, 499 D, et
Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg, édit. de 1619,
p. 195,271.
42. — 1146 (anno incarnati Verbi 1146, Ludovico rég-
nante, Godefrido Lingonis présidente). — Jacques, seigneur
de Chassenay, donne à l'abbaye de Bassefontaine sa part de la
dîme de Bligny, par le conseil de Gautier, comte de Brienne, de
la mère et de la femme du dit comte, savoir : Agnès de Baude-
ment et A., comtesse de Brienne, dame du dit seigneur de Chas-
senay.
Original, Archives du cliâteau de Brienne; copie, Cart.de
Bassefontaine, charte n° 95.
43. ~ 1146 {anno ab incarnatione Dorni^ii 1146). —
Charte de Thibaut II, comte de Champagne, pour le prieuré de
Ramerupt. Parmi les témoins : Gautier, comte de Brienne.
Original, Arch. de l'Aube; édit. ilist. des comtes de Cham-
pagne, t. III, p. 434.
44. — 1145-1147. — Henri, évêque de Troyes (à partir de
1145), constate que Gautier, comte de Brienne, agissant avec le
consentement de sa femme et de ses fils, a donné à l'abbaye de
Larivour droit d'usage dans ses bois. Parmi les témoins : Gui,
comte de Bar-sur-Seine (qui était mort en 1147, Art de vérifier
les dates, 3" édit., t. II, p. 590, col. 1).
Arch. de l'Aube, Cart. de Larivour, f 54 r", pièce cotée : De
usuario in nemoribus comitis Brene I.
45. — Brienne, du 8 au 15 juin 1147 {apud Brenam, pente-
costes diebus... amio incarnati Verbi 1147, quo nobilitas
regni Francormn, una cum suo rege Ludovico nomine,
transma7n7ias adiens ^^«r^e^, inimicos nominis Xpisti
agressa est expugnare). — G., comte de Brienne, la veiRe de
son départ pour Jérusalem, confirme, avec le consentement de sa
femme Adelise, de ses fils Erard et André, de sa fiUe Marie, les
donations faites au prieuré de Notre-Dame de Ramerupt par le
comte André, son ayeul et prédécesseur. Il y ajoute un droit
d'usage dans ses bois.
Orig., Archiv. de l'Aube; édit. Bibl. de l'école des chartes,
5° série, t. 11, p. 457.
152
46. — Brienne, du 8 au 15 juin 1147 {anno incarnati Verbi
1147, quo videlicet anno nobiliias regyii Francorimi, una
cum suo rege Ludovico transmarinas adiens partes, ini-
micos no)ninis Xpisti agressa est eocpugnare... apud Bre-
narii, in diebiis pentecostes). — Erard, comte do IJi'ienne, le
jour même où il part pour Jérusalem, avec Erard, son fils, renou-
velle, du consentement de sa femme Adelise et de ses fils Erard
et André, les dispositions contenues dans la charte précédente.
De plus il approuve d'avance les donations que ses vassaux fe-
ront à l'avenir au prieuré de Ramerupt.
Original, Arch. de l'Aube.
47. — 1147. — Gautier, comte de lîrienne, confirme les libé-
ralités d'Airard^ son père, envers l'abbaye de Beaulieu et y
ajoute des libéralités nouvelles.
Mention, Gall. Christ., XII, G14 G, 015 A.
48. — Troyes, 1151 {anno ab incarmdione Domini 1151).
— Thibaut II, comte de Ghampagne, fait connaître les libéralités
de Milon II, comte de Bar-sur-Seine, envers l'abbaye de Lari-
vour pendant la dernière maladie du dit Milon. Parmi les témoins,
Gautier, comte de Brienne.
Arch. de l'Aube, cart. de Larivour, f' 94 v° {De dono epis-
copi IP) .
49. — Brienne, 1152 {Brene, anno incarnati Ve^-bi 1152).
— Gautier, comte de Brienne, approuve plusieurs acquisitions
faites par l'abbaye de Beaulieu.
Ed. Vignier, Histoire de la tnaison de Luxembourg, édit.
del619, p. 191.
50. — Segni, P"" mars 1 153 {Signie, kal.Mariiï). — Eugène III,
pape, confirme deux donations faites à Baudouin, abbé de Basse-
fontaine, et à sou église. L'une a pour auteur Azealis, comtesse
de Brienne, autorisée par son mari, par ses fils et par Gosselin, jadis
évêque de Soissons, suzerain des biens dont il s'agit. Les biens
donnés sont un moulin apud Jarconam, et une église sur la
rivière delà Marne. Gette bulle est postérieure à la mort de Gos-
selin, 24 octobre 1152, et antérieure à celle d'Eugène III,
8 juillet 1153 (.Jaffé, Regesta iJOnti ficimi romanorum, p. 652;
cet auteur ne mentionne aucune bulle donnée à Segni en 1153).
Cartulaire de Bassefontaine, n" 104.
51. — 1155 au plus tard. — Gautier, comte de Brienne,
confirme la concession de droit d'usage faite par Erard, son père,
^53
à l'abbaye de Boulancourt, dans toute sa terre de Brienne.
Mention, Lalore, Cartulairede Boulancourt, p. 23.
52. — Bar-sur-Aube, 1155 (anno ah mcarnatione Domini
1155, Ludovico rege Francorum régnante, Gaufrido Lingo-
nensi ejnscopo eœistente, Barrutn-siqjer-Albam). — Charte
d'Henri P"", comte de Champagne, pour Tabhaje de Sept-Fon-
taines. Parmi les témoins : Gautier, comte de Brienne.
Edit. Annales prœmonshmtenses, t. II, col. CCCCXC.
53. — 1158. — Charte de Gautier, comte de Brienne, pour
l'abbaye de Boulancourt.
Mention. Lalore, Cartulaire de Boulancourt, p. 25; d'après
le Cart. français de Boulancourt, n" 42.
54. — Au plus tard 1161. — Gautier, comte de Brienne, et
sa femme Adélaïde rendent au prieuré de Notre-Dame de Ba-
merupt le droit d'étalage au marché de ce lieu. Le prieuré avait
déjà possédé ce droit du temps du comte André. Les moines de-
vront, en quittant le marché, enlever le banc, la corbeille ou
tout autre objet semblable qu'ils auront apporté.
Original, arch. de l'Aube, prieuré de Ramer upt.
55. — Au plus tard 1161. — Gautier, comte de Brienne, du
consentement de sa femme Adélaïde et de ses fils, donne à l'ab-
baye de Larivour cent sous de rente sur les coutumes des bois de
Piney.
Cartulaire de Larivour, f" 58 v». Pièce cotée : De usuario in
neniorihus comitis Brene XV.
56. — Au plus tard 1161. — Gautier, comte de Brienne, du
consentement de sa femme Adélaïde et de son fils Erard, donne
à l'abbaye de Larivour 40 sous de rente sur les coutumes du bois
de P'mey,pro reinotionejjnyne fundationis ejusdemecclesie,
situ et nemore.
Original, archives de l'Aube, fonds de Larivour ; copie, Cart.
de Larivour, f" 58 v°, pièce cotée: De usuario in nemoribus
coinitis Brene XVI.
57. — Au plus tard 1161. — Gautier, comte de Brienne, du
consentement de sa femme Adélaïde et de ses fils Erard et André,
donne à l'abbaye de Larivour ses possessions du Chardonnet entre
le chemin deRachisy et le chemin de Sacey jusqu'au grand bois.
Original, arch. de l'Aube, fonds de Larivour; copie, cart. de
Larivour, f" 48 r% pièce cotée : De usuario in nemoribus
comitis Brene XII.
454
58. — Au plus tard llGi. — Gautier, comte de Brienne, du
consentement d'Adélaïde, sa femme, et de ses tils, donne à l'ab-
baye de Clair vaux une rente de cent sous sur le passage de
lirienne. Ces cent sous seront employés à fournir un plat de
supplément à chaque moine un joui- par an.
Archives de l'Aube, Cartulaire de Clairvaux, p. 73; seconde
des pièces cotées : Elemosine III.
59. — Au plus tard 1161. — Henri, évêque de Troyes, fait
savoir qu'avec le consentement de Gautier, comte de Brienne, et
de ses fils, Gautier de Lassicourt et Ruticus, vicomte de Rosnay,
ont donné à l'abbaye de Bassefontaine la dîme de NeuviUe, vil-
lage détruit près de vSt-Cliristoplie fAube).
Cartulaire de Bassefontaine, pièce 59.
Section 6. — ERARD II.
60. — 1161 {(inno incarnati Verbi 1161, tomporibus Ln-
dovici, régis Francie, et Henrici, comilis Camjicmir). —
Henri^ évêque de Troyes, confirme toutes les acquisitions de
l'abbaye de Bassefontaine, principalement l'acquisition faite par
cette abbaye de la grange de Nuisement, près d'Onjon (Aube),
que vient de lui donner Erard, comte de Brienne. Erard et Jean,
abbé de Bassefontaine, sont venus en personne demander à
l'évêque cette confirmation. Parmi les témoins : Jean, abbé de
Beauheu, frère d' Erard.
Cartulaire de Bassefontaine, pièce 4.
61. — 1162 (anno ab incarnatione Domini 1162). —
Erard, comte de Brienne, avec l'assentiment d'André, son frère,
approuve les donations faites par son père à l'abbaye de La-
rivour.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Larivour; copie, Cart.
de Larivour, f" 54 r°, pièce cotée : De usuario in nemorïbus
co'iiiitis Brene II.
62. — 1163 (anno incarnati Verbi 1163). — Airard,
comte de Brienne, fait connaître les termes d'une transaction
entre l'abbaye de Bassefontaine et Pierre de Novo Maisnil.
Parmi les témoins : Jean, abbé de Beaulieu.
Cart. de Bassefontaine, pièce 78.
63. — Prieuré de St-Quentin de Troyes, P"" juillet 1164
{amio ab incarnatione Domini 1164, in domo Sancti Quin-
Uni Trecensis, kalendis julii) . — Jean,, prieur de Radonvilliers,
vend à l'abbaye de Bassefontaine une rente de six setiers de blé
et un droit d'usage que son prieuré avait dans une forêt de l'ab-
baye. Parmi les témoins : Jean, abbé de Beaulieu, Erard, comte
de Brienne, et André, son frère.
Cart. de Bassefontaine, pièce 48.
64. — 1166 («nno Verbi incarnati 1166). — Henri, évêque
de Troyes, constate que Boson, fils de Boson de Tliil, a donné à
l'abbaye deLarivour ses droits sur la àimeV allis S ecure. Parmi
les témoins : Erard, comte de Brienne, et André, son frère.
Cart. de Larivoiir, f" 64 r°, pièce cotée: Vallis Secure, Cor-
dineti et Rivorum IlII.
65. — 1166 [anno incarnati Verbi 1166). — E., comte de
Brienne, fait savoir qu'en présence de sa mère et de Jean, abbé
de Beaulieu, son frère, une contestation entre Jean, abbé de
Bassefontaine, et G., fils d'Herbert le Franc, s'est terminée par
un arrangement.
Cart. de Bassefontaine, pièce 13.
66. — 1166 {anno incarnati Verbi 1166). — Robert de
Mathaux et Pierre de Pougy donnent à l'abbaye de Bassefon-
taine droit d'usage dans leurs bois. Une des filles de Robert de
Mathaux sera reçue dans l'abbaye. La donation faite par Robert
de Mathaux est approuvée par Airald, comte de Brienne, suze-
rain du dit Robert.
Cart. de Bassefontaine, pièce 14.
67. — 1166? {anno 1156). — Charte d'Airard, comte de
Brienne, pour l'abbaye de Beaulieu, en présence de sa mère, de
Jean, abbé de Beaulieu, son frère, avec le consentement d'Agnès,
sa femme, et d'André, son frère. Cette charte est postérieure à
1156; car Jean de Brienne ne devint abbé de Beaulieu qu'en
1157 {Gall. Christ., XII, 615 B), et Gautier II, comte de Bri-
enne, vivait encore en 1158 (voir plus haut n" 53).
Extrait Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg, 1619,
p. 195.
68. — 1166 (sans date). — Robert de Mathaux donne à l'ab-
baye de Bassefontaine droit d'usage dans ses bois. Une de ses
fiUes, âgée de moins de quinze ans, sera reçue dans l'abbaye.
Approbation d' Airald, comte de Brienne, suzerain du dit Robert.
Parmi les témoins : Airald, comte de Brienne, Eustache et An-
dré, ses frères.
^56
Cart. de Bassefontaine, pièce 15.
69. — 1166 {anno incarnati Verbi 1166, tempoHbus
Ludovici, [rcgis] Francie; et Henrici,episcopi Trecensis\et
Hennci, comitis Campaniae). — Erard, comte de Brienne,
avec le consentement d'Agnès, sa feumie, et d'André, frère du
dit Erard, confirme les donations de son père à l'abbaye de Bas-
sefontaine, abandonne la redevance annuelle de douze muids de
grain que l'abbaye lui devait sur la grange deNuisement, reprend
en échange les redevances que l'abbaye possédait sur Brienne et
Piney, et reçoit de l'abbaye quittance de ce qu'il lui devait ; il
autorise le transfert facultatif de l'abbaye ad Maisnillum, après
le décès de sa mère, ou du vivant de sa mère si celle-ci y consent.
Parmi les témoins : sa mère et Jean, abbé de Beaulieu, frère du
dit Erard.
Cart. de Bassefontaine, pièce 3.
70. — 1166 au plus tard (sans date). — Erard, comte de
Brienne, confirme le testament d'A., dame de Venisy, sa mère,
qui a laissé à l'hôtel-Dieu du Chêne une rente sur la dîme de
Dosnon, et diverses redevances aux églises de Notre-Dame et de
Saint-Martin de Ramerupt, à l'hôtel-Dieu et à la léproserie du
dit lieu, au curé et à la chapelle de Nogent-sur-Aube, aux églises
de Prusly, Florigny, Séant (auj. Bérulles) et Saint-Pierre de
Venisy, et aux lépreux de Venisy.
Original, archives de la Marne, fonds de Saint-Remi de Reims
(communication de M. Vétault, archiviste).
71. — 1172 [anno ah incarnatione Domini nostri Jhesu
Xpisti 1172, Ludodco rognante). — Airard, par la miséricorde
de Dieu, comte de Brienne, fait savoir qu'Ansculle de Thil a
donné à l'abbaye de Montier-la-Celle ses droits sur la dîme
d'Auzon (Aube). Il se porte garant que cette donation sera exé-
cutée.
Original, Arclnves de l'Aube, fonds de Montier-la-Celle.
72. — 1172. — Charte de donation par Girard (hsez Airard),
comte de Brienne, pour l'abbaye de Montiéramey.
Mention, Gall. Christ., XII, 501 C, 555 C.
73. — 1173 {anno ah incarnatione Domini 1173). — Hé-
rard, par la grâce de Dieu comte de Brienne, approuve et garan-
tit la donation faite à l'abbaye de Larivour par Erlebaud de
Vaubercey et Gile, sa femme, de ce qu'ils avaient entre la Morge
et leur forêt. Parmi les témoins : André, frère du comte.
^57
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Larivour; copie, Cart. de
Larivour, pièce cotée de Bellomonte IIIP.
74. — 1176 [finno incarnati Verii 1176). — Hérard,
comte de Brienne, fait savoir que Boson de Thil et Ansculfe,
frère du dit Boson, ont abandonné à l'abbaye de Larivour leur
prétention à un droit d'usage dans la forêt du Chardonnet et ce
qu'ils possédaient à Laubressel et à Champigny. En compensa-
tion, l'abbaye assure à Boson de Thil une rente perpétuelle de
deux muids de blé, moitié froment, moitié avoine. Hérard, comme
suzerain, approuve cette convention.
Cart. de Larivour, f 82-83, pièce cotée de Campiniaco
IIP.
75. — 1176 {anno Domini 1176). — Mathieu, èvêque de
Troyes, fait savoir que Nivelon de Ramerupt a donné à l'abbaye
de Larivour un muid de grain de rente sur le moulin d'Aunay.
Parmi les témoms : Erard, comte de Brienne, et André, son
frère.
Cart. de Bassefontaine, pièce 70.
76. — Brienne, 1177 (m aula Brenensi anno ah incarna-
tione Domini nostri Jhesu Xpisti 1177). — Airard, par la
patience de Dieu comte de Brienne, donne à l'abbaye de Saint-
Loup de Troyes le four banal de Sacey (Aube), six manses et
demi au même lieu, le droit d'usage dans la îorèiBateith pour les
prieurés de Molins et d'Auzon et pour les habitants de Molins.
Cette cession est approuvée par Agnès, femme d'Erard, par
Gautier, Guillaume et André, enfants d'Erard. En échange, l'ab-
baye donne à Erard le bois de Brévonnelle. Parmi les témoins :
André , frère d'Erard ; Gilon , pédagogue de Gautier, fils
d'Erard.
Original, archives de l'Aube, fonds de Saint-Loup ; copie,
Cartulaire de Saint-Loup de Troyes appartenant à Mme de la
Porte, f 46-47.
77. — 1177. — Erard, comte de Brienne, donne à l'abbaye
de Saint-Loup deux sous de cens sur un manse à Sacey et reçoit
en échange deux sous de cens que l'abbaye avait à Lusigny.
Cartulaire de Saint-Loup appartenant à Mme de la Porte.
P 48 v".
78. — Besançon, 1178 [apud Bisuntinum, anno dominicœ
incarnationis 1178, indictione undecirna, vigesimo secundo
{sic) kale7ida s octob ris). — Henri, comte de Bar-le-Duc, fait
^^)8
hommage ii Frédéric Darberousse, empereur, et à sa femme
Béatrix, comtesse de Bourgogne et impératrice. Parmi les té-
moins : Girard (lisez Airard), comte de Brienne ^
Ed. Perard, Mec. de pièces, p. 253-254.
79. — Abbaye de Saint-Martin-^ès-Aires de Troyes, 1179
{Trecis in donio Sancli Martini anno Verhiincarnati\\19).
— Erard, comte de Jjrienne, confirme la concession de droits
d'usage faits à l'abbaye de Saint-Martin-ès-Aires par son père
Gautier.
Original, Arcli. de l'Aube, fonds de St-Martin-ès- Aires ; cf.
Gall. Christ., Xll,h^i D.
80. — 1179 [anno incarncdi Verbi 1179). — Arrard (sic),
comte de Brienne, donne à l'Hôtel-Dieu de Ghalette droit d'usage
dans ses bois.
Extrait d'une confirmation donnée le 29 juillet 1454 par
Englebert d'Enghuien ; Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup de
Troj'es.
81. — 1181. — Erard,, parla grâce de Dieu comte de Brienne,
cède à titre d'échange à l'Hôtel-Dieu de Ghalette sa terre et ses
prés de BevironeUa. Gonsentement de sa femme et de ses fils
Gautier et Guillaume.
Gart. de St-Loup de Troyes appartenant à Mme de la Porte,
82. — Bar-su r-Aube, 1182. — Gharte de Marie, comtesse de
Ghampagne, pour l'abbaye de St-Remi de Reims. Parmi les té-
moins : Erai'd, comte de Brienne, et André, son frère.
Bibliothèque de la viUe de Reims, S'' cartulaire de St-Remi,
f 21 v\
83. — 1182 [anno 1182). — Gharte de Simon, seigneur de
Beaufort, pour l'abbaye de la Ghapelle-aux-Planches. Parmi les
témoins : Jean, abbé de Beaulieu; Erard, comte de Brienne.
Edit. A. Duchesne, Uist. de la maison de Broyés et de
Châteauvillain, Preuves, p. 21.
1. Hujus rei sunt testes: Guillelmus, archiepiscopus Rcniensis; lleinricus,
Trecensis palatinus cornes ; Hugo, dux Burgundiae, Hugo, dominus Brecurum;
Simon de Commarii, Girardus, cornes Brenae; Girardus de Kinello, Simon de
Betfort, Barlholomeus de Vangionis Rivo, Gaufridus et Ysembardus de Mini-
lio, Balduinus de Rarro, Gaufridus de Vienne, Burkardiis praefectus Magde-
buvgensis, Ruodulf'us, cornes de Phullendorf, Otto cornes de Kerpro, Ludovicus
cornes de Pherelis, Eberliardus cornes Zeringsen, et alii quani pluies.
459
84. — Troyes, 1184 [Trecis, anno incarnati Verhi U84).
— Hérard, comte de Brienne, reconnaît que l'abbaye de Montier-
la-Celle est propriétaire du bois des Broces surMontois. Toute-
fois le comte de Brienne a la garde et la justice de ce bois.
Arch. de l'Aube, Inventaire de Montier-la-Celle, t. I, f" 45 r",
d'après le cartulaire en parchemin, fol. 21 et 123; cf. Gall.
Christ., t. XII, col. 544 E.
85. — II84 [anno incarnati Verbi 1184). — Airard, par la
miséricorde de Dieu comte de Brienne, contraint par les néces-
sités de la guerre, a pris, pour approvisionner son château, des
vivres dans les granges de Molius et d'Auzon appartenant à,
l'abbaye de Saint-Loup. En réparation, et du consentement de
ses fils Gautier et Guillaume, il abandonne à l'abbaye son droit
de gîte au prieuré de Molins. De plus, il décide que sur ses terres
les habitants de Molins paieront les droits de péage d'après le
même tarif que les habitants de Brienne. Parmi les témoins :
André, frère du comte de Brienne; Gilon, pédadogue de Gautier,
fils du dit comte.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Saint-Loup ; copie,
Cart. de St-Loup, f" 54 r».
86. — Avant le 6 août 1185. — Enquête par Michel, doyen
de Meaux, sur le droit d'usage possédé par l'abbaye de Larivour
dans les forêts du comte de Brienne.
Original, archives du cliàteau de Brienne; copie, Cart. de
Larivour, f° 55 r^, pièce cotée : De usuario in neraoribus
comitis Brene VI.
87. — Paris, 6 août 1185 [Parisiiis, anno Verbi incarnati
1185, mense Augusto, sextadie ejusdem mensis). — Michel,
doyen de Meaux, juge délégué par le pape, maintient l'abbaye
de Larivour dans le droit d'usage et de pâturage dont sont gre-
vées à son profit les forêts du comte de Brienne.
Original, archives du château de Brienne ; copie, Cart. de
Larivour, 1° 54 v°-55 r", pièce cotée : De usuano in nemoribus
comitis Brene V.
88. — Vérone, 8 septembre 1185 {Veron. VI idiis septem-
bris). — Le pape Luce III rappelle que, vu la dureté et la mali-
gnité du comte de Brienne envers l'abbaye de Larivour, il a
délégué comme juge entre ces deux parties Michel, doyen de
Meaux, sur la question du droit d'usage contesté par le comte. Il
confirme la sentence dudit doven de Meaux.
<60
Original, arcli. du château de Brienne.
89. — 1185 {anno incarnati Verbi 1185). — Erard, comte
de Brienne, approuve comme suzerain la donation à l'abbaye de
Bassefontaine, par Gautier de Longsols, d'une partie des dîmes
de Saint-Nabord (Aube), et de Mesnil-la-Comtesse. Parmi les
témoins : Jean, abbé de Beaulieu, frère du dit comte.
Cart. de Bassefontaine, pièce 73.
90. — 1185 {anno incarnati Verbi 1185). — Erard, comte
de Brienne, confirme la donation faite à l'abbaye de Bassefontaine
par Gautier de Longsols et Gilon de Pougy, d'une partie des
dîmes de Saint-Nabord et de Mesnil-la-Comtesse.
Original, Arch. de l'Aube ; copie, Cart. de Bassefontaine,
pièce 74.
91. — 1185 {anno 1185). — Ciiarte d'Erard, comte de Bri-
enne, avec le consentement d'Agnès, sa femme, de Gautier et de
Guillaume, ses fils.
Extrait, Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg, 1619,
p. 207.
92. — 1185 {anno incarnati Verbi 1185). — Erard, comte
de Brienne, avec le consentement de sa femme Agnès et de son
fils Gautier, cède à l'abbaye de Bassefontaine sa vigne de Ber-
trimonte et des biens à Bassefontaine et à Mainol ; il reçoit en
échange une partie des possessions de l'abbaye à Pressy. Parmi
les témoins : Jean, abbé de Beaulieu, son frère.
Original, arch. du château de Brienne; copie Cart. de Basse-
fontaine, pièce 6 ; édit. Camuzat, Promptuuriuin, f* 365 v° v°;
cf. G ail. Christ.,Xll, 618 C.
93. — 1186 {anno incarnati Verbi 1186). — Erard, comte
de Brienne, avec l'assentiment d'Agnès, sa femme, et de
Gautier et de Guillaume, ses fils, cède à l'abbaye de Bassefon-
taine les biens qu'il avait acquis à Pressy en vertu de l'échange
précédent. L'abbaye fournira dans toutes les églises du comté de
Brienne les hosties nécessaires à la célébration de la messe.
Parmi les témoins : Jean, abbé de Beaulieu, et André, frères du
comte.
Original, arch. du château de Brienne ; copie, Cartulaire de
Bassefontaine, pièce 7.
94. — Auzon, mai 1186 {ajnid Ausonam, anno incarnati
Verbi 1186, mense maio). — Erard, par la grâce de Dieu
comte de Brienne, approuve les donations faites ii l'abbaye de
^6^
Saint-Loup de Troyes par Renaud le Vieux. Ces donations con-
cernent des biens à Auzon et à Montaugon.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Saint-Loup.
95. Brienne 1186 [Brene, anno incarnati Verbi 1186).
— Erard, comte de Brienne, déclare que les bois de son comté,
sur lesquels l'abbaye de Larivour a droit d'usage, sont les bois
situés entre l'Aube et la Barse. Approbation de Gautier et de
Guillaume, ses fils, d'André de Ramerupt, son frère. Parmi les
témoins : Jean, son frère, abbé de Beaulieu.
Archives de l'Aube, fonds de Larivour, extrait d'un vidimus
original émané de Gautier III, comte de Brienne, en mai 1230 ;
Cartulaire de Larivour, f" 54 r° v".
96. — Juin 1188. — Erard, comte de Brienne, constate que
Gui, chevalier du Mesnil, a admodié à l'abbaye de St-Loup de
Troyes, avec l'approbation d'Eudes de Vendeuvre, son suzerain,
sa part des dîmes de Lusigny.
Cart. de St-Loup de Troyes appartenant à Mme de la Porte,
97. — Troyes 1188 {Trecis, anno incarnati Verbi 1188).
— Charte de Manassès, évêque de Troyes, pour l'abbaye de La-
rivour. Parmi les témoins : Erard, comte de Brienne.
Cart. de Larivour, f" 122 v°, pièce cotée : De Teneleriis et
Jusque Trecis possidemus, V.
98. — 1189 (anno incar^iati Verbi 1189). - Erard, comte
de Brienne, déclare qu'en sa présence et en présence de toute sa
cour, à Brienne, Gui de Noi'o Masnillo, Jean et Reynaud,
frères du dit Gui, ont approuvé les donations de leurs ancêtres à
l'abbaye de Bassefontaine. Règlement des contestations qui
avaient surgi à l'occasion de ces donations. Parmi les témoins :
Jean, abbé de Beaulieu, frère du comte.
Cart. de Bassefontaine, pièce 79.
99. — 1 189 {anno ub incarnatione Doraini 1 189). — Erard,
comte de Brienne, constate une donation que fait à l'abbaye de
Bassefontaine Simon de Villevoque (Aube). Erard, avec l'appro-
bation de ses fils G. et G., pt^'^nd cette donation dans sa
main. Fait en présence de Jean, abbé de Beaulieu, frère
d' Erard.
Original, arch. deTAube; copie, Cart. de Bassefontaine, pièce
23 ; extrait Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg,
1619, p. 207.
W
462
100. — 1189 {annoincarnati Verhi 1180). — Airard, parla
patience de Dieu comte de Brienne, sur le point de partir pour
Jérusalem, reprend le four de Sacey qu'il avait donné à l'abbaye
de Saint-Loup pour 20 sous de rente, et assure à cette abbaye
cette rente sur ses revenus de Piney, Sacey et Rouilly.
Original, archives de l'Aube, fonds de Saint-Loup ; copie,
Cartulaire de Saint-Loup, appartenant à Mme de la Porte, p. 47-
48.
101. — 1189 au plus tard. — Erard, comte de Brienne, fait
savoir que Bovou de Duingun a donné à l'abbaye de Bassefon-
taine, avec l'approbation de Rainaud Crocant, son suzerain, sa
part des dîmes de Saint-Nabord et de Mesnil-la-Comtesse.
Original, arch. de l'Aube, fonds de St-Loup ; copie, Cart. de
Bassefontaine, pièce 71.
102. — 1189 au plus tard. — Erard, comte de Brienne, rap-
pelle que, du temps de Gautier, père dudit Erard, Rainaud Crocant
engagea sa part des dîmes de Saint-Nabord et Mesnil-la-Comtesse
à l'abbaye de Bassefontaine pour 27 livres. Gautier, comme su-
zerain, approuva cet engagement. Du temps d'Erard, l'abbaye
de Bassefontaine a ajouté 60 livres à la somme prêtée.
Original, arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup; copie, Cart.
de Bassefontaine, pièce 72.
Section 7. — GAUTIER IIL
103. — 1 192 [anyio incarnationis Domini 1 192). — Gautier,
comte de Brienne, donne à Raoul de l'Étape la terre et le cens
qu'il avait à Radonvilliers.
Edit. Socard, Méni, de la Soc. Acacl. de l'Aube, 3^ série,
t. I, p. 286 ; d'après le 2° cart. de Molesme, f^ 94 r'\
104. — 1192. — Gautier, comte de Brienne, et ses frères
Guillaume et Jean approuvent la vente de Taillebois à l'abbaye
de Boulancourt, par l'abbaye de Beaulieu.
Mention : Lalore, Cartulaire de l'abbaye de Boulancourt,
p. 55, d'après le Cartulaire français de Boulancourt, pièce 129.
105. — 1193 {anno incarnationis Domini 1193). — Gau-
tier, comte de Brienne, fait savoir que Winger de Sacey a donné
à l'abbaye de Larivour ses droits sur le pré de Lescheriis.
Arch. de l'Aube, Cart. de Larivour, f« Ç>(d r" ; pièce cotée :
Yallis Secure, Cardineti et Rivormn XVIL
^163
106. — Troyes, avril 1195 {Trecis, anno incarnationis Do-
mini \\9h, mense aprili). — Gautier, comte de Brienne, con-
firme à l'abbaye de Larivour le droit d'usage qu'elle possède dans
les bois du comté de Brienne entre l'Aube et la Barse. Approba-
tion de ses frères Guillaume et Jean.
Original; arch. de l'Aube, fonds de Larivour ; copie, Cart. de
Larivour, f" 55r°v°, pièce cotée : De usuario in nemoribus
comitis Brene VIL
107. — 1196 {anno incarnati Verhi 1196). — Gautier,
comte de Brienne, approuve comme suzerain : F la donation par
Ausculte de Thil et les frères du dit Ansculfe à l'abbaye de Clair-
vaux du droit de pâturage sur tout le territoire de Thil ; 2*^ l'a-
censement par les mêmes à la même abbaye du lieu dit Torrei-
mons dans la direction de Maisons.
Bibliothèque de la ville de Troyes, ms. 703, p. 327 (Cart.
de Clairvaux, pièce cotée : Belinfaij XXII) .
108. — Melun, avril 1198 [Melechmi, anno 1198, mense
aprili). — Philippe- Auguste fait savoir que Thibaut, comte de
Champagne, lui a fait hommage. Parmi les cautions de Thibaut :
Guillaume de Brienne.
Delisle, Catalogue des actes de Philijope-Auguste , n^ 533.
109. — 1198 {anno Verbi incarnati 1198). — Charte de
Thibaut, comte de Champagne. Témoins : Gaucher de Châtillon,
Gautier, comte de Brienne ; Guillaume et Jean, frères du dit
Gautier; Geofroi, maréchal.
Extrait : Vignier, Hist. de la maison de Luxernbourg,^. 207.
110. — Troyes, décembre 1199. — Gautier, comte de Bri-
enne, autorise Clarembaud de Chappes à vendre à l'abbaye de
Larivour ou à d'autres, s'il veut, trois ou quatre cents arpents du
bois du dit Clarembaud à Dosches .
Original, arch. de l'Aube, fonds de Larivour ; copie, Cart. de
Larivour, f" 16 r°, pièce cotée : De FonteneriXX.
111. — Février 1200 {anno incarnati Verbi 1199, mense
februario). — Gautier, comte de Brienne, cède à Thibaut III,
comte de Champagne, les mouvances de Trannes, Jessains, Onjon
et Pel-en-Der, en échange de celle de Villeloup que Thibaut l'a
autorisé à vendre.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n*^ 498 ; ex-
trait : Vignier. Hist. de la raaison de Luxembourg, 1619,
p. 213.
464
112. — Du 18 avril 1199 au 8 avril 1200 {nh incarnatione
Doinini anno 1199). — Gautier, comte deBrienne, déclare que
le droit d'usage de l'abbaye de Larivoui- dans ses bois comprend
le gland et la faine.
Original, archives du château deBrienne; copies : vidimus de
l'année 1230 aux archives de l'Aube; Cart. deLarivour, f 56 r°,
pièce cotée : De usuario in npmoribus comitis Brene VIII.
1 13. — Du 18 avril 1 199 au 8 avril 1200 [anno gmtie 1 199) .
— Gautier, comte de Brienne, avec l'assentiment d'Alvire,
illustre comtesse, sa femme, approuve comme suzerain les acqui-
sitions à venir de l'abbaye de Clairvaux en prés et pâtures à
Trémilly et Nogent, en bois et prés à Thil, Beui*ville et Saulcy.
Bibliothèque de la ville de Troyes, ms. 703, p. 327 (Cart. de
Clairvaux), pièce cotée Belinfay XXIII.
114. _ Du 18 avril 1199 au 8 avril 1200 {amio incarnati
Verbi 1199). — Gautier, comte de Brienne, donne à l'abbaye
de Molesme un bien à Radonvilliers, et autorise cette abbaye à
acquérir les propriétés que Raoul de l'Etape, son sergent {fa-
mulus), possède au même lieu.
Edit. Socard, Mém. de la Soc. Acad. de l'Aube, 3" série,
t. I, p. 289, d'après le 2" cart. de Molesme, f 94 v'\
115. — Du 18 avril 1199 au 8 avril 1200 [anno incarnati
Verbi 1199). — Jean de Brienne approuve la charte précédente
de Gautier, comte de Brienne, son frère.
Edit. Socard, Mém. delà Soc. Acadèm. de l'Aube, 3° série,
t. I, p. 290, d'après le 2' cart. de Molesme, T 94 v°.
116. — Du 18 avril 1199 au 8 avril 1200 {anno Verbi
incarnati 1199). — Gautier, comte de Brienne, donne à la
maison des pauvres située près du village du Chêne, droit d'usage
pour le chauffage des pauvres dans le bois Batei. Parmi les
témoins, Guillaume, son chapelain ; Nicolas, chapelain de sa
mère.
Original, archives de la Marne, fonds de Saint-Remi de Reims
communication de M. Vétault, archiviste.
117. — Du 18 avril 1199 au 8 avril 1200 (anno incarnati
Verbi 1199). — Gautier, comte de de Brienne. dote la chapelle,
fondée par Erard, son père, à Brévonne.
Original, archives delà Marne, fonds de Saint-Remi de Reims,
communication de M. Vétault.
118. — 1200 (sans date). — Lettre de recommandation pour
^65
Gautier, comte de Brieniie, adressée par Innocent III à Gautier,
chancelier du royaume de Sicile.
Innocenta III papœ Gesta, § XXV ; dans Migne, Patro-
logie latine, t. 214, p. xlvii-xlix.
119. — Troyes, mars 1201 {Trecis, cmno Do^nini 1200,
mense martio). — Jean de Brienne a cédé Herbisse à Thi-
baut III, comte de Champagne, qui lui a donné en échange des
biens à Màcon (Aube), Onjon, Luyères, Avant, Longsols,
Rouilly, plus 780 livres de soulte. Jean a prêté ces 780 livres à
son frère Gautier, comte de Brienne, qui lui a engagé ses biens
entre la Seine et l'Aube. Jean garantit au comte la propriété
d'Herbisse contre les héritiers de Guillaume de Brienne, alors
défunt.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, n° 536;
Extrait : Vignier, Hist. de la maison de Luxembourg, 1619,
p. 207.
120. — Du 9 avril 1200 au 24 mars 1201 {anno gratie
1200). — Gautier, comte de Brienne. autorise les moines de
Larivour à construire chaque année, dans les bois de son comté
où ils ont droit d'usage, une loge longue de trente toises et large
de vingt pour abriter leurs pâtres et leurs porcs.
Original, Archives du château de Brienne; copie, Cart. de
Larivour, f 58 r", pièce cotée : De usuario in nemoribus
coinitis Brene.
121. — Du 9 avril 1200 au 24 mars 1201 (anno incarnati
Verbi 1200). — Gautier donne à l'Hôtel-Dieu du Chêne la
chapelle fondée à Brévonne, par Erard, son père.
Original, archives de la Marne, fonds de Saint-Remi, com-
munication de M. Yétault, archiviste.
122. — Troyes, avril 1201 {Trecis, anno incarnationis
dominice 1201, mense aprili). — Gautier, comte de Brienne,
cède à l'abbaye de Saint-Loup de Troyes les droits de garde, de
gîte et de justice qu'il avait dans le village de Molins. Il reçoit
de l'abbaye cent livres de Provins.
Original, arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup; copie, Cart.
de Saint-Loup, f 48-49 (cf. Catal. des actes des comtes de
Champagne, n" 543).
123. — Troyes, avril 1201 [Trecis, anno incarnationis
dominice 1201, mense aprili). — Jean, frère de Gautier,
comte de Brienne, approuve l'acte qui précède.
^66
Cart. de Saint-Loup, f' 49; édit.. Mémoires lus à la Sor-
bonne, 1867, Histoh'c, p. 243-244.
124. — Sézanne, avril 1201 {apud Sezanniam, anno Do-
mini 1201, mense oprili). — Gautier, comte de Brienne,
engage toute sa terre pour 700 livres à Thibaut 111, comte de
Champagne.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, n° 542.
125. — Latran, 3 juillet 1201 {Laterani,'Y° nonas julii,
[pontificatus anno quarto]). — Lettre de recommandation pour
Gautier, comte de Brienne, adressée par Innocent 111 à Frédéric,
roi de Sicile.
Innocenta III papœ Gesta, n" xxxiii, dans Huillard-
Bréholles, Hist. diplom. Frederici II, t. I, p. 80-85; Migne,
Patrologia latina, t. 214, p. lvii-lxi.
126. — Latran, 15 mai 1202 {Laterani, idibus maii, ponti-
ficatus nostri anno V). — Innocent 111 annonce aux habitants
de la Sicile qu'après la victoire remportée par Gautier, comte de
Brienne, il envoie en Sicile le cardinal Rofrido et le maréchal
Jacques, auxquels il les invite à donner assistance.
Innocenta III pajjœ regest. lib. V, n° 38, dans Huillard-
Brèholles, Hist. diplom. Frederici II, t. I, p. 88; Migne,
Patrologia latina, t. 214, col. 993.
127. — Latran, 15 mai 1202 {Latera7îi, idibus maii, [pon-
tificatus nostri anno V]). — Innocent 111 invite l'évêque élu
de Palerme à venir en aide à Gautier, comte de Brienne.
Innocenta III papœ regest. lib. V, n° 39, dans Migne,
Patrologia latina, i. 214, col. 996; mention, Huillard-Bréholles,
Hist. dipl. Frederici II, t. 1, p. 90.
128. — Velletri, 14 septembre 1202 {Velletri, XYlll kalen-
das octobris, [pontificatus anno Y]). — Innocent 111 invite
Gautier, comte de Brienne, à passer en Sicile.
Innocenta III papœ regest. lib. V, n*^ 84, dans Huillard-
Bréholles, Hist. diplom. Frederici II, t. I, p. 92; Migne,
Patrologia latina, t. 214, col. 1070-1072.
129.— Velletri, 14 septembre 1202 {Velletri, XVIll kalen-
das octobris, [pontificatus anno V ). — Innocent 111 donne à
Jacques, justicier et capitaine d'Apulie et de la Terre de Labour,
avis de l'invitation qu'il vient d'adresser à Gautier, et l'invite
lui-même à exécuter les ordres dudit Gautier.
Innocenta III papœ regest. lib. Y, n° 85, dans Migne,
467
Patrologia latina, t. 214, col. 1072; mention Huillard-Bré-
holles, Hist. diplom. Frederici II, t. I, p. 94.
130. _ Velletri, 14 septembre 1202 {Velletri, XVIII kalen-
das octobris, [po7itiflcatus anno V]). — Innocent III autorise
Gautier, comte de Brienne, à faire un emprunt de 3,000 onces
sur les revenus du cameriatus d'Apulie et de la Terre de
Labour.
Innocenta III papœ regest. lib. V, n*^ 86, dans Migne,
Patrologia latina, t. 214, col. 1072-1073.
131. _ YeUetri, 14 septembre \2Q2 {Velletri, XYIII kalen-
das octobins, [pontifîcatus anno V]).
Innocent III prévient le maître du cameriatus d'Apulie et de
la Terre de Labour, qu'il a mis à la disposition de Gautier, comte
de Brienne, les revenus dont ils ont l'administration.
Innocenta III papœ regest. lib. V, n^ 87, dans Migne,
Patrologia latina, t. 214, col. 1073.
132. — Ferentino, 21 mai 1203 {Ferentini, [XII kalendas
junii, pontifîcatus anno VI]). — Innocent III reçoit en grâce
Gautier, chancelier de Sicile, et refuse l'offre que lui fait le dit
Gautier de lui livrer une forteresse en garantie de sa conduite à
l'égard de Gautier, comte de Brienne.
Innocenta III papœ regest. lib. VI, n° 71, dans Huillard-
Brêholles, Hist. diplora. Frederici II, t. I, p. 100-102;
Migne, Patrologia latina, t. 214, col. 67-68.
133. — Troyes, août 1203 {Trecis, anno dorainice incarna-
tionis 1203, mense augusto).— Jean de Brienne approuve l'ad-
modiation par Clarembaud de Chappes, à l'abbaye de Larivour,
de ce que le dit Clarembaud possède dans le bois de Dosche.
Original, archives derAul3e, fonds de Larivour.
134.— Latran, 1"" septembre 1204 {Laterani, Jialendis sejj-
ternbris, [pontifîcatus anno VF]). — Innocent III, à la de-
mande de Gautier, comte de Brienne , accorde à Roger de
Bisatus la ville de Bisignano, pour en jouir jusqu'à la majorité
de Frédéric, roi de Sicile, en échange de la viUe de Minervino,
que ledit Roger a cédée à Jacques, justicier d'Apulie et delà terre
de Labour.
Innocenta III papœ regest. hb. VII, n^ 124, dans Migne,
Patrologia latina, t. 214, p. 408-409.
135. — Provins, avril 1205 {Prmnni, anno Domini 1205,
raense aprili). — Jean de Brienne vend, pour 800 livres, à
^68
Blanche, comtesse de Champagne, le village de Mâcon (Aube),
donné en fiel' par Thibaut III au dit Jean- sans le consentement
de Blanche, et qui faisait pai'tie du douaire de Blanche.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, n° 614;
cf. Bréquigny, Table des diplômes, IV, 369.
Section 8'. — JEAN ^^
136. — Troyes , avril 1206 {Trecis,anno incarnat ionis
domiyiice 1206, mense aprili). — Jean, comte de Brienne,
donne à l'abbaye de Saint-Loup de Troyes l' Hôtel-Dieu de Cha-
lette et ses dépendances, notamment l'Hôtel-Dieu de Brienne.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup; copie, Cart.
de Saint-Loup de Troyes, f^ 49-v^ 50 r°; édit., Mém. lus à la
Sorbonne, 1868, Histoire, p. 244-245.
137. — Novembre 1206 [anno incarnationis dominice
1206, mense novembri). — Blanche, comtesse de Champagne,
déclare qu'en sa présence, Milon, comte de Bar-sur-Seine, et
Gui de Jullj'-sur-Sarce, se sont accordés sur la mouvance de
Jully, Thors, Ville-sur- Arce, Magnan, etc. Jean, comte de
Brienne, est caution de Gui.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, n° 659.
138. — Du 20 mars 1209 au 17 avril 1210 {anno gratie
1209). — Jean, comte de Brienne, et Guillaume, comte de
Joigny, déclarent qu'en leur présence, Guillaume, comte de San-
cerre, a fait l'aveu et dénombrement des fiefs qu'il tient de
Blanche, comtesse de Champagne.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, r)9 734.
139. — 23 avril 1209 [Loterani, IX kal. maii, pontifi-
catus anno XII). — Innocent III recommande à Philippe-
Auguste, roi de France, Jean, comte de Brienne, qui va bientôt
épouser Marie, reine de Jérusalem.
Innocenta III papœ regest., lib. XII, n° 27, ap. Migne,
Patrologia latina, t. 216, col. 36-37.
140. — Avril 1210 {anno gratie 1210, mense ap^nli). —
Jean, comte de Brienne, donne à l'abbaj-e de Bassefontaine la
grange de Brienne-la-Vieille.
Cart. de Bassefontaine, pièce 8; édit., Mém. lus à la S or-
bonne , 1868, Histoire, p. 245; cf. Gall. Christ. XII,
618 C.
^69
141. — Juin 1210 {an7io gratie 1210, mense junio). —
Hervé, êvèque de Troyes, déclare qu'eu sa présence, Jean,
comte de Brienne, a reconnu avoir fait la donation qui est l'objet
de la charte précédente.
Cart. de Bassefontaine, pièce 9; édit., Mèm. lus à la Sor-
bonne, 1868, Histoire, p. 245-246; extrait, Yignier, Hist. de
la maison de Luxembourg, p. 221.
142. — Trojes, juin 1210 {apud Trecas, anno dominice
incarnationis 1210, mense junio). — Jean, comte de Brienne,
confirme l'admodiation faite à l'abbavedeLarivour, par Clarem-
baud de Chappes, de ce que ledit Clarembaud avait dans le bois
de Dosche.
Cart. de Larivour, pièce cotée : de FonteneH XXI; édit.,
Mém. lus à la Sorbonne, 1868, Histoire, p. 246.
143. _ Du 18 avril 1210 au 2 avril 1211 {anno ab incarna-
tione Domini 1210). — Jean, comte de Brienne, confirme les
donations de ses prédécesseurs à l'abbaye de Bassefontaine, et y
ajoute une redevance annuelle d'un muid de blé sur les moulins
de Brienne-la-Yieille .
Cart. de Bassefontaine, pièce X; édit., Mém. lus à la So'r-
bonne, Histoire, 1868, p. 246; extrait, Vignier, Hist. de la
maisonde Luxembourg, p. 221.
144. _ Du 18 avril 1210 au 2 avril 1211 {anno incarnati
Verbi 1210). — Jean, comte de Brienne, accorde à l'abbaye de
Clairvaux droit d'usage dans le \)0\^ Bateiz pour la grange de
Fenu (Aube).
Arch. de l'Aube, Cart. de Clairvaux, p. 95, pièce cotée :
Fenis V; édit., Mém. lus à la Sorbonne, 1868, Histoire,
p. 246-247.
145. _ Du 14 avril 1213 au 29 mars 1214 {anno incarnati
Verbi 1213). — Jacques de Durnaio, procureur de Jean, roi de
Jérusalem, comte de Brienne, fait savoir que GwïReorte, cheva-
lier de Mainil, a engagé, pour 40 livres, à Guillaume, doyen de
Brienne, la moitié de la grosse dîme de Novo Mainil.
Arch. de l'Aube, Cart. de la Léproserie de Troyes, f° 36 v°;
édit., Mém. lus à la Sorbonne, 1868, Histoire, p. 247.
146-147. —Août 1217 {anno incarnatiVerbi 1217, mense
augusto.) — Jean, par la grâce de Dieu, roi des Latins de
Jérusalem, comte de Brienne, constate par deux chartes des
donations faites à l'hôpital des Allemands d'Acre.
no
Edit. Strehike. Tabulœ ordinis teutonici, p, 41 . Il esta noter
qu'à partir d'une charte du 30 ou 31 mai 1220 (p. 43), on ne
voit plus Je^n prendre le titre de comte de Brienne.
148. — Acre, avril 1221 {Accone, anno Domini 1221,
mense aprili). — Jean, roi de Jérusalem, qui était en possession
du comté de Brienne, comme tuteur de son neveu Gautier, prie
Blanche, comtesse de Champagne, et Thibaut IV, lils de la dite
Blanche, de mettre en possession du comté de Brienne Gautier,
aujourd'hui majeur.
Catalogue des actes des comtes de Champagne, n° 1330 ;
Teulet, Layettes du Trésor des chartes, n° 1446.
Section 9^ — GAUTIER IV.
149. — Acre, 6 mai \222{Accone, anno Domini 1222, oc-
tavo idus maii). — Jean, roi de Jérusalem, ayant donné Onjon
et Luyères à Gautier, son neveu, fils de Gautier, comte de
Brienne, son frère, prie Blanche, comtesse de Champagne, et
Thibaut IV, fils de Blanche, de recevoir l'hommage du dit
Gautier.
Catal. des actes des comtes de Champagne, v^ 1407; édit.,
Vignier, Hist. de la Maison de Luxembourg, p. 227, 229.
150. — 23 juillet 1222 (X*^ kalendas augusti, jjontificatiis
anno VF). — Honorius III charge Etienne Colonna et Pierre
Grégoire de contraindre par censure ecclésiastique Blanche,
comtesse de Champagne, à payer une somme prêtée par Paul-
Jean Mocerii, citoyen romain, à Gautier III, comte de Brienne,
somme que Blanche s'est engagée à rembourser. Blanche objecte
en vain qu'elle a mis en possession du comté de Brienne Gau-
tier IV, fils de Gautier III.
Édit., D. Bouquet, XIX, 728 C D.
151. — Brévonne, janvier 1224 {apud Bowro7iam, anno
Domini 1223, mense januario). — Gautier, seigneur de
Brienne, donne au maître et aux frères de l'hôpital de Sainte-
Marie des Teutoniques à Jérusalem, la grange de Bugney, près
de Brienne-la-Vieille, le pré du comte, ditd'Ajou, 20 muids de vin
de rente sur le pressurage de Brienne-le-Chàteau et de Brienne-
la-Vieille, droit de pâturage et d'usage dans les pâtures et les
bois où ce droit appartient aux habitants de Brienne-le-Chàteau
et de Brienne-la-Vieille.
^7^
Original, archives de l'Aube, fonds de Clairvaux (commande-
rie de Beauvoir) .
152. — Juillet 1224. — Gautier, seigneur de Brienne, donne
la Maison-Dieu de Brienne au prieuré du lieu.
Arch. de la Haute-Marne, 2" cart. de Montiérender, f' 10,
153. — Juillet 1224. — Gautier, seigneur de Brienne,
constate que l'abbaye de Montiérender s'est engagée à faire célé-
brer la messe tous les jours, soit dans la Maison-Dieu de Brienne,
soit dans l'église St-George du même Ueu. Il promet de ne mettre
à la Maison-Dieu et à l'église Saint-George de Brienne aucun
chapelain qui ne soit moine de Montiérender.
2^ Cart. de Montiérender f° 10 v^.
154. _ Août 1224 (an«o Domîm 1224, mense augusto).
— Gautier, comte de Brienne, fait savoir que Unger de Brienne,
ayant acquis de Jean de Thil un muid de blé de rente, a pris
l'engagement de ne le vendre qu'à l'abbaye de Larivour. A
l'exemple d'Érard, comte de Brienne, il autorise par avance
l'acquisition de ce muid de rente par l'abbaye de Larivour.
Cart. de Larivour, P 59 r^, pièce cotée : De usuario in
nemoribus comitis Brene XVIII.
155. — Août 1227 {anno Bomini 1227, mense augusto).
— Gautier, comte de Brienne, donne à l'abbaye de Montier-la-
Celle ses droits sur Adenet de Lesmont et sur les bois de Mon-
tois et de Fresnoi. Il se réserve la garenne où cependant l'abbé
pourra prendre des lapins pour sa nourriture quand le dit abbé
ira à Montois.
Arch. de l'Aube, Inventaire de Montier-la-Celle, P 45 r",
d'après le cartulaire en parchemin, f^ 124 r°.
156. _ Brévonne, novembre 1227 {Bevronie, anno Bomini
1227, mense novembn). — Gautier, comte de Brienne, con-
firme les donations faites par ses prédécesseurs à l'abbaye de
Bassefontaine et en ajoute quelques autres : cinq muids de vin
de rente sur la vigne dudit Gautier près du château de Brienne,
le terrage de Brienne-la-Vieille.
Cart. de Bassefontaine, pièce 11; mention: Vignier, Hist. de
la maison de Luxembourg, p. 235.
157. _ Du Y' au 25 mars 1228 {anno Bomini 1227, mense
martio). — Gautier, comte de Brienne, approuve, comme suze-
rain, la vente de la dîme de Morvilliers aux moines de Clairvaux,
n2
par Clarembaiid, seigneur de Chappes, son cher et fidèle cousin,
et par Gui de Chappes, prévôt de St-Etienne de Troyes, frère du
dit Clarembaud.
Arch. de TAube, Cart. de Glairvaux, page 57.
158. — Avril 1228 [anno gracie 1228, mense aprili). —
Gautier, comte de Brienne, donne à Bernard de Montcuq 400 ai--
pents de bois situés entre Piney, Gerosdot et Brévonne. Bernard
paiera un denier de cens par arpent et aura le droit de vendre
aux chevaliers du Temple , à ceux de l'Hôpital ou à l'abbaye de
Glairvaux (cf. n» 171).
Arch. de l'Aube, Cart. de la commanderie de Saint-Jean du
Temple de Troyes, f» IX r» v^.
159. — Du 26 mars 1228 au 14 avril 1229 {anno gracie
1228). — Gautier, comte de Brienne, approuve la donation d'une
rente viagère d'unmuid de froment à Jean de Vadis, clerc, par
Clarembaud de Chappes et par Gui et Gautier, frères du dit Cla-
rembaud. Cette rente est assise sur la grange de Beaurnont, qui
appartient à l'abbaye de Larivour.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Larivour; copie, Cart. de
Larivour, f^ 59 v°, pièce cotée : De usuario in neynorihus
comitis Brene, XXII.
160. — Mai 1230 {anno Domini 1230, mense maio). Gau-
tier, comte de Brienne, vidime, en les confirmant, les chartes de
Gautier II, son bisaïeul, n" 57, d'Erard II, son aïeul, n° 95, de
Gautier III, son père, n"' 106 et 112; il approuve comme suze-
rain la donation d'une partie de la forêt de Dosche à cette abbaye,
par Clarembaud de Chappes, et reconnaît le droit d'usage de
l'abbaye sur la forêt dite Haia.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Larivour; copie, Cart.
de Larivour, f*^ 56-57, pièce cotée : De usuario in nemoribus
comitis Brene, IX ; extrait, Vignier, Hist. de la maison de
Luxembourg, p. 235, 237.
161. — Octobre 1230 {anno gracie 1230, mense octohri).
— Gautier, comte de Brienne, approuve comme suzerain la do-
nation par Jean de Thil à l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains
de Troyes d'une rente de trois setiers de grain à prendre sur les
revenus du dit Jean à Piney.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Notre-Dame-aux-
Nonnains.
162. — Rosnay, septembre 1230 {apud Ronay, anno Do-
as
mini 1230, mense septembri). — Thibaut IV, comte de Cham-
pagne, constate que Jean, roi de Jérusalem, a mis sous la garde
de Gautier, comte de Brienne, neveu dudit Jean, sa terre de
Champagne, c'est-àdire la terre du comte de Brienne située
entre l'Aube et la Seine, notamment : P la mouvance du fief
possédé par l'église de Lyon [à Piney], 2^ Onjon, 3° Luyères. Si
Jean ne laisse pas d'enfant, Gautier héritera de cette terre.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n° 2066.
163. — Janvier 1231 {anno Domini 1230, mense janua-
rio). — Gautier, comte de Brienne, donne aux frères de l'Hôpital
de Sainte-Marie des Teutoniques à Jérusalem, ses droits sur la
Maison-Dieu de Brienne.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
164. — Du 7 avril 1230 au 22 mars 1231 [anno Domini
1230). — Donation de Gautier, comte de Brienne, à l'abbaye de
Beaulieu, en compensation des nombreuses libéralités qu'il a
reçues d'elle.
Extrait , Vignier, Bist. de la maison de Luxembourg,
p. 235.
165. — Brienne, 15 juin 1231 {apud Brenam, proxima die
domÀnica post festum beati Barnabe apostoli , anno
Domini 1231, mense junio). — Gautier, comte de Brienne,
donne aux frères de l'Hôpital de Sainte-Marie des Teutoniques à
Jérusalem trois cents arpents de terre dans son bois de Chaumes-
nil, et droit d'usage et de pâturage pour la maison qu'ils y pour-
ront construire.
Vidimus d'octobre 1288, Arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux
(Beauvoir).
166. — Juin 1231 [aniio Domini 1231, mense jimio). —
Gautier, comte de Brienne, reconnaissant de.'^ libéralités de l'ab-
baye de Bassefontaine, lui donne 200 arpents dans le bois de
Wevre.
Cart. de Bassefontaine, pièce 12.
167. — Juin 1231 {anno gracie 1231, mense junio). —
Gautier, comte de Brienne, donne aux frères de l'Hôpital de
Jérusalem 500 arpents du bois Bateiz, où ils pourront construire
une maison et une chapelle, mais non une forteresse.
Arch. de l'Aube, Cart. de St-Jean du Temple de Troyes, fol.
XXXV v'^-xxxvi r*^.
168. —Du 11 avril 1232 au 2 avril 1233 {anno Domini
n4
1232). — Erard de Chassenay fait savoir que Bernard de Mont-
cuq a vendu aux frères de la chevalerie du Temple 1 20 arpents
de bois qu'il tenait en fief du comte deBrienne, dans la forêt dite
li Bateiz. En qualité de lieutenant du comte de Brienne, il trans-
forme en terre censuelle ces 120 arpents qui étaient terre
féodale.
Cart. de St-Jean-du-Temple deTroyes, f^ viii, r° v^.
169. — Acre, octobre 1235 {apud Accon, anno Ifomini 1235,
mense octobri). — Gautier, comte de Brienne, donne aux
frères de la sainte maison de l'Hôpital de Jérusalem droit de pâ-
turage dans le bois dit Orient.
Cart. de la Commanderie de St-Jean du Temple de Troyes,
f'xxxvro.
170. — Acre, janvier 1237 {apuàkccon anno Domini 1236).
— Gautier comte de Brienne, ayant donné la Maison-Dieu de
Brienne aux frères de l'Hôpital de Sainte-Marie-des-Teutoniques,
k Jérusalem, prie le chapitre de la cathédrale de Saint-Pierre de
Troyes d'approuver cette donation.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beau-
voir).
171. — Acre, avril 1238 (Accon, an^io gracie 1238, mense
aprili) . — Gautier, comte de Brienne, transfère à la maison et
aux frères de la milice du Temple les 400 arpents de bois qu'il
avait donnés à Bernard de Montcuq par la charte 158. Témoins :
Eustorge, archevêque de Nicosie; Otton de Montbéliard, conné-
table du royaume de Jérusalem; Balian, seigneur de Sidon.
Cart. de la commanderie de St-Jean-du-Temple de Troyes,
fol. XLIIII-XLV.
172. — Acre, 6 octobre 1238 (Accon, pridie nonas octobris),
Gautier, comte de Brienne, est du nombre des notables du
royaume de Jérusalem qui donnent aux croisés français les ren-
seignements nécessaires pour entreprendre l'expédition d'outre-
mer.
Catalogue des actes des comtes de Champagne , n" 2479.
173. — Du 15 avril 1240 au 30 mars 1241 (1240). — Gau-
tier, comte de Brienne, ayant fait à Erard de Trainel, son
cousin-germain, don d'une somme de 400 livres de Provins,
invite ses baillis à la payer.
Bibl. Nationale, lat. 5993 A, f^ 368 v\ 369 v».
Section 10. — JEAN IL
174. — Juillet 1247 («nno 1247, mense julio). — Philip-
pine, dame de Ramerupt, avait demandé à Thibaut IV, comte de
Champagne, roi de Navarre, le bail de la terre assignée par le
dit Thibaut à la reine de Chypre. Thibaut, doutant de la mort
du noble comte de Brienne Gautier, donne provisoirement cette
terre en garde à Philippine. Si le comte Gautier est vivant, il se
fera rendre les produits par Philippine ; s'il est mort, elle aura le
bail de la terre en question et elle en fera hommage.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n^ 2808.
175. —Nicosie, du 31 mars 1247 au 18 avril 1248 (Nicosie,
en l'an de l'incarnation N.-S. J.-G. 1247). — Henri, roi de
Chypre, cède à Jean de Brienne, fils de Marie sa sœur, et de
Gautier, comte de Brienne, ses droits sur le comté de Cham-
pagne.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n^ 2828.
176. — Troyes, 19 mars 1250 [Trecis, die sabbati ante
ramos palmarum, anno Domini 1249). — Gautier, chevalier,
seigneur de Reynel, est mis par Thibaut IV, comte de Cham-
pagne, roi de Navarre, en possession d'Onjon, de Luyères et de
Ville-sur-Terre, que Thibaut avait saisis faute d'homme. Le dit
Gautier de Reynel les tiendra à titre de bail et garantira
Thibaut contre toute poursuite qui serait tentée par Gautier,
comte de Brienne, et les héritiers de ce dernier.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n" 2909.
177. — Juillet 1254 [anno Domini 1254, mense julio). —
Gautier, seigneur de Raynel et bail du comté de Brienne,
approuve un acte de la même date par lequel Gui de Milly et
Agnès, sa femme, vendent à l'ordre du Temple, pour 1700 livres
tournois, GOO arpents de terre et de bois dits bois Bateiz,
entre Brévonne et la maison de Bonlieu, possession du même
ordre.
Cart. de la Commanderie de St-Jean-du-Temple de Troyes,
fol. XI-XII.
178. — Nicosie, 21 mars 1258 (Nicosie, l'an de nostre Sei-
gneur 1257, le mois de mars, à 21 jours du mois). — Henri, fils
de feu Boëmond, prince d'Antioche, et Isabeau, sa femme, fille de
feu Hugues, roi de Chypre, approuvent la renonciation d'Alix,
ne
reine de Chypre, belle-mère du dit Henri, au comté de ( Cham-
pagne. Ils font connaître à Thibaut V, comte de Champagne,
roi de Navarro, qu'en vertu d'un partage où sont intervenus feu
Henri, roi de Cliypre, et les susdits Henri et Isabeau, la terre
cédée à Alix, en vertu de la renonciation dont il vient d'être
question, est échue à Jean, fils de Gautier, comte de Brienne
(voir n" 184).
Catal. des actes des comtes de Champagne , n" 3128.
179. — Du 13 avril 1259 au 3 avril 1260 [anno 1259). —
Philippe, archevêque élu de Lyon, Milon, doyen, et le chapitre
de la même éghse, vendent à Thibaut V, comte de Champagne,
roi de Navarre, la mouvance d'un fief situé dans le comté de
Brienne, diocèse de Troyes, et tenu des doyen et chapitre de
Lyon par le comte de Brienne, qui chaque année, le l""' octobre,
en rend six livres au chapitre. Prix : 750 livres tournois, dont
quittance. Sont réservés les droits acquis sur ce fief par Bernard
de Montcuq, en vertu d'une concession faite par feu Gautier,
comte de Brienne, et confirmée par le chapitre de Lyon.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n" 3184.
180. — 18 avril 1260 [anno Domini 1260, die dominica in
quindena Pasche) . — Jean, comte de Brienne, et Gui de Basain-
villa, représentant en France la chevalerie du Temple, nomment
des arbitres pour juger les contestations élevées entre eux au sujet
des maisons de Bonlieu et de Ville-sur-Terre, appartenant au
Temple et saisies par ordre de Jean dans l'an et jour de son re-
tour de Palestine.
Cart. de la Commanderie de St-Jean-du-Temple de Troyes,
fol. LII-Llir.
181. — Juin 1260 {anno 1260, mense junio) . — Jean, comte
de Brienne, dont les prédécesseurs faisaient liommage de Piney
à l'archevêque et au chapitre de Lyon, déclare que, sur l'invita-
tion de Philippe, archevêque, de Milon, doyen, et du cliapitre de
Lyon, il a fait hommage de Piney à Thibaut V, comte de Cham-
pagne, roi de Navarre.
Catal. des actes des covntes de Cha^nj^agne, n° 3202.
182. ~ Ramerupt, septembre 1260. — Jean, comte de
Brienne, ayant saisi la Maison-Dieu de Brienne, remet l'abbaye
de Montiérender en possession de cet établissement.
Arcliives de la Haute-Marne, 2*^ Cartulaire de Montiérender,
f>12r0.
Section 11*= — HUGUES.
183. — Janvier 1261 {anno Domini 1260, mense janua-
rio). — J[ean], châtelain de Noyon et de Tliourotte, et H[ugues],
seigneur de Broyés, exécuteurs du testament de Jean, comte de
Brienne, fondent à l'abbaye de Bassefontaine, en exécution de
ce testament, une chapellenie en l'honneur de sainte Catherine,
La dotation de cette chapeUenie sera de 15 hvres de rente à
prendre sur le péage de Brienne.
Archives de l'Aube, vidimus daté de janvier 1296, le diman-
che avant la Purification; Cart. de Bassefontaine, pièce 44.
184. — Nicosie, 28 août 1261. — Hugues, fils de [Gautier],
comte de Brienne, envoie Barthélemi de la Marche à Thibaut V,
comte de Champagne, roi de Navarre ; il le prie de mettre le dit
Barthélemi en possession des biens qui ont appartenu à Alix de
Champagne, reine de Chypre, en vertu du traité conclu entre la
dite Alix et Thibaut IV (voir n» 178).
Catal. des actes des comtes de Champagne^ n*^ 3233.
185. — Acre, 27 mai 1267 (Acre, à xxvii jors de mai). —
Guillaume, patriarche de Jérusalem, Thomas Bérard, grand-
maitre de l'ordre du Temple, Hugues Revel , grand-maître de
l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem; Anne, grand-maître de l'ordre
teutonique ; Jofroi de Sergines , sénéchal du royaume de Jérusa-
lem, demandent à Thibaut V, comte de Champagne, roi de Na-
varre, un délai pour Hugues, comte de Brienne, qui ne peut
immédiatement prendre possession de son comté.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n^ 3407.
186. — Troyes, 31 juillet 1269 [anno Domini 1269 , mense
jidio, in vigilia heati Pétri advincula, apud Trecas). —
Hugues, comte de Brienne, confirme et amortit, moyennant mille
livres tournois, les acquisitions faites jusqu'à ce jour dans son
comté par les Templiers. Ces acquisitions sont énumérées.
Cart. de Saint-Jean-du-Temple de Troyes, folios xxix-xxxi et
XXXI-XXXII.
187. — Décembre 1269 {anno Domini 1269, mense decoii-
bri). — Hugues, comte de Brienne, amortit, moyennant la
somme de 350 livres tournois , deux récentes acquisitions de
l'abbave deLarivour : une rente de grain sur la forêt de Dosche,
et dix jugera de terre entre Rachisy et le Chardonnet.
12
Original, arch. de l'Aube, fonds de Larivour.
188.— Viterbe, 13 janvier 1270 {Viterbii, X kalendas
fehmurrii, indiciionp XIII, anno Domini 1270). — Hugues,
comte de Brienne, confirme l'acquisition de la Nova grangia
Bernardi de Montecïico par le chapitre de Saint-Urbain de
Troyes.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Saint -Urbain de
Troyes.
189. — lîrienne, du 13 au 30 avril 1270, ou du l'-' au 4 avril
1271 (Brène, en l'an de l'Incariiation Nostre Seigneur Jhesu mil
deux cens sexante et dix, ou mois d'avril). — Hugues, comte de
Brienne, confirme le testament de Jean son frère, qui a légué 20
livres de rente sur le péage de Brienne pour la fondation d'une
chapellenie en l'honneur de la sainte Yierge dans la maison dite
Orient, que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem possède au comté
de Brienne.
Cartulaire de Saint-Jean-du-Temple de Troves, folio xxxiv,
ro vo.
190. — Brienne, le 8 mai 1270 (« Brienne le Chatel, jeudi
après le dimange que on chante juhilate, » mai 1270). —
Hugues, comte de Brienne, confirme les possessions de l'abbaye
de Montiérender dans son comté. Il en donne la liste.
Archives de la Haute-Marne, 2" cart. de Montiérender, folio
12, ro yo.
191. — Mai 1270 (en l'an de l'incarnation nostre Seigneur
1270, ou mois de may). — Hugues, comte de Brienne, donne
provisoirement aux Templiers de Bonlieu 70 livres de rente sur
la vente de Brienne, au lieu et place de la terre qu'il leur a assi-
gnée à Pel. Cette terre est provisoirement comprise parmi les
biens qui procurent à la comtesse de Brienne une rente de 800
livres à titre de douaire. Quand la comtesse de Brienne cessera
de jouir de cette terre, cette terre reviendra aux Templiers.
Cart. de la Commanderie de St-Jean-du-Temple de Troyes,
fOxiir^vO.
192. — Mai 1270 {anno Domini 1270, mense maio). —
Hugues, comte de Brienne, confirme les fi-ères de l'Hôpital des
Teutoniques de Beauvoir dans la possession du moulin à vent
qu'ils ont autrefois construit près de leur maison. Les habitants
de MorvilUers, de la Chaise et de tous les villages situés enti-e
Morvilliers et Soulaines pourront faire moudre à ce moulin.
n9
Original, arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
193. — Marseille, 23 juin 1270. — Hugues, comte deBrienne,
reconnaît devoir à Thibaut Y, comte de Cbamjjagne, roi de Na-
varre, 2,000 livres tournois pour le relief: P du comté de
Brienne qui lui est échu par le décès de Jean, comte de Brienne,
son frère; 2^ de la succession de son frère Hémeric.
Catal. des actes des comtes de Champagne, n^ 3661.
194. — 13 avril 1272. — Hugues, comte de Brienne, accorde
à l'abbaye de Boulancourt, moyennant 150 livres tournois, des
lettres d'amortissement pour tous les biens acquis jusqu'à ce jour
par cette abbaye dans le comté de Brienne.
Mention, Lalore, Cartidaire de Boulancourt, p. 64.
195. — Janvier 1273 (1272 v. st.). — Par devant l'official
de Troyes et Hugues, comte de Brienne, Anseau, écuyer, sei-
gneur de DeuiUy, déclare mettre dans la mouvance d'Henri III,
comte de Champagne, roi de Navarre, tout ce qu'il possède à
Fontenay, Chavanges, Hamtelle et Longeville.
Catal. des actes des comtes de Champagne, v^ 3731.
196. — Août 1288. — Hugues, comte de Brienne, approuve
l'amortissement par Gautier d'Ecot et par Jaque, femme du dit
Gautier, des acquisitions faites par la commanderie de Beauvoir,
Ordre teutonique, à Morvilliers. Gautier a reçu de la commande-
rie dix livres tournois.
Original, arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
197. — Brienne, octobre 1288. — Hugues, comte de Brienne,
vidime la charte de Gautier IV, n° 165.
Original, arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
Section 12. — GAUTIER V.
198. — Mars 1297 (l'an de grâce 1296, ou moys de marz). —
Philippe, roi de France, fait connaître les conventions conclues
entre Marie de Mercœur, comtesse de Joigny, et Gautier, comte de
Brienne, pour le mariage de Jean, comte de Joigny, fils de la dite
Marie, avec Agnès, sœur dudit Gautier. La comtesse de Joigny
assure à son fils 1300 livres de rente immédiatement, et dans
l'avenir un total de 5,000 livres de rente. Agnès de Brienne
aura en douaire la moitié des dites 5,000 livres et le château de
Joigny. Gautier, comte deBrienne, lui donne en partage 300
livres de rente à prendre au bois de Mans, près de Meaux, une
«80
maison dans ce bois et 7,000 livres une fois payées. Sur ces
7,000 livres, 5,000 seront employées par le comte de Joigny en
acquisitions d'immeubles, et, jusqu'à cet emploi, gardées à l'ab-
baye de Montier-la-Celle dans un coffre à deux clets, dont
l'une sera remise au comte de Joigny, l'autre au comte de
Brienne.
Original, arcli. du château de Brienne.
199. — Beauvoir, juin 1.303 (Belveoir, l'an de grâce 1303, ou
mois de juin). — Gautier, comte de Brienne et de Lecce, approuve
la donation faite à la comuianderie de Beauvoir par Marguerite
la Jeune de Chaumesnil, veuve de Jean deMoramlDert, chevalier,
des biens possédés à Chaumesnil par la dite Marguerite. 11 auto-
rise la commanderie à acquérir dans le comté de Brienne jusqu'à
concurrence de 35 sous de rente.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
200. — 16 avril 1304 (l'an de grâce 1304, le juedi après la
quinzène de pasques). — Gautier, comte de Brienne et de Lecce,
autorise la commanderie de Beauvoir à acquérir dans ses fiefs
jusqu'à concurrence de 40 livres de rente.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Clairvaux (Beauvoir).
201. — Octobre 1305 (l'an de grâce nostre Seigneur 1305, ou
mois d'octembre). — Gautier, comte de Brienne et de Lecce, et
Jeanne sa femme, vendent au chapitre de Saint-Pierre de Troyes,
pour 6,600 livres tournois, 200 livres de rente sur les foires et
autres revenus du domaine royal à Troyes. Ces 200 livres de
rente faisaient partie du patrimoine de Jeanne.
Copie informe, Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Pierre de
Troyes; mention dans Canmzat, Promptuarium, f° 281 r*^, et
dans Duchesne, Hist. de la maison de Chastillon, Pr., p. 212.
202. — Avril 1307 (l'an de grâce nostre Seigneur 1307, ou
mois d'avril) . — En exécution du contrat de mariage de Gautier,
comte de Brienne et de Lecce, et de Jeanne de Chàtillon, Gautier
de Chàtillon, comte de Porcien, connétable de France, père de la
dite Jeanne, donne à Gautier, comte de Brienne et de Lecce, 200
livres de rente sur le domaine royal de Bar-sur- Aube , savoir :
1° 110 livres de rente qu'il a reçues de Philippe-le-Bel , roi de
France, avec le comté de Porcien, en échange des chàtellenies de
Chàtillon et de Crécy, 2*^ 90 livres de rente qui appartenaient à
Helissend de Vergy, comtesse de Vaudémont, sa femme, laquelle
consent à en faire l'abandon.
^81
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Pierre de Troyes,
cf. Duchesne, Hist. de la 'maison de Chastillon, p. 353.
203. — Mai 1308 (l'an de grâce 1308, ou mois de raay). —
Gautier, comte de Brienne et de Lecce, amortit les biens du
prieuré de Blaincourt (Aube) .
Original, Arch, de l'Aube, fonds de Saint-Loup.
204. —28 mai 1308 (l'an de grâce 1308, le mardi devant
Penthecoste).— Colot Charreton, receveur du comté de Brienne,
reconnaît avoir reçu du prieur de Blaincourt 30 livres tournois
comme prix de l'amortissement qui précède.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup.
205. — Décembre 1308 (l'an de grâce 1308, ou mois de dé-
cembre). — Gautier, comte de Brienne et de Lecce par la grâce
de Dieu, remet le prieur de Blaincourt en possession du droit de
pêche dans l'Aube de « la fosse du molin de Blancourt jusques au
« ru de Brauz. »
Extr. d'un vidimusdu 18 février 1398 r. st., Arch. de l'Aube,
fonds de Saint-Loup.
206. — Brienne, 24 avril 1309 (Brienne, l'an 1309, ou mois
d'avril, le lendemain saint Gorge). — Gautier, comte de Brienne
et de Lecce, donne à Jean Troullart de JoinviUe, son cousin, sei-
gneur de Villehardouin, droit d'usage pour sa maison et ses
hommes de Villehardouin dans les bois « Bateiz » et dans la forêt
d'Orient.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Saint-Loup.
207. — Mai 1309 (l'an de grâce 1309, ou mois de may). —
Gautier, comte de Brienne et de Lecce, vend à l'abbaye de Saint-
Loup de Troyes , pour 750 livres tournois , une « grange » à
Blaincourt et ses dépendances, sur le flnage de Blaincourt et les
flnages voisins.
Original, Arch. de l'Aube, fonds de Laint-Loup.
208. — F' juin 1309 (le mardi premier jour de joing, en l'an
de grâce mil trois cens et noef). — Jean, sire de Joinville, séné-
chal de Champagne, cède à Gautier, comte de Brienne, la mou-
vance du fief que possédait à Dommartin-le-Franc (Aube)
Anseau de Reynel, fils du dit Jean.
Original, Arch. du château de Brienne.
209. — Juin 1309. — Gautier, comte de Brienne, accorde à
l'abbaye de Boulancourt des lettres d'amortissement pour tous
les biens que cette abbaye possédait dans le comté de Brienne.
^82
Mention, Lalore, Cariulaire de l'abbaye de Boulancourt,
p. 67, d'après le Cart. français de Boulancourt, n° 456.
210. — Zeitoun, 10 mars 1311 (l'an de grâce 1311, lou ma-
credi à dis jours de mars ... au Gitom). — Testament de Gautier,
duc d'Athènes, comte de Brienne et de Lecce.
Original, arch. du château de Brienne; édit., Voyage paléo-
grapliique dans le déjKirtement de l'Aube, p. 332.
Section 13°. — GAUTIER VI.
200. — Naples, 22 novembre 1312 {anno nativiiatis domi-
nicœ 1312, ponti/icatiis sanctissirai patris et domini dé-
mentis papœ quinti annoWl, die XXII novembris, XI indic-
tione, apud Neapolim). — Par devant Humbert, archevêque de
Naples, et Barthêlemi de Gène, notaire, Jeanne de Chàtillon,
duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, baillistre
de Gautier et d'Isabelle, ses enfants, nomme son procureur géné-
ral Gaucher de Chàtillon, comte de Porcien, connétable de
France, son père.
Edit., Vignier, Hist. de la maison de Liiœemboivrg, 1619,
in-4^, p. 243, 245; extrait, Duchesne, Hist. de Chastillon,
Pr., p. 212.
201. — Avignon, 25 octobre 1316 {Ave^iione, VII kalendas
novembris, pontifîcatus nostri anno primo). — Jean XXII,
pape, donne aux prédicateurs qui prêcheront devant Jeanne de
Chàtillon, duchesse d'Athènes, l'autorisation d'accorder vingt
jours d'indulgence à leur auditoire.
Original, arch. du château de Brienne.
202. — 29 juin 1317 (l'an 1317, le mescredi après la saint
Jehan Baptiste). — Jean, fils de Simunni de Yèvre, donne aveu
et dénombrement à la duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne
et de Lecce.
Original, archives du château de Brienne.
203.— Août 1317.— Jeanne de Chàtillon, duchesse d'Athènes,
comtesse de Brienne et de Lecce, « bail, garde et gouverneresse
» de la comté de Brène », donne à Geofroi de Boutigny, son
écuyer, la terre de Jean de Morambert. Elle promet que Gautier,
son fils, ratifiera cette donation quand il sera majeur.
Extrait d'un vidimus du 13 novembre 1346 communiqué par
M'"'' Petitot.
^83
215. — 12 juillet 1318 {Avenione, 4*^ idus julii, ponti/î-
catus anno IF). — Jean XXII, pape, donne à Jeanne de Châ-
tillon, duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne, permission
générale de se faire dire des messes basses dans les localités
frappées d'interdit.
Original, Archives de l'Aube, fonds de Saint-Pierre de Troyes,
couverture d'un volume de Casus Longi sur le Code, coté G.
2337.
216. — Janvier 1321 {Parisiis, anno Boniini 1320, mense
januario). — Phihppe-le-Long, roi de France, fait connaître
les termes d'une transaction conclue entre Jeanne de Chàtillon,
duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, d'une
part, et Gautier VI son fils. Gautier paiera, jusqu'à concurrence
de 7,000 livres tournois, les dettes faites par son père et sa mère,
pour la défense de leurs possessions outre -mer. Sa mère paiera
le reste; elle aura sur le duché de Brienne une rente de 600 livres,
dont elle pourra aliéner 200 en cas de nécessité absolue, 100 seu-
lement s'il n'y a pas nécessité; le surplus sera viager.
Edit. Duchesne, Hist. de Chastillon, Pr., p. 213.
217. — Janvier 1321 {PmHsiis, anno Domini 1320,
jiiense Januario). — Philippe-le-Long fait connaître les termes
d'un arrangement conclu entre Jeanne de Chàtillon, duchesse
d'Athènes, et Isabelle, sa fille, d'une part, Gautier VI, d'autre
part : Jeanne renonce à son droit de douaire sur la terre de Pra-
tella, dans la forêt de Vassy. Gautier assigne comme part d'hé-
ritage cette terre, estimée 2000 livres tournois de rente, à Isa-
belle sa sœur, qui s'en déclare contente.
Edit. Duchesne, Hist. d.e Chastillon, pr., p. 213-214.
218. — Janvier 1.321. — Contrat de mariage d'Isabelle de
Brienne qui épouse Gautier, seigneur d'Enghien.
Mention, Duchesne, Hist. de Chastillon, p. 354, et pr.,
p. 214.
219. — Novembre 1323 (mense novembri, anno Domini
1323). — Jean, abbé de Beaulieu, et Gui, abbé de Bassefontaine,
abandonnent au duc d'Athènes, comte de Brienne et de Lecce, et
à Jeanne de Chàtillon, duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne
et de Lecce, une rente de dix muids de vin sur une vigne située
au-dessous du château de Brienne : ils reçoivent en échange la
vigne de FEcuyer, finage de Brienne, près du chemin de Troyes.
Approbation d'Adam, abbé de Prémontré.
i84
Original, ai-ch. ducliàteau de Brienne.
220. — 9 février 1326 (le noveimine jour dou mois de février,
l'an de grâce 1325). — Jean de Jaucourt, frère et procureur
d'Erard, chevalier, seigneur de Jaucourt, donne son consente-
ment au mariage de Jeannette, fille de Tliomassin de Jaucourt,
avec Jeannin de Trannes, « homme de cors de noble dame madame
» la comtesse de Brienne. »
Original, arch. du château de Brienne.
221. — 17 octobre 1333 (dimanche avant saint Luc). —
Charte de Jeanne de Châtillon, duchesse d'Athènes, comtesse de
Brienne et Lecce, pour l'abbaye de Montiérondcr.
Arch. delà Haute-Marne, 2° cart. de Montiérender, f 26 v°-
28 r".
222. — 5 avril 1336 (l'an de grâce nostre Seigneur 1336, le
venredi après Pasques cumenians). — Jean, abbé de Basseibn-
taine, reconnaît avoir reçu de Jeanne de Chàtillon, duchesse
d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, tous les termes
échus de la rente de quinze livres qu'elle doit à cette abbaye.
Original, arcli. du château de Brienne.
223. — Brienne, 13 juin 1339 (Brène ... le dymenche après
la feste saint Barnabe appostre, l'an de grâce 1339). — Jeanne
de Chàtillon, duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de
Lecce, reconnaît que le prieur de RadonviUiers a droit de justice
à RadonviUiers, et fait restituer six «grosses bestez» saisies par
le mayeur de Brienne-la-Vieille sur le territoire de Radon-
viUiers.
Original, arch. du château de Brienne.
224. — 12 octobre 1340 (lou jeudi après la saint Denys, l'an
de grâce 1340). — Ponsard de Villars-en-Azois avoue tenir de
la duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, divers
biens à Vaubercey.
Original, arch. du château de Brienne.
225. — 18 mai 1341 (le landemain de l'Ascension nostre Sei-
gneur, l'an de grâce 1341). — Gautier, sire d'ArziUières et de
Landricourt, reconnaît que, pour la terre de Mathaux, Auzon et
l'Etape, il doit par an six semaines de garde « en armes et en
« chevaulz en la ville ou en chastel de Brène. »
Original au château de Brienne.
226. — Monastère du Val-des-Ecoliers, près de Paris, 8 jan-
vier 1342 (au Val-des-Ecoliers-lès-Paris, l'an de grâce 1341 .
^85
oumoys de janvier le viif jour). — Philippe, roi de France,
enlève au ressort du bailliage de Cliaurnont et met dans le ressort
du bailliage de Troyes la seigneurie de Juvanzé, nouvellement
acquise du seigneur de Saint-Phal, par Gautier, duc d'Athènes,
comte de Brienne, dont le comté faisait déjà partie du bailliage
de Troyes.
Original, archives du château de Brienne.
227. — 16 avril 1344 (le venredi après Quasimodo, l'an
XLIIII). — Aveu et dénombrement donné à la duchesse
d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, par Marguerite,
veuve de Guyot Baumette, pour des biens à Yaubercey, Blain-
court, Pressy-Nostre-Dame, Pel et Der.
Original, arch. du château de Brienne.
228. — Brienne, 14 décembre 1345 (en nostre assise de Brène,
commençant le mescredi après la sainte Luce, l'an 1345). — Jean
Bonnez, bailli de Brienne, agissant en exécution de lettres éma-
nées du duc d'Athènes, comte de Brienne et de Lecce, déclare
avoir reconnu après enquête que l'abbaye de Larivour a droit de
basse justice dans la maison du Chardonnet et dans ses dépen-
dances.
Orig. Arch. de l'Aube, fonds de Larivour.
229. — 12 janvier 1346 (loujuedi avent feste saint Rémi et
saint Hilaire, l'an 1345). — Aveu et dénombrement donné à la
duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, par Colot
d'Epagne pour les biens qu'il possède à Vaubercey.
Original, arch. du château de Brienne.
230. — 2janvier 1347 (lou mardi après la Circoncision nostre
Seigneur, Tan de grâce 1346). — Par devant Pierre de Dijon,
prieur de Radonvilliers, Ponsard de Yillars-en- Azois donne aveu
et dénombrement à la duchesse d'Athènes , comtesse de Brienne
et de Lecce pour des biens situés à Vaubercey.
Original, arch. du château de Brienne.
231. — 1347. — Testament de Gautier, duc d'Athènes, comte
de Brienne et de Lecce.
Exemplaire où manquent les dernières lignes et la date, ar-
chives du château de Brienne; extrait, Voijage paléographique
dans le département de l'Aube, p. 341; cf. Sassenay, les
Brienne de Lecce et d'Athènes, p. 187, note.
232. — Lecce, 17 février 1352. — Gautier, duc d'Athènes,
comte de Brienne et de Lecce, lève la saisie mise par son ordre
^86
sur la rivière et les bois de Morambert, et en ordonne la restitu-
tion à Gautier de Boutigny, chevalier, « li quex est ou présent
» en nostre compaignie et service de ça lez mons. »
Deux vidinuis en date de 1353 communiqués par M"" Petitot.
233. — 8 septembre 1353 (l'an 1353, le huitiesme jour de sep-
tembre). — Jean, abbé de Bassefontaine, reconnaît avoir reçu de
la duchesse d'Athènes, comtesse de Brienne et de Lecce, sept
livres dix sous pour le terme échu à Pâques dernier de la rente
que l'abbaye de Bassefontaine possède sur le péage de Brienne.
Archives du château de Brienne.
.234. —16 janvier 1355 (l'an de grâce 1354, le xvi dé jan-
vier). — Epitaphe de Jeanne de Chàtillon, duchesse d'Athènes,
comtesse de Brienne et de Lecce, aux Jacobins de Troyes.
Edit. Yignier, Histoire de la maison de Luxembourg,
p. 261; Duchesne, Hist. de Chàtillon, pr., p. 214.
235. — Amiens, novembre 1355 {Ambianis, anno Doniini
1355, mense noveiubri). — Jean, roi de France, abandonne à
Gautier, duc d'Athènes, comte de Brienne , ses droits sur les
aubains qui sont venus jusqu'à présent s'établir dans le comté de
Brienne. 11 accorde cette faveur en reconnaissance des services
du dit Gautier.
Original, arch. du château de Brienne.
236. — Après le 19 septembre 1356. — Epitaphe de Gautier,
duc d'Athènes, comte de Brienne, seigneur de Lecce, à l'abbaye
de Beaulieu.
Edit., Vignier, Histoire de la maison de Luxembourg,
p. 259; Ducange, Hist. de l'empire de C. P. publiée par
Buchon, 11, 207.
H. d'Arbois de Jubain ville.
TESTAMENT DÉTIENNE BALUZE.
En ^869, notre confrère M. Eugène de Rozière a publié, dans la
Bibliothèque de t École des chartes, une lettre de Baluze, qui lui
avait été communiquée par M. Baudoin, archiviste de la Haute-
Garonne, et dans laquelle il a relevé plus d'un détail touchant et
honorable. Aujourd'hui nous mettrons en lumière un document
non moins important pour la vie du même savant. 11 s'agit du testa-
ment qu'il rédigea le 23 mai me, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans
et cinq mois. On trouvera dans ce morceau, comme un reflet des
habitudes, des goûts et des sentiments de Baluze; on y remarquera
surtout les témoignages d'afTection qu'il donne à son ancien ami
François Muguet, qui, après avoir été l'une des gloires de l'impri-
merie parisienne, laissa ses enfants dans une gêne voisine de la
misère.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je soussigné
Estienne Baluze, ancien professeur en di-oit canon au Collège
royal de France, à Paris, voulant prévenir l'heure de la mort et
n'attendre pas à faire mon testament à l'extrémité de ma vie, ai
résolu de le faire, comme je le fais actuellement, pendant que je
jouis, par la grâce de Dieu, d'une entière et parfaite santé de
corps et d'esprit.
Premièrement, je déclare que, sa divine bonté m'ayant fait
naistre de parents catholiques, qui ont pris soin de m'élever dans
la bonne religion, je veux vivre, comme j'ai fait jusques à pré-
sent, et mourir dans la profession de la religion catholique, apos-
tolique et romaine.
Quand il plaira à Dieu de me retirer de ce monde, je veux que
mon corps soit enterré dans le cimetière de la paroisse où je serai
décédé, prohibant expressément toute sorte de superfluités dans
488
mes funérailles, même les tentures à l'église et à mon logis,
aimant mieux employer ces frais inutiles en faveur des pau\Tes
de la paroisse, auxquels je donne et lègue par ce mien testament
la somme de mille livres.
Al'esgard des biens qu'il a pieu à sa divine providence de me
donner, qui proviennent tous de mon travail et de mon économie
et de la modération de ma dépense, les gratifications qu'il a pieu
au roi de me faire pendant longues années, et les appointements
que feu M. Colbert, ministre et secrétaire d'Estat et contrôleur
général des finances, duquel j'ai- ois l'honneur d'estre bibliothé-
caire, me donnoit, m'ayant mis en estât de faire quelques épar-
gnes, n'en ayant fait ni pu faire aucunes des biens de mes père
et mère, dont je n'ai jamais rien eu, je dispose de tous mes biens
ainsi qu'il s'ensuit.
Premièrement, je donne et lègue à messire Jean Baluze, cha-
noine de l'égHse cathédrale de Tulle, mon frère, la part et portion
qui m'appartient et me peut appartenir dans les biens de nos
père et mère, ensemble toutes les sommes de deniers qu'il se
trouvera me devoir au jour de mon décez, dont je ne lui ai jamais
demandé ni principal, ni intérêts, quoi qu'il y ait très longtemps
qu'il est mon débiteur,. même de plusieurs sommes considérables
d'argent, dont je n'ai d'autre reconnoissance 'que celle qu'il en
a faite dans le contrat de mariage de Catherine, sa fille, femme
de monsieur de la Serre. Je lui donne et lègue toutes ces sommes,
et en outre je lui donne et lègue la somme de trois mille livres
payable un an après mon décez.
Je confirme en tant que de besoin et lègue à mon fiUot Estienne
Melon, receveur des tailles à Nevers, fils de ma nièce du Verdier,
la somme de six mille livres que je lui ai donnée par son contrat
de mariage.
Je donne et lègue à damoiselle Marie Baluze, ma sœur, cent
cinquante livres de pension annuelle et viagère pendant le cours
de sa vie, laquelle pension je la supplie d'accepter comme une
marque de mon amitié pour elle.
Je donne et lègue à ma nièce de la Serre la somme de deux
mille livres, outre et par dessus les six mille livres que je lui ai
données dans le contrat de son mariage, et que je lui ai payées en
un contrat de rente sur l'Hôtel-de-Ville de Paris et en argent
comptant, et je lègue à son fils Estienne, mon fiUot, la somme de
trois mille livres.
^89
Et ayant esgard à l'estroite amitié que j'ai eue durant trente
ans avec monsieur Muguet, imprimeur ordinaire du roi et du
clergé de France, qui a imprimé tous mes ouvrages avec beau-
coup d'affection et avec un soin dont je veux me faire un motif
de reconnoissance, et considérant que, par le malheur attaché à
sa famiUe, il a laissé peu de bien à ses enfans, j'ai résolu de dis-
poser d'une partie de mon bien en faveur de quelques-uns des
dits enfants, et encore plus particulièrement en faveur de dame
Madeleine Muguet, veuve de feu monsieur Le Maire, banquier
expéditionnaire en cour de Rome, et en faveur de M'^ Louis
Muguet, advocat et banquier expéditionnaire en cour de Rome,
lequel est affligé de ]a perte de la veue, auquel je donne et lègue
par ce mien présent testament la somme de six miUe livres,
payable deux ans après mon décez, et cependant l'intérest à raison
du denier vingt-cinq.
De plus, je donne et lègue à damoiselle Catherine Muguet,
leur sœur, outre et par dessus ce que je lui ai donné par donation
entre vifs , la somme de six mille livres, payable deux ans après
mon décez, et cependant l'intérest à raison du denier vingt-cinq.
Je donne et lègue à damoiselle Madeleine Le Maire, ma fîlliole,
si elle n'est pas mariée ou religieuse au jour de mon décez, la
somme de deux mille livres, payable deux ans après mon décez,
et cependant l'intérest à raison du denier vingt-cinq.
Item je donne et lègue à mon fiUot Estienne Bourgeois, fUs de
monsieur d'Origny, la somme de mille livres, payable lorsqu'il
sera majeur, et cependant l'intérest à raison du denier vingt-cinq,
sur les quittances de monsieur d'Origny, son père, à compter
d'un an après mon décez, lequel sieur d'Origny sera déchargé
d'en rendre compte jusques à la majorité de mon dit fîllot.
Item je donne et lègue à Pierre-Nicolas de Levrye, fils de
Nicolas de Levrye, maistre chirurgien à Paris, pareille somme
de mille livres, payable lorsqu'il sera majeur, et cependant l'in-
térest à raison du denier vingt-cinq, sur les quittances de mon-
sieur de Levrye, son père, à compter d'un an après mon décez,
lequel sieur de Levrye sera déchargé d'en rendre compte jusques
à la majorité du dit Pierre-Nicolas son fils.
Item je donne et lègue à damoiselle Angélique de Levrye,
laquelle pendant longtemps a pris, avec sa mère, le soin de la
dépense et économie de ma maison, et en prend encore soin avec
beaucoup d'affection et de fidélité, la somme de trois mille livres,
490
payable deux ans après mou décez, et ce pendant Tintérest à
raison du denier vingt-cinq; à laquelle je lègue aussi, en tant
que de besoin, les meubles de sa chambre, qui lui appartiennent
d'ailleurs presque tous, et encore la copie du portrait de feu
monseigneur le cardinal de Bouillon par M" Rigaud, avec la bor-
deure.
Item je donne et lègue à ladite damoiseUe Angélique de Levrye
tout ce que je pourrois lui demander pour sa nourriture pendant
tout le temps qu'elle a logé chez moi avec sa mère, et ce en con-
sidération de la compagnie qu'elle m'a faite et des services qu'elle
m'a rendus pendant ce temps-là, principalement dans mes mala-
dies, dont je la remercie. Je ne veux pas non plus qu'on lui
demande rien pour sa nourriture pendant les trois ans et demi
que j'ai esté éloigné de Paris, attendu qu'elle a esté pendant ce
temps-là dans ma maison pour la garde de mes livres et de mes
papiers, ni pendant le temps qu'elle sera désormais dans ma mai-
son, où elle me tient compagnie et prend soin de mon ménage.
Et d'autant que la dite damoiselle de Levrye, laquelle j'ai toujours
connue très âdelle dans les maniments qu'elle a eus de mon argent,
pendant mes maladies et pendant mes voyages et absences de
Paris, a receu [différentes! sommes d'argent pour moi pendant
mon éloignement de Paris, je veux et ordonne que, si je viens à
décéder auparavant qu'elle m'en ait rendu compte, on s'en rap-
portera entièrement à sa parole, sans qu'on puisse exiger d'elle
autre preuve, le présent article lui servant de décharge pour le
passé et pour l'avenir.
Item je donne et lègue à Louis Choubert, garçon menuisier,
qui m'a servi pendant plusieurs années la somme de deux cens
livres, une ibis payable deux mois après mon décez.
Item je donne et lègue à Charles Laubelle, maistre cordonnier
à Paris, lequel m'a aussi servi pendant plusieurs années, pareille
sonmie de deux cens livres, une fois payable deux mois après
mon décez.
Item je donne et lègue à Charlotte Herison, femme dudit Lau-
belle, laquelle m"a aussi servi pendant plusieurs années, pareille
somme de deux cens livres, une fois payable deux mois après
mon décez.
Et au surplus de tous mes biens que je délaisserai au jour de
mon décez, de quelque nature qu'ils soient, et à quoi qu'ils
puissent monter, sans aucune réserve, après mon testament
49^
accompli, je les donne et lègue et institue en iceux ma légatrice
universelle la sus dite dame Geneviève Magdeleine Muguet, veuve
de feu M*" Le Maire, lequel lui a laissé cinq enfants et ne leur a
laissé aucuns biens pour les nourrir, et leur ayant laissé plus de
dettes que de bien, pour ces raisons et pour l'amitié que je porte
à ma dite dame, sachant combien elle aime ses enfans, et voulant
lui donner le moyen de les nourrir et conduire, je lui fais ledit
legs universel, et la prie de prier Dieu pour moi; lequel legs uni-
versel, dans lequel je comprends ma bibliothèque et mes papiers,
ne pourra estre troublé ni saisi, en tout ou en partie, par quelque
créancier que ce soit de ma dite légatrice universelle, attendu
que je ne lui fais ce legs et ne la fais ma légatrice universelle
que pour sa subsistance et celle de ses enfants et leur conduite.
Je deffendset prohibe expressément la vente de ma bibliothèque
en gros, volant qu'elle soit vendue en détail au plus offrant et
dernier enchérisseur, afin que les curieux puissent en avoir leur
part, y ayant une très-grande quantité de livres rares, difficiles
à trouver, que les gens de lettres seront bien aises d'avoir occa-
sion d'acquérir ^ . J'excepte néantmoins de cette prohibition ma
bibliothèque de manuscrits, au cas qu'il se trouve quelqu'un qui
les veuihe acheter en gros et en donner un prix raisonnable, dont
ma légatrice universelle puisse estre contente.
Je deffends aussi et prohibe expressément de faire inventaire
de mes papiers de littérature et autres qui sont dans les trois
armoires garnies de fil d'archal, attendu que ce seroit une très
grande dépense et très inutile.
Pour exécuter et accomplir mon présent testament, je nomme
et choisis monsieur de Beauvais, notaire au Châtelet de Paris,
logé rue Coquillière, paroisse Saint-Eustache, mon ancien ami,
lequel je prie de me rendre ce dernier office, auquel je donne et
lègue, pour l'indemniser d'une partie des peines et frais que cette
exécution pourroit lui coûter, un diamant de la somme de cent
pistoles, ou la dite somme en deniers comptants, à son choix,
entre les mains duquel sieur de Beauvais je me dessaisis du jour
de mon décez de tous mes dits biens, suivant la coutume; et le
compte de la dite exécution en sera rendu conformément aux
usages de la ville, prévosté et vicomte de Paris.
1. La phrase précédente a été imprimée dans l'avertissement du catalogue de
la bibliothèque de Baluze. publié par Gabriel Martin, en 1719. Voyez aussi Le
Cabinet des Manuscrits, I, 367.
<92
Je révoque tout testament et codicilles par moi ci-devant faits,
et veux que celui ci, que j'ai fait et écrit de ma main et signé à
chaque page, et lequel j'ai leu et releu, soit exécuté de point en
point, selon sa forme et teneur.
Fait à Paris, le 25" jour du mois de mai, l'an de grâce 1716.
E. BALUZE.
Le testament qu'on vient de lire est ici publié d'après une copie
contemporaine qu'un heureux liasard a fait tomber entre mes mains.
Au mois de janvier IS72, le libraire Baillieu, établi à Paris, quai des
Grands-Augustins, n° 43, fit distribuer son SCe catalogue de livres
d'occasion, dont Farticle 37.53 était annoncé comme il suit :
3753. BIBLIOTHECA Baluziana, hoc est catalogus librorum
Stephani Baluzii tutelensis. Ce catalogue paraît être de la
plume de Baluze. Manuscrit in-4" dérelié. Une liasse. 4 francs.
Je m'empressai d'aller vérifier le contenu de cette liasse. Il y avait
bien des fragments considérables d'un catalogue raisonné de diffé-
rents livres, mais l'écriture n'avait rien de commun avec celle de
Baluze, et les livres décrits n'avaient certainement jamais fait partie
de la Bibliotheca Baluziana. Toutefois, avant de rejeter la liasse, je
parcourus les feuillets un à un, et je ne regrettai pas ma peine quand
mes yeux tombèrent sur la copie du testament de Baluze. Un peu plus
loin, je rencontrai une sorte de codicille, relatif à la vente desUvres
prescrite dans le testament. Il est ainsi conçu:
Si je venois à mourir, il ne faudroit pas vendre mes livres aux
libraires, mais faire imprimer promptement le catalogue in quarto,
avec une petite préface en latin au commencement, dans laquelle
on avertiroit le public que la plus grande partie de ces livres
sont notez de ma main, et qu'il y en a une très grande quantité
de corrigez sur les anciens manuscrits, et que la vente s'en fera
en destail à Paris le du mois de ; et il faudra
marquer ce terme à trois ou quatre mois après la distribution des
exemplaires du catalogue, qu'il faudra envoyer en Italie, Angle-
terre et Hollande. Il faudra les vendre selon l'ordre de l'inven-
taire, sans en démordre en aucune manière ni pour aucune con-
sidération.
En imprimant le catalogue, il ne faut pas imprimer ce que j'ai
^93
escrit aux marges par forme de renvoi. Cela n'est fait que pour
mon soulagement particulier.
Il faudra composeï" comme il suit la première page du cata-
logue imprimé :
BIBLIOTHEGA
BALUZIANA
hoc est
CATALOGUS
LIBRORUM STEPHANI BALUZII
Tutelensis
quorum auctio incipiet
Parisiis, via , die
mpnsis
A l'esgard de mes papiers, il les faut garder tous ensemble
pour attendre une occasion favorable d'en tirer une partie de ce
qu'ils valent : car il y a une infinité de choses très curieuses non
encore imprimées. Mais il ne faut pas vendre les deux portefeuilles
de mes lettres latines, ni les paquets d'autres lettres à moi
escrites.
Il faut garder le catalogue escrit de ma main, et en faire faire
une copie pour servir à l'impression.
Le modèle de titre BIBLIOTHEGA BALUZIANA, écrit en grosses
lettres dans ce codicille, avait trompé le libraire, qui avait pris ce
modèle pour le titre du catalogue avec les feuillets duquel se trouvait
mêlée la copie du codicille.
Personne ne s'avisera, je pense, d'élever des doutes sur les docu-
ments que je me suis ainsi procurés. Toutefois, pour édifier complè-
tement le lecteur, j'ajouterai que la liasse en question contenait
encore des notes autographes de Baluze sur un projet d'inscription
pour le pont de Moulins. En voici la teneur :
Les anciens Romains faisoient des inscriptions courtes, se con-
tentant de marquer ce dont ils vouloient instruire la postérité,
sans entrer dans le destail du suject qui avoit donné lieu à l'ins-
cription. Ils laissoient ce soin aux historiens. Ainsi, je crois qu'il
suffîroit de mettre au pont de ^Moulins ce qui suit :
13
^94
HVNG * PONTEM
ELAVERIS v^ IMPETV « COLLAPSVM
LVDOVICI * MAGNI * PROVIDENTIA
FINITIM^ « PROVINCI^.
DE * PECVNIA « SVA
RESTITVERVNT
ANNO « CHRISTI MDCGX
Je ne mets pas d'accents sur l'ablatif absolu : les Romains n'en
ont jamais mis, et puis, ceux qui liront cette inscription, sça-
chant le latin, sçauront bien connoistre que c'est à l'ablatif absolu.
Les Romains mettoient entre les mots des poincts en forme de
losange, comme j'ay fait; mais ils n'en mettoient jamais à la fin
des lignes.
On trouve très souvent dans les inscriptions et dans les mé-
dailles PROVIDENTIA AVGVSTORVM, PRiNciPis, etc, et dans les ins-
criptions très souvent DE pecvniasva dans le mesme sens qu'icy.
Pour conserver la mémoire de ce qui a esté fait pour la cons-
truction de ce pont, on pourroit dresser un procès-verbal conte-
nant la démolition de ce pont, en marquer le temps, marquer
encore le temps auquel ce nouveau pont a commencé d'estre cons-
truit, quand il a esté achevé, sous quel intendant, l'architecte
qui l'a entrepris, la longueur du pont, combien d'arcades, com-
bien de largeur à chascune de ces arcades, les provinces qui en
ont fait la despense, et sur tout, que c'est par les soins et par
l'ordonnance du Roy. Ce procez-verbal estant ainsy dressé avec
exactitude, il faudroit le faire escrire sur le registre de THostel-
de-Ville, et le faire signer par M. l'intendant et par les princi-
paux officiers de la ville de Moulins. Après quoy, on pourroit le
faire imprimer, en distribuer des exemplaires aux curieux et aux
gens de lettres, non-seulement à Moulins, mais encore à Paris et
ailleurs.
L'inscription dont Baluze avait pesé les termes avec tant de soin
ne fut sans doute jamais gravée. En effet, le pont de Moulins, em-
porté par une crue de J'Alller, en novembre -iTiO, fut remplacé pro-
visoirement par un bac, et ce fut seulement en ^73^ qu'on se décida
à établir au même endroit \m pont de bois ^.
1. Vignon, Etudes historiques sur ('administration des voies publiques eu
France, 11, 60 et Cl.
^95
Du moment où j'ai eu recouvré le texte du testament de Baluze, je
me suis cru obligé de le porter à la connaissance du public. En effet,
ce document a été bien mal jugé dans la vie de Baluze que Chiniac a
ajoutée à l'Histoire des capilulaires. Nous y lisons ' : « Son testa-
« ment se ressentit un peu du caprice dont il ne fut pas tout à fait
)) exempt pendant sa vie. Il fit une femme étrangère sa légataire
» universelle, pendant qu'il ne laissa presque rien h sa famille et à
» ses domestiques. » On saura désormais qu'il ne faut tenir aucun
compte d'une appréciation suggérée sans aucun doute par des héri-
tiers qui ne comprenaient pas la délicatesse des dispositions prises
par Baluze en faveur de la famille de François Muguet.
Madeleine Muguet, veuve du banquier Le Maire, remplit exacte-
ment les intentions de son bienfaiteur, au moins en ce qui touchait
la bibliothèque : elle en fit publier par le libraire Gabriel Martin un
catalogue qui est encore fort recherché et dont le titre est conforme
aux prescriptions de Baluze 2; les livres imprimés furent vendus en
détail au mois de mai 1719, au domicile du défunt, dans la rue de
Tournon ; quant aux manuscrits et aux papiers des trois armoires
garnies de fil d'archal, ils furent cédés la même année à la Biblio-
thèque du roi pour une somme de 30,000 livres 3.
Lkopold DELISLE.
1. Uistoiredes capilulaires des rois François de la première et seconde race,
elf., publiés par M. de Chiniac. (Paris, 1779, iQ-S»), p. 170.
2. Biblioiheca Baluziana. seu catalogus librorum bibliothecx v. cl. Steph.
Baluzii tutelensis, quorum fietauclio die hune mensisS maii anni 1719 etseqq.
a secunda pomeridiana ad vesperam in œdibus defundi, via vuhjo dicta de
Tournon. Prostat catalogus Parisiis, via Jacobea, apxid Gabrielem Martin, ad
insigne Stellae, et Joannem Boudol, sub nrbe Lutetia. m dcc xix. In 12, en
trois parties.
3. Le Cabinet des Manuscrits, 1, 367.
BIBLIOGRAPHIE.
Alby au moyen AGE. Esstti sur l'histoire économique de cette ville,
par Emile Jolibois, arrhivisto du Tarn. AIbi, E. Desrue, 1S7^:
in-8°, 88 pages.
La Notice de M. Jolibois ne répond pas tout à fait aux promesses du
titre. Une analyse ra])ide, n'offrant qu'une sèche énumération de faits
partiels et d'affirmations sans preuves, passe successivement en revue
les questions les plus délicates et les plus épineuses de l'histoire de la
société au moyen-âge; nous voulons parler des questions écono-
miques. C'est ainsi que six chapitres trop sommaires, qui forment à
peine la moitié de la brochure, sont consacrés à : 1° La ville et ses
ressources financières; 2° L'administration ; 3' Industrie, Commerce;
li° Les impôts ; 5° La misère ; 6° La comptabilité. On pense bien que des
sujets aussi complexes et aussi variés sont à peine abordés dans les
quarante-cinq pages qui leur sont consacrées. Il faudrait un volume
entier pour les traiter convenablement ; car leur donner tous les
développements qu'ils comportent, c'est faire l'histoire à peu près
complète du pays dont on s'occupe, et à un point de vue qui n'est pas
le moins intéressant.
La seconde partie de la publication de M. Jolibois est consacrée au
pont du Tarn, que l'auteur fait remonter au xi"" siècle, c'est-à-dire à une
centaine d'années avant qu'on jetât les fondations du pont d'Avignon.
Le fait serait assez important pour mériter une étude approfondie; car
on croyait jusqu'ici, et M. Yiollet-Le-Duc a cru pouvoir affirmer que
les premiers ponts de pierre construits au moyen- âge ne remontaient
pas au-delà du XII'-' siècle. Le pont d'Alby ferait donc reculer de cent
ans la date de la construction des ponts en pierre. Malheureusement
M. Jolibois n'appuie d'aucune preuve ce fait si grave au point de vue
archéologique. Par quel document, dans quelle chronique a-t-il appris
que ce pont fut érigé en 1035, grâce à l'abandon par les moines de
Saint-Salvi des revenus du pont d'Alby qui leur appartenaient? C'est
un détail qu'il ne nous serait pas indifférent de savoir. Après une
courte notice consacrée aux diverses péripéties de l'histoire de ce pont
vénérable, M. Jolibois arrive à la partie la plus importante et la
plus curieuse de sa publication, c'est-à-dire la pancarte de 12Z|5 ou la
4 97
taxe frappée sur les diverses marchandises qui traversaient le Tarn
pour venir au marché de la ville.
La pancarte de 12Zi5, rédigée en langue vulgaire, offre un vif intérêt,
tant au point de vue philologique que sous le rapport des renseigne-
ments qu'elle fournit à l'histoire du commerce au xiir^ siècle. M. Joli-
bois a placé en regard du texte original une traduction française. Enfin,
il a ajouté à ce document précieux un tableau du prix des grains
vendus au setier sur le marché d'Albi du mois de septembre 1355 au
mois de septembre 1359, accompagné du cours des monnaies d'or.
Encore un sujet nouveau qui pouvait faire à lui seul l'objet d'une
étude particulière.
En somme, si au lieu de vouloir embrasser une période trop étendue,
et des matières trop diverses, M. Jolibois s'était contenté de publier
sa pancarte de 12./i5, avec un commentaire et des éclaircissements
historiques, archéologiques et philologiques, son travail eut été à coup
sûr plus utile et lui eut fait par conséquent plus d'honneur, sans lui
coûter peut-être autant de peine.
J.-J. G.
PouiLLÉ du diocèse de Poitiers^ par H. Beauchel-Filleau. Niorl,
L. Clouzot, et Poitiers, Oudin, 1869, in-r de xliv et 3J5 p.
Vers l'année 1302, Gautier de Bruges, évêque de Poitiers, fit dresser
un pouillé de son diocèse, qui forme la septième section d'un car-
tulaire de l'évêché de Poitiers, connu sous le nom de Grand-Gauthier,
et conservé à la bibliothèque de Poitiers. M. Beauchet-Filleau a tiré
de ce pouillé tous les articles relatifs aux bénéfices compris dans le
territoire qui forme aujourd'hui le diocèse de Poitiers ; il les a com-
plétés par des renseignements très-abondants et très-variés qu'il a
empruntés, soit à des chartes antérieures au xiy<-' siècle, soit à des
documents plus récents, tels que le compte de la chambre apostolique
de l'année 1326 (ms. latin 993Zi de la Bibl. Nat.), le rôle des décimes
de l'année 1383 (Archives de la Vienne), et plusieurs rôles, procès-
verbaux de visites et pouillés modernes. Il y a donc dans le livre de
M. Beauchet-Filleau une statistique historique fort complète de tous
les anciens établissements religieux du diocèse actuel de Poitiers.
Nous aurions voulu queTauteur n'eût pas autant subordonné le plan de
son livre à la circonscription moderne, et qu'il eût publié textuelle-
ment tout le pouillé de Gautier de Bruges. Toutefois, M. Beauchet-
Filleau a commencé par donner la nomenclature complète des
paroisses du diocèse de Poitiers, telles qu'on la trouve dans le vieux
})Ouillé ; de plus, il a très-clairement indiqué les portions de l'ancien
diocèse qui ont été démembrées par Jean XXII pour former les diocèses
de Luçon et de Maillezais.
198
Ainsi, le PouHlc du diocèse de Poitiers constitue une bonne œuvre
de géographie liistorique, qui se relie bien avec le Fouillé de iévéché
de Luçon, publié il y a quelques années par l'abbé Aillery.
L. D.
Caiitulaire de r abbaye royale de Nolre-Daine des Chdtelliers, publié
avec une introduction et une table alphabétique des noms de
personnes et des noms de lieux, par Louis Du val. Niort, Glouzot,
•1872, in-8" de cvilj cl 328 p. (E\Li"ail des Mémoires de la Société
de statistique^ sciences et arts du département des Deux- Sèvres).
Les archives de l'abbaye des Châtelliers n'existent plus. M. Louis
Duval, aujourd'hui archiviste de la Creuse, précédemment bibliothé-
caire de Niort, en a recueilli, soit parmi les copies de Dom Fonteneau,
soit dans diverses collections publiques et particulières de Paris et du
Poitou, près de 360 pièces, dont 113 antérieures au X1V« siècle. Il a
textuellement publié toutes celles qui ont de l'importance, et analysé
les autres avec beaucoup d'exactitude. Dans le cartulaire qu'il a ainsi
formé, on remarque des bulles d'Eugène HI, Alexandre DI, Alexandre IV,
Jean XXIII, Eugène IV et Pie II ; des chartes d'évêques de Poitiers;
des lettres de Philippe-le-Hardi, Philippe-le-Bel, Philippe de Valois,
Charl.es VI, Charles VII et Louis XI; différents actes des comtes de la
Marche, d'Alfonse, comte de Poitiers, des vicomtes de Thouars, des
seigneurs de Lusignan, de Mauzé, de Parthenay, de Rochefort, etc.
A la p. 113 est indiquée une sentence de Philippe de Beaumanoir,
chevalier, sénéchal du Poitou, en date du « lundi devant la my-caresme
MccLxxxv, » ce qui répond, je croiS;, au 18 mars 1286 (n. s.), et non pas
au 26 février, comme l'a imprimé l'éditeur.
Signalons, à la p. 206, une lettre de Louis XI, datée d'Orléans le
ih avril, dans laquelle le roi s'exprime ainsi : «... Nous avons entendu
que feu nostre très chiere dame et mère, que Dieu absoille, alla de vie
à trespas en vostre monastère [des Chastelliersj, onquel ses entrailles
sont ensepulturées, et laquelle, meue de devocion, en ycelui a fait
plusieurs dons et legaz^ dont vous estes tenus faire plusieurs prières
et services pour le salut de son âme et en mémoire d'elle, et aussi pour
demonstrance que ladite abbaye est de fondation royale, avés intention
de faire litrer ledit monastère par dedans et par dehors aux armes de
feue nostre dite dame et mère... »
La première partie du volume est remplie par une très-ample et
très-bonne histoire de l'abbaye des Châtelliers.
Par la publication dont il vient d'enrichir les mémoires de la société
des Deux-Sèvres, notre confrère, M. Duval, s'est donc fait avantageu-
sement connaître, et comme historien, et comme éditeur de docu-
ments diplomatiques du moyen-âge. L. D.
^99
Par palimpaestoruin Wirceburgeasium. Antiquissmiœ i^eteris testa-
menti versionis latinx fragmenta e codd. rescriptis eruit, edidit
explicuit Ernestus Banke. Vindobonac, -187^. Sumptibus Guilielmi
BraumuUer. ln-° de xiv et 434 p. avec deux planches photo-
lithographiques.
A la bibliothèque de Wurtzbourg se conserve, sous le n" 64 A, un
manuscrit du vm^ siècle, en minuscule mérovingienne, contenant le
commentaire de saint Augustin sur les 32 premiers psaumes. Les
feuillets de ce volume sont palimpsestes; ils ont primitivement appar-
tenu à deux manuscrits différents, tous deux en onciales, et qui, tous
deux, avaient peut-être été exécutés dans le cours du v'' siècle.
L'un des anciens manuscrits dont les fragments constituent le ms.
6Zi A de Wurtzbourg contenait le texte latin des prophètes ; l'autre, le
texte latin du Pentateuque.
Au commencement du siècle, Jean-Michel Feder déchiffra une
notable partie du texte des prophètes, et communiqua le résultat de
son travail à Frédéric Munter^ qui le fit connaître dans un programme
publié à Copenhague en 1819.
Le docteur Ernest Ranke, professeur à l'université de Marbourg, a
consacré quinze ans à l'examen du volume que Feder avait précédem-
ment étudié. Il a reproduit (p. 1-lZiZi) avec la plus minutieuse exacti-
tude, ligne pour ligne, lettre pour lettre, tout ce qu'il a pu arracher
aux deux palimpsestes. Il y a joint : 1" des notes diplomatiques
(p. 145-160); 2° des notes critiques (P- 161-411), dans lesquelles le
texte de Wurtzbourg est rapproché du texte des Septante, de la ver-
sion italique telle que D. Sabatier l'a publiée et de la Vulgate de saint
Jérôme ; 3° des notes grammaticales (p. 412-427).
Le volume est complété par deux planches photolithographiques.
L'une représente les p. 32 et 17 du manuscrit de saint Augustin,
lesquelles correspondent à une page du manuscrit des prophètes.
L'autre, les pages 151 et 155 du saint Augustin, correspondant à une
page du Pentateuque.
La publication du docteur Ranke servira en même temps à la critique
des premières versions latines de l'ancien Testament, à l'étude du
latin vulgaire et à l'histoire de la paléographie. Elle vient heureuse-
ment s'ajouter à plusieurs travaux intéressants dont les versions latines
de l'Écriture sainte antérieures à la Vulgate ont été l'objet, dans ces
derniers temps, et dont il est bon de réunir ici les titres: — Volkmar,
Esdra propheta, ex duobus mss. Ilalœ (Tubingen, 1863) ; — Fritzsche,
Fragmenta iibri Judicum post Pelrum Sabatier paullo aucliora
(Zurich, 1867); — Joseph Cozza, Sacrorum biblioram vetuslissima
fragmenta grœca et lalina e palimpseslis codicibus bibliolhecœ Crypto-
ferratensis erula atque édita (Rome, 1867) ; — Librorum Levitici et
200
Numeroram oersio anli(/ua ilala e codice iteranliquo in fnbliotheca
Ashbiirnhamiense conservato. mmc primum hjpis édita (Londres, 1868,
voyez Bibliothèque de l'Ecole des chartes, G*^ série, V, 366) ; — Ranke,
Fragmenta versionis sacrarum scriplurarum latinœ antehieronymianœ
e codice ms. (de Weingarten) eruta (Vienne^ 1868); — article de
M. Vansittart, inséré dans The journal ofphllologjj, 18(i9, t. H, p. 2/iO-'2Zi6,
au sujet des fragments palimpsestes d'une ancienne version latine du
Nouveau-Testament contenus dans le ms. latin 6Z|00 G de la Bibliothèque
Nationale de Paris.
L'importance des renseignements que ces vieux textes fournissent
à la philologie a été indiquée dans un article de la Revue critique du
28 mai 1870, p. o'il-351.
L. D.
Archiv der Gesellschaft fiir aeltere deutsche Gesc/ric/itkunde
Herausgegeben von G. H. Pertz. XII, i et h. Hannovre, Hahn.
1872. In-8° de 426 p.
Ce demi-volume d'une collection justement célèbre contient le
mémoire du docteur Ludvvlg Weiland sur la chronique de Martin le
Polonais (p. 1-79), celui du docteur Hermann Pabst sur les sources de
l'histoire de Brauvveiler (p. 80-200) et les notes du docteur Ludwig
Bethmann sur les manuscrits des bibliothèques romaines (p. '201-Z|25).
Ces notes fournissent beaucoup de renseignements sur des documents
relatifs à l'histoire de France qui sont conservés au Vatican et dans
divers dépôts de Rome.
Yevdal mamials of etiglish history, a séries of popiilur S/Seiches of
oiir national histoj^y, compiled ni diff'erenl periods^ from the
thirteenth century to the fifteenth^ for the use ofthe femlal ge7itry
and nobility. Noie firsl edited from the original manuscripts by
Thomas Wright. London. ^872. Petit in-4o de xxiv et \SA pages.
Le présent volume, imprimé sous les auspices de M. Joseph Mayer,
est consacré à ces rouleaux, sur lesquels on traçait au moyen-âge,
pour l'instruction de la noblesse, des résumés historiques, des arbres
généalogiques, etc. M. Thomas Wright n'a compris dans son recueil
que des rouleaux relatifs à l'Angleterre, et les six morceaux qu'il a
donnés comme exemple, sont de médiocres compilations dans lesquelles
on aurait peine à découvrir quelques traits originaux.
P. 1-37. Résumé en français de l'histoire d'Angleterre, depuis
Ethelbert jusqu'à Edouard l. Rôle du xiu« siècle, appartenant à
M. Joseph Mayer. Au dos est copié le roman, en vers français, d'Idoine
et Amadas.
20 <
P. 38-60. Résumé du même genre, s'arrêtant au règne de Richard II.
En français. Musée britannique, n° 21368 du fonds additionnel.
P. 61-87. Résumé du même genre, s'arrêtant au règne de Henri III.
En français. Musée britannique, Ciiarte du fonds Lansdowne, cotée
Rot. n" 3.
P. 88-12i. Chronique latine rédigée dans l'abbaye de Thornton
(Lincolnshire), commençant au départ de Louis VII pour la croisade
et finissant à la mort de Philippe-le-Bel. Rouleau conservé au Musée
britannique, parmi les chartes de Campbell, sous le n° xxi, U. Il s'y
trouve quelques articles pouvant servir pour l'histoire de la fin du
XIII« siècle et du commencement du XIV^
P. 125-153. Tableaux historiques, commençant à Adam et s'arrêtant
à Henri VI. Texte latin appartenant à T. L. Duncombe Jones Parry.
L'éditeur a négligé la partie antérieure au règne d'Arthur.
P. 15M70. Résumé de l'histoire d'Angleterre, depuis Brut jusqu'à
Henri VI. Texte anglais, dans lequel les rapports de l'Ecosse avec
l'Angleterre sont exposés avec quelques développements. Le rouleau,
conservé au Musée britannique, a peut-être été exécuté pour le roi
Henri VII.
L. D.
First report of tlie royal commission on historical manuscripts.
London, 1870. In-iblio de xiij et 133 pages. — Second report of
the royal commission on historical manuscripts. London, ^87^.
In-folio dexxij et 349 pages.
En 1869^ le gouvernement anglais a établi une commission chargée
de rechercher dans les archives, bibliothèques, ou cabinets des cor-
porations et des simples particuliers, les documents qui peuvent servir
à l'histoire, au droit, aux sciences et à la littérature en général. Les
possesseurs des documents se sont empressés de favoriser les recher-
ches prescrites par le gouvernement, et c'est par milliers qu'il faut
compter les pièces intéressantes, dont l'indication, l'analyse et parfois
le texte remplit deux longs rapports, qui ont été distribués aux deux
chambres du Parlement et dont le titre est transcrit ci-dessus.
Il serait impossible de relever ici les mémoires et les correspon-
dances des trois derniers siècles qu'ont déjà signalés les commis-
saires anglais et qui méritent de fixer l'attention des historiens fran-
çais. Bornons-nous à citer quelques articles empruntés 'à d'autres
genres, et d'après lesquels on pourra se faire une idée de la variété et
de l'intérêt des morceaux indiqués dans les deux premiers rapports.
Evangéliaire latin du x« siècle, appartenant au colonel Carevv à
Crowcombe Court dl, llx). 11 contient la lettre de Foulques, arche-
vêque de Reiras, au roi Alfred, touchant l'envoi en Angleterre de
202
Grimbaud, moine de Saint-Bertin, lettre qui a été publiée en 1663 par
Michel Alford d'après un ms. des Annales de Winchester, et en 1722
par le rév. Francis Wise, d'après le présent manuscrit. Sur cette lettre
importante, qui a été contestée sans motifs suffisants, on peut voir les
Bollandistes, juillet, II, 651, et l'Histoire littéraire de la France,
V, 693.
Charte originale de Richard Cœur de Lion, pour Guillaume, fils de
Guillaume de Berkeley, datée de Cahagnes (en îsormandiej, le 28 jan-
vier 1199; conservée à Belvoir Castle, chez le duc de Rutland (I, 11).
Longue lettre latine de Gautier de Coutances, archevêque de Rouen,
adressée à Richard, doj-en de Lichlield ei au chantre de cette église,
touchant le patronage de l'église de Chakenden; original scellé, chez
Frederick Peake (II, 93).
Formulaire du xiv^ siècle, ayant appartenu à Richard de Bury,
évêque de Durham, et dans lequel sont beaucoup de lettres écrites ou
reçues par des papes, par des rois d'Angleterre ou d'autres pays et par
différents dignitaires ecclésiastiques, à partir du xii'' siècle; dans ce
volume, intitulé « Liber epistolaris quondam Ricardi de Bury, episcopi
Dunelmensis, » on remarque beaucoup de lettres adressées aux offi-
ciers du roi en Gascogne; chez J.-R. Ormsby-Gore, esq. de Brogyntyn
(II, 8/1).
Rôle mortuaire de Ampelissa, prieure de Lillecherche, de la seconde
moitié du \u\^ siècle, long de 50 à 60 pieds, contenant 363 titres, con-
servé au collège de Saint- Jean à Cambridge (I, 7Zi).
Vie de saint Louis, par Joinville; in-folio, sur parchemin, beau
ms. du XY* siècle^ avec initiales enluminées et rubriques en couleurs;
à la bibliothèque des avocats d'Edimbourg, sous la cote 15. 1. 6
(I, 12Zj).
Première partie des Chroniques de Froissart; in-folio, sur parchemin,
copié au xv'' .siècle, avec quatre grandes peintures et 21 petites.
Premiers et derniers mots du volume : « Cy commencent les croniques
» que fist sire Jehan Froissart, lesquelles parlent des nouvelles guerres
» de France, d'Angleterre, d'Escoce, d"Espaigne et de Bretaigne. Et
» sont divisées en quatre parties; dont le premier chappitere fait
» mencion de la cause pourquoy elles sont faittes. Affin que les
» honnourables adventures et nobles adventures... — ... à Carenten, à
» Saint-Lo, et par toutes les marches sur le clos de Constantin.
» Explicit. » Pour donner une plus juste idée de ce ms., qui est au
collège des Jésuites à Stonyhurst (11, 1Z|6), M. Joseph Stevenson en a
reproduit un chapitre, dont le texte se trouve dans l'édition de
M. Siméon Luce, t. I, p. l/i6.
Lettre anglaise de John Albon à maître Thomas Palmer, au sujet de
la bataille d'Azincourt; chez Frederick Peake (II, 9/i). Le texte de cette
lettre est inséré dans le rapport.
203
Heures attribuées A Anne de Bretagne; au collège catholique de
Blairs près Aberdeen (II, 202).
Journal et recueil des choses les plus remarquables en l'isle de
Jersey, arrivées pendant les guerres civiles sous les règnes des rois
Charles I et Charles II ; par Jean Chevalier, vingtenier de la ville de
Saint-Hélier, de 16/|3 à 1650 ; copie appartenant au docteur Hoskins
(II, 158). Il y a des renseignements très-précieux sur les rapports des
îles anglaises avec la Basse-Normandie, au milieu du xvii« siècle.
Histoire du collège écossais à Paris, par Thomas Winterhope ; ms.sur
parchemin, in-folio, de 77 pages, appartenant à l'évêque catholique
d'Edimbourg (1, 1^1); il renferme un des plus anciens et des plus
authentiques portraits de Marie Stuart, exécuté vers 1565.
Différents recueils relatifs à l'établissement des bénédictins anglais
en France ; au collège de Saint-Laurent à Ampleforth (II, 109 et 110).
L. D.
MÉMOIRES </e la Société nationale des Antiquaires de France. 4^ série,
tome II. Paris, Dumoulin. 1871. In-S" de 216 p. Ensemble le
bulletin pour 1860, 172 p. ; et le bulletin pour 1870, 183 p.
Indépendamment des notes fort nombreuses et fort variées conte-
nues dans les bulletins, ce volume de Mémoires renferme les travaux
suivants :
Trésor de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, par M. Edouard
Aubert. P. 1.
Lieux de refuge des anciens Helvètes, par M. Keller. P. 133.
Inventaire et comptes de la succession d'Eudes, comte de Nevers
(Acre, 1266), par M. Chazaud. P. 16Zt.
Inscription tumulaire d'un civis Mediomalricus, trouvée à Milan, par
M. Ch. Robert. P. 207.
LIVRES NOUVEAUX.
1. Baillv. — Étymologie et histoire des mots (3rléans cl Orléanais.
In-8°, 82 p. Orléans, lib. Herluison.
Extrait des Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et
arts d'Orléans.
•2. Baudui. — Poëme adressé à Adèle, UUe de Guillaume le Conque-
204
rant; par Baudri, abbé de Buurguoil. Publié par M. Léopuld Didislo,
membre de la Société des antiquaires de Normandie. In-4''. 40 p. Caen,
imp. et lib. Le F^lauc-Hardel.
Extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 3'' série,
t. 28.
3. B.woNNE. — Vie du B. Réginald, de Saint-Gilles, professeur de
droit canon à l'Université de Paris, doyen de Saint-Aii^nan d'Orléans,
un des premiers disciples de Saint-Dominique (ll75?-1220j; parle R.P.
Emmanuel-Ceslas Bayonne, des Frères prêcheurs. In-12, 168 p. Dijon,
Paris, lib. PoussielLrue frères.
Bibliothèque dominicaine.
4. BENorr. — Nouvelles recherches historiques sur Phalsbourg et ses
environs. In-S", 31 p. Nancy, imp. Grépin-Leblond.
Extr. des Méra. de la Soc. d'archéol. lorraine.
ô. Besson (l'abbé). — Mémoires pour l'histoire ecclésiastique des dio-
cèses de Genève, Tarantaise, Aoste et Maurienne , et du décanat de
Savoie. In-4°, viij-504 p. Moutiers, imp. et lib. Cane.
6. Brassaut. — Fêtes populaires au xvi*^ siècle dans les villes du nord
delà France et particulièrement à Valenciennes (1547 et 1548); publiées
d'après les manuscrits de Noël Le Boucq, surintendant de l'artillerie, et
de sire Simon Le Boucq, écuier, prévôt de Valenciennes. In-S", 38 p.
Douai, lib. Crépin.
Extr. des Souvenirs de la Flandre wallonne, t. 11, année 1871.
7. Bremond. — Notice historique sur l'église et le couvent, des corde-
liers de Toulouse. In-8°, 43 p. Toulouse, lib. Devers-Arnauné.
8. Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame des Chatelliers, publié
avec une introduction et une table alphabétique des noms de personnes
et des noms de lieux, par Louis Duval, archiviste du dép. de la Greuse.
In-8°. cviij-332 p. Niort, lib. Clouzot.
Extrait des Mém. de la Société de statistique, sciences et arts du départ, des
Deux-Sèvres.
0. Ghampfleury. — Histoire de la caricature au moyen-âge. ln-18
Jésus, xx-27() pages. Paris, Dentu.
10. Chardon. — Etudes historiques sur la .sculpture dans le Maine. Le
saint Martin de Ghàteau-du-Loir et d'Ecommoy, l'Hercule et TAntée
du château du Lude. ln-8°, 35 p. Le Mans, imp. Monnoyer.
Extrait du Bulletin de la Soc. d'agriculture, sciences et arts de la Sarthc.
11. Chevalier (C.-U.-J.). — Cartulaire municipal de la ville de Mon-
télimar. In-8°, iv-352 p. Montélimar.
12. Gro.nholw (A.). — Sveriges historia under Gustav H Adolph?
205
regering (Histoire de la Suède sous le règne de Gustave Adolphe). In-8",
443 p. Malmo.
13. Dareste (C). — Histoire de France depuis les origines jusqu'à
nos jours. T. 7. Louis XVI et la Révolution jusqu'en 1795. In-8°, 635 p.
Paris, imp. et lib. Pion.
14. Delpit (M.). — Essai sur les anciens pèlerinages à Jérusalem,
suivi du texte du pèlerinage d'Arculphe. In-8°, xxxv, 388 p. Paris.
15. Desm.\ze. — Le Ghàteletde Paris, son organisation, ses pri\aléges.
Prévôts. Conseillers. Chevaliers du guet. Notaires. Procureurs. Commis-
saires. Huissiers. Registres. Prisons et supplices. Bazoche. Tribunal
de la Seine. 2" édition. In-18 jésus, viij-438 p. Paris, Didier et G'.
■16. Dictionnaire de l'Académie des beaux-arts, contenant les mots
({ui appartiennent à l'enseignement, à la pratique, à l'histoire des beaux-
arts, etc. T. 3, 2*^ livraison. Gr. in-8° à 2 col., 97-192 p. Paris, imp. et
lib. Firmin Didot frères, fils et C^
17. Didier (l'abbé). — Notice historique et religieuse sur le bourg et
les seigneurs de Doulevant-le-Chàteau (suivie d'une courte notice sur
les communes du canton). In-8°, 189 p. Wassy, imp. Guillemin.
18. Discours de la mort et exécution de Gabriel, comte de Montgom-
mery, par arrest de la court, pour les conspirations et menées par luy
commises contre leroy et son estât, qui fut à Paris, le 26« de juing 1574.
In-8° carré, 17 p. Rouen, imp. Boissel.
Société des bibliophiles normands.
19. DuNOT DE Saixt-Maclou. — Robert Guiscard à Rome, en 1084.
In-8", 19 p. Caen, Le Blanc-Hardel.
Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 3' série,
7' volume.
20. Espi.NAV (d').— L'Architecture civile dans la Touraine méridionale
au moyen-àge. In-8°, 10 p. Caen, imp. et lib. Le Blanc-Hardel.
Extr. du Bull, monumental publié à Caen par M. de Caumont.
21. FiETT.\ (Lorenzo). — Niccolo Boccasino di Trevigi e il suo tempo.
Vol. L I Fatti (histoire de Benoit XI). 1871. In-8% xx et 556 pages.
Padoue.
22. Froehxeu. — Les Musées de France, recueil de monuments .anti-
ques (glyptique, peinture, céramique, verrerie, orfèvrerie); par W. Frœh-
ner, conservateur du Louvre, membre de l'institut archéologique de
Rome. Reproductions en chromolithographies, eaux-fortes, gravures sur
bois, phototypographie, etc., d'après les monuments les plus intéres-
sants des collections publiques et privées à Paris et en province, choisis
au point de vue de l'art, de l'archéologie et de l'industrie antique.
206
Livraisons 1 o.t 2. In-folio, Ki pa.^'es ot 8 planches. Paris, imp. Claye;
lib. J. Rothschild.
23. Froehneu. — Colonne (la) Trajane, d'après le surinoulage exécuté
à Rome en 1861-1862, reproduite en phototypographic par Gustave
Arosa. 220 planches imprimées en couleur, avec texte orné de nom-
breuses vignettes. Livraisons 1 à 6. In-i'olio, 6 p. et 11 pi. Paris, imp.
Claye; lih. J. Rothschild.
24. Gehmhu-Dur.vnd. — Découvertes archéologiques laites à Nîmes
et dans le Gard, pendant l'année 1869. Second semestre. ln-8°, 84 p.
Nîmes, imp. Glavel-Balivet et C^.
Extr. des Mém. de l'Acad. du Gard, 1869-1870.
25. GiROUi). — Sidoine Apollinaire, ln-8", 8 pages. Lyon, imprimerie
Vingtrinier.
26.' Glainville (de), — Curieux privilèges de l'ancien prieuré de
Saint-L6, à Rouen, ln-8°, 8 pages. Caen, imprim. et libr. Le Blanc-
Hardel.
Extr. du Bull, monumental publié à Caen par M. de Caumont.
27. GossELi.N. — Glanes historiques normandes à travers les xv-',
xvi«, XYu" et xv!!!*^ sièclcs. Documents inédits. In-8% 177 p. Rouen,
imp. Cagniard.
Extr. de la Revue de la Normandie, 1869.
28. Grosjean. — Histoire de Notre-Dame du saint Cœur dite Notre-
Dame-du-Chêne, commune de Maizières, près d'Ornans (Doubs). In-18,
264 p. Besançon, imp. Jacquin.
29. GuGLiELMOTTi (P. Alberto). — Storia délia marina pontilicia nel
medio evo, dal 728 al 1499. Deux volumes in-16. pag. iv-496, 556. Flo-
rence, 1871, imp. Suce. Le Monnier. — 8 livres.
30. Hauréau. — De quelques auteurs imaginaires^ par M. Hauréau.
In-8°, 13 p. Paris, imp. Donnaud.
Extrait des Comptes-rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
2" série, t. 7, p. 262.
31. Héfélé (Ch.). — Histoire des conciles. Traduction de M. l'abbé
Delaré. In-8°, Ad. Leclere.
32. Heptameron (P) des nouvelles de très-illustre et très-excellente
princesse Marguerite de Yalois, royne de Navarre, remis en son vrai
ordre, confus auparavant en sa première impression, et dédié à très-
illustre et très-vertueuse princesse Jeanne de Foix, royne ne Navarre,
par Claude Gruget, parisien. Edition Jouaust. 4^ et 5^ journées. Petit
in-8°, 175 p. et grav. Paris, imp. et lib. Jouaust.
83. Herrero (L.). — El monje de Yuste. ultimes momenlos del t-m-
perador Carlos V. In-8", 368 p. Madrid.
207
34. Historia de Portugal, desde os tempos mais remotos até à actua-
lidade escripta segundo o piano de F. Diniz por una sociedade
d'homens de lettras. T. I-VI. In-8". Lisbonne.
35. HoLM (Adolfo). — Délia geografia antica di Sicilia, prima versione
italiana di P. M. Latino, con note, documenti ed una carta. In- 16.
pag. 104. Palerme.
36. Jaspar (l'abbé). — Notice biographique sur saint Edmond (ou
saint Edme), archevêque de Cantorbéry. In-8°, 21 p. Lille, imprimerie
Béhague.
37. Labarte. — Histoire des arts industriels au moyen-àge et à
l'époque de la Renaissance. T. I. In-4°, Yij-445 p. et 32 pi. Paris,
V« A. Morel et O.
38. Lagombe. — La Monarchie pontificale considérée dans sa for-
mation et sa suprématie, histoire de la papauté depuis son origine jus-
qu'au pontificat de Clément V; par Francis Lacombe. T. 1 et 2. In-8°,
1146 p. Paris, Adr. Le Glere et G^.
39. L'Épinois (Henri de). — Critiques et réfutations. Henri Martin et
son histoire de France. In-18 jésus, xi-48Û p. Paris, Libr. delà Société
bibliographique.
40. Lettres inédites du roi Charles IX et de la reine Catherine de
Médicis, écrites à l'occasion de la campagne de 1574. In-8° carré, 30 p.
Rouen, imp. Boissel.
Société des bibliophiles normands.
41. Magny (de). — Les Gayetez d'Olivier de Magny. Texte original
avec notice par E. Courbet. In-12, xxiv-llO p. Paris, lib. Lemerre.
Bibliothèque d'un curieux.
42. Martin (Henrij. — Études d'archéologie celtique. Notes de
voyages dans les pays celtiques et Scandinaves. In-8«, iY-430 p. Paris,
Didier et C".
43. Matton. — Dictionnaire topographique du département de l'Aisne,
comprenant les noms de lieu anciens et modernes, rédigé sous les aus-
pices de la Société académique de Laon. In-4°, xxxix-368 p. Paris, imp.
nationale.
Dictionnaire topographique de la France.
44. MuLLER. — Evangéliaire de la cathédrale de Noyon. Noyon,
in-8% 31 p.
45. Paris (Louis). — Les Manuscrits de la bibliothèque du Louvre
brûlés dans la nuit du 23 au 24 mai 1871, sous le règne de la Com-
mune. In-8", xj-171 p. Paris, bureau du Cabinet historique; librairie
Dumoulin.
Extr. du Cabinet historique.
208
-ib. Patron. — Recherches historiques sur l'Orléanais, ou Essai sur
l'histoire^ l'archéologie, la statistique des villes, villages, hameaux,
églises, chapelles, chàteaux-forts, abbayes, hôpitaux et institutions de
l'Orléanais proprement dit, depuis l'époque celtique jusqu'à nos jours.
T. 2. In-8°, 625 p. Orléans, lihr. Ilerhiison ; Blancliard: Séjourné:
Vaudecraine.
■'(7. Po.NT (l'abbé). — Origines du patois de la Tarentaise, ancienne
Kentronie. Précis historique, proverbes^ chansons, parallèle avec le
patois de la Suisse romande, etc. In-8", 151 pages. Paris, .Maisonneuve
et Gi«.
48. Ranke (E.).— Par Palimpsestorum Wirceburgensium ; antiquis-
simœ veteris testamenti versionis latina' fragmenta, Gr. in-4o. Vienne.
BraumùUer.
49. Ricard (l'al)bé). — Les Évèques de Marseille depuis saint Lazare
jusqu'à nos jours (chronologie et notices). In-8°, 159 p. Marseille, iiup.
Ve Chauffard.
50. Ricard (A.) — Manuel d'histoire de la littérature française, ln-8*.
Prague, Galve.
51. RicciAHDi (G.). — La Republica di S. xMarino o l'italia, studio
storico critico. In-16. pag. 160. Napoli 1871, tipog. Strada S. Pietro a
Maiella 31.
52. Robert. — Les Armées romaines et leur emplacement. In-8'>.
16 p. Paris, imp. et lib. J. Dumaine.
Extrait du Journal des sciences militaires.
53. Saint-Maubis (de). — Vies des saints de l'atelier. Saint Gloud.
patron des cloutiers, etc. In-12, 21 p. Paris, lib. Blériot.
54. Ségur-Dupeyron (de). — Histoire des négociations commerciales
et maritimes de la France aux xvii« et xviu" siècles, considérées dans
leurs rapports avec la politique générale. T. 1 et 2. In-8«, 1053 p. Paris.
Thorin.
55. SicKEL (Th.). — Zur Geschichte des Goncils von Trient (Docu-
ments sur l'histoire du concile de Trente), 2« partie, 1561-1563. In-8",
p. 217-472. Vienne, Gerold's Sohn.
56. Tamizev de Larroque. — Un grand homme oublié. Le Président
de Ranconnet. In-S", 20 p. Paris, Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
57. Terrebasse (de). — Histoire de Pierre Terrail , seigneur de
Bayart, dit le bon chevalier sans peur et sans reproche. In-8°, xviij-
485 p. et portr. Vienne, imp. et lib. Savigné.
58. Van Lokeren (A.). — Guartet' et documents de l'abbaye de
209
Saint-Pierre au Mont-Blandin, à Gand, depuis sa fondation jusqu'à
sa suppression, avec une introduction historique. T. IL In-4°, Ixxvj-
475 p. Gand.
59. VuY (Jules). — Les États généraux de Savoie de l'an 1522.
24 p. In-4°. Genève.
Extrait des Mémoires de l'Institut genevois, tome XIII.
CHRONIQUE.
Dans sa séance du 8 février, la Société de TÉcole des chartes a voté
des reraercîments à M. René de Lespinasse, rédacteur de la troisième
table décennale de la Bibliothèque de l'École des chartes, qui a été
distribuée à nos souscripteurs au commencement de cette année.
— M. Paul Meyer a été nommé secrétaire de TEcole des chartes en
remplacement de M. Marty-Laveaux, démissionnaire.
— M. Rouland, archiviste-paléographe, a été nommé archiviste aux
Archives Nationales, par arrêté en date du 30 mars, en remplacement
de M. Paul Meyer.
— Par décret en date du 3 mars, notre confrère M. Hippolyte
Cocheris a été nommé conservateur-adjoint à la Bibliothèque mazarine.
— M. Crozet, ancien élève de l'École des chartes et archiviste-paléo-
graphe, est mort récemment. M. Crozet était à Paris pendant le siège ;
il y a fait honorablement son service dans la garde nationale.
— Le ministère de l'instruction publique vient de faire paraître le
« Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, comprenant
les noms de lieu anciens et modernes, rédigé sous les auspices de la
Société académique de Laon, par M. Auguste Matton » (Paris, impri-
merie nationale, 1871), \n■^° de xxxix et 36Zi pages.
La collection à laquelle appartient ce volume comprend aujourd'hui
les dictionnaires de dix départements, savoir :
Aisne, par M. Matton, 1871.
Eure-et-Loir, par M. Merlet, 1861.
Gard, par M. Germer-Durand^ 1868.
Hérault, par M. Thomas, 1865.
Meurthe, par M. Lepage, 1862.
Morbihan, par M. Rosenzweig, 1870.
U
2^o
Nièvre, par M. de Soultrait, I8(j5.
Basses-Pyrénées, par M. Raymond, 1863.
Haut-Rhin, par M. StofTel, 1868.
Yonne, par M. Quantin, 1862.
Les volumes de la même collection relatifs aux départements de la
Dordogne (par M. de Gourgues), de la Meuse (par M. Liénard), et de la
Moselle (par M. de Bouteiller), sont sous presse depuis plus ou moins
longtemps, et le Comité des travaux historiques a entre les mains la
copie de plusieurs autres dictionnaires, qui ne tarderont pas à être
donnés aux compositeurs.
— Dans sa séance du 30 mars, sur le rapport de notre confrère
M. Charles Tranchant, et conformément aux propositions de la préfec-
ture de la Seine, le Conseil municipal de Paris a voté une somme de
80,000 francs destinée à continuer en 1872 les publications historiques
et topographiques commencées par l'ancienne administration.
— Nous apprenons la publication prochaine du cartulaire de l'abbaye
de Saint-Jean de Sorde, diocèse de Dax (Landes). Ce volume, dont
Marca, pour son Histoire de Béarn, et les auteurs du Gallia Chris-
liana ont profité, renferme encore un assez grand nombre d'actes
inédits. Les documents qu'il contient vont du x« siècle au xiii« siècle.
Lorsque l'ouvrage aura paru, nous reviendrons sur l'intérêt que
présente ce cartulaire, dont la publication a été confiée à notre
confrère M. P. Raymond par son possesseur, M. l'abbé Lugat, curé-
doyen de Villeneuve-de-Marsan.
— M. Hucher, du Mans, dont les ouvrages sur la numismatique gau-
loise et sur divers points d'archéologie du moyen-âge sont justement
estimés des savants, a préparé, d'après les manuscrits de la biblio-
thèque du Mans et de la Bibliothèque Nationale, une édition de
différentes versions du roman du Saint Graal. L'ouvrage formera
3 volumes in-18, avec fac-similé, du prix de 5 francs chacun pour les
souscripteurs. Les souscriptions sont reçues dès à présent par
M. Hucher, rue d'Hauteville, n° 25, au Mans.
— Le 22 février 1872, à la vente de la bibliothèque du marquis de
Morante (n° 1529 du catalogue de vente), M. Didot s'est fait adjuger,
au prix de 1,350 francs, un manuscrit in-folio, sur parchemin, du
xve siècle, renfermant l'histoire de Simon de Montfort, par Pierre des
Vaux de Sernai. Dans ce ms. le texte ne se termine pas tout à fait
comme les manuscrits employés par les éditeurs du tome XIX du
' Recueil des historiens; il s'arrête à la sépulture de Simon de Montfort,
et les derniers mots de l'ouvrage sont : « ... Corpus paternum apud
Carcassonam.curatum more gallico, exportavit. » Ce sont les termes
mêmes dont se sert Guillaume de Puy-Laurens {Recueil des historiens,
2<i
XIX, 213), et il serait possible que dans le ms. du marquis de Morante,
le texte de Pierre des Vaux de Sernai eût été complété par un mor-
ceau emprunté à Guillaume de Puy-Laurens.
Dans le même manuscrit, à la suite de la chronique, le scribe a
copié un mandement de Simon de Montfort, adressé à ses officiers,
pour protéger les maisons et les biens de frère Dominique. Ce mande-
ment, daté « in obsidione Tholose^ ydibus Decembris » (13 décembre
1217), se conservait dans les archives du couvent de Prouillan, comme
l'indiquent les mots « in Pruliano existit » ajoutés à la fin par le copiste.
Il a été publié par Percin {Monumenta convenlus Tolosani), et traduit par
Besse {Histoire des cofntes de Carcassonne).
— La Commission des Arts et Monuments historiques de la Charente-
Inférieure vient de créer une section des archives et documents his-
toriques de Saintonge et d'Aunis. Elle lui a donné la forme d'une
association littéraire, constituée sous le règlement suivant :
1. Au sein de la Commission des Arts et Monuments il est formé
une section dite Section des archives et documents historiques de
Saintonge et d'Aunis.
2. Cette section se livrera séparément aux travaux de sa spécialité.
3. Elle a pour but la publication des textes inédits relatifs à l'histoire
de Saintonge et d'Aunis.
4. Elle se compose de membres titulaires et de membres honoraires.
5. Pour être membre titulaire, il faut : 1° Résider dans le départe-
ment; 2" Faire partie de la Commission des Arts et Monuments;
3° Verser une cotisation annuelle de 15 fr. ; 4* S'engager à livrer dans
l'espace de deux ans, à partir du dernier jeudi d'avril 1872, un travail
propre à être publié par la section.
Faute de remplir l'une de ces conditions, l'on sera considéré comme
membre honoraire.
6. A partir du dernier jeudi d'avril prochain, jour de réunion géné-
rale, pour être admis comme membre titulaire, il faudra : 1° Remplir
les trois premières conditions ci-dessus énoncées dans l'art. V ;
2° Fournir en entrant le travail exigé par le paragraphe 4° du susdit
article ; 3° Etre présenté par deux membres à l'élection, qui aura lieu
au scrutin secret, à la majorité des voix des membres présents dans la
séance générale qui suivra la présentation.
7. Les membres honoraires, dont le concours actif n'est pas obliga-
toire, versent une cotisation annuelle de 20 fr. Ils sont admis sur leur
demande écrite et la présentation de deux membres titulaires.
8. Le Rureau, chargé seul de diriger les publications, se compose d'un
Président, d'un Vice-Président, d'un Secrétaire-Trésorier et de trois
autres membres titulaires.
Le Président de la Commission est de droit Président du Bureau;
242
les autres membres, pris parmi les titulaires, sont élus dans la séance
générale d'avril.
Le Bureau nomme son Vice-Président et son Secrétaire.
9. La Section publie à ses frais les textes inédits communiqués par
les membres ou par des personnes étransèrcs.
10. Chaque document ne sera accompagné que d'une courte notice
explicative indiquant sa provenance, son objet, et les causes qui lui
ont mérité d'être publié.
11. Les travaux seront publiés dans l'ordre de date de leur dépôt.
12. Les membres titulaires peuvent être chargés par le Bureau de
préparer la publication d'un document.
13. La Section publie, chaque année, un ou deux volumes in-4", d'en-
viron 25 feuilles d'impression, qui seront distribués à chaque membre
par fascicules mensuels.
14. Le volume est tiré à deux cents exemplaires numérotés, sur
papier de choix.
15. Chaque volume est terminé par une table des matières par ordre
chronologique, et une table alphabétique des noms de lieux et de
personnes.
16. Il n'est fait aucun tirage à part.
17. L'auteur d'un travail égal au moins à deux feuilles d'impression
inséré dans le volume recevra un second exemplaire, ainsi que les
membres du Bureau ou ceux qui auront été chargés de la confection
des tables.
18. Les frais des copies commandées par le Bureau sont seuls à la
charge de la Section.
19. Tout membre qui versera en entrant une somme d'au moins
50 francs, y compris sa cotisation, aura le titre de Fondateur, et recevra
un exemplaire des publications sur papier vergé à bras. Cet exemplaire
portera dans un cartouche le nom imprimé du fondateur.
SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE L'ART FRANÇAIS.
Depuis une vingtaine d'années l'attention des érudits s'est portée sur
un des points les plus obscurs de notre histoire nationale. L'art français
était seulement représenté jusqu'alors par quelques noms illustres,
mais isolés et sans liaison entre eux, par un petit nombre d'individua-
lités presque légendaires, dont on connaissait à peine quelques œuvres
authentiques. Quant à la biographie de ces glorieux artistes, tout au
plus pouvait-on citer la date approximative de leur naissance et de
leur mort. Leurs contemporains avaient négligé de nous laisser sur
eux des renseignements exacts et complets, et leurs successeurs avaient
substitué à une histoire sérieuse et appuyée de faits et de preuves, les
anecdotes les plus frivoles et souvent les fables les plus ridicules. 11
fallait donc remonter directement aux sources, c'est-à-dire aux archives
2^3
publiques, aux documents originaux, aux actes de l'état-civil, sans
tenir compte des affirmations et des dates des biographes intermé-
diaires.
Ce travail si ingrat, mais en même temps si utile, a été inauguré vers
1850 par les éditeurs des Archives de l'Art français. Leur entreprise,
bien hardie pour l'époque, fit faire un pas immense à la question qu'ils
s'étaient chargés d'étudier. Bien des dates incertaines furent définitive-
ment fixées, bien des noms ou des faits ignorés restèrent désormais
acquis à l'histoire. Les Archives de VArt français avaient promptement
trouvé, parmi les archivistes des villes ou des départements, de précieux
et infatigables collaborateurs. Est-il besoin de citer les noms de
MM. Achard, Salmoa, RoUe, d'Arbois de Jubainville, de Beaurepaire,
Grandmaison, Merlet, H. Lepage? Malheureusement, les conditions dans
lesquelles avait été créé le recueil des Archives de VArt français,
portaient en elles le germe de leur mort. Que le libraire qui avait
assumé la dépense considérable de cette publication vît l'entreprise ne
pas donner les résultats qu'il en espérait; que les directeurs sur les-
quels pesait le principal fardeau de la rédaction se fatiguassent d'une
charge aussi lourde, et c'en était fait de l'existence des Archives. C'est
ce qui advint. Mais l'entreprise n'en devait pas moins porter ses fruits.
Il ne s'agit pas seulement de ces nombreux documents imprimés dans
les huit volumes de la collection, et désormais entrés dans le domaine
public ; les Archives de l'Art français ont rendu un service encore plus
signalé : elles ont éveillé chez tous les chercheurs, chez tous les érudits
de la province comme de Paris, la préoccupation des problèmes nom-
breux que présente l'histoire de l'art en France, et le désir de les
résoudre, ou tout au moins d'apporter des preuves pour l'instruction de
ces questions obscures.
Depuis lors, ce mouvement d'investigation ne s'est plus arrêté; les
Recueils des travaux des Sociétés provinciales sont pleins d'intéressantes
notices, de documents curieux, ou de dissertations érudites sur un
monument, sur une œuvre inconnue, sur un artiste, sur le développe-
ment de l'art dans une ville ou dans une province. De tous côtés ont
paru de précieuses monographies locales, chacun publiant le résultat
de ses découvertes et apportant ainsi sa pierre à l'édifice commun.
Que manque-t-il encore à ce mouvement général pour produire des
résultats complets et définitifs? II lui manque jusqu'ici ce qui a fait
défaut aux Archives de l'Art français pour subsister, c'est-à-dire le point
d'appui d'un centre commun qui groupe, qui coordonne, qui fortifie et
qui multiplie tous ces efforts particuliers, menacés de demeurer
stériles s'ils restent abandonnés à leur isolement. 11 manque une asso-
ciation, disons le mot, qui mette en rapport tous ces chercheurs
obstinés que la communauté d'études doit rapprocher, qui assure à
leurs travaux un public intelligent et disséminé par toute la France,
2U
qui continue en même temps l'œuvre si bien commencée par les
Archives de l'Art français, qui fasse enfin'^poiir l'histoire de -l'art ce que
la Société de l'histoire de France a fait depuis quarante ans pour l'his-
toire générale.
Tel est le but que se propose la Société de l'histoire de l'Art français.
Elle se propose de l'atteindre par deux moyens ditïerents :
1° En publiant chaque année, avec le produitdes souscriptions, fixées
à vingt francs, un ou plusieurs volumes de documents inédits, impri-
més avec luxe sur beau papier et tirés à petit nombre.
2° En formant une collection de volumes, brochures, monographies,
biographies, tirages à part de revues ou de journaux, qui sera annoncée
dans chaque volume de la Société. La Société ne supportera pas les
frais de publication des travaux compris dans cette seconde collection;
mais elle leur procurera une i)ublicité constante et étendue; elle fera
arriver le livre directement à son adresse. En échange de cet avantage,
elle se réserve un droit de contrôle sur chaque volume, afin de ne pas
être exposée à annoncer des travaux sans aucune valeur. Elle laisse
d'ailleurs à l'auteur et à l'éditeur, en même temps qu'une liberté com-
plète d'appréciation et de critique, toute latitude pour les questions de
papier, de format, de tirage, et n'exige qu'une chose, c'est que le travail
soumis à son contrôle et accepté, porte la marque de la Société et
publie la liste des ouvrages entrés antérieurement dans cette collection.
Elle espère ainsi faire arriver promptement à la connaissance du public
intéressé, ces monographies, ces extraits de Revue, publiés en province
à un petit nombre d'exemplaires et devenus introuvables avant d'être
parvenus à ceux auxquels ils s'adressent.
La Société compte déjà plus de cent adhérents; parmi eux beaucoup
de collaborateurs des anciennes Archives et un certain nombre d'archi-
vistes de Paris ou des départements. Elle fait appel au concours de tous
les archivistes qui peuvent porter intérêt à ses travaux ; elle réclame
la bienveillance et l'appui des Sociétés littéraires et artistiques de
province pour faire connaître son existence , son but et ses moyens
d'exécution, assurée qu'il n'est pas un département, pas une ville où
elle n'ait chance de rencontrer au moins un collaborateur ou un adhé-
rent. 11 lui importe beaucoup de compter ])artout des associés, d'étendre
ses relations dans toute la France, afin que le travail d'investigation et
de publication auquel elle espère donner un nouvel élan en même
temps qu'une sorte d'ordre et de discipline , s'accomplisse simulta-
nément dans toutes les régions où l'art français compte des représen-
tants, et aussi pour que les résultats obtenus aient le plus de retentis-
sement, le plus de publicité et par conséquent le plus de résultats
possible.
Enfin, elle ne borne pas le champ de ses recherches à une époque
plutôt qu'à une autre ; et si elle devait indiquer à ceux qui voudront
2J3
bien seconder ses efforts les points sur lesquels leur attention doit se
jBxer de préférence, elle les engagerait à rechercher soigneusement
tous les vestiges, toutes les mentions des artistes français du moyen-
âge, la question des origines de notre école étant encore une des moins
connues et des moins explorées '.
La Société publiera son premier volume de Documents inédits dans
le courant de 1872.
Les cent cinquante premiers adhérents auront le titre de fondateurs
et jouiront de certains privilèges particuliers énoncés dans les statuts.
Les communications, adhésions, ou demandes de statuts doivent être
adressées à M. Liepmannssohn, libraire de la Société, 11, rue des
Saints-Pères, à Paris.
RECONSTITUTION DE LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE DE STRASBOURG.
Les soins multiples et les lourdes obligations qui, après le siège de
Strasbourg, pesèrent sur l'administration municipale, l'ont empêchée
jusqu'à ce jour d'entreprendre une œuvre qui lui était chère entre
toutes, et à l'accomplissement de laquelle elle attachait le plus grand
prix; — la reconstitution de la Bibliothèque détruite dans la nuit du
24 août 1870.
Pendant que l'Université, nouvellement fondée à Strasbourg par le
gouvernement allemand, s'occupait d'accroître l'ancienne bibliothèque
de l'Académie, qui avait échappé entière aux effets destructeurs du
bombardement, pendant qu'elle faisait dans ce but un appel presque
toujours heureux à la libéralité des divers pays, les mêmes efforts ne
pouvaient être tentés par la ville, en vue d'obtenir, par la voie de dona-
teurs généreux, quelque compensation pour tant de trésors irrévo-
cablement perdus. Ces efforts, elle les tente aujourd'hui : la création
d'une bibliothèque nouvelle vient d'être résolue par le Conseil muni-
cipal de la cité, et une commission nommée par le Maire s'est
donné la mission d'aider l'administration de la ville dans l'œuvre
entreprise.
C'est cette commission qui s'adresse, en leur demandant leur con-
cours, à tous ceux qu'anime un même amour de la science et du
progrès. Elle s'adresse à ses concitoyens qui portaient tous un atta-
chement si profond à ces collections anéanties; elle s'adresse aux
savants de tous les pays qui puisaient si largement dans cette mine
1. Toutefois de ce qui précède, on ne devra pas (irer la conclusion que la
Société se propose d'étudier une époque particulière à l'exclusion de toute
autre. Elle s'interdit, il est vrai, les travaux de critique contemporaine; mais
elle admet parfaitement les documents relatifs même à des artistes de notre temps,
du moment qu'ils n'existent plus. En effet, on peut souvent, à la mort d'un
artiste, recueillir de précieux éléments pour sa biographie ; et quelques années
après il est trop tard ; ses papiers sont dispersés ou détruits
246
t'écondo, aux sociétos savantps, aux libraires, aux particuliers, à chacun
de ceux qui ont partagé notre douleur poignante de voir détruites en
un instant tant de richesses inestimables, péniblement amassées.
Pourrions-nous douter que cet appel trouve un puissant et même
lointain écho? N'est-ce pas un patrimoine du monde civilisé tout entier
qu'une bibliothèque telle que fut la nôtre?
Nous osons donc espérer que chacun voudra nous prêter son con-
cours dans l'œuvre que nous allons entreprendre pour réparer, dans la
mesure du possible, la perte de notre bibliothèque publique.
Les Membues de la Commission :
MM. Lauth (Ernest), maire de Strasbourg, président;
Brucker, archiviste en chef de la ville;
GoNRATH, architecte de la ville ;
Flach (Jacques), avocat;
GoGUEL. adjoint au maire de Strasbourg;
Hecht, docteur en médecine;
Kablé, conseiller municipal, ancien député à l'Assemblée
nationale ;
Petiti, conseiller municipal;
Redss (Rodolphe), professeur;
RiSTELHUBER (Paul), homme de lettres;
ScHiMPER, professeur;
ScHMiDT (Ch.), professeur.
Les personnes qui désireraient prendre part à la création de la nou-
velle bibliothèque en nous envoyant des livres, des manusci'its, des
objets d'art ou d'archéologie, sont priées de les adresser à M. le Maire de
Strasbourg, avec la suscription : Bibliothèque municipale de Strasbourg.
Les ouvrages destinés à cette bibliothèque municipale seront reçus
à Paris à la librairie Franck, rue Richelieu, n° C7.
— Le P. Léopold Janauschek, professeur de théologie au couvent de
Notre-Dame-de-Clairvaux, à Heiligenkvenz, en Autriche, nous prie
d'annoncer que depuis longtemps il réunit les matériaux d'un Monasticon
Cisterciense, dans lequel il se propose d'e.xposer ou de résumer tout ce
que l'on pourra apprendre de l'histoire des monastères de l'ordre de
Citeaux du monde entier, et des abbés ou abbesses qui les ont gou-
vernés. Avant de commencer la rédaction de ce travail considérable,
auquel de longues années seront encore consacrées, le P. Janauschek
fait un appel aux érudits pour les prier de lui communiquer tous
documents, notions ou simples indications concernant les monastères
cisterciens anciens ou modernes qu'ils peuvent connaître. Nous nous
empressons de déférer au désir de notre honorable et savant corres-
pondant. Voici l'adresse exacte à laquelle devront être envoyées les
communications : « M. le professeur Janauschek, à Heiligenkvenz, près
Vienne-Bade (Autriche).
DES
FRAIS DE JUSTICE
AU XIV' SIÈCLE.
Je ne me propose pas de présenter un tableaiules dépenses que
coûtait à la France l'organisation judiciaire au xiv*' siècle. Le
présent mémoire n'embrasse même ni l'étendue entière de ce siècle,
ni l'ensemble complet des juridictions superposées ou coexistantes,
qui se partageaient alors la nombreuse clientèle des plaideurs.
Je voudrais seulement mettre en lumière les résultats d'une décou-
verte récemment faite dans les archives du Parlement de Paris,
et placer sous les yeux des érudits quelques-unes des conclusions
que cette découverte me paraît comporter.
Les recherches de Joh^de Fleury, de Moreau, de Klimratli, de
M. Beugnot, de M. Griin ont tiré de l'oubli les actes connus sous
le nom de 7^ouleauœ du Parlement. Le mode de conservation,
qui a valu à ces actes une désignation désormais consacrée, avait
été maintenu jusqu'ici par traditi(m, sans qu'on eût pris garde
s'il était, oui ou non, le meilleur. Il y a une douzaine d'années,
j'eus toutefois Toccasion de signaler, dans un travail demeuré
manuscrit, le double inconvénient d'un système, qui rend l'usage
des pièces difficile, et met quelquefois leur existence en péril.
Dans les derniers temps de sa vie, M. Grûn inclinait à l'adoption
d'une réforme, dont il avait reconnu l'utilité. Mais c'est à M.
Paul ]\Ieyer, mon collègue aux Archives, que revient le mérite
de l'avoir fait prévaloir. Grâce à un procédé délicat et qui
demande une surveillance assidue, les rouleaux du Parlement
ont pu reprendre leur forme primitive et devenir Tobjet d'un clas-
sement définitif. C'est dans le cours de cette opération que M.
Mever fit la découverte qui donne lieu à cette étude. Un nombre
2^8
relativement considérable des instruments déroulés contenaient
sur leurs versos des actes ou plutôt des fragments d'actes, qui
n'avaient aucun rapport avec la pièce principale. Frappé du
caractère de ces documents, il appela sur eux mon attention et
voulut bien, dès que je lui eus témoigné combien j'y trouvais
d'intérêt, les mettre tour à tour à ma disposition.
Le nonibi'e des pièces, que j'ai ainsi recueillies, s'élève à plus
de cent (exactement 136). Je les divise en deux classes, suivant
qu'elles ont trait aux frais de justice ou qu'elles ne s'y rattachent
pas. Je parlerai plus tard des secondes, ne devant pas, ce me
semble, les omettre tout à fait ; j'en dirai quelques mots seule-
ment, parce qu'elles sortent du cadre que je me suis tracé.
I
Je rappelle d'abord de quoi se compose la collection des rou-
leaux du Parlement.
A l'époque où Joly de Fleury s'occupa d'y remettre l'ordre,
c'est-à-dire vers la fin du premier quart du xviii® siècle (soit
1720), elle était formée d'une masse d'actes infiniment plus im-
portante que celle qui nous est parvenue ; et sans accueillir les
évaluations, évidemment exagérées, de M. Dessalles (800,000,
voir Olim Beugnot, t. I, p. 996), on est obligé de croire qu'elle
dépassait le chiffre de 25,000 auquel elle est aujourd'hui réduite.
Elle comprenait des conclusions ou requêtes d'audience {peti-
tiones), des articulations de faits, dont la preuve se faisait par
enquête [articuli), des transactions [concordie), — des réserves
de droit (protestationes), des décrets d'adjudication [décréta).
Ces documents se trouvaient conservés ou plutôt entassés pêle-
mêle dans une des tours du Palais, par suite de l'incurie à laquelle
toute administration active se laisse naturellement aller à l'en-
droit des choses que le temps a mises hors d'usage. Toutefois, ce
qui dominait dans le fonds dès cette époque, c'était les accords
ou transactions ' .
1. Il n'est pas inutile de rappeler qu'on passait des transactions devant les
tribunaux inférieurs, comme au Parlement. On en trouve la preuve dans un
arrêt de 1406, qui se lit au folio 247 du registre XII du Conseil et qui renvoie
les parties à s'accorder ;i',i Cli.Uelol. Sans doute les rouleaux du ChAtelet ont
219
Les rouleaux d'accords comportent pour une seule affaire
quatre sortes d'actes :
r L'accord passé entre les parties, sous seings-privés ou
devant la juridiction du domicile de celle des parties qui prend
l'initiative pour faire liomologuer le dit accord ;
2° La procuration ou les procurations ^ délivrées par les par-
ties, à l'effet d'autoriser leurs procureurs à présenter ledit accord
à l'homologation du Parlement ;
3° Le congé ou la permission de s'accorder devant le Parlement,
obtenue de la chancellerie ou des requêtes de l'hôtel. Ce congé
avait principalement pour objet la dispense de l'amende encourue
par le mal appelant;
4" Enfin l'homologation de l'accord, l'arrêt du Parlement con-
sacrant la transaction et lui donnant force exécutoire.
_ Ces deux dernières pièces, sortes de minutes, le plus souvent,
où la formule joue un grand rôle, sont généralement brèves et
écourtées-.
Dans leur état actuel, les rôles d'accord ne possèdent pas tou-
jours ces quatre =^ éléments de leurs dossiers. Souvent ils n'en ont
que trois, bien rarement ils en ont moins de deux : l'accord et
l'homologation ou la permission.
C'est particulièrement au verso des accords que se trouvent,
à partir de l'année 1367 jusqu'en 1385, les fragments d'actes
découverts par M. Meyer.
On n'en rencontre pas avant, on n'en rencontre plus après ces
deux dates.
péri de bonne heure, vu le désordre notoire qui régnait au greffe de celte juri-
diction. Toutefois le dépôt de la préfecture de police en renfermait peut-être
encore quelques débris mêlés à tant d'autres restes, dont la destruction est défi-
nitive. Les regrets d'une pareille perte redoublent, quand on pense à la décision
prise par M. de Kératry, au mois d'octobre 1870, qui avait pour objet la trans-
lation à l'hôtel Soubise de toutes les archives de la police antérieures à 1789.
1. Cette pièce manque toujours, quand les parties sont présentes. Mention est
alors faite de leur présence dans l'homologation.
2. Le texte de l'accord n'y figure que pour les premiers mots avec renvoi au
corps de l'acte.
3. Le projet de transaction était en outre soumis au procureur du roi, si sou-
vent intéressé, par ses droits qui louchaient à tout, dans les querelles privées.
Sans doute ce procureur faisait ses observations et donnait son consentement
verbalement. Du moins, je n'ai trouvé aucune trace de son intervention par
écrit dans les dossiers d'accords.
220
A quoi cela tiont-il ?
J'ai d'abord été tenté d'attribuer la cause du procédé dont
j'avais le résultat sous les yeux, à la pénurie du parchemin. Il
est certain, par exemple, qu'au temps de Clément de Fauquem-
berg et de J. de Lespine, les opérations du greffe furent entra-
vées i)ar la disette de cette matière (Conf. Griin, préface du
Parlement, p. XXIII). Mais j'ai vainement cherché les traces
d'une situation qui se comprend à une époque aussi troublée que
celle de 1426-1435, dans les documents relatifs à la période
véritablement prospère qui comprend les dernières années du
règne de Charles V et les premières de celui de Charles VI. Les
instruments qui, après avoir servi à un autre usage, ont été
ensuite employés à la rédaction des accords, ne consistent d'ail-
leurs pas tous en feuilles de parchemin; un certain nombre d'entre
eux sont de simples morceaux de papier. La pratique à laquelle
nous devons la conservation de précieux débris de procédure,
doit donc être regardée comme un des traits propres à l'adminis-
tration des greffiers Villemer et Jouvence.
Il ne faudrait pas croire toutefois que les clercs du greffe aient
appliqué indistinctement aux besoins courants de leurs écritures
quotidiennes les actes déposés dans leurs archives, en y puisant
comme dans un fonds de fournitures. A la vérité, la plupart des
fragments parvenus jusqu'à nous, sont taillés par le ciseau en
plein travers et ne nous fournissent aucune indication sur la date
de leur rédaction. Mais il en est quelques-uns qui, coupés par le
milieu, nous offrent un texte intact à ce point de vue, quand c'est
la partie inférieure qui nous a été conservée. Or la comparaison
des deux dates, celle de l'instrument primitif et celle de l'instru-
ment ultérieur, montre invariablement un écart de 15 à 20 ans
au moins, de 30 ans à 35 ans au plus, entre la confection des
deux actes. Il est donc permis d'accepter, d'après la moyenne,
une distance ordinaire de 20 à 25 années entre le fragment non
daté et la pièce datée, à laquelle ce fragment a servi de matière
à écrire.
Qu'étaient ces actes dont nous ne possédons plus que des
morceaux souvent informes, ces actes qui avaient leur impor-
tance, puisqu'on les gardait pendant vingt ans et au-delà, mais
une importance seulement transitoire, puisqu'on ne les gardait
pas indéfiniment?
C'étaient : 1" des demandes de dépens ; 2" des défenses aux
224
dites demandes. C'était en un mot la procédure relative aux états
de frais.
L'intérêt qu'offrent aujourd'hui de pareils documents porte
principalement sur les détails de mœurs que l'histoire y peut
recueillir. Le mécanisme judiciaire qu'ils nous font connaître
mérite toutefois qu'on s'y arrête un peu. Je vais l'exposer som-
mairement.
Aussitôt après la prononciation de l'arrêt, la partie qui a eu
gain de cause, ou plutôt son procureur, présente à la Cour l'état
des dépens où l'a engagée la poursuite de l'.iastance et au rem-
boursement desquels a été condamnée la partie adverse. Cet
état est rédigé au moins en triple ^ (point qui a son importance,
vu les vastes proportions que prennent les écritures de l'Etat et
les derniers frais qu'elles entraînent), et en autant d'originaux
qu'il y a de parties. La minute de l'instrument reste entre les
mains delà partie gagnante (a). Un des originaux est signifié- à
la partie perdante {b). Les deux autres sont déposés au greffe.
Dans un délai assez court, mais qui ne paraît pas avoir été fixe
(il y a des exemples de huitaine et de quinzaine), la partie
perdante (c^) est tenue de produire devant la Cour ses dé-
fenses à la demande de frais, ses diminutions, selon le lan-
gage du xiY*^ siècle. La cour commet en même temps deux
de ses 'membres pour examiner les pièces, et sans doute, bien
qu'aucun texte n'en fasse expressément mention, les dossiers, les
sacs dont elles sont le résumé. Dans le cas où les diminutions
n'auraient pas été remises au greffe en temps utile, les commis-
saires passent outre à l'opération dont ils sont chargés et taxent
par défaut. Quelquefois la cour permet les diminutions i;(?rèa/e5;
ainsi qu'il résulte des textes suivants : « il y respondra de
bouche plus à plain...» (v. C, p. 2, anno 1343) — «...protestant
aucune chose de y diminuer plus à plain de bouche » (v. C, p. 4,
anno 1349). Le demandeur paraît aussi avoir eu le droit de con-
sentir à des prolongations de délais. Il y en a un cas qui se rap-
porte, il est vrai, à l'époque des vacances (I C, p. 30, 3 sept.
1. Voir les pièces cotées l"-' classe 38 (article 26) et 29, 30, 31 in fine.
(a), {b). (c). On comprend qu'au point de vue de la pratique, le mot procu-
reur doit être substitué à celui de partie.
2. La partie perdante était parfois assignée pour voir taxer les dépens. Dans
ce cas elle prenait communication au greffe de l'état de frais. Consulter en ce
sens les pièces II Cl. 7, VI Cil, 17. 23, 24.
222
1354). La taxe ne se faisait pas trop attendre ; on la voit suivre
de vingt à vingt-cinq jours la production de l'état. Quant à l'exé-
cution', le grellier en fjîit bien mention au dos de l'acte, mais il
n'en indique jamais la date. Une seule fois .il constate le verse-
ment de dépens effectué entre ses mains. Uy avait trois mois qu'ils
étaient taxés.
Ainsi, les notions générales qui résultent au point de vue judi-
ciaire des pièces que j'ai sous lés yeux ne sortent pas d'un certain
vague et ne peuvent être ramenées sûrement à des termes précis.
Il n'en serait pas de même, si les fragments, rapprochés les uns
des autres, pouvaient se rejoindre et reconstituer des pièces en-
tières. A peine quelques-uns d'entre eux permettent-ils de con-
jecturer qu'ils appartenaient au même document; ils en donnent
deux ou trois morceaux, lorsqu'il en faudrait quinze ou vingt
pour reformer un ensemble. Les fj'agments de défenses ne con-
cordent pas davantage avec ceux de demandes et se rapportent
presque toujours à des affaires différentes. Il faut donc renoncer
à en extraire un dossier complet et propre à servir de spécimen.
Toutefois l'étude intime des documents supplée dans certaine
proportion à leur insuffisance et peut fournir des renseignements
exacts et précis.
A cet effet, je les divise en six classes :
I. Les demandes de dépens, taxées, qui ont pu être rétablies à
leurs dates, 1329-1382 (Il y en a 34).
IL Les demandes, taxées, qui n'ont pu être rétablies à leurs
dates et portent seulement celles des instruments postérieurs,
1367-1387 (11 y en a 16).
IIL Les demandes, non taxées, rétablies à leurs dates, 1347-1367
(Il y en a 4, non compris une de 1324, dont je parlerai ci-des-
sous) .
IV. Les demandes, non taxées, qui n'ont pu être rétablies à
leurs dates et portent seulement celles des intruments postérieurs,
1369-1374 (11 y en a 3).
V. Les défenses à demandes, qui ont pu être l'établies à leurs
dates, 1336-1349 (11 y en a 4).
VI. Les défenses qui n'ont pu être rétablies h leurs dates et
portent seulement celles des instruments postérieurs, 1367-1385
(Il y en a 38).
1. J'cnlends parler de la pièce ayaiil force e\éculoire.
223
L'ordre chronologique sert de base au classement de chacune
de ces subdivisions. Les dates rétablies résultent soit d'une men-
tion expresse, soit d'un passage du texte. Quant à celles qui
n'ont pu l'être, je rappelle qu'on les fixe sans trop de témérité, en
les reculant de 20 à 25 années.
Peut-être aurais-je dû ouvrir une septième catégorie de pièces
au profit des défenses taxées. Il existe en efi'et, un fragment de
ce genre au verso d'un accord du 13 avril 1375. Mais ce mor-
ceau est unique en son espèce. C'est le seul cas, à ma connais-
sance, où le magistrat commis (par suite de distraction ou par
toute autre cause), se soit servi de la pièce de défense pour y ins-
crire sa taxe ; je le relègue donc au rang des anomalies.
Il convient, au contraire, de mettre à part quatre documents
d'un caractère exceptionnel, parce qu'ils sont, non pas des frag-
ments, mais des textes intacts et complets. De ces pièces, trois
seulement sont inédites. La plus ancienne (elle est de 1324),
signalée par moi, dans mon travail manuscrit sur les Olim, puis
par M. Griin, dans la préface du Parlement (p. CXV) a été
publiée par M. Boutaric, dans son inventaire des actes de la Cour
(t. II, p. 560). Les trois dernières, ignorées jusqu'ici, appar-
tiennent aux années 1373, 1375 et 1382: je les donne à la fin de
ce travail'. Elles sont toutes les quatre des demandes de dépens.
La première seule (celle de 1324) n'est pas taxée. En jetant un
coup d'oeil sur le classement dressé par moi })lus liaut, on peut
voir que plusieurs fi^agments (il y en a 7) offrent la même par-
ticularité. On ne s'en étonnera pas, si l'on veut se rappeler ce
que j'ai déjà dit, que les états de frais étaient déposés au grefie
en double original, la Cour commettant deux conseillers pour les
taxer. Dans la pratique, un de ces deux magistrats se chargeait
seul du travail, son collègue se contentait de le signer après
l'avoir, ou très-probablement, sans l'avoir examiné, les conve-
nances ne permettant guère une révision de cette nature. Ou,
si l'on préfère cette conjecture, ils travaillaient ensemble, mais
un d'eux, seul, tenait la plume. Dans plus d'un cas, la Cour ne
l. M. Bordier a édité dans le Bulletia de la Société de l'Histoire de France
pour l'année 1858 (p. 340), et M. Desmaze a reproduit dans son histoire du Par-
lement (p. 90), une demande en taxe de dépens rédigée en 1351. Mais cet acte
n'est qu'un fragment se présentant comme les autres, au verso d'un accord,
comme les autres mutilé, fournissant le huitième seulement du texte primitif.
Pour ces motifs, je ne lui donne pas une place à part.
224
déléguait inéiiic qu'un coniniissaire (Voir en ce sens une (axe de
1355: « Ces présents dépens ont été taxés par moi, Pierre d'Or-
geniont, seul, par ordonnance de la Cour. ») Il y avait donc tou-
jours un des originaux de l'Etat, qui ne ])ortait pas trace de la
taxe. C'est à cette catégorie d'actes qu'appartiennent celui de
1324 et les fragments analogues.
A quelle cause devons-nous la conservation des quatre textes
qui nous sont parvenus intacts? D'abord, et évidemment, au
désordre de toute nature qui, en bouleversant les divers dépôts
du greffe, a lait entrer les actes dont il s'agit dans des séries des-
tinées à une garde indéfinie et où ils sont restés, faute de vérifi-
cation ultérieure. Peut-être et ensuite à leur médiocre volume,
qui leur a permis d'échapper plus facilement à l'attention. Il s'en
faut en effet qu'ils nous offrent de bons types de l'état de frais au
xiv° siècle. Ni pour l'intérêt des détails, ni pour l'étendue des
développements, ils n'égalent en importance certains fragments.
Ils se rapportent en un mot à de petites affaires. Leur prix réside
principalement dans les formules initiales et finales, dans les
notes et signatures, qui n'ayant subi aucune mutilation, donnent
des renseignements indiscutables sur la diplomatique de la pro-
cédure.
Je ne veux pas insister plus longtemps sur l'étude externe des
états de frais. Sans atteindre une clarté parfaite, toujours diffi-
cile en ces matières, ce que j'en ai dit suffit, ce me semble, à
élucider les principales questions qu'elle fait naître. J'ai hâte
d'aborder l'examen interne des documents.
II
L'intérêt historique des actes relatifs aux frais de justice se
concentre sur quatre ordres de personnes : les plaideurs, les pro-
cureurs, les avocats, les magistrats; et sur quatre séries d'objets ;
la procédure, les dépens, les diminutions, la taxe.
^ P^ — De la procédure.
Un état de frais est essentiellement le résumé d'une procédure :
elle y figure tout entière, soit par la mention des actes contenus
au dossier, soit par celle des vacations auxquelles donne droit le
225
tarif ou l'usage; rien n'y est omis. Mieux que les formulaires,
mieux que les styles les plus précieux (je ne fais pas d'exception
même pour celui de du Breuil), l'état de frais enseigne la marche
d'une affaire depuis ses débuts jusques et v compris l'arrêt qui y
raet fin. C'est ainsi (pour ne signaler qu'un trait relatif à un
problème qui a bien souvent embarrassé les auteurs) que V orga-
nisation du Conseil est élucidée très- nettement par les frag-
ments réunis sous mes yeux. On y voit qu'à la suite de l'assigna-
tion et de la réquisition d'audience la Cour admettait les parties à
plaider ' et rendait son arrêt, ou les apjiointait en faits C07i-
traires, c'est-à-dire qu'elle trouvait leurs assertions contradic-
toires et que, ne possédant pas les éléments de vérification, elle
ordonnait une enquête. A cet effet, des commissaires choisis dans
son sein ou ailleurs, étaient désignés par elle, qui citaient des
témoins et sur le rapport de l'un de ces commissaires, la cause
était examinée et jugée. De là l'origine des trois grandes séries
des registres civils du Parlement : les arrêts sur plaidoiers, le
Conseil, le^ jugés. C'est dans la série du Con^ezY que se pla-
çaient les arrêts ordonnant les enquêtes, dans celle des jugés
que s'inscrivaient les arrêts rendus sur rapports après enquêtes.
De là encore la mention simultanée des mêmes affaires dans les
registres du Conseil et dans ceux des jugés, indice des deux
phases de la procédure.
Malheureusement les morceaux que j'ai pu recueillir sont trop
mutilés, les quatre documents qui, par exception, sont complets,
se rattachent à des afftiires trop insignifiantes pour qu'il soit
permis d'en extraire un tableau d'ensemble. J'en recommande
l'étude au point de vue des détails. Les diminutions surtout
méritent un examen attentif, parce que, discutant pied à pied les
prétentions de la demande, elles ne manquent pas de signaler
tous les actes de procédure inutiles ou même interdits, en s'ap-
puyant sur des ordonnances et sur le style de la Cour.
§ II. — Des dépens.
Les dépens avaient avant la Révolution et notamment au
XIV® siècle une portée extrême. Ils comprenaient le coût entier
du procès, non pas seulement les déboursés directs, mais tous
1. Voir notammeiil la pièce 6 de la 1"" classe, art. 36.
226
ceux qui se rattachaient de près ou de loin à la conduiti^ de Tal-
faire ; non-seulement les irais d'instance, d'actes de toute nature,
de salaires, de vacations, mais encore ce que nous appellerions
aujourd'hui les faux irais : voyage, entretien, nourriture, perte
de temps même. La condamnation aux dépens frappait donc la
partie perdante d'une charge très-lourde et remettait au contraire
la partie gagnante à peu près dans le statu quo ante, en la ren-
dant indemne de toutes ses avances. De là un effort marqué, non
pas de forme, mais évidemment sérieux, pour grossir d'un côté,
pour alléger de l'autre ce règlement de comptes, pour faire pré-
valoir en certains points l'interprétation favorable de la magis-
trature armée de la puissance que désignait l'expression alors si
énergique et si large : la taxe des dépens.
C'était le procureur qui rédigeait l'état de frais, c'était lui
aussi qui rédigeait la diminution. Mais les actes étaient libellés
aux noms et qualités des parties, il importait en effet qu'elles
intervinssent directement au moins en apparence. Le procureur
n'aurait pu requérir ou repousser que les dépens de procédure.
Il était licite au contraire aux parties (et elles ne s'en faisaient
pas faute) de remonter aux origines les plus lointaines de l'ins-
tance, de faire le récit de toutes leurs aventures, d'exposer comme
quoi elles demeuraient à telle distance de Paris, elles s'étaient
mises en route à telle époque, dans tel équipage, avaient fait tant
de lieues par jour, s'étaient arrêtées dans telle ville, à telle
auberge, avaient couru tels dangers, avaient dépensé tant pour
elles et leurs gens pendant le voyage; comme quoi, une fois arri-
vées à Paris, elles y avaient employé tant de jours et tant d'argent
à chercher conseil, à requérir audience, à poser des conclusions,
bref à attendre l'issue du procès. La partie perdante prenait le
contrepied des affirmations du demandeur et niait pas à pas les
frais allégués dans la requête. Ou la distance était moindre, ou
elle pouvait être franchie beaucoup plus vite ; les obstacles étaient
imaginaires, ou la condition du personnage ne comportait pas
tant et si bel équipage. 11 avait pris deux valets : un seul eût
suffi. Il était venu à cheval; il aurait bien pu aller à pied. Il
avait séjourné longtemps ici ou là, mais c'était pour des affaires
étrangères à la cause ! Pour un peu, on sent qu'elle s'écrierait :
qu'avait-il besoin de plaider !
Cependant, et au fond, la légitimité de ce genre de revendica-
tions (toute exagération mise à part) n'était point contestable :
227
il suffit pour le comprendre de se rappeler quelle immense éten-
due avait, au xiv*' siècle, le ressort du Parlement, quelle incom-
modité et quelles fatigues, quels périls parfois offraient alors les
voyages prolongés. La nécessité de ces pérégrinations n'était pas
moins certaine, puisque les plaideurs devaient encore, au moins
en principe, comparaître en personne, et qu'alors comme aujour-
d'hui, mais surtout k cette époque, leur présence importait gran-
dement au gain du procès. Les conditions dans lesquelles elles
s'accomplissaient, suivant les âges, les mœurs, les sexes et la
fortune sont indiquées avec beaucoup de précision par les textes
que j'étudie.
C'est ainsi qu'une dame Béatrix, voyageant vers 1342, dans
les environs de Nîmes « cum una domicella, duobus scutiferis,
» quatuor equis et tribus varletis, » dépensait singulis diebus
quarante sous tournois (IF C, p. 4, art. 33). Dans la même loca-
lité et à la même époque, le louage d'un cheval coûtait par jour
trois sous tournois (ibid., art 35). Un chevalier, en voyage, ne
dépensait pas, vers 1344, « par jour, plus de six ou de huit sous
» au plus, lesquelz il eust aussi bien despendu à son hostel,
» comme à Paris » (V*" C, p. 2); et son valet plus de douze deniers
(ibid). Madame de Lautrec, étant venue à Paris, vers 1337, sou-
tenir un procès qu'elle avait gagné, réclamait « pro quolibet
» equitum et saumeriorum, garcifer[or]um et saumateriorum » six
sous tournois par jour (P C, p. 2). La même dame voyageant
« pro sequendo dicta négocia cum pluribus scutiferis, domicellis
» et clerico, et suc palafredo et duobus aliis equis, pro necessario
» domus sue et duobus garciferis, una ancilla, expendit, compu-
» tando per diem, pro qualibet persona, que sunt pro universo
» tredecim personse, compensata una ab alia, duos solidos tur.
» et pro quobibet animalium duos solidos sex denarios tur. »
(ibid.). Une demoiselle Hamonne réclame « pour ses dépens,
» d'elle et de son valet, à aler devers le Roy, pour obtenir cer-
» taines lettres » quatre sous par jour (vers 1339, F G, p. 5, art.
137). Le sire de Murviel, allant à Béziers (vers 1343), « despendi
chascun jour avec sa mesnie et deux chevax viilgt sols tourn. »
(I C, p. 14). Vers 1352, un chevalier demande « pour chascun
» jour, pour li, ses gens, li quatrième à cheval, soixante sols »
(I C, p. 27, art. 7 et 11). Pour un homme à cheval, on demande
« pour luy et pour son cheval, pour chacun jour, S sols » (en 1344,
II C, p. 6). Un plaideur dont nous ignorons le nom et les qualités.
228
réclame pour un voyage iait « cuni uno notario, duobus aiiimalibus,
(luobus garcifferis » vingt sous par jour en 1347 (HIC, p. 1).
Pour Robert Ingrant et Thibaut d'Athigny, qui étaient venus de
Reims à Paris en 1368, « à quatre chevaux, car ils sont des plus
» notables gens de la dicte ville (Reims), » l'état de frais porte
une dépense de quatre francs par jour (IIP C, p. 5). Le louage
d'un cheval pour un voyageur de la classe moyenne, « quia tune
» suus infirmabatur, » est coté à 35 sous tournois pour 13 jours
en 1342 (P C, p. 13), et trois florins en 1345, sans indication de
terme (I C, p. 17). Le coût de deux chevaux renvoyés « au pais »
vers 1345, est compté pour 3 sous par jour (1" C, p. 4). On
évalue à trois sous par jour les frais d'un voyage d'Abbe-
ville à Rennes, exécuté par le neveu d'un chanoine, en 1344
(I C, p. 16). Vers 1346, certain Regnaud, qui déclarait être
allé de Gomercourt à Péronne « à deux chevaux et un vallet
» à pied » ne venait, dit la diminution, « que sur un de ses che-
vaux «de sa charrue, tout seul, sans vallet et ne bevoit, ne man-
» goit que une fois, hors de sa maison, et ne despendoit, lui et
» son cheval, que quatre solz ou cinq; car il s'en retournoit tout
» en nn jour et de haute heure » (VI C, p. 9). L'homme « de
» poste ^ » opposé à l'homme « de cheval » est réputé avoir dépensé
en voyage six sous par jour, au lieu qu'on évalue la dépense de
l'homme de« cheval » à douze sous (VI C, p. 4, art. 29, 30 et 31). Il
s'agit là de personnes nobles ou assimilées aux nobles (prêtres) et
d'hommes libres (« Messire Jehan Lenain, prêtre, homme de che-
val,» ibid., art. 31, etc.) Ordinairement il n'est question dans les
pièces que de valets, allant ou accompagnant à pied le voyageur à
cheval. La dépense est presque toujours cotée à part, surtout
dans les diminutions. Je crois que certains de ces valets faisaient
le métier de coureurs, c(mcurremment avec d'autres besognes et
n'étaient point attachés d'une façon permanente au service des
personnes qui les emmenaient avec elles. On les employait aussi
à titre de messagers. En voici du moins un exemple assez pré-
cieux, parce qu'il indique en même temps le salaire d'un labou-
reur vers 1345, dans le pays environnant Béziers : « pro salario
>/ ipsius nuncii, qui recipiebat die qualibet V sol. p. quia tantiim
» poterat lucrayn, fodendo vel arando. » (IllI C, p. 1).
1. J'enlentls par homme de |)osle au wx" siècle, l'homme libre de tondilion
inférieure, le roturier, le paysan non serf.
229
L'équipage des voyageurs variait donc suivant leur position
sociale plutôt que selon les distances qu'ils avaient à parcourir.
Pour aller de Montpellier à Montauban (40 à 45 lieues), le sire
Bertrand des Prés partait à 15 montures, tant pour lui que pour
les siens (cum XV equitaturis et familia; I C, p. 1 1) . Les bourgeois,
les procureurs notamment n'emmenaient qu'un cheval ou deux
avec un valet, pour accomplir les plus longs trajets. Quelques
personnes, des dames, des vieillards, des malades, paraissent
avoir employé le char ou le chariot (VI C, p. 38), mode de trans-
port que l'état des routes devait rendre peu commode, surtout
en temps de guerre. Au reste, qu'on fût à cheval ou en voiture,
l'allure delà marche ne pouvait être fort accélérée, puisqu'on était
presque toujours accompagné de valets à pied, qu'il fallait coucher
à l'hôtel et qu'on gardait les mêmes chevaux. Je remarque tou-
tefois que la distance parcourue en un jour (10 à 12 heues) ne
diffère pas sensiblement de celle que franchissaient, à l'époque
de Louis XIV, les voyageurs ordinaires. (Je pense en ce moment
àM"'°deSévigné.) En effet, si je recueille dans les documents que
j'étudie, l'indication des conditions de temps dans lesquelles s'ac-
complissaient les voyages, dont la poursuite de procès était le
mobile, je trouve qu'on mettait, vers le milieu du xiv*" siècle, pour
venir à Paris :
D'Abbeville [38 lieues], trois jours (I« C, p. 33).
U'Aurillac [128 lieues], neuf jours (¥!<= C, p. 12), huit jours (I^C, p. 18).
De Bayeux [64 lieues], cinq jours (IP C, p. 7).
De Bauquesne, près Amiens [31 lieues], trois jours (P C, p. 28).
De Bourges [58 lieues], six jours (t= G, p. 31).
De Chartres [22 lieuesl, un jour et demi (I* C, p. 27).
De Combet près Rodez [160 lieues], dix jours (F C, p. 17).
De La Roche-en-Genevois [132 lieues], douze jours (IP C, p. 9).
De Lyon [116 lieues], huit jours {W C, p. 8).
De Mont-Redon (Carcassonne) [190 lieues], quatorze jours (p C, p. 8).
De Murviel [203 lieues], douze jours* (P C, p. 14).
De Reims [38 lieues], trois jours (IIP C, p. 5).
1. Soit 17 lieues par jour. C'est le voyage le plus rapide que j'aie pu relever.
11 eut lieu en 1343. Sans doute le sire de Murviel qui l'accomplit, était supé-
rieurement monté. La même observation est applicable au sire de Roquefeuil
qui, allant des environs de Rodez à Paris, fit 10 lieues par jour. Toutefois la
pièce 38 de la 6* classe, porte en son article 52, qu'on pouvait bien aller de
Lille à Paris en trois jours (39 lieues). A la vérité il s'agit là d'une diminu-
tion.
230
De Riom [93 lieuesl, six jours (1*^ C, p. i).
De Sle-llonnino (Poitou) 1 107 lieuesl, huit jours (IF (1, p. 13).
De Troyes [il lieuesi, ([uatre jours (IP C, p. 11).
De Vaccayras près Nîmes 1 17.i lieues], quinze jours (I" C, p. 2).
De Vierzon 150 lieues), cinq jours (II" C, p. 6).
Pour aller de Royaumont aux Andelys (14 lieues)' il fallait deux jours (II"' C,
. 14 et 15).
§ 3. — De l'état de frais.
J'ai dit que malgré le libellé en apparence contraire à cette
assertion, c'était le procureur qui dressait l'état de frais, ou la
diminution. C'est office de procureur d' ordonner dépens,
porte expressément un article de défense repoussant la prétention
d'une partie de se faire payer un voyage ayant pour objet la
rédaction de ses dépens (VI" classe, pièce 29 in fine). Pour parler
encore plus exactement, ce soin était confié k un clerc expéri-
menté. Le procureur se contentait de revoir le travail et de le com-
pléter, ainsi qu'on peut en signaler un exemple sous la pièce 24
de la r" classe, où une vacation, omise (rejetée d'ailleurs par le
magistrat taxateur), a été rétablie après coup. Déjà, en effet, les
clercs suppléaient leurs patrons dans quelques-unes de leurs tâches ;
il résulte de plusieurs textes auxquels nous reviendrons quand je
parlerai de la taxe, qu'ils étaient admis sinon à la barre, au
moins à l'audience et que leur intervention de foit, fort limitée
sans doute, n'était point contestée. Il en était de même, dans une
certaine mesure des avocats, auxquels la Cour reconnaissait le
droit d'avoir des secrétaii^es (F classe, pièce 10).
Quoi qu'il en soit, et sans qu'elle paraisse avoir été astreinte à
aucune règle de style, la rédaction de l'état de frais comportait
un cadre à peu près uniforme. Après un intitulé, qui rappelle les
noms des parties et l'objet du procès, qui contient la réquisition
de taxe et la réserve du droit de modification ultérieure, se place
l'exposé sommaire des circonstances au milieu desquelles a surgi
l'instance, ordinairement un appel. Vient à la suite chacun des
articles des dépens, soit que ces articles soient numérotés, ce qui
est rare, soit qu'un simple z^em les relie les uns aux autres. Dans
la disposition des lignes, un blanc est réservé à la fin de chaque
article pour la taxe et les observations qui lui servent de base.
1. Le procureur en compte vingt.
231
L'acte se termine par l'offre Je toute preuve ou déclaration plus
ample, au gré de la Cour.
Au bas de l'instrument le greffier inscrit les noms des magis-
trats commis par la Cour pour taxer. Au-dessous, il mentionne
le délai dans lequel la partie perdante doit fojirnir ses diminu-
tions.
§ 4. — Delà diminution.
Les diminutions débutaient^ comme la demande de dépens, par
renonciation des noms des parties et de l'objet de la défense,
augmentée d'une protestation générale contre l'exagération des
frais. Elles s'attachaient ensuite à l'examen détaillé de chaque
article, dans l'ordre adopté par la demande, pour en réclamer le
rejet ou la réduction. Ou bien elles groupaient plusieurs articles
auxquels elles opposaient les mêmes fins de non recevoir. Sou-
vent elles se référaient aux arguments précédemment allégués,
au moyen de la formule : ut supra; respont comme dessus, avec
ou sans les mots : en cas semblable (V C, p. 2, anno 1343).
Une offre de preuves en formait la clôture.
A la différence de la demande, la diminution était écrite d'un
bout à l'autre de l'instrument et dans tout son champ et le procu-
reur intervenait plus ostensiblement (expressément ou implicite-
ment), à côté de la partie, dans la rédaction de l'acte de défense.
En effet la raison qui obligeait le procureur à s'effacer (au moins
dans les premiers temps, car à la fin du xrv° siècle ce n'était
déjà plus certainement qu'affaire de style), et à mettre son client
en scène, n'existait point dans le rôle défensif, non plus que celle
qui l'engageait à ménager une place pour l'insertion de la taxe.
§ 5. — Observation applicable aux demandes et aux
défenses.
L'étendue matérielle des pièces était généralement considérable.
On l'évaluait par peaux (continens VIII pelles et ultra, pièce 10
de la P classe), ou par feuilles (57 sous pour écrire 57 f'uelz de
'papier, pièce 8 de la première classe), ou par rôles (I'"'^ C, T p),
dont le format était déterminé d'une façon suffisamment fixe, puis-
qu'il entrait comme élément d'appréciation, dans l'examen du
'compte (pro quolibet folio magne forme, pièce Iode la P^ classe;
232
— Inlia magna, computalo quolibet iiii sol. pièce 4, art. 37
de la IF classe; — pro quolibet folio majoris forme xx dena-
rios tur., pièce 5 de la VT' classe; — ])()ur cliascun roule 3 sols,
pièce 7 do la première classe).
Ces peaux ou oes feuilles étaient à leur ])oint d'attache revê-
tues de la signature du procureur et aussi assez souvent de celle
du magistrat taxateur ou du greffier, et marquées d'un numéro
d'ordre. C'était sans doute une sorte de ne varietur. Il faut en
dire autant de la somme ou total partiel, qui s'inscrivait parfois,
mais pas toujoui's, au ]jas de la feuille ou de la peaU;, sous la
mention : « Suunna hujus rotuli. » Toutefois l'usage n'est pas
constant.
Lorsque les parties habitaient les régions du midi, les actes
étaient ordinairement rédigés en latin, autrement ils l'étaient en
français du nord. On conçoit que ce dernier cas était le plus fré-
quent. Sur les 136 fragments ou actes que j'ai recueillis, 17 seu-
lement sont en latin, savoir : 12 demandes, 5 diminutions.
' § 6. — De la taxe.
La taxe était toujours mise en latin. Elle se présente sous une
forme brève, concise, souvent cassante, parfois obscure. Elle
consiste en trois notations principales, à savoir : Haheat S quand
la demande est agréée (ce qui est rare); Nivhil, quand elle est
rejetée (ce qui est fréquent), avec ou sans indication des motifs
de décision ; Haheat X quand elle est modifiée, ou pour mieux
dire réduite (ce qui est le cas ordinaire). Elle figure en regard et à
la fin de chaque article de frais ; elle réunit souvent plusieurs
articles sur lesquels elle statue en bloc (I G, p. 28, 13, 14, 15,
17, 29, 31, 32, 34, IP C, p. 4). Le total est marqué au bas de
la demande, avec la date et quelquefois avec les signatures des
magistrats taxateurs, en français presque aussi souvent qu'en
latin. Sur 11 pièces dont nous possédons la fin, six portent l'ad-
dition en latin, cinq en français.
Au terme de la procédure, le greffier notait, soit au-dessous
de la taxe, soit au verso de l'acte, l'expédition et la délivrance
1. Je ne connais qu'une variante de celle formule. C'est celle-ci : Haheat ana
(pièce 17 (le la première classe art. 22, années 1352-1354). Cela revient à dire :
Uabeat sequale ou (antum quantum petit.
233
de l'exécutoire. La formule de cette mention consiste invariable-
ment dans les trois mots : « Executoria facta est. »
Au reste les trois demandes inédites (outre un fragment) que
je publie, faciliteront l'intelligence de toute cette diplomatique.
Je les complète au moj-en de quatre fragments de défense qui
donneront une idée suffisante, l'une de l'intitulé, l'autre de la
disposition finale des diminutions.
On peut se demander, en se reportant à ce que j'ai dit en tête
de ce travail sur les accords ou transactions, ce qu'il advenait du
paiement desfrais, lorsque, ce qui était le cas ordinaire, les parties
obtenaient « leur congé d'accord sans dépens d'un côté ni d'autre, »
n'y ayant alors lieu à aucune intervention de taxe. Il n'y a pas
de doute que chaque procureur dressait un état de ses frais et
l'envoyait à son client. J'en ai trouvé un témoignage assez
curieux, mais unique, dans un très-court fragment, une sorte de
brouillon qui se trouve au verso d'un accord du 1«^ mars 1395.
Ce morceau renferme l'indication d'une série d'actes de procé-
dure faits pour le compte d'une des parties qui transigent. Je le
joins, à cause de sa rareté, à mes pièces justificatives. Mais il ne
porte aucune mention de prix. Il eût été intéressant de savoir
si le procureur, en présence de son propre client, avait des exi-
gences aussi étendues que lorsqu'il adressait ses revendications
à la partie adverse, et la comparaison de mémoires de cette nature
avec ceux dont nous possédons les débris, n'eût pas manqué d'être
tort instructive. De même, il est permis de présumer que plus
d'un client élevait des objections, contestait le montant de l'état,
plaidait à l'occasion contre son procureur. A coup sûr, les procès
de cette espèce jetteraient sur la matière qui nous occupe une
vive lumière. J'avoue n'en avoir rencontré aucune trace dans
tout le cours de mes études.
III
« Les difficultés des communications, dit M. Desmaze, en
» parlant du moyen-âge, les lenteurs des écritures, les forma-
» lités à accomplir, étaient une cause de retard et souvent de
» ruine pour les plaideurs. Pour ces causes, les grands seuls
» plaidaient , disaient reconnaître leurs droits ; les petits
» soufiraient, courbaient la tête et se résignaient à l'injustice.
» Il appartenait à la civilisation moderne, en proclamant l'éga-
46
234
» lité de tous, devant la loi, de simplifier la procédure et d'ac-
» corder à chaque citoyen le périlleux droit aux procès. » (Le
Parlement de Paris, p. 95-96).
L'opinion, dont un magistrat érudit se fait ainsi l'interprète,
sorte de lieu commun à l'usage du public lettré, est-elle rigou-
reusement scientifique ? Je ne le pense pas, au moins si je me
restreins à l'étude du xiv"" siècle. Oui, certes, la justice alors
coûtait cher, les délais étaient excessifs, les formalités nombreuses,
les écritures multipliées. Les dépens, grossis de tous les faux
frais, de voyage, de séjour à Paris ou ailleurs, etc., montaient à
des sommes considérables. La conclusion qu'on en tire qu'il était
impossible de plaider, l'affirmation qu'on y ajoute qu'en fait les
grands (le mot riches conviendi-ait mieux) seuls plaidaient,
sont-elles 'légitimes ou exactes? En vérité, non! sans parler de
l'assistance judiciaire qui existait dès cette époque tout au moins
à l'état embryonnaire, ainsi queje l'expliqueraisouslechapitre IV,
sans recourir à une opération bien simple qui consiste à ouvrir
les registres du Parlement, à en compulser les tables, il suffit de
réfléchir aux conditions de la vie sociale sous les règnes de
Philippe yi, du roi Jean, de Charles V, etc., pour décider à
priori que la civilisatioji moderne ne mérite pas le compliment
qu'on veut lui décerner. Sans doute les questions d'état, de statut
personnel, comme on dit aujourd'hui, ne pouvaient guères naître
que dans les familles nobles ou opulentes; la simplicité, et il faut'
bien le dire, l'honnêteté relative des mœurs domestiques dans les
classes plus humbles ne les exposaient point aux difficultés de
cette nature. Il est permis d'en dire autant des solutions judi-
ciaires qui impliquent ordinairement l'aisance ou le superflu, et
qui interviennent dans les règlements d'inventaires, de liquida-
tions, de partages, de donations, de reprises, de douaires, de
comptes de tutelle ou de gestion d'affaires , dans l'interprétation
et l'exécution des testaments et des contrats de mariage. Les
discussions, issues de ces sortes d'actes, remplissaient la majeure
partie des audiences du Parlement. Elles n'y arrivaient pas
seules. En effet, il est toute une série d'obligations, à laquelle nul
n'est maître de se soustraire , soit qu'elles résultent du régime
politique ou social, soit qu'elles proviennent de nécessités per-
sonnelles. Les redevances et les services, les emprunts et les
dettes qui peuvent en être la conséquence, le paiement des inté-
rêts sous forme de constitution de rentes, voilà quelques-unes des
235
obligations qui devaient se produire, qui se produisaient très-
fréquemment au xiv^ siècle, qui atteignaient les classes pauvres
aussi bien que les riches, et qui les mettaient dans le cas de
plaider, quelque peu de goût qu'on leur suppose pour la procé-
dure. Il est vrai de reconnaître que ces redevances, ces services
frappaient généralement un ensemble de personnes, une imiver-
sité, comme on disait à l'époque qui nous occupe, une coniinu-
naiité d'habitants, comme on a dit, à partir du xvi® siècle. Le
nombre des unwersitates intervenant, comme parties au Par-
lement, est considérable. Il monte à cinq ou six cents dans une
période d'un peu plus d'un siècle (1364-1490). En groupes, les
habitants riches ou pauvres présentaient, je l'admets, une force ^
qui les assimilait aux seigneurs, aux gens d'église. Mais il y avait
aussi des obligations tout individuelles, dont le non-paiement
conduisait le débiteur, appartînt-il à la dernière catégorie sociale,
devant la juridiction civile.
Il n'est donc pas exact de faire de la distribution de la justice
au xrv^ siècle un privilège aristocratique. Maintenant à quelles
causes faut-il attribuer la cherté des procès? En dehors de celles
que j'ai eu occasion d'énumérer en parlant des dépens, en est-il
encore d'autres ? Faut-il, comme l'écrivain cité plus haut (p. 90),
s'en prendre exclusivement aux procureurs et à leurs états de
frais? L'abus de la procédure est-il le seul élément d'un grief
aussi sérieux? C'est ce que je me propose d'examiner en peu de
mots.
§ V\ — De la cherté des procès.
Le préjugé qui fait remonter aux procureurs et à leur rapacité
la responsabilité du coût excessif des procès est trop ancien,
trop populaire en France, si l'on peut s'exprimer ainsi, pour ne
reposer sur aucune base solide. J'en conviens et moi-même j'en
fournirai ci-dessous la preuve. Plus d'un procureur ne se faisait
point scrupule de traîner la procédure en longueur, à l'instar de
1. Celte puissance même, née da l'union avait ses limites; le seigneur met-
tait le plus d'entraves qu'il pouvait à son action. Le fragment 8 de la première
classe fournit un excellent spécimen de cette lutte : « Et la cause pourquoy ils
»> tirent tant de procuracions fu : car ils ne s'osoient assembler. Car ils quand
» ils estoient plus de VI, le dit curateur (le sire de Lautrec leur adversaire) les
» upprocho'd de monopole et leur avoit deffendu que ne se assemblassent. »
236
celui dont se plaint un plaideur en 1355, dans les termes suivants :
«... que quand le dit vit que on le nienoit ainsy par fiiitez et
» par délays , il empêtra unes lettres par lesquelles estoit
» mandé, etc. » (P C, p. 31). Peut-être cependant, le blâme en-
couru par les intermédiaires de l'expédition de la justice est-il
plus fondé, à mesure qu'on se rapproche des temps modernes,
vers les xvi*' et xvif siècles par exemple, qu'à l'époque dont je
m'occupe. Il est certain du moins que la réduction à laquelle les
taxes soumettaient l'état de frais était à ladite époque tellement
considérable, qu'elle ne laissait guère de marge aux exactions et
aux dépens fictifs. Quoi qu'il en soit, au moyen âge, comme plus
tard, comme de nos jours, le procureur assumait tout le soin de
recueillir les frais du procès, de même qu'il en faisait générale-
ment les avances. C'est à lui, entré ses mains, que venaient
aboutir, en définitive, toutes les prétentions, toutes les revendi-
cations, amassées et tenues en suspens pendant de longues années.
Sur sa note devaient figurer, avec ses déboursés et ses propres
vacations, les honoraires des avocats, les épices des magistrats,
les indemnités des commissaires et des témoins. Le public, le
plaideur malheureux, ne considérait que le total, la somme qu'il
était condamné à payer et, sans tenir compte des détails, faisait
l'attribution du montant qu'il soldait en bloc, au rédacteur du
mémoire, au procureur. De là une irritation, où l'ignorance, l'ir-
réflexion tenait autant de place que le sentiment d'un préjudice
véritable.
Parmi les parties prenantes au gain du procès qui s'abritaient,
se dissimulaient dès le xiv" siècle, sous le couvert du procureur,
il faut indiquer en première ligne le fisc, et, avec lui, celle des
puissances sociales aux mains de qui la féodalité avait fait tom-
ber certains démembrements de la souveraineté. Nul acte ne
pouvait être produit en justice, s'il n'était revêtu d'un sceau,
scel du roi, scel du seigneur, scel de la juridiction compétente.
Nul acte scellé ne pouvait être retiré, une fois produit. Tels sont
les deux principes, dont l'application domine la matière et fait
très-régulièrement participer au bénéfice des procès, contribuer
à leur cherté, les pouvoirs dont la mission principale est la pro-
tection du public, qui déjà recueillait peut-être ses plaintes et
en colportait l'écho. Hypocrisie parfois, naïveté le plus souvent,
cette contradiction entre l'attitude de l'autorité souveraine et ses
actes est plus ou moins flagrante selon les siècles. Au xiv% le
237
droit de scel, qui correspond à notre timbre et à notre enregis-
trement, l'usage de retenir les pièces originales, usage dont l'ob-
jet et le résultat sont la multiplication des écritures, et dont la
trace n'a pas encore disparu de nos mœurs administratives, gros-
sissaient, dans une très-notable proportion, le montant des états
de frais. Les exemples de cette double imposition abondent dans
les pièces que j'ai recueillies. J'en citerai quelques-uns : « car il
» ne pot avoir les autres procuracions qui avoient esté mises
» par devers noz dis seigneurs des requestes, mais y sont et
» demourèrent » (IIP G, p. 5, anno 1368). — « Pour le scel du
» dit arrest, marcbandèrent le plus estroit qu'ils peurent à l'au-
» dience ; mais pour ce qu'ils estoient plusieurs et que chascun
» pour sa cause y estoient ne peurent finer à mains de x seaulx »
(Ibid). — Il fu de nécessité qu'ils baillassent et meissent
» devers la court chascun ses lettres obligatoires ; et
» et quand l'arrest fu rendu, ou ne les peut avoir de la cour, se
» il n'en demourast copie » (Ibid.). — « Car par le stile
» de Parlement, il convient produire et mettre en forme de
» preuve toutes lettres originaux et doivent demourer à la
» court avec le procès » (VPC, p. 37, anno 1360°). Je n'insiste
pas sur le paiement du droit de scel qui, d'ordinaire est réclamé
avec la vacation des écritures. La formule qui varie peu est celle-
ci : Pour V escripture et le seel de l'acte (Voir notamment I
C, p. 4, 5, 6, 7, 8, 10, etc., II C, p. 6, 7, 8, 10, 14, 15, etc.)
Le plus souvent le droit de sceau entre seul en taxe et y est
admis intégralement.
Parmi les actes assujettis à cet impôt, \q.^ procurations occu-
paient le premier rang. Il en fallait beaucoup et de toutes sortes.
Au seigneur, à la corporation dominante, religieuse ou laïque,
appartenait non-seulement le droit d'apposer le sceau, mais
encore, au moins dans certains cas, celui d'autoriser l'acte : « ...
» les diz habitanz, porte l'article 21 du fragment 10 de la pre-
» mière classe (1342), ont plusieurs seigneurs ausquels il leur
» estoit de nécessité de prendre congié de faire procuracion. »
(Voir dans le même sens l'art. 33 du même fragment et la pièce
34 de la même classe). C'était, on le voit, l'exercice d'une sorte
de tutelle, analogue à celle de l'Etat sur nos communes. Le
fragment 8 de la première classe, cité plus haut, à propos de la
lutte du sire de Lautrecavej ses vassaux de Mont-Redon, montre
auési que la multiplicité des procurations avait parfois pour
238
cause rèloiguement les uns des autres des coplaideurs, la diffi-
culté qui s'en suivait pour eux de s'entendre, de se réunir. «...
» Et bonnement ne se povaient assembler, disent-ils; car les uns
» sont loings dez autrez, et ne furent pas tous adjournez en-
» semble. »
L'apposition d'un sceau sur un acte ne suffisait même pas
toujours à le rendre valable. Comme aujourd'hui la signature de
certains fonctionnaires doit être légalisée par le président du
tribunal, ainsi le sceau de certains officiers publics devait être
consacré par celui d'un magistrat d'ordre plus élevé : « ... pour
» faire approuver, porte le fragment 14 de la deuxième classe
» (vers 1348), le seel dudit sergent souz le seel au bailly de
» Gisors. » Dans cette espèce les frais de sceau étaient doubles.
La taxe dudit fragment en fait foi.
Et non-seulement les dépens de cette nature étaient élevés, il
fallait encore emploj-er beaucoup de temps à attendre l'apposi-
tion du seel. C'est ce que nous apprend, (;ntre autres, ce passage
du fragment 16 de la première classe : « pour despens de chelui
» qui les dis arrest et exécutoire attendi au seel par l'espace de
» XV jours, II sols par jour, valent xxx sols; (taxe): Habeatxx
» solides » (Anno 1345); et celui-ci: « pour attendre y celle et
» l'avoir du seel... » (PC, p. 27, anno 1352). — Et encore:
« devant qu'il peust avoir la lettre scellée, demoura xv jours »
(VrC, p. 19, anno 1347?).
Quand les parties se trouvaient dans le cas de se délivrer à
elles-mêmes « le congé de procuration, » le seel de l'acte ne
devait pas entrer en taxe. C'est du moins la doctrine professée
dans un fragment de diminution, pièce 15 de la sixième classe:
« à l'article où il demande xv sols pour une procuracion, etc.;
» respond que riens n'en doit estre tauxé. Car elle fut du seel
» d'abbesse et de couvent ; si ne cousta riens, mais la fistrent »
(vers 1350).
Le prix du sceau variait au reste suivant les localités. A Au-
riUac il coûtait moins cher qu'ailleurs « ... à ce qu'il demande
» pour le seel de la citacion v solz, dient que ne l'en devez taxer
» que 12 deniers; quar pour tant les a on communément an icellui
» pais » (VP C, p. 12, anno 1346?).
Deux traits particuliers à la législation du moyen âge contri-
buaient à augmenter les frais d'écritures et de seel, à savoir la
multiplicité des juridictions et le renouvellement indéfini des ins-
239
tances. La compétence d'un tribunal était souvent contestée ;
ses sessions (« l'assise de la comté de Beauvais qui ne se tient
» pas souvent; » P C, p. 34, anno 1382), celles mêmes de la Cour
souveraine éprouvaient de nombreuses remises ^ . On sait par
exemple que chaque bailliage ou sénéchaussée avait ses jours
d'appel marqués à l'avance, son rôle propre. Quand par suite
de l'encombrement du rôle précédent-, un de ces bailliages n'était
pas « délivré » à l'époque assignée, ou renvoyait l'expédition
des afiairesy afférentes à une date plus ou moins éloignée (voir
I'' C, p. 10). De même, chaque Parlement avait en quelque sorte
une vie personnelle ; il fallait le saisir à nouveau, poursuivre ce
qu'on appelait « la continuation » (voir F C, p. 8), faute de quoi,
il y avait ouverture à péremption d'instance. En outre^ lors-
qu'une des parties venait à décéder (ce qui n'était pas rare, on le
comprend, vu la longueur des procès), l'affaire subissait une
sorte de temps d'arrêt, pendant lequel l'ayant droit du défunt
était sommé et tenu de déclarer s'il entendait « reprendre ou
délaisser » la cause (P C, p. 3) . Les difficultés nées de ces diverses
circonstances donnaient lieu soit à des procurations, soit à des
assignations, soit à des significations nouvelles (voir notamment
en ce sens les fragments de la première classe 21 et 31 ). Telle est,
pour le dire en finissant, l'origine de la très-grande faveur du
Co7mnitti7nus et des Evocations, dont le principal avantage
était la dispense d'une foule de frais préliminaires et accessoires.
Les plaideurs s'efforçaient de se dérober aux juridictions infé-
rieures et de faire porter directement la connaissance de leur
cause à la Cour souveraine qui, une fois saisie, dessaisissait avec
hauteur les tribunaux compétents (voir p. 8 de la 2" C). Parmi
les personnes que nos pièces nous montrent investies du
privilège de committimus, ou réussissant à faire évoquer la
cause, je rencontre, outre l'évêque de Beauvais (évidemment
comme Pair, bien que cette qualité ne soit pas invoquée en sa
faveur dans l'acte, 1« C, p. 34), un chevaher dont nous n'avons
pas le nom, qui se disait exempt du bailli de Chartres (F C, p. 27,
1. La mort de Philippe VI n'interrompit pas seulemenl les audiences et la
distribution de la justice. Elle suspendit le cours même de la procédure. « Les
I) quelx commissaires respondirent qu'ils n'y pooroient entendre ne procéder
» pour la mort du roi Philippe » (III' C, p. 3, art. 67).
2. Cela arriva notamment en 1346 « à cause des guerres » (P C, p. 19); «inter
» guerras quas noster rex babebal » (1° C, p. 18).
240
vers 1352), certaines parties qui à force de braire et crier
obtinrent, à cause de lenr 2:>auvr été, d'être inscrites au rôle des
jours de Chartres, en faisant joindre leur cause à une affaire
principale (VP classe, pièce 31, anno 1350?); et les bourgeois de
Reims qui éludèrent, en 1368, la juridiction des requêtes du
Palais (IIP G, p. 5).
§2. — Des procureurs.
Ce ne serait pas se faire une idée exacte des mœurs judiciaires
du moyen âge que d'assimiler le mandataire ad lites de cette
époque au procm^eur de la Renaissance ou des temps mo-
dernes. Un procureur, au xiv" siècle, c'est un homme d'affaires
chargé de procuration à l'effet d'ester en justice : telle est la
meilleure définition qu'on en puisse donner. Quand on avait à
plaider, il était fort rare qu'on eût directement recours au^
procureurs attitrés auprès des juridictions compétentes. Dans la
plupart des villes, fussent-elles de médiocre importance, il y avait
des personnes connues sous la dénomination générale de clercs
(ce qui ne veut pas dire qu'elles appartinssent aucunement k
l'ordre ecclésiastique), versées dans la connaissance des coutumes
et de la législation, qui faisaient métier de renseigner les parties
sur la nature et l'étendue de leurs droits, sur les moyens de les
mettre en valeur. Au début de presque toutes les instances se
place donc un premier conseil, le conseil de ce clerc, de ce pro-
cureur au petit pied, souvent plus écouté que les maîtres en pos-
session d'office (encore aujourd'hui le fléau de nos campagnes),
conseil qu'il importe de ne pas confondre dans les textes avec
ceux du procureur, de l'avocat au Parlement, qui s'y trouvent
également mentionnés. Il faut en dire autant des vacations
revendiquées par cette espèce de procureurs que consultaient les
parties domiciliées hors de Paris. Les familles riches ou aisées,
que l'administration de leurs biens exposait à des procès plus ou
moins fréquents, choisissaient même parmi eux des clercs qu'elles
gardaient constamment à leur service, qu'elles payaient à l'an-
née : « .. . pour le salaire de son procureur, à Senliz, pour chas-
cune année » (P C,p.3I, anno 13G2); àe^ pensionnaires , selon
le langage du temps.
Ainsi, quand on parle de procureurs au xiv'' siècle, il faut dis-
tinguer deux classes de personnes : les procureurs acceptés par
24^
les tribunaux pour postuler ordinairement auprès d'eux (ana-
logues à nos agréés de commerce), et les procureurs qu'on pour-
rait appeler de province ou de pays. On comprend que les procu-
reurs de pays, tant à raison de la nature de leurs services qu'à
cause du moindre développement de leur instruction juridique,
ne jouissaient pas d'une autorité égale à celle de leurs confrères
de Paris; leurs émoluments étaient en conséquence évalués à un
taux fort inférieur, et leur traitement, quand ils étaient pension-
naires, ne dépassait pas un cliiffre relativ-eraent minime. «
» A Hédin, l'en a le meilleur procureur de la ville toute l'année
» pour XX sols, ou pour xxx au plus» (VPC, p. 36, anno 1352?).
— «... Pour le salaire du procureur, vous n'en devez tauxer
» plus de douze deniers, vu l'usage du pais, et l'avèrent toute
» l'année et en toutes causes pour xxx sols » (VP C. p. 7, anno
1344?). — « Pour le saalaire du procureur, lequel il escrivit C
» sols, ne devez tauxer plus de xi sols, concidéré Testât du pro-
» cureur » (Ibid.). — « Pour le salaire du procureur, qui a esté
» son procureur pai' le temps dessus diz à Senliz et par delà, pour
» chascune année c soulz par. valent : xv livres. (Taxe), Habeat :
» Lx solidos » (P C, p. 31, anno 1362). — « ... Si comme l'en a
» accoustumé de faire en tel cas aus procureurs du pais » (VF C,
p. 36, anno 1352?).
Au reste, qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre classe des pro-
cureurs, leurs émoluments portent sur trois catégories d'actes ou
d'opérations; ils comprennent, avec les honoraires afférents à
chacune de leurs vacations, les frais de voyage et ceux de séjour.
Les distances que les procureurs de pays avaient à parcourir
pour le compte de leurs clients étaient le plus souvent assez
courtes, et leur séjour peu dispendieux, puisque le lieu de leur
résidence était naturellement voisin du siège de la juridiction de
premier degré, quand il ne se confondait pas avec cette localité
même. Il n'y avait donc pas de motifs pour leur accorder des
dépens considérables à raison des dérangements dont leurs voyages
pouvaient être l'occasion ; d'autant qu'ils ne manquaient pas de
profiter de leur séjour en un endroit pour y expédier les affaires
de plusieurs clients, et qu'ils n'étaient guère recevables à récla-
mer de chacun d'eux le montant intégral de déboursés assez mal
justifiés même après fractionnement. «... Sy y seroit il venuz
» pour les autres causes pour lesquelles il a accoustumé de
» venir... » (VF C, p. 26, anno 1349?). Toutefois il n'était pas
242
rare que Jeiirs clients Jes envoyassent ou produisissent la préten-
tion de les avoir envoyés successivement aux sièges des diffé-
rentes juridictions d'ordre supérieur et notamment à Paris. «...
y Les diz hommes firent procureur maistre Jacques JJertus, clerc
» de Realmont, et le louèrent pour venir à leur jornée. . . ; si vint
» aus jours des présentacions de Vermandois » (P C, p. 8, anno
» 1341). — «... Pour les despens du procureur qui vint es
» présentacions de parlement, pour vu jours à venir, vu à
» retourner et m mois demorer à Paris, cliascun jour x sols,
» valent xlvii livres (taxe): Habeat un libras » (I'' C, p. 1,
» anno 1329). — «...Où il demande pour les despens de Durant
» Pellier, qui estoient gens de conseil, lesquelz il avoit amenez
» avec soi à Paris, pour estre à sa collacion, et les renvoia arrière >
(VP C, p. 26, anno 1349?). — «...Le procureur du dit chevalier
» au pais vint à Paris » (ni« C, p. 4, anno 1342). —
« Le procureur vint à Paris » (F C, p, 9, anno 1346).
— Là, ils s'abouchaient ou étaient réputés s'aboucher avec
des procureurs et des avocats au parlement, choisissaient ceux
qui leur paraissaient le plus propres à bien conduire l'affaire
dont ils avaient eu d'abord la direction, et ne regardaient
leur mission comme terminée que lorsqu'ils avaient arrêté et
accrédité ces nouveaux conseils. «... Si le dit procureur ne
» demoura il que i jour à Paris pour soy présenter et substituer
» Jehan de Lapion » (VF C, p. 16, anno 1347?). C'était pour
eux l'occasion et le motif de dernières vacations, vacations que
le taxateur repoussait d'ailleurs habituellement, attendu ou que la
partie était venue elle-même à Paris, ou qu'il eût suffi d'y envoyer
un valet, un commissionnaire chargé de la procuration de la dite
partie. «...Où il dit que son clerc demoura à Paris pour poursuir sa
» besoigne, x livres x sols; respondent que riens n'en doit être
» tauxé : car il suffisoit de maistre d'Atechi, son procureur, ne
» le présence du dit clerc ne avançoit la cause... » (VP C, p. 38,
anno 1360?). — «N'enconvenoitquepour un valetàpié qui mist ii
» jours à aler... » (VP C, p. 16, anno 1347?). — ...« Que li fust
» envoiez par aucun de ses amis » (VP C, p. 12, anno 1346?).
— «... Que de renouveler une commission, ce n'estoit pas grans
» besoins qu'un procureur se transportast à Paris pour ceste
» cause » (VP C, p. 30, anno 1350?). — «... Et supposé que
» aucune chose en deussiez tauxer, sy ne seroit ce fors seule-
» ment le saalaire d'un vallet à pié, par lequel il peust avoir
243
» envoiée instruction de sa besoiugue à son procureur >» (VP C,
p. 7, anno 1346?).
La participation des procureurs de pays à la conduite des
affaires qui se résolvaient devant le Parlement est d'ailleurs
attestée, selon moi, par l'emploi, que j'ai signalé au chapitre I,
de la langue latine dans la rédaction des actes où des personnes
de nationalité méridionale figurent comme parties. Il est clair
que le procureur de Paris ne se serait pas servi de cet idiome,
puisqu'il écrivait ordinairement en français du nord, si le procu-
reur de pays ne lui avait pas fourni les premiers éléments de son
travail en une autre langue qui ne pouvait être le français du
midi parce que ce français était certainement d'un usage peu
répandu et mal commode à Paris. Le latin étant au contraire la
langue officielle et comprise partout, le procureur au Parlement
ne se donnait pas la peine de traduire à nouveau les renseigne-
ments que lui apportait son client du midi, ou le procureur de
province, amené, envoyé par le dit client, et se contentait de
compléter dans la même langue scm état de frais ou sa diminu-
tion.
Quand l'état de frais fait mention de procureurs ayant conseillé,
voyagé, séjourné dans tel ou tel endroit, auprès de telle ou
telle juridiction, devant tel ou tel commissaire, étant intervenus
dans telle ou telle enquête, il ne faut donc point en conclure
qu'il s'agisse de procureurs au Parlement. Cependant les procu-
reurs au Parlement voyageaient eux aussi, séjournaient et con-
seillaient au loin, si l'intérêt de l'affaire paraissait l'exiger. 11 est
impossible de savoir, de décider à priori, lorsque dans les textes
il est question de frais de cette nature, s'il s'agit de procu-
reurs de j3«y5 ou de procureurs au Parlement. Ce sont les cir-
constances, les détails avoisinants, qui doivent à cet égard servir
de guide.
Les voyages, les séjours des procureurs tiennent une grande
place dans les demandes de dépens et dans les diminutions. On
y trouve le détail de l'équipage dans lequel marchait le procu-
reur, des jours employés par lui à ce transport, des désagréments
qu'il y a essuyés. Le résumé de ses déboursés, dont le compte est
fait par journée, s'y présente sous une formule ainsi conçue :
despendi par chascun jour, venant, demeurant et retour-
noMt (ou pour le retour), si le texte est écrit en français (P C, p.
1, 6, 19, 22, 25, IP C, p. 7) et : ^< eundo, stando et redeundo.
244
computando per diem, » s'il est écrit en latin' (P C, p. 2, 17, H"
G, p. 4). Les frais sont généralement calculés à raison de dix sous
par jour: «... il devoit seuffire d'un procureur qui eust gaagnié
>^ pour sa journée x sols » (VP C, p. 6, anno 1345?). D'ordinaire
l'équipage consiste en un valet et un cheval ou deux loués à cet
effet : «... procuratoris qui... vaccavit... per octo dies, per diem,
» cum loquerio ronsini x sol. tur. lacientes in universo un lib.
» tur. (taxe) : Habeat xl sol. tur. » (P G, p. 2, anno 1337). —
« ...Per XII dies, expendit pro qualibet die cumfamuloetanima-
» libusxsolid. par. valent vi lib. par. (taxe): Habeat xxnii sol.
» (P G, p. 17, anno 1345).» — Pro loquerio equi conducti iiiflo-
» renos (taxe) : Habeat x solid. par. » (Ibid.). — «... Il envoia
'■> son procureur à cheval» (VFG, p. 24, anno 1348?).— «...Pour-
» suit par l'espace de xxxvii sepmaines ledit procureur, et
» despendi à chascun jour, luy et son cheval, xii sols par. par
» jour, valent vii^^ xv livres vin sols tournois (taxe) : Habeat
» XX libras parisiensium » (IF G, p. 10, anno 1353).— «...Pour
» les despens du dit procureur, alant et demourant, pour chas-
» cun jour pour li, son cheval et vallet, x sols, valent l sols
» (taxe) : Habeat xxiiii sols (IP G, p. 14, anno 1347? et p. 15).
» —Pour le procureur... pour chascun jour, pour les despens
» de li, son chevalet valletx solz...» (IIP G, p. 4, anno 1352).
— «... Et demoura leur iirocureur à poursuivre la dicte besoigne
» VI jours, pour les despens de lui et de son cheval et de son
» valet et du salaire du dit valet, pour chascun jour vi sols
» par. valent : xlv sols tourn. (taxe) : Habeat xxx solid. paris. »
(P G, p. 6, anno 1340). — «...Revinst ledit procureur à Paris et
» demoura besoignant par xviii jours à ii chevaulz et un valet à
» pié, et despendi chascun jour XX sols, valent xviii livres (taxe):
» Habeat xx solid. » (P G, p. 19, anno 1346).— «...Pro expensis
» nuncii et roncini, in itinere per octo dies, scilicet qualibet die
» x sol. tur. valent un lib. tur. (taxe) : Habeat xxiiii sol. par. »
(I« G, p. 18, anno 1340). Le fragment d'où est extraite cette dei'-
nière citation fournit l'échantillon le plus remarquable et, on
peut le dire, le plus amusant des demandes de dépens. On y voit
le procureur porter au compte de ses frais, la ferrure d'un cheval,
le coût de bottes et de trois paires de chaussures : « pro ferra-
1. Celle formule esl d'ailleurs d'un connnun usage, qu'il sagisse des parties,
des avocats, des sergents ou des [irocureurs.
» tura equi iiii sol. tur. » — « pro caligis dicti procuratoris viii
» sol. par. » — pro tribus paribii s sotulariiim vu sol. vi deu.
» par. » (Ibid.) A peine est-il besoin d'ajouter qu'en face de
ces articles, le taxateur marque : « Habeat nichil. »
Les périls de la route forment un des éléments de l'état de frais:
«... car alors le temps estoit cliier et périlleux (de Senlis à Paris)
» Il royaux d'or. » (P G, p. 31, anno 1360); raison qui ne paraît
guère émouvoir le taxateur^ car il n'accorde dans l'espèce que
seize sous, et plus bas il ne concède que quinze sous, à une de-
mande de seize écus, appuyée du même argument.
La contestation de la défense porte d'abord sur la réalité ou
l'utilité du voyage, ensuite sur le train du procureur, enfin sur la
supputation des distances. «... ledit procureur n'a accoustumé à
>■> chevauLliier que à un cheval» (VP G, p. 26, anno 1349?); —
«... il pooit aler sans soi destourner (de son chemin) » (VP G,
p. 24, anno 1348?); — «... vehu Testât et discrecion du procu-
reur, n'en devez tauxer plus de douze deniers » (VP G, p. 7,
anno 1346?).
J'ai dit du procureur au xiv" siècle, que c'était un homme
d'affaires chargé de procuration. Cette définition que je crois
propre à faciliter l'intelligence des mœurs judiciaires dans les
parties les plus éloignées du ressort, n'est pas moins exacte,
appliquée au procureur de Paris.
Gomme celui de province, il recevait une procuration spéciale,
ou pour mieux dire une série de procurations spéciales, chaque
fois que la présence de la partie était requise, alors que la tolé-
rance n'avait pas encore prévalu de se passer des lettres ^ de
grâce. J'ai déjà eu occasion de faire remarquer à ce propos l'in-
térêt qu'avait le fisc à multiplier les actes et notamment les pro-
curations. Toutefois, dès le xiv® siècle, l'usage commençait à
s'étabhr des procurations générales, qui permettaient d'occuper,
de postuler pour une cause entière, et même pour toutes les
causes qu'une personne pouvait avoir à soutenir, ainsi que je
l'exposerai tout à l'heure quand je parlerai des avocats: «...
1. Je n'en ai rencontré que deux exemples dans mes pièces. Ce sont les sui-
vants : « Item pour une grâce pour plaidier par procureur VII sois par. (taxe) :
« Habeat VII solid., par. {V G. p. 4. anno 1339-1351). « Pour ce que le dit
Uegnaud ne pot avoir grâce à plaidier» (V G, p. 4, anno 1349). On peut aussi y
rattacher l'extrait suivant: « pour une copie... que il fussent recheuz à plaidier
par procureur » {ï" C, p. 15, anno 1344).
2^.6
» Dient que il est son procureur en plusieurs causes » (VP G,
p. 19, anno 1347?). On eut des procureurs à l'année, des pension-
naires : «... le procureur est de la pension dudit évesque » (VF
C, p. 23, anno 1348?); — « ...maistre Gouillart estoit leur procu-
» reur et pencionnaire en Parlement » (V? G, p. 30, anno
1350?); — ào^ j^rocureurs généraux'. «... il a balle sa procura-
» cion général en toutes causes » (VP G, p. 23, anno 1348?); —
« ...pour le procureur général dudit qui vint à Paris, xxxir sols
(taxe): Habeat viii solidos »(PG, p. 34, anno 1382). La trace de
cette institution, qui se perdit dans les siècles suivants, a seule-
ment subsisté dans la dénomination que retint le procureur prin-
cipalement employé par le roi ; elle y atteste encore aujom^d'hui
des origines aussi antiques que peu connues.
Qu'il fût pensionnaire à l'année, ou qu'il occupât seulement
en vertu d'une délégation temporaire, le procureur au Parlement
revendiquait des honoraires appropriés k son instruction, à son
expérience, à son autorité.
Ses vacations comprenaient notanunent, avec les droits de con-
seil, ceux d'assistance à l'audience et d'écriture des actes.
On conçoit qu'elles étaient souvent contestées dans leurs quan-
tum et dans leur substance même. Il en est peu qui trouvent
grâce devant la diminution et la taxe. Parmi les arguments
allégués à l'encontre des demandes de dépens, arguments de fait
et arguments de droit, on trouve par exemple qu'il n'était pas
besoin de faire si grandes écritures : «... riens n'en devez taxer,
» quar s'est esbatus à faire grans escriptures » (VF G, p. 24.
anno 1348); — «... considéré que il a fait les despens trop grans
» la moitié, et que il n'y deust avoir que i rolle » (VF G, p. 23,
anno 1348?); — « ... où il demande pour m vidimus, respont
» que ne dit point de quoy , et que, s'il en y avoit trois douzaines,
» si ne li en devez riens taxer » (VF G. p. 24) ; — que l'acte ou
l'opération pouvait s'exécuter à moindre frais, que l'entremise
du procureur était inutile ; «... il estoit présens, et ne li falloit
» avoir procureur » (VF G, p. 12, anno 1346?); « ... à ce qu'il
» demande pour une procuracion m solz ix deniers, dit que il
■> n'avoit mestier de procuracion» (Ibid.); — « pour sa procura-
>•> cioniisolz: (Taxe): Nichil» (FG,p.34,annol382);— qu'on ne
doit pas taxer pour deux procureurs en une seule cause: «... on ne
» doit mie taxer pour ii procureurs en une cause » (VF G, p.
17, anno 1347?); — <■■ ... in parlamento sufficit unus procurator >»
247
(VF C, p. 14, anno 1347?); — que le procureur n'a droit k
aucun salaire quand la partie est présente ; «... n'en devez riens
» tauxer, quar il estoit présens, et neli falloit avoir procureur »
(Vie C, p. 12, anno 1346?); — « ... pour le salaire du procu-
» reur, respont que il n'y est en riens tenuz, pour ce que il y a
» esté en sa personne » (VP C, p. 33, anno 1350?) ; — que les
dépens doivent être fractionnés, lorsqu'ils s'appliquent à des
affaires diSérentes , ou à plusieurs causes connexes dont l'une
est encore pendante ; « ... n'en doit on taxer que la moitié du
» salaire, car les despens de l'un des adjornements sont de la
» cause principal, laquelle peut encore » (VP C, p. 17, anno
1347?); — «... n'en devés taxer que déduction faite pour les
» autres causes » (VPC,p. 30, anno 1360?); — que le procureur
n'avait reçu aucun salaire, attendu qu'il était l'ami, le parent,
ou le domestique ordinaire (gagé ou non) de la partie « ... dicit
» quod erat de génère suo et amicus suus specialis » (VP C, p.
18, anno 1347?); — « Nihil quia de familiâ » (P C, p. 4, anno
1339) ; — que les frais antérieurs à une cause résolue en appel
ne peuvent figurer dans les dépens de cette cause . « Les despens
'< contenuz es dix huit articles furent fais par avant l'appel et,
» par ainsi, ne doivent mie estre tauxés » (VP C, p. 15, anno
1349?); — «... si y lu il mis avant que la cause veinst en Parle -
» ment, pourquoi ne le deuvez taxer » (VF C, p. 23, anno
1348?); « ... est alia causa, et non consernit causam appella-
» cionis, nec est de dependenciis ejus > (VF C, p. 14. 1347?):
— «... non constat quod habuerit pro causa appellacionis dun-
» taxât... » (VP C, p. 13, anno 1347 ?) ; — enfin que les dépens
sont prescrits par suite de la péremption d'instance: « considéré
» que l'instance des procès fu périe et interompue, aussi fu la
» poursuite des despens, comme elle leust accessoire » (VP C,
p. 25, anno 1348?).
Un des moyens auxquels la diminution avait encore recours
consistait dans la délation du serment : «... et de ce se mettent
» en serment du dit » (VP C, p. 11, anno 1346?); — «... requiè-
» rent à vous, nos seigneurs qui serez députez à faire la taxa-
» cion, que vous faciez jurer le dit Guy à cliascun article des diz
» despens » (VP C, p. 12, anno 1346?). Ce mode de preuves
était en effet admis par les magistrats. La taxe porte plus d'une
fois la mention suivante : « Habeat quia jura vit » (IP C, p. 14.
anno 1347 etc?).
248
Au reste le procureur devait être désigné expressément et par
son nom dans la demande de dépens : « ... dicit non teneri
» in aliquo, quia non nominal procuratores » (VP C, p. 14,
annol347?); disposition qui lui était commune avec l'avocat,
ainsi que je l'exposerai plus loin.
Malgré toute l'habileté qui présidait k la l'édaction de la dimi-
nution, malgré les dispositions d'e.sprit qui portaient le taxateur
à réduire ou à supprimer les dépens, les honoraires du procureur
ne pouvaient être absolument contestés. Il est probable que l'ap-
préciation se fondait principalement sur la question de fait. C'est
ainsi que les vacations de séjour, les vacations à l'audience,
notamment pour les appels et pour les remises, sont tantôt ac-
cordées, tantôt rejetées (Admises: P G, p. 330 — rejetées: I*-" C,
p. 17 — à rejeter: V*=C, p. 2) — J'ai dit au commencement de
cette étude, que la rédaction des dépens était regardée comme
la tâche naturelle du procureur de la partie gagnante. Ses vaca-
tions pour ce genre de travail sont presque toujours admises
(admises: PC, p. 30, 31, 34 — rejetées : P C, — 'iP C, p. 15).
Il est même à remarquer que la partie est mal venue à parler de
ses démarches à ordener despens, «... pour ce, dit le fragment
29 de la VP classe, ne convenoit ja qu'il y fust en personne »
(anno 1349). 11 faut en dire autant de la prétention formulée, au
nom de la partie, de dédommagements dus pour avoir attendu à
l'audience : « ... s'il attendi la ditte ordenance, respondent que
» rien n'en doivent, quar il avoit son procureur pour la attendre
» à l'audience » (VP C, p. 28, anno 1349?). Toutefois il résulte
de plusieurs textes, que je citerai plus loin à propos des clercs,
que ces praticiens d'ordre inférieur faisaient concurrence aux
procureurs, ou étaient employés par eux, dans la confection de
l'état de frais. 11 arrivait encore que le procureur fit de cette
nature de vacations l'objet d'articles distincts, contenant deux
demandes, l'une pour avoir ordonyiè, l'autre pour avoir écrit
l'acte. Dans ce cas le taxateur n'admettait qu'un des articles, ou
les réduisait en statuant sur le tout en bloc.
En passant par les mains du procureur, le coût des actes, tirés
par lui des chancelleries ou des greffes, pouvait devenir la source
de bénéfices illicites. C'était aussi un des points sur lesquels la
diminution attirait l'attention du taxateur. « ... A ce que il
» demande pour le dit arrest escripre, un escu : dient que riens
» n'en est accoustumé de compter, et ainsi en riens ne li en soit
249
» tauxé... » (YP C, p. 20, anno 1347?); — et que le taxateur
prenait certainement en considération : «... pour une procuration
» à plaidier en parlement xx sols parisis. (Taxe) : Habeat viii
solidos » (IIeclasse,p. 5, anno 1343?); — « ... pour le mémorial,
» VIII deniers. (Taxe) : Habeat iv denarios » (P, C, p. 15, anno
» 1344); — « pour l'escripture de la procuracion xl sols.
» (Taxe) : Habeat xx solidos » (PC, p. 10, anno 1342); —
« pour la relacion du sergent vsols. (Taxe) : Habeat ii solidos »
(P C, p. 9, anno 1341) ; — « pour la procuracion du dit parle-
» ment v sols. (Taxe) : Habeat xii denarios » (P C. p. 19,
anno 1346).
§ 3. — Des plaideurs.
Les divers moyens de diminution, que je viens de passer en
revue, portent sur les émoluments des procureurs et les dé-
boursés de procédure. 11 y en avait tout une autre série, et de
beaucoup la plus importante, qui était dirigée contre les dépens
de la partie. J'ai indiqué sommairement au chapitre H la forme
et l'aspect général sous lequel elle se présentait. Le moment
est venu d'entrer plus avant dans ce sujet et d'en exposer le
détail.
La diminution, il ne faut pas l'oublier, était, comme l'état de
frais, l'œuvre du procureur. EUe consistait en deux ordres
d'idées, selon qu'elle tendait à un rejet pur et simple des articles
ou à leur réduction. La plupart des fins de non recevoir repo-
saient sur des contestations de faits, sur des affirmations contre-
disant la réalité des opérations énoncées dans la demande. Les
autres avaient pour fondement des circonstances particulières,
telles que l'absence de preuves ou de mention : « ... doceat, si
» comme raison veult » (V^ C, p. 2, anno 1343); — « ... qu'il
» en face foy » (Ibid.); l'inutilité de l'acte, la violation des
usages : «... mi'ïYz solverunt vu libras ii solidos tur. (Taxe) :
Nicliil y (IP C, p. 2, anno 1342?); l'inobligation du paiement
effectué : « ... Nicliil, car il n'est pas acoustumé » (V*" C, p. 2,
anno 1343). Les allégations tendant à la réduction se tiraient,
de l'exagération du prix : « ... ceste raison est frivole, ne n'a
>■> esté tant payé » (V^ C, p. 3, anno 1348), ou du double compte :
« Nichil, car dessus est compté » Y" C. p. 2, anno 1343); les
articles avaient déjà été présentés ailleurs ou sous une autre
n
250
forme, ils demandaient en bloc ce qui avait été porté en détail et
réciproquement, etc.
En ce qui touche les dépens propres aux parties, les critiques
de la diminution se concentraient sur la réalité, sur l'oppor-
tunité, sur l'objet de leurs voyages et de leurs séjours, sur l'ap-
préciation du montant des dépenses qu'avaient nécessitées ces
déplacements.
Ces critiques se confondaient d'ailleurs souvent dans le même
article ; elles venaient s'y doubler, s'y fortifier l'une l'autre.
Rarement on se contente de nier le voyage, on ajoute qu'il était
inutile, que partant, les frais en sont imputables au demandeur.
Il faut en outre appliquer aux frais de voyage, de séjour des va-
lets employés par les parties, les observations qui s'adressent
aux dépens de même nature qu'elles réclamaient pour elles-
mêmes : « ... ad hoc quod dicit quod a dicta die fuit Parisius...
» Respondit quod hoc fuit voluntarium quia venit, nara sufficiebat
» procurator ^> (V*" G, p. 1, anno 1337). — « ... Respond que
» riens n'en doit estre tauxé. Car il n'estoit mie nécessité qu'il
» y fust... » (V C, p. 4, anno 1349). — «... Il n'est mie né-
» cessité que il venist quérir ledit arrest ; car il eust assés trouvé
» message de jour en jour pour envoyer, et ne deveroit estre
» tauxé que xii ou xvi deniers par jour, tout comme l'en tauxe-
» roit à un vallet, se il l'eust envoyé de son pais quérir le dit
» arrest » (V C, p. 11, anno 1346?). — «... Il n'estoit pas
» besoing qu'il y fust en personne » (VF C, p. 36, anno 1352?).
— « Il n'estoit mie nécessité que l'en y envoyast vallet » (VP
» C, p. 11, anno 1346?). — « ...Si ne devez taxer que pour un
» vallet, lequel ne despendi que xii deniers par jour, en venant
* à Paris et retournant au pais » (V*" C, p. 2, anno 1343). —
« ... Pro expensis dicte que venit apud Nemausum... et sic fue-
» runt in uni verso xx dies, et expendit diebus singulis xl soli-
» dos turon. valent : xl libras tur. (taxe) : Nichil, quia apparet
» per processum quod morabatur in Nemauso » (IPC, p. 3, art.
33, anno 1367). — « ... Puis qu'il confesse qu'il avoit procu-
» reur, ... pour niant y venoit-il... » (VP C, p. 36, anno
1352?). — « ... Ne estoit pas nécessité qu'il fust en icelle assise
» mesmement. Qnar la cause ne estoit pas criminele » (VF C,
p. 7, anno 1344?). — « ...Ne vinst point à Paris, et s'il y vinst,
» si n'estoit point nécessité » (VP C, p. 38, anno 1360?). —
« ... Il n'y vinst onques, ne nécessité n'estoit, car il souffîsoit
254
» (lu procureur » (Ibid.). — « ... Semble bien que il venoit
» voluntairement et sans nécessité... » (YP G, p. 38, anno
1360?).
Sans nier le fait du voyage ou son opportunité, la diminution
pouvait en attaquer l'organisation et le train. Elle en critiquait
le coût, soit que les distances fussent minimes et ne donnassent
guères lieu à des frais accessoires, soit qne l'équipage parût peu
en rapport avec l'état de la partie : «... Il estoit si près de sa
» maison que il ne lui en convenoit ja mettre hors denier de sa
» bourse... » (VF G, p. 36, anno 1352?). — «... Vint à mi-
» prime, et s'en ot pot retourner de haute heure ; car les jours
» estoient bien alongiez et estoit la my-Mars » (VF G, p. 38,
» anno 1360?). — « ... Où il demande xxxii sols pour le louier
» du cheval, respond qu'il ne convenoit mie louer cheval,
» car il en a assez sans louer... » (Ibid.). — « :.. Il ne
» convenoit point que il y venist, et par conséquent que le
» cheval fust remené. Et aveques ce, supposé qu'il eust renvoyé
» le cheval, si fu ce par une personne qui le mena et hut grant
» joie de le mener pour en avoir le départ et l'aisement » (Ibid.).
— «... Si ne convenoit il pas que le dit abbé y fust alez à si
» grant compaignie de gens comme il dit... » (Vie G, p. 6, anno
1344). — «... Et ne convenoit mie si griève compaignie... (VP
G, p. 38, anno 1360). — « ... Pour luy, pour son cheval et
» pour son vallet x sols, valent vi livres (taxe) : Habeat xxxvi
>' sohdos » (P G, p. 22, anno 1348).
Une troisième classe d'arguments consistait à dire que le
voyage de la partie avait eu un autre objet que celui de soutenir
le procès, ou avait servi en même temps à la poursuite d'opéra-
tions étrangères à la cause : « ... il y alla pour esbattre et veoir
» ses autres besoignes qu'il avoit à faire au pais, mesmement
» pour une canoisie que li roys nostre sire lui devoit avoir donné,
» ce doit estre à son coust... » (V" G, p. 3, anno 1348); —
v< ... le dit avoit autres causes en parlement que ceste ; si ne
^> seroit tenuz (le perdant) que pour la porcion afférant à ceste
» cause tant seulement » (V G, p. 4, anno 1349); — « ... li-
» quelz estoit venus à Paris pour plusieurs autres besoingnes »
(VP G, p. 7, anno 1345?) ; — «... si n'y vint il pour ceUe
» cause, mais vint au lendit qui lors séoit pour marchander, ou
» autre besoigne faire... » (VP G, p. 11, anno 1346?); —
« ... doit estre rabatu la moitié, pour ce qu'il y vint pour autre
2H-2
» chose, c'est assavoir pour faire un paiement à certaines gens »
(Vie c, p. 12, anno 1346?); — « ... s'il y vinst, en vérité si fu
» ce pour trouver remède de sa veue (ses yeux) » (VF G, p. 38,
anno 1360?).
Les dépenses de séjour étaient contestées dans leur principe
même, pour des raisons de droit : « ... à ce qu'il demande c et i
» livres pour ses despens de demourer à Paris jusques à la fin
» du Parlement, Nicliil ; car^ puisque la cause estoit en arrest,
» il n'y avoit que demourer... » (V^ C, p. 2, anno 1343) ; pour
des raisons de fait, quand, par exemple, la partie descendait
notoirement chez un hôte, parent ou ami, qui, à ce titre, l'hé-
hergeait sans frais : « ... dient qu'il ne puet riens demander ;
» quar il demouroit avec son cousin, où il ne despendit riens »
(Vie C, p. 12, anno 1346 ?j. — «... Respont que riens n'en de-
» vez tauxer, pour ce que il est touzjours chiez monseigneur
» son père, monseigneur Symon de Bucy » (VI" C, p. 22, anno
1348?) ; — et dans leur estimation, lorsqu'elles s'appliquaient au
coût de la vie : « ... es articles esquelz est faicte mencion des
» despens de bouche, et despendi chascun jour c sols, dient que
» en vérité n'est A'raisemblable que il despendi c sols par jour
» avec un varllet sanz cheval, combien que il soit large despen-
» deur » (VI« C, p. 19, anno 1347?/ — « Si ne beust ne ne
» mauga ledit Guillaume entre les deux villes... » (VP C, p.
38, anno 1350?). — « Fuit Parisius per clxxv dies, et expendit
» computando per diem, pro qualibet persona, que sunt pro uni-
» verso XIII persone, ii solidns tur. et pro quolibet animalium
» II solid. turon. facientes in universo m c xxix libras vni soli-
» dos VI denarios tur. Eadem fuit Parisius, se nona inter scuti-
>•> feros et domicellas, et cum tribus equis per ii c xii dies, in
» quibus expendit prout supra, facientes in universo : m c iiii^x
» libras et xxxn solidos turon. (Taxe) : Habeat pro toto quod
» moravit Parisius i^i c libras turon. » (P G, p. 2, anno 1337).
— «... Ne venoit ledit Regnaud que sur un de ses chevaux de
» sa charrue, tout seul, sans vallet, et ne bevoit ne mangoit que
» une fois, hors de sa maison, et ne despendoit, lui et son che-
» val, que mi solz ou v » (VP G, p. 9, anno 1356?). — « ...
» Et revinst boire et manger à sa maison » (Ibid.).
Qu'il s'agît de frais de voyage ou de frais de séjour, la condi-
tion des personnes entrait pour une part importante dans la dis-
cussion des dépens qui pouvaient leur être légitimement alloués.
253
« ... Ne demoura que un jour, li et son cheval tant seulement,
» si dependi v sols tournois, et pour tant povoit passer un
» homme et son cheval de son estât, lors, une journée au pais
» de par delà » (VI'^ C, p. S, anno 1345?); — « ... respond que
» ne doit avoir que pour un cheval et un vallet, que son estât ne
» requiert mie plus » (VP C, p. 12, anno 1346?); — «... là où
-> il demande pour ses journées et pour ses destourbes, xn livres,
» etc.; dient que, considéré l'état et la personne du dit, doit
» soufRre xl sols » (VI« C, p. 32, anno 1350?). — Enfin, dans
une assez curieuse espèce, où un plaideur réclame deux mille
livres de dommages intérêts pour avoir subi une détention ^ de
quatre années (« et ainsy fn démenez en fers, sans ce qu'il peust
» oncques passer sur ses pies, ne veoir lune ne soleil, ne qu'il
» peast estre ois ne receus en raisons »), on voit le défendeur
arguer « que grant folie est de requerre pareille somme » de ce
que le dit « Jehan estoit et est pouvres homs, de petit estât »
(VrC, p. 2, anno 1343?).
H. Lot.
La suite prochainement.
I. Il résulte au reste de l'extrait suivant qu'une personne, emprisonnée par le
seigneur du lieu, et délivrée par les gens du roi, n'avait pas droit de ce chef à
des dommages intérêts : « ...et oultre, se un haut justicier prent aucune per-
» sonne en sa haute justice, et puis après, est délivrés par commissaire des
)) gens du Roi, pour ce ne s'en suit il pas que ledit seigneur doie rendre les
» despens au prisonnier » (VI" C. p. 6, anno I3i4?).
ESSAI
SCll LE
CÂRTULÂIRE DE L'ABBAYE DE SAINTE-FOI
DE CONQUES EN ROUERGUE
(IX«-XIP SIÈCLES).
Dans les montagnes du Rouergue, non loin de Rodez, prend
sa source une rivière qu'on appelle le Dourdou et dont les eaux
rougeâtres descendent vers le Lot à travers un pays tourmenté.
Après avoir baigné le pied du village de Salles-la-Source, célèbre
par ses cascades , le vallon de Marcillac où les bourgeois de
Rodez vont en villégiature, à la saison des vendanges, et la
plaine de Saint-Cyprien , unie comme le bassin d'un étang et
fertile en melons; elle s'engage tout à coup, rapide et bruyante,
dans des gorges étroites d'un aspect sinistre ; c'est à grand'-
peine qu'un chemin suffisant pour une voiture a été dérobé à son
lit. A une lieue de là, le mur de rochers s'entr'ouvre à droite pour
livrer passage à un torrent ; ses parois écartées forment un
immense trou ressemblant assez à une conque. Dans cet espace,
est suspendue à mi-côte une petite plate-forme. On y grimpe
par une pente presque verticale sur laquelle se hissent les mai-
sons d'un village, et on arrive en face d'un grand portail sculpté,
dans le tympan duquel un bas-relief déploie les terreurs du juge-
ment dernier. C'est l'église abbatiale de Sainte-Foi de Conques,
bâtie par des bénédictins dont le couvent a été démoli depuis la
Révolution. Une nef courte précède un large transept et une
abside de vastes proportions que l'obscurité grandit encore ^ . On
1. Mérimée a décrit cette église dans les Notes d'un voyage dans le midi et
dans l'orient de la France. Paris, 1835, 2 vol. in-8°.
235
ne s'attend pas à trouver un pareil monument dans ce pays
presque sauvage; et lorsque, dans l'ombre des armoires du chœur,
on voit étinceler des reliquaires, des crucifix, des têtes et des
bras de saints, des bas-reliefs, des tryptiques en argent et en or,
couverts de pierreries parmi lesquelles on ne compte pas moins
de 63 camées et intailles antiques, on se demande si ce n'est pas
un rêve qu'on fait tout éveillée Avec une grande croix d'argent
du XV'' siècle, ornée de 21 figurines dorées d'un travail exquis,
haute de 1 mètre 40 centimètres et large de 80 centimètres, ce
qui frappe davantage, c'est une statue de sainte Foi, vierge et
martyre, couronne en tête, assise sur un trône, dans l'attitude
qu'on donne aux reines sur les sceaux de majesté. Elle est en
eifet la reine de ce Heu, et elle a eu au loin des tributaires qui
sont venus lui rendre hommage de presque toutes les provinces
de France, de l'Espagne, de la Suisse, de l'Italie, de l'Allemagne
et même de l'Angleterre.
Les miracles opérés par la vertu de ses reUques ont été racon-
tés dans un livre édité par le P. Labbe ~ et le P. Ghesquier ^. Il
en est parmi eux qui ont scandalisé les auteurs de Y Histoire lit-
téraiï'e '^. Quelques-uns en effet manquent de cette gravité qui
fut de mode au grand siècle ; d'autres font penser aux légendes
naïves des Fioretti. La vieille comtesse Berthe les appelait, au
XI'' siècle, « les plaisanteries de sainte Foi, » joca sanctœ Fidis.
Mabillon a parlé de l'origine de l'abbaye de Conques dans les
Annales de l'ordre de saint Benoit ■\ Les BoUandistes ont traité
plusieurs points de son histoire dans l'article consacré à sainte
Foi ^, et les auteurs du G allia christiana ont rédigé une notice
détaillée des abbés ^. Tous ces travaux, très-importants, con-
tiennent cependant un assez grand nombre d'inexactitudes. On
n'en sera pas étonné, si l'on considère que ces illustres érudits
1. M. Darcel a publié les dessins des principales pièces de ce trésor, avec un
commentaire qui prouve une grande sagacité, dans les Annales archéologiques
de Didron, t. 16, 20 et 21. 11 a oublié ou négligé quatre camées ou intailles,
t. 20, p. 327.
2. Vovc bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 531.
3. Ada Sanctorum. Octob. t. III, p. 300.
4. T. VII.
5. T. II.
6. Ociob., t. III, p. 263.
7. T. I.
256
n'ont pu consulter que les documents peu complets, recueillis par
le conseiller Doat et déposés d'abord chez Colbert et depuis à la
bibliothèque du roi ' .
J'ai eu le bonheur de trouver, aux archives de la Société des
lettres, sciences et arts de l'Aveyron, le cartulaire de l'abbaye
dans lequel sont copiées 548 chartes , parfaitement sincères,
comprises entre les années 801 et 1180, sans compter 8 pièces
transcrites après coup dans les marges et dans les intervalles, et
12 autres sur les gardes. Ces documents fournissent des indica-
tions certaines sur l'histoire de l'abbaye, et aussi des matériaux
précieux pour l'étude de la géographie, des institutions, des
mœurs, de la condition des personnes et des propriétés du ix*^ au
xii° siècle. Je me propose d'en extraire brièvement les faits les
plus saillants et les moins connus. Mais d'abord il convient de
dire quelques mots de l'âge et de l'état du cartulaire.
Pour l'œil, ce manuscrit, de format in-8°, contenant 267
feuillets en vélin, se divise en trois parties. La première com-
prend 17 cahiers, de 8 feuilles chacun-. Les pages, réglées et
encadrées de traits à la pointe, ont 22 hgnes. L'écriture, qui
paraît des premières années du xii" siècle, est fort belle; les
mots sont bien espacés, les lettres initiales coloriées d'un ver-
millon très-vif. Les plus récentes des pièces nomment l'abbé
Begon, mort avant 1110. — Les 13 cahiers suivants, aussi de
8 feuilles chacun ^ (f^^ cxxxvii à ccxxxvii), sont d'une écriture
plus serrée, bonne encore, avec 28 lignes à la page. Le rouge
des initiales est moins fin. La main est certainement aussi de la
première moitié du xif siècle. Les actes copiés ne descendent pas
plus bas que l'époque où vivait Etienne, prédécesseur immédiat
de Begon. — Le reste du manuscrit '^ présente les écritures et les
encres les plus diverses, antérieures cependant au xiii« siècle.
Jusqu'au feuillet ccli, on ne rencontre pas un document qui soit
postérieur à 1110. Dans les pages qui terminent le volume, se
trouvent des pièces avec le nom d'Isarn, abbé vers 1170. C'est
1. Vol. 143 et 144 de la Collection Doat.
î. A l'exception du 5° qui n'en a que sept.
3. A l'exception du 13% le 30<^ de tout le maauscril, qui a seulement sept
feuillets.
4. 11 forme quatre cahiers ayant, les deux premiers huit, le troisième six, et
le dernier sept feuillets.
257
à cette époque que le cartulaire a été clos ; pour y faire entrer
un acte de 1183, on a été obligé de récrire dans les marges.
En résumé, il a dû être fait au commencement du xif siècle, à
l'exception des 4 derniers cahiers qui ne sont guère postérieurs
à 1170. On n'y voit pas la copie de la donation du prieuré de
Schélestadt en 1167 S qui était cependant digne d'y trouver
place. Quant à la méthode adoptée pour la transcription des
documents, le copiste semble avoir eu le projet de les ranger par
ordre de lieux. Mais le premier classement ayant sans doute été
mal exécuté, il a fallu insérer les pièces oubliées à fur et à
mesure qu'on les découvrait : de là quelque confusion qui rend
les recherches assez difficiles. Les bulles des papes, à l'exception
d'un acte d'Honorius III, copié en marge du feuillet xxiv, et les
diplômes des souverains de la France, octroyés à l'abbaye, n'ont
pas été transcrits dans le cartulaire. Sa reliure date duxvf siècle,
car quelques notes écrites vers 1550 sur le bord du feuillet
cxiii v" ont été rognées. Une main de cette époque a donné au
manuscrit ce titre prétentieux : Liber Mirabilis ~.
I.
HISTOIRE DE L'ABBAYE DE CONQUES.
1° Origine de l'abbaye. — Procès avec le monastère
DE FiGEAC.
Fondation de Conques. — Au temps de Charlemagne ,
Dadon, voulant se livrer à la vie contemplative, alla chercher
la solitude dans l'âpre désert de Conques. Là, pendant l'invasion
des Sarrasins qui dévastèrent le Rouergue, quelques chrétiens
réfugiés avaient élevé un petit oratoire. Dadon s'y bâtit un
ermitage où il reçut un compagnon nommé Madraldus.
La sainteté des deux ermites fut bientôt en renom dans le voi-
sinage et un certain nombre de prosélytes se mit sous leur
direction. Guibert, comte de Rouergue, leur fit don du territoire
qui appartenait au fisc, et ils construisirent un monastère et une
église sous l'invocation du Saint-Sauveur.
1. Doat. 143.
2. Les chartes onl été numérotées au xvn° siècle d'une manière très-fautive.
258
Mais Dadoii, pour qui la solitude avait plus d'attrait que la vie
commune, se retira à Grandvabre, laissant à Madraldus le gou-
vernement de la congrégation. Dans le même temps, saint Benoit
d'Aniane restaurait en Aquitaine la règle bénédictine. Louis le
Débonnaire, qui prit sous sa protection le nouveau couvent, le
visita plusieurs fois et l'enrichit de ses bienfaits, invita les céno-
bites à la suivre et leur envoya des bénédictins capables de
joindre l'exemple à la leçon ^ Une charte constate qu'elle floris-
sait à Conques en 801 -.
Fondation de Figeac. — Environ vingt ans après que Louis
le Débonnaire eût doté l'abbaye, Pépin II, roi d'Aquitaine, lui
donna le monastère de Jonant, tombé en décadence et peut-être
en ruines''. Mais quand il fallut en recevoir les habitants, l'étroi-
tesse des rochers ne permit pas de construire des bâtiments suffi-
sants. La difficulté des chemins, rendait d'ailleurs l'approvision-
nement presque impossible. Alors le i"oi, sans doute à l'instigation
de l'abbé Elle, forma le projet de fonder une succursale dans un
lieu plus accessible et plus commode. Figeac fut choisi; on y
bâtit un couvent qui fut nommé la Nouvelle Conques. Les
moines de Jonant s'y réunirent à une partie de ceux de Conques,
sous l'autorité d'Elie. Cependant, l'honneur de la priorité étant
réservé à l'abbaye-mère, le roi laissa aux moines de la Nouvelle
Conques, après la mort d'Elie ou de son successeur, s'ils trou-
vaient dans leurs rangs un frère en état de les conduire selon la
règle de saint Benoît, la faculté de l'éhre abbé-*.
Procès entre les deux abbayes. — Il semble que, dans le
cours du x" siècle, ces dispositions aient été respectées. Vers
961 , le testament de Raymond V^, comte de Rouergue et marquis
de Gothie, nous montre les deux abbayes vivant en bonne intel-
ligence ; ce seigneur partage entre elles l'éghse d'Auriniac.
1. Gui. christ., p. 236, diplôme de Loiiis-le-Déboniiaire, 819. — Arch. de la
Société des lettres, sciences et arts de VAveyron. Diplôme de Pépin d'Aquitaine,
839, eu original.
2. Gaitul., fol. II.
3. Dans un lilre, faux, il est vrai, tiré des archives de Figeac et cité dans le
Gallia christiana, t. 1, p. 171, on lit que l'abbaye de Jonant avait été détruite
par une inondation.
4. Diplôme de Pépin d'Aquitaine, 839, déjà cité.
259
L'abbaye de Conques est nommée la première : inprimis dono
ad illo cœnohio de Conquas illa medietate de illo alode de
Auriniaco et de illas ecclesias et de omnibus villariis quœ
ibi aspichmt et alia medietate ad illo cœnobio de Figiaco^.
Une autre pièce prouve que, vers 972, Figeac avait un abbé
spécial, Castlo, auquel Rainulphe donne l'église de Fons en
Querci. Castlo s'empresse de faire confirmer cette donation par
le pape Benoît YI ^. Il craignait donc que quelqu'un n'en contes-
tât la propriété à son couvent. Les abbés de Conques avaient-ils
déjà élevé, à ce moment, la prétention de dominer Figeac? On peut
le supposer, car les deux maisons ne tardèrent pas à être en
guerre ouverte. Au milieu du xi*' siècle, l'abbé de Conques, Odolric,
invoque contre Figeac le secours du bras séculier. A sa demande,
Begon de Calmont réunit de force le second monastère au pre-
mier et décide que, après la mort de l'abbé existant de Figeac,
son successeur sera nommé par l'abbé de Conques, avec l'agré-
ment des seigneurs de Calmont^. Il faut remarquer que les inten-
tions du roi Pépin sont méconnues dans cet acte, au préjudice
de l'abbaye de Figeac.
Celle-ci, pour échapper au joug de sa rivale, va se mettre dans
l'obédience de l'abbaye de Cluny , gouvernée alors par saint
Hugues qui ne s'empresse pas d'accueillir cette recrue amenée
par le dépit. Mais les moines de Figeac circonviennent le père de
Begon, Hugues de Calmont, qui avait pris le froc à Cluny. Ce
seigneur triomphe des scrupules de saint Hugues. Sur ces entre-
faites, Hugues de Calmont vient à mourir, et l'abbé de Cluny
hésite de nouveau. Alors Begon, pour se conformer sans doute
aux derniers désirs de son père, changeant tout à coup de réso-
lutions, consent, en 1074, par une donation solennelle, à trans-
porter à l'abbé de Cluny les droits qu'il avait précédemment
assurés à l'abbé de Conques^.
Le successeur d'Odolric, Etienne II, présent au concile con-
voqué à Rome, en 1070, pour juger l'empereur d'Allemagne, en
appelle à Grégoire YII ^. Le pape, dans une buUe datée de l'an-
1. Doin Vaissete, Hist. du Languedoc, l. II, Preuves, p. 107.
2. P. 5i0 el Preuves, p. 103.
3. Gallia chriatiana, t. I, Instr. p. 52, XI.
4. Instr., p. 44, XXXVI el XXXVII.
5. Cartul. de Conques, f'XLVII. — ...eo tempore quo papa Greyorius VII con-
vocavit Roinae magnum sinodum episcoporum el abbatum adversum Hœnrici
260
née 1084, déclare que Figeac doit se soumettre à Conques, et
pour le bien de la paix, ordonne que d'Etienne, abbé de Conques,
ou d'Airald, abbé de Figeac, celui qui survivra réunira les deux
abbayes ' . On voit que cette décision ne tient aucun compte du
diplôme de Pépin d'Aquitaine.
Etienne, abbé de Conques, meurt le premier; mais son couvent
refuse d'obéir à un supérieur venant de Figeac, et lui donne un
autre successeur. L'affaire est portée devant le concile de Cler-
mont en 1095. Les moines de Conques y présentent la bulle de
Grégoire VII qui les condamnait eux-mêmes. A la lecture de ce
document, le concile dépose l'abbé qu'ils avaient élu et réunit les
deux monastères dans la main de l'abbé de Figeac. « Il y eut
» alors, dit le pape Urbain II, une telle discorde, que le tempo-
» rel des deux maisons fut compromis et le salut des âmes en
» péril. » L'abbé de Cluny, à qui la bulle produite par les défen-
seurs de Conques enlevait les droits qu'il tenait de la volonté des
moines de Figeac et de la donation de Begon de Calmont, pré-
tendit qu'elle avait été expédiée subrepticement et qu'elle n'était
pas conforme au prononcé du jugement de Grégoire VII auquel
il assistait. Enfin en 1097, le concile de Nîmes imposa un terme
à ces débats, en séparant les deux abbayes et en donnant à cha-
cune d'elles le droit de nommer son abbé ~.
Il est certain, d'après le texte des jugements rendus dans ce
long procès, que les moines de Conques ne produisirent jamais
que des copies tronquées du diplôme de Pépin d'Aquitaine. On le
comprend: cette pièce les eût convaincus d'usurpation flagrante.
Chronique de Figeac. — Les moines de Figeac savaient par
tradition qu'ils avaient droit à l'indépendance, mais ils ne pos-
sédaient aucuns titres qui pussent le prouver. Ils en inventèrent.
Baluze a publié une chronique de Figeac qui a dû être composée
à la fin du xf siècle ^ Elle traite de l'origine de l'abbaye et
donne un catalogue d'abbés qui s'arrête justement à Airald, mis,
régis placitum, etquo t empare Stephanus, abbas Conchensis, Figiaci monasie-
rium ob eodem papa mpetravit, assercniibus omnibus qui erantin palatio 7it,
siciit prœcepta regalia monstrabant, perpétua abbali Conchensi esset subdiium
et serviret sicul membra capitu
1. Gai. Christ., t. I, p. 241.
1. Instr., p. 44, XXXVIII.
3. Miscellanea, l. IV, p. 1. Lucœ, 1761-1764.
26i
en 1095, à la tête des deux maisons par le concile de Clermont.
D'après ce document, l'abbaye de Figeac, fondée par Pépin le
Bref, est détruite par une invasion de Barbares au commence-
ment du ix*^ siècle. Elle est reconstruite, en 822, par Aimar qui
réunit autour de lui une nouvelle communauté et la dirige 32
ans. On ne sait de quels Barbares le chroniqueur veut parler.
Les Sarrasins franchirent, il est vrai, les Pyrénées en 793, mais
ils ne s'étendirent pas au-delà de la Septimanie ' .
Aimar a pour successeurs de puissants abbés, dont plusieurs
sont, comme lui, sacrés par le Souverain-Pontife. Cependant, la
chronique ne cite pas d'acte auquel ces abbés aient pris part, pas
de donation qu'ils aient reçue. Leurs noms se suivent avec une
date vague et quelques indications banales. A l'exception d'Adal-
gerius et de Lautardus, on n'en trouve aucun dans les chartes
de Conques. Castlo, dont j'ai parlé plus haut, est le seul qui ait
été mentionné dans une pièce authentique.
La chronique insiste sur les plus petits détails des relations
entre Figeac et Conques. Ainsi Aimar, le restaurateur de l'ab-
baye, fait faire deux croix de dimensions différentes : la plus
petite pour Conques, la plus grande pour Figeac, supérieur en
dignité. Géraud, sous Charles le Simple, est offensé par les moines
de Conques et les punit en leur imposant pour prieur un jardi-
nier du couvent de Figeac. Adalgerius, après s'être emparé à
prix d'argent de Conques, achète également Figeac et se casse la
jambe en visitant ses nouveaux domaines. Le chroniqueur va
même jusqu'à insinuer que les moines de Conques ont bien pu
empoisonner l'abbé Lautard qui meurt chez eux.
Mais il ne sait rien des faits contraires aux prétentions soute-
nues par son abbaye, et il oublie un événement contemporain
assez important cependant : la réunion de Figeac à Conques par
Begon de Calmont.
A proprement parler, ce document est donc plutôt un factum
qu'une chronique. Il a été rédigé au cours du procès, porté devant
les papes et les conciles, et pour les besoins delà cause.
Chronique de Conques. — De leur côté , les moines de
Conques avaient aussi composé une chronique qui est imprimée
dans le Thésaurus Anedectorum de dom Martène^ L'auteur,
1. Hist. du Languedoc, t. I, p. 452. — 2. T. III.
202
anonyme, s'nppuio sur des documents dont nous pouvons encore
aujourd'liui vèritier rautlienticité. A l'exception de trois ou
quatre, les noms des abbés dont il présente la courte notice s'y
retrouvent, à peu près à la date qu'il leur assigne. Le Gallia
christiana corrige avec raison quelques interversions dans
l'ordre de succession de ces dignitaires.
Le chroniqueur met aussi en relief les faits qui se rapportent
à Figeac. Il note d'aboi-d sa fondation sous Pépin d'Aquitaine,
puis il énumère des confirmations par Charles le Chauve et
Charles le Simple des droits de Conques sur cette abbaye qui, si
elles ont jamais existé, ont disparu. Comme l'historien de Figeac,
il accuse de simonie Adalgerius. Il raconte ensuite qu'un neveu
de Lautard usurpa Figeac et que, condamné par l'autorité apos-
tolique, il se soumit à cette sentence; et vint faire pénitence à
Conques. Suivant lui, l'abbé Etienne II aurait fait à Figeac
beaucoup de bien et l'aurait remis en possession d'un grand
nombre de domaines enlevés. Mais il ne dit mot de la déposition
de son successeur par le concile de Clermont, Il s'arrête à
Begon III, contemporain d'Airald, dernier abbé nommé dans la
chronique de Figeac.
Ce document, qui se termine à la même date que cette der-
nière, et dans la rédaction duquel on relève des préoccupations •
analogues, avec moins d'animosité cependant, a été évidemment
rédigé à la même époque et dans le même but.
En tête de cette chronique, on ht dans la collection manuscrite
de Doat ^ un préambule qui traite des origines de l'abbaye de
Conques. M. de Gaujal Ta publié dans les Etudes historiques
sur le Rouer gue ^. D'après ce texte, le monastère existait bien
avant le patriarche des moines d'Occident. Les vertus de la
Thébaïde y florissaient du vivant même de saint Paul, premier
ermite, et de saint Antoine. Déjà en 371, les païens ymassa-
crent un millier de solitaires et un archimandrite. Un second
couvent, rebâti aussitôt, est détruit par les Francs qui ravagent
l'Aquitaine sous la conduite de Théodebert « en 564 ^, » Ces bar-
bares y tuent encore une quantité innombrable de moines. Un
1. Vol. 143.
2. 2"^ édil., t. IV, p. 391.
3. Il faudrait au moins : 574. — Hht. du Languedoc, t. I, p. 452.
263
troisième sort de cette terre féconde ; il est l'objet des faveurs
toutes spéciales des rois et surtout de Clovis qui le visite et le
fortifie; mais en 730, les Sarrasins n'y laissent ni une pierre
debout ni un habitant vivant. L'auteur a soin de remarquer qu'ils
brûlèrent les archives ; il est ainsi dispensé de fournir la preuve
de son récit. Pépin le Bref rétablit le couvent, y appelle Dadon
et ce désert est encore une fois repeuplé. La quatrième abbaye
devient même si considérable que Charlemagne, voulant marquer
qu'elle est le premier de tous les monastères royaux, lui envoie
un reliquaire en forme d'A, première lettre de l'alphabet. On a
lu plus haut l'analyse des diplômes de Louis le Débonnaire et de
Pépin d'Aquitaine qui donnent sur la vraie fondation les détails
les plus circonstanciés. Ils me dispenseront de réfuter ces inven-
tions, forgées seulement au xvi*^ siècle.
Le style de ce morceau, bien différent du latin incorrect de la
chronique, a les mêmes allures qu'un récit de la translation des
reliques de sainte Foi que je discuterai tout à l'heure, et qui est,
à n'en pas douter, contemporain de la Renaissance. A cette
époque, les moines soutinrent en cour de Rome un procès, dont
le résultat fut la suppression de l'abbaye. Une partie du dossier
de cette affaire est conservée aux archives départementales de
l'Aveyron, fonds de l'évêché de Rodez. Le préambule qui vient
d'être analysé a dû être rédigé à l'occasion de ce débat. Au
xf siècle, on se contentait à Conques de dire vaguement que
« Pépin, Charles et Louis » avaient comblé l'abbaye de leurs
dons S et de supposer que Dadon avait été non le fondateur, mais
le restaurateur de l'abbaye.
M. Darcel croit que l'A de Charlemagne est un alpha, jadis
pendu au bras d'un crucifix. S'il n'avait pas lu dans la chronique
de Figeac qu'Aima r, soi-disant abbé de Conques et de Figeac en
816, avait fait présent d'une croix à chacun de ces monastères, il
n'hésiterait pas, d'après le caractère de l'orfèverie, à dater ce
bijou du xif siècle'. Or nous savons maintenant que la plus
1. Arch. de VAveijron. Evêché de Rodez, bulle d'Urbain II, 1099.
1. Ami. arch., t. 20, p. 264. — Voyez ce qu'a dit de l'A de Charlemagne
M. de Lasteyrie, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France,
3" série, t. VIII. p. 61 et suiv. Il ne faut pas perdre de vue qu'au xii' siècle le
trésor de Saint-Julien de Brioude renfermait un C qui devait avoir quelque ana-
logie avec l'A de Conques : M. Paul Le Blanc, de Brioude, possède l'original
dune sentence d'excommunication lancée au xu° siècle contre un malfaiteur
264
grande partie do la chronique de Figeac et le préambule de celle
de Conques ont tout juste la valeur d'un roman.
Jugement du procès par les érudits de la Congrégation
de Saint-Maur. — La cause des deux monastères est évoquée
de nouveau au xviii'' siècle, cette fois, devant le tribunal de l'his-
toire. Mabillon se prononce d'abord avec une grande sûreté
de critique. Sans aller au fond du débat, il juge sommairement
la chronique de Figeac et déclare que la fondation de cette abbaye
doit être attribuée à Pépin d'Aquitaine et non à Pépin le Bref'.
Pour Conques, il entre dans plus de détails et démontre, par une
citation du diplôme de Louis le Débonnaire, que ce monastère
devait son origine à Dadon ~.
Après qu'il a ainsi tranché cette double question, ce n'est pas
sans étonnement qu'on le voit ensuite infirmer son premier juge-
ment^. Le chapitre, qui avait succédé à l'abbaye de Figeac,
n'avait pas abandonné les prétentions de sa devancière et s'était
empressé d'envoyer au savant bénédictin des documents, accom-
pagnés sans doute des plus vives sollicitations. Mabillon, non
sans embarras, dit qu'il a entre les mains une copie, écrite au
xf siècle à la vérité, d'un diplôme de Pépin le Bref, fixant à 752
la fondation de Figeac. Comme ce diplôme fait mention de la
donation à cette abbaye du '< couvent des ermites de Conques, »
le voilà obligé, pour accorder des documents contradictoires, de
revenir sur son excellente dissertation et d'expliquer, en dépit du
« qui furatus est auream litteram Beali Juliani videlicet G. » L'exislenre de
leUres semblables dans différentes églises est attestée par plusieurs chroniqueurs
du moyen-âge, tels que Philippe Mousket, vers 3686, dont le passage a été
rapporté par M. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemogne, p. 356. Aux
auteurs que M. Paris indique comme ayant attribué à Charlemagne l'origine de
ces lettres, il faut ajouter Bernard Gui, lequel s'exprime ainsi dans ses Fleurs
des chroniques : « Deinde ad numerum elementorum alfabeli WIIII"' cenobia
fundavit, eî in unoquoque per ordineni litteram unam ex auro fabricatam reli-
quit, ad tempus fundacionis unius cujusque monastcrii dinoscendum, que litière
adhuf in picrisque monasteriis conservantur, quorum nomina sunt hec... »
Bernard Gui n'a pas dressé la liste des monastères qu'il se proposait d'insérer
à la suite de cette phrase; voyez à la Bibl. Nal. le ms. latin 1171 des nouvelles
acquisitions, fol. 44 v, et le ms. latin 4976 A, fol. 53.
1. Annal, ordiii. S. Bened.. t. I, p. 358.
2. T. II, p. 401.
3. T. II. p. 402.
265
texte formel, que les premiers fondateurs de ce dernier furent,
avant Dadon, les chrétiens qui avaient cherché dans ce lieu reculé
un abri contre la fureur des Sarrasins. Ne croyez pas cependant
qu'il regarde comme parfaitement sincère l'acte de Pépin le
Bref. Il reconnaît qu'il contient des interpolations manifestes ;
mais il lui paraît devoir faire autorité sur le point de l'établisse-
ment de Figeac. Singulier raisonnement ! Ne fallait-il pas con-
clure, au contraire, que le reste du document étant altéré, le
passage relatif à la fondation, objet du litige, devait être consi-
déré au moins comme suspect? Remarquez d'ailleurs la date de
la copie : elle est du xi^ siècle, c'est-à-dire qu'elle a été faite à
l'époque du procès entre les deux abbayes, autre motif grave
d'être en défiance.
Mabillon est d'autant moins excusable de s'être laissé prendre
à ces inventions qu'il publie, dans le même volume ^ un docu-
ment dont il résulte clairement que Figeac n'existait pas encore
au commencement du ix° siècle. Dans l'état des charges des
monastères de France, dressé en 817, Conques est désigné parmi
ceux qui ne devaient ni impôt ni service militaire, mais seulement
des prières. On 3^ lit en même temps les noms des abbayes
d'Aniane, de saint Gilles, de Psalmodi, de Moissac, de Saint-
Antonin, etc. Figeac n'est pas mentionné. Il est vrai que la
chronique a imaginé fort à propos des barbares pour le renverser
de fond en comble avant 822. Mabillon pourtant n'a pas été
jusqu'à croire à cette invasion qui, épargnant tous les couvents
voisins, se serait attaquée au seul Figeac.
Les auteurs du GalUa christiana , malgré l'autorité de
Mabillon, répugnent à admettre les documents de Figeac. Mais
ils n'ont pas le courage de les réfuter ouvertement, ils se con-
tentent, en puisant dans les mémoires qu'on leur a adressés, de se
laver les mains des inexactitudes qu'ils renferment. « Je ne dis
» pas, » écrit le rédacteur de la notice de l'abbaye de Figeac, « ce
» que je pense, mais j'expose de bonne foi ce que je lis dans les
» titres de ce monastère ~ ; » et plus loin : « tous les documents
» produits par Figeac ne me semblent pas exempts d'altéra-
» tions^. » Il relève les difficultés que présente la chronique et
1. T. II, p. 436.
2. T. I, p. 171.
3. T. I, Insir., p. 43.
266
lui oppose les pièces venant de Conques avec une préférence peu
dissimulée pour elles. Mais cela ne l'empêche pas d'insérer,
parmi les preuves , deux bulles qui déshonorent le premier
volume du G allia chrisiiana ^ .
L'une, mise sous le nom d'Etienne II, expose le voyage fait
par ce pape pour consacrer l'édifice bâti par les ordres de Pépin
le Bref, la confirmation de l'union à Figeac du monastère de
Gaillac et de l'ermitage de Conques, et les étonnants privilèges
accordés à la nouvelle abbaye. Certainement Etienne n'a pas
béni, en 755, une maison qui date seulement de 839, et son pou-
voir n'a pas été jusqu'à lui adjoindre des couvents qu'on ne son-
geait pas encore à fonder. Il suffit d'ailleurs de lire le texte de
cet acte, pour être convaincu de sa fausseté.
L'autre bulle, attribuée à Pascal pr, est tout à fait divertis-
sante. Elle a pour objet la reconstruction de l'abbaye après l'in-
vasion des barbares dont j'ai déjà parlé. Tous ses habitants ont
été massacrés ; seul, un clerc, élevé dans la maison, a survécu.
Il est fait abbé par le pape, qui l'envoie pour relever le monas-
tère ruiné. Plus soucieux de leur trésor et de leurs archives que
de leur propre existence, les moines les avaient mis en sûreté
dans le château de Capdenac qui leur appartenait. Le pape invite
Guillaume et Girbert, « chevaliers, seigneurs de ce lieu, » à
réintégrer l'abbaye dans toutes ses possessions Est-il besoin
de pousser plus loin cette analyse? Le faussaire du xi"^ siècle
ignorait que la France du ix® ne ressemblait pas à celle qu'il
avait sous les yeux ; qu'il n'y avait pas encore de chevaliers en
822 ; que Capdenac était le siège d'une vicairie au temps des
Carlovingiens, et que le règne de la féodalité n'était pas encore
venu.
Dom Vaissète, dans Y Histoire du Languedoc, publiée en
1761, ne s'en est pas laissé imposer par les défenseurs de l'anti-
quité de Figeac. Sans avoir égard aux tergiversations de Mabil-
lon ni à la faiblesse des auteurs du Gallia christiana, il établit
nettement que le diplôme de Pépin le Bref est controuvé, et que
la fondation de Figeac date seulement de Pépin d'Aquitaine ''.
L'abbaye de Conques, transformée depuis le xvi"' siècle en
1. T. I, Instr., |). 43, XXXIV et XXXV. — 2. T. I, Notes, p. 740.
267
chapitre séculier, pouvait faire rentrer dans le néant les préten-
tions de Figeac à cette haute antiquité, en exhibant le diplôme
de ce dernier roi. Mais il est à remarquer que ce document a été
laissé dans l'ombre, au xviif comme au xi" siècle, par ceux qui
le détenaient. Le chapitre n'a sans doute pas voulu, en le pro-
duisant au grand jour de l'histoire , infliger un démenti aux
moines, ses prédécesseurs. Bosc, ci-devant chanoine de Conques,
l'a édité dans les Mémoires 2^our servir à Vhistoire du
Rouer gue^, avec des erreurs de lecture et quelques lacunes.
L'original, dont rauthenticité est inattaquable, est conservé aux
archives de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron.
2° PÈLERINAGE DE SaINTE-FoI DE CONQUES.
Translation des reliques de sainte Foi d'Agen à Conques. —
A la fin du ix*" siècle, l'abbaye possédait un petit nombre d'églises
et de domaines autour d'elle, dans les paj's de Rouergue, de
Quercy et d'Auvergne, sur les confins desquels elle estbâtie^. Elle
aurait sans doute végété dans une obscure médiocrité, si un évé-
nement inattendu ne lui avait donné une notoriété extraordi-
naire. Je veux parler de la translation des reliques de sainte Foi
d'Agen.
En 858, un moine du monastère de Saint-Germain-des-Prés,
primitivement dédié à saint Vincent de Sarragosse, Usuard,
l'auteur du martyrologe, entreprit d'aller chercher à Valence le
corps du patron de sa maison. Trompé par des renseignements
inexacts, il ne dépassa pas Cordoue et se borna à rapporter des
reliques de chrétiens martyrisés pendant la persécution d'Abdé-
rame^. A ce moment, les restes de saint Vincent se trouvaient
en la possession de Senieur, évêque de Sarragosse, qui ne savait
pas quel trésor était tombé entre ses mains. Un moine de Conques,
Audaldus, sur les indications d'un espagnol nommé Berta, les
avait, en 855, enlevés de Valence. Comme il passait à Sarragosse,
une femme chez qui il était logé, le voyant, pendant la nuit,
psalmodier avec des cierges allumés, le dénonça à l'évêque qui le
1. T. III, p. 153.
2. Cartulaire de Conques.
3. Hist. du Long., t. I, p. 557.
268
fit saisir avec les reliques. Audaldus, mis à la torture, refusa
de dire do quel saint elles étaient. Après l'avoir retenu quelque
temps prisonnier, on le laissa partir, saiis lui rendre son précieux
fardeau. Revenu à Conques, il raconta ses aventures à ses con-
frères qui refusèrent de le croire et le chassèrent. Il fut recueilli
par Gislebert, abbé de Castres, et huit ans après^ avec le secours
de Salomon, comte de Cerdagne, il parvint à arracher le corps de
saint Vincent à l'évêque de Sarragosse, et il en fit présent au cou-
vent qui lui avait donné asile ^ Bientôt, les pèlerins affluèrent à
Castres. Helissacliar, évêque de Toulouse, y vint avec son clergé
et une multitude de ses diocésains qui furent témoins de miracles
éclatants ^.
Les moines de Conques se repentirent alors d'avoir laissé
échapper cette relique insigne qui pouvait donner à leur couvent
un si grand lustre. Ils cherchèrent à la remplacer. Le diocèse
d'Agen possédait un martyr du nom de saint Vincent dont le
corps était déposé à Pompejac. Ils s'en emparèrent ; par quel
moyen? on l'ignore. D'une part, les chartes de l'abbaye men-
tionnent, dès 883, sa présence^; d'autre part, d'antiques leçons
du bréviaire d'Agen constatent que Pompejac ne possédait plus
que le tombeau du martyr et ajoutent que le corps avait été porté à
Conques. La translation est donc certaine, et les doutes élevés sur
elle par Plensclienius ne tiennent pas devant cette double affirma-
tion^. Du reste, les Bollandistes corrigèrent eux-mêmes l'erreur de
leur confrère^. Plus tard, les reliques de ce saint furent sans doute
partagées entre les maisons de l'obédience de Conques ; il n'en
demeure plus aujourd'hui au trésor que quelques fragments,
conservés dans deux autels portatifs, l'un du x'^ siècle^, l'autre
de 1106^, et dans un tryptique du xiif ^.
En allant chercher le corps de saint Vincent, les émissaires
de Conques trouvèrent l'occasion de dérober les reliques de sainte
Foi, vierge d'Agen, mal gardées dans une église du faubourg de
cette ville. Les Bollandistes publient deux récits de cet événe-
1. Hist. transi. S. Vinc. act. SS. Beiied. socc. IV, part. I, p. G'i'^.
2. Hlst. du, Laug., I. I, p. 567.
3. Cartul., f" V.
4. Act. Sanct. Juin, t. II, p. 163.
5. Octobre, t. III, p. 278.
6. Annales archéolog., {. XVI, p. 84.
7. T. XVI, p. 87, fait par les ordres de Begon III. — 8. T. XX. p. 219.
269
ment'. Le premier le place sub C arolo yninore , et le second
ajoute que ce Charles fut détrôné par Eudes, duc d'Aquitaine :
ce serait donc Charles le Simple. Les BoUandistes s'appuient sur
une charte de Conques-, datée de 888, pour démontrer que, cette
année déjà, sous Charles le Gros, le corps de sainte Foi était à
Conques et il leur semble que c'est ce prince qui est désigné par
cette expression. Mais le cartulaire contient une pièce qui prouve
que la translation était accomplie, la 4" année du règne de Car-
loman, le 30 juillet 883^. — Dom Vaissète tire du cartulaire de
Conques une charte de Bernard, comte d'Auvergne, qu'il date
du 21 juillet de la même année ^. Elle énumère les reliques de
l'ahbaye et ne nomme pas sainte Foi. Il faudrait conclure du
rapprochement de ces deux documents que les restes de cette
vierge-martyre ont été apportés à Conques, du 21 au 30 juillet
883. Mais j'objecterai d'abord que l'époque de la translation était
rappelée dans l'abbave par une fête qui se célébrait en janvier.
Ensuite, je ferai remarquer que Bernard ne prend dans ce docu-
ment que le titre de comte. Or il avait été fait marquis de Gothie
dès 878 ■'. Use serait intitulé, en 883, coraes et marcliio. Nous
n'avons pas d'ailleurs sous les j-eux l'origmal, mais seulement
une copie qui peut être fautive, et je préfère ne tirer aucun parti
d'une pièce dont la date n'est pas incontestable que de conclure
avec dom Vaissète, contre tous les monuments publiés par lui-
même, que Charles le Gros a été, du vivant de Carloman, re-
connu comme roi dans une partie de l'Aquitaine. Du reste dom
Vaissète apporte à cette conclusion tant de correctifs qu'on peut
dire qu'il n'en laisse subsister à peu près rien^.
Je ne pense pas qu'il faille se creuser la tête pour savoir quel
Charles le versificateur anonyme a voulu désigner par ces mots :
sub Carolo ^ninore. Ce n'est pas un témoin qui parle, mais un
écrivain qui rédige, au xi" siècle, la narration d'un événement passé
déjà depuis 200 ans. Son opinion n'a pas une grande importance.
— Il est vrai que Jean Ghesquier date son œuvre des premières
1. Ada Sanct. Octobre, l. III, pp. 289 et 294.
2. Gallia Christ., t. I, p. 259. — Hlst. du Long., l. II, Preuves, p. 23.
3. F- V.
4. Hist. du Lawj., l. Il, p. 1 i.
5. P. 7.
6. P. 14, <;1 Preuves, p. 21, note.
270
années du x"" siècle. Voici comment il raisonne : on possède, dit-
il, deux versions de la translation de sainte Foi. L'une, en prose,
raconte la construction d'une église k Conques par Etienne, évêque
de Clermont, et un prodige qui aurait empêché le transport des
reliques dans la basilique nouvelle. Cet événement a dû se passer
vers 937. Comme elle ne dit mot du monument bâti vers 1035
par Odolric, elle est antérieure à cette dernière époque et se
place par conséquent entre 937 et 1035. L'autre récit, en
vers, ne faisant aucune allusion à la tentative infructueuse de
translation d'Etienne, est nécessairement antérieur à 937.
Toute cette argumentation est seulement spécieuse. L'histoire
écrite en prose n'est autre chose que l'amplification du poëme en
périodes cicéroniennes. Elle ne contient, sur le vol des reliques,
pas un détail de plus que ce dernier. Elle est écrite dans ce latin
si facilement reconnaissable de la Renaissance, émaillé d'expres-
sions grecques comme le français de Ronsard, et qui témoigne
d'une érudition fort au-dessus de la portée d'un moine du xi''
siècle ^ . Nous avons encore là une des productions du procès
soutenu par l'abbaye contre l'évèque de Rodez, au temps de
François P'". L'auteur a imaginé la fable de la translation des
reliques dans une 'église nouvelle, d'après un passage tronqué et
obscur de la chronique de Conques : hic denique ecclesiam de
Rofflaco cimi suis pertinentiis etplures villasinpago Arver-
nico beatœ Fidi concessit atque ejusdem gloyHosœvirginis et
martyris^... auctor extitit ubi quoque jjartem ipsius ca2ntis
venerabiliter i^eposuit, midtaque alia bénéficia, ut legitur,
monasterio suo contidit. C'est de la confection d'une châsse et
non de la construction d'un édifice qu'il s'agit ici. Il existe encore
à Conques une antique statue de sainte Foi qui est le commentaire
vivant de la chronique. M. Darcel en fixe la confection au ix*'
siècle. Les reliques ayant été apportées à Conques peu avant
883, je 'pense qu'il me permettra de la faire descendre jusqu'à
940 ou environ. Jean Ghesquier observe que le prosateur ne
parle pas de l'église construite par Odolric. Or précisément c'est
I. Librarios philochiislos... themala rede vlvendi... sophismatis stemate...
celeuinata exercendo... septenirionale clima... litterarum anaglypha... poliaii-
drum sacrx virginis... chaire Stella, etc., etc.
1. Il manque ici un mot ; dom Martène propose translaiionis qui ne s'accorde
pas avec la piirase complémentaire qui suit : ubi qiioque, etc. Je mettrais
capsœ avec lequel on forme la phrase à peu près correctement.
274
l'édifice du xi® siècle qu'il décrit, avec les modifications apportées
plus tard dans l'intérieur. Ne pouvant, dit-il, transporter les
reliques dans l'église qu'Etienne venait d'élever pour elles, on
prit le parti de les laisser derrière l'autel de Saint-Sauveur. Elles
y sont encore dans une armoire, ménagée au milieu d'un mur
qui bouche les entrecolonnements du chœur depuis le xvi® siècle.
De ce que le versificateur n'a pas parlé de la construction
d'une basilique imaginaire sous Etienne I, on ne saurait conclure
qu'il a écrit avant l'époque où cet abbé gouverna Conques. Pour
dater sa narration nous avons une indication bien plus caracté-
ristique. Tandis qu'il fait passer à Figeac le voleur du corps de
sainte Foi, il ne peut s'empêcher de dire son mot sur la question
en litige entre les deux abbayes :
Lœtus venit Figiacum
Quem locum procul dubio
Conchariim sut dominio
Pippinus rex qui fuerat
Olim construi jusserat .
Ce sans doute m'a bien l'air d'une allusion au procès pen-
dant au XI*" siècle. L'amplificateur du xvf ne prend plus intérêt
à cette querelle qui avait tant passionné ses devanciers, et avec
un laconisme qui n'est pas exempt de mépris, il dit simplement :
obtigit si quidemcwm vicumquenidarn, Figiacum l'ocatimi,
idem pertransiret . . . Les vers du poëme qui nous occupe ont la
même facture que ceux gravés sur le portail de l'église et sur le
tombeau de l'abbé Begon, monuments de la seconde moitié du
XI* et des premières années du xii'' siècle ^ ■
Livre des miracles de sainte Foi. — A la suite des deux
versions de la translation de sainte Foi, les Bollandistes publient
le Livre des Miracles, opérés par son intercession. Le style en est
tellement semblable à celui de la version en prose qu'à première vue
on est disposé à l'attribuer au même auteur. Pourtant, ici, nous
n'avons plus affaire à un anonyme ; l'écrivain se nomme à la
première page : Bernard, écolàtre d'Angers ; et il dédie à Ful-
bert, évêque de Chartres de 1007 à 1029, son ouvrage qui est
divisé en trois livres, composés chacun de plusieurs chapitres et
1. Voyez ces inscriptions dans louvrage de Mérimée cité plus haut.
272
encadrés, comme l'histoire delà translation, entre un prologue
et un épilogue. En le lisant, on remarque d'abord au chapitre IP
du livre I ces mots : cujus mcntioncm si in prccedenli épis-
lola non fecerim qui ne répondent guère à sa forme et à sou
titre. Puis, les Bollandist(^s nous apprennent que, dans le manus-
crit d'après lequel ils ont donné leur édition, un moine de
Conques paraît se substituer souvent à l'êcolâtre d'Angers et dit :
nos, nostrmn monnsto-iiun, 7iostro in vico *, etc. Enfin l'on
pêche, çà et là, noyés dans ces flots de latinité classique, quelques
mots barbares, épaves d'un texte plus ancien. Nous sommes en
présence d'un monument hybride, résultat d'un travail identique
à celui qui a produit la version en prose de la translation. Un
moine du xvf siècle a pris quelques vieilles légendes, peut-être
deux ou trois lettres adressées par Bernard à l'évêque Fulbert,
et a fondu ces éléments divers en un amalgame qu'il a fait passer
sous l'étiquette d'un écolàtre du xf siècle.
Les érudits qui se sont occupés du Livre des Miracles citent
cinq manuscrits de cet ouvrage, tous dissemblables. Les Bollan-
distes ont trouvé le leur au Vatican. Ils y joignent quelques
extraits d'un second, conservé autrefois à la Chartreuse de
Strasbourg, qui paraît composé ou retouché par la même main -.
Bonal, juge des montagnes du Rouergue, cité pardom Vaissète.
transcrit, dans son histoire manuscrite des comtes de Rodez,
deux passages d'un texte, mis également sous le nom de Ber-
nard, divisé en trois livres et contenant un plus grand nombre
de chapitres que celui des BoUandistes ^. Le P. Labbe a donné,
avant ces derniers, une édition, sans prologue ni épilogue, sans
division en livres et sans nom d'auteur; c'est le même texte,
avec quelques additions d'une part et quelques retranchements
de l'autre ^ Enfin dom Mabillon publie, d'après un manuscrit de
Chartres, un prologue contenant d'abord la dédidace à Fulbert
qui est dans le manuscrit du Vatican, et de plus une description
de l'église dans laquelle il est facile de reconnaître l'édifice
actuel, suivie du récit d'une procession, où l'on aurait porté les
reliques de sainte Foi dans une châsse offerte par Charlemagne ^
1. Ad. Sand. Odob. t. 111, -287.
2. P. 325.
3. Hist. du Long., l. II, Preuves, p. 6.
4. Nova bibliotheca manuscriptonan, t. Il, p. 531.
5. Annal, bened., t. IV, p. 703.
273
Un auteur du xi' siècle n'a pu entendre à Conques attribuer à
cet empereur le don d'un reliquaire destiné à contenir le corps
de cette vierge-martyre. Le chronographe, qui est de cette
époque, exprime l'opinion accréditée dans l'abbaye et nous
avons vu qu'elle ne fait pas remonter la translation plus haut
que la fin du ix° siècle. C'est une preuve de plus que le texte du
Livre des Miracles a été remanié, qu'il est impossible d'y recon-
naître ce qui appartient à Bernard, écolàtre d'Angers, et que les
Bollandistes, en lui faisant l'honiieur d'une place dans l'admirable
monument qu'ils ont élevé à l'érudition chrétienne, n'ont pas
montré la sévérité de critique k laquelle ils nous ont habitués.
Bulle de Pascal II. — Si l'on en croit une bulle de Pascal II,
adressée à l'abbé Begon, entre 1099 et 1110, il existait, dès cette
époque, des leçons de ces miracles qui se lisaient dans l'église.
Cette pièce, reproduite par les Bollandistes S donne aux moines
l'autorisation de nommer sainte Foi au canon de la messe et met
l'abbaye dans la juridiction des légats du Saint-Siège, à l'exclu-
sion de l'Ordinaire. Il est certain que Pascal a donné à l'abbaye
de Conques des témoignages d'une bienveillance toute spéciale.
Sur le socle d'un bas-relief formé de débris de plusieurs pièces
d'orfèvrerie, on lit un fragment d'inscription qui prouve que le
trésor lui était redevable de reliques insignes-.
Malgré cela, j'avoue que cette bulle me paraît suspecte. Sa
teneur, j'en conviens, ne s'écarte pas des formules des petites
bulles de Pascal II ; il n'y manque que l'année de l'indiction.
Mais, dans le grand procès du xvf siècle, les moines ont pré-
senté comme l'original de ce document une grossière contre-
façon dont la fausseté saute aux yeux les moins exercés. Ils y
ont joint une copie, homologuée au parlement de Toulouse, de ce
même original supposé que le greffier a pris pour l'acte authen-
tique. Et qu'on ne dise pas qu'ils ont fait cette production falla-
cieuse pour ne pas s'exposer à perdre le vrai titre, car je répon-
1. Ad. Sancl. Oclob. t. III, p. 282.
2. M. Darcel observe {Ann. arch., I. XX, p. 219) que le bas-relief esl sur-
monté d'ua petit fronton, étranger à la composition primitive. 11 est facile de
voir que le socle ne lui appartient pas davantage. Ces retranchements opérés,
on aura dans la plaque du milieu, représentant le crucifiement avec ces mots :
me fieri jussit Bego, démens cui Dominus sU, l'un des plats de la reliure d'un
évangéliaire fait, suivant le chronographe de Conques, sous l'abbé Begon III.
274
drai qu'ils n'ont pas craint de se dessaisir d'une grande bulle
d'Urbain II qui n'avait pas moins d'importance pour le soutien
de leurs privilèges.
Sincère ou fausse, la décision de Pascal II ressortit son double
effet dans le cours des siècles ; les Bollandistes citent un grand
nombre de missels, peu anciens à la vérité, de divers diocèses
dans lesquels le canon de la messe porte le nom de sainte Foi.
Quant aux légats, ils prirent leur rôle de supérieurs si fort au
sérieux que les moines, en 1225, se virent réduits à leur faire
interdire par le pape de disposer, suivant leur convenance, des
prieurés de l'abbaye ^
3" Propagation du culte de sainte Foi et en même temps
DE l'école d'architecture ROMANE DITE LANGUEDOCIENNE.
Progrès du pèlerinage de Sainte-Foi. — Les vieilles
légendes, dont on retrouve le souvenir dans le Livre des Mi-
racles, mentionnent plusieurs personnages historiques du x-
siècle ; on y note aussi des noms d'évêques dont l'épiscopat a
commencé après 1029. Les pèlerins dont elles parlent viennent
du Rouergue, de l'Auvergne, du Quercy, du Limousin, des envi-
rons de Toulouse, du nord de l'Espagne. L'écolâtre Bernard
serait parti d'Angers, après avoir liabité Chartres, qui aurait
déjà possédé une chapelle de Sainte-Foi. Il est certain qu'avant
la Révolution cette ville avait sous ce vocable un prieuré-cure
de la fondation duquel on ignore la date précise ; mais j'ai peine
à croire qu'elle remonte plus haut que la fin du xi'' siècle.
Le cartulaire ne laisse pas supposer une diffusion si rapide-
ment étendue de la dévotion à sainte Foi. Pendant les cinquant(^
années qui suivent la translation des reliques, les propriétés
dont s'enrichit l'abbaye ne sortent pas de son premier centre
d'influence, c'est-à-dire des provinces de Rouergue, d'Auvergne
et de Quercy. La première trace d'un pèlerinage en dehors de
ces limites est une donation, bien modeste, d'un demi-muid de
vigne dans le comté de Gap, en 930 ^ Il faut ensuite descendre
jusqu'à 1003 pour trouver un voyageur venu de loin, du comté
I . Oarlulâire, 1° XXIV v en marge.
':. F-ccxxxii.
275
d'Orange ^ Sous le règne de Robert, le rayon s'agrandit et va
d'un côté jusqu'au pays toulousain, de l'autre il atteint le dio-
cèse d'Agde, les comtés de Narbonne et de Viviers. Au temps
d'Odolric (av. 1030 — ap. 1062), on vient du Gêvaudan, des
comtés d'Uzès et du pays de Comminges. Vers le nord, le culte
de sainte Foi ne franchit pas encore les bornes de l'Aquitaine.
C'est seulement entre 1065 et 1110 qu'il acquiert des prosé-
lytes d'abord dans le diocèse de Langres, puis dans celui de
Meaux. Dans cette période , il prend des proportions inouïes.
A l'est, il gagne le Velay, les diocèses de Lyon, de Saint-Paul-
Trois-Châteaux, de Sisteron, d'Avignon, d'Apt, de Genève ; au
sud et à l'ouest, ceux de Nîmes et de Dax, les comtés de Fenouil-
lède, de YaUespir, les diocèses de Bazas, de Bordeaux, de Péri-
gueux , le Limousin. Pierre d'Andoche, moine de Conques,
devenu évêque de Pampelume, le porte dans la Navarre ' et dans
l'Aragon. Il va jusque dans le comté de Minorque. Pour tout
dire, l'évêque d'Agen et ses diocésains viennent vénérer à
Conques les reliques qui leur ont été enlevées et enrichir de leurs
libéralités les ravisseurs. Au xn' siècle, la dévotion à sainte Foi
passe l'océan et s'établit dans le diocèse de Norwick en Angle-
terre. En 1167, elle fleurit en Alsace. La pancarte inédite ^ des
bénéfices dépendant du monastère nous la montre en Italie dans
les diocèses de Yerceil et de Forh.
L'église abbatiale de Conques, type du style roman
languedocien. — Dans le remarquable cours d'archéologie que
M. Quicherat professe à l'École des chartes, il observe que du
style auvergnat, caractérisé par une voiite centrale en berceau,
contreboutée par les voûtes des bas-côtés à la hauteur de la nef
du milieu, est dérivé le style languedocien. Dans cette seconde
branche, le bas-côté est divisé en deux étages : une nef et au-
dessus une tribune dont la voûte sert de soutien au vaisseau
principal. M. Quicherat cite, parmi les monuments les plus
complets de cette école d'architecture romane, Sainte-Foi de
Conques et Saint-Sernin de Toulouse.
L'abhaj-e de Conques, bâtie sur les confins de l'Auvergne où
1. F° CXCVII.
1. Le prieuré de Roncevauv appaiienail à l'abbaye.
3. Fouillé des diocèses de Rodez et de Vabres, manuscrit, xvi' siècle.
276
elle possédait de nombreuses terres, a été, au x*" siècle, adminis-
trée par des évêques de Clermont. En partie peuplée de moines
originaires de cette province, il est très-naturel de supposer
qu'elle aura subi Tinfluence des idées et des goûts qui y avaient
cours. L'église de Conques a donc pu être construite par un
architecte auvergnat qui, faisant faire à l'art roman un pas con-
sidérable, a produit dans cet édifice un type nouveau.
Mais, objectera-t-on, n'est-ce point Saint-Sernin de Toulouse
qui a servi de modèle à Sainte-Foi de Conques? C'est une ques-
tion de dates. Urbain II, en 1095, consacra l'église encore ina-
chevée de Saint-Sernin qui a été commencée vers 1060 ^ D'après
le chronographe de l'abbaye rouergate, celle de Conques était à
peu près terminée au moment où l'on posait la première piéride
de Saint-Sernin. Odolricus... hasilicam ex maxinia parte
consunwiaxit..., corpus beatœ Fidis de veteri ecclesia in
novam basilicam transiulit, ac etiam monasterium in ea
forma in qua est ad honorem Dei et heatœ Fidis /crisse
creditur, tempore Henrici, Francorum [régis]... Odohic,
abbé avant 1030, est cité pour la dernière fois dans une pièce de
1062. J'ai démontré plus haut que l'auteur anonyme écrivait
vers 1095. On ne saurait lui refuser créance, quand il parle
d'événements récents qu'il a vus ou appris de témoins ocu-
laires, surtout si l'abbaye de Figeac n'est pas en question. 11
ajoute que Begon III, qui gouvernait Conques au moment où il
composait sa chronique, a fait bâtir le cloître qui s'appuyait sur
le bas-côté méridional de la nef. C'est une preuve de plus que
l'église était alors achevée. Le cloître est détruit et il n'en reste
que quelques débris recueillis par le curé ; il abritait le tombeau
de son fondateur, demeuré intact contre le mur de l'église, avec
une inscription que M. Mérimée a relevée.
La comparaison de Sainte-Foi et de Saint-Sernin fait ressortir
dans le monument de Toulouse une hardiesse, un ensem])le, une
sûreté d'exécution qu'on est loin de trouver dans celui de
Conques. Ce dernier, parmi des beautés de premier ordre, porte
la trace de quelques gaucheries qui trahissent des tâtonnements
et une certaine inexpérience.
Au xf siècle, les relations entre Conques et le pays toulou-
sain étaient devenues fréquentes. Durand, évêque de Toulouse,
I. Hist. du Lang., l. II, p. 175 et Î65.
277
et son successeur Isarn firent à l'abbaye d'importantes donations.
Le cartulaire nous montre les moines bâtissant, dans tous les
lieux où ils vont s'établir, des églises, des couvents et même des
bourgs dits salvetats, localités franches dont je parlerai dans la
seconde partie de ce travail. Un document nous a conservé les
noms de trois de ces moitiés architectes : Amancius donne deux
manses dans le Bazadois à condition que Deusdet, moine, ou
Pierre, ou Odolric y construira une église en l'honneur de sainte
Foi ^ . Ainsi le culte de cette sainte a porté avec lui le style né à
Conques dans toutes les contrées où il s'est propagé, et nous sai-
sissons sur le fait la formation et le développement d'un, mode
d'architecture romane, très-répandu dans le midi de la France.
A ce titre, l'église de Sainte-Foi, fort intéressante déjà en elle-
même, mériterait d'être l'objet d'une monographie détaillée.
4° Chronologie des abbés de Conqces.
I. Dado.— Deux diplômes, l'un de Louis le Débonnaire, l'autre
de Pépin d'Aquitaine, nous ont appris que Dadon était le fonda-
teur de l'abbaye de Conques au vnf siècle.
II. Madraldus. — Madraldus lui avait succédé en 801 2. Il
vivait encore en 819 ; c'est à lui qu'est adressé le diplôme de
Louis le Débonnaire qui confirme l'érection du monastère ^.
III. Anastase. — Madraldus était mort en 823. Anastase, cette
année, conclut, par les soins d'un niissus dominicus, un ac-
cord avec Bertrand, vasse du Roi, et avoué de l'église Sainte-
Marie de Laon ^.
IV. Élie. — Pépin d'Aquitaine fonde le monastère de Figeac,
en 838, et l'abbé Ehe le peuple d'une colonie formée de moines
de Jonant et de Conques.
V. Begon I. — Le Gallia christiana donne pour successeur k
Elie, en 855, Blandinus, nommé dans le récit de la translation
des reliques de saint Vincent de Sarragosse que nous a laissé
1. Cartulaire, f" LYI.
L V 11.
3. Argofredus placé ici par le Gallia christiana, d'après la chronique, n'est
pas mentionné dans le cartulaire.
4. Cartul., f» CCXLUl.
278
Aimoin. Mais le moine de Saint-Germain-des-Prés était mal
renseigné, car Begon reçoit une première donation en 851 ^ , et
une seconde après 864^.
VI. GiBERT.— En883, Bernard donne k cet abbé les églises de
Verneducio, aujourd'hui Saint-Cyprien près de Conques, par
une charte qui détermine l'époque de la translation des reliques
de sainte Foi -^
VIL Frotarius. — Il est désigné dans une pièce de 887 ou
888-*.
VIII. Arlaldus ou AiRALDUs. — Diverses chartes nous ap-
prennent qu'il gouverna l'abbaye peut-être depuis 898'', certaine-
ment depuis 901 ^ jusqu'en janvier 904 '^ .
IX. Raoul et Fredelon. — Les moines lui élirent immédiate-
ment un successeur, car on trouve une charte prestaire faite pai'
Raoul pendant ce même mois de janvier 904^. En 925^, il
s'était associé Fredelon qui parait être son frère. Du moins, leurs
mères portaient toutes deux le nom de Sénégonde^^. Fredelon
devint abbé de Vabres " ; on ne le retrouve plus k la tête de
Conques que Raoul gouverne encore en 930 ^-.
X. Jean ^^.— Il était prévôt de l'abbaye en 915 ^^ et abbé avant
933 '^ Il est vrai qu'une charte prestaire de la x'^ année de
Charles le Simple lui donnerait ce titre dès 909 ^°. Mais il y a
évidemment une erreur de date qui est sans doute le fait du
1. F" CLIl.
2. F° CXXIII V».
3. F" V. C'est à tort que le GalUa christiana met cet abbé avant Begon I.
4. F" LXXXIX.
5. F- CXXXI.
6. F" CLXX.
7. F" XGIII.
8. F» GXXXV.
9. F" VI.
10. F" VII.
11. Gallia chriaiiana, t. I, p. 275. Les auteurs de la notice des abbés de Vabres
n'ont pas remarqué que Fredelon, abbé de Vabres, était le môme personnage
que l'abbé de Conques, quoiqu'ils citent le nom de sa mère.
12. Carlulaire, f" VII v°.
13. Geraldus qoi précède Jean dans le Gallia christiana et la chronique n'est
désigné dans aucune charte.
14. F" CLVI V".
15. F" LXXV V».
16. F" CLXXXIX V.
279
copiste. Si l'on compare les signatures de ce document à celles de
la prestaire de 904, passée par Raoul, on voit que les dignitaires
de l'abbaye sont différents. Or il est bien difficile qu'ils aient tous
disparu de 904 à 909. La première de ces pièces désigne parmi
les témoins, en 904, Adraldus, Rotgarius, Widbaldus, enfants,
Astarius, adolescent. Ils ont grandi, quand on rédige la seconde,
et sont devenus Astarius, prévôt; Guitbaldus, gardien de l'église;
Adraldus, portier du couvent; Rodgerius, portier des pauvres.
Astarius, prévôt, est souvent mentionné dans les chartes, un
peu avant et après 930. Le scribe qui a composé la seconde pres-
taire est Hictor, clerc, auteur de plusieurs pièces à cette dernière
époque. C'est donc vers 930 que je crois devoir placer la se-
conde prestaire portant le nom de Jean. Il était encore abbé
en 935 '.
XL Etienne I, Begon II et Hugues. — Après lui Etienne gou-
verne l'abbaye de 942- à 984 ^. Il était en même temps évêque
de Glermont. En 958, les documents portent Stephanus episco-
23US et Bego et Hugo abba ^. Une charte de 961 donne à Begon
le titre d'évêque^\ Il était sans doute le coadjuteur d'Etienne
auquel il succéda sur le siège de Glermont. Hugues était le véri-
table abbé ; un document de 962 l'appelle abbas secwidmn
regulam^. Etienne et Hugues sont nommés pour la dernière
fois en 984^.
XII. Begon II et Arlaldus IL — Begon partage alors l'admi-
nistration de l'abbaye avec Arlald II qui vit sous Hugues
Gapet».
XIII. Begon II et Girbert. — On lui associe ensuite Girbert ^
qui, de 996 à 1004, ne passe pas moins de 29 contrats d'acqui-
sition pour arrondir les propriétés du monastère.
XIV. Begon II et Arlaldus III. — Begon ne mourut que vers
1. F" CXLVI.
2. F" CXIV v°.
3. Le Galiia christiana ne le fait vivre que jusqu'en 97U.
4. Carlulaire, f" CLXXXIII v°.
5. F" CCIII v°. Son épiscopat n'aurait, d'après le GalUa christiana, com-
mencé qu'en 970.
6. Cartulaire, f° CLXXXVIII v°.
7. F"» LXXIII v° et C. Hugues est ment^opnç seul la, même année deux.iqois
après, f» CLXXIII.
8. F" CCII V et CCXXIX.
9. F- CXXXVI V.
280
l'an 1010'. A Girbert avait succédé, en 1004, Arlaldus III -.
XV. AiRADUS. — On pourrait croire que le nom d'Airadus est
une vai'iante d'Arlaldus, si l'on ne lisait dans une charte ces
mots: Arlaldus, ahhus; decaniœ curam gerens Airadus '' ,
qui démontrent qu" Airadus, doyen du temps d'Arlaldus, devint
abbé après sa mort ■*.
Il est impossible de dire combien de temps vécurent Arlaldus
et Airadus. Il est probable que ni l'un ni l'autre ne conservèrent
longtemps la dignité d'abbé, car les actes, peu nombreux, qui
les mentionnent, sont rédigés par des clercs dont on trouve déjà
les signatures au bas de documents de l'époque de Hugues
Capet ^
XVI. Adalgerius.— Doyen du temps d'Airadus ^; il lui suc-
céda'^. Il n'est désigné que dans quatre actes, sous le règne de
Robert^.
XVII. Lautardus. — Le cartulaire ne contient qu'une pièce
non datée qui le nomme '••. Les chronographes de Conques et de
Figeac, qui écrivaient environ 60 ans après Adalgerius, s'accor-
dent tous deux pour le placer à la suite de cet abbé '°.
XVIII. Odolric— Déjà sous le roi Robert, Odolric avait suc-
cédé à Lautard^^ Il demeura plus de 30 années sur le siège
abbatial qu'il occupait encore en 1062 '~. Son nom se trouve dans
66 chartes ; 20 autres où il n'est pas désigné sont certainement
1. GalUa christiana.
2. Cartulaire, l" CXCI v°.
3. F» CXCVII.
4. F» CCIII.
5. Le Gallia christiana emprunte à la chronique de Conques un abbé Nepos
dont l'existence me paraît fort problématique.
G. Cartulaire, f CLXVI y".
7. F''LXVII.
8. Le chrononraphe de Conques met ici un Odolric en s'appuyani sur
quelque charte de l'abbé Odolric, successeur de Lautard, qu'il aura mal
datée.
9. Cartulaire, f" LXVIIL
10. Dans le Gallia christiana, le successeur de Lautard est un simouiaque du
nom de Willelmus, d'après la chronique de Figeac qui me semble dénuée de
loule autorité, quand elle avance un fait, sur l'abbaye de Conques, non continué
par les documents venant de cette dernière. Airadus, qui suit Willelmus dans
le Gallia christiana, doit précéder Adalgerius, suivant le cartulaire.
11. Cartulaire, f" CLXXX n«
n. F" XVL
28^
contemporaines, puisqu'elles sont comprises entre 1031 et 1060;
et je ne parle pas d'un grand nombre d'actes sans date précise,
passés pendant les règnes de Robert et de Philippe ou ne conte-
nant aucune indication chronologique, qui paraissent être de son
temps. C'est à lui qu'on doit l'église qui existe encore.
XIX. Etienne II. — Il remplace Odolric en 1065^ . Onle trouve,
en 1076, au concile de Rome où il obtient la bulle de Grégoire,
expédiée en 1084, qui unit Figeac à Conques ^. Les dernières
chartes datées qui contiennent son nom sont postérieures à
1085 3.
XX. Begon III.— Begon, élu en violation de la bulle de Gré-
goire VII, aux termes de laquelle l'abbé survivant de Figeac
devait commander aux deux abbayes, et déposé par le concile
de Clermont en 1095, ne souscrivit pas à cette sentence. Nous
trouvons un acte passé par lui en 1096"^. En 1097, le concile
de Nîmes, qui rendit aux deux abbayes leur autonomie, le remit
en possession de son siège qu'il conserva jusqu'après 1108 ^. Le
chronographe de Conques, son contemporain, dit de lui : Bego
venerabilis, qui claustrmn construœit, multas reliquias in
aitro posuit, textus evangeliorum fieri fecit. En outre des
monuments que j'ai cités plus haut, le trésor de Conques possède
un petit édicule, en forme de lanterne, sur lequel on déchiffre
cette indication incomplète : abbas sanctoruni Bego
partes ^... Peut-être Begon III a-t-il fait commencer le cartulaire.
XXI . BoNiTACE . — Deux chartes nous apprennent son existence
en 1110 ■^. Mais je ne saurais dire jusqu'à quelle époque elle s'est
prolongée. Les documents qui le concernent sont rares et sont
datés vaguement des règnes de Henri, roi d'Angleterre de 1100
à 1135, et de Louis, roi de France de 1108 à 1137. Il est fort
probable que le cartulaire a été, de son temps, conduit jusqu'au
30"^^ cahier inclusivement.
Les chartes postérieures à Boniface sont trop peu nombreuses
1. F» CCLX y.
2. F" XLVII.
3. F°» CCXXXIX T» et CCXLIX v».
4. F° ce, (après le CCLXrV'') n° provisoire 548.
5. Fo LXX.
6. Annal, archéol., t. XVI, p. 277.
7. Cartulaire, f» CCL... (après le CCLII'), n" provisoire 504.
49
282
pour qu'elles puissent servir à établir la suite complète des suc-
cesseurs de Boniface jusqu'à la fin du xn'' siècle.
Une pièce de 1139 ' contient l'initiale B. du nom d'un abbé
qui serait Bernardus, si l'on en croit un autre document du car-
tulaire ~, ou Berardus, si l'on s'en rapporte à une formule de
serment prêté à l'êvêque de Rodez ^. Le Gallia ohristiana ne
nomme pas cet abbé.
En revanche il indique, en 1154, Eudes et, en 1165, Hugues,
qui n'ont laissé aucune trace dans le cartulaire.
Il cite, en 1167, Isarn qui aurait encore vécu en 1172. Mais
une charte, offerte avec quelques autres aux archives départe-
mentales de l'Aveyron par M. le curé de Conques, donne en 1170
une initiale G. qui est peut-être celle de Gaucelmus dont le nom
se trouve dans deux pièces sans indication chronologique '*. —
Le Gallia ohristiana qui place Gaucelmus plus haut, après Bo-
niface, ne justifie pas ce rang par une preuve. — Il y aurait
donc un Isarn I en 1167, et un Isarn II en 1172. Le cartulaire
contient bien une pièce avec ce nom ^ ; mais comme elle est seu-
lement datée de l'épiscopat de Gautier, évêque de Langres de
1163 à 1179, elle ne tranche point la difficulté.
Le dernier abbé du xu*" siècle désigné dans ce manuscrit est
Gualbert en 1183^. Il manque dans le catalogue dressé par les
frères de Sainte-Marthe.
G. Desjardins.
La fin 2^rochainement .
1. N° provisoire 552.
2. N° provisoire 553.
3. Arch. de l'Aveyron. Évôché de Rodez.
4. Cartulaire, n"' prov. 563 et 505. '
5. N" prov. 561.
6. F" LXII v° en marge.
CONFIRMATION D'ACTES
PAR DES NOEUDS FAITS A DES COURROIES.
Un ecclésiastique dévoué aux études historiques, M. l'abbé Lugat,
curé-doyen de Yilleneuve-de-Marsan, arrondissement de Mont-de-
Marsan (Landes), in a confié, pour l'examiner et le publier au besoin,
un manuscrit en latin renfermant une histoire de l'abbaye de Saint-
Sever-Cap-de-Gascogne (Landes). Parmi les nombreuses chartes
contenues dans ce précieux recueil formé au xvii^ siècle, j'ai trouvé
un extrait de l'un des cartulaires de l'abbaye, mentionnant une
forme singulière de confirmation des actes. 11 s'agit de nœuds faits
à la courroie (corrigium) qui pendait à la charte, comme les lacs
sur lesquels étaient fixés les sceaux. Voici du reste la formule qui
indique cette pratique. N... nodum in hoc corrigio primus fecit, et
nlium nodum N..., alias deinceps nodoshujus rei testes fecerunt.
Cet emploi des nœuds n'a guère été remarqué des auteurs qui ont
écrit sur la diplomatique ', c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était
utile de le faire connaître. Je me suis borné à publier un acte daté
d'une manière très-complète : c'est la donation du patronage de
l'église Saint-Martin-de-Lirac par Pierre, vicomte de Sault, à Tab-
baye de Saint-Sever, confirmée par son fils; j'aurais pu ajouter un
autre exemple, tiré de la même source, mais cet acte n'est pas daté
d'une façon aussi précise, bien qu'il soit certainement du xn^ siècle.
Le « petit cartulaire » d'où est tiré l'extrait ci-dessous, apparte-
nait à la catégorie des cartulaires-notices qui ne donnent pas les
contrats in extenso, mais se bornent à en reproduire le sens ;
1. M. Delisle {Revue des sociétés savantes, i" série, III, 509, année 1866) a
signalé, comme propre à la Gascogne, l'usage de valider les actes par des nœuds
de courroies, et il a cité le cartulaire du prieuré de la Réole, publié au t. V des
Archives historiques du département de la Gironde, dans lequel on lit (p. 110):
« Hoc est signum, unum corrigium nodatum. Signum corrif^ium nodatura cura
w carta. Signum corrigii nodati cum carta. »
284
cependant il y a tout lieu de croire que le dernier paragraphe, depuis
llorum neenon..., est la copie textuelle de l'acte original. C'est la
seule jjartie de ce document sur laquelle j'appelle l'attention des lec-
teurs.
P. Raymond.
Extrait du «petit cartulaire » de l'abbaye de Saint-Sever
{Histoire manuscrite, p. 133).
Scire vos oportet fratres^ quia Petrus, vicecomes de Saltu^
pro remedio animse suae et pro redemptione animarum patris et
matris suse, senioratum abbatiœ sive ecclesise Sancti Martini de
Liraco^, adlmc vivente Gregori()\ bonœ memoriaj, Sancti Se-
veri abbate egregio, Deo et sancto Severo concessit.
IIlo autem defuncto, Fort Anerius, filins ejus, in honorera et
donationem ejus jure hereditario successit, et se in eodem domi-
nio, sicut pater suus posséderai, tanidiu proclamavit, donec cum
domino Sancti Severi Raimundo'' duellum in manu Gastonis
vicecomitis^ firmavit et pepigit. Adultiniumvero, finerafirmissi-
mum faciendo et praedictum honorera irrevocabiliter retinendo ,
prsescriptus abbas c et xxx solidos morlanensis monetee ipsi For-
toni Anerio dédit, etabeo Bernardum de Murrino''' et Durandura
1 . Moines de l'abbaye de Saint-Sever.
2. Pierre, vicomte de Sault-de-Navailles, (ils de Guilhem-Raymond. — Ce
lieu est aujourd'hui une commune du canton et de l'arrondissement dOrthez
(Basses-Pyrénées). La motte et les ruines du donjon des vicomtes de SauU
existent encore.
3. Senioratum abbatisc ne signifie pas le patronage d'une abbaye, mais le
patronage de l'église, ce qu'on a exprimé jusqu'en 1789 dans les Pyrénées par le
terme abbaye laïque; les abbés laïques ])renaient rang dans l'ordre de la no-
blesse, et non dans celui du clergé, c'étaient de simples genlilshommes. — Auxvii^
siècle l'emplacement de Lirac était déjà inconnu aux annotateurs du cartulaire
de Saint-Sever, on sait seulement que ce lieu était près de la Crabe et de Mor-
ganx, canton de Hagetmau, arrondissement de Saint-Sever (Landes).
4. Grégoire de Montaner, abbé de Saint- Jean-de-Sorde, abbé de Saint- Sever,
évêque de Dax et évéque de Lescar, gouverna l'abbaye de Saint-Sever de 1028
à 1072.
5. Raymond-Bernard d'Arboucave, abbé de Saint-Sever de 1107 à 1128.
6. Gaston V, vicomte de Béarn (1088-1130).
7. Le nom de Murrino était douteux dans le cartulaire, car les annotateurs
ont mis en marge : seu Meurino, seu Merrino.
285
de Monstror ^ tenore inconcutiendo fidejussores accepit; ita sci-
licet qiiod ipse Forto Anerius, vel generatio ejus, in iEum senio-
ratum se numquam amplius proclamet. Nec hoc etiam prsetere-
imdum est quod de rustico illo quem ipse Forto Anerius Deo et
sancto Severo dederat, qiiando cum Guillelmo Raimundo, fratre
suo, bellimi fecit et victor extitit, nec ullum penitus censum vel
servitium vel opus ad suum castrum sibi retinuit, iino totum
absque ulla servitii subjectione Deo et sancto Severo attribuit et
omnino illum délibéra vit.
Horum necnon signo donorum ipse Forto Anerius nodum in
hoc corrigio primus fecit, et alium nodum Bruno de Saltu, frater
ejus, alios deinceps nodos idonei barones, hujus rei testes, fece-
runt, videlicet Bonus Homo Adurensis episcopus~,etBernardus
de Merrino et Bernardus de Mumii ■' et Durandus de Monstror et
Arnaudus de Peda. Hoc factum est tempore Pictaviensis comitis
Vasconiœ'*, et Raimundi abbatis ipsius loci, atque Adurensis
episcopi Boni Honiinis, Ausciensis archiepiscopi Bernardin
currente incarnationis Domini nostri Jesu Christi anno m° c° xx",
régnante domino Calixto papaii"®.
1. Mouslrou, aujourd'hui section de la cominuae de Piels-PIasence-Moustrou,
canton d'Arzacq, arrondiss. d'Orlhez (Basses-Pyrénées),
2. Bozom, évèque d'Aire (1120-1148).
3. Momuy, commune du canton de Hagetmau, arrondissement de Sainl-Sever
(Landes).
4. Guillaume IX, comte de Poitou et de Gascogne (1087-1127).
5. Bernard de Sainte-Christine, archevêque d'Auch (1118-1126).
6. Calixte 11 fut pape de II 19 à 1124.
NOTE
SUR UN MANUSCRIT PERDU
DES CHRONIQUES DE FROISSART.
Les recherches de Dacier au xviii'" siècle, et de nos jours celles de
Buchon, de M. Lacabane, du docteur Rigollot, de M. Kervyn de
Lettenhove, de M. Caslan et de M. Siméon Luce, ont mis en lumière
un grand nombre de manuscrits des chroniques de Froissart, et
nous pouvons aujourd'hui nous rendre un compte exact des pi-inci-
pales vicissitudes qu'a subies l'un des monuments les plus précieux
de la littérature historique du moyen-àge. Nous sommes loin cepen-
dant de posséder tous les exemplaires que nous aurions besoin de
consulter pour résoudre difTérents problèmes que présente encore
l'histoire de la composition des célèbres chroniques. Il faut donc
appeler d'une façon toute spéciale l'attention des bibliographes sur
des manuscrits dont la trace est perdue depuis plus ou moins long-
temps, et dont la découverte nous apporterait un utile supplément
d'informations. De ce nombre est une copie des deux premiers livres
de Froissart, qui existait à Lille au milieu du xviii" siècle et que les
derniers éditeurs n'ont point retrouvée.
Elle est ainsi mentionnée, sous le n° 336-^, dans le Catalogue des
livres de la bibliothèque de feu Monsieur l'abbé Favier, prêtre à
Lille^ dont la vente commencera le jeudi \ 9 septembre \ 765 ' .
Chronique de Froissard. Manuscrit en deux grands volumes
in-folio, maroquin noir.
Elle fut adjugée au prix de 440 livres. Ce prix n'avait certes rien
d'exagéré : car le manuscrit devait offrir des particularités curieuses
1. Lille, F. J. Jacquez, 1765. in-oclavo de bll pages.
287
que laisse entrevoir la noie suivante, imprimée en tête du Catalogue
(pages xv-xviijj :
Le manuscrit de feu M. l'abbé Favier a, sans contredire, bien
des avantages, et pourroit servir plus qu'aucun autre à donner
une édition plus parfaite de cette importante chronique. Le pos-
sesseur, qui l'a voit soigneusement comparé avec les imprimés, a
assuré plusieurs fois que son manuscrit renfermoit une infinité de
choses qui ne se trouvent que là. Il a fait plus : il a entrepris de
faire une dissertation, dans laquelle il donne l'extrait d'un grand
nombre d'augmentations, qui prouvent très-bien que son manus-
crit est plus étendu, et nous sommes en état de les communiquer
aux amateurs qui voudront vérifier la chose.
Ce qui doit augmenter le prix de ce manuscrit, c'est que le
caractère, ainsi que le langage, en paroit fort ancien, et appro-
cher du temps où Froissard vivoit. Voici ce qu'en dit M. Favier :
« Les deux volumes de ce manuscrit sont écrits de la même
» main, et portent avec eux le coin de la première antiquité, et
» la date du temps de l'auteur, soit par le vieux langage d'alors,
» soit par les mots écrits comme dans ce temps, soit par les aug-
» mentations considérables qu'on pourroit croire avoir été faites
» sous les yeux de Froissard. »
Il ose même avancer, dans un autre endroit, qu'après avoir
parcouru ce manuscrit en entier et l'avoir collationné avec les
éditions de 1505 et de 1549, il l'a trouvé presque augmenté du
double.
On lit à la fin du prologue de ce manuscrit une particularité
qu'on ne trouve point dans les éditions connues : « On m'appelle,
» qui tant me voelt honnourer, sire Jehan Froissard, prêtre,
» canosne de Chimay et de Liles en Hierbe, et ce fis, comppiUy,
» dittay et ordonay à la requête, contemplation, plaisance de
» hault prinche et renommé monsseigneur Guy de ChatiUon ,
» comte de Blois, seigneur d'Avesnes, de Chimay et de Beau-
» mont, de Sconnehove et de la Gode, mon bon maitre et souve-
» rain seigneur. »
Ce qui ajoute un nouveau prix à ce manuscrit, ce sont trois
autres écrits qui tiennent à notre histoire, dont la main, le style
et le langage, paroissent à peu près les mêmes des chroniques.
Le premier contient une généalogie de plusieurs rois de France
et de leurs descendans, rédigée par le sire Jehan le Tartier,
288
prieur de l'église de Cantimpré; comme aussi beaucoup de détails
curieux sur le règne de Philippe-le-I3el, sur les Flamands, sur le
siège de la ville de Lille, sur l'origine des divisions et guerres
entre la France, l'Angleterre et la Flandre. Cette pièce semble
faite exprès pour servir d'introduction à la chronique de Frois-
sard.
Le deuxième écrit contient le détail de la révolution et rébel-
lion des Liégeois, à l'occasion de Jean de Bavière, promu et
investi de l'évêché de Liège.
Le troisième, enfin, est une description historique des choses
qui ont conduit à la fameuse bataille de Rousseauville près
d'Azincourt. Le style et la manière de s'exprimer faisoient croire
au possesseur que deux de ces morceaux pouvoient être de la
main de Froissard. On lit à la fin du manuscrit : « Ja. Carlier.
» Orate pro hujus presentis scriptore Hbri. »
L'abbaye de Cantimpré, où ce manuscrit a été rédigé, située,
pour ainsi dire, dans le pays même de l'auteur, est un préjugé
favorable pour son autenticité. Il est probable que Froissard,
depuis la mort de son protecteur Wenceslas de Luxembourg, duc
de Brabant, arrivée en 1384, jusqu'au moment qu'il s'attachât
au comte de Blois, s'arrêta dans sa patrie ou dans quelque lieu
voisin. 11 dit lui même que, de retour de ses voyages d'Avignon,
de Foix et de Blois, il vint dans le Hainaut et dans le Cambresis.
On peut donc raisonnablement présumer que, vers l'année 1390,
il mit la dernière main aux deux premiers livres de sa chronique,
et qu'à cet eff'et il choisit l'abbaye de Cantimpré.
Quoique ce manuscrit ne renferme que les deux premiers livres
de l'histoire de Froissard , il n'est ni moins important ni moins
précieux, pour quiconque voudroit donner une nouvelle édition
de cet illustre historiographe, qui est entièrement défiguré, tron-
qué et même inintelligible dans toutes les éditions publiées jusqu'à
ce jour.
Dans aucun des manuscrits connus de Froissart, le prologue ne
renferme les lignes citées plus haut par le rédacteur du catalogue.
Toute courte qu'elle est, cette citation suffit pour nous autoriser à
rattacher le manuscrit de l'abbé Favier à la famille que M. Luce a
dénommée première redagtioî< révisée, et qui est aujourd'hui repré-
sentée par trois manuscrits de la Bibliothèque Nationale et par le
manuscrit de M. le duc de Mouchy.
Léopold Delisle.
NOTICE
SUR
LÀ CONTRÉE DU COMTÉ DE BOURGOGNE
APPELEE
«PAGUS SCODINGORUM ».
La Séquanie conquise pai' les Burgundes fut divisée par eux
en quatre régions principales ou pagi, division qui se perpétua
jusqu'au xiif siècle dans les arcliidiaconés, l'organisation ecclé-
siastique s'étant à peu près calquée sur l'organisation civile et
politique. Les travaux de Dunod, Perreciot, Droz, de Gingins,
Désiré Monnier et de MM. Roget de Belloguet et Edouard Clerc,
ont dêterniiné quelles étaient les contrées spéciales delà Franche-
Comté comprises dans chaque pagus. En résumant les indica-
tions que fournissent ces auteurs on peut dire que le pagus
Varascormn embrassait toutes les hautes montagnes du Jura,
depuis la source du Doubs jusqu'à Saint-Ursanne ; au nord, il
était limité par les Rauraques, peuple appartenant primitivement
à la Séquanie, mais qui avait cessé d'en faire partie au v*" siècle;
au sud, par le jmgiis Scodingor^um (entre eux s'étendait toute-
fois un territoire neutre, désigné dans les documents sous le nom
de pagus Heriensis, pays des Hériens, comprenant la partie
montagneuse du canton de Salins et une portion de celui de Le-
vier); à l'est, par l'Helvêtie : à l'ouest, par l'Ognon, Le nom du
pays des Varasques est resté, dit M. Désiré Monnier, à une porte
orientale de la citadelle de Besançon qu'on appelle encore la
porte de Varesco et au village de Scey-sur-la-Loue, désigné géné-
ralement par l'appellation de Scey-en-Varais.
kw pagus Portensis, qui avait pour capitale Pqrt-sur-Saône,
l'ancien Port-Abucin cité dans la carte de Peutinger et dans la
290
Notitia dignitatnm imperii romani, correspondait la plus
grande partie du département de la Haute-Saone. Au pagus
Amausiensis, qui tirait son nom, soit des tribus chamaves qui
avaient repeuplé ce pays au v' siècle, soit de ce qu'il avait pour
capitale Amagotobrie, aujourd'hui liroye-les-Pesmes, d'après la
plupart des savants, se rapportaient l'arrondissement de Dôle et
la partie inférieure de la vallée de la Loue, qui a conservé le nom
de val d'Amour, corruption du mot Amaous. Le prieuré de
Saint-Vivant, près de Dole, fut désigné pendant le moyen-àge par
les expressions de Saint-Vivant en Amaous, pour le distinguer
du prieuré de Saint-Vivant de Vergy, dans le pagus Portensis.
Enfin le pagus Scodingorum embrassait l'arrondissement de
Lons-le-Saunier, la partie montagneuse de celui de Poligny, à
partir de Salins, et quelques lambeaux de celui de Saint-Claude,
car il y avait entre le pagus Scodingorum et le pagus Urbi-
genus (d'Orbe) des régions désertes et couvertes de forêts, sans
appellation géographique, qui furent données plus tard à l'abbaye
de Saint-Claude.
C'est au pagus Scodingorum que nous voulons consacrer
quelques mots, et, nous fondant sur une charte que nous avons
eu la bonne fortune de trouver, établir que ce pagus tirait sou
nom d'une localité spéciale et non pas, comme on l'a prétendu
jusqu'ici, soit d'une caste particuhère de la nation burgunde,
soit de l'Ain qui l'arrosait.
IL
La première mention du mot « Scoding » apparaît dans la lé-
gende de saint Anatoile, rédigée probablement au vu'' ou viii**
siècle. On y lit que, sous le règne de Gondebaud, roi de Bour-
gogne, c'est-à-dire vers la fin du v® siècle, Anatoile, fils d'un
roi d'Ecosse, revenant d'un pèlerinage à Rome, se fixa dans la
vallée de Scoding, où s'élève maintenant la ville de Salins :
« vaUis Scodinga in Sequanis, ubi nunc Salinarum locus. »
Ce renseignement nous semble très-décisif, et nous ne compre-
nons pas comment, en ayant connaissance, de graves auteurs, tels
que Droz, Chevalier, Désiré Monnier, ont pu mettre en doute que
Salins ait lait partie du p)agus Scodingorum. L'auteur anonyme
de la légende de saint Anatoile a écrit à une époque où les anciennes
appellations géographiques tendaient peut-être à disparaître,
29^
mais n'étaient pas encore inintelligibles, et l'indication qu'il
donne est très-précise. Elle a paru suffisante d'ailleurs à Adrien
de Valois {Notifia Galliaruni) et plus tard à M. Alfred Jacobs
{Géographie de Grégoire de Tours et de Frédégaire), pour
assimiler le fjagus Scodingorum au pays de Salins.
Saint Anatoile, voulant se consacrer complètement à la vie
solitaire, se retira dans une grotte située sur le versant de la
montagne de Belin, à l'endroit où s'est élevée depuis l'église qui
lui a été dédiée. De ce fait paraît résulter que, vers 490, la ville
de Salins, si elle existait, était en tous cas peu considérable et
qu'elle devait s'étendre surtout du côté de Bracon, c'est-à-dire
au sud-est, car on ne pourrait s'expliquer comment, en admet-
tant le contraire, saint Anatoile aurait recherché la solitude dans
un lieu habité. Les expressions de la légende indiquent ensuite
d'une manière positive que l'appellation Scoding s'appliquait
alors, non à une ville, ni à une contrée en général, mais à une
vallée, celle de la P^urieuse, que des auteurs ^ ont désignée à tort
comme formant un pagus spécial, celui des Hériens.
Un siècle plus tard, vers l'année G03, Frédégaire nous apprend
que, comme Protadius, romain d'origine, était fort considéré
de tous dans le palais du roi Thierri, et que Brunehault, dont il
partageait le lit, voulait le combler de dignités, il fut nommé, à
la mort du duc Wandalmar, patrice du paj's ultra-jurain et de
celui de Scodingue : « Defuncto Wandabnaro duce, in pago
Ultrajurano et Scotingorum Protadius patricius ordinatur. »
Ainsi, au commencement du vn® siècle, le pagus Scodingo-
l'urti dépendait du royaume de Bourgogne, et, réuni au pagus
Ultrajuranus, qui, selon ]M. Alfred Jacobs, comprenait les
villes d' Avenche et d'Orbe, ainsi que les parties les plus orientales
de la Séquanie, il avait pour l'administrer des patrices particu-
liers. Frédégaire en cite deux antérieurs à Protadius, Theutfried
et Wandalmar. Il résulte certainement des indications de Frédé-
gaire que, de 490 à 603, le mot Scoding, qui avait primitive-
ment désigné spécialement la vallée de la Furieuse, s'était étendu
à tout le pays formant les parties orientale et occidentale du
département du Jura. C'est qu'il est probable que, dans cet inter-
valle, la ville de Salins, qui nous apparaît déjà comme une loca-
lité d'une certaine importance dans la donation de Sigismond à
1. MM. Bechet el Désiré Moimier.
292
l'abbaye d'Agaune en 525, s'était, grâce à l'exploitation de ses
sources salées, considérablement développée et était devenue
peut-être la résidence du patrice lors de ses séjours dans la par-
tie de la Séquanaise située à l'ouest du Jura, et pour ce motif
avait transmis son nom à toute la contrée.
En 901 (Dunod, Histoire du comié de Bourgogne, page
29()), une charte embrasse, sous le nom de cornitutus Sculias-
sensis, tout le pays composant la partie méridionale du dépar-
tement du Jura, et, en 1102, un titre désigne le prieuré de
Ruffey ' par ces mots : p)-ioralus Ruffiacensis in Escoens.
L'antique vocable Scoding avait subi la loi générale qui, du vm''
au XII*' siècle, avait transformé la plupart des noms géogra-
phiques, qu'ils dérivassent du latin ou des idiomes germaniques.
Scoding était devenu d'après cette règle Escoens. Ce dernier
renseignement est précieux, car il prouve d'une manière irréfu-
table que \q pagus Scodingorum s'est étendu à l'ouest bien au-
delà des limites que lui ont fixées Chevalier et Désiré Monnier.
Enfin, au commencement du xiii'' siècle, à une époque indé-
terminée, mais antérieure pourtant à l'année 1221, puisque
Baudin, archidiacre de Salins, qui figure dans la pièce que nous
allons citer, peut être considéré comme le successeur de Girard,
cité pour la dernière fois en 1203, et le prédécesseur de Hugues,
qui apparaît en 1221, une charte inédite (Archives du Jura,
série H) mentionne l'éghse de Goailles ~ sous le nom de ecclesia
Scodinge. Cette pièce est si importante et tranche d'une ma-
nière si décisive la question qui nous occupe que nous croyons
devoir la reproduire.
Notum sit omnibus, tam presentibus quam fuluris, quod, cum ec-
clesia Scodinge haberet mansum unum apud Blane, mansum illum
cum appendiciis suis, scilicet domo, furno, molendinis, batatorio et
terra circumadjacente, concessiL eadem ecclesia sub bac pensione
Guilelmo Gemello, quod idem Guillermus singulis annis daturus sit
in vita sua seplem bichetos frumenti et duo libéra et quasdam tibias
et unam gallinam, et post ipsius mortem octo bichetos frumenti cum
aliis prenominatis memorata percipiet ecclesia, et si aliquam melio-
1. Sur la Seille, canton de Bletterans, arrondissement de Lons-le-Saunier,
département du Jura.
2. Section de Salins, à la source d'un petit affluent de la Furieuse.
293
rationem fecerit sepe dictus Guillermus in jam dicto manso, totum
concessit in helemosinam idem Guillermus ecclesie Scotinge. Heredes
autem ejusdem Guillermi sub pensione octo biclietorum frumenli
cum supradictis mansum memoratum tenere poterunt; et si quam
meliorationem ibi fecerint, totum in helemosinam ad ecclesiam sepe
dictam devolvetur. Hoc autem ita recognovit jam dictus Guillermus
in presentia Baudini, archidiaconi Salinensis, qui in rei geste testimo-
nium cum aliis sigillis sigillo suo présentera fecit cartulam insigniri.
(Les sceaux qui étaient pendants manquent).
Cette charte, mentionnée dans les anciens inventaires de
Cxoailles, et cotée sous la rubrique DA •, veut sans aucun doute
désigner l'église de Goailles parles termes de « ecclesia Scotinge.»
Nous serions porté à croire qu'elle est antérieure à l'année 1207,
époque de la fondation de l'abbaye de Goailles, car il n'y est fait
aucune mention de cette abbaye, et, Baudin étant déjà archidiacre
de Salins en 1204, elle peut être datée de cette année ou des deux
suivantes. Quoi qu'il en soit, ce document est le dernier où figure
le mot Scocling.
D'ailleurs, dès M70, une charte de Girard de Vienne (Bibl.
nat. Bourgogne, 81, n° 603) accordant des moutées de muire à
l'abbé Guillaume de la Ferté sur les puits de Salins et Lons-le-
Saulnier, plaçait ces deux localités « in pago Bisuntinensi », ce
qui indique que l'appellation Scoding tendait déjà à dispa-
raître.
III.
Nous avons, nous l'espérons, démontré que le mot Scoding
s'appliquait dans le principe à une localité qui était Goailles,
et qu'il s'était étendu ensuite à toute la contrée composant le
pagus. Nous n'entrerons pas dans l'examen des différentes éty-
mologies qui ont été proposées pour expliquer l'origine de ce
vocable.
Nous ne croyons pas avoir à revenir sur les limites du pays
de Scoding que nous avons indiquées en commençant cette no-
tice et que nous déterminerons d'une manière exacte en leur
1. Les litres de l'abbaye de Goailles étaient classés d'après l'ordre des mots
de l'oraison dominicale et des psaumes.
294
faisant comprendre la partie occidentale et méridionale du can-
ton de Salins, ceux d'Arbois, Poligny, Chauipagnole, Voitcur,
Sellières, Bletterans, Lons-le-Saunier, Conliège, Beaufort, Or-
gelet, Clairvaux, Arinthod, Saint-Julien. Quant aux cantons
des Planches, jMorez, Saint-Claude, Moirans, les Bouclioux, qui
ont formé la terre de Saint-Claude et plus tard la grande
judicature, nous pensons que ces contrées n'étaient comprises
au vi" siècle dans aucune subdivision de la Séquanaise, puisque
postérieurement elles ont èiè rattachée» a.\i coïnitaliis Varesi-
nus ou pays de Nantua, et que c'est pour ce motif que Saint-
Claude a toujours fait partie du diocèse de Lyon, dont dépendait
ecclésiastiquement le jjagusVaresinus, et que l'évêque de Saint-
Claude est encore suffragant de l'archevêque de Lyon.
Jules FiNOT.
BIBLIOGRAPHIE.
DocDMENTS MANUSCRITS de l'ancienne littérature de la France conser-
vés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne. Rapports à M.
le ministre de l'instruction publique., par M. Paul Meyer, membre
du comité des travaux historiques. V^ partie: Londres (musée
britannique), Durham, Edimbourg, Glasgow, Oxford (Bodleienne).
Paris, imp, nat. iS7l. 8°, 268 p. (Extrait àQ?> Archives des mis-
sions, 2^ série, t. LU, IV, V). — Chez Franck, prix : 6 francs.
Pour plusieurs causes, que M. Paul Meyer a justement rappelées au
début de son livre, les bibliothèques anglaises sont très-riches en ma-
nuscrits de notre ancienne littérature. Aussi n'est-ce pas la première
fois que, soit agissant de son initiative privée, soit chargé d'une mission
officielle, quelqu'un de nos compatriotes passe la Manche pour aller
consulter et fouiller ces importants dépôts. Sans parler des publica-
tions séparées d^ouvrages tirés des manuscrits de la Grande-Bretagne,
quatre travaux d'ensemble ont déjà paru *. Il restait cependant encore
beaucoup à glaner après eux, et M. P. M., ainsi qu'il le reconnaît lui-
même, est loin d'avoir épuisé la matière ; nous en donnerons plus loin
quelques preuves. M. P. Meyer n'en a pas moins fait plusieurs décou-
vertes du plus haut intérêt pour notre histoire littéraire, et, à part
quelques erreurs, qu'il a pour la plupart rectifiées depuis, le contin-
gent qu'il apporte à la science est considérable.
La mission dont avait été chargé M. Meyer avait (c'est lui qui
nous l'apprend) un double objet: « Le premier était d'étudier et
de coUationner un certain nombre de manuscrits qui renferment
des chansons de geste, destinées à prendre place dans le recueil des
Anciens poètes de la France; le second consistait à rechercher d'une
1. C'est d'abord deux rapports de M. Francisque Michel, l'un de 1835 et
l'autre de 1837, parus tous deux en 1839. {Rapports au ministre. Paris, impr.
royale. 4% pp. 39-203 et 204-286.) Ils parlent de divers rass. conservés à Lon-
dres, Oxford, Durham, Lincoln, York et Edimburgh. Les découvertes faites,
qui sont considérables, s'y trouvent entassées pèle-méle et sans table ni index.
Les autres publications, moins développées, sont celles de MM. Sachs {Beiirœge
zur Kunde altfranzœsischer, englischer und provenzalischer Liieratur), H. de
la Villemarqué {Archives des missions, t. V, p. 89-116), et Hippeau {Ibid., p.
129-176).
296
manière générale tout ce qui peut intéresser l'histoire littéraire de la
France pendant le moyen âge. » C'est dans la seconde partie de ses
explorations que M. Meyer a été plus particulièrement heureux.
Aussi y insiste-t-il davantage, et non sans raison. Pour donner à
nos lecteurs une idée plus exacte et plus profitable des innombrables
faits fournis par le livre où il a consigné le résultat de ses recherches,
nous le suivrons pas à pas, en notant au passage chaque révélation
importante, que nous aurons soin de contrôler, s'il y a lieu, d'après
les publications postérieures de M. Meyer ou d'autres.
Envoyé en Angleterre à plusieurs reprises depuis 1865, notre confrère
a vu successivement les bibliothèques publiques de Londres, Durham,
Edimbourg, Glasgow, Oxford et Cambridge, et a eu la bonne fortune
d'être admis à connaître l'immense collection delordAshburnham.Les
3 rapports qu'il réunit aujourd'hui ont paru dans les Archives des Mis-
sio7is scientifiques el littéraires de 1866 à 1868, et constatent les décou-
vertes et les études faites dans les cinq premières bibliothèques-
Chaque rapport est suivi d'appendices et de nombreux extraits.
^er rapport. — Muske Britannique. M. P. Meyer s'y est d'abord oc-
cupé de coUationer des manuscrits de plusieurs chansons de geste
déjà signalés. Après une série de notes contenant des renseignements
bibliographiques un peu confus sur les catalogues de manusc. anglais,
commence la série des découvertes. Voici d'abord un volume conte-
nant de très-remarquables poésies latines du chancelier de Paris,
Philippe de Grève, connu surtout par ses luttes contre l'Université.
Ce qu'en dit en cet endroit M. Meyer a été corrigé et surtout complété
dans un intéressant article du second numéro de la Romania (pp. i90-
215) où se trouvent aussi de nombreuses rectifications à plusieurs
passages des Rapports qui nous occupent. Le même manuscrit (Eger-
ton 27Zi) récemment acquis par le British .Muséum, contient 19 chan-
sons françaises, dont cinq étaient inconnues. A ce propos M. P. Meyer
publie une table de concordance des chansonniers français, qu'il a
avoué depuis n'être pas satisfaisante et dont il annonce une refonte.
Un nouveau nom pour notre histoire littéraire est fourni par le ms.
addit. 10,015: c'est Jean de Journi, auteur d'un poème allégorique en
vers de huit syllabes. Son ouvrage, qui se recommande surtout par sa
nouveauté et sa date, est appelé par le poète la Ditm de Pénitence et
fut composé à Nicosie en 1288, Il va être prochainement édité par
M. H. Breymann.
Après trois ouvrages provençaux, dont le plus ancien est une tra-
duction de la Chronique de Turpin, nous arrivons à la découverte que
M. Meyer regarde à juste titre comme la plus importante de toutes
celles qu'il a faites. Jusqu'alors on connaissait d'après une pièce de
vers français d'un ms. des Chroniques de Saint-Denis conservé à la
bibliothèque Sainte-Geneviève, un personnage du nom de Primat qui
297
tantôt avait été pris pour un simple copiste, tantôt pour l'auteur —
ou tout au moins le traducteur — de ces mêmes Chroniques. Dans un
des manuscrits du musée britannique (Reg. 19. D. I), qui n'aurait pas
dû rester ignoré aussi longtemps, puisqu'il fait partie du plus ancien
fonds de la BibliotJièque et qu'il est décrit dans le catalogue publié
en 173i, M. Meyer n'a pas été peu étonné de trouver un fragment con-
sidérable d'une chronique des règnes de Louis IX et de Philippe III.
Or cette chronique, dont nous n'avons ici que la traduction française
faite par Jean de Vignay^ pour la femme de Philippe de Valois, Jeanne
de Bourgogne, est attribuée expressément à Primat par le traducteur ;
J. de Vignay ajoute même un renseignement important, c'est qu'il s'est
servi de l'œuvre de Primat pour faire une suite au Miroir hislorial de
Vincent de Beauvais, lequel s'arrête à 1250. De 1250 à 1285, plusieurs
faits inconnus ou mieux présentés constituent l'intérêt de ce nouveau
document historique.
Mais qu'était-ce que Primat? M. Meyer s'est livré à de longues
recherches, qui l'ont amené à conjecturer que cet auteur avait dû être
l'original de Guillaume de Nangis. Celui-ci redescendait donc au rang
de compilateur; M. Meyer donnait d'ingénieuses raisons à l'appui de son
opinion. Mais depuis, M. Léopold Delisle, dans un mémoire lu à l'Ins-
titut, en 1869, et dont les conclusions ont été publiées dans la Biblio-
Ihèque (t. XXXI, p. 126j, a établi que la vie de saint Louis par Guil-
laume de Nangis ne dérivait pas de la Chronique de Primat, et montré
à l'aide de documents nouveaux, que chacun de ces deux ouvrages a
été en partie rédigé d'après un même recueil de notes et de mémoires
historiques qui se formait et se conservait dans l'abbaye de Saint-
Denis. Si M. P. Meyer n'avait pas réussi du premier coup à déterminer
d'une façon aussi certaine le rapport des deux écrivains, il ne lui reste
pas moins l'honneur d'avoir reconnu et signalé le premier l'existence
d'une source précieuse de notre histoire.
Les manuscrits du British Muséum dont la notice vient ensuite
offrent un intérêt bien moins vif. Signalons toutefois un exemplaire
- du roman de Thésée de Cologne, dont la France ne possède pas de
copie, et un manuscrit des Chroniques de Saint-Denis, volé à la Biblio-
thèque nationale. Enfin une version catalane de la traduction française
de Tite-Live, faite auxiv« siècle pour le roi Jean. C'est là une nouvelle
preuve — et bien frappante — du succès de cette traduction, dont on
connaît plus de cinquante manuscrits, pour la plupart magnifiques.
Dans un des prochains numéros de la Bibliothèque nous nous efforce-
rons de faire connaître, avec le relief qu'elle mérite, l'intéressante
figure de son auteur, qu'on s'obstine à appeler Pierre Bercheure ou
Berceure, et qui se nommait tout simplement Bersuire.
2' rapport.— \. Durham. — Une des deux bibliothèques de cette ville,
celle du Chapitre, avait déjà été visitée par M. Fr. Michel qui y avait
20
298
copié plusieurs manuscrits imporlants. Il avait cependant trop peu
Insisté sur l'un d'eux qui contient le second exemplaire connu de
VAlexandre de Tliomas de Kent. Dans la bibliothèque de Tévêque
Cosin, M. i^aul Meyer avait à revoir un manuscrit contenant deux
chansons de Geste, celle d'Anseïs et celle d'Ogier. Il donne un long
extrait de ce dernier poème dont il apprécie la valeur au regard des
quatre autres copies qui se trouvent en France.
II. Edimbourg. — Là aussi, il y a deux bibliotlièques publiques; mais
on ne trouve de manuscrits anciens que dans VAdvocales library. Ceux
que M. P. Meyer a revus après M. Fr. Michel, ou découverts à nou-
veau^ n'ont pas une grande valeur'. Le plus digne de remarque est
l'exemplaire (seul connu) d'un ouvrage de Guibert de Tournai, inti-
tulé Erudilio regum et prhiciptan. Los recettes (ou quentyses) en fran-
çais, publiées pages 107 111, sont simplement curieuses.
III. Glasgow. — L'intérêt des manuscrits d'une des deux bibliothèques
de cette ville, le musée Hunter, qui n'avait encore été que peu explo-
rée par nos compatriotes, consiste surtout en ce que beaucoup de ces
volumes sont en bel état et proviennent de bibliothèques françaises;
parmi celles-ci, citons surtout la collection Gaignat, dont plusieurs
livres ont passé à Glasgow en 17G9. Mais c'était une collection d'ama-
teur, où se trouvaient de beaux exemplaires plutôt que de bons
ouvrages. M. Paul Meyer en donne des descriptions détaillées, où
nous ne voyons à noter qu'un volume des Chroniques de Saint-Denis
et un manuscrit du premier livre de Froissart'- Un autre nom nouveau
révélé par M. P. Meyer, est celui de liaiif de Linham, auteur d'un Arl
de Kale7ider, qui compte ù peu près 1200 vers. Depuis la publication
déjà ancienne de ce rapport, M. Stengel ' a signalé deux autres copies
de ce traité du comput. Mais de tous les manuscrits du Hunterian
Muséum celui qui a paru à notre confrère avoir le plus de valeur
scientifique est « un mince cahier de quatre feuillets in-S", contenant
un fragment de glossaire latin-français du milieu du xiii'= siècle et
disposé par matières. » D'après les extraits qu'il en a donnés en
appendice, ainsi que dans le Jahrbuch flir Rom. lileratar (t. VII, p. 37-
38) au milieu d'autres Bribes anglo normandes rapportées de ses
voyages en Angleterre, on peut juger du prix de ce document lexico-
graphique. Il serait bien désirable que M. P. Meyer le publiât
bientôt dans le recueil que M. G. Paris et lui nous promettent.
1. Depuis on a signalé dans celle bibliothèque un ms. de Joinville. V. ci-
dessus p. "202, un article de M. L. Delisle, relatif à deux rapports sur les ma-
nuscrits historiques d'Angleterre.
2. Dans les deux volumes dont il est question à la note précédente, on voit
qu'un autre ms. de Froissart, du xv" siècle, se trouve dans la bibliothèque
des révérends pères jésuites, à Stonyhurnst.
^. Codex manuscriplus Digbij 80. Halle, 187], 8", \>. viii.
299
5« rapport. — Oxford. Comme le British Muséum, la Bibliothèque
Bodleienne, qui est la plus riche d'Oxford et la seule dont M. Meyer
se soit occupé, a été déjà souvent visitée et explorée avant lui. Toute-
fois le long rapport qu'il lui a consacré, rédigé avec plus de compétence
et de maturité que les précédents, est un travail qui mérite d'arrêter
encore quelque temps notre attention. M. P. M. s'y est proposé de
faire une « exploration générale des documents de la Bodleienne qui
intéressent l'histoire de notre littérature, » et son rapport devra être
entre les mains de tous les Français qui, désormais, iront travailler à
Oxford. Il donne d'abord une histoire abrégée de la formation de la
riche bibliothèque à laquelle Bodley a laissé son nom, et une très-utile
liste des catalogues de manuscrits des vingt bibliothèques que compte
l'université. Puis il énumère les travaux généraux faits avant le sien,
et les publications de textes tirés de la Bodleienne, qui a, comme on
sait, l'honneur de posséder le manuscrit de la chanson de Roland.
Nous ne suivrons pas M. Meyer dans toutes ses descriptions; nous
nous arrêterons seulement aux principaux passages de son rapport.
A propos du manuscrit Digby 53, qui n'était pas inconnu des sa-
vants, et contient des poésies latines, voici en premier lieu une longue
dissertation sur les deux poètes qui ont porté le nom de Serlon* et les
écrits qu'il convient d'attribuer à chacun d'eux. Dans le même volume,
mêlés aux pièces latines, se trouvent des proverbes français qui, bien
que défigurés par un scribe anglais, paraissent pour la plupart plus
anciens, et par conséquent plus curieux, que leurs correspondants
publiés par Le Roux de Lincy.
Un manuscrit (Canonici mise. Ik) qui contient des textes impor-
tants pour l'histoire des lettres françaises au moyen âge, est signalé
par M. Meyer pour la première fois; c'est un livre du début du xui»
siècle. De tous les poèmes qu'il contient, un seul, la vie de sainte
Marie égyptienne, était connu par d'autres copies '. Ce qui nous a
le plus frappé dans ce volume, c'est une œuvre assez considérable en
quatrains monorimes, à laquelle M. Meyer a donné le nom de poème
moral. Par la modération de sa pensée comme par la pureté de son
style, l'auteur se montre digne de prendre place à côté des bons écri-
vains du XII' siècle, tels que Chrestien de Troyes et Garnier de Pont-
Sainte-Maxence. Pour que nos lecteurs en soient juges, nous ne pou-
vons mieux faire que de rapporter ici quelques quatrains. Dans le
passage qu'on va lire, le poète, développant un thème favori aux clercs,
1. Conférez cependant \s.Roviania, I, 195.
2. Nous croyons que M. Meyer aurait pu en dire autant d'un autre morceau
du recueil, qui est une rédaction de la Vie de St- Alexis absolument indépen-
dante de la version que M. G. Paris vient de publier. Il y en a un autre exem-
plaire.
300
essaye de prouver que « granz péchiez est de donneir as juglors et as
lecheors : »
Sanz Polz ilist kc li hom se doit bien Iravilhier ;
Par oevre qui bone osl li lisl bien gaanier,
Donl il puisl ceaz qui sunl i)essignos adrecier.
Bien gaaniet ki si gaaniel donl allrui vuit aidier.
Mais cui doit hom aidier elcui doit on doneir?
Celui qui seit as tables et as escas joueir,
Ke maintenant en puisl a la taverne aleir,
Ki bien sachet les uns et les altres gabeir ?
Ceaz qui scvent les jambes enconlremont jeleir,
Qui sevenl lote nuit rolruenges chanteir,
Ki la niainie font e saillir e danceir,
Doit lioin a ileil geni lo bien Deu aloweir?
Kant k'il font, kant k'il dient, lot lurne alecherie:
Pardoneiz moi cesl mot se j'ai dit vilonie:
N'en puis mais, car mut font pis ke je ne vos die ;
C'est une gent ke Deus a dempneie et maldie.
Ensi ke l'altre gent ne vont il ne ne rient :
Or sallenl, or vielent, or braient et or crient.
Trestot lurne apechiet cant k'il funl, cant k'il dienl;
Ce sunl cil quiles anrmes deslruient et ocient.
Ki a telle gent donent n'ont ne sens ne savoir,
Car en granz maz les funt et en pechiet chaoir;
E a Deu respondronl, bien lo sachiez par voir,
De ce k'en vanileit ont doneit lor avoir'.
Parmi les morceaux que renferme le manuscrit Douce 308, déjà
connu antérieurement, M. Meyer insiste sur un texte inédit des Tour-
nois de Chauvenci, à l'aide duquel il publiera bientôt une édition plus
complète que celle de Delmotte, et surtout sur un recueil de chansons,
pastourelles et jeux-partis, qui offre un caractère particulier : c'est
que les pièces n'y sont pas notées et sont classées à peu près par
1. Ainsi qu'on peut le remarquer, ce ms. présente des formes dialectales assez
accentuées. Ce fait n'a pas échappé à la science exercée de M. P. Meyer : il a
étudié ces formes curieuses et les attribue à la région septentrionale de la Bour-
gogne. De l'avis de notre confrère M. Bonnardot, si compétent sur ce sujet, il fau-
draitencore remonter un peu plus vers le nord, et nous aurions ici la pure lan-
gue de la Lorraine au xii'-' siècle. Bien plus : la même particularité se remarque
dans le ms. dont nous allons parler, qui est marqué comme ayant appartenu
au XV' siècle à deux membres de la famille Le Gournaix. Or, d'après M. Bon-
nardot, les Le Gournaix auraient fourni, dès le xiii'' siècle plusieurs magistrats
municipaux à la ville de Metz.
304
genres. Eq outre, beaucoup des morceaux de ce chansonnier ne se
trouvent pas ailleurs. M. Meyer en donne une table complète avec
nombreuses concordances et publie plusieurs pastourelles qui sont
charmantes.
II faut finir : je passe divers manuscrits contenant entre autres des
Sermons de Maurice de Sully, le Roman d'Hercule et VHistoire de
Jules César, vaste compilation sur l'histoire ancienne dont nous nous
occuperons quelque jour. Voici, pour terminer, un autre chansonnier,
provençal, cette fois (Douce 269j, à propos duquel M. Meyer avait
dressé une ample table des poésies des Troubadours, Lui-même en a
reconnu depuis les imperfections et se propose de les rectifier pro-
chainement dans un travail d'ensemble. En attendant, on peut con-
sulter les articles qu'il a consacrés dans la Bibliothèque au manuscrit
Giraud, et le Grundriss ziir geschichle der Provenzalichen lileralur de
Bartsch.
il ne nous reste plus qu'à former un vœu : que M. Meyer nous
donne au plus tôt le résultat de ses explorations à Cambridge et à Ash-
burnham-Place, qui teroiinera la série de ses Rapports. Puis, l'œuvre
menée à bonne fin, qu'il la complète par une table où seront réunies
toutes ses recherches, et par un travail d'ensemble où il achèvera de
relever les erreurs inévitables à tout ouvrage dont les diverses parties
sont publiées à des intervalles si éloignés !
Léopold Pannier.
ALlSCA^s, chanson de geste publiée d'après le manuscrit de la biblio-
thèque de l'Arsenal et à l'aide de cinq autres manuscrits par MM. F.
Guessard et A. deMontaiglon. Paris, Franck, 1870, in-32, lxix,
et 327 pages.
Quelle est l'étymologie d'Aliscans? Ce nom paraît être composé. Le
second terme serait le latin campus. Quant au premier, on l'explique
par l'adjectif elysii. Il n'y aurait pas, ce me semble, d'objection pho-
nétique à opposer à cette étyraologie : e, atone, suivi d'/, se change
quelquefois en a dans le bas latin et le français (Brachet, dans les
Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. I, p. Zil9-Zi20). Seu-
lement l'intervention de la mythologie grecque semble extraordinaire
Ici. Alis est peut-être le débris d'un nom d'arbre gaulois, adopté par
plusieurs langues germaniques et gardé en français, l'alisier {Gram-
matica celtica, 2" édition, p. 808; cf. Grimm, Deutsche Grammatik, t.
II, 2' édition, p. 139-lZiO-269; Corssen Aussprache, 2« édition, p. 531;
Schade, Wôrterburch, p. 78, Diez, Worterbuch, 2* édition, t. II, p.
196)'. C'est peut-être aussi un nom de famille importé d'Italie en
1. MM. Liltré et Brachet dans leurs dictionnaires écrivent eli'M {=: alita), au
lieu d'elira, « aune, » qui peut être la forme moderne d'un primitif alisa.
302
Gaule, Halesius (Fabretti, Glossarium ilalicum, p. 559), ou un nom
d'homme germanique (Zeuss, Die Deutschen, p. 12Zi; Foerstemann, A^a-
merbuch, col. 69).
Le nom d'Aliscans est porté par un ancien cimetière qui sert au-
jourd'hui de promenade aux habitants d'Arles. Suivant une légende,
qui est une des bases de notre chanson de geste, une partie des com-
pagnons de Roland, morts à Roncevaux, aurait reçu la sépulture dans
le cimetière d'Aliscans. Ce cimetière aurait plus tard été le théâtre
de deux batailles qui tiennent dans notre chanson de geste une place
considérable.
Le héros du poème est Guillaume au court nez, autrement dit Guil-
laume d'Orange ou le marquis Fierebrace. C'est Guillaume II, comte
de Poitiers, Zi* du nom comme duc d'Aquitaine, 9G3 990, mort dans
l'abbaye de Saint-Maixent, où il était moine, en 99/j {Art de vérifier les
dates, 3' édition, t. II, p. 353).
Le sujet est résumé par M. Guessard, ainsi qu'il suit :
« Le comte Guillaume, vaincu en Aliscans et réduit à la fuite, rentre
» à Orange sous un déguisement et couvert de blessures. La comtesse
» panse ses plaies, ranime son courage et l'excite à une revanche.
» Mais les siens sont morts ou prisonniers; il ira donc demander aide
» à son beau-frère le roi Louis. Il part, obtient, non sans peine, le
» secours dont il a tant besoin, et revient défaire les Sarrasins sur le
» même champ de bataille où il a fui devant eux. »
Il y a donc dans ce poème, trois parties : la première est le récit de
la défaite de Guillaume, la seconde celle de son voyage, la troisième
celle de sa victoire. M. Paulin Paris a soutenu que l'auteur primitif
n'a composé que la première partie. Cette opinion a été adoptée par
M. Jonckbloet, elle est rejetée par les éditeurs qui trouvent seulement
certains vices de composition dans le rôle de Rainouart au Tinel, per-
sonnage comique qui apparaît au milieu de la seconde partie. Le sys-
tème de MM. Guessard et de Montaiglon est défendu avec tant de
talent qu'il est difficile de ne pas l'adopter.
Ce poème, qui renferme incontestablement de grandes beautés, et
qui, sur bien des points, peut soutenir la comparaison avec la chanson
de Roland, paraît avoir été composé à la fin du xii^ siècle, à une date
presque contemporaine du plus ancien manuscrit. On en connaît
douze manuscrits, une version française en prose, un texte italianisé,
une version italienne en prose, tous trois du xiv* siècle, une rédaction
allemande du xiii«.
Le manuscrit, qui a servi de base à l'édition, appartient à la biblio-
thèque de l'Arsenal. Ce manuscrit est le seul où chaque laisse soit
suivie du petit vers de six syllabes qu'on remarque dans la chanson de
Roland. Il paraît artésien et du commencement du xiii* siècle, malheu-
reusement il n'est pas complet.
303
Le plan de cette édition est le même que celui des autres tomes
de la collection des anciens poètes de la France. La préface est suivie
d'un sommaire détaillé, que peuvent se contenter de lire les hommes
pressés et ceux que la langue française du moyen âge effraie. Vient
ensuite le texte. Les notes et variantes terminent le volume, qui est
en tout point digne de ceux qui Pont précédé. Ajoutons que cette
chanson de geste est, comme œuvre littéraire, une des pièces capi-
tales de la collection.
H. d'ArBOIS de JUBAIXVILLE.
ÉTUDES critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne par
M. Gabriel Monod, directeur-adjoint à V école des hautes étiides, et
par les membres de la conférence d'histoire. I "• partie. Introduc-
tion. — Grégoire de Tours. — Mariusd'Avenches. —Paris; Franck,
i872, in-8''dei63 pages.
L'École pratique des Hautes Études, dans laquelle nous comptons
plusieurs de nos confrères, s'est occupée pendant l'année 1869 de
l'étude critique des sources de l'histoire de France à l'époque méro-
vingienne; M. Monod, directeur-adjoint, en résumant les observations
faites par chacun des élèves, aux conférences hebdomadaires, a com-
mencé une publication d'un haut intérêt.
L'étude sérieuse des sources de notre histoire nationale n'avait pas
encore été abordée d'une manière sérieuse; on avait des travaux par-
ticuliers sans doute; mais ces efforts isolés ne sont pas appelés à être
aussi complets, aussi autorisés, aussi impartiaux qu'un travail collec-
tif dans lequel la discussion verbale permet d'arriver plus prompte-
ment et plus sûrement à des conclusions.
On apprend à travailler, à chercher et à trouver à l'École des
chartes; on apprend à écrire et mettre en œuvre les documents édités,
à l'École normale. Nous voyons avec plaisir l'École des Hautes Études
réunir les aptitudes spéciales de l'une et de l'autre^ pour les appliquer
à la critique des sources de l'histoire de France.
M. G. Monod, dans une introduction de vingt pages, jette un
coup d'œil d'ensemble sur les documents les plus anciens relatifs à
l'histoire du moyen âge. H montre le clergé conservant la tradition de la
science historique, et la continuant en lui donnant un cachet religieux;
de là la préférence attachée aux événements ecclésiastiques, au préju-
dice des faits d'ordre politique, dans les vies de saints, les chroniques
et les histoires. Il rappelle ensuite qu'à côté de ces précieux matériaux,
il y aies lois, les formules, les canons des conciles, les diplômes, les do-
cuments littéraires, qui ne doivent pas être négligés. Cette introduction,
par le fait, est un vaste programme, qui, à mesure qu'il sera rempli,
vulgarisera la science historique sous son véritable jour, et servira
304
puissamment à reconstituer notre histoire, qui, il faut l'avouer, est à
refaire depuis la première page.
Ce premier cahier contient une étude approfondie des ouvrages de
saint Grégoire de Tours, et de \di Chronique de Marins, éviîque d'A-
venche. Les écrits de saint Grégoire s'arrêtent en 591, etMarius mourut
en 594. Ce sont ces deux prélats qui fournissent les renseignements
les plus sérieux sur le vi'^ siècle.
La partie du travail qui concerne le premier est la plus considé-
rable, et c'était naturel, eu égard à l'importance et au nombre des
écrits de l'évêque de Tours. Nous y voyons défendue, avec autant de
tact que d'érudition, l'autorité de saint Grégoire comme historien; sa
vie est complètement retracée; sa bibliographie complète; la recherche
des sources auxquelles il a emprunté les éléments de ses travaux est
faite avec un soin méticuleux; les impressions personnelles qu'il a su-
bies sont mises en relief avec tact. Toute personne qui voudra lire
avec fruit l'aîuvre de saint Grégoire, devra prendre connaissance tout
d'abord du fascicule dans lequel M. Monod a résumé les travaux de ses
élèves en y ajoutant beaucoup du sien.
La chronique de Marins d'Avenches ne fournissait pas un champ aussi
étendu à la critique. M. Monod en fait remarquer Texactitude: son
avis est que ce prélat se servit des travaux de saint Grégoire, mais les
compléta plus d'une fois, en consignant des détails particuliers à la
région orientale des Gaules, occupée par les Burgundes. Il maintient
que, sauf quelques erreurs, la chronologie de Marins est bonne ; quel
est l'ouvrage purement chronologique dans lequel on ne puisse trouver
quelque faute?
A. de B.
ViTA Sancti Bertini metrica, Simone auclore. — Vie de saint Berlin,
en vers, composée par Simon, transcrite du manuscrit original,
avec une notice préliminaire et des notes, par M. François Morand,
membre du comité des travaux historiques. Paris. Imp. nat., 1 872,
4°, 43 pages (Extrait des Documents inédits publiés par les soins
du ministère de l'instruction publique).
Mabillon et les Bollandistes avaient déjà publié trois vies en prose
de saint Bertin. xMais ils s'étaient bornés à signaler l'existence de deux
poèmes relatifs au même personnage, jugeant qu'ils n'ajoutaient rien
il sa biographie. M. François Morand, tout en partageant sur ce dernier
point l'opinion de ses devanciers, a pensé que l'une au moins de ces
deux vies en vers latins offrait de l'intérêt comme production littéraire
du xu^' siècle, et il a, non sans raison, entrepris de la publier d'après
le manuscrit conservé à Boulogne-sur-Mer. L'auteur de cette vie est
Simon, qui fut abbé du monastère de Saint-Bertin de 1131 à 1136.
305
Ce qui ajoute encore à l'opportunité de cette édition, ce sont les pro-
cédés de versification employés. Parmi ces procédés il y en a qui sont
connus: ainsi la plus grande partie du poème est en vers léonins,
quelquefois rimant deux à deux; il en est de même pour un autre
tour de force poétique déjà signalé par VHistoire Hltéraire de la
France (XIII, 588), et que Simon a plusieurs fois tenté; tels sont les
deux vers /i57 et Zi58 :
Vates, dus casu, vacuum vas, qui jacet, haustu,
Previdet ; artatur ; vino manat ; relevatur.
qui doivent se lire de cette façon : «Vates previdet; dux casu artatur;
vacuum vas vino manat; qui jacet relevatur haustu.
Mais M. Morand insiste surtout sur une combinaison nouvelle que Si-
mon a employée dans onze vers de sa Vita sancli Bertini (/|99-509) et
qu'il appelle lui-même vers catapultes, t'ersica<ûf/?«<//mt. Voici comment
ils sont disposés dans le manuscrit, je prends par exemple le vers 505 :
dapibus pie
In ce > na
le raenle refre
qui doit se lire en ce sens :
In cena dapibus pleua te mente refréna.
M. Morand pense que ce genre de vers est une sorte de symbole, une
« figure de la plume en rapport avec l'intention du poète et le but de
son discours. » Il aurait surtout été employé dans la satire, la maxime,
la sentence, et M. M. a cru retrouver la même disposition dans une
pièce de Kilinde, abbesse de Hohenbourg au xii» siècle, et parmi les
œuvres du célèbre Marbode.
La publication de M. Morand est faite avec soin et sera consultée
avec profit par les savants qui étudient la poésie latine du moyen-âge.
L. P.
Rôles de l'armée de Gaston Pluebus, comte de Foix et seigneur de
Béarn ' \ 37 ù-\ '37 H), publiés d'après un manuscrit inédit par Paul
Rajmond. Bordeaux, imp. G. Gounouilhou, IS72. In-4°dexxet
i S4 pages.
Sous ce titre, notre confrère M. Paul Raymond a publié l'un des
plus curieux documents que nous possédions sur l'organisation des
armées féodales au xiv^ siècle. L'original en est conservé aux archives
des Basses-Pyrénées, sous la cote E 303. Pour en faire connaître la
nature, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le sommaire
analytique dont l'éditeur a fait précéder sa publication :
« Le registre commence par un rôle relatif à l'artillerie et au train
306
des équipages. — Viennent ensuite : un rôle contenant la désignation
des maréchaux de l'hôtel, prévôts, etc. — le rôle des officiers de la
maison du comte; — le rôle des commissions pour faire la levée des
troupes et les réquisitions en argent et en nature; — une ordonnance
pour quatre capitaines chargés du choix des soldats et fixant les bail-
liages où ils doivent les lever; — les formules diverses employées par
Gaston Pha^bus pour convoquer à Morlaas, le 2 août 1376, les évêques,
les barons et nobles du Béarn, les bailes, les commissaires des gens
d'armes de Béarn et de Marsan, les capitaines des sergents, puis les
amis et les alliés du comte, etc.; — une montre proprement dite, où
figurent les barons, nobles et autres gens de guerre de la vicomte de
Béarn qui se présentèrent, à l'époque indiquée, dans l'église des Cor-
deliers de Morlaas, devant Arnaud-Guilhem de Béarn, lieutenant du
comte; les nobles de Nébouzan, Foix, Albigeois, Lauragais, Bigorre,
Biscaye, Navarre, prévôté de Saint-Sever, Carcasses, Agenais, Astarac,
risle, Bordelais, pays toulousain, et les parents du comte; — le rôle
des chevaux que devaient fournir les habitants du Béarn <ît du Marsan;
— une note des vérifications de détails militaires à faire par Arnaud-
Guilhem de Béarn, Pierre de Navailles et Bernard de Luntz; — une
autre note pour Arnaud de Castaing, chargé de veiller aux équipages
de Gaston Phœbus; — le rôle de distribution aux gens de guerre des
harnais et armes défensives fournis parles communautés; — l'état des
réquisitions de toute nature faites en 1378 sur les vassaux de Mathieu
de Castelbon, seigneur de Navailles; —le détail de ce qui était néces-
saire à l'artillerie et des matières pour fabriquer la poudre; — la
répartition entre les gens d'armes des chevaux fournis par le clergé
des diocèses de Lescar et d'Oloron; — le rôle, nominatif et détaillé par
localités, des sergents choisis en Béarn, en 1378, indiquant l'arme-
ment de chacun : arc, épieu, bassinet, opée ou hache. »
A part Tintérêt qu'il offre pour l'étude des institutions militaires, le
registre de M. Ilaymond abonde en renseignements sur la topographie
et l'histoire des familles; il est rédigé en langue vulgaire, et à ce titre
il mérite de fixer l'attention des philologues. — Ce registre a été
inséré dans le tome XII des Archives historiques de la Gironde, il en a
été tiré à part cent exemplaires, auxquels l'éditeur a joint une introduc-
tion, où il a résumé, en quelques pages substantielles, les données his-
toriques qui ressortent de la lecture du document.
L. D.
Sigillographie du Maine. Le Mans, i87i . In-4» de vi et 0 pages, civec
une planche.
La Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe a entrepris
la publication des sceaux relatifs à l'histoire du Maine : chaque sceau
307
ou chaque groupe de sceaux, sera l'objet d'une notice particulière,
paginée séparément, de façon que les différentes parties de l'ouvrage
puissent, dans la suite, être classées méthodiquement.
La première livraison est consacrée au sceau de Charles IV, comte
du Maine, pour les contrats de Chizé, dont la matrice originale se
trouve à Poitiers dans la collection Daniau : S. AD CONTRACTUS APUD
CHIZIACUM PfiO DOMINO COMITE DU MAYNE. Ce sceau a été gravé
et décrit par M. Hucher, qui a démontré que les armes de Charles IV
étaient: de France à la bordure de gueules chargée d''un lionceau d'ar
gent, et non paS;, comme dit le P. Anselme : semé de France au lion
d'argent au franc canton^ a la bordure de gueules.
L. D.
Deusdedit presbyterl cardinalis tituli apostolorum in Eudoxia col-
lectio canonum e codice Vaticano édita a Pio Martinucci praefecto
altero bibliothecse Vaticanae. Venetiis, ex typographia iEmiliana.
^869; in-S^de xix et 520p.
Le cardinal Deusdedit a composé deux ouvrages : l'un, dédié au
pape Victor III (1086-1087) et intitulé Canonimi collectio; l'autre, rédi-
gé du temps d'Urbain II (10 88-1099) et intitulé,: Libellus contra inva-
sores et simoniacos et reliquos schismaticos.
Le volume que nous annonçons est la reproduction pure et simple
de la Collectio canonum, telle qu'on la trouve dans un manuscrit du
Vatican, du xii» siècle, dont le fac-similé se voit en regard du frontis-
pice. Il n'y a ni notes ni tables. L'introduction se réduit à peu près à
ce que les frères Ballerini ont dit de la collection de Deusdedit dans
leur édition des œuvres de saint Léon.
Monseigneur Martinucci n'a point connu ou du moins n'a point men-
tionné des fragments d'un autre ms. des canons de Deusdedit, égale-
ment du xii" siècle, dont M. de Rozière a fait usage pour la publica-
tion du Liber diurnus. Ces fragments forment les fol. 2^2-261 du ma-
nuscrit latin lZi58 de la Bibliothèque nationale, jadis 2576 de Colbert.
Voici à quelles parties de la collection ils répondent :
Fol. 2/|6-253. Chap. 218-251 du livre I, et chap. 1-16 du livre II (p.
153-180 de l'édition).
Fol. 25ZI-261. Chap. H8-1A9 du livre III (p. 295-321 de l'édition).
Fol. 242-2/i5. Chap. 13/i-156 du livre IV (p. 465-480 de l'édition).
L. D.
Notice rfes fayences françaises du musée du Louvre, par L. Clément
de Ris. Paris, ^87^. Prix \ fr.
Le département des objets d'art du moyen-âge et de la Renaissance,
au musée du Louvre, est celui qui est le plus avancé dans la confec-
308
tlon de ses catalogues. Déjcà MM. Barbet de Jouy. Sauzay et Darcel
avaient donné des notices du musée des Souverains, des gemmes et
joyaux de la galerie d'Apollon, des ivoires, des bois sculptés, terres
cuites, etc., de la verrerie et des vitraux, des émaux et de l'orfèvrerie,
des fayences peintes italiennes, hispano-mauresques et françaises.
M. Clément de Ris vient d'ajouter à cette importante série une notice
désirée depuis longtemps, celle des fayences françaises, comprenant
les fayences dites de Henri II, et les fayences de Bernard Palissy et
de ses imitateurs.
La première partie contient la description des pavés de carrelage,
malheureusement trop peu nombreux, que possède le musée : les plus
anciens sont du xiv" siècle et proviennent de l'abbaye de Cluny.
M. Clément de Ris a tort d'assigner la fin du xvi« siècle comme limite
de l'usage de ce mode d'ornementation : on en a fabriqué pendant le
XVII' siècle, et il n'est pas rare de rencontrer des carreaux armoriés
du xviue siècle. Je puis même ajouter que de nos jours certaines fa-
briques et, entre autres, celle de MM. Bock à Maubeuge et Boulanger
à Beauvais, s'en occupent avec succès; il en est de même de la fabri-
que de Minton, en Angleterre, où l'emploi de ces carreaux (eticauslic
liles) est très-répandu.
Les fayences de Henri II, que M. B. Fillon a proposé d'appeler
faye7ices d'Oiron, ont donné lieu déjà à des travaux nombreux, dont on
trouvera la bibliographie très-exacte dans cette notice. Je me permet-
trai une petite observation sur la description du magnifique biberon
qui provient de la collection Sauvageot. Il n'y a que deux têtes de
jeune homme autour du socle; la troisième, qui fait pendant à la tête
de mort sur laquelle repose le crucifix, est une tête de personnage
barbu d'un certain âge. Dans la coupe décrite sous le n" 6, la partie
bombée du socle ne se rattache pas au fût par quatre volutes, ainsi
que le dit le catalogue, mais par trois seulement, ce qui est beaucoup
plus gracieux. Il faut également réduire à trois les sirènes du chapi-
teau indiquées comme étant au nombre de quatre.
Les œuvres de Bernard Palissy sont décrites avec soin, et l'auteur
a résumé en quelques pages tout ce que l'on sait sur la vie et les
essais du grand artiste, mais il ne dit rien de la marque BB qui,
d'après M. Grasset, ne saurait être attribuée à Palissy'. Les deux
nourrices (n"* '20 et 21) sortent très-probablement de la fabrique de
Fontainebleau, comme l'indique un passage des mémoires d'Hérouard,
médecin de Louis XIII, et sont postérieures à Palissy. Quelques-unes
des pièces de la collection du Louvre sont gravées dans Marryat;
1. Notice établissant que la marque Bli ne peut être allrihuéo à Bernard
Palissy, célèbre potier agénois, par M. Grasset, aîné. — Paris.
309
M. Clément de Ris n'indique que celles reproduites dans le grand
ouvrage de MM. Sauzay et Delange.
Parmi les fabriques dont les produits sont analogues à ceux du
célèbre potier, je n'ai pas trouvé la mention du Pré d'Auge, dont il
nous reste des œuvres parfaitement certaines. Tout le monde connaît
en effet les merveilleux épis sortis de cette fabrique. Puisque j'ai pro-
noncé ce nom, je ne puis m'erapêcher de rectifier une erreur que je
lisais récemment : M. Demmin^ qui appartient à l'école de ces gens
dont l'habitude est de prendre le Pirée pour un homme, avait parlé
jadis des épis fabriqués à Pont-Valin (Normandie) par M. Malicorne*.
Or, Pont-Valin n'est pas en Normandie, et Malicorne n'est pas un homme,
mais une fabrique. Dans une nouvelle édition de son Guide % il a fait
disparaître cette balourdise, mais il en commet une autre, en attri-
buant au Pré d'Auge une pièce qui provient de la fabrique de Gour-
celles. S'il avait su lire l'inscription qu'il publie à ce sujet, il en aurait
facilement trouvé la preuve. Je me contenterai, pour le prouver, d'en
reproduire une semblable, inscrite sous une petite écuelle de la fa-
brique de Courcelles, appartenant à mon ami M. de Liesville. Le
couvercle représente une bonne femme assise, mangeant sa soupe,
entre son chien et son chat; au-dessous de l'écuelle on lit :
Par P
Guimonneau
de la Forterie
père, ancien
chirurgien
de Gourcelles
1789.
et non pas 1669, comme l'a imprimé M. Demmin.
Il reste encore, dans cette suite de fayences françaises, des monu-
ments intéressants qui mériteraient une publication spéciale. Je signa-
lerai le grand plat (n" 229) provenant de la collection Sauvageot et
portant au centre les armoiries des Villiers de l'Isle-Adam et des
Néelle. surmontées du mot Ludovicus.
Ant. HÉRON DE ViLLEFOSSE.
Recherches historiques sur l'Orle'anais... depuis l'époque celtique
jusquà nos jours par M. l'abbé Patron, chanoine, aumônier du
Sacré-Cœur d'Orléans. 2 vol in-8°, de 3 H et 622 pages.
L'ouvrage dont on vient de lire le titre se compose d'une série de
trois cents notices sur les villes et villages de l'Orléanais, réunis
1. Guide de l'amateur de fayences. 1861, p. 10'2.
2. I, p. 447.
310
aujourd'hui pour la plupart dans lo département du Loiret. Ce n'est
pas une mince entreprise que d'écrire l'histoire même d'une seule
province pendant le cours de tant de siècles; aussi ne saurait-on être
trop reconnaissant aux humbles et laborieux savants qui ont la persé-
vérance de mener à bonne fin une étude aussi pénible et aussi diffi-
cile. M. l'abbé Patron mérite à ce titre nos félicitations les plus sin-
cères et nous sommes convaincu que son ouvrage rendra de grands
services aux habitants du département qui désirent connaître les his-
toires spéciales des localités environnantes.
Le grand mérite de notre école historique moderne est d'avoir
poussé à la publication des histoires locales, qui ne sont peut-être pas
celle de la France, mais qui sont certainement celle du peuple fran-
çais. Pour arriver à ce but, il y a deux moyens à employer, la publica-
tion des pièces originales et la vulgarisation de l'histoire du pays. C'est
à ce second point que M. l'abbé Patron s'est attaché de préférence; il
a voulu donner sur le pays qu'il étudie tous les renseignements qui
peuvent instruire et intéresser l'habitant et le touriste, sur la nature
du sol, les constructions, l'industrie, les événements politiques, la vie
et les habitudes, l'administration, etc-, etc. L'histoire d'un village
ordinaire ne comporte pas autre chose que quelques mots sur cha-
cune de ces questions; mais où la réunion de ces notices offre de
l'attrait, c'est à l'apparition d'un monastère dont l'influence se fait
sentir sur toute une région, d'un château habité par des seigneurs
plus ou moins turbulents, d'une ville où la bourgeoisie gagne pied à
pied ses privilèges; des faits de ce genre émaillent agréablement la
description un peu monotone de chaque village.
Dans ce rapide compte-rendu nous sommes obligés d'effleurer le
sujet sans y entrer. Nous avons lu avec une grande satisfaction les
250 premières pages qui contiennent un coup d'oeil historique sur le
département et sur la ville d'Orléans. L'auteur semble s'être surtout
attaché à donner la topographie de la ville, tout en rapportant son
histoire politique, ses divers pouvoirs judiciaires, administratifs et
municipaux ; aussi, malgré les soins qu'il y a mis, il est loin d'avoir tout
dit sur cette ville, qui fut une des plus importantes de France. Nous
aurions désiré, pour notre compte personnel, une liste des prévôts
d'Orléans qui administrèrent la ville au nom du roi jusqu'en 1569,
époque à laquelle ils prirent le nom de maires. Les écoles d'Orléans
auraient pu être traitées avec plus de détails, parce qu'elles sont une
des gloires de la cité; nous nous rappelons à ce sujet, une très-inté-
ressante lecture de M. Delisle à la Société de l'Histoire de France, où
l'auteur aurait pu puiser de précieux renseignements s'il en eût eu
connaissance. La partie religieuse a été naturellement l'objet d'une
étude approfondie.
M. l'abbé Patron a suivi l'histoire de la ville jusqu'à nos jours, ea
3^^
sorte que le lecteur peut se reporter aisément de l'état actuel à ce
qu'elle était autrefois; cette remarque du reste s'applique aux autres
notices, où la situation présente des paroisses occupe une grande
place. Les Recherches sur l'Orléanais sont donc un précieux guide
historique, où les faits du passé viennent s'ajouter aux événements
modernes. Nous avons déjà constaté les heureux résultats de plusieurs
ouvrages de ce genre sur d'autres départements; toutefois en se pla-
çant au point de vue de l'École des chartes, ce livre attire moins l'at-
tention des érudits par l'absence des pièces inédites, des étymologies
de noms de lieux et de personnes, et aussi en raison de la compilation
un peu confuse des événements de tous les siècles qui intervertit l'ordre
chronologique. Cette observation, que je dois aux lecteurs de la Biblio-
thèque de l'École des chartes, n'est point un défaut pour le livre, si on
le prend, comme je l'ai dit plus haut, pour un ouvrage de vulgarisa-
tion ; la seule chose très-admissible, sans rendre la lecture plus aride,
c'eût été de mettre les citations des sources au bas des pages, surtout
pour les villes et les couvents dont on a des cartulaires, comme Saint-
Mesmin-deMicy, la Cour-Dieu, Saint-Benoit-sur-Loire, Beaugency,
Montargis, Courtenay, Lorris, Pithiviers, Gien, Briare, etc.
M. l'abbé Patron eût ainsi allié les exigences de l'érudition moderne
avec l'élégance de style dont son livre est empreint à chaque page et
qui fera donner une belle place aux Recherches sur l'Orléanais parmi
les nombreux ouvrages de cette province.
René DE Lespinasse.
Mémoires de l'Académie de Stanislas. 1869. Nancy, 1870, in-8°,
Lxviii et 360 p.
On remarque dans ce volume, l'histoire de l'ancienne chevalerie lor-
raine, par M. Meaume (p. 31-l/i5) et la suite des recherches de M. J.
Chautard sur les monnaies au type esterlin (p. 337-/i50i.
En même temps que ce volume, l'Académie de Stanislas a fait paraître
une table générale de ses mémoires sous le titre suivant : « Tables
alphabétiques des matières et des noms d'auteurs contenus dans les
trois premières séries des mémoires de l'Académie de Stanislas. 1750-
1866. » (^ancy, 1870, in-8° de 300 p.) — La collection des mémoires
de cette compagnie est ainsi divisée: 1" série, de \lh!\ à 1759, k vo-
lumes in-12; 2^ série, de 1803 à 1832, ik fascicules ou volumes ; 3^ sé-
rie, de 1833 à 1866, 35 volumes in-8°; Zi^ série, en cours de publica-
tion et commençant parle volume de 1867.
Publications de la section historique de l'Institut (ci-devant Société
archéologique du grand-duché) constitué sous le protectorat de S.
M. le roi grand-duc, par arrêté du 24 octobre 1868. Année 1869-
3\2
1S70.XXV (111 . Liixemhoiii-i:. im|).-Iil)r. do V. P.iick. 1870. In-
4° de XVI et 312 p.
Les p. 1-238 de ce volume sont remplies par un important travail
diplomatique de M. Wurtli-Paquet, intitulé: « Table chronologique
des chartes et diplômes relatifs à l'histoire de l'ancien pays de Luxem-
bourg. Règne de Wenceslas II, roi des Romains et de Bohême, duc de
Luxembourg et comte de Chiny, du 8 décembre 1383 au 16 août l/ilO.»
L'auteur y a analysé dans le plus grand détail 869 pièces se rappor-
tant à cette période pendant laquelle l'histoire du Luxembourg est
souvent mêlée à l'histoire de France.
RELATION inédite de la défense de Dunkerque (1051-1052) par le
maréchal d'Estrades^ sîdvie de quelques-unes de ses lettres égale-
ment inédites {]f>o3-i6oD), publiées avec une introduction et des
liâtes par Philippe Tamizey de Larroque. Paris, Claudin ; Bor-
deaux, GounouilhoLi, 1872. In-8° de 98 pages. (Tome III delà
Collection méridionale) .
Aucune des trois éditions des papiers du comte d'Estrades publiées
au xviii'2 siècle ne contient la relation de la défense de Dunkerque en
1651-1652^ important morceau d'histoire militaire, dont le ms. auto-
graphe est à la Bibliothèque Nationale, fonds français, n» 11607. Cette
lacune ne pouvait manquer d'être comblée : car dès l'année 1852, le
Comité historique du ministère de l'Instruction publique {Bidlelin,
Histoire, III, 108) annonçait l'intention de comprendre la relation du
comte d'Estrades dans un volume de Mélanges. Personne ne reprochera
à M. Tamizey de Larroque d'avoir devancé les intentions du Comité;
car il eût été impossible de donner une édition plus exacte et d'une
lecture plus facile.
Les lettres ajoutées à la suite de la Relation et la Notice prélimi-
naire suffiraient d'ailleurs pour faire rechercher le petit volume de
M. Tamizey de Larroque par tous ceux qui s'occupent de l'histoire du
siècle de Louis XIV. 11 y a dans les lettres beaucoup de renseignements
utiles, principalement sur les événements de la Fronde en Guyenne.
La Notice, dont tous les élnments sont empruntés à des documents
authentiques, souvent inédits, met pour la première fois en pleine lu-
mière la vie et le caractère d'un militaire et d'un négociateur dont le
nom revient souvent dans les mémoires du xviie siècle.
L. D.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Le 25 avril, la Société de l'École des chartes a constitué comme il
suit son bureau et ses commissions pour l'année 1872-1873 :
Président: M. Audren de Kerdrel.
Vice-président : M. Tranchant.
Secrétaire: M. Lecoy de la Marche.
Secrétaire-adjoint: M. Brcel.
Membres du comité de publication: MM. Delisle, An. de Barthélémy,
J. Tardif.
Membres-adjoints du même comité : MM. Mabille, Sepet.
Membres du comité chargé de diriger la publication d'un recueil de
documents inédits : MM. de Barthélémy, Boutaric, Delisle, Guiffrey,
Marion, de Rozière et Jules Tardif.
Membres du comité des fonds: MM. Douet d'Arcq^ Dupont et Lot.
Trésorier : M. Guiffrey.
— La Société de l'École des chartes a adopté le règlement suivant,
relatif au recueil de documents historiques dont elle a voté la publi-
cation dans ses dernières séances :
Art. 1. — La Société de l'École des chartes fera paraître, indépendam-
ment de la Bibliothèque de V École des chartes, un recueil de documents
inédits.
Art. 2. — Ce recueil aura pour titre général : Documents historiques pu-
bliés par la Société de l'École des chartes.
Art. 3. — Il sera publié par volumes d'environ 30 à 35 feuilles, qui
paraîtront à des intervalles indéterminés.
Art. 4. — Chaque volume pourra être divisé en plusieurs parties,
ayant chacune une pagination séparée.
Art. 5. — Le recueil ne comprendra que des documents purement
historiques, c"est-à-dire des pièces d'archives et des chroniques.
Art. 6. — Ces documents ne pourront être postérieurs à l'année 1500.
Art. 7. — Le format, la justification et les caractères seront ceux de
la Bibliothèque de VÉcole des chartes, le caractère le plus fort (corps 10)
étant réservé pour le texte des documents.
Art. 8. — Les collaborateurs du recueil seront exclusivement, comme
ceux de la Bibliothèque, d'anciens élèves de l'École des chartes ou des
membres de l'Institut.
Art. 9. — Ils ne recevront aucune rétribution; mais il sera remis à
2^
3i4
chacun d'eux, à titro gratuit, cinquante exemplaires du travail publié
par lui.
Art. 10. — Us conserveront la propriété littéraire de leurs publications;
mais ils ne pourront les reproduire, en dehors du recueil, qu'avec l'au-
torisation de la Société.
Art. 11. — La direction du recueil est confiée à un comité composé
de sept membres. Les trois membres du comité de publication de la
Bibliothèque et le trésorier de la Société en font partie de droit. Les
autres membres seront désignés par la Société aux élections générales,
à la majorité des deux tiers.
Art. 12. — Ce comité désignera un des membres de la Société pour
suivre la publication de chaque travail et se tenir en communication
constante avec l'auteur.
Art. 13. — Le texte des pièces publiées ne pourra être accompagné
que d'introductions sommaires, de notes courtes et d'une table. Les au-
teurs s'entendront avec le comité pour que ces développements ne por-
tent que sur la partie essentielle du texte.
Art. 14. — Le comité soumettra chaque année à la Société un compte-
rendu des publications projetées ou en cours d'exécution.
Art. 15. — 11 sera proposé à toutes les personnes abonnées à la. Biblio-
thèque de l'École des chartes, faisant ou non partie de la Société, une coti-
sation supplémentaire de dix francs, moyennant quoi elles recevront
chaque volume qui aura paru des Documents historiques. Cette cotisation
reste essentiellement facultative.
Art. 16. — Les personnes non abonnées à lu Bibliothèque qui voudront
souscrire au recueil des Documents historiques payeront chaque volume
quinze francs.
Art. 17. — Le prix de chaque volume ou de chaque partie de volume
vendue au détail sera inscrit sur sa couverture et toujours proportionné
à son étendue.
— Par arrêté du ministre de l'instruction publique, en date du
10 janvier 1872, MM. de Mas Latrie et Quicherat, professeurs à l'École
des chartes, ont été nommés officiers d'Académie.
— L'Acadt''mie des inscriptions, dans sa séance du 7 juin, a décerné
le prix Gobert à notre confrère M. Gaston Paris, pour l'ouvrage sui-
vant : « La vie de saint Alexis, poème du xi" siècle, et renouvellements
» des xiie, xiii« et xiv siècles, publiés avec préface, variantes, notes
» et glossaire, par Gaston Paris, directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes
» Etudes, et Léopold Pannier, élève de l'Ecole des Hautes Etudes »
(Paris, librairie A. Franck, 1872, in-S").
Le second prix du même concours a été obtenu par notre confrère
M. Léon Gautier, pour l'ouvrage intitulé : « La chanson de Roland ;
» texte critique, accompagné d'une traduction nouvelle et précédé
345
» d'une introduction historique ; — seconde partie, contenant les
» notes et variantes, le glossaire et la table; supplément renfermant
I) les additions et corrections » (Tours, A. Marne, 1872, 2 vol. in-8°).
— La première médaille du Concours des Antiquités nationales a
été décernée à M. Paul Meyer, qui avait envoyé à l'Académie : 1° le
.travail qui a paru dans les précédents volumes de la Bibliothèque de
l'École des chartes, sous le titre de : Les derniers troubadours de la
Provence, d'après le chansonnier donné à la Bibliothèque impériale par
M. Ch. Giraud ; 2° la première partie de ses rapports sur différents
manuscrits des bibliothèques d'Angleterre, dont nous avons rendu
compte plus haut, p. 295.
La seconde mention honorable a été décernée à notre confrère
M. René de Maulde, pour son ouvrage intitulé : Etude sur la condition
forestière de l'Orlcanais au Moyen-Age et à la Renaissance (Orléans,
1871, in-8°).
— Un décret du Président de la République a ordonné la suppres-
sion du musée des souverains et la réintégration des objets qui le
composaient dans les établissements d'où ils avaient été distraits par
le décret du 15 février 1852.
— La collection des dictionnaires topographiques des départements
de la France, dont nous parlions dans notre dernière livraison, s'est
augmentée d'un onzième volume : « Dictionnaire du département de
» la Meuse, comprenant les noms de lieu, anciens et modernes, rédigé
»> sous les auspices de la Société philomathique de Verdun, par M. Fé-
» lix Liénard; » Paris, imprimerie nationale, 1871. In-à"" de xnv et
297 pages.
ROBERT DE CLARL
M. Abrahams, dans sa Description des manuscrits français du
moyen âge de ta bibliothèque royale de Copenhague (CiOpenhague, 18M,
in-i°), a fait connaître en détail un ras. de la fin du xii"' siècle ou du
commencement du xive, qui a jadis appartenu à Paul Petau et qui
porte le n" Zi87 dans le fonds royal. Ce volume contient :
1° Une chronique française anonyme. D'après les passages cités par
M. Abrahams, il est incontestable que c'est l'ouvrage dont M. Louis
Paris a donné une première édition en 1837, sous le titre de la Chro-
nique de Rains.
2° Une traduction française de Darès le Phrygien, se terminant par
ces vers :
En l'an de l'Incarnation,
Que Diex pour nostre rédemption
3^6
Envoia en tero son fil,
M ce, el mois d'avril,
Et LXII, commenchie
Fu clieste oevre et acomplie.
Explicit.
Chi faut li rommans de Troies.
3° Une traduction de Turpin, datée de l'an 1206.
W Le livre des castoiernents et des proverbes des philosophes, com-
mençant par les mots : « Pierres Aufunses, sers de Jhesu Crist, qui
» fist che livre dist : « Je rench grâces h Dieu qui a doné sapience et
» raison...»
5° Une histoire de la croisade de Constantlnople, commençant par
ces mots: « Chi commenche li estoires de chiaus qui conquisent Cons-
» tantinoble. Si vous dirons après qui il furent et par quele raison il
» i alèrent. Il avint en ichel tans que li papes Innocens estoit apos-
» toiles de Roume... »
Cette dernière chronique est un morceau fort important, dont aucun
autre exemplaire n'a été signalé. Il y a plusieurs années, elle fixa l'atten-
tion de M. le comte Paul Riant, bien connu par son livre sur les Expé-
dilions et pèlerinages des Scandinaves en terre sainte au temps des
croisades (Paris, 1865, S"), et par sa dissertation De Uaymaro Monacho,
archiepiscopo Cœsariensi et postea Ilierosolymilano palriarcha (Paris,
1865, 8°; réimprimée à Lyon en 1866, sous le titre de Haymari Mona-
chi de expiujnala Accone liber lelrasticlius). M. Paul Riant reconnut que
cette chronique avait été composée par Robert de Clari, et qu'elle
méritait de prendre place dans nos collections historiques à côté du
livre de Geoffroi de Villehardouin. Il en prépara activement une édi-
tion, amassa des matériaux pour expliquer les passages douteux et
recueillit des renseignements sur la vie et le caractère de l'auteur. La
partie essentielle de l'entreprise, l'impression du texte, était achevée
il y a trois ans, comme nous l'avons annoncé dans notre volume de
l'année 1869 (page 723 1, quand l'éditeur fut obligé, d'abord par la ma-
ladie, puis par nos malheurs publics, à interrompre son travail. Il vient
de se remettre à l'œuvre, et pour mieux réaliser des améliorations
que l'expérience lui a suggérées, il a résolu de recommencer l'édition
sur un plan nouveau ; il a donc sacrifié les exemplaires précédemment
tirés. Toutefois, il en a laissé subsister un certain nombre, à l'aide
desquels le public peut, dès maintenant, consulter Robert de Clari.
Cette édition^ complète et correcte, malgré le caractère provisoire
auquel la modestie de l'éditeur l'a condamnée, forme une plaquette
grand in S», précédée de ce titre : Li estoires de chiaus qui conqui-
sent Conslantinoble, de Robert de Clari en Aminois, chevalier. Un
exemplaire, tiré sur grand papier, a été offert à la Bibliothèque na-
tionale
3n
LES VICOMTES DE CHATELLERAULT.
Le registre A de Philippe-Auguste, conservé au Vatican, fonds Otto-
boni, n° 2796, contient, au fol. 72, la notice suivante qu'on retrouve
aux archives nationales dans le registre B (fol. 77), lequel est une
mauvaise copie du registre A :
Testes qui interfuerunt securilati comitis Augi.
« Hii sunt testes de eo quod cornes Augi recognovit quod ipse super
» terram suam plegius erat quod ille et fratres sui cornes Marchie et
» vicecomes Castri Eraudi servirent fldeliter domino régi et fideliter ad
)> suum servicium essent. Hujus recognicionis testes fuerunt Noviomen-
» sis episcopus, thesaurarius Turonensis, cantor Parisiensis, Guido de
» Domna Petra, Droco de Melloto, Ivo de Lauduno clericus, frater Ai-
<> mardus, Galterus camerarius, Barthoiomeus de Roia, frater Garinus,
» Ursio Camerarius, Henricus Marescallus, Rogerus Falconarius, Guido
» de Atheiis clericus. Milo pesbiter de Croci.
» Talem autem plegiacionem quam fecit cornes Augi similiter fecit
» cornes Marchie pro duobus fratribus suis comité Augi et vicecomite
» Castri Eraudi; et vicecomes Castri Eraudi pro illis duobus, scilicet
» comité Augi et comité Marchie.»
J'ai publié cette notice dans le Catalogue des actes de Philippe -
Auguste (p. 515), et je l'ai analysée comme il suit (p. 272, n° 1182) en
proposant de lui assigner pour date l'année 1209:
« Notice constatant l'engagement que le comte d'Eu et ses frères, le
» comte de la Marche et le vicomte de Ghâtellerault, ont pris de servir
» fidèlement Philippe-Auguste- »
Dans un intéressant mémoire sur la Chronologie des vicomtes de
Châtellerault, qui fait partie du volume XXXV des Mémoires de la
Société des Antiquaires de l'Ouest, Dom Fr. Chamard n'a pas cru
devoir maintenir la date que j'avais proposée et qui contrarie le sys-
tème auquel il s'est arrêté. « C'est à tort, dit-il, que M.L. D., d'ailleurs
» si exact et si sûr dans ses données scientifiques, attribue à l'année
» 1209 un acte où figurent les trois frères Raoul de Lusignan, comte
» d'Eu, Hugues, comte de la Marche, et Geofifroi de Lusignan, vicomte
" de Châtellerault. — Geoffroi de Lusignan n'ayant été vicomte que de
» Tan 122/1 à l'an 1238, ce document ne peut être que de l'an 1229 ou
» environ. »
Je regrette de ne pouvoir accepter la rectification du savant béné-
dictin, et je persiste à croire que c'est en 1209 ou environ, que le roi
a fait prendre au comte d'Eu et à ses frères, le comte de la Marche
et le vicomte de Châtellerault, l'engagement de le servir fidèlement.
Il serait trop long de montrer que toute autre date se concilierait
2r
3^8
difficilement avec différentes particularités de l'histoire de nos pro-
vinces de rOuest au commencement du xiii* siècle. Je me contenterai
de signaler plusieurs des objections radicales qu'on doit opposer à
riiypothèse de dom Chamard.
l'Le comte de la Marche, qui eut pour frère le comte d'Eu, était
Hugues IX, comme je l'ai montré dans la Bibliothèque de l'École des
chartes (/i« série, II, 539). Or Hugues IX mourut en 1219.
2° Le comte d'Eu, frère du comte de la Marche, était Raoul II, sur-
nommé d'Exoudun, lequel mourut le !«■' mai 1219. J'ai établi cette
date, dans la Bibliothèque de l'École des chartes (W' série, II, 5/i9), en
m'appuyant sur deux chartes authentiques combinées avec le témoi-
gnage de Bernard Hier et avec celui de l'obituaire de Fontevraud. On
en trouvera la confirmation dans la chronique des comtes d'Eu, dans
l'obituaire de l'église d'Eu et dans celui du Tréport, que contiendra
le tome XXIII du Recueil des historiens, p. /iZi2, /i/(9 et /i52.
Voilà donc morts en 1217 deux des personnages auxquels se rap-
porte la notice qui, suivant dom Chamard, ne peut être que de l'an-
née 1229 environ. Mais ce n'est pas tout.
3" L'un des témoins de l'acte est appelé fraler Garinus. C'est le
fameux frère Guérin, qui devint évêque de Senlis vers 1213. Si la no-
tice était postérieure à 1213, il y serait question, non pas de frater
Garinus, mais de Garinus electus Silvaneclensis, ou de Garinus episco-
pus Silvanectensis, et dans cette hypothèse, Guérin n'occuperait pas
la dixième place sur la liste des témoins, il y serait cité à la première
ou à la seconde, à côté del'évêque de Noyon. En aucun cas, Guérin ne
saurait figurer dans un acte de 1229^ puisqu'il est mort en 1227. Voir
Gallia Christiana, X, Uoq-l/il3.
[x° Mais il n'était pas nécessaire d'établir que plusieurs des person-
nages mentionnés dans la notice ne vivaient plus à la date proposée
par dom Chamard. En effet, le texte de la notice nous a été conservé
par le registre A de Philippe-Auguste, et il est hors de doute que ce
registre A a été clos en 1212, et que toutes les pièces qu'il renferme
sont au plus tard des premiers mois de l'année 1212. Cela suffirait
pour prouver que l'acte inscrit au fol. 72 de ce registre ne peut être
rapporté à l'année 1229.
Mon honorable contradicteur a trop de sens critique et trop de
droiture pour ne pas reconnaître qu'il a beaucoup trop rajeuni la
notice, et qu'il doit modifier son tableau des vicomtes de Chiitellerault
de façon à y faire figurer sous le règne de Philippe-Auguste, vers l'an-
née 1209, un vicomte de Châtellerault, qui était frère de Hugues IX de
Lusignan, comte de la Marche, et de Raoul II d'Exoudun, comte d'Eu.
Je me permettrai encore de signaler à l'attention de dom Chamard
une charte de l'année 1109, insérée au cartulaire blanc de l'abbaye de
Saint-Denis (II, Zi32), et déjà connue par une citation de M. Le Pré-
3i9
vost (édition d'Orderic Vital, IV, 378). Par cette charte, Aimeri I,
vicomte de Chàtellerault, fait une donation au monastère de Vaux, du
consentement de sa mère Adenor, de sa femme Dangerosa et de ses
frères Boson et Pierre : « Consilio matris mee Adenoris, et uxoris mee
» Dangerose, fratrumque meorum Bosonis et Pétri consensu. » Le nom
de Dangerosa ne figure pas dans le travail de dom Chamard. Le savant
bénédictin n'a pas touché au problème que soulève le mariage d'Ai-
meri I<^^ problème dont les termes ont été nettement posés par M. Le
Prévost, à propos du passage d'Orderic Vital qui concerne les amours
de Guillaume VII, duc d'Aquitaine, et de Maubergeon.
L. D.
LES PROFESSEURS DE DROIT A ORLÉANS SOUS CHARLES V.
Dans notre dernier volume, M. Thurot a publié des documents fort
précieux pour l'histoire de l'Université d'Orléans au xiv' siècle. M. Do-
range, le savant et zélé conservateur de la bibliothèc(ue de Tours^ veut
bien aujourd'hui nous communiquer un ms. qui fournit d'utiles rensei-
gnements sur la manière dont le droit était enseigné dans ces célèbres
écoles au temps du roi Charles V, Ce ms., copié sur papier à la fin
du xiv« siècle, était jadis conservé à la cathédrale de Tours. Il est
ainsi indiqué, sous le n« 132, dans le catalogue publié par Montfaucon
(II, l27Zi):
« Lectura Bertrandi Capreoli super x collationes. — Item de stylo
curige Francise. Constitutiones Philippi régis super correctionem quo-
rumdam in stylo parlamenti. »
On en trouvera une description plus complète et plus exacte dans le
catalogue que prépare M. Dorange et dont l'impression est déjà fort
avancée.
Le ms. de Tours a surtout le mérite de nous faire connaître le nom
et quelques travaux de sept jurisconsultes qui semblent avoir professé
avec succès dans les écoles d'Orléans sous le règne de Charles V.
L BERTRAND CHABROL. Le ms. renferme trois ouvrages de ce profes-
seur. Le plus considérable est un cours sur le droit des fiefs, qui occupe
les fol. l-9i et qui commence ainsi:
« Assit principio sancta Maria meo. Amen. — Hic incipit lectura domini
Bertrandi Capreoli super décima collatione. Et quando loquitur de do-
mino suo, intelligitur de domino Johanne Nicoti. De hiis qui feudura
dare possunt et qualiter etc. Numquid ista rubrica continuatur. Videtur
quod non, quia continuacio débet fîeri ad conjuncta...» L'ouvrage rem-
plit les 94 premiers feuillets du ms.; mais, par suite d'une erreur du
copiste, la fin se trouve sur le fol. 79: «... Et non plus de ista aut. nec
320
per consequens de tota décima collatione, lecta per subtilissimum ba-
calarium in jure civili, licenciatum tune, et nunc venerabilis doctor {sk)
in eadem facultate, vocatum dominum Bertrandum Capreoli, natum in
Avergnia. Eum diu conservare velit Altissimus in studio Aurelianensi.
Et ego Jacobus de la Mare, Attrebatensis dyocesis, hujus lecture scrip-
tor, eam finivi eum magnis pena et labore die xvm mensis Februarii,
circa nonam, inanno Domini M" ccc» lxxvii. Qui insignia doctoratus rece-
pit a domino Johanne Nichoti, Aurelianensi episcopo, qui episcopus
eum per substitutum croavit, ergo per se.:.. Et postquam fuit doctor
factup, dicto episcopo succedit in cathedra, et incepit légère ordinaric.
Et dictus de novo factus episcopus suam lecturam sibi dimisit. Et hoc
de precepto domini pape Gregorii. Detur pro pena scriptori pulcra
puella. Explicit décima collatio. » Cette souscription n'était pas néces-
saire pour nous montrer que nous étions en présence d'un document
du règne de Charles V. On remarque, en effet, au fol. 64, une allusion
à la concession du comté de Longueville que ce prince fit à Bertrand
du Guesclin : « Hanc partem credo, ut predixi, et quod isti comiti sua
actio non restituitur, in favorem domini Bertrandi de Claquino, ne per-
dat comitatum de Longa Villa, si rex Navarre restituatur a rege Fran-
corum... » — Un peu plus loin (fol. 84), l'auteur cite l'opinion de Jacques
de Beauvoir: « Jacobus de Belle Visu dicit quod non incidit in legem
istam: nam hic loquitur de pace generali, in qua per judicem exigitur
juramentum; ideo minor qui habet guerram eum aliquo, si jurât se ser-
vaturum et non servat, non tenebitur... »
Le second morceau de Bertrand Chabrol occupe les fol. 177 v-180
v° du ms.: « Incipit repetitio domini Bertrandi Capreoli supra legem
Jubere cavere, FF. de juridicione omnium judicum. Jiibere cavere. ■ Eec
lex, quam Deo duce sum repetiturus, situata est in titulo illo FF. de
juridicione omnium judicum... »
Le troisième morceau du même professeur se trouve aux fol. 194 v-
197 V : nPadaque contra leges: Hec lex quam Deo duce sum repetiturus
est in titulo de Pactis — Et ista fuit repetita per dominum Ber-
trandum Capreoli. »
II. JEAN INICOT. Les opinions de Jean Nicot sont fréquemment citées
dans les leçons de Bertrand Chabrol et dans celles des autres juriscon-
sultes Orléanais que nous a conservées le ms. de Tours. Jean Nicot fut
évêque d'Orléans depuis 1371 jusqu'en 1382 ou environ {GalUa christiana,
VIII, 1476). Nous avons vu, par la souscription du fol. 79, que Jean Nicot,
avant de monter sur le siège épiscopal d'Orléans, avait professé le droit
à l'université de la même ville et qu'il s'était choisi pour successeur
Bertrand Chabrol.
III. PIEBRE. Du fol. 95 au fol. 112 v du ms. sont des répétitions de
droit, dont voici les premiers et les derniers mots: « Iteyn quia conven-
ciones: Lex ista, quam Deo propicio repetiturus sum, situata est in titulo
3'H
de Pactis, FF. In qua repeticione, duce Deo, hune ordinem observabo.
Primo ponam casum; secundo faciam tria nobilia; iercio faciam tria vel
quatuor contraria, et in solucione contrariorum movebo aliqua dubia
secundum quod hora pacietur — Nichil pluscircamateriam istius
legis, licet sit lomgua (sic) secundum lecturam aliorum doctorum. Et ita
repetiit Petrus. Expliciunt repeticiones iste. Deo gratias. »
Je suis porté à croire que le professeur ici désigné par le simple nom
de Pierre est le même que Pierre Morin, dont la lettre suivante nous a
été conservée dans un formulaire Orléanais, contemporain de l'évêque
Jean Nicot.
Absolucio pro arma defferentibus.
« Universis, etc. Petrus Morin, utriusque juris professer, penitenciarius
et canonicus ecclesie Aurelianensis, commissarius in hac parte a reve-
rendo in Ghristo pâtre ac domino domino J. Dei gratia episcopo Aure-
lianensi, judice unico a domino papa dato in hac parte, ad impenden-
dum in forma ecclesie benefficium absolucionisclericis et personis eccle-
siasticis, studentibus Aurelianis, a sentencia excommunicatis, in taies
defferentes arma per civitatem et suburbium Aurelianensia' auctori-
tate sedis apostolice promuigata, salutem in Domino. Notum facimus
quod nos Hugonem Virart, clericum, Aurelianis studentem, a senten-
ciis excommunicaiionisquas ipse incurrebat, gladia, baculos, barras seu
quevis alia armorum gênera per civitatem et suburbium Aurelianensia
defferendo, ac ea defferentibus consilium etfavorem per modum acomo-
dacionis, precarii, depositi seu alias impendendo, et a quibuscunque
cunctis aliis sentenciis, juxta tenorem seu per modum statut! generalis
in ipsum latis, tam eciam auctoritate dicti reverendi patris, tam vicario-
rum seu officialium suorum, si, prout et in quantum ac tociens quociens
absolucione indiget pro premissis et quolibet premissorum, absolvimus
in hiis scriptis, ipsumque remittimus, auctoritate qua supra, absolutum,
recppto tamen ab ipso tali juramento quod, si ipse personis et locis qui-
bus occasione premissorum deliquit* et tenetur non satisfecerit, satisfa-
ciet competenter, eidemque pro modo culpe penitenciam injunximus
salutarem. Datum etc. »
Cette formule se trouve au fol. 151 du ms. de Tours.
IV. MATHIEU DE DAROU. De ce docteur, originaire du Maine, nous
avons une question relative à l'exercice du droit d'asyle (fol. 113-117).
<• Burgaudus ob démérita incarceratur, certis caucionibus liberatur
quod villam Aurelianensem non exibit, et quod terminis sibi assignatis
judicio comparebit, sub certa pena citatus. Reahter villam non exivit,
sed ecclesiam introivit — Hic finis Deo gratias. Hec questio fuit
facta Aurelianis, die Carniprivii', per magistrum Matheum de Darou,
1. Aurelianensîbus dans le ms.
2. Delinquit dans le ms.
3. 23 février 1379, n. s.
322
CenomanenFis dioccsis, licenciatum in utroque, et postmodum, videlicet
die Jovis post Dominicain qua cantatum fuit in sancta Dei ecclesia Oc-
culi mei, in die raedie Quadragesime', anno Domini millesimo ccc sep-
tuagesimo octavo, fuit factus doctor utriu.^que juris in legibus, sub
domino J. de Boisiaco, commisse ad hec per dominum Johannem Nieoti,
epîFCopum Aurolianensem, licontialus sub ipso tempore quo in legibus
legebat et in decretis. » — Mathieu de Darou avait été l'élève de Jean
Nicot et df Bertrand Chabrol; il dit au fol. 116: «' Quid dicunt domini
mei Jo. Ny. et Bpr. Capri.? Multum late déterminant deeffectu more...»
V. GUILLAUME DE DORMANS. Le ms. de Tours nous a conservé deux
questions di.scutées en 1373 et 1375 parce professeur:
^(fol. 180 v° — 183). « Sequitur questio disputata per dominum Guil-
lermum de Dormano solempnit.er. Pantonius Avitus confessori suo Clau-
diano, ordinis Fratrum Minorum, in codicillis fundum Tusculanum reli-
quit — Et hanc predictam questionem disputavit, me présente,
vir venorabilis et discretus dominus Guillermus de Dormano, legum
professer, in scoUs suis,hora ordinaria, anno LXXIIII, in die Carnibrivii.»
(7 mars 1375).
2° (fol. 183-185). «Hec lex repetenda situatur G. de judic. Ajudice. Hic
imperator tria facit — Et hanc legem supra scriptam repetiit
predictus dominus Guillermus de Dormano, in scolis suis, hora nona,
anno septuagesimo tercio. Et ego Anfredus Saisiz presens fui, et eam
postea scripsi. Et sum Brito, Corisopitensis diocesis, de villa de Karahes
oriundus. »
VL HENRI DE MARLE. Anfroid Saisi nous a également copié une ques-
tion que maître Henri de Marie avait discutée en 1373 (fol. 185-187 v).
« Et questionem sequentem disputavit publiée, me présente, magister
Henricus de Malla, licenciatus in legibus, in scolis domini Bertrandi
Capreoli, hora ordinaria, me présente, anno Domini m° ccc°LXXirr". Fide-
lis servus quera constituit dominus super familiam suam, vicarium non
occiosum, cum uxore domini deprehensum, occidit >■<
VJl. JEAN GILLES. C'est encore à Anfroid Saisi que nous devons la
transcription d'un opuscule de Jean Gilles, de l'année 1374 (fol. 188-194):
« Claudius Félix, blandimentis uxoris conjugalibus inductus, Pamphilo
et Eroti, tune pauperibus, annua alimenta legavit... » Le copiste a fait
précéder son travail de cette note qu'on lit au bas du fol. 187 v°: «Hanc
questionem sequentem disputavit publiée magister Johannes Egidii,
licenciatus in legibus, me présente, hora ordinaria, anno millesimo ccc
LXXIIII, in scolis domini Bertrandi Capreoli. Et ego scripsi eam, vel sal-
tim incepi eam scribere, prima die Lune Quadragesime anno Domini
1. 17 mars 1379. Ici la mi-carème est placée au jeudi après le troisième
dimanche de carême, tandis que, dans les textes du moyen âge, les mots média
quadragesiina désignent ordinairement le quatrième dimanche de carême.
323
M- Gcc° Lxxviii». Et sum Brito, Corisopitensis dyocesis, de villa Ahosie,
videlicet Anfredus Saisiz. » — Jean Gilles cite les opinions d'un certain
nombre d'autres professeurs: « Post Johannem Rollandi, et dominum
meura dominum Bertrandiim Capreoli (fol. 189 v°). — Secundo dico
post dominum meum dominum Johannem îsieoti..... (fol. 190). — Hanc
partem tenet Jacobusfîutrigalensis (fol. 191 v°). »
Les leçons des professeurs d'Orléans recueillies par Jacques de la Mare,
par Anfroi Saisi et peut-être encore par d'autres étudiants, remplissent
les fol. 1-13-2 et 175-199 du ms. de Tours. Il y a, en outre, dans cemanus-
crit, deux ouvrages dignes de quelque attention. L'un (fol. 201-240) est le
Style de Guillaume du Breuil, avec des notes et des additions. L'autre
(fol. 133-174) est un formulaire à l'usage de l'officialité d'Orléans. Il y a
plusieurs actes de l'année 1377 (fol. 152, 159 v°, 164 et 172 v°). Tout y
dénote le temps de l'évèque Jean Nicot (1371-1382). Entre les nombreux
actes dont se compose le formulaire, je choisis, comme exemple, le con-
trat de vente d'un livre, tel qu'il est consigné au fol. 151.
Caucio Ubri venditi.
« Universis etc. officialis etc. Personaliter constitutus Petrus Veri, Au-
relianis studens, confessus fuit se vendidisse ac titulo pure et perfecte
vendicionis tradidisse, cessisse, quitavisse et penitus in perpetuum
dimisisse tali talem librum, cujus secundum folium fuit in textu sic ,
et in apparatu sic , pro tali precio, a dicto emptore dicto venditori
in presencia {sic) solutorum, de quo dictus venditor se tenuit adicto emp-
tore pro contempto libère et soluto integraliter cum effectu, jus, domi-
nium, proprietatem et possessionem dicti libri in dictum emptorem tota-
liter transferendo, et se de ipso libro sic vendito desaisiando et deves-
tiendo, dicturaque emptorem saisiando et investiendo de eodem per
tradicionem dicti libri et concessionem presencium litterarum, promit-
tens idem venditor per fldem suam ob hoc in manu nostra corporaliter
prestitam quod ipse contra vendicionem, cessionem, quittacionem et
liberacionem predictas per se vel per alium non veniet in futurum nec
venire aliquatenus attemptabit, ymo dictum librum sic venditum dicto
emptori promisit per dictam fidem suam garantizare, liberare et deffen-
dere in judicio et extra judiciura, erga et contra omnes. toriens quo-
ciens opus erit et fuerit super hoc requisitus, suis propriis sumptibus
et expensis suis, et prestare quidquid consuetum est facere prestari in
casu evictionis, tnm secundum jura quam secundum usus et consuetu-
dines universitatis studii Aurelianensis. Et quoad premissa firmiter
tenenda et inviolabiliter observanda ac integraliter adimplenda, dictus
venditor obligavit dicto actori\ et supposuit juridicioni, cohercioni et
compulsioni curie Aurelianensis se heredesque suos et successores uni-
versos et omnia singula bona sua et herodum suorum, ubicunque exis-
1. Liseï emptori.
324
tencia et poterunt inveniri, renuncians dirtus emptor per fidem suam
benefficio minoris etatis, excepcioni dictorum florenorura sibi non tra-
ditorum, solutorum et numeratorum et ab ipso non receptorum, et om-
nibus aiiis excepcionibus, rationibus et deffenssionibus facti et juris
canonici et civilis que contra présentes possunt obici sive dici. In cujus
rei testimonium etc.»
Ce formulaire, qui contient plus de cent pièces, mériterait à lui seul
d'être l'objet dune étude détaillée.
I..D.
ERRATUM.
Au dernier numéro de la Bibliothèque de l'École des chartes, t.
XXXIII, page 211 :
Au lieu de Monastère de Prouillan, lisez Monastère de Prouille.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
SER LE BENEDICTIN
PIERRE RERSUIRE
PREMIER TRADUCTEUR FRANÇAIS DE TITE LIVE.
.i>f=®=|a.
Nous voudrions contribuer à faire mettre au rang qui lui est
dû un homme que Tliistoire littéraire de son pays nous semble
avoir trop longtemps dédaigné. Ce n'est pas qu'elle l'ait laissé
absolument dans l'ombre ; mais, jusqu'ici, c'est surtout' comme
théologien que le bénédictin dont il est question a été connu. Ses
immenses encyclopédies latines, d'abord recueillies dans d'innom-
brables manuscrits, n'ont ensuite cessé d'être imprimées jusqu'au
miheu du dernier siècle ; il paraît même qu'elles n'ont pas encore
tout à fait perdu leur ancienne réputation. Et pourtant, là n'est
pas l'originalité de Pierre Bersuire, là n'est pas son principal
titre à l'attention de ses compatriotes. Le premier, il chercha à
comprendre l'antiquité et à la faire comprendre, et s'avisa d'étu-
dier l'Histoire romame, non plus dans les compilations fabuleuses
des bas-temps du moyen-âge, mais dans les historiens Romains ;
le premier, en même temps qu'il s'efforçait d'introduire dans
notre langue des termes nouveaux pour exprimer des idées nou-
velles, il tenta de lui donner un peu de l'ampleur et de l'élévation
qu'il admirait dans son original latin.
Grâce à lui, grâce aux traducteurs, qui, sur ses pas, se mirent
à l'œuvre, la France du xiV siècle, reprenant goût aux chefs-
d'œuvre classiques, eût peut-être pu, comme l'Italie avec Dante et
Pétrarque, renouer dès lors la tradition littéraire interrompue, et
22
326
avancer de 150 ans la Renaissance. Les circonstances arrêtèrent
ce môuvenient dès le début, et, il le faut dire aussi, le génie manqua
à ces initiateurs. Mais si la tentative ne fut pas suivie de succès,
si la tâche était trop lourde, il n'y en a pas moins de mérite à
avoir fait l'effort, et le fait n'en est pas moins digne d'être étudié
de près et avec quelques développements.
Nous nous pi'oposons de consacrer plusieurs études à Pierre
Bersuire, à ses œuvres et au mouvement littéraire qu'il provoqua.
Pour le moment, c'est la vie de ce savant écriAain que nous
voulons essayer de faire connaître. On n'avait, jusqu'ici, sur
son compte, que quelques renseignements disséminés de tous
côtés et trop souvent reproduits sans contrôle, malgré leur peu
de valeur et leur caractère fréquemment contradictoire ou erroné.
Pour rares encore qu'aient été les matériaux que nous avons eus
entre les mains, nous pensons au moins avoir réussi à disposer
cet essai de biographie d'après un ordre chronologique rationnel.
Nous n'avons pas d'autre prétention que d'avoir tracé un cadre
que, seules, des découvertes postérieures permettront de remphr.
I.
SUR LE NOM FRANÇAIS DE BERSUIRE.
vVvant toutes choses, entendous-nous sur le nom qu'il convient
de donner au traducteur dont nous nous occupons. Pour n'avoir
pas consulté les chartes ou pour avoir mal Iules manuscrits, pres-
que tous ceux qui ont parlé de lui jusqu'aujourd'liui ont défiguré
son nom de cent façons, toutes également arbitraires. 11 laut
d'abord distinguer le nom latin du nom français, et commencer
par parler du premier qui eut une grande influence sur les vicissi-
tudes du second.
Dans le prologue du Reductoriurn 'inorale on lit : « Sum
quidam peccator..., nomine Petrus, cognomine Berchorius^ . »
Déplus, un acte dont nous parlerons plus loin et qui est signé de lui
comme secrétaire du roi, porte en toutes lettres : P. BercJiorius .
Cependant, dans plusieurs documents, ce dernier nom est écrit
sans h, Bercorius, et on trouve aussi quelquefois Petrus Ber-
1 . Voir le passage enlier auquel nous nous référerons fréquemment par la suite:
« Sum quidam peccator, ordinis Saucli lienedicli monacbus, de lerris Francorum
genitus, natione gallus, palria piclavinus, nomine Petrus, cognomine BercLo-
rius, etc. » Bibl. Nal. Ms. lat. 1(;785, f" '2 verso, 1"= col.
327
chorii ^ Mais dans les chartes, c'est surtout la première de ces
trois formes qui se rencontre ~.
Il est vrai que les imprimés, et même un certain nombre de
manuscrits, ont quelquefois, par suite de négligence ou de mau-
vaise lecture, écrit Bertliorius, Bertorius, Brichorius, etc.; quoi
qu'il en soit il ne peut y avoir de doute sur le nom latin de notre
Bénédictin : il s'appelait Petrus Berchorius.
Son nom français n'est pas aussi facile à établir. Deux
causes ont contribué à l'altérer : d'abord, même dans les premiers
manuscrits de la traduction de Tite-Live, il n'a point été dans le
principe reproduit sous la forme orthographique que nous adop-
tons, et, dans les autres, il n'a pas tardé à se déformer.
Ensuite la plupart des savants qui se sont occupés de Bersuire
n'ont pas connu la forme de son nom dans les bons manuscrits
de sa traduction et lui ont forgé une dénomination française d'a-
près son nom latin et ses mauvaises variantes, ^wv Berceure{èY\-
demment pour Berçure), on a fait Berceur, Berseure, Le Berceur,
Bercevre, Bercenne, Bercerie ; d'après Berchorius, on a imaginé
Bercliore, Bercheur, Berchoir, Berchoire, Bertheure, Berchur,
Berchaire, Bercheuvre, Barcheuvre, Bercœur, Barchœur; une
fois lancées, l'imagination et la fantaisie des biographes et des cri-
tiques n'ont plus connu de limites. Généralement, comme on sent
bien qu'aucun de ces vocables n'est le bon, on en donne deux ou
trois à choisir. Les plus savants mêmes s'y sont trompés : ainsi
V Histoire littéraire de la France '^ et M. Littré, dans son
Dictionnaire, emploient le terme de Bercheure ; l'abbé de Sade,
copié par M. Barbeu du Rocher, celui de Le Bercheur, et enfin
M. Léopold Delisle (Inv. des mss. latins 8823-18613) Le Ber-
ceur et le Bercheur.
Deux personnes ', jusqu'à ce jour, ont entrevu la vérité et
cela parce qu'elles avaient eu recours aux originaux.
M. Paulin Paris ^ a adopté l'orthographe de Berceure, qui est
1. B. N. mss. lat. 16785 et 16789. Cf. l'épitaphe de Bersuire à Sainl-Eloi.
'J. Voir par exemple la pièce datée de 1363, à l'Appendice, a" IV.
3. T. XXIV, passim.
4. On va voir tout à l'heure que Mercier de Saint-Léger et MM. Qaicherat et
Benjamin Fiilon n'ont pas été loin d'arriver au même résultat, mais nous nous
occupons surtout ici des opinions appuyées sur des preuves, les seules qui
pouvaient faire autorité.
3. Mss. français de la Bibl. du roi, l. 1, p. 33 et suiv.
328
en effet celle que portent les meilleurs * manuscrits de la traduc-
tion de Tite-Live. Berceure cependant n'est admissible que sous
la réserve de la remarque suivante : le diphthongue eu de Ber-
ceuve est ici pour u, et il faut prononcer comme s'il y avait
Bevçuve. C'est ainsi qu'on prononçait certainement au xrv® siècle,
et dans les manuscrits mêmes de notre traduction, on voit :
deue pour due
scewent — surent
armeure — armure
feus sent — fussent, etc.
Au siècle dernier, cette prononciation de la diphthongue eu
s'était conservée, témoins ces vers de Voltaire^ :
Près des bords de l'iton et des rives de VEure,
Est un champ fortuné, l'amour de la nature.
Enfin, elle s'est maintenue jusqu'à nos jours dans les mots
yeus, etc., et gageure.
Mais l'honneur d'avoir presque atteint le but revient à l'abbé
Lebeuf, qui avait eu sous les yeux des titres originaux. Aussi
bien avait-il remarqué que la forme de Bercheure qu'il avait
rencontrée dans les imprimés n'était pas la bonne ^, et dans sa
liste des prieurs de Saint-Eloi ■*, il appelle l'un d'eux, celui qui
nous occupe : Pierre Berseure, ou Bresseure, ou Bersuyre
1. Beaucoup demss., même très-peu postérieurs à l'auteur, ont déjà Bercheure
et Berteure ; c'est même cette orthographe, dépourvue de toute espèce de sens,
qui peut seule expliquer bien des mauvaises lectures d'après les mss., comme
lorsqu'on trouve dans le Cat. de la reine de Suède, au Vatican, Berfhense et
Bericin, et dans les Recherches sur Louis de Bruges, de M. Van Praët,
Besleure.
Par contre certains documents, presque contemporains de notre auteur, don-
naient peut-être la bonne forme qu'on n'a pas su reconnaître, et d'où on pour-
rait tirer un nouvel argument en faveur de noire opinion. On lit en eflctdans le
Catalogue de la Librairie de la Sainte-Chapelle de Bourges, publié par M. Hiver,
p. 96 : « Un grant livre en latin, en deux volumes, appelle de Proprieiafihus
Rerum, compilé par feu Pierre Bersivre, etc. » — Nous pensons que c'est une
mauvaise lecture et que le manuscrit du Catalogue porte Bersuire.
2. Henriade, chant VIII, v. 65.
3. Mém. de l'Ac. des InsciHp., t. XVII, p. 747: « Ce religieux se nommait
P. Bercheure, nom qui a été défiguré de diverses manières par les copistes. »
— Mais dans un mémoire du même auteur sur VHist. de Charles V par Christ,
de Pisan, on voit : « Pierre Berceure, c'est Pierre de Bressuire. »
'i. Ilist. du dioc. dp Paris. Ed. Cocheris, t. III, p. 381.
329
(car, dit-il, les titres varient sur ce nom). — Mais, comme on le
voit, il n'ose se décider.
Eh bien, la vraie orthographe et la seule prononciation est
Pierre Bersuire, c'est-à-dire le nom même du chef-lieu d'arron-
dissement des Deux-Sèvres ^
Cette ville, il est vrai, s'appelle et s'écrit aujourd'hui Bres-
suire, et l'on pourrait expliquer la différence avec Bersuire,
par la métathèse^, accident très-fréquent dans la formation fran-
çaise des noms de lieu. Bressuire vient du latm Berçorium
comme
Drevant de JDervantum,
Drwat de Durcaptuni ^.
et comme, parmi les noms communs, brebis vient de vervex.
Mais Bressuire est moderne. Au xviif siècle, on prononçait
et on écrivait encore Bersuire. C'est ainsi que le mot est écrit
par Expilly '^., et surtout par Lamartinière ^, qui dit même :
« Bersuire est nommée souvent Bressuire par ceux du dehors.»
Donc, Bersuire est la prononciation indigène et ancienne*'.
Or, c'est à cette prononciation que se rapporte la façon dont
le nom du prieur de Saint-Eloi est écrit dans les seuls documents
qui puissent faire foi en pareille matière, dans les chartes. Nous
n'avons pas encore pu rencontrer d'acte en français où Pierre
Bersuire soit ainsi nommé de son vivant, mais nous avons copié
1. Nous devons dire que celte explication de la fonne Berceure nous avait déjà
été indiquée par M. Quicherat, alors que nous n'avions pas encore trouvé de
preuves. A plusieurs reprises, notre savant professeur nous avait fait remar-
quer la similitude qui existait enlre Bercheure ou Berceure et B/es^uVe. Dès le
siècle dernier, du reste, Mercier de Saint-Léger, sans avoir davantage consuUé
les chartes, avait fait le même rapprochement. Voy. dans VEspvit des Journaux,
janv. 1779, p. 211 et suiv., un arliele sur lu Bibliothèque générale des écri-
vains de l'ordre de Saint-Benoit (p. Doni Jean François).
1. « Une loi commune à toutes les langues indo-européennes permet la mé-
talhese dans les racines finissant par une liquide : certus = cretus, lernus =
irinus. » Bréal, les doublets lutins {Mém. de la Soc. de ling. de Paris, I, p.
165.)
3. Voir Quicherat, de la formation française des noms de lieu, p. 19.
4. Dictionnaire géographique.
5. Gr. Bict. Bist. Geogr. et Crit., t. 1, p. 163. Ed. de 1739.
6. Du reste le nom français de la ville de Bressuire, qui en latin s'écrivait
Berchorium et Beirorium, a subi les mêmes vicissitudes orthographiques que
celui de notre auteur : nous avons relevé les variantes suivantes de Bersuire,
au moyen-âge : Bersiires, Bersurre, Bersoire, Bressure, etc.
330
aux Archives nationales, quatre pièces que l'on trouvera à l'Ap-
pendice, et qui suffisent poui' fixer dès à présent son véritable
nom. Deux de ces actes sont relatifs à une personne qui était cer-
taincanent parente de Pierre Bersuire et qui est nommée Jehon
Berswjre, dans une charte du 20 mai 1346 S et Jehan
Bersoire, dans une charte du 1«"" décembre de la même année ^
Les deux autres pièces qui concernent spécialement Pierre,
sont :
1" Un vidimus de 1388 relatant la vente d'um; maison faite à
Pierre Berssuire par Hugues de la Vergne, vers la saint Jean-
Baptiste 13(31 •'.
2" Un acte sans signe de validation ni date, qui doit être du
commencement du xv® siècle, par lequel Pierre Philippeau fonde
une messe en laveur de son oncle << Pierre Bersure, précédent
prieur de Saint-Eloi'. »
Grâce à ces pièces, et malgré les légères différences d'ortho-
graphe qu'on y remarque, nous pensons que nous sommes auto-
risé à nommer désormais notre traducteur Pierre Bersuire '".
Son nom était tout simplement le même que celui de la ville des
environs de laquelle sa famille était sans doute originaire. Il ne
faut cependant pas l'appeler Pierre de Bressuire ; car les actes que
nous avons cités ne portent jamais la particule, et nous retrouvons
évidemment ici la même formation que dans les noms de personne
tels que Tliiers, Marseille, Carcassonne, Bordeaux.
II.
premières années de bersuire.
SON SÉJOUR A LA COUR d' AVIGNON; SES OUVRAGES LATINS.
Les renseignements sur la vie de Pierre Bersuire sont rares,
et le peu qu'on en a est disséminé dans vingt ouvrages incom-
1 . Appendice, u" 1.
2. Ibid, n» II.
3. Ibkl, n" m.
4. Ibid, n° VI.
5. Pétrarque qui, ainsi qu'on le verra plus loin, a adressé deux leUres à
Pierre Bersuire, ne lui donne jamais son nom de litmille. 11 l'appelle en latin
Petrus Piciavensis, ce que De Sade et M. Barbeu du Rocher Iraduisenl par
Pierre de Poitiers; n'aurail-il pas été au moins j)lus simple et en même temps
plus exact de rendre ce terme i)ai' Pierre le Poitevin ?
331
plets et remplis d'erreurs. Bien que, de l'aveu même de ses con-
temporains, il ait été certainement un des hommes les plus
savants de son époque. Lien que Pétrarque se soit à plusieurs
reprises fait honneur de son amitié, on ne trouve aucune trace de
lui dans les historiens du xiv" siècle. Il vécut près de quinze ans
à la cour d'Avignon, et fut le familier du roi Jean pendant dix
ans au moins, mais comme il ne se mêla pas aux luttes politiques
de ces temps agités, Villani, le continuateur de G. de Nangis,
la Chronique des quatre premiers Valois, les Chroniques de St-
Denis et Froissard, se taisent sur son compte ^
Nous nous sommes efforcé de réunir, de coordonner et de com-
pléter les notes éparses recueillies sur sa vie par M. Gautier-, par
la Bibliothèque historique du Poitou de Dreux du Radier ■\
(ce sont les deux seuls semblants de monographie qui lui aient
été jusqu'à présent consacrés), ainsi que par l'abbé de Sade ^,
M. Barbeu du Rocher^, Y Histoire littéraire (t. XXIV,
passim), l'abbé Lebeuf ^, et divers dictionnaires biographiques
qui répètent tous les mêmes erreurs, avec le même laconisme.
INfous avons aussi rencontré quelques renseignements et quelques
dates dans des documents originaux tels que les manuscrits latins
et français de Bersuire, les lettres de Pétrarque, les chartes des
Archives nationales et des archives du Ministère de l'Instruction
pubhque, et enfin l'épitaphe même de Bersuire.
Pierre Bersuire naquit à Saint-Pierre-du-Chemin. Ce village
n'est pas à trois lieues de Poitiers, comme l'ont dit Moréri, La
Croix du Maine, la Biographie Feller et d'autres : après avoir fait
partie de l'ancien évêché de Maillezais, il compte aujourd'hui
1744 h. et se trouve dans le département de la Vendée ^, arron-
dissement de Fontenay-le-Comte. Il n'est distant de Bressuire
1. Depuis le xiv' siècle jusqu'à uos jours, aucune histoire générale de la
France ne fait mention de lui, et, chose plus incroyable, les histoires littéraires
ne le citent jamais : MM. Villemain, Nisard, Gérusez, Demogeot, Mezières, qui
ont au moins un mot pour Oresme, ne connaissent pas Bersuire.
2. Notice biographique et bibliographique sur Pierre Berceure. Dans les
Actes de l'Académie de Bordeaux, l. VI, 1844, p. 495 et suiv.
3. T. I, p. 357. .
4. Mémoires pour la vie de Pétrarque, t. I et III passim.
5. Mém. présentés à l'Ac. des Inscript, par divers savants. 1' série. T. lil.
|). 187 et ss.
6. Hist. du dioc. de Paris, édit. Cocheris, t. III, p. 381.
7. Dict. des Postes.
332
que de 25 kilomètres, sur la vonU- qui joini cette ville à'Fontenay.
M. Gautier ^ confond à tort Saint-Pierre-du-Chemin avec
Saint-Pierre-le-Vieux, autre village fort distinct du premier, et
qui est situé au-dessous et tout près de Maillezais. L'épitaphe de
Pierre Bersuire, dans l'église Saint-Éloi de Paris, qui nous a
conservé le nom de son pays natal, dit positivement : « Qui fuit
oriundus de villa Sancti Pétri de Itinere -. »
( >n n'a aucun renseignement sur sa famille ni sur l'époque de
sa naissance, et nous sommes réduits, pour les premières années
de sa vie, à des suppositions. M. Gautier conjecture qu'il naquit
vers 1290, et la Biographie Didot donne aussi comme date appro-
ximative la fin du xiif siècle. C'est probablement en effet dans
les quinze dernières années de ce siècle que l'on peut placer sa
naissance. Dans une de ses lettres, Pétrarque^, peu de'temps
après sa mort, le traite de rénérable. Or Pétrarque, né en 1304,
n'aurait pas donné cette épitliète à un homme qui n'eut pas été
sensiblement plus âgé que lui. D'un autre côté, comme c'est dans
les dernières années de sa vie que Bersuire traduisit Tite-Live,
il est à supposer qu'il n'aurait pas entrepris une œuvre aussi
considérable s'il avait eu alors (en 1352 ou 1353) plus de 65 à
70 ans.
On peut encore penser avec M. Gautier qu'il entra jeune à
l'abba}' e de Maillezais, la plus célèbre et la plus puissante de son
pays, avant qu'elle ne fût érigée en évêché, par Jean XXII, en
1317. C'est là sans doute qu'il se consacra à l'ordre de St-Benoît,
où il resta toute sa vie. Quand Pierre parle de lui dans le prologue
d'un de ses ouvrages latins, le Reductorium.'inorale'^, il s'inti-
tule Bénédictin, et nous le voyons désigné comme tel dans tous
les manuscrits. Nous ne savons donc d'après quelle autorité l'abbé
1. Loc. cil., p. 497.
2. Du Breiiil, Ant. de Paris, p. 102. Reproduit par M. P. Paris, Mss. fr.,
t. V, p. 417, et Gall. Christ., t. Vil, col. 282.
3. Epist. senti., lib. X, epist. 2. Ed. de Bâle, p. 869 : « J'ea ai écrit au
vénérable Pierre de Poitiers, lequel est mort trop tard, hélas! puisqu'il a été
témoin de tous ces malheurs. » — D'après Barbeu du Rocher, loc. cit., tiré à
part, p. 17. Dans une autre lettre, celle-là adressée à Boccace, où il parle d'une
épître sur la mobilité de la fortune qu'il avait envoyée à Bersuire, Pétrarque dit
encore : « J'ai écrit au savant vieillard Pierre de Poitiers. » — Barbeu du Ro-
cher, ibid, p. 19.
4. Bibl. Nat. ms. latin 16785, fol. 2, verso, 1" col., et 8864, fol. 1, recio,
1" col.
333
de Sade prétend qu'il entra de bonne heure dans l'ordre de saint
François ^ . Il n'y a trace de cela nulle part, tandis que toutes les
abbayes auxquelles Bersuire appartint dans la suite observaient
la règle de saint Benoît.
C'est aux années de sa vie que Bersuire dut passer dans l'ab-
baye de Maillezais qu'on peut rapporter les paroles de la préface
de son Rediictorium^ :«...Lahova\']. primo et ante omnia Bibliae
textum quater studendo, et, ut sic sine concordantiis allegare
scirem, figuras, auctoritates ethistorias diligentissime figurando. »
— Il se préparait ainsi aux immenses travaux que nous le verrons
entreprendre par la suite.
En 1317, Geoffroy Povereau^, abbé de Maillezais, devint le
premier évêque du nouvel évêché. Il n'est pas impossible, comme
le croit M. Gautier, que Geoffroy, en allant se faire sacrer à
Avignon, ait emmené avec lui son moine Pierre Bersuire, qui
était sans doute dès lors le plus instruit et le plus remarquable du
monastère.
Du reste, quelles qu'aient été les circonstances qui aient amené
Bersuire à Avignon, soit qu'il y vint, en effet, avec Geoffroy
Povereau dès 1317, soit qu'il n'y arrivât que quelques années
plus tard, il est certain qu'il y fit entre 1320 et 1340 un très-
long séjour.
C'est là qu'il eut l'occasion d'entrer en relations avec le cardinal
Pierre des Prés ^ vice-cliancelier du pape, à qui il s'attacha et
1. Loc. cil., t. I, p. 3G6. Le même fait esl rapporté, mais également sans
preuves, par M. Fracasselti (Lettere di Fi: Petrarca rolgartzzate. Firenze,
1866, in- 12, 1. IV, p. 497). M. FracasseUi, qui du reste n'a fait que copier De
Sade, ajoute que c'est le pape Jean XXll ([ui lit passer Bersuire de l'ordre de
saint François en relui de saint Benoit, et que c'est étant encore cordelier que
Bersuire fit la connaissance de Pierre des Prés et sut gagner son aflection.
Dans un passage delà Marguerite de France Hq Jean Thénaud, cordelier (1509),
manuscrit cité par Mercier de Saint-Léger dans l'article mentionné plus haut, on
lit aussi : « Pierre de Bersuyre, qui fit le Dictionnaire, etc., fut premièrement
cordelier, puis moine et prieur de Saint-Victor. » Nous prouverons tout à
l'heure que Bersuire n'entra jamais à l'abbaye de Saint-Victor; il est probable
que l'autre assertion de Jean Thénaud n'a pas plus de fondement, et qu'il n'a
pas eu d'autre raison pour faire de Bersuire un cordelier que le désir bien
naturel de partager ave«; les Bénédictins une de leurs illustrations littéraires.
2. B. N. ms. latin 16785. Prologue, fol. 3, recto, 2-= col.
3. Voir, sur ce nom, un article de M. Marchegay {Bibl. de l'Ec. des chartes,
t I, p. 155).
4. Ce cardinal était originaire de Montpezat, diocèse de Cahors. (V. Baluze,
334
auprès duquel il resta au moins pendant douze années. C'est
aussi durant celte période qu'il composa ses deux plus importants
ouvrages latins, tous deux dédiés à son protecteur, le Reducto-
rium morale d'abord et le Repertotnuni morale. On va voir
que ce sont les manuscrits mêmes de ses œuvres qui nous fournis-
sent ces détails : « Et ego *, frater Petrus Bercliorii, ordinis sancti
Benedicti raonachus, in pictavico solo natus, secundam partemlabo-
rum meorum, scilicet Morale Ivopertorium, iiicipio, ipsiimquereve-
rendissimo in Xristo palri ac domino meo Domino Petro de Pratis,
episcopo Penestrino, ac sancte Romane ecclesie vicecancellario
cardinali , cujus sum ego lamiliaris et domesticus apud ipsum
DUODECiM annis, cui meum laborem offerro et presento, etc. »
Ce manuscrit, qui provient de l'abbaye de St-Victor et semble avoir
été fait au xiv'' siècle, peu de temps après la mort de Bersuire,
porte l'indication de la date de la l'édaction de l'ouvrage. On lit,
en effet, à la fin de l'avertissement qui précède la table : « Anno
Domini m° ccC xl°, ad bene placitum paternitatis nostre et
ad laudem et gloriam omnipotentis Dei, etc.- » Terminé, comme
on le voit, en 1340, le Repertorium avait coûté cinq ans de
travail à son auteur. C'est encore ce que nous apprend le pro-
logue déjà souvent cité de son Reductorium corrigé et revu ^.
Nous apprenons enfin dans le même prologue que Bersuii-o
n'entreprit ces immenses travaux que sur l'avis du cardinal,
lequel l'aida de ses conseils et lui prêta ses livres ■*.
Du reste, Pierre des Prés était lui-même un savant théologien.
Hisl. des Papes d'Avignon, l. 1, col. 746). — Il fui successivement évèquc de
Riez en Provence en 1317, archevêque d'Aix en 1319, cardinal du titre de
Sainte-Potentienne et évoque de Palestrina en 1320, et resta vice-chancelier des
Papes, depuis celte époque jusqu'à sa mort en 1361.
1. Biblioth. Nat., fonds latin, nis. 14270. Prologue du Repertorium, f" 35 v".
\' col.
2. Ibkl., 1" fol. r°, 1" col. Voir la même dale dans lesmss. lat. 8861 et 16790,
où elle est placée à la lin de l'ouvrage, avant la lable : « Quim quidem labu-
lam feci et compilavi in curia romana anno Domini mUlesiino ireceniesimo
quadrageshno. »
3. « Laboravi insnper opus magis arduum et diflicile, quod Reporlorium mo-
rale vocavi, aggrediendo et ibi quasi per quinquennium insudando. « — Prol.
du Heductorium, éd. de 1730, p. 3.
4. « Qui (Bersuire) etiam per iiisum (le cardinal) libris et nccessariis milii
commimicalis et tradilis, ad istos labores meos sum inductus, et in islis etiam
directus multipliciter et adjutus. » Ibid, p. 2.
335
On a de lui, selon Dreux du Radier ', un livre intitulé De lau-
dibus Beatœ Virginis, dont le manuscrit était à la bibliothèque
de Saint-Victor de Paris. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait
dirigé et encouragé son savant familier.
A la suite de Pierre des Prés, qui était un des conseillers in-
times du pape, Bersuire fut introduit à la cour d'Avignon, et, s"il
faut en croire l'abbé de Sade ^ que nous allons citer, il y eut quel-
que part aux concessions " dont les pontifes comblaient leur en-
tourage : «En 1331, le pape Jean XXII ^ le (Bersuire) transféra
dans l'abbaye de Saint-Sauveur, ordre de saint^ Benoit, diocèse
de Poitiers, et le rendit capable de posséder tous les bénéfices de
son ordre. 11 fut d'abord prieur de Bruère-Château, ensuite Clé-
ment VI '" lui conféra le prieuré de Clisson, membre de l'abbaye
de Saint-Jouin de Marnes*^. »
Nous avons vainement consulté le Gallia Chrisiiana, le Char-
tularium sancti Jovmi '^ , et les manuscrits de la Bibliothèque
nationale pour y retrouver les traces du passage de Pierre Bersuire
dans les trois monastères mentionnés par de Sade. Des recher-
ches faites pour nous dans les archives départementales, si pau-
vres, d'ailleurs, en documents de cette époque, n'ont pas eu plus
de succès. Toutefois, nous avons lieu de penser que ce fut anté-
rieurement à 1340 que notre bénédictin se fit octroyer sa dernière
nomination. Nous le retrouvons, en effet, vers cette époque, sim-
ple moine d'une quatrième abbaye de son ordre, Saint-Florent de
Saumur. Un autre clerc attaché à Pierre des Prés, Jean Colombe,
qui, sans doute, avait collaboré aux travaux de Bersuire, en nous
apprenant que c'est lui-même qui, peu de temps après l'achève-
1. Bihl. du PoUou, t. I, p. 357, noie.
2. M(')n. pour la vie de Pétrarque, t. I, p. 366.
3. Les abus de ces concessions sont nombreux. Ou voit dans VArt de vérifier
les dates (éd. de 1750, in-4°, 2= partie, p. 392) qu'Innocent VI, en 1353, sus-
pendit les réserves accordées par Clément YI, et révoqua absolument toutes les
commendes et toutes les concessions de bénélices et prélatures.
4. Regist. Joan. XXII, t. XXXIX, f" 594.
5. Regist. Cléra. VI, t. VIII, f" 15.
6. Ces assertions ne peuvent être facilement contrôlées, les registres des
Papes, d'où elles sont tirées, étant à Rome, et les extraits qui en avaient été
faits par La Porte du Theil, déposés à la Bibl. Nat., s'arrétant, selon M. Léo-
pold Delisle, à Boniface YIll, qui mourut en 1303.
7. Publ. par M. Cb. Grandmaison, Mém. delà Soc. de statistique des Deux-
Sevres, t. XVII, 1854.
336
ment du Repertorium, c'est-à-dire en 1340 (voir page 334), fut
chargé par le cardinal d'en faire la table, ajoute que Bersuire
était alors moine de Saumur ^ Combien de temps resta-t-il dans
ce nouveau couvent? y mil-il môme jamais les pieds? Autant de
questions encore auxquelles il ne nous est pas donné de répon-
dre '^.
D'ailleurs, dans (jnelque ordre qu'elles se soient succédé, les
diverses concessions qu'il obtint n'empêchèrent pas Bersuire de
demeurer à Avignon ; on peut même supposer qu'il ne résida
jamais dans les abbayes où il fut successivement envoyé ^. C'est
une des raisons, croyons-nous, pour lesquelles il n'est jamais
nommé dans les actes.
Outre l'intérêt que Bersuire pouvait avoir à rester à la cour
Pontificale où il trouvait des protections matérielles et aussi une
société littéraire et savante, nous avons d'ailleurs des preuves de
son séjour. Il nous apprend lui-même que c'est à Avignon qu'il
composa son premier ouvrage: «quodin Avinionefuitfactum'*;»
et comme nous savons déjà que le second, son Repertorium, lui
coûta cinq ans de travaux et fut terminé en 1340 "', également à
1. Cal. of mss. in ihe British Muséum. New Séries. Pari. 1. Arundel viss.,
in-fol. 1834, p. 70.— N°238. Mcmbranaceus, in-â" Sbcc. XIV. 5°; Johannis Co-
lumbœ clerici tabula super Pétri Berchorii Repertorium morale ad Petrum
(Després) episcopum Penestrinum inscripta, fol. 108. Incip. : « Reverendissirao
in Chrislo palri ac. domino suo Domino Petro, digna Dei providenlia episcopo
Penestrino, Johannes Coiumbe, pauper ipsius familiaris el clericus, se ipsum
ad perpeluam el humilimam servitulcm. Cum ex injuncto révérende paterni-
talis vestre ultra vires ingenii mei manuni meam extenderim ad ardana, vide-
licel, ad fac.iendum labiilam super librum novum erf/<«»i a religioso viro, fralrc
Petro lirichorii, Salmuriensi monacho, qui liber Moralis Tabula seu Morale
Repertorium nuncupatur. »
1. Notre confrère M. Cél. Port, (jui a eu l'obligeance de consuUer pour nous
le fonds de St-Florent aux Archives de Maine-et-Loire, nous écrit qu'il n'a rien
trouvé sur Bersuire.
3. On voit encore dans le passage de VArl de vérifier les dates que nous
avons cité en note à la page précédente, qu'Innocent VI ordonna en même temps
que tous les prélats et autres bénéficiers se retirassent chacun dans leurs béné-
lices et y Jisseni leurs résidences sous peine d'excommunication, ce qui permet
de croire qu'ils n'y résidaient guère auparavant.
i B. N. ms. lai. 8864, explicit.
5. « Quam Tabulam (*) feci et compilavi in curia Romana anno 1340, etc.
— Explicit du Repertorium, B. N. ms. lat. 1G789.
(*) On vient de voir pourtant qu'il laissa à un de ses clercs le soin de faire cette table.
337
Avignon, à la cour des Papes, on peut affirmer que, malgré sa
nomination à divers bénéfices, c'est à Avignon qu'il resta de 1320
environ jusqu'à 1340.
Enfin, un dernier témoignage de sa présence nous vient des
lettres de Pétrarque : nous y voyons, en effet, Bersuire cité
comme un des plus fidèles visiteurs du poète dans sa retraite de
Vaucluse. C'est même, à la date de 1338, le seul que Pétrarque
se plaise à nommer', et, à cette occasion, il se sert de termes qui
montrent en quelle haute estime il tenait Pierre Bersuire. Il
l'appelle « Vir insignis pietate et litteris ^. »
Sans parler ici de l'influence que ces fréquents entretiens
eurent sur l'esprit de Bersuire, il faut remarquer que c'est de
cette époque que date, entre le poète et le savant, une liaison
dont nous aurons bientôt de nouvelles preuves.
m.
p. BERSUIRE CHAMBRIER DE COULOMBS ET ECOLIER
DE l'université DE PARIS. SES DEMELES AVEC l'ÉVÈQUE.
En 1342, Pierre Bersuire est à Paris. Ce renseignement nous
vient encore des manuscrits de ses ouvrages latins, si précieux
pour fixer les dates de sa vie, et que ses biographes ont trop peu
feuilletés jusqu'à présent. Nous y voyons que cette année-là,
il y reprit et corrigea son Reductorium , achevé avant le
Repertorium, et qu'il en fit la table ^.
Quelle cause avait amené notre Bénédictin à Paris ? Nous pen-
sons qu'il y accompagna Pierre des Prés, envoyé vers cette épo-
que par le Pape, avec Hannibal, évêque de Tusculum, auprès
des rois de France et d'Angleterre, pour leur conseiller la paix^.
M. Gautier fait la même supposition, seulement il croit que
1. Voir De Sade, Mémoires cités, t. I, p. 36G.
2. Seniles liiterœ, édit. de Bâle, 1. 13, ép. I. — On peut consulter aussi ibid.,
t. 15, ép. Vil, d'après M. Barbeu du Rocher : « Me trouvant en France dans ma
jeunesse, alors que je n'étais presque rien par moi-même, des hommes impor-
tants ont désiré s'entretenir avec moi, entre autres Pierre de Poitiers. » (Barbeu
du Rocher, mém. cit., p. 24).
3. Bibl. Nat., ms. f. lat. 16787, à la tin : « Explicit liber Reductorii Moralis
quod in Avinione fuit factum, Parisius vero correctum et tahulatum, anno
Domini millesimo triccntesimo quadragesimo secundo. Deo gralias. »
4. Baluze, Me des Papes d'Avignon, t. I, col. 74tJ.
338
cette ambassade de Pierre des Prés n'eut lieu qu'en 1347, après
la bataille de Cvécy. Selon Baluze (qui, du reste, s'en réfère à
Orderic Raynald, anno 1342), ce serait après la bataille de
l'Écluse, et les deux envoyés n'obtinrent qu'une trêve de quatre
ans; après quoi, le cardinal partit pour les Flandres, atin de
tâcher aussi d'y rétablir la concorde.
Il est probabb^ que Pierre Bersuire préféra demeurer à Paris,
oîi il avait son Reduclorium à corriger, comme nous savons, et
où il devait désirer suivre les lectures de l'Université, avant
d'entreprendi'e le troisième ouvrage qu'il projetait, ainsi qu'il
l'annonce dès cette époque dans la Préface du Reductorium.
Ce troisième ouvrage (en latin), est le Bréviaire moral ^.
Depuis cette époque jusqu'en 1351, on manque de renseigne-
ments sur Bersuire ; pendant qu'il travaillait obscurément, de tris-
tes années s'écoulaient pour la France : au désastre de Crécy suc-
cédait la peste de 1348, et les historiens ont alors autre chose à
faire que de s'occuper d'un moine bénédictin. — Quant aux
documents et aux manuscrits, ils se taisent sur son compte
durant toute cette période.
Ce n'est que vers 1351, que nous le retrouvons religieux à
l'abbaye de Coulombs, car il a encore une fois changé de inonas-
tère; cependant c'était toujours un couvent de Tordre de saint
Benoit. Un incident de la vie de Bersuire, qui a donné lieu à beau-
coup de suppositions et d'erreurs, se rapporte à cette année :
nous croyons devoir nous y arrêter.
Sauvai - prétend avoir lu dans la vie de Pierre Berchorc (sic)
que celui-ci, étant religieux de Saint-Yictor, fut emprisonné dans
une tour ^ située dans ce monastère « pour n'avoir pas eu les
sentiments qu'il devoit avoir de la foi.» Sauvai est désolé d'avoir
« diffamé la mémoire d'un homme illustre, » et dit qu'il n'aurait
pas parlé de lui s'il n'avait eu des preuves. Ce qui n'a pas
1. Teriia vei'o parlidila, quam necdum complevi, erit de diversis Ihematibus
el aiictorilalibus, etc. » — El plus bas : « Laborabo vero poslea opusculuni
Brevarii moralis collalionum scilicet et theniatum conipilaiido, ol illos labores
meos sub islo Iriplici ordiiie consiimando. » Prol. du Kéduct. (Edition de 1730,
p. 3).
2. Antiquités de Paris, i. I, p. 509. Comme le fait remarquer Lebeuf [loc.
cil.), ou ne Irouve oeUe vie nulle pari.
3. Celte lour, selon Sauvai, s'appelait Tour d'Alexandre, et l'on y mettait les
(i enfants de famille débaucbés. »
339
empêclié Piganiol de la Force ^ de le copier et de s'indigner avec
lui qu'on ait osé confondre Berchore avec Despautere. Mais ils
tombent tous deux dans une bien autre erreur !
Déjà, au siècle dernier, la bévue avait été relevée par deux des
meilleurs historiens de Paris, Jaillot et Lebeuf. Jaillot - s'est livré
à des études sur la tour mentionnée par Sauvai, appelée la tour
d'Alexandre, et à propos de l'assertion de Piganiol de la Force, il
avoue ne pas savoir où celui-ci a pris les indices de ce qu'il avance.
Pour moi, dit-il, je n'ai rencontré aucune preuve, « ni de l'anti-
quité qu'on lui donne (à cette tour), ni de l'usage auquel on pré-
tend qu'elle a servi. » Lebeuf^ a été plus loin, et grâce à sa par-
faite intelligence des titres originaux, il a entrevu une partie de
la vérité. Il pense, en effet, avec raison, que l'erreur de Sauvai
provient de ce que Bersuire ayant acheté une maison près de la
porte Saint-Victor, on en conclut qu'il avait été religieux de
cette abbaye, et tout ce qui s'ensuit. De notre côté, nous avons
retrouvé aux Archives nationales plusieurs des pièces qu'avait
connues Lebeuf, et qui confirment son opinion, tandis que,
malgré de longues recherches, nous n'avons rencontré aucune
preuve de l'incarcération de Bersuire à Saint-Victor.
Cependant, il est un fait qui peut expliquer en partie l'erreur
de Sauvai : Bersuire, il est vrai, a été enfermé, et pour ses opi-
nions religieuses, mais l'abbaye de Saint-Victor n'a rien à voir
dans cette affaire.
C'est au contraire au temps où il était religieux, ou plutôt cham-
brier, de l'abbaye de Coulombs, que se rattache le fait de sa
détention. Malgré ses fonctions de cliambrier, nous avons déjà
supposé que, pour continuer ses travaux, il suivait, en dépit de
son âge déjà avancé, les lectures de l'Université de Paris ; il se
faisait même donner le titre d'écolier. Or, en 1351, justement
pour sortir de prison, il eut à se prévaloir du privilège de la
scholarité. Un acte du 5 mars 1350 '^ (n. s. 1351) établit que
Pierre Bersuire (Petrus Berchorius) était alors détenu dans les
prisons de l'évêque de Paris. Robert de Villette, régent de
1. Descript. de Paris, t. V, p. 286.
2. Recherches sur Paris, t. JV, p. 127.
3. Hist. du dioc. de Paris, t. III, p. 381.
4. Cet acte et celui dont nous allons parler ont été publiés par M. Jourdain,
dans les pièces sur VHist. de l'Vniversdé.
340
théologie, y déclare, dans une réunion de rUriiversité, que ce
Pierre liersuire, chainbrier de l'église de Noti'e-Dame de Cou-
lombs, diocèse de Chartres, est bien son véritable écolier ; et le
fait est ensuite confirmé par une délibération de l'Université.
Mais ce n'était là qu'un acte préparatoire, et l'Université
n'établissait la scholarité de Bersuire que pour pouvoir le récla-
mer comme sien et le faire sortir des prisons de l'Evêché. La
preuve en est donnée par une seconde pièce ^ contenant les instru-
ments du procès survenu entre l'évêque et l'Université de Paris
à propos de Pierre Bersuire, enfermé par sentence de l'official.
Bersuire était un homme pieux ; nous avons déjà cité un pas-
sage de Pétrarque qui en témoigne. Mais sa pensée brisait sou-
vent les bornes trop étroites de la scholastique, et dans de nom-
breux passages de ses travaux théologiques il fait preuve d'une
certaine indépendance de pensée en émettant des idées contraires
au dogme et en exprimant, sous forme de moralités, ce qu'il pensait
des mœurs du clergé de son temps ^\ C'est là sans doute ce que
Sauvai appelle : « n'avoir pas eu les sentiments qu'on doit avoir
de la foi. » Toujours est-il que l'EgUse de Paris, sans cesse
occupée à lutter contre l'Université, voyant dans ces œuvres des
attaques d'un esprit avancé et honnête contre la religion, avait
fait saisir et emprisonner Bersuire. Pour justifier un tel acte de
violence elle n'avait naturellement rien trouvé de mieux que de
l'accuser d'hérésie ^,
Le 17 mars 1351 l'Université se réunit de nouveau et déclara
que Pierre Bersuire, qu'elle avait reconnu le 5 du même mois
être son écolier, était saisi indûment et contre les privilèges de
l'Université, menaçant de cesser ses leçons jusqu'à ce que
l'évêque se fût amendé, et eût délivré le clerc écolier. Alors,
intervint le roi Jean qui se constitua (on verra tout à
l'heure pourquoi) juge de la querelle. Les quatre facultés déli-
bérèrent et portèrent de nouveau au roi leur réclamation contre
l'évêque et l'ofiicial, le priant de fixer l'amende. Bersuire "* fut
1. Arch. du Minisl. D'après Jourdain {Index carlarum univ. Paris., p. 146).
2. Voir enlres autres passages : Moralités sur la Bible : Apocaly])se, eh. XIV.
— Reductorium. Livre XII, cli. 481. — Eeductorium. Prologue, à la fin.
3. « .... Officialis parisiensis dicebal ipsuni IVatrem Pelruin fore capluni
propter presumpliones eonlra ipsuni, quia ulebalur scienliis proliibilis cl inalis
et sapientibus heresim. »
4. n ... Diniillalui- scolaris secundum tenorem privilegii. »
341
immédiatement relâché, mais sous une caution juratoire, qui fut
encore le sujet de nouvelles contestations entre l'évêque et l'Uni-
versité. Enfin, le dernier jour du mois, toujours en présence du roi
et des députés des quatre facultés, l'évêque jura de ne rien faire
désormais qui fut contraire aux privilèges des maîtres et des étu-
diants ^ [in capite et in membris seu suppositis suis) ; l'offi-
cial, à son tour, jura qu'il n'avait pas fait maltraiter Bersuire
dans sa prison, et que même la nouvelle de l'incarcération l'avait
fort contrarié. Maître Jean Leroyer, commissaire de l'official,
qui avait torturé Bersuire dans sa prison, et par cela même fait
injure au roi ^, dut payer à l'Université une amende de deux
cents livres parisis. Mais le roi, pour sa peine, sans doute, et
afin de remplir un peu les caisses du Trésor, se la fit céder par
l'Université ^. Enfin Bersuire, dont les sergents de l'évêque
avaient dévalisé et pillé la maison, demanda à être indemnisé.
Tels sont les faits importants qui résultent de ces deux actes.
Après les avoir reproduits, M. Jourdain se demande s'ils se rap-
portent bien à Pierre Bersuire, traducteur de Tite-Live, et auteur
d'autres nombreux ouvrages-*. Cela ne peut être mis en doute,
pour plusieurs raisons :
1° D'abord cette détention à l'évêché expliquerait la confusion
de Sauvai qui dit que Bersuire a été enfermé pour ses œuvres,
avant d'être prieur de Saint-Eloi. Or, s'il s'est trompé sur le
lieu de l'incarcération, il n'en fait pas moins mention du fait en
lui-même, d'après des documents aujourd'hui perdus, et qu'il
avait mal compris sur un point.
2« Le nom de l'écolier Petrus Berchorius est bien celui que
Bersuire prenait dans ses ouvrages latins et que les actes latins
lui donnent.
3° (3n le qualifie de chambrier de Coulombs. Or, s'il est
vrai que, malgré nos recherches dans le Gallia Christiana et
1. Celle partie de la délibéralion a élé connue de : Du Boulay, Hist. Univ.
Par., t. IV, p. 420; Crevier, 7//*^ de li'niv., l. II, p. 380; el Grancolas, id., t. II,
p. 167. — Mais aucun des Irois ne nomme Bersuire, et Gruncolas croit que
c'est le pape Jean XXII, mort depuis 133i, qui arrangea celte affaire!
2. « Qui ob hoc injuriam domino Régi fecerat. »
3. « El illam emendam pecierat et volebat sibi dari dominus Rex. »
4. « Nescio an is Bercorius, guUice Berceure, idem ille sit, qui Titum Li-
vium, jibente Johanne I, in linguam Gallicam translulit. « {Index Carlarum
Vniversitatis, p. 145, note).
23
3'Î2
VHistoiro de Vdbhmje de Com/o)h&5 surtout ^ nous n'avons pas
ti'ouvé d'autre trace du passage de Bersuire dans cette abbaye,
Lebeuf nous fournit ici encore un témoignage précieux: « Pierre
Bersuire, dit-il, paraît avoir été d'abord religieux à Coulombs,
diocèse de Chartres-. » Pour émettre un semblable avis, même
sous la forme dubitative, il faut que Lebeuf ait eu quelque acte
sous les yeux , car il n'est pas homme à rieu avancer sans
preuves.
4° Enfin nous voyons dans le procès entre l'Eglise de Paris et
l'Université intervenir le roi Jean-le-Bon ; et nous allons trouver
bientôt de nouvelles marques de la faveur dont Bersuire a joui
auprès de ce roi. Il n'est pas présumable que le monarque ait
favorisé à la même époque et en même temps deux religieux
bénédictins, portant le même nom et également coupables de
professer des opinions soi-disant hérétiques. Nous nous croyons
donc autorisé à conclure que les documents épars par nous
7'ecueillis à propos de ces faits d'incarcération concernent et ne
peuvent concerner qu'une seule et même [)ersonne.
IV.
BERSUIRE SECRÉTAIRE ROYAL, PRIEUR DE SAINT-ELOI
ET TRADUCTEUR DE TITE LIVE.
Voilà donc un fait acquis : en 1351 Pierre Bersuire était déjà
dans les bonnes grâces du roi Jean et devait à cette liaison une
protection évidente. Ceroi,nousenavonsde nombreux témoignages
dans l'histoire^, aimait les lettres et recherchait la société des
savants, bien que son père eût, de parti pris, négligé de l'instruire.
Une fois sur le trône, il racheta son impéritie à gouverner et
sa dissipation par une grande bravoure, par la tournure cheva-
leresque de son esprit, et surtout par ses aptitudes littéraires ^
Ce goût mélangé pour les lettres et les batailles est même une par-
ticularité de son caractère et explique tout naturellement le choix
qu'il ht (le Tite-Live pour ouvrir la série des ouvrages classiques
1. Par M. Meiiet (Chartres, 1868, iii-8°). M. Merlet, consulté par nous, veut bien
nous écrire que les archives d'Kure-et-Loiv ne (îonliennent rien sur Bersuire.
'2. Ehl. du dioc. de Paris, t. 111, p. 381.
3. Pétrarque, entre autres, le dit très-avide de s'instruire.
4. Hisi. lut., I. XXIV, p. 173 et suiv. De Sade, Mém. cit., t. III, p. 343.
343
qu'il voulait faire traduire en française Mais nous allons bien-
tôt parler de cette traduction de Tite-Live qui est pour nous le
fait important de la vie de JBersuire. Disons auparavant un mot
des circonstances dans lesquelles le roi avait pu rencontrer
notre Bénédictin.
La chose ne laisse pas que d'être un peu obscure. Si l'on en
croyait M. Gautier, Jean, accompagnant son père à Avignon,
en 1349 ^, put avoir l'occasion de visiter Pétrarque et de voir
Bersuire chez le poète, ou à la cour des Papes. Mais n'est-il pas
plus simple de présumer que Jean, qui n'avait pu satisfaire son
goût pour la fréquentation des gens de lettres pendant le règne
de son père Philippe VI, chercha, dès son avènement au trône,
à attirer auprès de lui tous les hommes distingués de France par
leur savoir ou leur talent ^, et que Pierre Bersuire fut un des
premiers appelés^?
En tous cas, le service rendu par le roi au savant religieux
dans son affaire avec l'évêque, ne fit que les attacher davantage
l'un à l'autre. Jean le Bon ne tarda même pas à donner à Ber-
suire de nouvelles preuves d'affection. Peu de temps, en effet,
après ce procès, le souverain fixa auprès de lui le religieux
en le choisissant pour l'un de ses secrétaires. M. Benjamin Fillon
a trouvé la signature de Bersuire apposée en cette qualité, au
bas de lettres royales délivrées, le 21 août 1353, en faveur de
l'église de Pontoise^. Mais Bersuire exerçait certainement cette
charge depuis dix-huit mois, car son nom figure déjà à la suite d'une
pièce de février 1352 (a. s. 1351) du registre 81 du Trésor des
Chartes^, et nous l'avons rencontré, quoique assez rarement,
1. Tile-Live, en eflet, esl rempli de beaux faits d'armes racontés dans un
style noble, et c'est là ce qui touchait surtout Jean le Bon. Son fils Charles V,
qui était un esprit plus sérieux, fit de préférence traduire des livres de science,
de philosophie ou d'aslronomie.
2. Selon ['Histoire liitémire (t. XXIV, p. 172), Jean le Bon retourna une
seconde fois à Avignon en 1351, mais à cette époque, nous l'avons vu, Bersuire
était à Paris.
3. En 1353, il veut même faire venir Pétrarque à la cour {Histoire littéraire,
loc. cit.).
4. Peut-être aussi fit-il la connaissance du chambrier Pierre Bersuire, à la
mort de Philippe de Valois qui eut lieu près de l'abbaye de Coulombs.
5. Poitou et Vendée, éludes. Fonlenay-le-Comte, 1863,iu-4°, p. 11. M. B. Fil-
lon publie le fac-similé de celte signature, P. Berchorius.
6. Fol. 78. Ici et dans les autres pièces du Trésor des Chartes, la signature
344
dans les volumes suivants jusqu'à 1355, date à laquelle il est
probable que notre secrétaire se démit de son office, pour prendre
le repos auquel il avait droit.
Mais la preuve plus éclatante encore du cas que le roi faisait
de Bersuire', c'est qu'il lui commanda, vers la même époque, un
travail considérable, la traduction des histoires romaines de Tite-
Live^.
Malheureusement, ici encore, non-seulement nou:s n'avons
pas de date précise, mais même nous ne savons pas quel profit
pécuniaire cette traduction rapporta à son auteur. Sur les autres
traducteurs qui ont immédiatement suivi Bersuire, les documents
abondent. Ainsi on sait que la traduction delà Cité de Dieu par
Raoul de Presles fut faite de 1371 à 1375 ^, et lui fut payée 400
livres par au ; Nicole Oresme date lui-même sa traduction des
Ethiques d'Aristote de 1370^ et reçoit pour son travail cent
livres. Mais nous avons vainement consulté les Comptes de
r argenterie : ils ne font pas mention de sommes d'argent don-
nées à Bersuire pour quelque ouvrage que ce soit ; et si nous
avons trouvé quelques renseignements précieux dans les manus-
crits des ouvrages latins de Bersuire, nous n'avons pas été aussi
heureux dans les trente ou quarante manuscrits français que
nous avons dépouillés.
Il y en a cependant un à la Bibliothèque nationale^ qui porte
une indication capable de nous mettre sur la voie. Ce manuscrit
splendide de la traduction de Tite-Live, qui, selon MM. Van
Praet^ et Paulin Paris''', a été fait pour Louis àe Bruges, sei-
n'est qu'en abrégé : Berch. Cama. Faut-il interpréter ce dernier mol par cû»ho
rarius, et y voir une nouvelle preuve que liersuire était alors chambrier de
Coulombs?
1. Bersuire accompagnait la cour assez voyageuse de ce temps. Une des
pièces signées de lui qui se trouvent au Trésor des Chartes (Reg. JJ. 81, p. 807),
nous le montre au mois de septembre 1353, en villégiature dans le manoir
préféré du roi Jean, la Noble Maison de Saint-Ouen.
2. Sur ce point, que la traduction fut faite à l'instigation du roi, il ne peut y
avoir de doute. Voir le Redud. au mot Borna, la Préface même de la traduction,
l'Épitaphe de Bersuire, 17//*/. litL, t. XXIV, p. 173.
3. Paulin Paris {Mss. franc., t. I, p. 18). — Van Praët {Catal. de la Bib. du
Louvre, p. 43). Voir aussi la gratification donnée à Jean Corbichon, ibid., p. 114.
4. Meunier {Thèse sur Oresme), p. 17.
5. Fonds français, n" 34.
0. Recherche!, sur Louis de Bruges, u" 87. — 7. Mon. Franc., t. I, p. 37.
345
gneiir de La Gruthuyse, est de la fin du xv*" siècle ; cependant il
contient une assez bonne leçon et doit reproduire un manuscrit
contemporain de Bersuire. Après le prologue et la table, en tête
du premier livre de la première décade, on lit la rubrique sui-
vante : <-< Cy commence Titus Livius, translaté de latin en fran-
çois à la requeste de très noble et souverain prince Jehan, par la
grâce de Dieu roy de France, par frère Pierre Berteure, à pré-
sent prieur de Saint-Eloy de Paris, Van mil ccc l et deux^. »
Que signifie cette date? Yeut-elle dire qu'en cette année la tra-
duction était terminée, ou seulement commencée? Je pense que,
si on peut lui attacher quelque importance, c'est comme indi-
quant simplement l'époque vers laquelle elle fut commencée ^.
Ce n'est pas que je me rende à la supposition toute gratuite
&e Y Histoire littéraire'^, qui dit d'abord: « Sous Charles V
on continue la traduction de Tite-Live; puis^: « Pierre Ber-
cheure fit la traduction de Tite-Live pour le roi Jean qui la vit
au moins commencer . »
Il est incontestable en effet que celte traduction fiit complète-
ment achevée sous Jean-le-Bon^, par Pierre Bersuire. Quand
celui-ci en parle, c'est toujours au passé et comme d'un ouvrage
terminé^.
Maintenant l'était-il dès 1352, comme pourrait le faire croire
1. M. Van Praet a lu à tort 136Î. Il \ a\ail, dans un ms. dont nous n'avons
pu retrouver la trace, une autre date qui, du reste, se rapporte assez bien avec
ce que nous alloijs dire plus loin. Monlfaucon {Bihl. mss., t. II, col. 1281),
dans le Catalogue des mss. de M. le conseiller Ranchin, décrit un ms. de Ber-
suire en ces termes : « Les Décades de Tite-Live, traduites par le commande-
ment du roi Jean, par Pierre Berchore, religieux de Sainl-Benoit, en 1355 :
in-fol. vélin. »
2. Dans cette mention, Bersuire est qualifié de prieur de Saint-Eloi en 1352.
Or, on le verra, il ne le fut que deux ans plus tard. Cela peut venir de ce que
le copiste, qui trouvait toujours dans les autres mss. à côté du nom de Bersuire,
rette phrase : « à présent prieur de Sainl-Eloij de Paris, » l'a accolé de sa
propre autorilc dans une rubri<iue qu'il ne peut avoir inventée, et dont il a
certainement pris la substance, au moins, dans un ms. plus ancien.
3. T. XXIV, p. 182.
4. P. 456.
5. Du moins pour ce qui concerne les portions du texte de Tite-Live connues
du temps de Bersuire.
6. En 1359, Bersuire corrigea son Rcpeiiorium, nous l'apprendrons tout à
l'heure. Voici ce qu'il dit, dans ce volume, au mot Roma : « In linguam galli-
cam transtuli de latina, » à propos de sa version de Décades.
346
le ms. (le La Grutlmyse? cela est, fort douteux. Mais, comme le
suppose avec raison M. Gautier, il l'était certainement en 135G,
avant le départ de Jean pour la bataille de Poitiers ^
Ce n'était pas là un ti'avail facile ni de peu d'importance, et il
dut occupei" liersuire plusieurs années. C'est sans doute pendant
qu'il l'acluîvait et pour le récompenser de ses fatigues ^ que Jean
fit nonnner Bersuire au prieuré de Saint-Éloi de Paris. C'était en
même temps uu moj'en de le fixer à Paris, à deux pas de son
palais, et le savant pouvait venir lire au roi les beaux passages
de son auteur à mesui-e qu'il les avait translatés.
Nous ne pouvons fixer la date précise où Bersuire devint ainsi
prieur de Saint-Eloi. 11 ne se trouve, à notre connaissance, aux
Archives nationales, qu'un seul acte émané de Bersuire pendant
les huit ou neuf années qu'il tint ce bénéfice^. Lebeuf, pourtant,
en avait vu plusieurs et dit : « On le trouve quaUfié de prieur de
St-Eloy en des actes de l'année 1354 et des suivantes ^ »
Il n'est pas impossible de suppléer à la perte de ces pièces. Le
dernier acte de son prédécesseur, que nous ayons vu, est du
15 juin 1353, et ce prédécesseur est nommé Pierre Gresle''. Nous
avons même fait à ce propos un rapprochement peut-être conjec-
tural, dont ne s'est pas avisé Lebeuf, et c'est cependant d'après
ses assertions que nous le hasardons.
Nous savons que Bersuire est qualifié (d'après les chartes du
ministère), en 1351, chambrier de l'abbaye de N.-D. de Cou-
lombs; et Lebeuf^ prétend, d'après des liasses de concordats
au palais, qui ne sont pas aux Archives, que Bersuire eut à
Coulombs quelques mauvaises affaires, au sujet desquelles le
1. Le ton même du prologue que Hersuire a mis en fêle de sa traduction esi
encore on indice. 11 parlerait autrement au roi après sa défaite de 1356 et sa
captivité.
2. Bersuire avoue la peine qu'il s'est donnée, dans le Répertoire, au même
mol Borna : non sine labore et sudoribus, », dil-il.
3. El encore cet acte, où Bersuire n'est même pas nommé, esl-il de 1358. Voir
V Appendice, n" VII.
4. Hist.du dioc. de Paris, t. III, p. 381.
5. Arch. Nat. Cariul. de St-Eloi. LL, 167. Mais Lebeuf connaissait môme un
bail du 17 avril 1354, où ce Pierre Gresle est qnalifié de Chapelain du St-Siér/c
de Rome. Il ne dit pas si dans cet acte, que je n'ai pas retrouvé, Pierre Gresle
est encore prieur de Sainl-Eloi.
6. Uisl. du dioc. de Paris, loc. cil.
347
chambrier, nommé Pierre Gresle, le poursuivait en Parlement
en 1354, et qu « ils se mirent en arbitrage le 14 mars. »
Pourquoi ce Pierre Gresle ne serait-il pas l'ancien prieur de
Saint-Eloi, du même nom, lequel aurait échangé cette charge,
de gré ou de force, contre celle de chambrier à Coulombs, tandis
que Bersuire aurait laissé cette dernière charge pour celle que
quittait Pierre Gresle ? Et ne peut-on pas facilement admettre
que ce fut justement ce chassez-croisez et ce mélange d'intérêts
qui donna lieu entre les deux religieux au procès dont parle
Lebeuf?
En admettant donc que le Pierre Gresle, prieur de St-Eloi
le 15 juin 1353, et le Pierre Gresle, chambrier de Coulombs,
en mars 1354, se rapportent au même individu, nous pouvons
arriver, en serrant de près ces deux dates, à fixer l'entrée de
Bersuire à Saint-Eloi, malgré l'absence de documents person-
nels.
La date du 15 juin 1353 est inattaquable. Le cartulaire de
Saint-Eloi S existant encore aujourd'hui, est là pour prouver
que ce jour-là Pierre Gresle était bien encore prieur de Saint-
Eloi. Mais par suite de la perte des liasses de concordats au
palais où Lebeuf a trouvé la mention de l'arbitrage du 14 mars
1354, une supposition est permise. Cette année 1354, l'a-t-il
calculée d'après le nouveau style ou d'après l'ancien? si c'est d'a-
près le nouveau, notre hypothèse tombe ; mais si c'est d'après
l'ancien style, et que (Pâques ne tombant cette année-là que le
5 avril) il faille lire 1355, toute difficulté est résolue. Piéride
Gresle prieur le 15 juin 1353, et peut-être encore le 17 avril
13542, malgré son titre nouveau de Chapelain du St-Siége de
Rome, ne l'était probablement plus dans le courant de cette
même année 1354 (puisque Lebeuf a vu des actes de Bersuire
comme prieur, datés de cette année même), et ne l'était certai-
nement pas en 1355, puisque le 14 mars un concordat le quali-
fie de chambrier de l'abbaye de Coulombs.
En somme, voici ce qui nous semble résulter de toutes les con-
jectures que nous venons de faire : la traduction de Tite-Live
était au moins connnencée en 1352, quand Bersuire était encore
chambrier de Coulombs; puis arriva, durant le cours de son
1. Arch. Nat., LL., 167.
1. Selon Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, loc. cit.
348
travail, sa nomination au prieuré de Saint-ÉIoi vers la fin de
1354, et enfin ce fut peu de temps après, et étant en possession
de ce nouveau bénéfice, qu'il termina sa traduction'.
Le prieuré de Saint-Éloi fut la dernière concession faite à Ber-
suire. Après avoir occupé tant de charges de diff'érents côtés,
tout en n'ayant peut-être jamais résidé ailleurs qu'à Avignon et
à Paris, ce fut dans ce prieuré qu'il put enfin passer tranquille-
ment ses dernières années.
Et cependant tout n'était que mouvement et trouble autour de
lui: à l'extérieur, la lutte avec l'Angleterre; à l'intérieur les Etats
généraux, Etienne Marcel les Jacques, soumettaient la France
à une des plus terribles ci'ises qu'elle ait eu à traverser jamais.
Durant ce temps Bersuire, éloigné de la cour, déplorait ces
agitations, qu'il voyait étouff'er dès le début la renaissance
littéraire à laquelle il avait le premier ouvert la voie, et que les
événements retardèrent de deux siècles. Pourtant, enfermé dans
son prieuré, il étudiait encore, corrigeant ses anciens ouvrages
et les divisant à nouveau. Il y a à la Bibliothèque nationale un
excellent manuscrit de son Rejoertorium, où il est dit qu'en
1359 Bersuire le compléta^'. Ce doit être à cette époque qu'il
1. Ce dernier fait est le plus inconteslable des trois : on a vu plus haut, en
note, la mention contenue dans le nis. de la Bibl. du conseiller Ranchin, qui
le confirmerait. Mais nous en avons une meilleure preuve dans la dédicace
même de sa traduction par Bersuire. Il dit en eflel:«Je, Pierre Berceure,pr/eM7-
A PRÉSENT de St-Eloi de Paris. » D'où il résulte :
1° Que Bersuire termina lui-même sa traduction;
2° Qu'il la termina à St-Eloi;
3° Que, quand il la termina, il n'était pas prieur depuis longtemps.
2. B. N., F. lat. 16790. La mention de ce fait est à la fin de l'ouvrage, avant
la table : « Explicit tertia pars et ultima repertorii moralis, cum suis addicio-
nibus et supplementis, locis suis ut cum decet ordiuatis, factum a fratre Petro
Rerchorii, jiriore Sancli Eligii parisiensis. Quem quidem librum complevit
supradiclus frater Petrus Berchorii, anno Domino millesimo trecenlesimo quin-
quagesimo nono. » Nous ne savons jusqu'à présent à quelle époque de sa vie
P. Bersuire com[iosa l'ouvrage qui lient le 4' rang dans la liste que lui-même
a donnée de ses œuvres. Nous lisons en eflét dans le prologue de sa traduction
de Tite-Live, qu'après le Iléducloire, le Dictionnaire et le Bréviaire, et avant
cette traduction, il écrivit un livre qu'il appelle la Mappemonde et que son épi-
taphe met à la même place sous le litre de Descriptio mundi. Il est probable
que cet ouvrage, qui était, comme les trois premiers, en latin, fut composé avant
1350, peu de temps après le Bréviaire moral. Nous traiterons du reste ce point
plus en détail quand nous nous occuperons des travaux qu'il convient d'attri-
buer à Bersuire.
349
ajouta au mot Roma la phrase où il parle de sa traduction de
Tite-Live comme aclievée.
Il s'occupait aussi des intérêts de son monastère. Une charte
de 1358 nous le montre obtenant du dauphin Charles la faculté
d'établir six étaux de boucherie à la porte Baudoyer, sur les terres
de Saint-Éloi ^ Mais cette pièce est le seul souvenir de son admi-
nistration que nous ayons pu découvrir. Bien qu'en raison de
l'importance de son prieuré, Bersuire ait dû avoir à intervenir
dans de nombreuses négociations, aucun des actes relatifs aux
vastes dépendances de Saint-Eloi durant son administration ne
fait mention de lui. C'est ainsi que nous ne le voyons pas même
apparaître en 1361 quand son ami le Dauphin acquit l'hôtel
Saint-Paul, et cependant plusieurs des biens qui furent rattachés
à cet hôtel étaient dans la censive du prieuré.
Si retiré toutefois qu'il vécût, il ne fut pas sans ressentir le
contre-coup des événements. Non-seulement Saint-Eloi était
assez voisin du palais pour qu'on y eut aussitôt connaissance de
toutes les manœuvres de la bourgeoisie contre le Régent, mais
c'est même dans ce prieuré que furent décidés plusieurs actes
importants de la révolution. Les églises offraient à Etienne
Marcel des lieux de réunion -fort commodes pour ses partisans, et
on le voit, en effet, les convoquer tantôt dans l'une, tantôt dans
l'autre. Le 22 février 1358 (1357, anc. st.), le jour même où le
prévôt des marchands décida le meurtre des deux maréchaux de
Clermont et de Champagne, ce fut dans l'église de Saint-Eloi
qu'il assembla les représentants des métiers avant de monter au
palais^. Cinq mois plus tard, le vendredi 20 juillet, Marcel y était
encore et y tenait conseil avec les gouverneurs^. Il semble même
qu'il s'y trouvait plus souvent que dans la maison de ville, sur la
place de Grève. Mais, dans aucune de ces occasions il n'est ques-
tion des gens du monastère ni de leur prieur.
1. Appendice, n- Vil.
2. « Le Jeudi vint-deuxiesme jour du nioys de février, l'an mil trois cens
cinquante-sept à matin, et fu le secont jeudi de karesme, le dit prevost des
raarchans fist assemliler à Sl-Eloy, près du Palais, tous les mesliers de Paris
armés, et tant qu'on estimoit qu'ils estoient bien trois mil tous armés... etc. »
— Les grandes Chroniques de Si-Denis (Edit. P. Paris, t. VI, p. 87).
3. Les grandes Chroniques, Id.. p. 127.
350
V.
PÉTRARQUE A PARIS EN 1361 ; SES ENTRETIENS AVEC
BERSUIRE. — LA MAISON DE LA RUE DES MURS.
Cependant de meilleurs jours étaient revenus pour la France.
La finesse et la ruse du régent avaient fini par triompher des vio-
lentes aspirations du tiers-état, et d'un autre côté, le roi Jean, le
protecteur de Bersuire, n'était plus prisonnier des Anglais. Il fit
sa rentrée à Paris le 13 décembre 1360, et reprit bientôt ses fêtes
et ses entretiens littéraires. Bersuire revint un des premiers
auprès de lui.
Mais une autre joie était réservée peu de jours après à notre
savant. Son ami Pétrarque arriva à Paris dans le commence-
ment de janvier 1361 ', envoyé par Galéaz Yisconti, seigneur de
Milan, pour complimenter le roi Jean sur sa délivrance, et lui
remettre un anneau qu'il avait perdu à la bataille de Poitiers.
Bien que son ambassade fût officielle et qu'il eut des devoirs
politiques à remplir, il est certain qu'il vit souvent Bersuire ~.
Celui-ci était présent le 13 janvier, lorsque le grand poète
italien remit son anneau au roi Jean, et le harangua au nom de
l'ambassade. Dans ce discours, Pétrarque ayant parlé incidem-
ment de la Fortune, le dauphin et le roi qui n'avaient pas à se
louer d'elle, voulurent savoir de Pétrarque ce qu'au fond il en
pensait.
Il fut convenu que le lendemain, à la suite d'un dîner qui devait
avoir lieu à la cour, Bersuire et d'autres savants personnages
amèneraient la discussion sur ce sujet. Pétrarque, averti à temps,
passa la nuit à se préparer, mais quelque désir qu'en eut- le
Dauphin, le temps fut employé tout autrement à la table royale,
et c'est seulement une fois le banquet terminé que Pétrarque
1. Voir Dp Sade, Mém, sur Pétrarque, t. III, p. 5'i5 ; et Barbeii du Rocher,
Ambassade de Pétrarque, mém. ciL — De Sade (t. III, p. 545) prétend par
erreur que Pétrarcjue passa trois mois à Paris : arrivé dans les premiers jours
de janvier, il était déjà en route pour retourner en Italie, à la lin de février,
puisque la lettre qu'il adressa des Alpes à Bersuire est justement du 27 février.
2. Ils se voyaient même tous les jours, s'il faut prendre à la lettre ce qu'é-
crivait plus lard Pétrarque à Bersuire : « L'autre année, pendant que je me
plaisais chaque jour à jouir de ta conversation, avec; d'autant plus d'avidité
que j'en avais été privé plus longtemps, etc. » (Barbeu du Rocher, p. 26).
351
emmena chez lui Bersuire avec ^< trois autres maîtres-ès-arts, »
et pendant six heures ils discoururent sur ce sujet et une foule
d'autres.
Tout cela est raconté avec beaucoup de détails dans une lettre
que Pétrarque écrivit par la suite à Bersuire ^ et que celui-ci ne
reçut pas, étant mort dans l'intervalle. Cette lettre, datée du
8 des ides de septembre 1362 (6 septembre), accompagnait,
sous forme d'envoi, une autre épitre du 27 février 1361, dont il
a été question dans une note précédente ^
Nous pourrions nous étendre davantage sur cet épisode si
intéressant de la vie de Bersuire. Il nous aurait convenu d'in-
sister sur le cas que Pétrarque faisait de Bersuire et sur le haut
rang que le prieur de St-Eloi tenait parmi les lettrés de l'époque,
car Pétrarque, ici encore, ne nomme toujours que lui et regrette
beaucoup d'avoir au Palais perdu l'occasion, dit-il, d'entendre un
homme d'autant de mérite ; — mais le peu que nous en avons dit
suffira. D'ailleurs les deux lettres du poète au savant ayant été
très-bien publiées et commentées dans l'excellent mémoire de
M. Barbeu du Rocher, nous ne pourrions que répéter notre
savant confrère, et nous préférons nous étendre sur un point
moins connu que nos recherches nous ont permis de fixer.
Nous avons déjà parlé plus haut d'une maison que Bersuire pos-
sédait près de la porte Saint-Victor, à Paris . C'est ici le moment d'y
revenir. Nous citerons de nouveau Y Histoire de Paris de Lebeuf^:
« Bersuyre acheta en 1361, de Hugues de la Vergne, écuyer, de
la paroisse du Puy de Serre, au diocèse de MaiUezais, une mai-
son à Paris, rue des Murs, près la porte Saint-Victor, dans la
censive du chapitre de Paris, touchant par derrière aux murs de
la viUe: on voit qu'il y avait autrefois fait sa demeure... » —
Nous avons retrouvé aux Archives nationales plusieurs pièces
relatives à cette maison et que l'on peut Ure à l'Appendice. Elles
nous permettent de préciser ce que dit Lebeuf.
1. Elle existe dans le ms. lat. 8568, de la Bibl. Nat. et a été traduite en entier
l)ar M. Barbeu du Rocher (p. 26 et ss.), ainsi que la suivante.
2. Parti sans doute de Paris, vers le commencement de février, Pétrarque ne
revit plus Bersuire. C'est donc à tort que YHistoire littér. (t. XXIV, p. 574) pré-
tend qu'il le revit ensuite avec Nicole Oresme, à Avignon.
3. Hisi. de Paris, t. III, p. 381. Ici encore c'est Lebeuf qui nous a mis sur la
voie.
352
Malgré le nombre de bénéfices dont il avait été successivement
gratifié, Pierre Bersuire, plus occupé de ses travaux que de ses
revenus, n'était pas riche. Nous avons bien vu déjà, qu'en 1351,
il réclame à l'évêque ce que les sergents du chapitre ont pillé dans
sa maison. Mais peut-être alors demeurait-il seulement chez son
parent, Jehan Bersuire, écuyer, qui, non loin de l'Université,
avait acheté, en 1346, une maison rue des Mnrs, comme nous
allons le voir : car Lebeuf vient de nous le dire, Pierre n'acquit
la sienne qu'en 1361.
Ce devait être, par elle-même, une assez pauvre demeure, sans
doute une sorte de maison de campagne, où Bersuire allait se
reposer et lire. Le quartier où elle se trouvait ' était aux extré-
mités du Paris d'alors. La rue des Murs où était située cette mai-
son, longeait, comme son nom l'indique, les anciens murs de
l'enceinte de Philippe-Auguste-.
D'après une pièce des Archives nationales {Appendice, n°V)
on peut se figurer cette maison assez étroite, avec pignon du côté
de la rue, et séparée de l'enceinte par un jardin ou préau. Elle
avait probablement trois étages. Ce même acte prouve encore,
ce que nous disions plus haut relativement à la position peu aisée
de Bersuire. C'est en effet un inventaire de ce qui avait été trouvé
chez lui, longtemps il est vrai après sa mort et quand la maison
était passée en d'autres mains ; mais tout j est vieux et rien ne
montre aucune trace de luxe ni de bien-être^.
1. Bersuire n'y avait pour voisins que des pauvres gens. Dans le Uôie de la
taille de 1292 (V, Géraud, Paris sous Phil. le Bel, p. 164), on voit que cette
rue et les rues d'alentour ne sont habitées que par des maçons, des couvreurs
et autres ouvriers en bâlimenls, qui aujourd'hui encore recherchent les quar-
tiers éloignés. La maison de Bersuire élail, d'ajires la charte des Arch. (S. 1186,
n° 31), contigiie à celle qui avait apparlenu à un Jehan Le Breton qui figure
dans la taille de 1Î92.
2. 11 restait jusqu'à ces derniers temps (les fragments de ces murs, et dans la
rue des Murs elle-même (aujourd'hui rue cFArras). Mais celte rue vient tout
récemment d'être largement évenirée par deux grandes voies, la rue des Ecoles
et la rue Monge, qui l'ont supprimée presqu'en entier. Nous croyons cependant
avoir reconnu un fragment épargné de l'ancienne fortification dans le bout res-
tant de la rue d'Arras, à l'angle sud-ouest formé par celle rue et la rue Monge.
— Un autre pan de l'enceinte de Phil. Aug. a été signalé rue Clovis, par Dulaure
{Hist. de Paris, éd. de 1825, t. Il, p. 387).
La maison de Bersuire pouvait n'être pas très-loin du premier fragment de
mur que nous signalons.
3. Append., n° V. De quelque peu de valeur que fussent ses meubles, on
353
C'est vers la Saint-Jean-Baptiste 1361, que Pierre Bersuire,
au nom de son prieuré, avait acheté cette maison, pour le prix
de 100 écus d'or du coing du roi^; la charte qui nous a conservé
le souvenir de l'acquisition nous en apprend en même temps la
cause. L'occasion lui en avait été offerte par un compatriote S et
lui-même avait par là cherché à devenir le voisin de son parent
Jehan Bersuire dont la maison, achetée le 20 mai 1346 ^ était
dans la même rue et du même côté. Depuis la même année 1346
Hugues de la Vergne possédait ou tenait à cens rue des Murs,
une maison et un terrain ^. C'est probablement sur ce terrain
vide, contigu, selon la pièce qu'on trouvera à V Appendice, n° II,
à la propriété de Jehan Bersuire, que Hugues fit élever la maison
qu'il vendit plus tard à Pierre Bersuire.
Mais notre vieux prieur ne jouit pas longtemps de la retraite
qu'il s'était choisie. Car il mourut dans les premiers mois de 1362.
Nous ne pouvons dire si ce fut rue des Murs.
Nous ne savons non plus la date du jour au juste, mais il était
mort certainement avant le 20 septembre, puisque Lebeuf parle
d'un acte de ce jour où son successeur est déjà nommé ^.
Sur l'année il ne peut y avoir de doute ^ . D'abord, outre l'acte
dont il vient d'être parlé, nous avons une pièce du 9 janvier
1362 (n. s. 1363) où Bersuire est déjà désigné comme défunt'.
Mais une preuve irrécusable est son épitaphe même que l'on
voyait encore, selon Du Breuil, en 1612, et qui disait formelle-
ment: « qui obiit anno Domini 1362^.
voit cependant l'abbé de Saint-Maur et le prieur qui avait succédé à Pierre
Bersuire se les disputer après sa mort.
1. Append., n» 111.
2. Hugues de la Vergne, escuier, de la paroisse de Puy de Serre, diocèse de
Maillezais (aujourd'hui dans le département de la Vendée, non loin de Saint-
Pierre-du-Chemin, à mi-chemin de Maillezais).
3. Append., n' I.
4. Ibid., n" H.
5. Lebeuf, Hist. de Paris, loc. cit.
6. Le Gallia christ., t. Vil, col. 136, dit d'abord par erreur 1361. Mais à l'ar-
licle des prieurs de Sainl-Eloi, t. VII, col. 282, on lit 1362.
7. Appendice, n" IV.
8. Antiq. de Paris, p. 102. — Cette épitaphe, reproduite aussi par M. P. Paris
{3hs. fr., t. V, p. 427), et par Quélif {Vie de sainte Anne, 2° éd., p. 80), était
gravée sur une tombe plate de cuivre. Il n'y en avait que deux autres dans l'église.
Elle disparut probablement dans la recouslruction que les Barnabites, qui
35/,
Ce fut Pierre Philippeau, son neveu, qui succéda k Pierre
Bersuire. Il resta longtemps prieur, jusque vers 1406. Mais long-
temps aussi, il conserva la mémoire de son oncle, qui avait été
la gloire du prieuré, et au commencement du xv" siècle, on le
voit fonder dans l'église de Saint-Eloi trois messes en faveur de
son oncle, et de ses père et mère Guillaume Philippeau et
Lorence Bersuire ^ .
Quant à la maison de la rue des Murs ce fut probablement
Pierre Philippeau qui en hérita pour le prieuré, ainsi que de celle
de Jehan Bersuire. Mais la jouissance de ces biens ne fut pas
sans trouble, ainsi que le montrent de nombreuses chartes des
archives ^.
LÉOPOLl) Pannikr.
APPENDICE.
I
Vente par Jean de Bury et Michèle sa femme à Jean Bersuyre d'une
maison, rue des Murs, à Paris.
■20 Mai 1346.
A louz ceus qui ces lettres verront, Guillaume Germent, garde de
la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons que par devant nous, pour
ce personnellement eslabliz en jugement, Jehan de Bury, tavernier,
et Michiele, sa femme, demourans en la rue des Murs, près la porte
Saint-Victor, si comme ils disoient, recongnurent et confessèrent
euls de commun acord avoir vendu et en nom de pure vente otlroié,
quittié, cessié et delessié désormais à tous jours, à Jehan Bersuyre,
escuier, de l'éveschié de Maillezès, pour lui, pour ses hoirs, et pour
ceus qui de lui auront cause, une meson si comme elle se com-
avaient succédé aux Béaédiclins, tirenl de ceUe église dans le coiiranl du
xvii' siècle.
1. Appendice, n° VI.
"2. Appendice, n" IV el V. et Arcb. nal. S 1186, ir» -24. 25 et 26,
355
porte, avec ses droiz, entrées, issues et appartenances toutes, que
les diz vendeeurs avoient et tenoient d'appartenant au dit Jehan de
Bury, de son propre héritage, séant en ladicte rue des Murs, tenant
d'une part à la meson maistre Symon Vairet, et d'autre à une ma-
sure ou place qui fu maistre Jehan Le Breton, aboutissant aux murs
de la ville de Paris, en la censive du chapitre de Notre-Dame de Pa-
ris, chargiée en cent soulz parisis de cens ou rente annuele et perpe-
tuele deuz au dit chapitre pour les enfans de cuer, c'est assavoir
moitié à la Saint Jehan-Baptiste et moitié à Noël, sans autre charge,
si comme les diz vendeeurs disoient. Et fut faite ceste vente pour
le priz de cinquante et cinq livres parisis que les diz vendeeurs con-
fessèrent avoir euz et receuz de l'acheteeur dessus nommé par la
main de messire Jehan Bretel, prestre, procureur d'icelui acheteeur,
si comme l'en disoit, en bonne pécune bien comptée et nombrée; et
s'en tindrent à bien paiez et agréez par devant nous.
En tesmoing de ce, nous avons mis en ces lettres le seel de la
prévosté de Paris. Ce fu fait lan de grâce mil ccc quarante et six, le
samedi, xx'' jour de may.
M. De la Pierre.
(Au dos, on lit en lettres de la fin du xiv" siècle :)
Pour la meson des murs laquelle tient monsieur Paien, prestre.
(Orig. aux Archives nationales, S 1186, n° 31).
II
Accord entre Guillaume du Mesnil et Hugues de la Vergne, au sujet
(le la confrontation d'un terrain vide, sis à Paris, rue des .Murs,
donné à cens par le dit Guillaume au dit Hugues.
Vendredi 1" décembre 1346.
Guillaume du Mesnil vend à Hugues de la Vergne une maison, une
allée, un terrain vide et un appentis, rue des Murs.
Mardi 19 décembre 1346.
A tous ceuls qui ces lettres verront, Audoin Chauveron, chevalier,
du roy nostre sire, garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir fai-
sons que nous l'an de grâce mil ccc xiij^^- et huit, le mardi treize
jours du mois d'ottobre, veimes unes lettres seelées du seel de la pré-
vosté de Paris, contenant celte forme:
Atous ceulx..., etc., Guillaume Gormont, chevalier le Hoy nostre
sire et garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons que par de-
356
vant nous viiulreiiL en jugement maislrc Guillaume DuMesnil, chap-
pelain et escoUier à Paris, d'une part, et Hugues de la Vergne, escuier
de la diocèse de Malcsoiz, d'autre part; aO'ermerent ycelles parties
dessus nommées, que, comme altercation et descort eust esté espéré à
mouvoir entre eulx, sur la confrontation de une certaine place vuide,
laquelle estoit partie maoonnée et partie à maronner, assise à Paris,
en la rue des Murs, qui jadis fut des appartenances de la Maison-
Dieu de Paris, tenant d'une part à la dicte rue des Murs, et d'autre
part aux murs de Paris, et laquelle place le dit maistro Guillaume
avoit jiiera adcensé à tous jours au dit Hugues et à ses hoirs, parmi
dix solz parisis de rente, qu'il en devoit paier par an au terme de
Pasques au dit cliappellain et à ses hoirs, si comme il disoit plus a
plain apparoir es lettres de l'accensement faictes soubz le seel de la
prévosté de Paris; à la parfin, pour bien de paix et de concorde et
pour les dictes confrontations estre plus plainementdéclairées, il fu
et avoit esté accordé entre les dictes parties par le conseil de leurs
amis en ceste manière : c'est assavoir que toute la place avecques les
pierres et les murs dedanz contenuz touchant d'une part à la maison
Jehan Bersoire^ qui jadiz fut Jehan de Bury, en descendant jusques
au hault mur qui est pignon de la maison du dit chappellain, qui
peut contenir six toises de mur ou environ, si comme elle se com-
porte de la rue des Murs jusques aux murs de la fermeure de Paris,
avec la moitié du hault mur, demourra perpétuellement au dit Hu-
gues et a ses hoirs, et sera le dit mur moitoien aus deux parties,
avec un autre mur nuef, lequel ledit Hugues a édifié au livel du dit
viez mur jusques aus murs de la dicte fermeure de Paris, et ycelui
mur sera aussi moitoien jusques à diz piez de hault, et le édefice que
le dit Hugues a fait et entend à faire par dessus les dis dix piez
demourra en son estât et y poui'ra faire tele maison comme bon lui
semblera, et aussi le dit maistre Guillaume pourra édiffier contre le
dit mur par devers lui sans faire préjudice, selon lus et coutume de
la ville de Paris, sanz ce que l'un ou l'autre y puisse faire trou ne
fenestre pour y avoir veue ne aguet l'un par dessus l'autre; et les
diz murs seront parfais au dit de jurez en ce cognoissans et expers
selon raison. Et doresenavant les devant dis murs seront rctenuz
aux coux des dictes parties et des aianz cause d'eux. Et demourra
l'usaige et l'issue des murs, et sur les murs de Paris à chascune des
dictes parties en droit soy. Et memement le devant nommé maistre
Guillaume comme dessus promist la dicte place et les choses des-
sus dictes garantir, délivrer et deffendrc à ses coux et despens
357
franches, quittes et délivrez à la charge des dis dix soulz parisis de
rente tant seulement de toutes autres charges et débites envers
tous autres seigneurs et toutes autres personnes quelconques aux
dessus nommés Hugues, à ses hoirs et successeurs et a ceux qui
cause auront de lui, etc obligeanz quant à ce le dit maistre
Guillaume par especial en contre plege et pour nom de gaige
toute sa dicte meson et les appartenances, et le dit Hugues aussi
par especial la dicte place si comme elle se comporte..., etc. — En
tesmoing de ce nous avons mis à ces lettres le seel de la prévosté
de Paris, l'an mil ccc xl six, le venredi premier jour de décembre.
Item, veismes unes autres lettres scellées du seel de la dicte pré-
vosté de Paris contenant ceste forme :
A tous ceuls qui ces présentes lettres verront, Guillaume Gor-
mont, chevalier le Roy nostre sire et garde de la prévosté de Paris,
salut. Savoir faisons que par devant nous vint en jugement
honnorable homme messire Guillaume du Mesnil, prestre, demeu-
rant à Paris en l'ostel des escoUiers de Navarre si comme il disoit,
afferma et pour vérité confessa et recongnut en droit que il avoit eu,
pris et retenu à crois de cens ou de rente à touz jours des religieux
maistre, frères et suers de l'Ostel Dieu de Paris une maison, une
place vuide, une allée par terre et uneappentiz tout en un pourpris
assiz à Paris oultre petit Pont, en la rue des Murs, tenant d'une
part aux maisons Jehanne de Bury, et d'autres aux maisons Hu-
gue de la Yergne, escuier, aboutissans de l'un des houx aux murs
du Roy, et d'autre à la dicte rue des Murs, partie et partie à la mai-
son du dit escuier, en la seigneurie du chappitre Notre-Dame de Paris,
pour la somme de rente ou crois de cens contenue es lettres de la
prise que le dit messire Guillaume en avoit faicte, comme dit est.
Lesquelles maison, place vuide, alée et appentiz dessus dites, si
comme elles se comportent et extendent de toutes parts, avecques
tous leurs drois, veues, aygoux, entrées, issues, appartenances et
appendances quelconques, et tous les droiz, raisons et actions quel-
conques que le dit messire Guillaume avoit, povoit et devoit avoir en
ycelles, etc... ycellui messire Guillaume dessus nommé confessa et
recongnut par devant nous... etc.... avoir vendu... à la charge de
soixante sols parisis tant pour fons de terre comme pour crois de cens
ou de rente, qui seront paiéz par an au dit chappitre Notre-Dame
de Paris et à l'Ostel Dieu de Paris dessus dit aux termes accoutumez
au dessus nommé Hugues de la Yergne, escuier, à ses hoirs et
successeurs, et à ceux qui ont et auront cause de lui; — et la ven-
24
358
due dont menl.ion est faicle ci dessus, est faicle pour et parmi la
somme et le pris de vint et deus livres parisis fort monnoie à pré-
sent courant, que le dessus nommé vendeur en avait eues et retenues
dudit achetteur en bons fleurins d'or à la chaierre pour seize sols
parisis la pièce et en autre monnoie à la value, avant la concession
de ces lettres et desja tournées et converties en son prouffît et utilité
si comme il le confessa, et s'en tint pour bien paie par devant nous,
et du dit pris de cestc vendue il quitta et quitte clama à tousjours sans
rappel le dit achetteur, ses hoirs et ceulx qui ont ou auront cause de
lui, etc.. En tesmoing de ce, nous avons mis à ces lettres le seel de
la prévosté de Paris, l'an mil ccc xl et six le mardi dix neuf jours
de décembre, — G. Deschamps.
Et nous à ce présent transcript avons mis le seel de la dicte pré-
vosté, l'an et mardi dessus dis.
(Orig. aux Archives uat. S I18G. n" 29).
m
Hugues de la Vergne, écuyer, du diocèse de iMaillezais, reconnaît
avoir vendu, en 1361, vers la Saint-Jean d'été, à frère Pierre
Bersuire, prieur de Saint-Eloi, une maison, rue des Murs, à Paris.
Mercredi 7 octobre 1388.
A tous ceuls qui ces lettres verront Audoin Chauveroii, chevalier,
conseiller du Roy nostresire et garde de la prévosté de Paris, salut.
Savoir faisons que par devant Jehan le Bourguignon et Guillaume
Piedur, clers notaires jurez du Roy nostre dit seigneur de par lui
establis au Chastellet de Paris, fu présent Hugues de la Vergne, es-
cuier, demeurant en Poitou, en la paroisse de Puidesserre en l'éves-
chié de Malesois, si comme il disoit, et affirma et dit pour vérité
que en l'an mil trois cens soixante-et-un, environ la saint Jehan-
Baptiste, il vendià frère Pierre Berssuire^ jadiz prieur de Saint-Eloy
de Paris, au nom de sa dicte prieuré, une maison ou hostcl avecques
ses appartenances, si comme tout se comporte, que il avoit, estant
à Paris, en la rue des Murs, près de la porte Saint-Victor, tenant a
présent ycelle maison et ses appartenances à maistre Jehan de la
Baux, et d'autre part à Colin Boute, aboutissant par derrières aux
murs de la clôture de Paris; auquel hostel est nagaires aie de vie a
trespassement messire Jehan Mainnart, jadis curé de l'église de St-
Pol de Paris, et ouquel demourra par avant le dit frère Pierre Bers-
359
suire, jadis prieur dudit prieuré de Saint -Eloy de Paris. Et fu la
vente faite pour le pris et somme de cent escus d'or du coing du Roy
Jehan noslre sire, dont Dieux ait l'âme, que il en avoit eu et reçea
du dit frère Pierre Berssuire, jadis prieur du dit Saint-Eloy, comme
dit est, et s'en tint pour lors etencorez tient à présent pour bien paie,
content et agréé; et avoit promis et encores promet par ces pré-
sentes ladicte vente et autres choses dessus dictes estre vrayes, et non
venir ne faire venir encontre jamais à nui jour par lui ne par autres
pour quelque cause que ce soit; et à rendre et paier touscoux,despens,
mises, domaiges et interez qui fais seroient par le contraire, etc., etc.
(Suivent les clauses finales).
En tesmoing de ce nous, à la relacion des dis notaires jurez, avons
mis à ces lettres le seel de la prévosté de Paris. Ce fu fait et passé
l'an de grâce mil ccc quatre vins et huit, le mercredi sept jours d'ot-
tobre.
(Orig. aux Archives nat. S 118G, n° 27).
lY
Accord passé entre Jean, abbé de Saint-Maur-les-Fossés et Pierre
Philippeau, prieur de Saint-ÉIoi de Paris, àla suite d'un différent
survenu entre eux au sujet des meubles de feu Pierre Bersuire,
précédent prieur de Saint-Eloi.
9 Janvier 1362 (1363).
In Dei nomine amen. Per hocpresens publicum instrumentum cunc-
lis pateat evidenter, quod anno Domini millesimo ccc" Ixij", mense
januarii die ix, pontificatus sanctissimi in Xristo patris ac Domini
nostri Domini Urbani divina providentia Pape quinti anno primo,
indictione prima, in mei publici notarii testiumque subscriptorum
propter hocpersonaliterconstiluti (sic) presentia, reverendus in Xristo
pater ac dominus Dominus Johannes permissione divina monasterii
sancti Mauri Fossatensis, ordinis sancti Benedicti,Parisiensis dyoce-
sis, humilis abbas, ex parte una, et fraler Petrus Philipelli, prior
prioratus sancti Eligii Parisiensis, ordinis et dyocesis predictorum,
ab eodum monasterio immédiate dependens. asseruerunthinc etinde
quod, cum nuper inter ipsum dominum abbatem et dictum priorem
super bonis mobilibus defuncti Pétri Berchorii, ultimi et immédiat!
sacriste prioratus sancti Eligii Parisiensis predicti, discordia vel dis-
sencionis materia oriretur seu oriri verissimiliter crederetur, dicto
priore asserente, proponente et dicente quod, cum ipse sit prior con-
360
ventualis liahens sub se cerlum et detcrminatum numerum mona-
chorum sihi sub regulari obcdicncia cL correclione subjeclorum,
quibus eliam tenetur ad certam quanlilaLcm peciinie pro vesli-
mentis eorum necessario providere, niiUi erat dubium ad ipsum
perUncre bona mobilium (sic) decedenlium monachorum sibi ta-
liter sul)jcclorum ; — prelalo domino abbaLe conlrarium asse-
rente et dicentc quod, licetdiclus prior babeat vel haberedebeat cer-
tum numerum monachorum sibi in premissis subjeclorum et eisdem
babeat de ccrtaquanlilate pccunie pro eorum veslimenlis necessario
providere, quarc ad ipsum priorem non spcclat monachorum receptio,
institucio nec distitucio, per consequens necad ipsum pertinere pos-
sunt vel debent bona mobilia talium decedentium monachorum ; —
tandem dicte parles ad bonum pacis et concordie, ut dicebanl, de-
venire cupientes, nolentesque inter se rixa vel jurgia suscitare, sed
pocius pacis fédéra confovere,de et super lotali discordia seu dissen-
sione predicta, sic inler se concordiler et unanimiter ordinarunt, quod
neulri dictarum partium in adepcione seu possessione bonorum mo-
bilium defuncli Pétri Berchorii, iiltimi et immediati sacriste priora-
tuspredicti Sancti Eligii Parisiensis, prejudicio generato quicquid
una pars contra alteram, videlicet prefatus dominus abbas contra
priorem predictum vel dictus prior contra prefalum dominum abba-
tem, petere vel exigere de bonis eisdem, totum in omnibus et per
omnia se ad invicem una pars alteri, videlicetdominus abbas predicto
priori et dictus prior predicto domino abbati, quo ad casumpresen-
tem totaliler et omnimode (sic) remitlebant; quittantes una pars
alteram bine et inde modo quo predicitur penitus de eisdem, pro-
mittenles bine et inde, bona fide, et cum juramento in manu mei
publici notarii inter partes predictas stipulanlis, contra presentem
ordinacionem, paciflcacionem et quitlacionem quoad casum presen-
tem aller contra alterura non venire nec veniri facere quomodobbet
in futurum. Prolestantes tamen hinc et inde quod per hujusmodi
ordinacionem seu pacificacionem presentem nullum in casibus futu-
ris consimilibus alteri partium prediclarum prejudicium quomodo-
libet grevetur, sed res eadem ita se babeat et in tali statu remaneat,
ac si nuUa tenus accidisset, de et super quibus premissis omnibus et
singulis superius enarratis et per parles predictas sic factis, dicte
partes hinc et inde pecierunt et requisierunt a me suscripto publico
notario sibi unum vel plura fieri publica instrumenta. Acla f'uerunt
in parrocbia sancti Gervasii, in domo Carnelorum, sita in vico rétro
caput ecclcsie ejusdem sancti Gervasii, videlicet in magna superiori
36f
aula domus predicte, anno, die, mense, indictione, et pontificatu
supradictis, presentibus nobili viro Helya de Garnoto, armigero,
fratre Adam Heronis, priore prioratus sancti Johannis de Corbolio,
Ancello dicto Jalousie, preposito sancti Mauri Fossatensis, Guillelmo
dicto Beau, et Johanne Sahur dicto Poncin, clerico, testibus ad pre-
missa vocatis specialiter et rogatis.
Et ego Johannes dictus de Guerardo, clericus parisiensis dyoce-
sispublicus, imperiali et regia auctoritate notarius, etc.
(Orig. aux Archives nat. S 1181, n° 22).
Inventaire des meubles contenus dans la maison de la rue des Murs.
Vendredi, 13 janvier 1390 (1391 n. s.)
A tous ceuls qui ces lettres verront, Michiel Marchant, licencié en
loys et en decrez, chamberier lay de l'église Notre-Dame de Paris,
salut. Savoir faisons que de notre commandement et à la requeste
de Pierre de Grés, procureur de religieuses personnes et honnestes
les prieur et couvent de l'église Saint-Eloy de Paris, si comme il
nous est apparu par lettres procuratoires scellées du seel de la ditte
église de Saint-ÉIoi, Guillemin le Picart, notre clerc et tabellion,
s'est transporté en un hostel appartenant aus dis religieux situé et
assis en la rue des Murs, en la haulte, moyenne, basse et foncière
juridiction de la ditte église de Paris ; et lequel hostel japieça avoit
esté mis en la main de nos dis seigneurs pour certaines causes que
ilz prétendoient, et depuis ce a esté délivré à yceuls religieux de
Saint-Éloy, si comme par lettres de délivrance sur ce faittes et pas-
sées soulz le seel de la ditte église nous est souffisamment apparu. Et
après ce.que Jehan Hays, sergent de la ditte église, qui avoit les clefs
dudit hostel en garde de par nos dis seigneurs, ot fait ouverture du
dit hostel, il fist inventaire des biens estant en ycellui, et yceulx
prisés par Jehan Cristot, priseur-juré de la ditte église, en la pré-
sence du dit Pierre de Grès, procureur desdis reUgieus, de messire
Jehan Hemat, prestre, Pasquier, chevalier, Jehan Hays et Pierre de
Mores, sergens de la ditte église, et Jehan Moreau, en la manière
qui s'en suit :
Et premièrement fu trouvé en la cave dudit hostel un vieil poins-
son vuit et les douves d'un autre poinsson, prisez xn den.; — item,
ou petit cellier sur la ditte cave, une vieille huche, deux poulains à
362
deschargier vin, un viel cacque vuit, un pou de menue fustaïUe
vielle, tout prisié ensemble trois sols parisis; — item, en la cuisine
dudithostel, deux viez ais en manière de dresseoirs, prisés deux sols
parisis; — item, en Testable du dit hostel, dix pièces de vielle fustaille
a mettre vin et une vielle fourme, prisez huit sols parisis; — item, en
la salle du dit hostel deux viez bancs tourneis, une table vielle, une
autre petite table vielle, et une fourme, tout prisié vint quatre sols
parisis; — item, en une chambre sur le préau, fu trouvé une vielle
huche, une vielle table, deux paire de tréteaux, une eschielle, une
queue vuide, une fourme, tout prisié huit sols parisis; — item, en
une autre chambre sur le dit préau, un petit bancs tourneis, une
table vielle, un petit dresseoir, une petite chaire, et une couche de
boys, vint sols parisis; — item, en une chambre lambroissiée, un
petit banc tourneis viez, une table à quatre piez, un petit pupitre
et une petite couche de boys, prisez diz sols parisis; — item, une petite
couste sans coissin, prisiée douze sols parisis; — item, en une petite
chambre(?)tout amont, une fourme, prisiée deux sols parisis; — après
lequel inventoire ainsi fait, le dessus dit Jehan Hays bailla et livra
la clef du dit hostel au prieur dudit Saint-Éloy, pour et au nom de
lui et des dis religieux, en la présence des dessus nommez.
En tesmoing de ce, nous avons mis à ces présentes le seel de la
ditte chambrerie laye. Ce fu fait l'an de grâce mil trois cens quatre
vins et dix, le vendredi treziesme jour de janvier.
G. Le Picakt.
(Orig. aux Archives nat. S 1186, n" 92).
VI
Déclaration de la fondation de trois messes, par Pierre Philippeau,
prieur de Saint-Eloi de Paris, pour ses père et mère et pour Pierre
Bersuire, son oncle, précédent prieur de Saint-Eloi.
Sans date '.
C'est la déclaracion de la fondacion de trois messes en l'église de
Saint-Éloy de Paris, par feu frère Pierre Philippeau, prieur de la
ditte église, pour la grant dévocion qu'il a toujours eue à la dicte
1. Le testaraent dans lequel, avec la permission du pape Clément Vil, Pierre
Philippeau fit la fondation dont il s'agit, est du 23 janvier liOi (Voir Lcbeuf,
Hist. du dloc. de Paris, éd. Cocheris, t. III, p. 382). N'ayant pas retrouvé le
texte du testament, nous nous contenterons de donner cette déclaration, qui peut
en tenir lieu.
363
église et prieuré de Saint-Éloy, pour les prières, messes, oraisons,
bienfais et autres suffrages que Ton y a fais et fait assiduement
et pour l'augmentacion du service divin, et aussy pour le salut et
remède de son âme et aussi de feu religieuse et honneste personne
frère Pierre Bersure, jadis son oncle et prieur dudit prieuré, et de
feu Guillaume Philippeau et de Lorence sa famé, père et mère du dit
prieur, dont Dieux ait les âmes, à la loenge, gloire et exaltacion de
Notre-Seigneur Jhesu- Christ et de la très glorieuse et benoite Vierge
Marie, sa mère, et de toute la benoite court et compaignie du royaume
de paradis, voult et ordena trois messes la semaine estres dictes et
célébrées en la chappelle de Notre Dame chascune sepmaine à tous
jours : c'est assavoir l'une de Notre Dame à note conventuelle par
chascun samedi devant prime, et deux autres messes basses de
requiem. Et seront dictes à tels autres jours, si comme le dit cou-
vent vouldra, lequel couvent et ses successeurs au dit lieu seront
tenus à tousjours de faire dire par chascune sepmaine ycelles trois
messes sans aucune defFaulte et intermission. Et pour ce baille et
délaisse dès maintenant à tousjours au dit couvent et à leurs succes-
seurs au dit lieu les choses qui s'ensuivent que le dit prieur se di-
soit avoir et à lui et non à autre appartenir de son conquest : pre-
mièrement, une maison et jardin et toutes ses appartenances et
appendances, si comme tout se comporte et extent de toutes pars,
haut, bas, devant, derrière, en long, en lé, en font et en parfont,
séant à Paris en la rue des Murs, près de la porte Saint- Victor,
tenant d'une part à feu maistre Jehan de la Saulx et d'autre part à
Colin Boute, aboutissant par derrières aus murs de la ville de Paris,
en la censive de honourables et discrètes personnes le doyen et
chappitre de Paris, chargée en quarante quatre sols parisis par an
pour toutes charges paies au dit chappitre égalment aus quatre
termes généralement en la ville de Paris acoustumés. Item dix-
sept livres sept sols parisis de rente perpétuelle dont il en y a
sept livres prinses à Paris es lieux qui ensuivent: c'est assavoir qua-
rante sols parisis de rente après fons de terre chascun an égalment
aux dis quatre termes à Paris accoustumés, sur la maison Jehan Le
Pastre, marchant et bourgeois de Paris, séant à Paris et faisant le
coing delà rue Putimusse, tenant à l'ostel duroy noslre sire; etc.
(Suit le détail des maisons et biens, situés rues de la Savatterie,
Calendre, Saint-Martial, aux Fèvres, et à Vitry et Poitronville, sur
lesquels est assis le reste de la rente .
(Orig., Arch. uat. L 613;.
964
VII
Licence accordée par le régent Charles au prieur de Saint-Éloi
d'établir six étaux de boucherie sur les terres du prieuré à la
porte Baudover.
Au Louvre, 2 novenibre 1358.
Charles, etc. Savoir faisons à touz presenz et a venir que notre
amé le prieur de Saint-Éloi de Paris nous a fait exposer humble-
ment que, comme a cause de son dit prieuré il ait terre certaine à la
porte Baudeoir et oultre la porte Saint-Anthoine vers la rue Saint-
Pol et environ en autres parties voysines et prochaines a ycelle,
esquelles il se dit avoir toute juridiction haute, basse et moyenne, et
il soit ainsi que ses subgets et habitanz en ycelle es dites rues et
parties soient moult loins et distans de toutes boucheries estanz à
Paris et dehors, qui leur est moult grève chose et dommageable, si
nous a supplié que sur ce li vuillions pourveoir de remède gracieux
et convenable a touz jours perpetuelment, mesmement que l'abbé de
Saint-Germain des Prez et le prieur de Saint-Martin des Champs, en
leurs terres qu'il ont hors les portes de Paris es forsbours d'icelle
ville en laquelle ont toute justice haute, basse et moienne, ont bou-
cheries plusieurs pour l'aisement de leurs subgets et d'autres habi-
tanz et résidans en leurs dictes terres ; — pour quoy nous, consi-
dérant les choses dessus dictes en tant qu'il puet touchier le droit
de notre dit seigneur et de nous, de notre plain povoir et auctorité
royal dont nous usons de certaine science et grâce espécial, avons
donné et ottroié, donnons et ottroions par ces présentes, licence, po-
voir et auctorité au dit prieur pour lui et ses successeurs prieurs du
dit lieu de faire establir, avoir, tenir et posséder perpetuelment a
touz jours six estaulx de boucherie en sa dicte terre es lieux toutes-
voies a ce plus convenables et par le consentement des habitanz
d'icelle terre ou de la greigneur partie d'iceulx, ou cas toutesvoies
que sanz préjudice d'autrui se puisse bonnement faire, etc. Et pour
que ce soit ferme chose et estable a touz jours nous avons fait met-
tre notre seel a ces présentes sauf le droit de noire dit seigneur et
le notre en autre choses et l'autrui en toutes. Donné au Louvre jouxte
Paris, le deuxième jour de novembre l'an de grâce mil ccc lvih.
(Archives nat. Très, des Ch. Reg. W. pièce 131).
COMPTE .
DE
LA REFONTE DTNE CLOCHE
DE NOTRE-DAME DE PARIS
EN 1396
De tous les historiens de Paris, Du Breuli est, croyons-nous, le
seul qui ait parlé de la cloche de Notre-Dame, appelée Marie.
11 a même connu la refonte dont nous pubhons le compte, mais
plutôt par une tradition que par un document authentique, car
il a cru qu'elle avait eu lieu en 1397. Le compte que nous publions,
d'après une pièce originale des Archives nationales (L. olo), permet
de rectifier cette erreur; c'est là, on le verra, son moindre intérêt.
Sans prétendre faire l'histoire de Marie, nous donnerons ici les
renseignements que nous fournissent sur elle les registres capitu-
laires et les extraits des comptes du chapitre par le chanoine Sarra-
zin. Fondue en -13782, et refondue en -1396 dans les circonstances
qu'on verra, elle avait déjà besoin de réparations en 1397^. Le 16 jan-
vier ^430 (n. s.), le chapitre, alarmé par le rapport d'un fondeur et
du charpentier juré de Notre-Dame, décida qu'on ne s'en servirait plus
1. Théâtre des aniiq. de Paris, éd. 1612, p. 11.
2. « In facUone campane Marie fabrica teaelur clerico dicte fabrice in qua-
dam pecunie summa plenius infra déclarais » Arch. nal. LL373, f. 18. « A ma-
gislro Th. Tornaloris pro uno rnilliario melalli de residuo campane dicle Marie
ad mandalum dominorum de capitiilo per clericum fabrice Iradilo, nomine
Régis, magislro Jo. Jouvente, campanario, pro iniplicando in campana de novo
fada in ecclesia S. Dyonisii in Francia Pro reassedendo el in priori statu
refonnando coloiiobas cum archis de claustro laceralis pro funditura campane
dicte Marie... » ibid., f. 19.
3. Arch. nat.LL 211 b.
25
3()6
jusqu'à nouvel ordre et la fit descendre du clocher. On reconnut
bientôt qu'elle ne pouvait pas être réparée et qu'une refonte était
nécessaire, et on ordonna une quête dans la ville pour en faire les
frais 1. Enfin en i'(72 une nouvelle refonte — la dernière dont nous
ayons relevé la mention dans les registres capitulaires — porta le
poids de Marie à plus de 23,000 livres et en fit la principale cloche
de Notre-Dame 2.
G. Fagniez.
1. Audita relacionc magistri Roberli Chauvin, carpenlarii jiirati occlesie Pa-
ris, ac eciam magistri qui débet nunc faceie Jaquclinam novara, super deffec-
libns per eos repjjertis in caiiipana nuncupala Marie, ordinalum est quod non
jHilsabitur aniplius donec fueril repparala vel de novo facla, quia reppererunl
dicii inagislri quod les hunes galiice per quas pendet ipsa cainpana Marie
non tencnt sufticienter ipsi canipane et, si caderet, faccret dampnum irrepara-
bile » LL 21G, p. 185. « Ordinatum est quod deponatur a berfredo et des-
cendalur canipana Maria nuncupata quia indiget rep()aracione el niagister An-
Ihonius de Laneo niera liberalitale motus, oblulit se daturum decem francos in
reffectione dicte campane expouendos qui volucrit eam rellundcre de novo. »
ibid., p. 210. « Cbuffart Pasquier, Braulart et Hubert sunt comniissi ad factum
campane Marie ut refundatur et deputabunt quos voluerint de sociis ecclesie
ad faciendam questam per villam bostiatim si sit necesse, » ibid. « Conclusum
est quod ambe magne campane existantes in ecolesia, quarumuna a jamdudum
nuncupatur Jaquelina, data per dominum Jobannem de Monlagu, militem, ma-
gnum magislrum bospicii régis noviter propter ejus fractionem refusa, et Maria
que indiget refusione aut saltem repparacione, ponentur subtus torarnen per
quod ascendi debent in berfredo novo et post prandium domini deputali ad
queslam faciendam erunt, simililer et deputabunt de sociis ecclesie quos volue-
rint ad faciendam dictam questam et eciam inquirent an dicta campana Maria
possit repparari sine nova fusione. » ibid., p. 211. « Domini mei CbulVart
Viviani et Hubert depulantur per ca[)itulum ad eligendum socios de ecclesia
qui erunt ydonei el babiles ad supplicandum personis divitibus in civitate Pa-
risiens! ut dignentur de suis bonis erogare pro nova factione campane Marie. »
ibid., p. 232.
2. « Auditis votis singulorum dominum, conclusum est quod magna campana
Maria reficiatur et quare necesse est babere magnam quantitatem metalli,
ordinatum est quod capiatur campana Gillehert que non pulsalur ex qua capie-
lur aliqua pars metalli et reficietur. » LL 224, p. 625. « Ordinatum est quod
campana Maria fiai magis grossa quod sit campana Jaquelina. » ibid, p. 629.
« Quia, Deo dante, campana Maria die Jovis instante fiet, ordinatum est quod
processio ecclesie adeat modo consueto et liant letania et cetera solila. » Cliap.
du 28 septembre 1472. « Celebretur die craslina, bora viia de mane, missa so-
lemnis de beala Maria pro campana Maria que, Deo dante, fiet dicta die. Jovis
sequentis bora quasi prima post meridiem, campana Maria, laus Deo, facla
fuit in domo dicta de Brelaigne sita in vico Cithare et est ponderis xxiii mil-
lium el ultra. » Ghap. du 30 septembre 1472. « Benedicalur campana Maria de
die dominica in viii° dies. » 27 octobre 1472. LL 224, p. 653, 658.
367
Gompotus campane vocate Marie ecclesie Parisiensis noviter
facte que fracta fiierat xxiiii^ die raensis februarii anno domini
millesimo trecentesimo nouagesimo quinto pulsando missam do-
mini nostri régis, factus per Johannem de Villaribiis, ad presens
clericum fabrice dicte ecclesie, tara in receptis quam in misiis,
modo et forma que secuntur. Et sciendum est quod dicta cam-
pana fuit liquefacta et facta ultiraa die mensis Augusti anni mil-
lesimi trecentesimi nonagesimi sexti.
Recepta. Et primo :
A dominis et magistris meis, magistris Laurencio de Mongeria
et Philiberto de Saux, canonicis Parisiensibus, provisoribus fa-
brice ejusdem ecclesie, v^ die junii m ccc iiri^ et xvi, l fr. valent
xllib. p.
A dictis dominis meis iii^ die Augusti sequentis, l fr, valent
xllib.
Ab eisdem xix^ die dicti mensis, c fr. valent iin^ lib.
Ab eisdem xxix**^ die dicti mensis Augusti, viii^^ fr. valent
vi^^ viii lib.
Ab eisdem xxii^ die septembris sequentis, xx fr. valent xvi
lib.
Ab eisdem iii^ die mensis octobris sequentis, c fr. valent iiii^^
lib.
Ab eisdem xxiin^ die dicti mensis, xx fr. valent xvi lil).
Summa : iiii*^ lib. par. levium.
Expensa presentis compoti. Et primo pro emptione merreni
pro faciendo ingénia pro descendendo dictam campanara, chables
gaUice, vecturarum et pro salario carpentariorum , etc. Et
primo :
Allermo la Mouche, mercatori merreni in Mortallaria commo-
ranti, pro sex peciis merreni duarum tesiarum cum dimidia lon-
gitudinis et sex aliis peciis duarum tesiarum longitudinis et
unius spanni furneture in uno sensu et dimidio pede in alio.
nnoi' clieverones pro debitando ad faciendum lévriers gallice,
cavillias et alla ad dicta ingénia neccessaria.
Pro toto per forum factum per Johannem de Haya, carpenta-
rium juratum ecclesie, et pro onerando et adducendo et infra
dictam ecclesiam dictum merrenum ponendo Lvni'.
368
Stephano de la Nasse, carpentario in platea Mauberti commo-
ranti, pro una pocia merreni xiiii*='"' pedum loiigitudinis et duo-
rum pedum cum diiiiidio latitudinis iii omnibus sensibus pro
faciendo trolium pro dicta campaiia, per dictum Johannem de
Haya empta vu liv. iiif.
Pro seccando dictam peciam in 1111°'" partibus xiii^
Pro onerando et adducendo predictam peciam et ponendo infra
ecclesiam x'.
In ebdomado finiente sabbato xxv* die marcii m ccc iiii'^^ et
XV pro faciendo predicta ingénia dicto Jobanni de Haya pro opé-
rande in dictis ingeniis per unam diem Yf vi''.
Philipoto de la Garde pro similiter pro una die v^
Oudineto Clergastre pro eodem pro una die luf. vi*^.
In ebdomada sancta pro operando in dictis ingeniis ut super
et pro descendendo predictam campanam, dicto Jobanni de
Haya per quinque dies, pro quolibet die vi' yi'^ valent xxxif
vi*!.
In dicta ebdomada pro eadem causa Jobanni Bonnart, carpen-
tario, per 1111°^' dies, pro qualibet die vi s. per ordinatiônem Jo-
hannis de Haya, val. xxini s. Jobanni Lami per quinque dies,
pro die vi s. val. xxx s. Pbilipoto de la Garde per quinque dies,
pro die v s. val. xxv s. Matbie Boileaue pro similiter per quin-
que dies xxv s. Radulplio Balduini per quinque dies, pro die
iiii s. val. XX s. Jobanni Lambert per 1111°'' dies, un s. vi d.
pro die val. xviii s. Stephano Britonis per iiif ' dies, pro die iiii s.
val. XVI s. Jobanni Lescuier per iiii"'" dies, pro die iiii s. vid. val.
xviii s. Thome Herlebot per im°'" dies, pro qualibet die nii s. vi d.
val. xvin s. Guillelrao de Longueville per iiii"'" dies pro similiter
xviii s. Oudineto Clergastre per quinque dies, pro die iiii s, vi d.
val. XXII s. VI d. Thierrico d'Aunoy per ilii*"" dies, pro qualibet
die iiii s. vi d. val. xviii s. Jobanni de Lassuz per iiii"' dies, pro
die V s. val. xx s. Guillebno Briart per lili""" dies, pro die iiii s. vi
d. val. xviii s. Somma parcium : xiiii lib. x s. vi d.
Pro unctura necessaria ad unguendum quinque ingénia pro
dicta campana descendenda iiii*.
Tribus sociis qui die jovis dicte ebdomade adjuverunt ad des-
cendendum predictam campanam, cuilibet viiid. val. ii s.
Jobanni Régis, cordario in vico Straminis prope sanctum Inno-
centem commoranti, pro uno cliahlo gallice de canabe, longitu-
369
dinis Ixii tesiariim cnra iiii*''' gallice chemhliaux^ ponderantibus
insimul iiii° l lib. de canabe et duabus vintanis fiirnitis de jon-
cheriis- ad dictam campanam descendendam necessariis pro toto
per forum factum per predictum Johannem de Haya cum dicto
cordario xvi lib. xii s.
Pro adducendo dictum diable de vico S. Salvatoris ad eccle-
siam ii'.
Que partes faciunt in somma xlv lib. iii s. In presenti com-
poto nichil, quare dictus clericus fabrice de hiis computavit in
compoto ordinario ejusdem fabrice fîniente in festo beati Johan-
nis Baptiste anni nonagesimi sexti. Et modo hic ponit partes
supradictas, ut clarius videantur omnia illa que circa dictam
campanam fuerunt expensa^. Summa : xlv lib. iii s.
Expensa pro emptione metalli, mitallie, stanni et vecturarum
propter hoc factarum. Et primo :
Priori S. Martini de Campis pro viii° [lib.] metalli pro quolibet
centum viii lib. valent Ixiiii lib.
Pro onerando et adducendo dictum metallum de ecclesia dicti
S. Martini ad ecclesiam Parisiensem vi s.
Reginaldo Morise, in vico S. Martini commoranti, pro vii° ihi^^^
xiii lib. cum dimidia de mitallia, quolibet centum vii lib., val.
Iii lib. ii s. x d.
Pro apportagio iiii s.
Johanni Testart, speciario, in vico S. Dionisii commoranti, pro
una pecia stanni •* ponderis ii° xxi lib. stanni xix fr. xi s. viii d.
val. XV s. viii d.
1. Cliembliaux, cableaux ou cablots, petits cables.
2. Vintanis furnitisjoncheriis, \ingiaiaes, cables garnis de paille pour proté-
ger conlre les chocs la descente de la cloche.
3. Les dépenses d'échafauds et de cables pour descendre la cloche cassée,
ayant déjà fait partie du compte général clos à la saint Jean-Baptiste (24 juin)
1396, ne (igureni ici que pour mémoire et doivent être négligées dans le calcul,
4. Trois métaux sonl entrés dans la composition de notre cloche. Le mot me-
tallum, là où il se présente pour la première fois, ne peut guère désigner que
le cuivre de roselle, c'est-à-dire le cuivre épuré par un procédé dont on peut
lire la description dans Théophile, chap. de cupro; plus loin, lorsqu'il s'ap-
plique à la petite cloche ou à l'ancienne cloche Marie, il a le sens vulgaire de
métal. Le mot mitallia esl plus difficile à expliquer. Faut-il le rattacher aux
mots metalla, metullia, relevés par Du Gange et y voir des médailles de bronze
antiques, qui étaient au moyen âge plus communes encore que de nos jours?
370
Pro apportagio xvi d.
Ex précepte dominorum meorum de capiLulu i'uiL amota una
parva campanilla que erat in parvo campanilli ecclesie et ponde-
rabat vi^"^ lib. metalli.
Tercia die julii fuit predicta campana Marie fracta peciatim in
ecclesia et portata in aula capituli et ibi luit ponderata et inven-
tum fuit quod ponderabat ix"' iii°L. lib. de métallo.
Pro portagio illarum peciarum, pluribus personis viii s. Jo-
hanni Dote pro apportando de vittrearia ecclesie ad logiam S.
Dionisii de Passu unum milliare metalli quod remanserat de resi-
duo alterius campane dicte Marie ^ ii s, viii d.
Petro Clerici, ferroni supra Parvum Pontem commoranti, pro
uno mailleto de lerro neccessario ad IVangendum dictum metallum
quod erat per magnas pecias, ponderis xxx*'^ lib. terri viii d.
pro libra val. xx s.
Sciendum est quod, postquam dicta campana fuit totaliter facta
et completta, remanserunt ii"' l[x] lib. metalli, de quibus deducun-
tur dicte Ix lib., quia non erant bone neque pure. Sic sunt de
residuo ii'" metalli que fuerunt pondérale in presentia magistri
Johannis Voygnon, canonici Parisiensis, et domini Pétri de Mail-
lerac, capellani dicte ecclesie Parisiensis.
Cum hoc remanserunt Ix lib. stanni, de quibus capte fuerunt
pro repparacionibus organorum que pro tempore repparabantur,
xxviii lib. Et pro faciendo solduram pro repparacionibus vittrea-
rum ecclesie viii lib, stanni. Sic restant xxix lib. stanni.
Summa vis^^xiiii lib. vi d. lev.
Expensa facta pro locagio suffletorum per villam Parisius
captorum, et pro salario sociorura qui juverunt ad sufflandum pro
fuudendo metallum ad faciendum dictam campanam, ac eciam
pro pluribus aliis misiis ratione dicte campane factis. Et primo :
Pro sigillo litterarum domini nostri Régis ecclesie Parisiensi
concessarum pro capiendo suffletos per villam Parisius, ubicun-
que poterint inveniri, tamen pro justo precio vi s.
Sequitur expensa pro locagio suffletorum :
On croyait donner un son plus harmonieux aux cloches en nieltanl dans le four-
neau des pièces de monnaie. Enfin stannum, c'est l'étain qui entre dans la com-
position pour une proportion bien inférieure à celle que lui assigne Théophile
1. Le poids de la cloche était donc de 10,16i liv.
37^
Primo Johanni de Gonmoy unum par sufHatorum. Reginaldo
de Hallis unum par souffletorum. Pontio Belin unura par souf-
fletorum. Guillelmo Brisset unum par suffletorum. Uxori quon-
dam Andrée du Vergier unum par suffletorum. Guillelmo de
Yalle Martini unum par suffletorum. Hennequido Laloge unum
par suffletorum. Guillelmo Anglici unum par suffletorum. Thier-
rico Lalemant unum par suffletorum. Johanni Episcopi duo pa-
ria suffletorum. Hennequino de Gant unum par suffletorum. Et
sic sunt insimul xiic'"^ paria suffletorum, qui servierunt ad faden-
dum dictum metallum a principio usque ad finem. Pro quolibet
pari viii s. val. iiii lib. xvi s.
Pro repparando coria duorum dictorum suffletorum, que fue-
runt combusta in sufflando dictam campanam, pro quolibet x s.
val. XX s.
Alii suffleti. Radulpho de Reims unum par suffletorum. Simo-
nideFossa... Rogero de Parisius;.. Thome Sainterio... Regi-
naldo de Hallis... Et sic sunt insimul quinque paria suffletorum
de qulbus nichil factum est, et fuerunt positi in custodia, in du-
bio ne esset in aliis suffletis deffectus, pro quolibet pari iiii s. val.
XX. s.
Et sic pro omnibus suffletis ^ vi liv. xvi s.
Sequitur expensa pro salario sufflatorum. Et primo :
Stephano de Lyon, Simonetto de Vy et Johanni Episcopi,
omnes sufflatores, quilibet una dies et sic sunt diète quibus ope-
rati fuerunt, tam in sufflando quam ordinando metallum et po-
nendo in fornace, cuilibet sex solidi paris, val. xviii s.
Aliis sufflatoribus, videlicet Petro Rosette, etc , omnes suf-
flatores quilibet in una die et una nocte qui valent duos dies, com-
putando unam noctem pro una die, et faciunt insimul Ivi dietas
unius liominis sufflatoris qui operati fuerunt, tam in sufflando de
die quam in ponendo dictum metallum et ordinando ipsum in
dicta fornace de nocte, cuilibet iiii s. p. val. xi lib. iv s.
Gilleto Lescuier, etc omnes sufflatores qui sufflaverunt in-
simul per unum diem, quorum dierum somma ascendit ad Ixxiiii
dies, cuilibet pro die iiii s. val. xiiii lib. xvi s. par.
GuiUelmo Rouget, clienti ad virgam, pro eundo per viUam
1. Presque tous les soufflets de forge paraissant avoir été mis en réquisition
(ubicumqiie poterint inveniri), il faudrait en conclure qu'il n'y avait pas à Pa-
ris plus de dix-sept forges.
372
Parisiiis in rloinibus plurium fahrorum, laciendo ois preeeptum ex
parte domini nostri Régis quod cito et sine aliqua dilatione tra-
derent sufHetos siios ad sufflandum metalluin pro dicta campana
componenda, in quo servicio predictus ciiens vacavit per très
dies, pro die vi s., val, xviii s,
Sinionneto deFossa, fabro, pro eundo cumdicto cliente, ados-
tendendum eidem clienti ubi morabantur l'abri qui habebant soul-
fletos predictos, ubi vacavit per très dies, sicut pi-edictus ciiens
et pro die \i s. val. xviii s.
Jobanni dicto le Gras, incissori cunoriun ad faciendum merel-
los, pro faciendo et tailliando unum poinconem pro imprimendo
formam nierellorum, qui tradituri ei-ant illis qui electi fuerunt ad
venienduni ad locuni ubi Ibrnax erat, pro sufflando, ut facilius
et levius intrarent viii s.
Dionisiole Berclieron, vecturario, pro eundo per dictam villam
Parisius quercndo cura sua vectura xvii paria sufîietorum supra-
dictorum et eos adducere ad dictum locum, et inde, quando dicta
campana esset completta, reducere in locis in quibus eos ceperat,
et pro pari adducendo et reducendo, sicut ordinatuni fuerat per
magistrum Remondum de TemploS xvi d. val. xxii s. p.
Summa parcium : xxxvii lib. vi s. viii d. lev.
Expensa facta pro operariis et sufflatoribus supradictis, scili-
cet pro commestione matutinali, antequam inciperent sufflare et
postquam campana ftiit liquefacta, pro eorum prandio, et fuerunt
ad faciendum dictam expensam tam sufflatores quam adjutores
usque adnuraerum vi^^ persouarum et plus. Et primo :
Pro xvi*^'™ duodenis pani empti in platea Mauberti, pro duo-
dena xxii d. valent xxix s. iiii d.
Pro una cauda vini rubei empta a Johanne Candelario capta
ad signum Gaude Yulpis prope ecclesiam Sancte Marine iiiiliv.
Pro adducendo dictam caudam vini ad clarum, ac eciam in
cave (sic) logie prope ecclesiam S. Dionisii de Passu ponendo et
assedendo iiii s.
Johanni Henrici, carnificis (sic) apud S, Germanum de Pratis
commoranti, pro mutonibus et pro uno quarterio bovis xlviii s.
1. Raimond du Temple, l'arohilecle du Louvre, était maçon juré du chapitre
et figure souvenl en cette qualité dans les rejjistres capilulaires. Vo\. sur cet
artiste les titres publiés par M. Quiclierat, Bibl. de l'École des cli., 1" série.
I. 111, p. 55.
373
Pro sale ad salsandum dictas carnes et pro prandioiiii s.
Pro senapio iiis.
Pro racemis per dominos meos expensis iiii s. viii d.
Johannete de Aurelianis, ante signum Ursi et Leonis commo-
ranti, pro oleribus iii s.
Pro semicentiim de costeretis emptis in buscheria Parvi Pontis
et pro apportagio vi s.
Pro tribus quarteronis de essaule ad faciendum scissoria'
xviii d.
Pro potis et godetis terre iiii s'.
Pro piris ad dandum sufflatoribus faciendo negocium iiii s.
Johanni Régis, commoranti in vico Galandie,pro locagio map-
parum et manutergioriim vi s.
Pro locagio scutellarum et potorum de stanno vi s.
Pro portando et repportando dictos potos et scutellas viii d.
Pro locagio vesselamenti coquine xx d.
Duobus portitoribus aque ii s. viii d.
Pro uno coquo, cum duobus formulis proparandio(sic) cibaria
vi s.
Pluribus adjutoribus qui fuerunt ad querendum et repportan-
dum mensas, formas et trestellos qui ibi neccessaria erant iiii s.
Summa x lib. xviii s. vi d. lev.
Expensa facta pro salario operariorum qui dictam campanam
fuderunt, suspenderunt ac eciam in loco ubi est posuerunt et
assederunt. Et primo :
Thome de Claville^ sainterio ~ Parisius commoranti, pro fun-
dendoet dictam campanam faciendo propriis sumptibus et expen-
sis suis, exceptis suffletis, sufflatoribus et expensis hic superius
scriptis, ex foro cum dicto Thoma facto ii° fr. val. viii^^ lib.
Johanni deHaya, carpentatori jurato dicte ecclesie, pro addu-
cendo dictam campanam de loco ubi fuerat liquefacta ad eccle-
siam, et illam ascendendo et ponendo in loco suo debito, ex foro
facto inter dominos meos de capitulo et dictum Johannem xxxii
lib.
I. Bardeaux pour faire des tranchoirs, c'est-à-dire des rondelles sur les-
quelles on coupait les aliments.
1. Suinieriits, qui ne se trouve pas dans Du Gange, signifie fondeur de cloches
et a élé fait sur le vieux nom français des cloches saints, que le rédacteur du
compte a fait dériver ilesundl, tandis qu'il se rattache h signa.
374
Pro uno bracali de corio Hongarie, empto in magno vico S.
Dionisii pro dicta campana, et soluto iii presentia Pétri dicti du
Marches alias Pouret, pulsatori dicte ecclesie xviii s.
Prouna buscla cumcavillia ferri dicto bracalli neccessaria ii s.
Summa : ix^^ xiii lib. lev.
Expensa facta pro defferrando antiquam campanam fractam et
ferrando novam. Et primo :
Tliome de Belvaco, l'abro, pro reformando et fabricando de no-
Yo duas magnas virolas, que sunt in duobus extremitatibus
tî'eullii et rotonditare.
Pro refabricando duas magnas gallice esquierres per longum,
et illas facere quadratas, et in ipsis celibem ponere circa duas
extremitates et elongare alias duas extremitates qui transeunt
perdesuper treulium de longitudine unius pedis quolibet, et perfo-
rare, sicut decet.
Pro refabricando la maistre haigne gallice, etillam ponere in
sua rotonditate in duabus extremitatibus de alto, et amovere ma-
lum ferrum, et elongare quamlibet extremitatem de semipede et
perforare hérissas que ad liée pertinent. Pro rafabricando et po-
nendo in eorum statu duas gallice forces, quatuor gaUice es-
triers, et illa elongare in qualibet extremitate de longitudine semi-
pedis. Pro refabricando duos conos ferri qui sunt desuper duas
magnas esquierras, quilibet conus de uno pede cum dimidio in
longum. Pro refabricando duos alios parvos estriers gallice, qui
sunt per médium duorum magnarum esquierres, que vadunt in
ascendendo, et facere foramina quadrata et tradere clavos et
roellas qui pertinent ad factum, et totum per ordinationera Jo-
hannis de Haja, carpentarii jurati ecclesie. Pro toto vihb. viii s.
Predicto Thome pro duabus bendis ferri, quelibet duorum pe-
dum cum dimidio longitudinis, ad ligandum gallice le fieau dicte
campane, et pro quinque grossis cavillis ferri in dicto fléau posi-
tis, et pro una belleria in dicta campana situata, totum insimul
ponderans Iviii lib. cum dimidia ferri Iviii s.
Summa ix lib. vi s. lev.
Alla expensa pro emptione merreni pro repparacione scolarum
S. Dionisii de Passu, ubi molum dicte campane fuit factum, et pro
faciendounamchargiam, ^alYxce charge, adponendum super tro-
lium predicte campane, ac eciam pro salario carpentariorum. Et
primo :
373
Johanni le Brancha, commoranti in Mortalaria, pro una pecia
merreni, pro laciendo predictam chargiam, empta per Johannem
de jHaya, carpentarium ecclesie xxxvi s.
Pro duabus aliis peciis merreni, ad faciendum le fieau dicte
campane viii s.
Pro adducendo dictiim merrenum, et in quadriga onerando, et
ponendo infra ecclesiam iiii s.
Dicto Johanni et socio suo, pro seccando dictam peciam in duas
partes, cum aliomerreio (sic) pro repparatione dictarum scolarum
viii s.
Thome Sainterio, pro iiii*"" peciis merreni ab eodem emptis pro
eadem causa xx s.
Dominico Pilot et Johanni Juppin, carpentariis, pro operando
in dicta repparacione in septimana incipiente die Sabbati xiiii^ die
mensis octobris, quilibet per très dies, pro die v s. cuilibet, val.
XXX s.
Guillelmo Britonis, hucherio in platea Mauberti commoranti,
pro repparando et reformando bancos et scanna scolarum S. Dio-
nisii de Passu, ubipredictummolum campane fuit factum, quequi-
dem scanna fuerunt fracta et dirrupta pro dicto facto campane
V s.
Pro clavis ad hoc neccessariis xii d. .
Summa : cxii s. lev.
Expensa pro lathomia facta in claustro capituh et in ecclesia
pro eodem facto et pro portando terras et gravesia ad terrale. Et
primo :
Berthaudo de Grigny, scissori lapidum, pro deassedendo co-
lumpnas et artus de claustro, qui fuerunt pro facto campane
amoti, in quo negocio laboravit per unam diem in septimana
incipiente lune xxviii die augusti v s.
Guillelmo dicto d'Istreville, Johanni Filleul et Johanni de Tem-
plo, pro simili causa, quilibet pro una die v s. val. xv s.
Guillelmo de Lozana, adjutori, pro una die ii s. iiii d.
Pro duobus saccis plastri ii s.
Summa : xxiiiis. iiiid.
Dicto Berthaudo, pro reassedendo dictas columpnas et artus,
postquam dicta campana fuerat facta et completta in septimana
fînientexxv die mensis septembris, pro duobus diebus x s. Thome
Dantgille, pro duobus diebus pro eadem causa x s. Guillelmo de
Lozana et Johanni Moreau, adjutoribus, quilibet per duos dies,
376
cuilibet pro die ii s. iiii d. val. ix s. iiii d. Simoni Burneau, pro
una via plastri vii s. Petro Belon et Guillelmo de Montargiaco,
pro portando gravesia ad terrale, de dicta lathomia provenientia
et pro reiniplendo fossam ubi dicta campana fuit facta, quilibet
per duos dies, pro die ii s. iiii d. val. ix s. iiii d.
Somma : xlv s. viiid.
Predictis Thome Dantgille et Bertbaudo de Grignjs scissoribus
lapidum, pro operando in septimana finiente ultima die septem-
bris, ad repparanduin pavimentum in introitu ecclesie in loco
ubi dicta campana l'uerat cassata in minutis peciis, cuilibet v s.
pro die val. l s. Guillelmo de Lozana, adjutori, per quinque dies,
pro die ii s. iiiid. val. xi s. viii d.
Simoni Burneau, plastrario, pro xiii^''" saccis plastri ad facien-
dum dictum pavimentum, modio xxviii s. val. xi s. iiii d. ob. Pe-
tro Munerii, pro portando gravesia ad terrale, provenientia ex
dicto pavimento, pro una die ii s. iiiid.
Summa : iiii lib. xv s. iiii d. ob.
Johanni dicto le Corbilloys, lathomo, pro operando in septi-
mana tiniente sabbato xxviii^ die mensis octobris, ad repparan-
dum et reformandum muros et clausuras logie et scolarum juxta
ecclesiam S. Dionisii de Passu existentium, qui fuerunt rupti et
dilacerati propter causam dicte campane, in quo negocio opera-
tus fuit per iiii"'' dies cum dimidio pro quolibet die v s. val. xxii
s. vi d.
Petro Cailleuze, adjutori, pro iiii°^" diebus cum dimidio et pro
die ii s. val. ix s.
Simoni Burneau, plastrario, pro quinque viis plastri, modio
xxiiii s. val. xxx s. Eidem pro duobus aliis saccis plastri ii s.
JulianoMajoris et Johanni Bonel, pro portando gravesia ad ter-
rale, que venerunt et processeruut de dictis mûris et clausuris per
unum diem, cuilibet pro die ii s. val. iiii s. summa Ixviis. vi d.
Johanni Mandelot et Guillelmo Gobet, in septimana finiente
sabbati xi" die mensis novembris, pro portando terras ad terrale,
de quibus fornax, ubi dicta campana fundita e[s]t, facta fuerat,
quilibet per quinque dies, pro die cuihbet ii s. val. xx s.
Pro pena et salario dicti officiarii vi lib.
Pro scribendo, ordinando et dupplicando istum presentem
compotum et pro papiro et pergameno xl s.
Summa xx lib. xii s. x d. ob. lev.
Somma totahs expense iiii'^x lib. xvi s. vi d. ob. lev. Facta
377
deductione de recepta superius contenta, que est iiii^ lib., misia
ex[c]edit receptam in x lib. xvi s. vi d. ob., que debentur dicto
officiario.
De Socco.
Auditus fuit presens compotus anno Domini millesimo ccc"
nonagesirao vi° mense aprilis die xv.
R. DE LONIACO.
QUELQUES MOTS
SUR
LES «DICTATUS PAP/E »
Les célèbres dictahts^ où a élé formulé au xie siècle le système
de la toute-puissance et de la majesté papales, se trouvent inter-
calés sans date dans le Registre de Grégoire VII entre deux lettres
de ce pontife, datées l'une et l'autre du mois de mars 1075^. Ces
dictains ont donné lieu, comme on sait, à de nombreux débats. On
en a nié l'authenticité 2, et plusieurs écrivains en ont attribué la
rédaction, non à Grégoire lui-même, mais à un partisan de ce pape 3,
Si l'on s'attache au sens des dUtatus^ il n'y a point de raison pour
contester que Grégoire en ait été l'auteur ; car l'esprit de ce docu-
ment se retrouve tout entier dans les idées et les actes de ce pontife.
L'examen du texte, abstraction faite de sa signification, conduit
à la même conclusion. Tel est du moins le sentiment d'un érudit
dont l'autorité est considérable, de Giesebrecht, qui a examiné de
près le manuscrit original aux Archives du Vatican, et n'a saisi nul
indice trahissant une interpolation*. Il est dès lors permis de
regarder comme véridique la rubrique « Dictatus papse » inscrite ici,
comme à d'autres endroits du Registre de Grégoire, pour indiquer,
dans les pièces qui le composent, l'œuvre personnelle de ce pape.
L'authenticité des Dictatus une fois établie, doit-on croire, avec
Labbe^ et Raronius^, qu'ils ont été proclamés dans le synode de
l.Jaffé. Monumenia gregoriana, \}. I7'i-17G. Bciolini, 18G5, in-8°.
2. Fleury. Uist. eccL, liv. LXIII, p. 408.
3. Voigt' Vie de Grégoire VII. Trad. Jager, p. 380-382. Paris, 1842, in-8°.
4. Giesebreclil : Die Geselzgebung der rœmischen Kirche zur /eit Grcgors VII
(Annuaire historique de Munich, 1866).
5. Labb. Concil., X, p. 358.
G. Baron., Ann. eccl.y XVII, p. 430.
379
carême de l'année 1076? Assurément non ; car, outre qu'il faudrait
expliquer comment ils se trouvent insérés dans le Registre un an
avant cette date, on ne saurait admettre qu'un document de cette
importance eût été omis dans la relation des actes de ce synode,
alors que d'ordinaire le rédacteur du Registre mentionne avec détail
les événements accomplis dans ces sortes d'assemblées. D'un autre
côté, on ne voit dans aucun des chroniqueurs du temps que les Dic-
tatus aient donné lieu à une notification publique. On ne peut d'ail-
leurs supposer que les Dictatus aient été expédiés, sous forme de
missive, à quelque personnage. La nature du document, non moins
que l'absence de désignation d'un destinataire, s'oppose à cette opi-
nion. D'après ces considérations, on est amené, ce semble, à ne voir
dans les Dictatus que de simples notes rassemblées par Grégoire,
ou tout au moins, selon que le mot l'indique, dictées par ce pon-
tife.
Ces Dictatus^ composés de vingt-sept sentences ou aphorismes,
paraissent offrir, en effet, quand on les analyse avec soin, le carac-
tère que nous leur attribuons. On n'y reconnaît point la netteté de
style habituelle à Grégoire, et qu'il montre si visiblement dans sa
correspondance. La rédaction pèche sur certains points par trop de
brièveté, et, sur d'autres, par la diffusion. La logique, l'une des
qualités de Grégoire, fait également défaut. Les sentences se succè-
dent sans ordre saisissable et comme si nul plan n'eût été arrêté
par avance dans l'esprit de leur auteur. Telles qui, en vertu de leur
objet commun, ou par ce que l'une est le corollaire de l'autre, de-
vraient être rapprochées, se trouvent au contraire à distance, et
réciproquement. Le cadre qui les embrasse n'a rien de précis et
pourrait également être réduit ou s'étendre davantage. En un mot,
les Dictatus ne nous semblent pas être autre chose qu'un résumé
de doctrine tracé à la hâte sous l'empire de circonstances particu-
lières qui en auraient motivé la rédaction.
Quelles ont pu être ces circonstances? Ni l'une ni l'autre des
lettres, entre lesquelles ont été intercalés les Dictatus^ ne peuvent
sur ce point fournir de renseignements, l'objet de ces lettres ne se
rapportant en rien à celui des Dictatus. Les biographes de Grégoire
ne renferment également aucune indication. Quelles que soient ces
circonstances, elles se rattachent évidemment aux vues d'omnipuis-
sance que poursuivait Grégoire. Or, dans le Registre de ce pontife,
peu avant l'endroit où sont inscrits les Dictatus, se lit la mention
du synode des 24-28 février -1075 : synode important par le nombre
380
des personnages qui s'y rendirent, et dans lequel Grégoire montra
avec quelle hardiesse il entendait user des prérogatives attachées au
Saint-Siège, On peut supposeï- que les prétentions qu'il manifesta
excitèrent de la surprise, et l'intitulé « quid valeani ponti/iccs ro-
mani )), placé en tête des Diciatus, reproduit peut-être les termes
d'une question soulevée alors autour de lui ; peut-être cette ques-
tion naquit-elle uniquement dans son esprit à la suite de scrupules
qu'il aurait conçus lui-même. Dans l'un ou l'autre cas, il aurait,
quelques jours après le synode, répondu à ces doutes, — qu'ils
vinssent de ses amis ou de lui-même, — en dictant les vingt-sept
articles qui composent les Diclaius. Ainsi s^expliquerait la place
occupée dans le Registre par ce document qui, inséré entre deux
lettres datées, l'une du 3, et l'autre du 4 mars ^075, doit nécessai-
rement se rapporter à une date approchante.
Grégoire était très-versé dans les livres canoniques. Il invoque
fréquemment, dans sa correspondance, les traditions de l'Église et
les écrits des Pères ; et, en particulier, quand il parle de ses préro-
gatives, c'est un soin qu'il n'ouhlie pas. D'après cela, il n'est pas à
supposer qu'il ait tiré des seules hardiesses de sa pensée les vingt-
sept sentences des Dictatus\ il y a lieu de croire, au contraire, qu'il
s'aida de recherches faites antérieurement dans les livres canoni-
ques. Transportant dans ses Dictatus le résultat de ces recherches,
il aura, à son insu, emprunté aux auteurs qu'il avait consultés cer-
taines formes de langage ; ainsi s'explique le mot « debemus » de la
sixième sentence, mot étrange de la part de Grégoire, puisqu'il
s'agit, dans les Dictatus^ de règles imposées par le Saint-Siège et
non des devoirs qu'il subit. Il y a plus : le fait de ces recherches
est, en une certaine mesure, attesté par Grégoire qui, à l'appui de
la sentence n» 23, cite un ancien document avec une précision mi-
nutieuse. Or cette citation est extraite du Pseudo-Isidore. Il est cer-
tain, d'autre part, que toutes ces sentences, à n'en regarder que la
signification, ne sont que des répétitions ou des corollaires directs des
Fausses Décrétâtes.
On est donc autorisé à penser que les recherches opérées par Gré-
goire ou, d'après ses ordres, par quelqu'un de son entourage, ont
porté sur le recueil d'Isidore. L'usage de ce recueil paraît être, au
reste, familier à Grégoire; car il en a reproduit des fragments, parfois
considérables, à divers endroits de sa correspondance'. Nous avons
1, Ephi., VIII, '21; VI, .35; VII, 2. Dans la leUre Yl, 35, il y a une longue
38^
comparé le texte des Dictatus à celui d'Isidore dans l'excellente édi-
tion qu'en a donnée Hinschius '. Nous avons ainsi, pour la plupart
des sentences, établi des rapprochements qu'il n'est pas sans intérêt
de mettre sous les yeux du lecteur, et qui contribueront sans doute
à lui faire accepter comme vraisemblable le procédé attribué par
nous au rédacteur des Dictatus.
Quod Romand ecclesia a solo Domino sit fundata.
« Ecclesia Romana... Domino instituante prima et caput caete-
rarum (ecclesiarum) . » Decr. Julii-. — « Nulli... dubium est
quod ecclesia Romana fundamentum et sors sit ecclesiarum, a
qua omnes ecclesias principium sumpsisse nemo... ignorât... »
Decr. Pelagii P. — « Hsec sacrosancta Romana apostolica
ecclesia non ab apostolis, sed ab ipso Domino... primatum obti-
nuit. » Epist. Anacleti"*.
Quod soins Romanus pontifeœ jure dicatur universalis.
« Pietas tua evidenter advertit nunquam quolibet penitus
hmnano consilio elevare se quemquam posse illius (sedis aposto-
lic8eprœsulis)privilegio vel confession! quem Ghristi tox prœtu-
lit universis. » Epist. Gelasii^. — « Beato Silvestro, patri nos-
tro, sumno pontifici et universali, urbis Romœ papse... contradi-
mus palatium. » Exemplar Constantini imp. ^.
Quod ille solus possit deponere episcoposvel reconciliare .
« Episcoporum judicia... apostolicse sedis auctoritate sunt
agenda et finienda » Epist. Marcelli^.
Quod cum eœcommunicatis ah illo inter cœtera nec in
eadem domo debemus manere.
« Nec loqui (debetis) bis quibus ipse (sedis apostolicse prœsul)
non loquitur. — Si quis amicus fuerit liis quibus ipse non loqui-
page extraite mot pour mot du pseudo-Isidore.
1. Decrelales PseudoisidoriauEe, éd. Iliuscliius, in-S".
2. Hinschius, p. 459.
3. Hinschius, p. 712. Cf. epist. Marcelli, ibid., p. 224.
4. Hinschius, p. 83, 84.
5. Hinschius, p. 639. Ce passage de Gelase est reproduit dans la correspon-
dance de Grégoire, epist., VIII, 21.
6. Hinschius, p. 253.
7. Hinschius, p. 224. — Cf., epist. Anacleti, ibid., p. 74; epist. Zeppherni,
ibid., p. 132; decr. Julii, ibid., p. 459.
26
382
tur, uniis est ex iUis qui exterminare ecclesiam Dei volunt. »
Epist. Gementis ^.
Quod solus possit uti imperialibus insigniis.
« Beato Silvestro, patri nostro, sunimo pontifîci et imiversali,
urbis Roniœ papae, et omnibus ejus successoribus pontificibus qui
usque in finem mundi in sede Beati Pétri apostoli erunt sessuri,
contradimus palatium imperii nostri Lateranense quod omnibus
in toto oi'be terrarum pi'œfertur atque prœcellit palatiis, deiudè
diadema, videlicet coronam capitis nostri etimperialia scep-
tra, simulque et cuncta signa atque banta etiam et diversa orna-
raenta imperialia et omnem processionem imperialis cuhninis et
gloriam potestatis nostrse. » Exemplar Constantini imp.^
Quod soliiis papœ pedes omnes p^rincipes deosculentur.
« Licet prsesideas humano generi dignitate^ verum tamen prai-
sulibus rerum divinarum devotus colla subniittis...; et si cunctis
sacerdotibus recte divina Iractantibus fîdelium convenit colla sub-
mitti, quantô potiùs sedis illius prœsuli? » Epist. Gelasii ad
Anastas. imp.^
Quod un liceat imperatores deponere.
« Nosti inter liœc... ex iUorum (sacerdotum) te pendere judi-
cio, non illos ad tuam velle redigi voluntatem. » Epist. Gelasii
ad Anastas. imp.^
1. Hinschius, p. 36. Ce passage est cité par Grégoire (epist. VIII, 21). Le
droit de délier les sujets de leur fidélité aux princes ennemis de l'Église (sen-
tence n" 27 des Dictatus) ressortant naturellement de ces etlets de l'excommu-
nication, la sentence oii ce droit est formulé peut être rapprochée de ce passage.
2. Hinschius, p. 253. Ce renvoi à Hinschius avait été indiqué par Jaffé, Mon.
Gregor, p. 174.
3. Hinschius, p. 639. Ce passage est cité par Grégoire (epist. VHI, 21). Au
même endroit de sa correspondance, se trouve une citation qui peut être rap-
prochée de celte sentence, citation puisée par lui dans un livre attrihué à saint
Ambroise(rfe dignitate sacerdotali) : « Si reguni fulgori compares (sublimitatem
episcopalem) et principum diademali, longé erit inferius quam si plumbi me-
tallum ad au ri fulgorcm compares; quippè cum videas regum colla et princi-
pum submitti genibus sacerdotum, et, exosculata eorum dexlera, orationibus
eorum credant se communiri. » L'un des arguments familiers de Grégoire c'est
de constater les prérogatives dont jouit le sacerdoce à ses divers degrés et de
conclure de là à des prérogatives sans égales pour le Saint-Siège.
4. Hinschius, p. 639. Ce passage est cité par Grégoire (epist. VIII, 21), le-
quel invoque en même temps cet autre passage extrait de saint Grégoire : « Si
quis vero regum, sacerdotum, judicum atque sœcularium personnarum, hanc
constitutionis nostra; paginam agnoscens, contra eam venire lemptaverit, potes-
tatis honorisque sui dignitate careat (S. Gregorii regist. L. XIII, ep. 8). «
383
Quod illi liceat de sede ad sedem, necessitate cogente,
episcopos transmutare.
« His apostolicis fultus auctoritatibus, muta episcopum causa
necessitatis aut utilitatis ; quià sicut potestatem habes episcopos
et sacerdotes regulariter titulare et ordinare, ità... causa neces-
sitatis aut utilitatis habes et mutare ac de titulo ad titulum trans-
latare. » Epist. Pelagiill ad Benign. archiepiscopum ^
Quod nulla synodus àbsque prœcepto ejus débet gêner a-
lis vocari.
« A sanctis apostolis successoribusque eorum in antiquis de-
cretura fuerat statutis, quse hactenùs sancta et universalis apos-
tolica tenet ecclesia, non oportere preeter sententiam Romani
pontificis concilia celebrari. » Decr. Julii^ — « Synodum sine
ejus auctoritate fleri non est catholicum » Decr. Damas^.
Quod nullimi ca2ntulum nidlusque liber canonicus habea-
tur absque illius auctoritate.
« Opuscula, tractatus omnium patrum orthodoxorum qui in
nullo a sanctse ecclesise Romanae consortio deviarunt, nec ab
ejus fide vel praedicatione sejuncti sunt..., legendos decernimus.
Item decretales epistolas quas beatissimi papse diversis tempori-
bus ab urbe Roma dederunt... Item etc. » Decr. Gelas, «de reci-
piendis et non recipiendis libris"*. »
Quod se7itentia illius a nullo debeat retractari, et ipse
omnium solus retractare possit .
Quod a nemine ipse judicari debeat^.
« Canones appellationes totius ecclesise ad hujus sedis (aposto-
licse) examen voluere deferri, ab ipsa verô prorsùs nusquam
appellari debere sanxerunt, ac per hoc illam de tota ecclesia
judicare, ipsara ad nullius commeare judicium, nec de ipsius um-
1. Hinschius, p. 729. CeUe lettre du pape Pelage II est adressée àua arche-
vêque. Grégoire, selon sa métbode, applique au Saint-Siège, dans une propor-
tion plus grande, les pouvoirs attribués à ce prélat. Le même passage peut être
cité à l'appui de la sentence suivante : Quod de omni ecclesia, quocumque
voluerif, clericum valeat ordinare.
2. Hinschius, p. 459; cf. ejusd. pap, decr., ibid., p. 466, 471; decr. Pelagiill,
ibid., p. 721.
3. Hinschius, p. 503.
4. Hinschius, p. 635-637.
5. Ces deux sentences se trouvent reproduites textuellement par Grégoire,
epist. VIII, 21.
384
quam prœceperunt judicio judicari, sententiamque illius consti-
tuerunt non oportere dissolvi. » Decr. Gelasii'. « Niillo modo
potest major a minoi-e judicari. » Decr. Julii~.
Quod nullus audeat condemnare apostolicam sedem
appellantem.
« His et aliis quamplurimis documentis manifestum est nul-
liimdampnari aut suis expoliari rébus debere episcopum qui banc
sanctam sedem interpellaverit aut sibi defeusatricem asciverit,
donec judicium deeo nostrae apostobcœ auctoritatis, lioc est prin-
cipis apostolorum Pétri, agnoscat. » Decr. Felicis 11'^
Quod inajores caiisœ cujuscumque ecclesiœ ad eam
referri debeant.
« Majores et difficiles quœstiones ad sedem apostolicam
semper referantur. » Decr. Pelagii ir^. — « Ad eam (apostoli-
cam sedem) quasi ad matrem atque apicem omnes majores eccle-
siœ... recurrant. » Decr. Julii^.
Quod Roinana ecclesia nunquàm erravit nec in perpe-
tuum, scriptura testante, errabit.
« Haec sancta et apostolica, mater omnium ecclesiarum,
Christi ecclesia... per omnipotentis Dei gratiam a tramite apos-
tolicaj traditionis nunquàm errasse probabitur nec hereticis no-
vitatibus depravanda subcubuit. » Epist. Marci ad Athanas^.
Quod Romanus pontifex, si canonicè fuerit ordiiiatus,
meritis Beati PetrH, indubitanter efficitur sanctus, testante
1. Hinschius, p. 638.
2. Hinschius, p. 459.
3. Hinschius, p. 489. Celle idée de l'appel au Saint-Siège se représente fré-
quemment dans les fausses décrétales. « Siquidem ad illam (sedem apostolicam),
de qualibet mundi parle canones appellare voluerint, ab illa aulem uemo sil
appellare permissus. » Decr, Gelasii Hinschius, |). 643. Cf. epist. Fabiani, ibid.
p. 168; decr. Damasi, ibid., p. 507. Ainsi entendue, cette idée était féconde en
conséquences ; on peut y rattacher notamment la sentence n" 24 : Quod illius
prœcepto et licentia subjectis Uccat accusare.
4. Hinschius, p. 724.
5. Hinschius, p. 459 et 466. — Epist. Anadeti, Hinschius, p. 84, epist. Feli-
cis I, ibid. p. 204 ; decr. Pelagii I, ibid. p. 712.
6. Hinschius, p. 454. — Cf. epist. Lucii, ibid., p. I7U; epist. Felicis I, ibid..
p. 205. Celle sentence en comprend nécessairement plusieurs dont elle peut »Hre
considérée comme le principe, telles (jue la sentence antérieure (n" 17): Quod
nullum capiiulum nullusque liber canonicus habcatur absque illiiis uuctoritate,
et l'avant dernière sentence (n" 26) : Quod caiholicus non habeatur, qui non
concordat Romanx ecclesia.
38d
sancto Ennodio 2}cipiensi episcopo, ei multis sanctis patri-
bus faventïbus, sicut in decretis heati Symmachi continetur.
« Non nos Beatum Petrum a Domino, cum sedis privilegiis,
vel successores ejus peccandi judicamus licentiam suscepisse. Ille
perennem meritorum dotem cum hereditate innocentise misit ad
posteros... Quis enim sanctum esse dubitet quem apex tantae
dignitatis (apostolicse) atollit? » Decr. Symmachi^.
Quod absque sijnodali conventu ptossit ejnscopos deponere
et reconciliare.
« Sed nec illa praeterimus quod apostolica sedes fréquenter,
utdictumest, more majorum, etiam sineulla synodo prsecedente,
exsolvendi quas synodus iniqua damnaverat, et damnandi, nulla
existente synodo, quas opportuit, habuerit facultatem. » Decr.
Gelasii^.
En s'appuyant, comme nous le croyons, sur le recueil d'Isidore
pour la rédaction des Dkfahts, Grégoire considérait-il ce recueil
comme authentique? La solution de cette question n'intéresse pas
seulement le caractère de Grégoire; au point de vue des doctrines et
de leur développement dans l'Église, elle a son importance. Mais
cette question ne rentrant pas dans l'objet spécial que nous nous
étions proposé en écrivant cet article, nous ne chercherons pas à la
résoudre,
Félix RocQUAiN.
1. Hinschius, p. 666 et 675. Cette dernière phrase est citée dans la correspon-
dance de Grégoire {EpisL VIII, 21).
2. Hinschius, p. 643. Dans cette sentence ([ui est la vingt-cinquième, l'auteur
des Dictatus revient sur l'idée exprimée dans la sentence n° 3 en termes presque
identiques : Quod ille solus possit deponere episcopos vel reconciliare. Cette
particularité, applicable à d'autres sentences, est une preuve du peu de soin qui
a présidé à la confection des Dictatus.
JOINVILLE
ET LES
ENSEIGNEMENTS DE SAINT LOUIS
A SON FILS.
Il y a quelques années que M. Paul Viollet a publié, dans la
Bibliothèque de l'École des chartes S un savant article où il a
essayé de démontrer que le texte le plus usuel des Enseignements
de saint Louis à son fils, c'est-à-dire le texte de Joinville et
des Grandes Chroniques de Saint-Denis, présente plusieurs
passages très-suspects. La même thèse a été soutenue tout
récemment par le R. P. Gros, de la compagnie de Jésus, dans
son livre intitulé : Vie intime de saint Louis, 'roi de France''.
Si la conclusion des deux auteurs est la même, rien n'est plus
différent que leur méthode. J'essaierai d'établir que l'un et l'autre
se sont trompés, mais je ne combattrai ces deux adversaires que
successivement. M. Viollet aurait droit de se plaindre si je
confondais sa critique mesurée avec les affirmations téméraires
du P. Gros. L'un s'occupe uniquement de discuter le texte des
Enseignements de saint Louis; l'autre s'attaque en même temps
au livre même de Joinville qu'il prétend avoir été altéré par des
faussaires. Je me hâte de proclamer liautement la bonne foi du
R. P. Gros, qui est indubitable, mais qui rend d'autant plus
dangereuse son hérésie historique : c'est ainsi que je qualifie cette
1. Sixième série, tome V, p. 1-28-
1. 1 vol. ia-18, Toulouse, Ad. Regnaull, 1872.
387
erreur involontaire, mais funeste, qu'il faut s'empresser de
combattre avant qu'elle n'ait pu empoisonner une des sources les
plus pures de notre histoire.
Ce que je reproche particulièrement au P. Gros, ce n'est pas
son opinion peu favorable au texte des Enseignements de saint
Louis, tel que nous le trouvons dans les manuscrits de Joinville;
M. Viollet pense, comme lui, que les articles relatifs aux tailles
et aux franchises des bonnes villes ne sont pas l'œuvre de saint
Louis, et qu'il faut les rejeter comme des interpolations. J'ad-
mettrai encore que le même savant (si ce détail ne lui avait pas
échappé) aurait jugé, comme le P. Gros, qu'il faut rétablir dans
le texte des Enseignements une phrase où saint Louis recom-
mande à son fils d'être dévot envers l'Eglise et le pape. Mais ce
que le P. Gros lui seul affirme hautement et à plus d'une reprise,
c'est que ces altérations du texte des Enseignements n'exis-
taient pas à l'origine dans le livre de Joinville et qu'elles y
ont été pratiquées après coup. Enfin, ce qui caractérise mieux
encore son hérésie historique, c'est de faire planer cette accusa-
tion de fraude sur d'autres passages du même livre qu'il se
réserve de signaler en temps et lieu. « On ne saurait, dit-il,
» admettre d'une manière absolue, comme vérités liistoriques,
» tous les faits racontés, nous ne disons pas par le sire de Join-
» ville, mais dans le livre publié sous son nom. »
Ainsi donc, selon le P. Gros, Joinville n'est pas l'auteur de
tous les récits contenus dans l'histoire qui porte son nom ; cette
histoire ne nous est par Avenue qu'altérée par des faussaires. Et il
ne faut pas croire que le P. Gros entende parler seidement des
anciennes éditions de Joinville, et qu'il excepte de sa réprobation
celles qui ont paru depuis la découverte du manuscrit de Bruxelles.
Ce serait une erreur : il est bien vrai que le P. Gros invoque, on
ne sait pourquoi, à l'appui de sa thèse, l'opinion du P. Daniel,
qui n'a connu et critiqué que les éditions anciennes, où il existe
en effet des interpolations; mais il n'est pas douteux que pour
son propre compte il condamne aussi les éditions modernes, et
jusqu'au manuscrit qui en est la base principale : « Les idées qui
» se répandirent en France, avant même 1350, date la plus
» favorable du premier manuscrit, furent, dit-il, sur certains
» objets, si violemment opposées aux idées du siècle de saint
1. lulroductioD, p. xxvi.
388
» Louis, qu'il fout, à cet égard du moins, ne pas admettre sans
» contrôle les appréciations ou les récits publiés sous le nom du
» sire de JoinviUe*. »
J'affirme au contraire que les éditions modernes de Joinville
ne contiennent pas une phrase qui n'ait existé dans ses manus-
crits originaux; que le texte de ce livre, tel qu'il est établi
maintenant, est authentique depuis le premier mot jusqu'au
dernier, en sorte que si le P. Gros y reconnaît des idées opposées
aux idées du règne de saint Louis, la responsabilité en retombe
sur Joinville et non sur de prétendus faussaires qui n'ont jamais
existé. Je comprends qu'il ne soit pas commode d'engager une
lutte avec Joinville, et que trouvant dans son livre des apprécia-
tions et des récits qui contrarient le système qu'on s'est lait, on
aime à se persuader que ce sont des passages de mauvais aloi
dont il faut débarrasser le livre et décharger la mémoire de
l'auteur. Telle est l'illusion qui a séduit le P. Gros, mais qui va
s'évanouir à la clarté des faits.
Le texte de Joinville, tel qu'il est établi aujourd'hui, est conforme
à deux exemplaires authentiques, l'un offert en 1309 ^ Louis le
Hutin par l'auteur lui-même, l'autre servant à son usage person-
nel et conservé dans son propre château. Ges deux exemplaires
ont péri ; mais le premier est représenté par une copie exécutée
vers l'an 1350 et connue sous le nom de manuscrit de Bruxelles,
le second par deux copies du seizième siècle, dont l'une est le
manuscrit de Lucques et l'autre le manuscrit de M. Brissart-
Binet^. Ge qui existe à la fois dans la copie du quatorzième siècle,
qui représente l'exemplaire royal, et dans celles du seizième, qui
représentent l'exemplaire de l'auteur, ne peut donc y avoir été
introduit par fraude, puisque la même interpolation ne peut avoir
été concertée entre des faussaires qui ne se connaissaient pas, et
que séparait un intervalle de deux siècles. Par la même raison,
ce qui manque à la fois dans ces mêmes copies ne peut non plus
en avoir été retranché fr'auduleusement. Voilà, dans sa simplicité
et dans son évidence, le fait qui détruit radicalement les supposi-
tions du P. Gros, et qui défend de toute atteinte l'intégrité du
1. lalioduclion, p. xxxii.
■2. Le manuscril de, Bruxelles (13568 du fonds français) el le manuscril de
Lueques (10148 du même fonds) appartiennent à la Bibliothèque nationale
depuis le siècle dernier.
389
texte de Joinville. Je reprends, pour les justifier une à une, les
circonstances principales de ce fait. Le manuscrit de Bruxelles
reprêsente-t-il l'exemplaire offert à Louis le Hutin ? Oui , parce
qu'il reproduit un exemplaire de luxe, autre que celui de l'auteur;
car si les deux grandes miniatures dont il est orné ont leur
équivalent .dans le manuscrit de Lucques, en revanche on n'y
trouve pas, comme dans ce dernier manuscrit, avant le début du
texte, un avertissement explicatif suivi de quatre petites miniatures
qui peignent les quatre circonstances où saint Louis mit son corps
en aventure de mort ; et d'un autre côté, on j trouve, à la fin,
une date du mois d'octobre 1309, qui manque dans le manuscrit
de Lucques.
Le manuscrit de Lucques représente-t-il l'exemplaire de l'au-
teur? Oui, parce qu'il offre, au frontispice même, pour certificat
d'origine, un écu écartelé aux armes d'Antoinette de Bourbon et
de Claude de Lorraine, baron de Joinville, qui furent enterrés
l'un et l'autre dans la collégiale de Saint-Laurent de Joinville, et
qui seuls pouvaient posséder l'exemplaire de l'auteur. J'ajoute
que dans l'avertissement explicatifdont le manuscrit de Bruxelles
est dépourvu, c'est Joinville lui-même qui parle en son nom, et
que le copiste du seizième siècle y a conservé à son insu, comme
dans le corps du texte, des traces incontestables de la langue et
de l'orthographe de l'auteur.
Le manuscrit de M. Brissart-Binet, qui est dépourvu des
armoiries, des miniatures et de l'avertissement explicatif du
manuscrit de Lucques, peut-il néanmoins représenter l'exemplaire
de l'auteur? Oui, parce que, copié dans le même temps que le
manuscrit de Lucques, il renferme un texte identique, où sub-
sistent aussi, dans un certain nombre d'archaïsmes, des traces
incontestables de la langue et de l'orthographe de l'auteur. Il
sert d'ailleurs à combler deux grandes lacunes qui existent dans
le manuscrit de Lucques, du chapitre lxvi au chapitre lxxiv,
et du chapitre xciv au chapitre cii.
En dehors de ces deux grandes lacunes du manuscrit de
Lucques, si heureusement comblées par celui de M. Brissart-
Binet, en existe-t-il d'autres qui puissent porter quelque atteinte
à l'intégrité du texte de Joinville? Non, il existe seulement de
courtes omissions, comme les copistes en commettent toujours,
qui sont d'ailleurs particulières à tel ou tel manuscrit, et que
tel ou tel autre manuscrit permet de combler. Peut-on signa-
890
1er au contraire des passages suspects qui résulteraient de
quelque interpolation frauduleuse? On trouve seulement à la
page 78 du manuscrit de M. Brissart-Binet, une courte anecdote
qu'on ne peut attribuer à Joinville, dont elle interrompt brusque-
ment le récit; mais le copiste, qui a transcrit cette anecdote, n'a
pas eu intention de la iaire accepter comme appartenant au texte
original ; et d'aiJJeurs le contrôle des deux autres manuscrits ne
permettrait pas de l'y admettre. Voit-on enfin qu'il y ait eu
quelques tentatives pour dénaturer ou altérer le fond des idées ?
Non, il existe seulement de mauvaises leçons, qu'il faut attribuer,
comme les lacunes, à l'inadvertance des copistes. La fraude
n'apparaît nuUe part, et le seul changement notable qui ait
été volontairement apporté au texte de JoinviUe, c'est le rajeu-
nissement de la langue dans les deux copies du seizième siècle,
rajeunissement qui devait faciliter à Antoinette de Bourbon
l'intelligence du texte original. Mais là encore le contrôle des
manuscrits s'exerce avec toute son efficacité, et permet de cons-
tater qu'en modifiant la forme on s'est attaché à respecter le fond,
qui est exactement le même dans les manuscrits du seizième
siècle et dans celui de Bruxelles.
Telle est pourtant la préoccupation du P. Gi^os qu'il a fermé
les yeux à l'évidence de ces faits. Il les a connus, puisqu'il cite
l'édition des œuvres de Joinville où ils sont exposés ^ mais il les
a bien mal compris puisqu'il en tire la conclusion que la science
actuelle manque des matériaux nécessaires pour reconstruire
l'œuvre de Joinville^. Veut-on savoir comment il qualifie ces
matériaux ? « Il faut se souvenir, dit-il, que les rares manuscrits
» des Mémoires de Joinville, diffèrent notablement entre eux, et
» qu'il n'en est pas un seul où l'on ne constate d'évidentes
» lacunes ou d'évidentes interpolations^. » Le P. Gros a le droit
sans doute de contester les résidtats auxquels m'a conduit l'étude
attentive des manuscrits; mais j'ai le droit de mon côté d'avertir
qu'il n'a jamais eu occasion de voiries manuscrits qu'il condamne.
Il ne prend même pas la peine de discuter lui-même ce qu'il
conteste, et il croit avoir assez fait quand il m'oppose l'opinion
de Capperonnier, de Daunou, de Michaud et de Poujoulat ^ sur
1. Paris, Adrien Leclerc, 1867.
2. Introduction, p. xxx.
3. Page xxviii. — 4. Page xxix, note 1.
391
l'infériorité du manuscrit de Lucques. Mais j'ai proclamé moi-
même l'infériorité de ce manuscrit ; seulement j'ai constaté
et démontré que, malgré cette infériorité, il pouvait rendre de
grands services, parce qu'en conservant le fond de la pensée de
Joinville, il a aussi emprunté directement à l'original quelques
traits de l'orthographe et de la langue qui ne se retrouvent pas
dans le manuscrit de Bruxelles. Si je me suis trompé, ce ne sont
pas des savants morts avant la publication de mon travail, qui
le peuvent savoir, de même que les prétendues interpolations des
éditions modernes de Joinville ne peuvent avoir été aperçues par
le P. Daniel, qui n'a connu que les anciennes. On voit de reste
quelle inexpérience le P. Gros apporte dans de telles discussions ;
mais ce qui est plus regrettable encore c'est qu'il n'y apporte pas
non plus le calme nécessaire.
Le P. Gros constate qu'il manque dans plusieurs textes fran-
çais des Enseignements une phrase où saint Louis recommande
à son fils d'être dévot à l'Église de Rome et au pape. Il n'a pas
admis un seul instant que ce pût être une omission involontaire ;
la seule explication qui se soit présentée à son esprit c'est que la
phrase avait été supprimée frauduleusement. Là est la base de
son système contre l'authenticité du texte de Joinville. Gette idée
de fraude l'obsède : il y revient peut-être dix fois de la page
XLviii à la page lv de son introduction. De là les expressions de
texte tronqué, àe traductions mutilées, àe versions falsifiées,
de fraude anti-romaine. Je ne fais qu'un choix, et cela suffit
pour bien faire connaître la pensée de l'auteur. JNlais la preuve
de ces affirmations, ou, pour être plus précis, de ces accusations
beaucoup trop répétées, je n'ai pu la découmr nulle part.
Cependant il eût été bien nécessaire de la donner, car une
accusation sans preuve ne saurait obtenir de crédit. Veut-on
savoir pourquoi la preuve n'a pas été articidée? c'est parce
qu'elle n'existe pas. Le P. Gros avait besoin d'un faussaire pour
justifier son système, et son imagination, dont il devrait se défier
davantage, a créé le fantôme qui s'est joué de lui, mais qui ne
fera illusion qu'aux plus crédules de ses lecteurs.
En efîét, par une circonstance véritablement heureuse, il y a
moyen d'opposer aux assertions du P. Gros une réfutation qui a
toute la clarté de l'évidence. Voici sa pensée exacte en ce qui
concerne la phrase omise dans plusieurs textes des Enseigne-
ments : un article fort importim a été sans raison éliminé du
392
texte de Joinville (pape li) ; or cet article existe dans le texte de
Geoffroi de lîeaulieii, que nous avons tel qu'il sortit des mains
de son auteur, et dans celui du Confesseur de la Reine, dont le
manuscrit date de la fin du treizième siècle, tandis que le plus
ancien manuscrit de Joinville remonte à peine à 1350 (page lui).
J'abrège le raisonnement du P. Gros, sans en altérer la clarté, et
j'y réponds en disant que l'article im2^ortun n'a pas été éliminé
du texte de Joinville, attendu qu'il manquait auparavant dans un
manuscrit de la fin du treizième siècle, manuscrit au moins aussi
ancien que celui du Confesseur, aussi digne de la confiance du
P. Gros, et antérieur au temps où Joinville commença d'écrire
son histoire. Ce manuscrit est celui qui renferme, à la suite de la
Vie de saint Louis, par Geofiroi de Beaulieu, un texte français
des Enseignements. Ce texte est de la même main et de la même
encre que l'ouvrage auquel il est joint comme pièce justificative.
Ainsi s'écroule le système des fraudes pratiquées dans le texte de
Joinville entre la publication de son livre en 1309 et l'année
1350, date approximative du plus ancien manuscrit qui nous soit
parvenu.
Il y a plus : Joinville n'est pas le premier qui ait employé ce
texte des Enseignements où manque la phrase relative à la dévo-
tion envers l'Eglise et le pape : Guillaume de Nangis Ta reproduit
dans sa Vie de saint Louis en français, qtfil écrivait avant la
canonisation du saint roi, et qui renferme plusieurs autres
passages empruntés par lui au livre de Geofî'roi de Beaulieu. Or
Capperonnier, qui a publié le premier cet ouvrage, juge le carac-
tère des deux manuscrits ^ dont il s'est servi, antérieur à la
canonisation de saint Louis, et les savants éditeurs du vingtième
volume des Historiens de France les déclarent à leur tour de la
plus haute antiquité. Voilà donc un second motif pour que le
P. Gros renonce à son iUusion et à son système : au lieu d'une
falsification pratiquée entre les années 1309 et 1350, il ne s'agit
plus évidemment que d'une simple inadvertance commise avant
la fin du treizième siècle.
Le P. Gros regrettera sans doute d'avoir méconnu des vérités
aussi incontestables; il le regrettera d'autant plus qu'il a consulté
et cité les ouvrages d'où je les tire moi-même. Il a bien su trou-
1. Coll). 9648.3.3 et Gaign. 282, auj. n ' 4978 el 23277 du fonds français,
393
ver ^ que Capperonnier parlait du manuscrit de Lucques avec une
sorte de mépris; pourquoi n'a-t-il pas vu aussi que le même
savant déclare le manuscrit de Joinville, qu'il estimait pourtant
de l'an 1309, postérieur à ceux qui lui fournissaient, avec la Yie
de saint Louis par Guillaume de Nangis, un texte des Enseigne-
ments où manquait déjà la phrase en question? Pourquoi n'a-t-il
pas vu que Capperonnier signale cette omission à la page 285,
en disant : « Le texte latin ajoute, sis devotus et obediens ma-
» tri nostrœ Romance ecclesiœ et summo Pontiflci tanquarn.
» patri spirituali ? » Il a bien su citer, d'après la page 26 du
vingtième volume des Historiens de France, un texte français
des Enseignements où il constate cette omission ; pourquoi ne
dit-il pas que ce texte français fait suite à l'ouvrage de Geoffroi
de Beaulieu, qu'il est contenu dans le même manuscrit, et que
ce manuscrit est des plus anciens, perantiquum et optimœ
notœ? C'est parce que dans toutes ses recherches il a pris poui'
guide son imagination, et que demandant à l'histoire des ar-
guments pour le système dont il s'est infatué, il a passé devant
la vérité sans la voir ou sans la comprendre.
Avant de répondre raix objections exprimées par M. Viollel
sur la sincérité de certains passages des Enseignements de saint
Louis, je tiens à déclarer que ces objections ne se sont formées
dans son esprit qu'après une étude attentive des principaux
manuscrits. Mais tout en reconnaissant que M. Viollet avait
observé exactement la plupart des faits, j'ai cru m'apercevoir
qu'il avait erré sur certains points, et que ses conclusions
n'étaient pas toutes également acceptables.
M. Viollet s'était proposé surtout de frayer le chemin à qui-
conque voudrait préparer une édition critique des Enseignements
de saint Louis. Cette édition, que j'ai entreprise après lui, et
qu'il m'a rendue plus facile, sera le complément naturel de ce
mémoire ; mais avant d'examiner jusqu'à quel point il est pos-
sible de ramener ce texte à sa forme primitive, il en faut
déterminer exactement le fond. Or c'est précisément sur cette
question préliminaire et capitale que je me trouve en désaccord
avec M. Viollet. Il croit plus sage de ne pas maintenir dans les
Enseignements de saint Louis certains passages relatifs aux
tailles, aux gens de l'hôtel du roi et aux bonnes villes, parce
1. Introduction, p. xxix, note 1.
394
qu'on n'en trouve aucune trace dans la plupart des manuscrits.
Je crois au contraire que l'autorité de certains manuscrits des
Chroniques de Saint-Denis, concourant avec celle des manuscrits
de Joinville, suffit pour établir l'authenticité de ces mêmes pas-
sages.
Voici comment M. Viollet justifie son opinion. Il n'y a, selon
lui, que trois sources d'où puissent découler les Enseignements
de saint Louis tels que nous les connaissons: 1° Texte de la
Chambre des comptes publié d'après le registre Noster ou
d'après une copie de ce registre par Théveneau, en 1627, et par
Moreau dans le tome XX de ses Discours sur l'Histoire de France ;
2" Texte du Confesseur de la reine Marguerite, qu'on retrouve
en latin dans le Moine de Saint-Denis (Gilles de Pontoise);
3" Texte abrégé latin inséré par Geoffroi de Beaulieu dans son
opuscule sur la vie de saint Louis, ou texte abrégé français placé
à la suite du même opuscule, et qui peut être attribué au même
auteur. Tout passage qui manque à la fois dans les deux premiers
textes (Registre Noster et Confesseur) et dans le texte abrégé
de Geoffroi de Beaulieu, est par cela seul suspect à M. A^iollet. Il
n'admet pas même que les manuscrits où ces passages se trouvent
puissent constituer une famiUe particulière, parce que selon lui
le texte de ces manuscrits dérive, sauf les additions suspectes, du
texte abrégé de Geoffroi de Beaulieu.
La conclusion de M. VioUet n'est pas la conséquence rigou-
reuse des faits qu'il a exposés; mais elle deviendra plus contes-
table encore quand j'aurai plus exactement indiqué quelles sont
les sources réelles du texte des Enseignements de saint Louis.
D'abord en ce qui concerne la version la plus étendue, que je
crois néanmoins incomplète, il n'y a pas lieu d'admettre qu'elle
découle de deux sources différentes, parce que la version du
registre Noster est, tout aussi bien que celle du Confesseur, une
simple traduction du texte latin des Enseignements que GiUes de
Pontoise a emprunté à l'enquête pour la canonisation de saint
Louis. M. A'ioUet reconnaît que le texte du Confesseur pourrait
bien n'être qu'une traduction, mais il pense que celui du registre
Noster paraît généralement se rapprocher davantage de l'original*.
Pour moi, après les avoir comparés, plu-ase par phrase, avec le
texte latin de GiUes de Pontoise, je crois pouvoir affirmer
1. Page 143.
995
qu'ils ne sont, l'un et l'autre, que la traduction de ce texte latin.
Cette hypothèse peut seule expliquer comment ces textes, toujours
conformes pour le fond des idées, diffèrent si souvent dans la
forme, et comment en même temps celui-là même que M. VioUet
considère comme plus rapproché de l'original, reste dans cer-
taines parties inférieur à l'autre ^
En effet, ces différences d'expressions et cette supériorité
alternative de l'un et de l'autre texte n'ont rien que de naturel
quand on y voitl'œuvre de deux traducteurs différents, qui aj^ant
eu chacun à choisir leurs expressions, ont dû réussir tour à tour
à en rencontrer qui étaient plus d'accord avec le génie de la
langue du treizième siècle. J'aurai occasion de compléter la
démonstration de ce fait dans la dernière partie de mon mémoire;
mais ce que je viens de dire suffit déjà pour étabhr, au moins à
titre de présomption tout à fait probable, qu'il n'y a pas pour le
texte le plus étendu des Enseignements de saint Louis, deux
sources différentes, mais une seule et unique source, je veux
dire le texte latin, inséré par Gilles de Pontoise dans sa Chro-
nique^.
Il me paraît impossible au contraire de faire dériver d'une
source unique tous les textes abrégés des Enseignements qui
nous sont parvenus en français.
Je suis d'accord avec M. Viollet^ pour penser que ces textes
français ne sont pas des traductions de l'abrégé latin que Geoffroi
de Beaulieu déclare lui-même ^ avoir fait sur une copie du texte
original. Je ne conteste pas non plus qu'il ne puisse être l'auteur
de l'abrégé français transcrit à la fin de sa Vie de saint Louis ^,
et reproduit dans un grand nombre de manuscrits; mais je ne
puis accorder que cet abrégé français soit la source d'un autre
texte abrégé qu'on lit dans l'exemplaire des Chroniques de
Saint-Denis conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève, et dans
le manuscrit 2813 de la Bibliothèque nationale.
Je ferai remarquer d'abord que, si l'on fait abstraction des
passages litigieux, le texte de la bibliothèque Sainte-Geneviève
est d'un tiers plus court que l'abrégé de Geoffroi de Beaulieu, ce
1. Viollet, p. 145.
2. Hist. de Fr., t. xx, p. 47.
3. Viollet, p. 143.
4. Hist. de Fr., t. xx, p. 8.
5. Ib.. p. 26.
396
qui indique d'avance que ces deux textes doivent différer dans
un f-rand nombre de détails. M. Viollet s'est bien aperçu que le
conseil rclatil' à la liaine du péché est i)lus court et mieux conçu
dans le textedelabildioLhèque Sainte-Geneviève, mais il en conclut
bien à tort que ce texte est un abrégé de celui de Geoffroi de
Beaulieu^ Puisqu'il y reconnaissait avec plus de brièveté dans
la forme plus d'exactitude dans le fond, il était peu naturel de
croire que l'auteur de cet abrégé avait réussi à se préserver de
l'erreur commise par Geoffroi de Beaulieu sans avoir eu sous les
yeux le texte original. L'omission d'un passage relatif aux .
mauvaises conversations, devait encore induire à penser que le
texte de la bibliothèque Sainte-Geneviève n'avait pas pour type
celui de Geoffroi de Beaulieu. Cependant M. Viollet signale cette
omission 2 sans en tirer aucune conséquence. Ce fait l'aurait
certainement frappé s'il eût remarqué dans le même texte l'omis-
sion de plusieurs autres passages qui existent dans l'abrégé de
Geoffroi de Beaulieu, etqui représentent autant de conseils différents
adressés par saint Louis à son fils. Ces omissions, que j'indique
dans l'ordre même du texte de Geoffroi de Beaulieu, portent sur
les conseils suivants : réprimandes du confesseur et des amis,
bonnes et mauvaises sociétés, sermons et indidgences, amour du
bien et haine du mal, second avis pour les bienfaits de Dieu,
ménager les gens d'église à l'exemple de Philippe -Auguste,
respect des parents, apaiser les guerres à l'exemple de saint
Martin, troisième avis sur les bienfaits de Dieu. Si toutes ces
différences, qui sont considérables, ont échappé à M. Viollet,
c'est parce qu'il a presque toujours oublié le texte de la biblio-
thèque de Sainte-Geneviève dans les nombreux rapprochements
qu'il a faits entre le texte le plus étendu et les textes abrégés.
Il était surtout occupé de montrer que le texte le plus étendu
devait être préféré aux autres, et il ne s'est pas aperçu que
la plupart de ses citations étaient empruntées à des éibrégés
autres que celui du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene-
viève. U est donc certain que cet abrégé ne doit pas être englobé
dans des conclusions déduites d'un examen où il n'a pour ainsi
dire pas été compris.
En dehors des différences que j'ai signalées tout à l'heure, il
1. Page 137.
2. Page 140.
397
en existe d'autres qui empêchent de supposer que le texte du
manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève dérive de celui de
Geoffroi de Beaulieu. En effet le premier, qui est généralement
le plus court, offre quelquefois des développements qui manquent
dans le second. Au lieu de répéter, après Geoffroi de Beaulieu,
se aucun a afere ou querele contre toi, l'auteur de l'abrégé
contenu dans le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève
ne se contente pas d'employer d'autres expressions, en disant
se aucuns a entrepris querelle contre toi; il ajoute ce déve-
loppement qui manque entièrement dans l'autre texte, j90Mr
aucune injure ou pour aucun tort qu'il li soit avis que tu
H faces. De même, quand au lieu de aversité on trouve aucune
adversité ou aucioi tonnent; quand on voit le mot pros-
périté remplacé par habondance de bien; quand pour équi-
valent de envers tes sougiés on lit envers ton peuple et
envers ta gent ; quand au lieu de personnes bonnes et dignes
on rencontre bonnes personnes qui soient de bonne vie et
nete, on n'est pas amené à supposer que l'abrégé qui visait à
être le plus concis ait eu pour type en tous ces passages un texte
d'une plus grande brièveté. Comment s'expliquer en effet que ce
texte plus bref n'ait pas été préféré à des formules où le nombre
lies mots augmentait sans rien apprendre de plus au lecteur ?
Au lieu de renvo}'er, comme je le pourrais, à d'autres passages
où l'expression emplojée par Geoffroi de Beaulieu s'allonge sans
nécessité pour le sens dans le texte de la bibliothèque Sainte-
Geneviève, je préfère signaler une pln'ase où le second texte
.dérive certainement du texte original, puisqu'il en reproduit le
sens plus exactement que le premier. Yovci la leçon textuelle de
Gilles de Pontoise où je rectifie, après collation des manuscrits,
quelques détails du texte publié dans le vingtième volume des
Historiens de France ^ : « Si Dominus Noster mittat tibi aliquam
» persecutionem, vel inlîrmitatis, vel aliam, tu debes [benivole
» sustinere, et debes] ei regratiari et scire bonas grates. » Saint
Louis recommande ici deux choses, d'abord souffrir patiemment
l'adversité, puis en rendre grâces et en savoir bon gré, en
d'autres termes se résigner et remercier; à ces deux pensées
distinctes correspondent deux degrés différents de la vertu chré-
tienne. Geofîroi de Beaulieu jette ici quelque confusion en disant:
1 . Page 47 E.
27
39S
« Sueffre la en bonne grâce et en bonne patience. » Ou bien les
mots sucfj'i'e la en bonne grâce figurent connue équivalent de
regratiari et sûire hones grates, ou bien ils représentent beni-
vole sustinere. Dans le premier cas, la pensée de l'action de
grâces est obscurcie par une expression louclie et douteuse ; en
outre on n'observe plus cette gradation par laquelle le chrétien
s'élève de la résignation à la reconnaissance. Dans le second cas,
c'est le conseil de l'action de grâces, c'est-à-dire celui de la
perfection chrétienne , qui disparaît entièrement. Que l'on
choisisse l'une ou l'autre de ces interprétations, il est impossible
de retrouver dans l'abrégé de GeofiFroi de Beaulieu les deux
pensées de saint Louis distinguées et coordonnées comme elles le
sont dans le texte latin. Au contraire cette double condition est
remplie dans le texte du manuscrit de la bibliothèque Sainte-
Geneviève : « Reçoif le en bonne patience, et en rent grâces à
Dieu. »
Je dois d'autant plus insister sur la différence qui existe en cet
endroit entre la leçon contenue dans le manuscrit de la biblio-
thèque Sainte-Gene^•iève et celle du texte français attribué par
M. Viollet à Geoffroi de Beaulieu, que je puis citer ici un
exemple frappant de la confusion involontaire qui s'est établie
dans l'esprit de mon savant adversaire. Il s'est lui-même occupé
spécialement de ce passage, afin de montrer que là comme ailleurs
le texte de l'enquête était préférable aux textes abrégés. Mais ce
qui le préoccupait uniquement c'était de signaler, dans la seconde
partie de la phrase dont je citais tout à l'heure le commencement,
une omission qui est en effet commune à tous les textes abrégés.
Or il est parfaitement exact que cette pensée de saint Louis, qui
complète sa doctrine sur les épreuves, debes pensare quod
bene me?misii, et hoc et plus si ipse vellet, n'est pas complè-
tement reproduite dans les textes abrégés, où l'on ne retrouve
pas l'équivalent des mots et hoc et ^jIus si ipse vellet. Mais ce
qui est tout à fait inexact c'est que tous les textes abrégés soient
ici conçus dans les mêmes termes. Cependant M. Viollet s'est
tellement persuadé à lui-même cette prétendue identité que son
erreur, devenue pour lui un argument, l'entraîne à tromper,
bien involontairement, ses lecteurs; car il cite de bonne foi,
comme étant commune à tous ces textes, une leçon qui n'est ni celle
de Geoffroi de Beaulieu, ni celle de Guillaume de Nangis, ni celle
de Juin\ille, ni celle du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene-
399
viève^ Voilà pourquoi il ne s'est pas aperçu que le conseil de
l'action de grâces est exprimé dans le manuscrit de la bibliothèque
Sainte-Geneviève, et qu'assurément le texte de ce manuscrit ne
peut dériver de l'abrégé français de Geoffroi de Beaulieu, où le
même conseil ne se trouve pas.
Mais ce n'est pas seulement en cette occasion que M. Yiollet
se persuade qu'il a comparé entre eux les textes abrégés, quoique
presque toujours il les ait seulement comparés au texte plus
développé de l'enquête. Sur dix passages où il signale la supé-
riorité du texte développé, il n'y en a que deux où il parle
du manuscrit de la bibliothèque Sainte - Geneviève, et c'est
pour constater que ce manuscrit diffère de l'abrégé de Geof-
Iroi de Beaulieu, d'une part, en parlant plus exactement de
la fuite du péché, de l'autre en ne parlant pas de la médisance. Il
avait certainement perdu de vue ce manuscrit lorsqu'il reprochait
aux textes abrégés de n'être pas complets sur le conseil de se
recueillir au moment de la consécration, parce qu'Os omettent et
une 2^iece devant. Il est bien vrai que plusieurs textes abrégés,
au nombre desquels est celui de Geoffroi de Beaulieu, ont pour
caractère commun d'omettre ces mots tout en exprimant d'ailleurs
le conseil à peu près dans les mêmes termes. Est-ce aussi le carac-
tère du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève? non, car
il omet le conseil tout entier. Ailleurs, M. VioUet fait observer
que dans le texte de l'enquête, saint Louis dit expressément avoir
recueilli de la bouche d'un témoin une parole de Philippe-
Auguste. « Ce détail, dit M. Viollet, est caractéristique et
» tout à fait personnel ; le bon roi, avant de raconter l'anecdote,
» cite son auteur: et y est oit cil qui la me recorda. » Je
reconnaîtrai volontiers que le besoin d'abréger a fait supprimer
ce trait dans le texte de Geoffroi de Beaulieu et dans les textes
qui en dérivent; mais je dirai que, là encore, le manuscrit de la
Bibliothèque Sainte-Geneviève devait être mis à part, puisque,
au lieu de supprimer le trait caractéristique, il omet l'anecdote
tout entière. Voici un grief d'une autre nature : dans le texte de
1. Ce qu'il cite en cet endroit, c'est une traduction faite par Jean de Vignay
sur le texte latin que Primat avait emprunté à Geoffroi de Beaulieu. On a dû
faire plusieurs traductions de cet abrégé latin; M. Paul Meyer en a trouvé une
à Londres (Harl. 2253, fol. 128 V). 1] faut se garder de confondre de telles
traductions avec les abrégés français dont je parle ici, lesquels dérivent immé-
diatement du texte original.
400
l'enquête, saint Louis dit à son iils, « je t'enseigne que tu aimes
» ta mère et lionoures.» Le tort des textes abi'éfjés,selonM.Viol-
let, serait ici d'avoir inlrodiiit une addition maladroite: « A ton
» jif^'c et à ta mère dois tu lioneur et révérence porter. » J'exami-
nerai plus tard si les mots à ton père sont une addition qu'il
faille en effet proscrire; mais il est manifeste dès à présent que
le reproche n'atteint pas le manuscrit de la bibliothèque Sainte-
Geneviève où le conseil tout entier est omis. J'aurai aussi à
examiner si la pensée de saint Louis a été dénaturée dans les
textes abrégés où l'espérance d'obtenir de plus grands bienfaits
est présentée comme un motif pour remercier Dieu de ceux qu'on
a déjà reçus. Je me borne à dire maintenant que cette opinion,
inacceptable aux yeux de M. Viollet, n'existe pas dans le manus-
crit de la bibliothèque Sainte-Geneviève où la phrase entière est
encore omise. Assurément ce manuscrit n'en est que plus défec-
tueux dans les passages que je viens de signaler, mais il l'est
d'une autre manière, et l'étendue seule des lacunes oblige à ne
pas le confondre avec les autres textes abrégés.
Je passe à la dixième et dernière comparaison que M. Viollet
a établie entre le texte de l'enquête et les textes abrégés. Là, plus
que partout ailleurs, il a perdu de vue le manuscrit de la biblio-
tlièque Sainte-Geneviève, puisqu'il n'a pas signalé ces mots, tien
en grant viltéjuis, qui manquent non-seulement dans l'abrégé
de Geoffroi de Beaulieu, mais dans le texte même de l'enquête.
Entre les dix passages que M. Viollet a examinés, celui-ci est le
septième où le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève
diffère des autres abrégés. J'en ai dit assez pour montrer que,
de cet examen une seule conclusion pouvait être légitimement
tirée, à savoir que le texte de l'enquête est le plus complet de
tous. Mais quand M. Viollet affirme la commune origine des
textes abrégés, quand il annonce que si une nuance de la pensée
manque dans l'un de ces textes, on peut à l'avance être certain
qu'elle manquera dans tous les autres, il affirme ce qu'il n'a pas
suffisamment vérifié, il annonce ce que doit démentir uli examen
plus complet que le sien. En effet, il est constant que l'abrégé de
Geoffroi de Beaulieu altère la pensée de saint Louis sur le péché,
qu'il obscurcit ou supprime le conseil de l'action de grâces dans
les épreuves, qu'il ne dit rien de la politiqu(î à observer avec les
Juifs, tandis que le texte contenu dans le manuscrit de la biblio-
thèque Sainte-Geneviève est sur tous ces points plus net ou plus
404
complet. D'un autre côté il est également constant que, dans
plusieurs occasions, le même manuscrit omet des phrases tout
entières, alors que l'abrégé de Geoffroi de Beaulieu, et les textes
qui lui ressemblent habituellement, reproduisent ces phrases
moins un certain nombre de mots déterminés. Donc c'est à ces
textes-là seulement qu'on peut assigner pour origine l'abrégé de
Geoffroi de Beaulieu. Quant au texte du manuscrit de la bibliothèque
Sainte-Geneviève, qui omet si souvent ce que l'autre contient, et
qui parfois est plus exact, plus clair ou plus complet, il dérive
nécessairement d'une source toute différente.
Ce fait, une fois constaté, la thèse de M. VioUet n'est plus
facile à défendre. Il opposait aux passages contestés l'accord de
tous les manuscrits qui pouvaient constituer une famille distincte;
mais cet accord n'existe plus du moment où le manuscrit de la
bibliothèque Sainte-Geneviève, rattaché à sa filiation véritable,
reprend pai" cela même l'autorité qui lui est propre.
Il est temps maintenant de s'occuper du texte des Enseigne-
ments que Joinville a inséré dans son livre. Comme il reproduit,
sauf un petit nombre de variantes, l'abrégé de Geofi'roi de Beaulieu,
et que d'un autre côté il y ajoute les passages dont l'équivalent
existe dans le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, il
dérive évidemment de l'une et de l'autre source. Mais ce n'est pas
Joinville qui a directement puisé à ces deux sources distinctes ;
c'est l'auteur de l'ouvi'age en langue vulgaire ou du romant
auquel il a emprunté le complément de ses propres récits. M. Viol-
let n'est pas d'avis que ce romant pût être, comme je l'ai conjec-
turé, une ancienne Chronique de Saint-Denis. Il demande ^ s'il est
possible d'admettre que l'on conservât dans l'abbaye de Saint-
Denis un quatrième texte des instructions de saint Louis à son
fils, texte duquel dériveraient celui de Joinville et celui du
manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, ÎNIais cette hypo-
thèse, qui n'a d'ailleurs selon moi, rien d'invraisemblable, n'est
pas nécessaire pour expliquer la composition du texte des
Enseignements inséré dans le livre de Joinville. J'accorderai
volontiers que la combinaison de l'abrégé de Geoffroi de Beaidieu
avec les éléments propres au manuscrit de la bibliothèque Sainte-
Geneviève, s'est faite en dehors de l'abbaje de Saint-Denis. Ce qui
importe c'est que ces éléments ont une source autre que l'abrégé
1. Page 147.
'.02
de Geoffroi de Jteaulieu, et qu'une simple collation a «ulli pour les
introduire dans le texte que Joinville nous a l'ait connaître.
Si je fais cette concession à M. "^'iollet, c'est pour poser la
question dans ses termes les plus simples. Je persiste à croire que
le romant dont parle Joinville est une des anciennes rédactions
des Chroniques de Saint-Denis, parce que je retrouve dans ces
anciennes rédactions tout ce qu'il peut avoir emprunté à ce
romant ; mais il est inutile de compliquer la question spéciale de
l'authenticité du texte des Enseignements de saint Louis, en y
mêlant la question beaucoup plus complexe de l'origine et de
l'accroissement successif des Chroniques de Saint-Denise J'ai
prouvé qu'un exemplaire ancien de ces Chroniques, le manuscrit
de la bibliothèque Sainte-Geneviève, qui contient les passages
controversés, dérive d'une autre source que l'abrégé de Geoffroi
de Beaulieu. Ces passages, dont l'équivalent, combiné avec
l'abrégé de Geofiroi, se retrouve dans le liATC de Joinville, sont-
ils authentiques? Telle est la véritable question qu'il faut résoudre.
Peu importe que nous ne sachions point par quelle voie ils ont
pu pénétrer dans le texte de Joinville, si nous pouvons acquérir
la certitude qu'ils font réellement partie des Enseignements
adressés par saint Louis à son fils.
M. Yiollet a pris soin de réunir tous ces passages; mais il s'est
borné à citer tantôt le texte de Joinville, tantôt celui du manu-
scrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève : il m'a paru préférable de
placer en regard l'une et l'autre leçon.
1. Le p. Gros reconnaît que ce romoni se coniposail en partie d'extraits des
Annales de Guillaume de Nangis, des Chroniques de Saint-Denis et dune
traduction de l'œuvre latine de GeolTroi de Beaulieu ; il affirme qu'il s'y trou-
vait en outre certains autres faits qui n'ont pas la même valeur historique
parce qu'ils sont étrangers à ces trois sources, ce qui ne l'empêche pas de se
demander si jamais cette compilation française, qu'il dit ne plus exister, exista
sous cette forme (p. xxvii de l'introduction). Je ne comprends pas comment on
peut tout à la fois connaître les élémenl-s d'une compilation, en ignorer la forme
et savoir qu'elle n'existe plus.
403
TEXTE DE JOIINVILLE.
Maintien les bones coustumes
de ton royaume, et les mauvaises
abaisse.
Ne couvoite pas sus ton peuple,
ne ne le charge pas de toute ne
de taille, se ce n'est pour ta grant
nécessité.
Garde que tu aies en ta com-
paignie preudomes et loiaus qui
ne soient pas plein de convoitise,
soient religieus soient séculier.
A ce dois mettre l'enlente com-
ment tes gens et li sougiet vivent
en pais et en droiture desouz toy;
meismement les bones villes et
les coustumes de ton royaume
garde en Testât et en la franchise
où ti devancier les ont gardées ;
et se il y a aucune chose à amen-
der, si l'amende et adresce, et
les tien en faveur et en amour.
Car par la force et par les riches-
ces des grosses villes, douteront
li privé et li estrange de mes-
penre envers toy, especialment ti
per et ti baron.
MAÎSDSCRIT DE LA BIBLIOTHEQUE
SAi:STE-GENEVIÈVE.
Fai les bonnes coustumes gar-
der de ton reamme, les mau-
vaises abesse.
Ne couvoite pas seur ton pue-
pie toutes ne tailles, se ce n'est
pour trop grant besoing.
Garde que cil de ton hostel
soient preudomme et loiaus, et
te souviegne de l'Escripture qui
dit : a Elige viros timentes Deum,
» in quibus sit justicia et qui
» oderint avariciam; » c'est-à-
dire : « Aime gent qui doutent
» Dieu, et qui font droite justice
» et qui béent convoitise; « et tu
profiteras et gouverneras bien ton
reamme.
A ce dois tu mètre t'en tente
comment tes genz et ton pueple
puissent vivre en pais et en droi-
ture, meesmement les bonnes
villes et les bonnes citez de ton
reamme; et les garde en Testât
et en la franchise où tes devan-
ciers les ont gardez. Quar par la
force de tes bonnes citez et de
tes bonnes villes douteront li
puissant homme à mesprendre
envers toy. Il me souvient
bien de Paris et des bonnes
villes de mon reamme qui
me aidierent contre les barons
quant je fui nouvellement cou-
ronné.
404
.l'intervertirai l'ordre de ces passages pour m'occuper d'al)ord
d'une petite incise ajoutée dans le texte de JoinviUe à l'abrégé de
Geoffroi de Beaulieu : je veux parler des mois cfui ne soient pas
plein de convoitise. Assurément ils ne changent rien au sens
de la phrase où saint Louis recommande à son fils de faire sa
compagnie des gens de bien. Ont-ils disparu de l'abrégé de
Geoffroi de Beaulieu pai" l'inadvertance d'un copiste, comme le
précepte concernant la dévotion à l'Eglise et au pape? Ou bien
faut-il y voir une do ces gloses qu'un lecteur ajoute à la marge,
et qui pénètrent ensuite dans le texte parce qu'on les a prises
pour un renvoi? Peu importe, puisque le sens reste le même, et
qu'on ne peut soupçonner de fraude quand on n'aperçoit pas de
motif qui ait pu entraîner à la commettre. Seulement je dfjis faire
observer qu'ici encore ce n'est pas seulement l'incise, c'est la
phrase entière qui manque dans le manuscrit de la bibliothèque
Sainte-Geneviève. En effet l'avis qu'on y trouve relativement au
choix des gens de l'iiôtel ne doit pas se confondre avec celui dont
je viens de parler. Dans l'un il s'agit des relations intimes du roi,
dans l'autre de l'administration de sa maison. Il est vrai qu'il est
question de prudliommes dans l'un et dans l'autre; mais ce
n'est pas là un double emploi. Ce mot revient souvent dans le
texte des Enseignements : qu'il s'agisse de choisir un confesseur,
de confier ses peines ou de prendre conseil pour la coUation des
bénéfices, c'est toujours à des prud'hommes qu'il faut s'adresser.
Ce titre de prud'homme, saint Louis le préférait à tout : « Car
» preudom est si grans chose, disait-il, et si bone chose, que
» neis au nommer, emplist il la bouclie'. » On trouvera donc
tout naturel qu'il ait écrit souvent un mot qu'il aimait tant à
prononcer.
Mais ce n'est pas seulement l'emploi de ce mot qu'il s'agit de
justifier, c'est le passage tout entier où il est question du choix
des gens de l'hôtel. M. VioUet le signale comme suspect parce
qu'il manque à la fois dans le texte de l'enquête et dans celui de
Geoffroi de Beaulieu ; mais cette raison n'a plus de valeur puisque
j'ai démontré que le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene-
viève a son autorité propre, et qu'au(;un lien de filiation ne le
rattache à un abrégé dont il diffère si souvent. Quel motif pour-
rait-on alléguer contre l'authenticité du passage dont je m'occupe?
1. Joinvillc, p. 2U DE.
405
Serait-ce le mélange rlu latin et du français? ÎMais c'est un signe
certain que le texte contenu dans ce manuscrit n'a pas subi
l'épreuve dangereuse d'une traduction. Dira-t-on que saint Louis
n'avait pas à parler du choix des gens de son hôtel dans la
première partie de ses Enseignements, puisque vers la fin il
recommande de les soumettre à des enquêtes? Je répondrai que
l'obligation de rendre grâces à Dieu pour ses bienfaits est expri-
mée jusqu'à trois fois dans le texte le plus étendu. Il n'y a donc
pas lieu de s'étonner qu'après avoir recommandé de choisir des
prud'hommes pour gens de son hôtel, il conseille plus loin de
faire examiner leur conduite par des enquêteurs. Cette pensée
d'enquête se rapporte principalement aux baillis et ne se présente
qu'incidemment pour les gens de l'hôtel dans l'abrégé de Geofiroi
de Beaulieu : « Soies diligens d'avoir bons prevos et bons baillis,
» et enquier souvent de eus et de cens de ton ostel comment il se
» maintiennent. » Joinville y insiste un peu davantage en ajou-
tant : « et se il a en aus aucun vice de trop grant convoitise,
» ou de fauseté, ou de tricherie. » Mais c'est surtout dans le
manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève que cet article des
enquêtes à faire sur les gens de l'hôtel prend un certain dévelop-
pement : « De cens de ton ostel enquier plus souvent que de nul
» autre, s'ils sont trop convoiteus ou trop bobencier. Car selonc
» nature les menbres sont volen tiers de la manière du chief ; c'est
» à savoir quant li sires est sages et bien ordenez, tuit cil de son
» hostel i prennent exemple et en valent miex. »
Néanmoins M. Viollet n'allègue rien ni contre la courte
addition faite par Joinville au texte de Geoffroi de Beaulieu, ni
contre la rédaction assez étendue qui appartient en propre au
manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève. De son silence je
conclus qu'il n'a pas d'objection à faire contre ces modifications
de forme qui ne changent rien au fond de la pensée exprimée
dans l'abrégé de Geoffroi de Beaulieu. Il admet donc à la fois et
la pensée de soumettre les gens de l'hôtel à des enquêtes, et les
différentes manières dont cette pensée est exprimée. Mais
quand même il en serait autrement, quand même il aurait
oublié de faire ses réserves en faveur de la rédaction de
Geofi"roi de Beaulieu, je ne comprendrais pas pourquoi le pre-
mier passage, relatif au choix des gens de l'hôtel, serait suspect,
alors que celui où il s'agit d'une enquête est reçu comme authen-
tique. Puisque saint Louis a pu conseiller de choisir de bons
406
baillis et, de les faire examiner par des enquêteurs, pourquoi
n'aurait-il pas conseillé pour les gens de son hôtel les bons choix
tout aussi bien que les enquêtes? Il n'y a réellement rien ici qui
ressemble à une interpolation frauduleuse; mais ce que je signa-
lerai dans le passage non contesté de l'enquête à faire sur les
gens de l'hôtel, c'est une preuve de plus que le texte du manus-
crit de la bibliothèque Sainte-Geneviève n'a pas pour oi'igine
l'abrégé un peu sec de Geoffroi de Beaulieu.
J'arrive maintenant à deux passages qui se trouvent à la fois
dans ce manuscrit et dans Joinville : ils sont relatifs, l'un au
maintien des bonnes coutumes et à l'abaissement des mauvaises,
l'autre à l'abus des tailles. M. YioUet n'exprime aucune objection
contre ces deux phrases; s'il les condamne c'est uniquement
parce qu'elles sont étrangères à l'abrégé de Geoffroi de Beaulieu.
Mais le P. Gros n'hésite pas à déclarer qu'il v voit une interpo-
lation manifeste et d'ailleurs faite sans intelhgence^ parce qu'elle
interrompt la pensée de saint Louis et qu'elle est contraire à
l'histoire. Il a tort d'alléguer à cette occasion que les Enseigne-
ments sont méthodiquement divisés en deux parties bien
tranchées : si cela était, on n'}" verrait pas reparaître à trois
endroits difîerents les actions de grâces pour les bienfaits de Dieu.
Mais je lui reprocherai surtout d'accepter avec trop de confiance
le témoignage de l'anonyme de Saint-Denis (ou GiUes de Pon-
toise), qui exprimait le regret que le saint roi n'eût rien écrit pour
prévenir les tailles et autres exactions^. « Sans doute, continue le
» P. Gros, le chroniqueur dit ces mots, non à propos du testament,
» mais à propos des réformes de saint Louis après son retour de la
» croisade ; cependant comment douter qu'il n'eût tiré paiii d'un
» texte aussi formel, si le texte eût été connu à Saint-Denis?
» Plus d'un jugera que le regret du moine de Saint-Denis
» fut partagé par un copiste moins délicat que lui, et nous
» devons à ce copiste un conseil apocryphe de saint Louis à son
» fils. »
Qui le croirait? Ge texte formel que GiUes de Pontoise ignorait
et qu'il eût tant aimé à connaître, ce texte que le P. Gros ignore
aussi sans désirer peut-être autant qu'on lui en révèle l'existence,
il est parvenu jusqu'à nous, et l'on peut affirmer qu'il était connu
1. Lviii, noie 1.
î. Hist. de Fr.. l. xx. p. 56 B.
407
à l'abbaje de Saint-Denis plus que pai'tout ailleurs. Oui, ce texte
existe, et il n'a tenu qu'à Gilles de Pontoise comme au P. Gros
de le lire dans la Vie de saint Louis, par Guillaume de Nangis.
L'un et l'autre avaient cet ouvrage à leur disposition, et en
recourant au chapitre consacré aux réformes prescrites après le
retour de la croisade, ils auraient vu que saint Louis se préoccupa
dès lors de maintenir les bonnes coutimies et de proscrire les
tailles, puisque par ses ordres les baillis devaient faire serment de
garder « les us et les coutumes des lieus bonnes et esprouvées * ; »
et qu'il leur était défendu de grever le peuple « de nou vêles
» exactions, de tailles ei de coiistumes nouvelles^.» Assurément le
P. Gros se serait abstenu d'évoquer encore ici un de ces faus-
saires qu'il croit voir partout, occupés à fabriquer des textes, s'il
avait lu Gilles de Pontoise avec moins de confiance et Guillaume
de Nangis avec plus d'attention.
Le passage qui me reste ensuite à justifier est le seul, à vrai
dire, qui méritât d'être examiné de près. Alors même que saint
Louis n'aurait pas recommandé à son fils de préférer les honnêtes
gens pour les emplois de son hôtel, de faire garder les bonnes
coutumes du royaume et de ne pas lever de tailles sans grande
nécessité, on serait toujours certain que de telles maximes étaient
conformes à ses habitudes et à ses croyances. Il n'y avait donc
pas d'intérêt à les introduire par fraude dans ses Enseignements,
et ce serait aussi sans profit que la critique réussirait à les en
faire disparaître : elles y resteraient virtuellement comprises alors
même qu'elles n'y seraient pas exprimées. Au contraire on peut
se demander s'il y avait obligation pour saint Louis de recom-
mander particulièrement le maintien des bonnes villes dans l'état
et la franchise où ses devanciers les avaient gardées. Ne suffisait-
il pas qu'il eût dit d'une manière générale de garder les bonnes
coutmnes du roj'aume? En quoi était-il obligé de donner à son
fils le conseil de s'appujer sur la force des bonnes villes contre
les entreprises de la noblesse? Ge qui l'j^ obligeait, ce n'était
assurément point un scrupide de conscience ; je n'hésite pas du
moins, pour mon compte, à croire qu'une pensée toute politique a
dicté cette recommandation.
G'est bien ainsi que l'entend M. VioUet, quand il termine son
!. Hisl. dcFc, l. xx, p. o93 U.
2. Ib., p. 397 C.
408
travail en disant : « 11 importe que les historiens ne soient plus
> exposés à apercevoir tout le programme de la politique de saint
» Louis dans ces lignes, d'une haute portée, sans doute, mais
» quele pieux roi, tout concourt à l'indiquer, n'a jamais écrites.»
Du reste, M. Viollet n'apporte ici aucune raison particulière, et
il condamne ce passage comme il a condamné les autres, unique-
ment parce qu'on ne le trouve ni dans le texte développé des
Enseignements, ni dans l'ahrégé de Geoffroi de Beaulieu. Je n'ai
donc pas à revenir sur cet argument négatif auquel j'ai déjà
répondu ; mais il est nécessaire que je fasse connaître sommaire-
ment les objections du P. Gros. Sous saint Louis, dit-il, les
communes sollicitaient de la rojauté, non des franchises mais
une tutelle; en outre, M. Augustin Thierry affirme que les grandes
communes faisaient ombrage au saint roi, que ses ordonnances-
tendaient plutôt à limiter qu'à étendre ou à maintenir les privilèges
municipaux, et qu'il ne mettait pas sur la même ligne les privi-
lèges des communes et ceux des seigneurs, surtout des seigneurs
ecclésiastiques ^ .
Il faudrait une longue dissertation pour répondre à ces
assertions générales, et je me crois dispensé d'entrer dans cette
voie. Mais je puis demander comment les communes auraient eu
intérêt h solliciter la tutelle du roi, s'il eût montré qu'elles lui
faisaient ombrage, et qu'au lieu de maintenir leurs privilèges il
était disposé à les sacrifier à ceux des seigneurs. J'ajouterai que
saint Louis ne parle pas principalement des communes, mais des
bonnes villes, qui certainement ne pouvaient l'inquiéter. S'il est
vrai que Paris et les bonnes villes aidèrent saint Louis contre
les barons après son couronnement, ne voit-on pas qu'il en devait
conserver le souvenir, et recommander à son fils de se ménager
au besoin le même appui? A ce fait capital, qui suffirait à justifier
le passage controversé, j'en ajouterai deux autres que je trouve
constatés dans le Recueil des Historiens de France. En 1233, ce
fut avec l'appui de dix-neuf communes que le pouvoir royal
étouffa les troubles de Beauvais^. En 1248, ce fut dans les dons
des bonnes villes que saint Louis trouva une de ses grandes
ressources pour les dépenses de la croisade^. Ou je me trompe fort.
1. Page Lxin, note 1.
1. T. XXI, p. 607 .1.
3. Voy, la lubie du même volume, au mol Auxilia, p. 877.
409
ou les considérations générales qu'invoque le P. Gros ne peuvent
prévaloir contre l'autorité des trois faits importants que je viens
de rappeler.
Mais je veux supposer un instant que la question soit douteuse,
et que riijpotlièse d'une interpolation ne soit pas tout à fait
contraire aux données de l'histoire, je dis qu'elle pécherait contre
la vraisemblance. Si c'est un partisan des libertés communales qui
a inventé ce passage, il espérait apparemment en imposer à
Philippe-le-Bel ; car on ne peut guère assigner d'autre date à
cette prétendue fraude. Pour que cela fût possible, il eût fallu
que le texte original des Enseignements de saint Louis n'existât
plus; il eût fallu en outre qu'on n'en connût pas de copie qui pût
inspirer quelque confiance. Mais, n'avait-on pas, sans parler du
procès-verbal d'enquête, le Confesseur de la reine Marguerite et
le registre iVo5^er? Pouvait-on ignorer qu'un texte abrégé était
contenu dans la Vie de saint Louis par Geofiroi de lieaulieu et
dans celle de Guillaume de Nangis? Est-ce donc au lendemain de
la canonisation qu'on négligeait de lire des ouvrages entrepris
pour la préparer ou pour en perpétuer le souvenir? Voilà les
invraisemblances contre lesquelles on se heurte quand on suppose
qu'il a été possible de faire accepter au petit-fils de saint Louis un
texte falsifié des Enseignements de son aïeul. Que serait-ce donc
si je voulais pousser une telle hjpothèse jusqu'à ses dernières
conséquences? Ce texte falsifié, arrivant sous les yeux de Philippe-
le-Bel et de ses conseillers, aurait dû obtenir assez de crédit pour
l'emporter sur les traditions de la politique et les préjugés d'une
opinion reçue. Après avoir pratiqué pendant longtemps un
système de défiance qu'on croyait autorisé par l'exemple même
de saint Louis, il aurait fallu se démentir publiquement, changer
de politique et maintenir ou accroître des privilèges et des
franchises qu'on avait jusqu'alors travaillé à restreindre.
On dira peut-être que le faussaire n'a jamais eu de pareilles
prétentions, et qu'il a visé seulement à tromper le commun des
lecteurs. Je répondrai que dans ce cas il a bien mal concerté ses
mesures, et qu'a3'ant réussi à fabriquer de faux Enseignements
de saint Louis il n'a pas su leur procurer les avantages de la
publicité. En effet le livre de Joinville n'a pas été connu de son
temps ; il est resté enfoui chez l'auteur et dans quelque armoire
de Louis le Hutin. Ce qui avait la vogue parmi les lecteurs du
quatorzième siècle, c'était Guillaume de Nangis et certains exem-
440
plaires des Chroniques de Saint-Denis, qu'il ne faut pas confondre
avec l'exemplaii-e contenu dans le manuscrit de la bibliothèque
Sainte-Geneviève. Ce manuscrit, où les passages suspects ont
aussi pénétré, a été dédié à Philippe-le-Iiel, qui l'a reçu solennel-
lement des mains de Pi'imat, en présence de l'abbé de Saint-Denis
et de plusieurs grands personnages. Sans doute, la Vie de saint
Louis qui le termine est d'une main plus récente que le corps de
rou\ rage; mais au dernier feuillet de cette partie supplémentaire,
il y a une signature qui semble y avoir été apposée comme })our
en garantir l'autlienticité, et qui prouve en outre que depuis
l'origine, ce volume n'était pas sorti de la librairie des rois de
France. Cette signature est celle de Charles V. Il n'avait certai-
nement pas soupçonné la fraude qu'on nous signale aujourd'hui,
ce roi qui a précisément choisi ce manuscrit pour le faire trans-
crire, de préférence à tout autre, quand il a voulu constituer à
son usage un exemplaire authentique et complet des Cln^oniques
de Saint-Denise Ainsi donc ce ne serait pas pour tromper le
commun des lecteurs, ce serait bien pour en imposer à des rois de
France que le prétendu faussaire aurait travaillé ; car les versions
dont je soutiens l'authenticité nous sont parvenues par deux
manuscrits, dont l'un fut dédié à Philippe-le-Bel et l'autre à
Louis le Hutin.
De là on peut conclure avec une entière certitude que si le
texte des Enseignements de saint Louis avait pu subir des inter-
polations, ce n'eût pas été dans des manuscrits réservés à l'usage
personnel des rois de France et placés par cela même hors de
l'atteinte des faussaires. Pour qui eût voulu pratiquer une pareille
fraude, il eût été à la fois plus facile et plus profitable de la faire
pénétrer dans un de ces recueils d'anecdotes et de pièces détachées
qui se multipliaient dans le commerce parce qu'ils tentaient des
lecteurs nombreux et crédules. C'est ainsi qu'on a pu réussir à
répandre les prétendus Enseignements de saint Louis à sa fille,
la duchesse de Bourgogne. Si je rappelle cette pièce apocryphe,
c'est parce qu'elle est de nature à rassura' contre les tentatives
des faussaires du moyen-âge. Celui qui a fabriqué cette pièce n'a
pas craint de Jaire parler saint Louis déjà couronné dans le ciel.
Il n'y a pas moyen d'interpréter autrement ni le texte de cet
1. Cet exemplaire précieux est déposé à la Bibliothèque nationale sous le
u" 2813 du fonds français.
AU
opuscule, ni le titre équivoque et incorrect qu'a reproduit Gilles
Mallet, valet de chambre de Charles V, dans l'inventaire de la
librairie du Louvre. Au lieu de « Loys, çai en aire roj de France,»
il faut absolument rétablir la formule ça en arrière, qui s'em-
ployait pour désigner les défunts ^ La fraude était donc bien
grossière, et je ne prétends pas que tous les faussaires fussent
aussi maladroits; mais je n'exagère rien en disant que leur
habileté n'égalait pas leur audace. C'est donc en toute sécurité
que je propose de considérer comme autlientiques tous ces
passages mal à propos controversés, qui sont parftùtement d'ac-
cord avec le bon sens et avec l'histoire.
n reste néanmoins une difficulté à résoudre. Si les passages
controversés n'ont pas été interpolés dans le livre de Joinville et
dans le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, il faut en
conclure qu'ils ont été retranchés ou omis sciemment dans les
\ ersions les plus répandues des Enseignements de saint Louis.
Ce n'est pas, en effet, par suite d'une simple inadvertance que
ces passages manquent à la fois, dans le texte étendu de Gilles de
Pontoise et dans l'abrégé de Geoffroi de Beaulieu. Entre toutes
les hypothèses qui peuvent être imaginées pour expliquer ce fait, il
y en a eu une que j'écarte comme la plus invraisemblable de toutes,
c'est celle d'une suppression frauduleuse. De ce que les mêmes
lacunes existent dans l'un et l'autre texte, il faut conclure non
qu'il }' a eu un concert coupable pour mutiler les Enseignements
de saint Louis, mais qu'un même motif a empêché d'en reproduire
tous les détails alors qu'on était en instance pour obtenir la cano-
nisation. On peut supposer, par exemple, qu'au moment où l'on
demandait que Louis IX fût inscrit au catalogue des saints, il a
semblé superflu de citer comme preuves de sa sainteté des conseils
qui intéressaient moins directement la délicatesse de sa conscience
que la bonne administration de l'Etat. Le maintien des bonnes
coutmnes, l'abaissement des mauvaises, la modération des impôts,
le choix d'honnêtes serviteurs, sont assurément d'excellentes
pratiques, mais qui recommandent un roi à l'approbation de ses
1. Cette pièce existe à la fin du ms. fr. 4977, et la formule dont je parle y est
soudée en un seul mot, caienaries. J'en transcris le début : « Loys çai en ariés
» roys dou reaume de France, louquel auqunes fois faillir convient, orandroit
» por le mérite de la mort Ihesu Crit coronez ou reaume dou ciel, qui faillir ne
» puet, à satrèschiere lille Agnès duchesse de Borgoine salut, » etc.
4^2
sujets plutôt qu'à leur vénération. A plus forte raison ne devait-
on pas produire comme un titre à la canonisation de saint Louis,
son conseil relatif aux ménagements qu'il faut garder avec les
communes et les bonnes Ailles, pour y trouver au besoin un appui
contre la noblesse. Ici le saint disparaît entièrement pour faire
place au roi, et c'eût été manquer aux lois do la plus vulgaire
prudence que d'ébruiter les secrets (l'une telle politique. Il ne faut
donc pas s'étonner que ce dernier conseil, en particidier, ait été
soustrait à la publicité de l'enquête, et que les manuscrits où il
fut consigné soient précisément ceux qui devaient rester inconnus
à la plupart des lecteurs.
Les deux vérités principales que j'espère avoir démontrées
peuvent se résumer en peu de mots. La première, qui était à mon
sens la plus importante et la plus facile à établir, c'est que le livre
de Joinville, à part des modifications d'orthographe et dos erreurs
de copistes que la collation des manuscrits fait disparaître, nous
est parvenu tel qu'il était dans le manuscrit original de l'auteur,
en sorte que le texte des Enseignements de saint Louis contenu
dans ce livre est celui-là même que JoinviUe avait accepté pour le
joindre à ses propres récits. Je dis que cette vérité était facile à
établir parce qu'elle repose sur une base inattaquable, qui est
l'identité des deux familles de manuscrits que nous possédons,
l'une dérivant immédiatement de l'exemplaire dédié à Louis le
Hutin, l'autre de celui que l'immortel historien de saint Louis
s'était réservé, où il avait fait représenter dans de belles miniatures
les grandes prouesses du roi qu'il regrettait, du saint qu'il avait
glorifié par son témoignage, avant de l'invoquer publiquement
dans ses prières. Mais autant il était fecile de rendre cette vérité
claire jusqu'à l'évidence, autant il y avait d'importance à le faire,
puisque ce n'était pas seulement quelques phrases des Enseigne-
ments de saint Louis qui étaient en cause, c'était le livre entier
de JoinviUe dont on prétendait ruiner l'authenticité ; on voulait
faire brèche pour se rendre maître du corps de la place. Tel était
le but réel de cette première attaque. Mon but à moi, en la repous-
sant, a été de maintenir intact le plus beau monument qui ait été
élevé à la mémoire de saint Louis. J'ai montré que ce chef-d'œuvre
de bon sens et de bonne foi est le plus authentique des livres et
qu'il appartient tout entier à Joinville. Donc s'il se rencontre
dans ce livre des récits qui gênent ou contredisent certain
système historique, il faut les réfuter comme des erreurs si on
443
peut, mais on tentera en vain de les discréditer comme des
fraudes.
La seconde vérité se rapporte uniquement aux passages contro-
versés des Enseignements de saint Louis. J'ai montré, contraire-
ment à l'opinion de M. Alollet, que le texte abrégé contenu dans
le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève dérive nécessai-
rement d'une autre source que l'abrégé français de Geofîroi de
Beaulieu. En rendant à ce manuscrit sa filiation distincte et son
autorité propre, j'ai pu écarter la fin de non-recevoir dont mon
savant adversaire se prévalait, avant tout examen, pour rejeter
ce qui n'appai^tenait ni au texte de l'enquête, ni à l'abrégé finançais
de Geoffroi de Beaulieu. L'origine de ces passages une fois expli-
quée, j'ai fait voir, qu'au fond ils ne soulèvent aucune objection
sérieuse, puisqu'ils sont d'accord avec les sentiments de saint Louis,
et que l'histoire justifie pleinement celui qui a seul une importance
réeUe. J'ai dit enfin, pour compléter ma démonstration, qu'au-
tant il était invraisemblable de supposer une fraude atteignant
sans profit des manuscrits conservés dans la librairie des rois de
France, autant il était facile de comprendre qu'on n'eût pas livré
à la publicité de l'enquête un conseil secret de politique, ou des
règles de bonne administration qui étaient les moindres titres de
saint Louis à la vénération des fidèles.
Il me restait ensuite à réunir et à combiner tous les éléments
qui appartiennent aux Enseignements de saint Louis, pour en
composer un texte plus complet ; je devais essayer en même temps
de le rendre plus correct, et surtout d'y faire entrer toutes les
expressions originales que les traductions laissent encore aperce-
voir ou que les abréviateurs ont pu conserver. Je vais exposer en
peu de mots la méthode que j'ai suivie pour atteindre ce double
but.
Le texte le plus important est, sans contredit, comme l'a
parfaitement démontré M. Yiollet, le texte de l'enquête qui n'est
reproduit nulle part plus fidèlement que dans la chronique latine
de Gilles de Pontoise. Pour en avoir une copie exacte; il faut
collationner l'édition du vingtième volume des Historiens de
France (p. 47 à 50) avec le manuscrit latin 13836, qui fournit
un petit nombre d'additions et de corrections. Il faut en outre
combler entre crochets de courtes lacunes dont le sens et l'étendue
sont déterminés par la traduction du Confesseur de la reine Mar-
guerite ou par celle du registre Noster. Après cette opération
28
AU,
préliminaire, on a sous les veux un cadre suffisamment exact, à
ï'aitle duquel on peut déterminer avec certitude la place respective
des fragments dont l'tixistence n'est attestée que par certains
textes abrégés. Il était convenable que ce texte latin, dont per-
sonne ne conteste l'authenticité, lut placé en regard du texte
restitué, afin que le lecteur pût lacilement constater en quoi l'un
diffère de l'autre. Pour faciliter toute espèce de contrôle et de
critique, j'ai divisé ce document en trente-six paragraphes : ceux
qui portent les numéros 10, 12 et 21 correspondent aux passages
controversés. On trouvera dans les paragraphes 19, 20, 28, 30
et 32 d'autres additions, qui n'ont pas été contestées, mais qui
auraient pu l'être presque toutes, en ce sens qu'elles manquent
dans le texte de l'enquête et cians l'abrégé français de Geoffroi de
Beaulieu.
(Ju'il me soit permis de présenter ici une observation qui peut
venir à l'appui de l'opinion que j'ai défendue, et justifier aussi le
résultat auquel conduit ce travail de restitution. Si l'on examine
le paragraphe 19 du texte restitué, on y distinguera, parmi
des éléments communs à tous les textes, d'autres éléments qui
appartiennent ou au seul texte de l'enquête, ou aux textes
abrégés à l'exclusion de celui-là, ou enfin au seul manuscrit de
la bibliothèque Sainte-Geneviève. Or tous ces éléments se
combinent avec tant de facilité, qu'on doit les croire rétablis
chacun à la place qu'ils avaient dans le texte original. On verra
aussi au paragraphe 20 qu'une phrase omise dans le texte de
l'enquête vient s'y raccorder sans le moindre effort, et qu'elle se
rattache si étroitement à ce qui précède comme à ce qui suit,
qu'on ne peut hésiter à y reconnaître un fragment authentique du
texte original. En vérifiant ainsi comment les emprunts faits au
manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève ou à d'autres textes
abrégés viennent s'incorporer au texte de l'enquête, on acquerra
la certitude qu'un arrangement si simple et si satisfaisant ne peut
être le résultat d'une combinaison factice et arbitraire.
S'il était possible de reconstituer le fond des Enseignements
de saint Louis, pouvait-on aussi en retrouver la forme? Une
chose était possible, je crois, c'était d'observer dans le texte
restitué les règles consacrées par le bon usage du treizième siècle.
Il serait certainement contraire à la vérité historique de faire par-
ler un langage incorrect à un roi qu'une excellente éducation avait
mis en état de lire le latin, et de le traduire au besoin pour ceux
445
qui ne le comprenaient pas*. On peut être certain que saint Louis
était capable de pailler et d'écrire sa langue aussi bien que le
plus habile clerc de sa chancellerie; la seule orthographe qui
soit digne de lui est donc celle des meilleurs textes de son temps.
Mais ce qu'il importe surtout de connaître, ce n'est pas son
orthographe, c'est sa langue, ce sont les expressions qu'il
employait, c'est le mouvement qu'il imprimait à ses phrases pour
mieux rendre sa pensée. Rien de tout cela ne se retrouverait par
l'imitation; on peut examiner seulement s'il n'en subsiste pas
quelques débris, et travailler pieusement à les recueillir et à les
rapprocher.
Il est évident que le texte latin de l'enquête ne peut être ici d'un
grand secours, à cause dts sj'nonymes et des périphrases auxquels
les traducteurs sont trop souvent obligés de recourir. Il n'est pas
impossible sans doute que la phrase latine soit quelquefois un
calque à peu près fidèle de la phrase française ; mais ce qui est
probable, c'est que la plupart du temps elle a dû l'altérer ou dans
ses détails ou dans son ensemble, et surtout dans ce qui tient le
plus au génie de notre langue.
Quant aux deux textes français de l'enquête, il faut s'en défier
bien davantage encore, parce que ce sont des traductions de la
traduction latine. J'ai déjà dit que M. VioUet incline à croire
qu'il en est ainsi pour le texte du Confesseur, mais que le texte
de la Chambre des comptes, au contraire, lui paraît se rappro-
cher davantage de l'original, et que néanmoins il le trouve en
certains cas inférieur au premier^. Je me suis contenté de faire
observer, dans la première partie de mon mémoire, que cette
supériorité alternative d'un texte sur l'autre prouvait assez que
ni l'un ni l'autre ne pouvait être le texte original. H eût été hors
de propos d'insister davantage sur une question qui n'avait qu'un
rapport indirect avec l'authenticité des passages controversés. J'y
dois revenir maintenant qu'il s'agit de déterminer les moyens qui
nous restent de ramener, au moins en partie, les Enseignements
de saint Louis à leur forme originale. M. VioUet l'a essayé depuis
la publication de son savant article : il a inséré un texte restitué
des Enseignements dans un volume plein d'intérêt où il a réuni
« les prières ou plus généralement les pensées inspirées par le
1. Hist. de Fr. xx, 15 B, C, D.
2. P. 143 et I'i5.
4J6
» sentiment religieux aux membres des trois grandes familles
» qui ont régné sur la France'. » Je vais montrer que ce texte
restitué par lui est une preuve de plus que je puis invoquer en
faveur de mon opinion.
Une seule citation me suffira pour Lien faire comprendre ma
pensée. Entre beaucoup d'autres exemples que je pourrais invo-
quer, je prends le paragraphe 13, dont le texte latin est ainsi
conçu :
Care fili, habeas tecura societatem bonarum gentium, sive
religiosorum, sive secularium, et vita societatem pravorum ; et
habeas libenter bona parlamenta cum bonis. Et ausculta libenter
loqui de Domino in sermonibus et private. Procura libenter
indulgentias.
M. Viollet, qui n'admet pas que les textes abrégés puissent
entrer en comparaison avec le texte de l'enquête, ne pouvait
choisir qu'entre la leçon du registre Noster et celle du Confes-
seur. Je les place en regard l'une de l'autre, en indiquant par des
caractères italiques ce qu'il y a de particulier à chaque leçon.
REG. NOSTER. CONFESSEUR.
Chier fdz, ajes volontiers la Chier fiuz, aies avecques toi
compaignie rfe*- bonnes gens avec compaignie de bonnes genz, ou
toy, soient de religion, soient du de religieus^ ou de seculers, et
siècle^ et eschive la compagnie eschive la compaignie des malvés;
des mauvais; et aies volentiers et aies volentiers *as bons bons
bons parlemens «yec les bons. Et parlemenz. Et escoute volentiers
escoute volentiers parler de Nos- parler de Dieu en sermon et
fre Seigneur en sermons et en privéeînent.Et*procureYo\eni\ers
privé. Pourchace volentiers les pardons,
pardons.
Ce passage est un de ceux où M. Viollet a jugé la leçon du
Confesseur préférable à l'autre, excepté pour les mots as et j^^^o-
cure qui sont marqués d'un astérique. Je prétends que le choix
fait par lui exclut la pensée que la leçon du registre Noster soit
la leçon originale. Dans cette hypothèse, en effet, il ne de^^ait ni
supprimer dès le début l'adverbe volontiers, ni remplacer les
1. Familles royales de France, prières el fragments religieux recueillis par
M. Paul Viollcl. 1 vol. 8^ Paris, 1870.
417
mots soient de religion, soient du siècle par ou de religieus
ou de seciUiers ; encore moins devait-il substituer Dieu à Nostre
Segneur et 2jrivéeme7it à en prii'é. Plus ces changements sont
indifférents au fond et à la forme de la pensée, plus il devait se
les interdire, si tous les équivalents qu'il a sacrifiés appartenaient
réellement à la leçon originale. Or pour établir son texte restitué,
il a sans cesse usé de cette liberté, abandonnant tantôt une leçon,
tantôt l'autre, pour adopter des variantes qui n'intéressent en
rien le sens. De là résulte la preuve certaine que ni d'un côté ni
de l'autre il n'a reconnu la leçon originale.
Le passage même que je viens de citer contient une erreur qui
n'existerait ni dans l'une ni dans l'autre leçon si l'une et l'autre
ne l'avaient empruntée au texte latin. En efiet, selon Gilles de
Pontoise, saint Louis aurait conseillé à son fils d'entendre volon-
tiers parler de Dieu en sermons et en privé onprivéement, c'est-
à-dire dans des sermons publics et des conversations privées.
Mais il a déjà conseillé les conversations pieuses dans la phrase
précédente, habeas bona yarlamenta cum bonis; il était donc
inutile de répéter ce qu'il venait de dire en d'autres termes. La
véritable leçon nous est donnée dans l'abrégé latin de Geoffroi
de Beaulieu : « Audi libenter sermones tam in aperto quam in
» privato. » Dans l'abrégé français, qui n'est pas une traduction, la
même pensée est clairement indiquée : « Escoute volentiers les
» sermons et en apert et en privé. » Ce qui a jeté du louche dans
le texte de Gilles de Pontoise, c'est l'expression in sermonibus,
équivalent peu exact des mots en apert, qui étaient certainement
dans le texte original par opposition aux mots en privé. La
preuve en est fournie par la concordance parfaite de l'abrégé latin
de Geoffroi de Beaulieu et de son abrégé français, qui dérivent
immédiatement l'un et l'autre du texte original; c'est bien là qu'il
a emprunté, d'un côté in aj^erto, et de l'autre en ajjert. Quand
une fois on a constaté et rectifié l'erreur commise par Gilles de
Pontoise^ son texte n'a plus ni obscurité ni redite; mais comme
cette même erreur se retrouve et dans la leçon du Confesseur et
dans celle du registre Noster, on en doit conclure que ces leçons
ne dérivent pas du texte original, où le sens était différent, mais
qu'elles sont la traduction du texte altéré de Gilles de Pontoise.
Je citerai encore au paragraphe 29 une faute qui ne peut s'expli-
quer que par une erreur de traduction. Saint-Louis, en conseil-
lant d'apaiser les guerres, rappelle l'exemple de saint Martin,
4^8
qui, peu do temps avant de mourir, travailla à rétablir la paix
entre des clercs de son archevêché. La vie de saint Martin
apprend que ces clercs étaient ceux de Candes. Il est donc bien
certain que ces mots du texte latin, inter clericos qui erant in
suo archiepiscopatu, ne doivent pas s'entendre des clercs de
rarchevêché en général, mais de certains clercs seulement.
Littéralement le texte latin {inter clericos) se prête à une doid3le
interprétation ; et c'est précisément la mauvaise qui a été choisie
par le Confesseur comme par le traducteur du texte inséré dans le
registre iVb5^(?r ; tous deux ont mis entre les clers, là où le texte
original portait certainement entre clers, c'est-à-dire entre
certains clercs, et non entre tous les clercs de l'archevêché.
A ces deux exemples particuliers, j'ajouterai une observation
qui s'applique à l'ensemble de ces deux textes, et d'où l'on peut
conclure encore qu'ils ne sont l'un et l'autre qu'une traduction
de Gilles de Pontoise. On a vu qu'il existe entre ces deux leçons
des différences, et que M. Viollet a emprunté alternativement à
l'une et à l'autre les passages dont se compose son texte restitué.
Je dis que le nombre et la nature de ces différences ne permettent
pas de croire que ces deux leçons soient des copies du texte
original. Quand on voit dès les premières ligues des variantes telles
que autre j)er sonne et autrui, mile chose et riens, chose du
monde et nide chose, tu souferroies et tu te lairoies, de
bonyievolenté et debonnairement, rendre grâces et raercier,
on reconnaît aussitôt que de telles variantes, qui se comptent
par centaines, ne peuvent dériver d'un même texte, copié de
deux manières différentes, mais qu'elles appartiennent à deux
textes parfaitement distincts. D'un autre côté, il n'est pas non
plus possible que l'un de ces textes étant supposé l'original,
l'autre soit une traduction française de la traduction latine de ce
même texte original ; car en dehors des variantes dont je viens
de parler, il existe, en nombre bien plus considérable, des mots
complètement identiques. Or, on ne peut pas supposer qu'un- tra-
ducteur en second, opérant sur une traduction latine, "eût réussi
tant de fois à retrouver l'expression originale du texte français.
En un mot, il y a trop de variantes pour que l'on suppose que les
deux leçons soient des copies du texte original ; il y en a trop
peu pour que l'on considère l'une comme originale et l'autre
comme une traduction de traduction. On est donc toujours
ramené à la même conclusion, à savoir que le texte du Confesseur
449
et celui du registre Noster sont des traductions du texte latin de
l'enquête.
Je crois pouvoir affirmer qu'on ne connaît également que par
des traductions les Enseignements de saint Louis à sa fille
Isabelle. Je dois parler de ce document parce que, contenant
plusieurs phrases qui se retrouvent textuellement dans les Ensei-
gnements adressés à Philippe-le-Hardi, il pourrait fournir d'utiles
renseignements si nous en possédions le texte original. L'une des
leçons qui nous est parvenue est celle du Confesseur de la reine
Marguerite ; il avait certainement trouvé dans le procès- verbal
d'enquête une traduction latine des Enseignements à Isabelle,
comme il y avait trouvé celle des Enseignements à Philippe-le-
Hardi : sa leçon n'est donc qu'une version française de la traduc-
tion latine. M. Viollet incline à le croire, sans l'affirmer; mais
j'adopte comme une certitude ce qu'il considère seulement comme
une probabilité ^ La seconde leçon existe notamment dans les
manuscrits français 22921 et 25462; M. Viollet a choisi pour
son recueil le texte de ce dernier manuscrit, mais il en a fait
disparaître les formes picardes. Deux motifs principaux m'en-
gagent à croire que cette seconde leçon est une traduction du
texte latin que le Confesseur a traduit de son côté. Je répéterai
d'abord ici ce que j'ai dit de la double version française des
Enseignements de saint Louis à son fils, c'est qu'en comparant
la leçon des Enseignements à Isabelle adoptée par M. Viollet
avec ceUe du Confesseur, on arrive à se convaincre de deux
vérités également certaines : 1° les variantes sont de telle
nature qu'elles ne peuvent dériver d'un même texte copié de deux
manières différentes; 2° les mots identiques sont trop nombreux
pour que l'une des leçons étant supposée originale, l'autre ne soit
qu'une traduction de ti'aduction. La seconde raison que j'invoque
c'est que pour les phrases des Enseignements à Philippe-le-
Hardi qui se retrouvent dans les Enseignements à Isabelle, la
leçon du registre Noster et celle du ms. 25462 sont à peu près
identiques, en sorte que la première étant une traduction, comme
je l'ai démontré, l'autre ne peut pas être une leçon originale.
J'ai à rechercher maintenant quelles ressources les textes
abrégés des Enseignements à Philippe-le-Hardi peuvent offrir
pour la restitution du texte original.
1. Page 130.
Î20
A l'égard du texte latin qu'il a inséré dans son ouvrage,
Geoffroi de Beaulieu nous apprend lui-même qu'il a eu la copie
des Enseignements que saint Louis, avant sa dernière maladie,
avait écrits de sa propre main, en français, pour les laisser
comme une sorte de testament à son fils, et dans la personne de
son fils à ses autres enfants. C'est ce texte original que Geofii'oi
de Beaulieu a traduit de français en latin le mieux et le plus
brièvement qu'il a pu'. Cet abrégé représente en étendue la moitié
du texte latin de Gilles de Pontoise ; mais la réduction ne s'est pas
exercée d'une manière uniforme sur toutes les parties du texte :
tandis que le paragraphe 3, par exemple, a la même étendue dans
l'un et l'autre texte, le paragraphe 28, qui a dix lignes dans
Gilles de Pontoise, n'en a guère plus d'une dans Geoffroi de
Beaulieu. Il y a donc des passages pour lesquels cette dernière
traduction n'offre à peu près aucun secours ; il y en a d'autres où
elle en offre autant ou presque autant que la première, parce
qu'elle reproduit entièrement ou à peu près le texte original.
Au point de vue de la correction (je n'ose pas dire de l'élé-
gance), le latin de Geofiroi de Beaulieu est supérieur à celui de
l'enquête; mais cet avantage peut se changer en inconvénient. Il
y a au paragraphe 6 une expression qui doit appartenir au texte
original: à propos des prospérités dont il faut rendre grâces,
saint Louis ajoute qu'il faut se garder d'en tirer vanité; car
c'est, dit-il, guerroier Dieu de ses dons. Ces mots sont rendus
dans le latin de l'enquête par guerram Domino Nostro facere
ex donis suis, et dans l'abrégé de Geofiroi de Beaulieu par
Deum imjmgnare vel offendere ex donis suis. Le premier
texte a produit deux traductions : celle du Confesseur, faire
guerre à Nostre Seigneur j^our ses dons 77ieer/ies; celle du
registre Noster, guerroier Nostre Segneur de ses dons. Le
second texte latin, emprunté à Geoffroi de Beaulieu par Primat,
a produit la traduction de Jean de Vignay, courroucier Dieu
pour ses dons, traduction qui est la plus inexacte des trois,
parce que la périphrase impugnafe vel offendere a dénaturé
la forme et obscurci le sens de l'expression originale. Au
contraire les mots guerram facere, qui rappelaient en partie la
forme et qui rendaient exactement le sens, ont ramené le traduc-
teur du registre Noster au verbe guerroier, qui nous a été
1. Siciit melius cl breviiis polui. Ilist. de Fr. xx, 8 BC.
42^
aussi conservé dans l'abrégé français de Geoffroi de Beaulieu.
Je n'en dirai pas davantage sur son abrégé latin : ce qui pré-
cède suffit pour montrer dans quelle mesure et avec quelle pré-
caution il le faut consulter. Quant au texte français qui se trouve
dans la chronique de Primat, c'est bien, comme je le disais tout
à l'heure, une traduction de l'abrégé latin de Geoffroi de Beaulieu,
et non une des leçons qui dérivent de son abrégé français. Je ne
puis mieux le prouver qu'en choisissant quelques leçons de l'abrégé
latin pour les mettre en regard de l'abrégé français, qui en diffère,
et de la version de Jean de Vignay, qui en dérive évidemment.
Ces dernières citations sont placées après le texte latin et précé-
dées de la lettre \.
§ 14 « en quoi que ce soit. »
« in proximis. »
V. « ton prochain. »
§ 22 « il voloit miex lessier son droit aler. »
« melius volo pati. »
V. « je ayme mieux à souffrir. »
§ 35 « par tout le reaume de France. »
« per sauctas congregationes regni uostri. »
V. « par les saintes assemblées del royaume. »
Ici Jean de Vignay, tout en calquant sa traduction sur le texte
latin, a fait un contre-sens, parce que le mot congregationes
désigne des congrégations religieuses et non des assemblées. Un
autre contre-sens achèvera de prouver que Jean de Vignay n'a
fait qu'une traduction, et que cette traduction est parfois bien
mauvaise.
§ 19 « Quar ainsint le jugeront ti conseillier plus hardie-
» ment selonc droiture et selonc vérité. »
« Et sic illi qui sunt de concilio tuo citius stabunt pro
» justitia. »
V. <'^ Et ainsi les bons seront toujours de ton conseil pour
» ta droiture. »
En prouvant par les citations précédentes que la version de
Jean de Vignay est une traduction de l'abrégé latin de Geoffroi
de Beaulieu, et qu'elle ne dérive nullement de l'abrégé français
attribué au même auteur, j'ai montré en même temps que cet
abrégé français ne dérive pas de l'abrégé latin, mais qu'il a été
fait directement sur l'original. J'en pourrais apporter d'autres
preuves, et nombreuses et concluantes; mais j'aime mieux invo-
422
quer ropinion de M. Viollet qui, après avoir examiné ce texte
français et ceux qu'il y rattache, s'est demandé s'il fallait croire
qu'ils eussent été traduits sur le texte latin de l'auteur : « Je ne
» le pense pas, dit-il ^ Geofîroi de Beaulieu a pu faire deuxabré-
» gés, l'un en latin et l'autre en français : la présence d'un
» abrégé français à la suite de l'histoire latine de I^eaulieu
» vient fortifier cette supposition. 11 est d'ailleurs impossi])le
» de ne pas être frappé de l'originalité de style des textes abrégés
» français. On s'expliquerait difficilement qu'ils fussent le résul-
» tat d'une traduction . »
Je dois faire observer que le texte du manuscrit de la biblio-
thèque de Sainte-Geneviève est un de ceux où M. Viollet a
reconnu cette originalité de style, puisqu'il le comptait au nombre
des textes qui ont pour source commune l'abrégé français de
Geoffroi de Beaulieu ; mais j'ai prouvé que le texte de ce manus-
crit avait certainement une filiation distincte et une autorité qui
lui est propre. De là résulte, pour la restitution du texte des
Enseignements, cette conséquence, que l'abrégé français de Geofîroi
de Beaulieu et le texte du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene-
viève étant indépendants l'un de l'autre, représentent l'original
dans celles de leurs leçons qui sont identiques. Cette identité existe
aussi quelquefois entre un texte latin et un texte français nou
traduit, comme au paragraphe 13, par exemple, où la leçon iii
aperto concorde avec la leçon en a^^eré. Ce qui est plus ordinaire,
c'est delà constater entre l'abrégé français de Geofi'roi de Beau-
lieu et le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève : en pareil
cas il faut des motifs tout particuliers pour ne pas introduire dans
le texte restitué une expression dont l'emploi simultané dans
deux textes indépendants s'explique si naturellement par sa déri-
vation du texte original.
Il est évident au contraire que l'identité d'expression entre
deux traductions françaises, ou bien encore entre l'une ou l'autre
de ces traductions et la traduction latine d'où elles dérivent, n'est
pas un fait dont il faille tenir compte pour la restitution du texte.
Ce qui est à constater, ce sont les rapports entre textes qui se
rattachent immédiatement à l'original. Au paragraphe 13, par
exemple, cette expression de l'abrégé français, et souvent parle
à eus, m'a paru devoir être abandonnée, parce que j'ai trouvé
1. Page 143.
423
dans l'abrégé latin une leçon qui, dans la forme, a plus d'analogie
avec la leçon correspondante de Gilles de Pontoise. Si le verbe
parler eût été dans l'original, Geoffroi de Beaulieu se serait servi
sans doute du verbe loqui qu'il emploie ailleurs ; or il a préféré
mettre, habe fréquenter colloquium cum eis ; d'un autre
côté on lit dans le texte de l'enquête, habeas libenter bona
parlamenta cum bonis. Il semble que Geoffroi de Beaulieu
avait sous les yeux le mot parlejnent, qu'il aura préféré le
traduire par un équivalent de la bonne latinité {colloquium), et
que par conséquent, en mettant dans le texte restitué aie souvent
bons parlemenz à eus, on a plus de chance de se rapprocher
du texte original, qui aura été abrégé plutôt que littéralement
reproduit dans la leçon souvent parle à eus.
Il y a donc des cas dans lesquels la leçon des traductions
latines doit être préférée à celle des abrégés français, et comme les
sous-traductions françaises donnent presque toujours l'équivalent
de la leçon latine préférée, il en résulte que les sous-traductions
françaises entrent alors dans le texte restitué de préférence a
l'abrégé français. Mais il est bien entendu que de telles leçons
n'ont pas d'autorité directe, puisqu'elles ne peuvent être tirées
immédiatement de l'original. Du moment où il est prouvé que le
texte du registre Noster et celui du Confesseur sont des traduc-
tions, le texte original ne peut y être exactement reproduit que
dans les passages où, par une heureuse rencontre, le traducteur
est revenu de la traduction latme aux mots ou aux locutions que
cette traduction avait essayé de rendre.
Tels sont les principes que j'ai essaj^é de suivre dans la restitu-
tion du texte des Enseignements. En supposant que j'en eusse
fait une application toujours judicieuse, il resterait encore bien
des questions indécises. Mais un tel travail peut offrir quelque
utilité à ceux-mêmes qu'il ne satisfait pas, et ce motif suffira,
je l'espère, pour qu'ils en excusent les imperfections.
Natalis de Wailly.
ENSEIGNExMENTS DE SAINT LOUIS.
TEXTE DE L ENQDKTE. TEXTE RESTITUÉ.
^. Suo cai'o primogenito Phi- ■!• A son chier fil ainzné Phe-
lippo salulem et dilcclionem pa- lippe saliil cl amor clc perc 2.
Lernam.
2. Gare flli, quia ego desidero 2. Ghiers fiz, por ce que je
Lolo corde quod lu sis bene doc- désir de loi cuer que lu soies
lus in omnibus, penso quod libi bien enseigniez en loles choses,
aliquod documenlum faciam per je pens -^ à le faire quelque en-
1. J'auiai souvent à parler des difl'érenls lexles dos Enseignemciils : par Icxlc
de l'enquête., j'enlcnds, d'une manière générale, (-elui qui est représenté par le
le\le latin de Gilles de Poutoise, par la traduction du Confesseur, et par telle
<lu registre Noster. Par textes abrégés., j'entends, outre l'abrégé latin de
Geofl'roi de Beaulieu, l'abrégé français qu'on lui attribue, les textes qui eu
dérivent, el le texte du manuscrit de la bildiotlièque Sainte-Geneviève, qui
dérive d'une autre source. J'emploie en outre un certain nombre de cotes
particulières, dont l'indication suit :
H. Abrégé français de Geoflroi de IJeaulieu.
C. Texte de l'enquête traduit par le Confesseur.
D. Abrégé français contenu dans l'exemplaire des Chroniques de Saint-Denis
(Manuscrit de la bibliothèque de Sainte-Geneviève).
J. Abrégé français contenu dans Joinville.
M. Texte de l'enquête traduit dans le registre Nnster el publié par Moroau.
N. Abrégé français contenu dans Guillaume de Nangis.
P. Texte latin de l'enquête dans Gilles de Pontoise.
T. Texte de l'enquête traduit dans le registre Noster el publié [lar Theve-
neau.
Y. Texte traduit des Enseignements à Isabelle.
Ms. l. Leçon de l'abrégé français dans le ins. fr. 2546'2.
Ms. 2. Leçon de l'abrégé français dans le ms. fr. 22921.
Ms. 3. Texte de l'enquête, traduction dérivée de celle du registre Noster,
dans le ms. fr. 1136.
2. M T Y, amistié, au lieu de amor. Celte suscriplion, qui se termine dans
C au mol salut, manque dans le ms. 3, el dans les lexles abrégés. M. Yiollel
fait observer qu'elle semble incomplète, et qu'il faudrait suppléer au commen-
cemenl les mots « Louis, par la grâce de j)ieu, roi de France, » ou peut-être
« Louis de Poissy, » lilre que saint Louis [uenait de préférence dans sa cor-
respondance in lime.
3. C M T, je pense; Y el ms. i, f ai pensé.
425
hoc scriptum. Ego enim audivi
aliquociens Ledicentem quod plus
a me quam ab alio retineres.
3. Propterhoc, care fîli, doceo
te primo quod tu diligas Deum
ex toto corde tuo et de toto posse
tuo, quia sine hoc nuUus potest
quicquam valere.
4. Tu debes tibi cavere pro
posse tuo ab omnibus de quibus
credas quod ei debeant displi-
cere. Et specialiter debes habere
istam voluntatem quod tu non
faceres peccatum mortale pro ah-
qua re quae posset contingere, et
quod tu permitleres tibi an te
omnia membra scindi et auferri
seignement par cest escrit i. Car
je t'oï dire aucunes fois que de
moi plus que d'autre 2 tu reten-
roies ^.
3. Por ce, chiers fiz, la pre-
mière chose que je t'enseing si
est que lu metes tôt ton cuer
en Dieu amer de tôt ton pooir*;
car sans ce nus ne puet estre
sauvez ^ ne riens valoir.
4. Tu te dois garder à ton pooir
de totes choses que tu cuideras
qui li dolent desplaire. Et si dois
tu especialment avoir ceste volen-
té que tu ne feroies mortel pechié
por nule chose qui peust avenir 6,
et que tu te lairoies ançois toz les
membres trenchier, et devroies
sofrir tote manière de torment "^
t. Le ms. 3 ajoute à la fin de la première phrase, « selonc ce que père doit
» faire à son enfant. » La seconde phrase y est traduite peu exactement : « Et je
» croi que tu les orras entenlivement et retendras soigneusement et volentiers.»
2. Y, de pluisours autres, ce qui doit être une mauvaise traduction; la leçon
du texte original devait signifier d'aucun autre, et non de plusieurs autres.
3. Tout ce paragraphe manque dans les textes abrégés.
4. Y, « que vous amés Noslre Segneur de tout voslre cuer et de tout vostre
» pooir; » G M T et ms. 3, « que tu aimes Dieu de tout ton cuer et de tout ton
» pooir. » Comrue l'expression <> que tu mêles tout ton cuer en Dieu amer, » se
trouve dans tous les textes abrégés français, j'en conclus qu'elle doit être tiréç
de l'original ; ces textes omettent « de tout ton pooir. »
5. C'est la leçon de DJ; dans BN, ne se puet sauver; ces mots répondent au
texte latin de Geofl'roi de Beaulieu : « sine hoc non est salus. » Il semble que
cette pensée est plus précise que celle de Gilles de Pontoise, « nuUus potest
» quicquam valere, » traduite dans MTY par « nul ne puet riens valoir. » G,
nule chose au lieu de riens. Du reste, il m'a paru préférable de combiner les
deux leçons, comme dans le ms. 3, où on lit : « nul ne se puet sauver ne riens
» valoir. »
6. D, « garde toi de fere pechié; » B, « garde toi de fere chose qui à Dieu
» desplese; c'est mortel pechié. » J, c'est à savoir au lieu de c'est ; ms. 2, trop
outrageus au lieu de mortel.
7. MTY, « et la vie tolir par cruel martyre;» G, « et que l'en te tolist la vie,«
etc.; ms. 3, « et martirier et mourir cruelment. » J'emprunte aux textes abrégés
les mots (I devroies soufrir toute manière de tourment, » qui répondent dans le
texte latin de Geoflroi de Beaulieu à « omni génère martyrii cruciari. »
A26
crudeli martyrio vilam ({uam tu
scienter faccres morlale peccalum .
5. Si Dominus Noster mitlat
tibi aliquam persecutionem vel
infirmiLaLis vel aliam, lu debes
benivole susLinere, et debes ei
regratiari et scire bonas grates,
quia debes pensare quod ipse
facit hoc pro bono tuo ; et simi-
liter debes pensare quod bene
meruisti et hoc et plus, si ipse
vellet, eo quod parum eum di-
lexisti et parura ei servi visli, et
multa fecisti suœ contraria vo-
luntati.
6. Si Dominus Noster miltat
tibi aliquam prosperitatem, vel
corpereae sanitatis, vel aliam, tu
debes ei regratiari humiliter, et
debes cavere tibi quod ex hoc non
pejoreris nec per superbiam nec
per ahud vitium; hoc est enim
multum grande peccatum guer-
ram Domino Nostro facere ex
donisipsius.
que faire à ton escient mortel
pechié.
5. Se Nostre Sire t'envoie au-
cune persécution i ou de maladie
ou d'autre chose, tu la dois re-
cevoir en bone patience 2, et l'en
dois mercier et U en savoir bon
gré, car tu dois penser que il te
tornera tôt à ton preu '^ ; et sem-
blablement dois tu penser que tu
l'as bien deservi, et plus se il
vausist, parce que tu Tas pou
amé et pou servi, et as maintes
choses faites contre sa volenté.
6. Se Nostre Sire t'envoie au-
cune prospérité, ou de santé de
cors ou autre, si l'en dois mer-
cier humblement, et te dois
prendre garde que tu de ce n'em-
pires, ne par orgueil, ne par
autre manière ^ ; car c'est moût
grans péchiez de guerroier ^ Nos-
tre Signor de ses dons.
1. D, adversité ou aucun tonnent ; BJN, adversité seulement. Ce mot me
paraît tHre un équivalent, de même que tribulaiionem dans l'abrégé latin. Je
crois au contraire que la leçon persecutionem répond à l'expression originale;
le mot persécution se prenait dans le sens d'épreuve (Joinville, 116 f, 212 f,
222 6, 426 b).
2. C, de bonne volenté; MTY et ms. 3, debonairement ; j'emprunte en bone
patience à BDN. L'impératif reçoif (DJ) autorise à remplacer soufrir par rece-
voir.
3. Leçon de BJN et des rass. 1 et 2; elle répond dans l'abrégé latin aux mots
« quod ad bonum tuum proveniat. « CMT traduisent littéralement le latin de
Gilles de Pontoise, « que il le fait pour ton bien. »
4. Leçon de BJ et des mss. 1 et 2, répondant à l'abrégé latin, « sive quocum-
» ([ue alio modo. » C porte en cet endroit autre vice; MTY et ms. 3, autre mes-
prison; N omet « ne par orgueil, ne par autre manière, « et ajoule, comme BJ
et ms; 3, « de ce dont lu dois miex valoir; n le ms. 1 n'a pas celle addition, et
le ms. 2 en altère le sens (tu ne dois au lieu de tu dois). D omet tout ce qui
suit humblement.
5. Gverroier, traduction de guerram facere dans MTY, se trouve aussi dans
427
7. Gare fili, doceo te quod tu
assuescas confileri fréquenter, et
quod tu semper eligas taies con-
fessores qui sinlsanctse vitœ, suf-
ficientis litteraturœ, per quos
docearis quœ debes vitare et quse
debeas facere ; et habeas in te ta-
lemmodum quod confessores tui
et alii amici tui audeant docere
et reprehendere te audacter.
8. Gare fili, doceo te quod au-
dias libenter servitium ecclesiae
sanctse; et quando eris in eccle-
sia cave tibi ne muses nec vana
verba loquaris. Die in pace ora-
tiones tuas vel ore vel mente, et
specialiter sis magis in pace et
magis intentus quandiu corpus
Domini Nostri Jesu Ghristi pres-
sens erit in missa, et per spa-
tium temporis ante.
7. Ghiers fiz, je t'enseing que
tu t'acostumes à confesser so-
vent, et que tu élises toz jors tex
confessors qui soient preudome ^
et de soffisant letreure, qui te
sachent enseignier que tu dois
faire et de quoi tu te dois garder '^.
Tu te dois en tel manière avoir
et porter que ti confessor et ti
autre ami t'osent seurement re-
penre et mostrer tes defaus 3,
8. Ghiers fiz, je t'enseing que
le service de sainte église tu es-
coutes volentiers et dévotement *;
et tant que ^ tu seras ou mostier,
pren te garde de border et truf-
fer '', ne de regarder çà et là ' ;
mais pri Dieu ou de bouche ou
de cuer en pensant à li douce-
ment, et especialment à la messe,
à celé eure que la consécrations
est faite dou cors et dou sanc de
BJN et dans les mss. 1 et 2, comrae emprunt fait au texte original; l'abrégé
latin rend ce verbe par une paraphrase, impugnare vel offendere. Le ms. 3
change la tournure, quant l'en guerroie.
[. J'emprunte preudome aux textes abrégés, qui omettent de soufisant letreure;
dans l'abrégé latin, discretos et honestos.
Z. Les mêmes textes me fournissent les mots qui te sachent, etc., lesquels
s'accordent avec l'abrégé latin : « qui te sciant docere a quibus tibi sit caven-
» dum et qu« te facere sit necesse. » D omet la lin de la phrase.
3. J, « le osieut repenre de tes mesfaiz, » ce qui répond à l'abrégé latin « te
» secure reprehendere audeant. » CMTY et ms. 3 traduisent littéralement G. de
Pontoise : « osent hardiement enseignier et reprendre. » J'ai suivi pour cette
phrase la leçon de B.
4. Ces deux adverbes dérivent de l'abrégé lalin libenter et dévote; CMT et
ms. 3 ont seulement volentiers; B, doucement; DJN et ms. 1, dévotement; le
ms. 2 donne à la fois doucement et dévotement. D omet tout ce qui suit.
5. Tant que, à cause de quandiu dans l'abrégé latin.
6. J, sans truffer; N, sans border; B et ms. 1 et 2, sans bourder et truffer;
c'est ce qui est traduit dans les textes latins par ne vana loquaris; de là, dans
CMTY et dans le ms. 2, parler ou dire vaines paroles.
7. A la différence de BN et des mss. 1 et 2, J omet regarder çù et là, à quoi
répond dans l'abrégé latin, vage circumspicias ; ce qui est remplacé par muses
dans G. do Pontoise, et par muser dans CMTY comme dans le ms. 3.
428
9. Care fili, habeas cor pium
ad pauperes et ad omnes illos
quos credes habere miseriam cor-
dis vel corporis; et secundum
posse quod habebis, succurras
libenter eisdem vel confortatione
vel aliqua eleemosyna.
'II. Si habes aliquam Lurbatio-
nem cordis, siquidem sit lalis
quod Lu dicere eam possis, die
eam vel confessori tuo vel alii de
quo credes quod siL legaiis eo
Nostre Signor Jesu CrisL J, cL une
pièce devant 2.
9. Obiers fdz, lecueraiesdousel
pileus aus povres et à toz ceus
que tu Guideras avoir mesaise de
cuer ou de cors ^ ; et selonc ce
que tu porras ^ les conforte et
lor aide ^ d'aucune auraosne.
4 0. Maintien les bones cos-
tumes de ton royaume et les
mauvaises abaisse ^. Ne couvoite
pas sor ton pueple, ne ne le cbarge
pas de toutes ne de tailles '', se
ce n'est por trop grant besoing ^.
-II. Se lu as aucune mesaise
de cuer ^, qui soit tex que tu la
puisses direi'^, di la à ton confes-
sor ou à aucun preudome qui
sacbe garder ton sécrétai; si por-
1. J'adople ici la leçon commune à BN et aux mss. 1 et 2, en la complétant
pour les mots dou cors, etc. par Tabrégé latin : u Sed ora Dominura dévoie, sive
» ore, sive cordis medilalione; et specialiler amplius intendas devolioni in
» secreto missa; circa horam consecrationis corporis et sanguinis Doniini Noslri
» Jesu Ghrisli. » Les mots et mie pièce devant sont traduits du texte de G. de
Pontoise, qui ne peut d'ailleurs se combiner avec l'autre.
2. Le ms. 3 ajoute, « c'est assavoir quant le prestrea dit: Sanctus, Sanclus,
» Sanctus ; car alors il entre ou canon de la messe. »
3. Les mots el à toz, etc. manquent dans D; ils sont remplacés dans BN et
dans le ms. 2 par aus mesaisiés; dans le ms. 1 , par et à loi' mesaises; dans J,
par aus chietis et aus mesaisiés; l'abrégé latin porte ad pauperes, miseras et
afflictos : le texte de Gilles de Pontoise est plus précis.
i. D omet selonc ce que tu porras.
5. BD, etc. s'accordent pour les conforte et leur aide, sans ajouter d'aucune
aumosne.
6. D, « fai les bonnes coustumes garder de ton reamme. »
7. U, « ne couvoite pas scur ton peuple toutes ne tailles. » J'emprunte la
leçon de J en substituant ne le charge à ne te charge, et en mettant au pluriel,
comme dans D, les mots toutes et tailles.
8. J, H ta grant nécessité. » Ce paragraphe ne se trouve que dans DJ.
9. D, « aucune penssée pesant au cuer; » R, etc. mesaise de cuer.
10. Les mots qui soit etc. manquent dans les textes abrégés.
U. BN el les mss. 1 et 2 omettent qui sache, etc. J remplace ces mots par
« qui ne soit pas pleins de vainnes paroles. »
429
quod sciât te bene celare, ad hoc
ut eam portes magis in pace.
-13. Gare fili, habeas tecum
societatem bonarum gentium,
sive religiosorum, sive secula-
rium, et vita societatem pravo-
rum; et habeas hbenter bona
parlamenta cum bonis. Et aus-
culta hbenter loqui de Domino
insermonibus etprivaLe. Procura
libenter indulgentias.
-14. Dilige bonum in alio, et
odimahim
ras porter plus legierement la
pensée de ton cuer ^
-12. Garde que cil de ton hos-
tel soient preudome et loial; et te
soviegne de l'Escripture qui dit :
« Elige viros timentes Deum in
» quibus sit justicia et qui oderint
» avariciam; » c'est-à-dire: «Aime
y> gens qui dotent Dieu et qui font
)) droite] ustice, et qui héent cou-
» voitise ; » et tu profiteras, et
gouverneras bien ton royaume 2.
-13. Chiers fiz 3, garde que tu
aies en ta compaignie toz '» preu-
domes ^, soient religieus, soient
séculier, et aie sovent bons par-
lemenz à eus; et fui la compai-
gnie des mauvais. Et escoute
volentiers la parole Dieu ^ et en
apert et en privé "^ ; et porchace
volentiers prières et pardons.
■14. Aime tôt bien et hé tôt
mal en cui que ce soit 8.
1. Toul ce qui précède depuis di la est tiré de D.
2. La leçon textuelle est réanime; i'y substitue /oyoume, qui s'est déjà présenté.
D seul contient ce paragraphe. La citation latine qui s'y trouve n'y aurait
pas été maintenue si ce texte abrégé avait été traduit du latin. Le même
manuscrit omet les trois paragraphes suivants.
3. Les mots chiers fiz sont tirés du texte le plus étendu, que j'abandonne à
peu près dans le reste du paragraphe; je suis de préférence les textes B ou J,
si ce n'est pour le verbe parle, qui m'a paru être une expression abrégée des
mots aie bons parlemenz.
4. N, ions jours.
5. J ajoute, « et loiaus qui ne soient pas plein de convoitise. »
G. B, les sermons; j'emprunte à J la parole Dieu. Dans la leçon de G. de
Pontoise les sermons publics sont opposés à des conversations particulières ;
mais l'abrégé latin de Geoffroi de Beaulieu exclut cette interprétation : « Audi
I) libenter sermones tam in aperto quam in secreto. » Si je ne me trompe les
mots la parole Dieu seraient remplacés par sermons dans B, par sermones dans
l'abrégé latin et par loqui de Domino dans P, où la leçon originale en apert a
pour équivalent inexact in sermonibus.
7. Les mots et en apert, etc. sont remplacés dans J par et la retien en ton
cuer.
8. Je prends la leçon du texte N; le texte B et les mss. 1 et 2 portent par
29
430
-15. Nonsustineas quod dican- V.y. Nnlz ne soit si hardis que
tur coram le verba qua? possinL il die devaiiL toi parole qui atraie
génies Irahcrc ad peccalum. Non et csmueve à pechié, ne que il
auscultes libcnler dici mala de mesdie d'autrui par deriere en
alio. manière de delraclion i.
i6. Nullum verbum quod re- -10. Nule vilenie de Dieu ne de
dundel ad despectum Domini ses sainz 2 ne suefFre que l'en
Nostri vel sanctorum sustineas die ^ devant toi '*, que tu n'en
ullo modo, quin recipias inde faces tantost venjance ^. Mais s'il
vindictam. Si vero essel clericus estoit clers ou si grans persone
vel ila magna persona quod tu que tu ne le deusses justicier,
justiciare non deberes, eamdem tu le leroies dire à qui justicier
faceres dici illi qui eum justiciare le porroit.
valeret.
-17. Gare fili, provide quod sis -IT.Ghiersfiz, rentgracesàDieu
in omnibus ita bonus quod appa- sovent de toz les biens qu'il t'a
reat te ita recognoscere bonitates faiz, si que tu soies dignes de plus
et honores quos Dominus Noster avoir c, en tel manière que se il
erreur en quoi au lieu de en cui. CMT et le ms. 3 traduisent nUo par axitnii;
mais si le mol autrui eût appartenu au texte original, on ne voit pas pourquoi
Geofi'roi de Beaulieu l'eût traduit par in proximis. Il est plus vraisemblable
que les tiaducleurs ne sachant comment rendre littéralement la locution fran-
çaise en cui que ce soit auront cherché un équivalent. Le texte J est le plus
défectueux de tous : « Aime ton preu et ton bien, et hai touz maus où que il
» soient. » C'est une paraphrase de la mauvaise leçon en quoi que ce soit.
1. Je suis les textes BJ, en y rétablissant les mots en manière tirés de N et
des mss. 1 et 2. Je n'hésite pas à penser que la dernière phrase ne rend pas le
sens du texte original : saint Louis a dû proscrire absolument la médisance, au
lieu de se borner à conseiller de ne pas l'écouter volontiers. Dans l'abrégé latin,
les mots non auscultes, etc. sont remplacés avec tout avantage par nec verbum
dciractorium de alio.
2. D omet ne de ses sainz; lems. 2 ajoute ne de ses amis.
3. DJ, soit dite.
4. Le ms. 2 ajoute, ne autrement où que tu le puisses amender.
5. DJ omeUent que tu n'en faces, etc. Tous les textes abrégés et l'abrégé
latin omettent la phrase suivante.
C. Le paragraphe entier manque dans DN; il se termine au mol avoir dans
les autres textes abrégés. Les mots si que tu soies dignes de plus avoir, ou dans
l'abrégé lalin ut sisdignus majora accipere, sont rejetés par M. Viollet comme
contraires ;\ la pensée de saint Louis, qui disait à sa fille que si elle était
certaine de n'être ni récompensée du bien ni punie du mal qu'elle ferait, elle
devrait cependant faire le bien et fuir le mal pour le pur amour de Dieu. Mais
saint Louis usait d'une supposition pour mieux faire comprendre combien est
étroite l'obligation de servir Dieu. « Se vous l'araés, dit-il ailleurs à sa fille, li
43^
tibi fecit, tali modo quod si place-
ret Domino quod tu venires ad
onus et honoren gubernandi
regnum, esses dignus recipere
sanctam unctionem qua reges
Francise consecrantur.
•18. Gare fili, si contingat quod
tu venias ad regnum, provideas
quod tu habeas ea quse pertinent
ad regem, lioc est dicere quod
tu sis adeo justus quod non
declinesajustitiapro aliquoquod
vaieat evenire. Si contingat esse
querelamalicujus pauperis contra
divitem, susline plus pauperem
quam divitem quousque scias
veritatem, et quando intelliges
veritatem, fac eis jus.
-19. Et si contingat contra te
aliquem habere querelam, sus-
tine querelam extranei coram
consilio tuo, ut non ostendas te
plaisoit au Signor que tu venisses
au fais et à l'honor de gouverner
le roiaume, tu feusses dignes de
recevoir la sainte onction dont li
roi de France sont sacré.
-18. Chiers fiz, se tu viens à
régner, efforce toi d'avoir ce qui
afiert à roi, c'est-à-dire que ^ en
justice et en droiture 2 tenir tu
soies roides et loiaus envers ton
pueple et envers ta gent 3, sanz
torner à destre ne à senestre *,
mais toz jors à droit, quoi qu'il
puisse advenir. Et se uns povres
a querele contre un riche &, sos-
tien le povre plus que le riche
jusques à tant que la veritez soit
desclairie ^ ; et quant tu sauras
la vérité, fai lor droit.
19. Se aucuns a entrepris que-
rele contre toi (por aucune in-
jure ou por aucun tort qu'il lui
soit avis que tu lui faces "), soies
» pourfiz en sera vostres. «S'il propose ici un profit en récompense de l'amour,
c'est parce que dans la réalité, il n'était point partisan de l'amour gratuit, que
la saine théologie condamne. La pensée exprimée par les textes abrégés n'a
donc rien de blâmable; elle a d'ailleurs l'avantage d'être parfaitement nette et
claire. La version du Confesseur est au contraire un peu louche : « Pourvoi
I) que tu soies si bons en toutes choses que il apere que tu reconnoisses les
» bontez et les enneurs que Nostre Sires t'a fet, en telle manière que s'il plesoit
» à Dieu, » etc. Je n'hésite pas à rejeter cette pensée obscure, qui ne dérive
que d'une traduction latine, et à préférer une pensée claire et parfaitement
orthodoxe, que justifie d'ailleurs l'accord de l'abrégé latin avec les abrégés français.
1. Les textes abrégés omettent ce qui précède.
2. D omet et en droiture; B, etc. à justice et à droiture.
3. BJ, et ms. 1 et 2, envers tes sougiés ou à tes sougiés.
4. D, sanz torner çà ne là, en omettant tout ce qui suit.
5. Les textes abrégés omettent depuis giioi jusqu'à riche.
6. Les mêmes textes omettent ce qui suit desclairie. J'ai suivi la leçon de ces
textes pour les passages qu'ils ont conservés.
7. Dans ceUe première partie du paragraphe, je suis la leçon D ; ce qui est
placé entre parenthèses manque ailleurs.
432
nimis diligere qucrelam luam,
quousque cognoscas veritatem ;
quia illi de consilio ex hoc pos-
sent esse pavidi ad loquendum
contra te, quod tu vellc non
debes.
20. Et si tu intelligas tetenere
[aliqujid injuste vel de tempore
tuo, vel de tempore prœdecesso-
rum tuorum, fac statim restitui
quantumcumque res sit magna
vel in terra, vel in pecunia, vel
in alio. Si res est obscura prop-
ter quod tu scire non valeas
veritatem, fac talem pacem con-
silio proborum virorum quod
anima tua et prœdecessorum tuo-
rum animœ sint expeditae detoto.
Et quœcumque audias unquam
dicere quod tui prsedecessores
restituerint , adhibeas semper
diligentiamad sciendum si adhue
toz jors por lui et contre toi '
devant ton conseil, sanz mostrer
que tu aimes trop ta querele (tant
que l'en sache la vérité) ; car cil
dou conseil en porroient doter à
parler contre toi, ce que tu ne
dois voloir 2; et commande à
tes juges que tu ne soies de rien
sostenuz plus que uns autres '^,
car ainsi jugeront ti couseillier
plus hardiement selonc droiture
et selonc vérité '*.
20. Se tu tiens riens de l'autrui
ou par toi ou par les devanciers,
se c'est chose certaine, rent le sanz
point de demeure, combien grant
que ce soit ou en terre, ou en de-
niers, ou autrement ^. Et se c'est
chose doteuse , fai le enquerre
parsaiges gens isnelement etdili-
gentment ^\ Et se c'est chose
oscure dont tu ne puisses savoir
vérité, fai tel pais par conseil de
prodomes que t'ame et les âmes
tes devanciers en soient dou tout
délivrées. Et quoi que tu oies
onques dire que ti devancier
aient rendu, ne laisse pas de
1. Les mots soles ioz jors, elc. sont tirés de B; on en retrouve l'équivalent
dans toutes les leçons; celle de D est la plus brève : « Allègue contre toi. »
2. Les mots devant ton conseil jusqu'à voloir, sauf ce qui est entre paren-
thèses, manquent dans les textes abrégés ; ceux qui suivent manquent dans le
texte de l'enquête, mais ils s'y rattachent naturellement.
3. Les mots et commande jusqu'à autres sont tirés de D seulement, et ceux
qui suivent n'appartiennent qu'aux autres textes abrégés,
4. J ajoute /Jo;//' toi ou contre toi.
5. Les mots se c'est chose certaine appartiennent aux textes BJ et aux mss. 2
et 3; les mots combien grant, etc. sont tirés du texte développé.
6. Cette phrase manque dans DN et dans le texte développé; cette omission
doit être involontaire; c'est sans doute un bourdon causé par la répétition des
mots se c'est chose. Tout ce qui vient après cette seconde phrase manque dans
les textes abrégés.
433
superestad reddendum ; et si hoc
inveneris, fac sLatim restitui pro
liberalione aniraœ tiiœ et anima-
rum prsedecessorum tuorum.
21. Sis bene diligens facere
custodiri in terra tua gentes
CLijuscumque modi, et specialiter
(G. de Pontoise).
Sis diligens quod omnes sub-
diti tui in justitiaetpaceserven-
tur maxime autem (G. de
Beaulieu).
22. (Honora et ama] personas
meti'e grant peine à savoir s'il
remaint encore à rendre; et se
tu le trueves, fai le tantost rendre
por la délivrance de t'ame et des
âmes tes devanciers.
21. A ce dois tu mètre t'entente
cornent tes genz et ti sougiet ^
puissent vivre ^ en pais et en
droiture desouz loi 3, meesme-
ment les bones villes et les bones
citez de ton roiaume. Et les
garde * en Testât et en la fran-
chise ou ti devancier les ont gar-
dées ; et se il i a aucune chose à
amender, si Tamende et adresce,
et les tien en favor et en amor ^.
Quar par la force et par les
richesces ^ de tes bones citez et
de tes bones villes ^ , doteront
li privé et li estrange ^ à mes-
penre envers toi , especialment
ti per et ti baron. Il me sovient
bien de Paris et des bones villes
de mon roiaume qui me aidierent
contre les barons quant je fui
novellement coronez 9.
22. Honeure et aimei" totes les
1. D, et ton piieple.
2. J, vivent.
3. D omet desouz- toi. Jusqu'ici les leçons UJ snni d'acrord avec BX et les
mss. 1 et 2, comme avec le texte de l'enquête et l'abrégé latin de Geoffroi de
Beaulieu; mais à partir du mot meesmement (en latin specialiter ou maxime)
la phrase se continue dans DJ pour parler des bonnes villes et des bonnes cités,
tandis qu'il est question des personnes ecclésiastiques dans les textes latins et
les textes français qui ont participé à la publicité de l'enquête.
4. J, et les coustumes (au lieu de et les bonnes citez) de ton roiaume garde.
5. D omet et se il y a, etc.
6. D omet et par les richesces.
7. J, les richesces des grosses villes.
8. D, douteront li puissant home, en omettant especialment ti per et ti baron.
9. Cette dernière phrase est omise dans J.
10. Les textes DJ fournissent ici ces deux verbes que la coupure du passage
434
sancliTD ecclesirc ; illas défende ne
in personis vel rébus earum in-
juria fiât vcl violcnLia. Et volo iiic
tibi recordari unum verbum quod
dixit rex Philippus avus meus,
sicut unus de consillo suo rccor-
datus est mihi qui se audivisse
dicebat. Rex erat una die cum
consilio suo privato, et erat ibi
iJle qui mihi recordatus est islud
verbum. Et dicebant ei illi de
consilio suo quod clerici facie-
bant ei multas injurias; et quod
mirabantur homines quomodo
ipse sustinebat. Ipse respondit :
« Credo quod multas injurias
» faciunt mihi; sed quando
» penso honores quos Dominus
» NosLer fccit mihi, volo melius
» sustineremeum incommodum,
1) quam facere aliquid propter
» quod veniret scandalura inter
» me et sanctam ecclesiam. »
Istud recordor tibi propter hoc
quod non sis levis ad credendum
aliter contra personas sanctaî
personcs de sainte église; et
garde que on ne lor face violence,
ne que on lor sostraic ou ape-
tise lor dons et lor aumosnes
que ti devancier lor ont donc ^.
Et je vucil ci te recorder ce que
l'on raconte dou roi Phclippe
mon aieul, si corne uns de son
conseil le m'a recordé qui disoit
l'avoir oï. Li rois estoit un
jor avec son conseil privé, et i
estoit cil qui m'a ceste parole
recordce. Et li dist uns de ses
conscilliers 2 que moût de torz
et de forfaiz li fesoient cil de
sainte église, en ce que il 3 \[ tol-
loientsesdroituresetapetissoienf»
ses justices; et estoit moutgranz
merveille coment il le solfroit. Et
li bons rois respondi : « Je croi
» bienqullmefontmoutdetorz 5;
» mais quant je regart lesbontez
» et les cortoisies que Diex m'a
» faites, miexvueilje^ lessier aler
» de mon droit ^ que à sainte
» église avoir contens ne esclande
relatif aux bonnes villes a fail disparaître de (ous les autres textes; comme ils
sont nécessaires au sens, je les rétablis entre crochets dans le texte de l'enquôtc.
1. Celte première phrase est tirée de J, sauf les mots que on ne lor face vio-
lence. D contient seulement: « Aime et honneure sainte Eglise; » le reste du
paragraphe est omis dans ce manuscrit.
2. Le texte J conserve à peine quelques mots des deux phrases précédentes,
et passe ainsi de la première phrase à la quatrième : « L'on raconte dou roi
» Phelippe mon aioul que une foiz li dist uns de ses conseilliers. » Ce qui suit,
jusqu'à latin de la réponse de Philippe-Auguste, est presque entièrement tiré de
HJ, si ce n'est que j'ai transformé le style indirect en style direct, à cause de
l'accord qui existe sur ce point entre Gilles de Pontoise et l'abrégé latin,
3. 15, li fesoit sainte église en ce que li clerc.
4. B, amenuisoient.
5. J. que il le créoil bien: H, que assés le créoit ; je suis, G. de Pontoise.
6. 1$, mais quand il regardoil... il voloit miex.
7. B, lessier son droit aler.
433
ecclesiœ; imo des eis honorem,
et custodias eas ita quod possint
serFitium Domiiii Noslri in pace
facere.
23. Simililer doceo le quod
specialiter diligas gentes religio-
sas ; et eis succurre in necessita-
libus suis; et illos per quos
putabis Dominum Nostrum plus
honorari et plus ei serviri, dilige
plus quam alios.
24, Gare fiU, doceo le quod
malrem tuam diligas et honores,
et quod tu retineas libenler et
facias bona documenta ipsius, et
sis pronus ad credendum consi-
liis bonis ejus.
« susciter i. » Et ce te recor je por
ce que tu ne soies legiers à croire
nului 2 contre les genz de sainte
église; ains les aime et honeure,
et les garde si que le service
Nostre Signor en pais faire il
puissent ^.
23. Aussi t'enseing je que ceus
de religion tu aimes especialmenl
etlor faces bien à ton pooir enlor
nécessitez ; et meesmement aime
ceus par qui Diex est plus hono-
rez et serviz, et la foispreechie et
essaucie ^.
24. Chiers fiz, je t'enseing que
à ton père et à ta raere tu porles
amor et révérence, et que volen-
tiers tu reteingnes et gardes lor
commandemenz, et que tu soies
aclins à croire lor bons conseils ^.
1. J, que avoir contens à la gent de sainte église; je suis la leçon de N; B n'ea
diffère que par l'omission de avoir.
2. Le mol nului fourni par MT, et le mot aucuns du texte C prouvent que
l'on doit substituer aliquem dans le texte latin au mot aliter qui ne présente
aucun sens.
3. Cette phrase manque dans BJN; mais on lit dans les mss. 1 et 2 : « Aime
w donc, biaus lilz, les gens de sainte église, et garde leur pais tant comme tu
» pourras. »
4. Ce paragraphe est omis dans BJN, mais ce doit être par l'inadvertance
d'un copiste, puisqu'on le retrouve dans les mss. 1 et 2. Pour montrer plus
clairement ce que j'emprunte à cette leçon, je transcris le texte du ms. 1 :
« Chaus de religion aime et lor fai bien à ton pooir, et meismement chaus par
» qui t^iex est jjIus hounercs et la fois preechie et essauchie. » D omet ce
paragraphe et les deux qui viennent après.
5. Ce paragraphe est ainsi conçu dans B et dans les abrégés qui en
dérivent : « A ton père et à ta mère dois tu amour {ou honeur) et révérence
» porter et garder lor commandemenz. » M. Viollet considère les mots à ton
père comme une interpolation, attendu que saint Louis, dans un écrit fait en
vue de sa mort, n'avait plus à réclamer pour lui-même l'amour et l'obéissance
de son fils. 11 le fait pourtant dans les Enseignements à Ysabelle, qui datent
du même temps : « Chiere fille, obéissiés humblement à votre marit, et à vostre
» père, et à vostre mère.» Il ne faut pas l'oublier, c'est avant sa dernière maladie,
au témoignage de Geoft'roi de Beaulieu, qu'il écrivit ces Enseignements, dans la
prévision de sa mort, il esl vrai, mais sans la croire imrninenle. Voilà pour-
436
25. Fratres Luos dilige, cl
velis semper ])onum et bonas
l)romoliones corum ; et sis eis
loco palris ad docendum eos in
omni bono. Sed cave quod prop-
ter amorem quem ad aliquem
habeas, non déclines a faciendo
JLis, nec facias id aliquid 'corr.
aliis) quod non debeas.
26. Gare fdi, doceo le quod
bénéficia sanclœ ecclesia; qu.'R
conferre habel)is, conféras l)onis
personis, magno consilio proljo-
rum hominuni. Et videtur mihi
quod melius valet quod lu con-
féras iilis qui nullas hal)ebunt
prœbendas, quam aliis. Si enim
bene qua3ris, satis invenies de
illis qui nibil habent, in quibus
erit bene positum.
27. Gare fili, doceo te quod tu
caveas tibi pro posse tuo non ha-
25. Aime tes frères et vueil
loz jors lor bien et i lor bons
avancemcnz ; cl si lor soies en
lieu de père i)or eus enseignier
en toi bien. Mais garde toi, por
amor que tu aies à aucun, que
lu ne tedestornes '^ de droit faire,
et que lu ne faces à autrui '^ chose
que tu ne doies.
26. Chiers flz, je t'enseing que
les bénéfices de sainte église que
tu auras à donner, tu doignes à
bones personesqui soient de bone
vie et nete ^ ; et si les donc
par grant conseil depreudomes ^.
El m'est avis que mie.v vaut que
lu les doignes à ceus qui riens
n'ont de sainte église, que à au-
tres ^. Gar se bien tu enquiers,
assez troveras tu de ceus qui
riens n'ont, en cui bien emploie
sera '''.
27. Chiers fiz, je t'enseing que
tu te gardes à Ion pooir de esmo-
quoi, dans un autre passage, quand il réclame les prières de son fils el de sa
fille, il ajoute « se je muir avant loi, » ou bien » s'il advient que je trespasse
>) de ceste vie devant vous. » 1! y avait donc toute convenance pour saint Louis à
réclamer l'obéissance de ses enfants comme il réclamait leurs prières. Ce ne
sont pas les textes abrégés qui ont eu à soufTrir en ce passage, c'est le texte de
l'enquête qui aura été mal à propos remanié.
1. C, etaimmes; le sens n'exige pas l'adililion de ce verbe.
2. C, iu ne te desvoies; MT, ne décimes.
3. C, as autres; cette leçon autorise à remplacer par id aliis dans le texte
latin id aliquid qui est certainement une faute. L'équivalent de aliis manque
dans MT.
4. BD, persones bones et dignes; J, bones persanes et de nete vie; i'ài suivi
la leçon de D.
5. D^ par le conseil de bonnes gens. Les autres textes donnent preudotnes ;
dans l'abrégé latin, de consilio spiritualium virorum.
6. DJ omettent celte phrase; les autres textes abrégés ne reproduisent ni le
commencemeni {m'est avis que miex vaut que), ni la fin {que à autres).
7. Celte phrase manque dans les textes abrégés.
437
béas guerram ciim aliqiio chris-
Liano. El si fieret libi injuria^,
Lentes plures vias ad sciendum
si posses invenireviam per quam
posses recuperarejus tuum ante-
quam faceres guerram ; et habeas
intentionem quod hoc sit ad
vilandum peccata quœ fiunt in
guerra.
28. Et si contingeret quod
guerram te facere oporterel, vel
propter hoc quod quia {sic) ali-
quis de hominibus deficeret in
curia tua a recipiendo jure, aut
faceret injuriam alicui ecclesiœ,
[aut alicui pauperi personse,| aut
alicui personae aiii, et nollet
emendare pro te, vel propter
quemcumque alium casum ratio-
nabilem, qusecumque esset causa
propter quam te guerram facere
oporterel, prœcipe diligenter quod
paupcres génies quœ culpam in
forelacLo non habent custodianlur
ne veniat eis damnum [nec per
arsionem] nec per aliud; quia me-
liusadteperlinelquodconstringas
malefactorem capiendo remsuam,
vel villas, velcastraipsiuspervim
obsidionis [quam quod devasal-
res bona pauperum gentium]. Et
voir guerre i contre nul home
creslien, s'il ne t'a trop forment
mesfait 2. Et se l'on te faisoit
tort, essai plusors voies por sa-
voir se lu porroies trover coment
tu peusses ton droit recovrer ain-
çois que tu feisses guerre ; et aie
tel entente que ce soit por eschi-
ver pechiés qui se font en guerre.
28. Et se il avenoit que il te
convenist faire guerre (ou por ce
que aucuns de tes homes defau-
sisl à prendre droit en ta cort,
ou que il feist tort à aucune
église, ou à aucune povre per-
sonne 3, ou à quel autre persone
que ce fust, et que il ne le volsisl
amender por toi *, ou por quel-
conque autre cas raisonnable),
quels que fust la cause por la-
quel il te convenist faire guerre,
commande diligentment que les
povres gens qui colpe n'ont ou
forfeil soient gardé à ce que do-
mages ne lor viegne ne par arson ^
ne autrement; car il afiert miex
à loi que lu contraignes le
maufailor par penre les seues
choses (ou villes ou chastiaus
par fofce de siège) que ce que lu
degaslasses les biens des povres
1. Les textes abrégés, D excepté, ajoutent ici les mots sans grant conseil;
mais la place véritable de ces mois est dans le paragraphe suivant, à l'avanl-
dernière phrase.
2. Les mots s'il ne Va, etc. sont tirés de D. Tout ce qui suit manque dans les
textes abrégés.
3. Les mots ou à aucune povre personne manquent dans G et dans le texte
latin.
4. Les motsyjor toi (en latin pro té) peuvent signifier par égard pour toi;
MT y substituent jîflr quoij.
5. Ms. 3, par feu; la leçon des autres textes ne per arson, permet de suppléer
dans le latin nec per arsionem.
438
provide quod anleqiiam moveas
illam guerram consilium bonum
habiieris quod causa mullum sil
ralionahilis, cl quod malefaclo-
rcin benc submonueris et eum
tantum cxpeclaveris quantum
debebis.
29. Gare fdi, docco te quod tu
adhibeas diligcnliam pro posse
luo pacificarc guerras et conten-
tiones quœ erunt in terra tua vel
inlor homincs tuos; quia islud
multumplacet Domino Nostro. Et
dominus sanctus Martinus dédit
nobis valde magnum exemplum.
Ipse enim lempore quo per Do-
minum Nostrum sciebat se mori
debere, ivit pro pace admittenda
inter clericos qui erant in suo
archiepiscopatu ; et visum fuit
quod boc faciendo mittebat bo-
num finem vitaj suœ.
gens '. Et garde loi d'esmovoir
ceste guerre que devant tu n'aies
eu bon conseil que la cause soit
moût raisonnable , et que tu
n'aies bien semont ^ le maufaitor
et attendu tant come tu devras.
Et s'il requiert merci tu li doiz
pardoner, et pcnre amende si
Suffisant que Diex t'en sache
gré 3.
29. Chiers fiz, je t'enseing que
guerres et contens, soient tien ,
soient à tes songiez, tu apaises ^
au plus tût que tu porras ^; car
c'est cliosequi moutplaità Nostre
Signor. Et de ce nos dona mes-
sires sainz Martins moût granl
exemple. Car ou tens que par
Nostre Signor il savoit devoii-
morir, ala il por mètre pais entre
clers ^ qui estoient en s'archeves-
clîie ; et li fu avis que par ce
faire à sa vie metoit il bone fin.
1. Le texte C contient seul les mots que ce que tu dégustasses les biens des
poires gens.
2. MT, sommé; C et ms. 3, amonesiè.
3. D seul contient cette (ternièrc piirasc; elle se rattache naUircllenicnl à ce
qui précède. Le reste du paragraphe manque dans ce manuscrit. Les aulics
textes abrégés n'en contiennent rien, sinon les mots sans grant conseil qui
répondent en partie à la phrase précédente.
4. J, « Se guerres et contens meuvent entre les sousgis, apaise les, » etc. J'ai
suivi de préférence la leçon de B, mais en empruntant au text(î de l'enquête les
mois je Venscing que, qui entraînent le changement de rim|)éralif apaise en
subjonctif.
5. Tout ce qui suit manque dans les textes abrégés, si ce n'est que li» et les
mss. 1 et 2 ajoutent ici « aussi come sains Martins faisoil. » I>c paragraphe
entier est omis dans D.
6. CMÏ, entre les clers, mais il s'agit seulement de certains clcics, que le ma-
nuscrit 3 désigne [entre les clers de Cande); il y avait donc dans le texte
original entre clers.
439
30. Gare fili, provide diligenter
quod sint boni baillivi et prsepo-
sili in terra tua, et fac fréquenter
provideri quod ipsi faciant bene
justitiam, et quod non faciant
injuriam alicui nec aliquid quod
non debeant. [De illis maxime
qui sunt in luo hospitio cave ne
faciant injuriam alicui] . Et quam-
vis tu debeas odire omne malum
in alio, plus debes odire malum
quod veniret ab illis qui a te po-
testatem haberentquam aliorura,
et plus debes custodire et defen-
dere ne contingat.
31 . Gare fili, doceo te quod tu
sis semper devotus ecclesiee Ro-
manœ et summo pontifîci patri
nostro, el ei exhibeas reverentiam
et honorcm sicut debes tuo patri
spirituali.
32. Gare fdi, da libenter potes-
tatem gentibus bonœ voluntatis,
quac sciant bene uti ea, el adhi-
30. Soies diligens, biaus douz
fiz, d'avoir bons bailliz et bons
prevoz en ta terre, et enquier
sovent de lor fait et coment il
se maintienent ^ et s'il font bien
justice, et ne font tort à nului ne
riens que il ne dolent. De ceus de
ton ostel enquier plus sovent
que de nul autre, s'il sont trop
couvoiteus ou trop bobencier;
car selonc nature 11 membre sont
volentiers de la manière dou chief;
c'est à savoir quant 11 sires est
sages et bien ordenez, tuit cil de
son ostel i prenent exemple et' en
valent miex 2. Car jà soit lu doies
lot mal haïr en autrui, si dois lu
plus haïr le mal qui venroit de
ceus qui de toi auroient pooir
que lu ne feroies d'autres ; et si
dois tu plus garder et défendre
que ce n'aviegne 3.
31. Chiers fiz, je t'enseingque
tu soies tozjors devoz à l'église
de Rome et au soverain pontife
nostre père, et que tu li portes
révérence et honor si com tu dois
à Ion père esperiluel ^.
32. Ghiers fiz done volentiers
pooir à genz de bone volenté qui
bien en sachent user, et travaille
1. Cette phrase, jusqu'au mot maintiennent, est tirée des textes abrégés; la
fin appartient au texte de l'enquête.
2. La seconde phrase est empruntée au ms. D ; elle manque entièrement dans
le texte latin de l'enquête, où j'ai ajouté entre crochets l'équivalent de la leçon
contenue dans CMT : « De ceux meesmes qui sont en ton hoslel te fay prendre
» garde que il ne facent à nuUi injustice. » Voici la leçon de J : « et se il a en
» aus aucun vice de trop grant convoitise, ou de fauseté ou de tricherie. «
3. La troisième phrase manque dans les textes abrégés.
4. Ce paragraphe manque dans tous les textes abrégés, excepté dans Primat,
et dans le ms. 2 dont voici la leçon : « Soies tousjours dévot et obéissant à
» l'église de Romme el au pape comme à ton père et à ta mère esperituelle. »
béas magnam diligenliam iilpec-
cala reniovcanliir in Lerra Liia,
hoc csldiccre villana sacranienla
el omnc quod fit vcl dicilur ad
despectum J)ei vel Doinina3 Nos-
Irœ vel sanclorum. Peccata cor-
poris, kidmn laxilloriim, (al)ernas
et alla peccala fac cessare in Lerra
lua sapienter et bono modo.
Hœreticos fac pro posse fugari a
terra tua et alias malas gentes,
ita quod terra lua sit inde bene
purgata, sicut de consilio sapienti
bonarum gentium esse intelliges
faciendum.
33. Bona promove ubique pro
posse tuo. Pone magnam atten-
tionem ut scias recognoscere bo-
nitates quas Dominus Noster
fecerit tibi , et quod scias ei
regratiari.
34. Gare fdi, doceo le quod
Ponas magnam altenlioneni ad
hoc ut dcnarii quos expendes,
toi que pechié soient esté de ta
Icrre, c'est-à-dire vilain sere-
mcnt ', et tôt ce qui se fait ou
dit en despitdcDieu ou de Nostre
Dame ou des sainz. Vilains pc-
chiés et lais 2, gens de dez, taver-
nes et autres pcchiés fai cesser
en ta terre sagement et en bone
manière. Hérésie fai abatre à ton
pooir 3, et especialment tien en
grant ville juis et loles manières
de genz qui sont contre la (bi '',
si que ta terre en soit bien net-
toiée, ainsi com par sage conseil
de bones genz tu entendras eslre
à faire.
33. Le bien & avance par toi à
ton pooir. Encore le requier je
que tu metes grant entente à
reconoistre les bénéfices *• que
Nostre Sires t'aura faiz, et que tu
l'en saches rendre grâces et merci.
34. Ghiers fiz, pren toi garde
que li despcns de Ion hoslcl
soient raisonable et amesuré'',
I. Les textes abrégés ne contiennent ni ce qui iirécéde travaille toi, ni ce qui
suit serement.
1. CMT, pechié de corps; j'emprunte au ms. 1 l'expression vilains pcchiés et
lais, H laquelle répond assez la leçon de J, tuit vilain pechié.
3. Les mots hérésie, etc. sont tirés de J; on en trouve l'équivalent dans WS
el dans les mss. 1 et 2.
4. D seul contient les mots el especialment, etc. La lin de la phrase man(iue
dans tous les textes abrégés.
5. T, les bons; C, les biens; ms. 3, « Et aussi comme tu dois entendre à
» desiruireles mauves, aussi tu dois entendre à avancier et essaucier les bons.»
6. Les textes abrégés ont bénéfices, excepté D où le i)aragraphe est omis;
CMT, bontés.
7. CMT, « je t'enseigne que tu mettes grani entente à ce que li denier que lu
1) despendras soient en bon usaige despendu et que il soient pris droi(turieremeul(oM
» justement receu). » Le ms. 3 répète la même leçon, mais à la suite de la leçon
des textes abrégés, que li despens, etc. C'est probablement une collation qui
aura réuni ces deux leçons dont l'une fait double emploi avec l'autre. Le reste
du paragraphe manque dans les textes abrégés.
44^
expendas in Iwnos usus, eL quod
sint juste recepLi. Et istc est qui-
dam sensusquetn vellem multum
te liabere, hoc est dicere quod
caveres libi a stultis missionibus
et pravis receptionibus, et quod
denarii tui essent bene raissi et
bene recepti. Et istum sensum
doceat te Dominus Noster una
cum aliis sensibus qui sunt tibi
convenientes et utiles.
33. Gare fdi, rogo te quod si
placet Domino Nostro me dece-
dere ante te, facias me juvari
per missas et alias orationes; et
quod mittas per congregationes
regni Franciae ad faciendum peti
ab eis preces pro anima mea; et
quod lu intendas in omnibus
bonis quœ facias quod Dominus
Noster del mihi partem in eis.
36. Gare lîli, ego do tibi totam
benedictionem illam quam pater
potest dare et débet filio, et rogo
et que li denier en soient juste-
ment pris. Et ce est uns sens
que je vorroie moût que tu
eusses, c'est à dire que tu te gar-
dasses des foies mises et des mau-
vaises prises ', et que ti denier
fussent bien mis et bien pris 2.
Et cest sens, ensemble les autres
sens qui te sont convenable et
porfitable, te vueille Nostre Sires
enseignier 3.
33. En la fin, très douz fiz, je
te conjur et requier, se il plait à
Nostre Signor que je muir avant
que toi *, que tu faces secorre
m'ame en messes et en oraisons,
et que tu envoies par les con-
gregacions dou roiaume de France
requerre lor prières por l'ame de
moi ^, et que tu me otroies espe-
cial part et pleniere en toz les
biens que tu feras ^.
36. Au derrain, chiers fiz, je te
doing totes les beneiçons que bons
pères et piteus puet doner à fiP,
1. Les mots c'est à dire, elc. se rattachent à la première phrase dans le ma-
nuscrit 3, qui omet et ce est un sens, etc.
2. Une troisième phrase est consacrée dans le ms. 3 à développer la pensée
exprimée ici par les mots et que ti denier, etc.
3. Cette phrase manque dans le ms. 3. •
4. DJ omettent se il plaît, etc.; BN et les ms. 1 et 2 omettent seulement //
plait à Nostre Signor que.
5. Au lieu des mots et que lu envoies, etc. BJN et le ms. 1 ont seulement
partout le roiaume de France ou partout ton roiaume. Après oraisons le ms.
2 ajoute « en aumosnes, en restitutions, partout où lu saras que je pourray
» estre tenuz. » D omet ce qui suit oraisons jusqu'à la fln du paragraphe.
6. CMT « et que tu entendes que eu touz les biens que tu feras Nostre Sires
» m'i doint partie {ou part); » ms. 3, « et que lu acuilles en touz les biens que
» tu feras. » J'ai reproduit la leçon des textes abrégés.
7. Ce premier membre de phrase est tiré des textes abrégés. Le ms. D ne con-
tient ensuite pour le reste du paragraphe que les mots suivants : « Et la benei-
» çon Nostre Seigneur te soit en aide et te doint grâce de fere sa volenté. » La
442
Domitium Nostrum Jcsum Chris-
tum quod ipse per suam miscri-
cordiani precibus cl meritis (be-
ncdiclœ inatris ipsius Virginis
Maria?, et] angelorum et arcban-
gelorum, et omnium sanctorum
et sanclai'um, custodial et dcfen-
dat te quod lu non facias id quod
sit contra voluntatem ipsius, et
ipse det libi graliam faciendi vo-
luntatem suam , lia quod ipse
bonoretur eique serviatur per le.
Hoc facial ipse mihi et tibi per
suam grandem largilalem, sic
quod post islam morlaleni vitam
possimus venire ad eum in vila
œlerna,ubipossimus eum videra,
diligere et laudare sine fine.
Amen. Et sit gloria, honor et
laus ei qui est unus Deus cum
Pâtre et Spiritu sancto sine prin-
cipio et sine fine. Amen.
et je pri Noslre Signor Jesu Crist
que il par sa miséricorde, par les
prières et mérites de sa bcnoile
mère la Vierge Marie, et des
anges et archanges, et de toz
sainz et tôles saintes, te gart et
deffende de riens faire contre la
volenlé dclui,ainz le doint grâce
de la toz jors faire, si que il soit
par loi honorez et serviz. Et ce
face il à moi corne à loi par sa
grant largesce, en tel manière
que après ceste mortel vie nos
puissiens eslre ensemble avec lui
en la vie éternelle, et le voir,
amer et locr sanz fin. Amen. Et
gloire, honors et loenge soient à
Celui qui est unz Diex avec le
Père et le Saint Esperit, sanz
comencement et sanz fin. Amen.
leçon de B, assez d'accord avec JN, se poursuit ainsi: « el la benoile Trinité
» et luit li saint te gardent et le deffendent de tout mal, et Diex te doint sa
1) grâce de faire sa volenté tous jours, si que il soit honorés par toi, et que
» nous puissions après ceste mortel vie, estre ensemble avecques lui, et li
» loer sans fin. Amen. » Après honorés le ms. 2 ajoute et serviz et merciez.
C'est le texte de l'enquête que j'ai préféré comme plus complet à partir de et
je pri Nostre Signor; les mots placés entre crochets dans le texte latin sont
suppléés d'après MT.
CHARTES DE CONAN IV,
DUC DE BRETAGNE,
RELATIVES AUX BIENS DE l'ORDRE DU TEMPLE ET DE
l'ordre de saint- JEAN DE JÉRUSALEM.
Lorsque je publiai, il y a quelques années, les notes que j'avais
alors recueillies sur les documents relatifs aux Templiers et aux
Hospitaliers en Bretagne, je faisais remarquer que les chartes rappe-
lées dans la confirmation ducale du I'" novembre -1431 étaient toutes
retrouvées à Texception de celle dont les premiers mots étaient :
« si nuperrime et noviteri. » Depuis, j'ai continué mes recherches,
et formé une collection assez riche de documents nouveaux, et
parmi ceux-ci se trouve le diplôme Si nuperrime qui est d'une
grande importance puisqu'il énumère les biens possédés par
les Templiers bretons. L'original n'existe plus depuis longtemps,
mais le texte en a été conservé par une charte du duc Pierre 11, vidi-
mant les principaux titres des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusa-
lem qui, depuis le commencement du xiv*" siècle, représentaient les
Templiers. Ce diplôme, daté également du 'l" novembre ^43^, com-
plète la charte donnée par D. Morice, dont il vient d'être parlé.
La première copie que j'en eus était du xvie siècle, et très-défec-
tueuse : je la découvris aux archivés des Côtes-du-Nord , dans les
papiers de la commanderie de Pontmelvez. Le texte était tellement
1. Mél. hist. et archéol. sur la Bretagne, 2' série, 1" fasc, p. 53. — Dom
Morice, II, col. 1599.
altéré qu'il était à peu près impossible de chercher à s'en servir au
point de vue des assimilations géographiques. Je me contentai donc
de le faire connaître tel quel, dans un article de compte-rendu sur
le Gartulaire de Redon édité par M. de Courson ; je faisais simplement
des vœux pour qu'un texte meilleur fût retrouvé, et permit de tirer
de ce document tous les éclaircissements que l'on avait le droit
d'espérer i. Depuis, je vis aux Archives de la Vienne, une nouvelle
copie notariée donnée le ^8 septembre ^G/^2 à Gilles du Buisson,
commandeur de Garentoir, d'après un transumpt fait par Alain de
lioiséon, commandeiu" de Pontmelvez^; mais celte copie était aussi
mauvaise que la première. J'eus la chance enfin de tomber, par
hasard, sur un original du vidimus du duc Pierre, et c'est celui-ci
que je vais publier. Je le ferai suivre du texte de l'acte de la charte
qui intéresse l'ordre de Saint- Jcan-de-Jérusalem, et je terminerai
cette étude par quelques observations sur la valeur de ces deux
actes, et principalement sur leur authenticité.
J'ai indiqué, de mon mieux, en note, les noms modernes des loca-
lités qui sont énumérées dans l'une et l'autre charte. J'espère que
ce travail permettra de fixer définitivement ces vocables géogra-
phiques, grâce aux rectifications qui seront proposées pour quelques-
unes de mes attributions. On aura ainsi une base certaine pour
étudier l'histoire des Templiers et celle des Johannites dans l'an-
cienne province de Bretagne.
I.
Si nuperrime et noviter acta vix ad memoriam revocare
valemus diu preterita nisi scripte firmentur in thesauro memorie
tenere non possumus, ideoque previdit antiqua morum sollercia
et instituit annotari quicquid imposterum vellet reservari, quo-
rum mores et vestigia ego C. dux Britannie et cornes Riche-
mundie sequens, tam presentibus quam futnris notura fieri volo
quatenus quicquid domni Templarii in omni ducatu meo possi-
dunt liberum et quietum me concessisse ab omnibus costumis et
l'edditibus ad me et ad meos successores pertinentibus. Hec sunt
que suscribuntur libéra et quieta ut cartula presens demonstrat :
1. Rev. archéol., nouv. série, 1. VII, p. 403.
•2. H. 3, liasse 300.
Languivurt et elemosina de Castello Pauli ^, Lerachoou ~, Guern-
cadiou 3, Pontaul ^, Coetrevar, Runargant 5, Rimhaleuc 6, Tre-
voelan 7, Coetbelan §, très villas in Plejehan^ quas dédit Roaut
fîlius Philippi, elemosina de Gouelou, Cleerfonten l*^, Grihiracli,
LeRochocliert, Sencheco, le Montfrocher, Ilflniac'2, unamvillam
1. Je propose, sous toutes réserves, de voir ici Lamballe (Côtes-dii-Nord),
appelé quelquefois à celte époque castellum Lanna Pauli. Un acte de 1351, du
jeudi après Pdques-Fleuries constate que Pierre Coslanlin, tuteur des héri-
tiers de Geoflfroi Herbert, a échangé avec l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois « Ja
messon et herbergemeiit du Temple » contre une rente de six perrées de fro-
ment. La même année, le mardi après la Saint-Martin d'été, Hervé de la
Motte, d'Hénansal, faisait avec la même atfbaye, un autre échange; il donnait un
emplacement situé à Lamballe entre le mur de « l'herbergement du Temple qui
estesdiz religieuset la messon Jehan Bernart, sur la rue qui mène du Temple à la
porte Moguel — L'échange de Pierre Costantin avait eu litiu\e jeudi après Judica
me 1350; on y remarque que l'hébergement en question se composait d'une
maison avec terrain, murs et courtils, situés dans la clôture du grand château
de Lamballe; la maison était appelée te Temple, et l'abbaye en l'acquérant était
tenue « d'acquitter ledit herbergement des Hospiialliers de 20 souldées de rente
que ledit herbergement leur doit chascun an. » Plus tard cette maison était
désignée ainsi : « la Croix- Verte sous la butte du Chasteau. » — M. Le Men
propose Saint-Pol de Léon, appelé quelquefois Castel-Paul.
I. Saint Jean-de-Réchou, commune de Plounérin (Cùtes-du-Nord). Le vocable
de Saint-Jean, dans cette hypothèse, aurait été ajouté après la réunion des biens
du Temple aux possessions des Hospitaliers.
3. On ne peut penser au Temple de Guerno, en Noyal-Muzillac (Morbihan),
puisque la charte des Hospitaliers mentionne ce lieu, appelé plus tard le Temple
de Saint-Jean de Guerno: la première partie de son vocable peut lui avoir été
donnée parce qu'il fut réuni au Temple de Carentoir. M. A. Longnon propose
Guervézo en Silfiac (Morbihan), appelé Guergezou en 1394 et Guernhuezou en
1427. — Un bien nommé Kercadio, appartenait à l'ordre de Saint-Jean en
Penhars (Finistère).
4. On trouve le moulin de Pontol en la commune de Ploulech (Côtes-du-
Nord).
5. Runan (Cùtes-du-Nord).
G. Runellec en Squifliec (G6tes-du-Nord).
7. M. Longnon propose Trefiléan (Morbihan), appelé Trétiégan en 1387 et
Tréveléen en 1397.
8. Coëtbihan en la commune de Queslembert (Morbihan). D'après le Dic-
tionnaire d'Ogé, on y voyait les ruines d'un château attribué aux Templiers
parla tradition.
9. Ploujean (Finistère).
10. M. Le Men propose Kerfeunteun (Finistère).
II. Le Créhat. commune de Plédran (Coles-du-Xord).
12. Yvignac (Côtes-du-Nord). C'est dans celte commune que se trouvait le
Temple de Lannouée.
30
4^6
qnam dedcmmt duo filii Caliat, la Verger a Ploohmic' oi alteram
villam in eadem Ploohmic, la Fougerat ~ et iina eleinosina in San-
heliren 3, Lanhane Cuncar '*, elemosina Gaufredi Coeron scilicet
suum moleiidinum de Vaal Ourugun et terra sua do Yiridario de
Heenan 5,laVilBarbe (J,laBocliin,SanSanson ', elemosina Saliart,
et monasterium Hevariu (owHevarni), Boocerhuts fiiius Aguen le
Hil de Gerenes, et in Moelan^ decimam unius ville in Pleibenio,
elemosina una domus Nampnetu et La Hani-, centum solidos de
1. Plémy (Côles-du-Nord) ; un hameau de celle commune porle encore le nom
de village du Temple.
2. Faugaret, commune d'Assérac (Loire-Inférieure). La commanderic de ce
nom s'étendail en Assérac et Pont-Darmc.
3. Saint-lIilaire-de-Clialéons (Loire-Inférieure) ; il y a un village du Temple
dans celle commune.
4. Il y a le hameau de Launay-Congar en Ilénansal (Côles-du-Nord) qui
dépendait, en 1424, de la Temi)lerie près Monlbran. Il y avait aussi le Temple
de Sainl-Congard, dans la commune du même nom (Morbihan), réuni au xvii=
siècle à l'IIopilal de Pont-U Oust.
5. Ce moulin et celle terre doivent être cherchés dans les -communes de
Hénanbihen et de Ilénansal (Côles-du-Nord). Le personnage mentionné ici est
Geoffroi de Corron que nous trouvons en 1145 à Quimper, figurer comme
témoin d'une charte donnée par le comte Alain le Noir en faveur de l'abbaye de
Saint-Mélaine (D. Mor., T. 1, col. 596); il avait son chAleau, dont il portail le
nom, et dont les restes existent encore, dans la forêt de Corron, en la commune
de Saint-Alban, limitrophe de deux Ilénan. Geoifroi, dont la ligne directe
s'éteignit au commencement du xiii'-' siècle, fut un des seigneurs les plus riches
de celle partie du diocèse de Saint-Brieuc qui forma le Penthièvre; ses
domaines passèrent, par alliance, dans les maisons de Dinan et de Tournemine.
J'essaierai de réunir dans un autre travail tout ce que j'ai pu recueillir sur le
Corron.
6. M. Longnon propose la Ville-au-Barbé, hameau de la commune de Quessoy
(Côles-du-Nord).
7. Sl-Samson est un hameau de la commune de Hénanbihen (Côtes-du-Nord) ;
la terre de Sainl-Samson, en 14'24, dépendait de la Temitlerie prés Monlbran,
et la chapelle Saint-Samson était encore affermée en 1587.
8. Bocqueho (Côles-du-Nord). — Il y a évidemment une lacune ici : elcmo-
sinamquam dédit... fiiius Aguen.
9. Moëlan (Finistère).
10. Pleiben (Finistère).
11. Nantes. — Il y s'agit de l'emplacement de la commanderie de Nantes et
des cent sous de rente donnés en 1141 par le comte Conan III et sa mère, sur
le revenu de la boucherie de Nantes, sise au j)ratum Aniani, voy. D. Mor.,
1 col. 58.3.
12. L'île de la Ilaune ou la grande Hanne, commune de Doulon (Loire-lnfe-
rieure), donnée aux Templiers, en 1441, par le cornlc Conan III et sa mère.
447
bancis Narapnet i, etfornaces, et molendina de Marac etMauper-
tus"^ de Tornine, et elemosina de Anchenes 3, Karantoe ^, Lan-
diern ■J, Goliolac ^, Apondo ~, unus homo in GiiemgampoS cum
suis rébus, Caerguen 9,Sendefadiic'0,TourclsCires Audroenl-et
Busic in Stahart^^, San Kaan, Punraaelvasi'i, et parrochia de
Cliliiriacl'^ cum omnibus appendiciis suis, et hoc donum dédit Ala-
nus pater meus l^ et Hilarius Vigerius, et in presencia mea habuit
Katgoret âlius ejus Vigerii D. solidos quia hoc donum concessit,
Brugel, Moelacl''', terra Guidonis filii Iven queerat hbera absque
t. Nantes.
2. Maupertuis (Loire-Inférieure).
3. Ancenis (Loire-Inférieure).
4. Carentoir (Morbihan). Le temple de Carentoir devint au xvii° siècle l'une
des principales coramanderies de l'ordre de Saint-Jean, elle était composée de
quatorze membres. Le commandeur résida à Carentoir jusqu'aux guerres de la
Ligue; le manoir ayant été détruit, le chef-lieu de la commanderie fut transféré
à la Coifl'erie, en la commune de Messac.
5. Lantiern, commune d'Arzal (Morbihan) : un membre de la commanderie de
Carentoir s'appelait Saint-Jean de Lantiern. C'est encore un exemple de biens
du Temple ayant pris le vocable de Saint- Jean par suite de leur annexion aux
possessions des Hospitaliers.
6. Guillac (Morbihan). Le Temple de Guillac en la paroisse de Saint-Servant,
réuni, à la fin du xvi° siècle, à l'Hôpital de Saint-Jean-de-Villenart, fut échan-
gé avant la fin du xvii*'.
7. M. Le Men propose le Ponthou (Finistère).
8. Guingamp (Côtes-du-Nord).
9. Caerguen, est un de ces nombreux hameaux du nom de Kerguen ou Ville-
Blanche, très-communs en Bretagne: il y avait une Villeblanche en La Feuillée
(Finistère), une autre en Penhars (Finistère).
10. St-Evarzec (Finistère) qui se dit en breton Sendefriduc, d'après M. Le Men.
11. Tourc'h (Finistère).
12. M. Longnon suppose que ces deux mots réunis peuvent indiquer quelque
localité du nom de Keraudren, et il rappelle que dans la commune d'inzinzac
(Morbihan), où était situé le Temple d'inzinzac, il y a un hameau de Kerau-
dren. Ce nom de lieu est commun eu Bretagne; on pourrait penser aussi à
Chatelaudren, castnan Audroeni (Côtes-du-Nord), où on signale une pierre
tumulaire qui parait représenter un Templier.
13. M. Longnon propose de lire Scahari, et de voir ici le hameau de la Bois-
sière en Scaër (Finistère).
14. Pontmelvez (Côtes-du-Nord). Cette commanderie devint assez importante,
puis fut réunie à la Feuillée.
15. Cléguerec (Morbihan).
16. Alain-le-Noir comte de Richemont, 1093-1 14G.
17. Molac (Morbihan); — dans cette commune il y avait le Cours de Mollac
qui dépendait de la commanderie de Carentoir.
/<48
herede, elemosina de Magno fonte •, Trevalac -, Goetbili 3, Porta-
radur 'i, Losteliritelier 5, Guengalan 6, Karaart ~, Trepartan ^,
Lanlioe^, La Fogeraci*^, Sangoruc' ' , etuiium molendinum juxta le
A^al Ai'veliu, elemosina de Hirac, Bidon''', Alalialaii '•^, niolendina de
Haduc et stagnum, elemosina de Roniille ' '*, et elemosina de Mont-
fortin et elemosina de Ploemagada"J, elemosina Roberti filii Senter,
elemonisa RoautYigerii, elemosina Anger Manasac^'etTliome fra-
tris ejus, Gallac"^, duo liomines in Lohimac,duo in San Theliaiit'^,
domus Radiilplii archidiaconi in Raenes juxta ecclesiam sancte
Marie'20 et unus burgensis in eadem civitate, et una elemosina juxta
forest ejusdem civitatis'-', la C^reuliit, très horaines in Vitre'—, et
1. Grand'Fonlaine, hameau de la commune d'Hénaubihen (Côtes-du-Nord).
En 1424, le Temple de la Granl Fontaine i\ii\wni\à.\\. de la Teniiderie près Monlbran.
2. Trévalol en Scaër (Finistère).
3. Couébily, hameau de la commune de Plurien (Cùles-du-Nord) : en 1424, la
tenue de Coaybily dépendait de la Templerie i)rès Monlbran.
4. Port-à-la-Duc, commune de Pléhérel (Côles-tlu-Xord).
5. Serait-ce le manoir de Lesterizien, mentionné dans les aveux de l'Ordre
de Saint-Jean, en Plozévot (Finistère)?
G. Vildé-Guingalan (Cùtes-du-Nord).
7. Kerhars, commune de Saint-Gilles-les-Bois (Côles-du-Nord), où le diction-
naire d'Ogé place la Templerie de Kerhénoret.
8. M. Le Men propose Trébeurden (Côles-du-Nord).
9. La Nouaye (lUe-et-Vilaine). Ogé parle d'un ancien vivier situé dans cette
commune qui avait dépendu, d'après la tradition, d'un prieuré de moines blancs.
10. Le Temple Fougeray, commune de Saiut-Alban (Cotes-du-Xord), dépendait,
dès 1424, de la Templerie près Monlbran.
11. Saint-Carreuc (G6ies-du-Nord).
12. Vildé-Bidon (llle-el-Vilaine). Le bailliage de Vildé-Bidon relevant de l'Hô-
pital de Dol faisait en dernier lieu partie du Temple de la Guerche.
13. Même observation pour le bailliage de Lanhellain.
14. Romillé (lile-et-Vilaine) : on y remarque un hameau du Temple.
15. Montforl(llle-et-Vilaine); le bailliage de Montfort s'étendait au Bedée, Iffen-
dicet Talensac et relevait de la Guerche.
16. M. Longnon propose Plumaugat (llle-et- Vilaine), où l'on trouve le moulin
du Temple et la Templerie de Plumaugat
17. Au xiii° siècle on trouve une famille Ménassac établie dans la paroisse
de Erquy (Côtes-du-Nord),
18. Gallac (Côtes-du-\ord).
19. Saint-Thélo (Côtes-du-Nord) : on y remarque le hameau de la Villeblanche.
20. L'église Notre-Dame-à tiennes.
21. Cette aumône avait été faite par la comtesse Hermengarde, elle consistait
en métairies qui avaient été possédées auparavant par le chapelain Hervé.
Mahaut, mère du comte, avait aussi donné ce qu'elle avait dans la forêt de Rennes.
22. Vitré (lUe-et-Vilaine).
449
una domus in Castro Girimt\ et unus homo de Langiiinurt-.
Hec omnia in protectione mea recipio et si quis aliciii liorum
molestiam inferre presumpserit mihimet inferre ne dubitet. Huic
dono et concessioni legitimi testes interfuenmt egomet qui dedi
et concessi, Haimo Leonensis episcopus •'*, G. Corisopitensis
episcopus'SR. Kempeelensis abbas ^, capitulum sancti Corentini,
Iven magister Hospitalis in Britannia*^, Regnault BotoreP,
Guiumars junior vicecomes^, Gemelli^^ Henricus Bertran^O.
Factum est in Kempercorentin anno dominice incarnacionis m°.
c° octuagesimo secundo. Et ut hoc brève ratum per succendia
tempora permaneat mei sigilli munimine corroborare curavi;
datum est autem Guillelmo fratri Ferron^, bis suprascriptis :
adduntur Bocherut, Moustoer Euvrani et cetera acquisita et
deinceps acquirenda'-.
n.
Conanus dux Britannie et cornes Richemundie universis eccle-
sie filiis per totum ducatum suuni salutem. Notum sit vobis
omnibus nie dédisse et concessisse et bac mea carta confirmasse
Domui HierosoHmitane hospitalitatis omnes elemosinas et terras
et teneuras que in ducatu meo predicte domui date sunt libéras et
1. Châteaugiron (IlIe-et-Vilaine).
2. M. Le Men propose Langoniiel (Morbiliau),
3. Haraon, évt^que de Léon, 1157-1171.
4. Géoflroi, évéque de Cornouailles, 1167.
5. Rivalon, abbé de Sainte-Ci-oix de Quemperlé, 11G3-1186.
6. Evenus, maître de l'Hôpital eu Bretagne, ligure dans les actes de 116i à
1170.
7. Renault Bolerel, paraît encore dans un acte de 1184, voy. D. Morice, l,col.
701.
8. Guyomar, vicomte de Léon.
9. On désigne ainsi deux frères jumeaux qui figurent dans des actes publiés
par D. Morice, t. I, col. 633, 636, 663, 665, 698, 700 et 704; ils s'appelaient
Richard et Alain et on les trouve encore après 1184. Ils étaient fils de Richard
à qui Conan IV avait donné la viUa Quifchen, en Trégunc. Voy. Hist. de l'ab-
baije Sointe-Croix de Quemperlé, p. 602.
10. Nous retrouvons Henri Berlrand dans un acte de D. Morice, col. 036.
11. Guillaume Ferron était maître des Templiers en Bretagne.
12. Depuis le mot addimlur, il est évident que l'on a voulu authentiquer des
mots qui avaient été ajoutés entre-lignes dans l'acte original.
450
qiiietas ab omnibus consuetudinibus in omnibus locis et in omni-
bus partibus quorum omnium hoc sunt nomina : in Treker ele-
mosinedeLouorgat ^ elemosinedeLoguanoc- etdePennguenan 3
et de Pederiaci et de Pumurit'* et de Coginiac'' et de Pleguen 7
et de Maeis an Rodoued Gallec^ enLuchio, anFoUed n, Bannaz-
lanc ' -, elemosine de Fou 13 et de Brithiac i '' et de Pennliart l"-» et de
Ploeneth l'* et de Arke l'^ et de Cothon ^^eX de Mathalon l^ et de Bo-
doc Kapsithun''"^, hospitalis inter duas Kemper'-i et hospitalis
super Beloen-- elemosina deMoelan-'^ etdeCloetgal-letelemosina
de Guasgury'-^ in Quemenet Guegamt, elemosinas de Piisiac-'J,
1. Louargat, canton de Belle-Isle-en-Tcrre, arrond. de Guinganip (Côles-du-
Nord).
2. Louannet;, canton de Perros-Guirec, arroud. de Lannion (Côtes-du-Nord).
3. Penvenan, canton do Trégnier airond. de Lannion (Côlos-du-Nord).
4. Pédcrnec, canton de Hégard, arrond. de Guinganii) (Cùles-dii-Nord).
5. Saint-Gilles, trêve de Peumerit-Quintin, commune de Saint-Nicolas du
Pelem, arrondissement de Guingainp (Gôles-du-Nord).
6. Ooliignac, canton de CluUelaudren, arrond. de Saint-Brieuc (Cùles-du-
Nord).
7. Plévin, canlonde Maël-Carliain, arrond. de Gninganip (Côtes-du-Nord).
8. Maël-Carhaix, ou Maël-Pestivien, canton de Callac, arrond. de Guingamp.
(Côles-du-Nord).
9. Roudouallec, arr.de Pontivy, canton de Gourin (Morbihan).
10. Le Loucli, trêve de Maël-Pestivien.
11. La Feuillée, canton de lluelgoat, arrond. de GMteaulin (Finistère).
12. Saint- Jean- Danalan, canton de lluelgoat, arrond. de Chàteaulin (Finis-
tère).
13. Plounevez du Faon, canton de Oliàteauneuf, arrond. de Chàteaulin (Finis-
tère).
li. Briec, arrond. de Quimper (Finistère).
15. Penhars, arrond. de Quimper (Finistère).
16. Plonéis, canton de Plougastel-Saint-Germain, arrond. de Quimper (Finis-
tère).
17. Ergué-Armel ou Ergué-Gabéric, arrond. de Quimper (Finistère).
18. Cuzon, commune de Kerfeunteun, arrond. de Quimper (Finistère).
19. Mahalon, canton de Pontcroix, arrond. de Quimper (Finistère).
20. Beuzec-cap-Sizun, arrond. de Quimper (Finistère).
21. Quimper, chef-lieu du département du Finistère; ou le Paraclel en Saint -
Laurent, canton de Bégard, arrond. de Guingamp (Côtes-du-Nord), entre la
commune de Quimperven et celle de Quemperguezeunec.
22. Saint-Jean-en-Riec, canton de Pontaven, arrond. de Quimperlè.
23. Moëlan, canton de Pontaven, arrond. de Quimperlè (Finistère).
24. Je n'ai pu trouver une assimilation satisfaisante pour ce nom de lieu.
25. Guiscrilf? canton de Faouet, arrond. de Pontivy (Morbihan).
26. Priziac, canl. de Faouel, arroud. de Pontivy (Morbihan).
45^
hospitalis de loco Sancti Maclovii ', hospitalisdePontivi- elemo-
sine Alani vicecomitis, scilicet unus burgensis in unoquoque
castello suo, elemosine domini Conani diicis scilicet imiis bur-
gensis in unaquaque civitate sua et in unoquoque castello suo;
in Kemcnet Hebgoen, elemosine de Cleker3 et de Treunnatos (<9i«
Creunnacos)4 in Broguerec, elemosine de Lannkintic^ et de
LaustencG etdeCorvellou^ et hospitalis in SuluniacS etelemosina
de Kinstinic BlaguetliQ et de Mollac 'O et de Malechac 1 1 et de Kes-
tembert ^~ et de Guernou '3 et de Azarac^^ in episcopatu Nanne-
tensi, et domus de civitate Nannetensi cum appendiciis suis
et de Guenrannl^et unus homo in unaquaque parrochia apud
Raesi6, et elemosina de Ploearthmael'^etdeBrulllSetdeKessoelQ
et de Tertre Conaen^O et de Grandifonte'^i et de Pleherel"^'- et de
Cruce Haliaguis'^etde Saltu calvo'-^ etdeStablehon-^etdeGran-
1. Loc-Malo, canton de Gueraené-sur-Scorff, arrond. de Pontivy (Morbi-
han).
1. Pontivy (Morbihan).
3. Cléguer, canton de Pontscorlï', arrond. de Lorient (Morbihan).
4. .\ssimilalion à chercher.
5. Languidic, canton de Hennebon, arrond. de Lorient (Morbihan).
G. Naustanc près Merlévénez, canton de Port-Louis, arrond. de Lorient
(Morbihan).
7. Gorvello en Sulniac (Morbihan).
8. Sulniac, canton d'Elven, arrond. de Vannes (Morbihan).
9. Quistinic-Blavet, canton de Plouay, arrond. de Lorient (Morbihan).
10. Molac, canton de Questembert, arrond. de Vannes (Morbihan).
11. Malensac, canton de Rochefort-en-Terre, arrond. de Vannes (Morbihan).
M. Questembert, arrondissement de Vannes (MorbiJian).
13. Le Guerno, trêve de Noyal-Muzillac, cant. de Muzillac, arrond. de Vannes
(Morbihan).
14. Assérac, canton d'Herbignac, arrond. de Savenay (Loire-Inférieure). >
15. Guérande, arr. de Savenay (Loire-Inférieure).
16. Rézé, canton de Bouay, arrond. de Nantes (Loire-Inférieure).
17. Ploermel (Morbihan).
18. Assimilation à chercher.
19. Quessoy, canton de Moncontour, arrond. de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
20. Le Tertre-Conan en Ilénanbihen, canton de Matignon, arrond. de Dinan.
21. La Grand'fontaine en Hénanbihen, canton de Matignon, arrond. de Dinan
(Côtes-du-Nord).
22. Pléhérel, canton de Matignon, arrond. de Dinan (Côtes-du-Nord).
23. La Croix-Huis, en PlébouUe, arrondissement de Dinau (Côles-du-Nord).
24. Le Boischaufl" en Jugon, arrondissement de Dinan (Côlcs-du-Nord).
25. Saint-Jean de Establelion en Sainl-SuUiac, canton de Chàteauneuf, arrond.
de Saint-Malo (ille-el-Vilainc).
452
(iivilla 1 et de Gangarei et de Ponteterre- et de Teuthcael et de
Kaerfoimric in Comanna^ et la Bollie'i cum appendiciis. Ego
Conanus dux et coines Kicliemundie libère et quiète concessi liée
omnia domiii supradicte pro amore ejusdem domus et fratris
Eguen familiaris nostri aimo ab incarnacione domini m° c° lx™°,
régnante Ludovico Fraiicorum rege et Henrico Anglorum rege,
Corisopitensem episcopatum Gaufrido tenente. Testes Haemo
Leonensis episcopus, Gauffredus Corisopitensis episcopus, Ri-
guallonus abbas Kemperlegii, Gradlonus abbas Saucti Guin-
gualoei, prior de Monte sancti Michaelis, Guillelmus Perron fra-
ter de Templo, Robertus cancellarius ducis, Alanus clei-icus,
Margarita ducissa, Martinus ejus cappellanus, Richardus et
Alanus Gemelli, Renaldus Boterel, Henricus Rretram, Henricus
filius Haervei, Alanus Rufus, Alanus de Mota et clerus Corisopi-
tensis ecclesie, apud Keniper Gorentin j.
La cbarte relative aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem est
connue par une copie de \3\'2, déposée aux Archives nationales, et
publiée pour la première fois par M. Arthur de La Borderie. A cette
époque, plusieurs églises, ciiapitres, abbayes et prieurés des diocèses
de Sainl-Brieuc, Saiut-Malo et Dol s'empressaient de se mettre sous
la sauvegarde royale et d'affirmer qu'ils ne dépendaient en rien du
duc de Bretagne. Leur but principal était, au point de vue judiciaire,
de relever du Parlement de Paris dont les sentences étaient moins
dures que celles de la justice des grands feudataires : Philippe-le-
Bel encourageait ce mouvement qui, en augmentant son influence
dans les terres de ses vassaux, ne laissait pas que d'être profitable à
son trésor, et l'on sait tous les expédients qu'il employait pour rem-
plir celui-ci.
Or en ^3^2, Geolîroi Pélion, clerc, accompagné de Eudes le Pré-
vôt, chanoine de Saint-Brieuc et procureur du Roi, parcouraient le
nord-est de la Bretagne pour constater le droit de garde-royale sur
1. La Grandville???
2. Ponl-de-Terre en Pleudihen, canton de Dinan (C(M",s-du-Nord).
3. Kaerfoimric en Communa, canton de Sizun, arroml. de Morlaix (Finis-
tère).
4. La Bouillie, canton de Matignon, arrond. de Dinan (Cûtcs-du-Nord).
5. D. Morice, pr., l, col. 638. — Arch. nationales, J, 2il, A, n" 26. — Bull,
archéol, de l'Assoc. bretonne, t. IV, \). 255 et scy.
453
les abbayes de Beauport, Beaulieii, Vieuville, Sainl-Jacut-de-la-Mer,
Saint-Meen-de-Gaël, Boqiien, Saint-Aubin; sur les prieurés de Saint-
Florenl de Dol, Lehon, Saint-Malo de Dinan, Gombourg, Saint-
Étienne de Jugon, Saint-Martin de Lamballe et Saint-Sauveur de
Guingamp. A cette enquête comparurent aussi le chapitre de
Nantes et Géoffroi Berthou custos donius de Qiiessoy, accompagné de
Perrot, son servant.
La maison de Quessoy était une des commanderies importantes de
l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, Géoffroi Berthou, alors com-
mandeur, parait avoir été délégué pour représenter son ordre et le
placer sous la sauvegarde royale.
Lorsqu'il vint le dimanche Judica me, en la maison du chanoine
Eudes le Prévôt, àSaint-Brieuc, le commandeur de Quessoy n'avait
pas entre les mains les titres qui pouvaient servir à appuyer ses
prétentions. Il demanda un délai, et apporta un peu plus tard une
charte du duc Gonan IV, dont lofficial de Saint-Brieuc lui avait
donné une copie authentique le lundi post invocavit me ^3'H , d'a-
près un vidimus de l'évêque de Dol, daté de ^277.
Dès -1277, par conséquent, la charte de Gonan IV était connue, et
admise comme titre authentique; Eudes le Prévôt s'empressa de la
reproduire dans son enquête et c'est le plus ancien texte que nous
en possédions aujourd'hui.
Entre le diplôme des Templiers et celui des chevaliers de Saint-
Jean-de-Jérusalem nous trouvons de nombreux points communs. Ils
sont de la même date, 4 160; ils ont les mêmes témoins; ils sont
donnés tous deux à Quimper.
Mais cette date est impossible à admettre, et je suis étonné que
jusqu'ici ce détail important n'ait pas été remarqué. Le duc Gonan IV
était m.ort onze ans auparavant, en M 61. Géoffroi, évêque de Gor-
nouailles, l'un des témoins, ne monta sur le siège épiscopal de
Quimper qu'en H 67; on connaît un acte de Bernard, son prédéces-
seur, daté de M 66 2, Un autre témoin, Rivalon, abbé de Sainte-Groix
de Quemperlé, ne commença qu'en -Hea, date de la mort de Donva-
lon, son prédécesseur, connue par le nécrologe même de l'abbaye.
J'ajouterai qu'au point de vue diplomatique, ces deux documents
sont rédigés de manière à donner quelques soupçons sur leur
authenticité. En effel, on ne connaît pas de chartes confirmatives de
131. Histoire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quemperlé, par D. PI. Le Duc,
éditée par M. Le Men, p. 601.
454
tous les biens d'un ordre contenant leur énumération; le style même
ne concorde pas avec l'époque à laquelle régnait Conan IV ; bien
plus, on a le droit d'être étonne de voir celui-ci faire acte de souve-
rain pour approuver des donations faites dans des régions de la
Krclagnc où il n'avait aucun droit. Sous Conan IV, le Léon, le
Goëllo, le Penthiôvre, le Rolian appartenaient à des seigneurs qui
étaient encore aussi indépendants chez eux, que Conan IV lui-même
dans les fîefs qui étaient à lui.
Tout porte donc à considérer les diplômes dont je viens de
donner le texte comme rédigés à la fin du \iii<' siècle^, alors rpic les
ducs de Bretagne avaient centralisé le pouvoir dans leurs mains, et
que les Templiers comme les Johannilcs avaient besoin de titres pour
obtenir la sauvegarde royale. Ces documents n'en sont pas moins
importants puisqu'ils nous donnent, pour cette époque, un tableau
des possessions des deux ordres dans la province. J'ai déjà eu occa-
sion de constater, tant pour Thistoire des monnaies bretonnes, que
pour le prieuré de Saint-Martin de Lamballe et d'autres établisse-
ments religieux, l'existence de chartes apocryphes.
Anatole de Barthe'lemy.
1. La personno. qui a composé ces deux chartes les aurait rendues plus admis-
sibles, au premier coup d'œil si elle avait inscrit la date de 1170, comme on la
trouve à un acte de cette année, donné en faveur du Mont-Sainl-Michel avec
les mêmes témoins {D. Moi: 1 vol. 6G2 et 663). On ne peut supposer un lapaus
de copiste, puisque la même erreur de date se trouve dans deux actes distincts.
Il est seulement j)ermis de supposer que des Templiers comme les Johannites
eurent recours au même clerc qui intercala dans la même formule les noies
que chacun des ordres lui avait fournies pour l'énumcration de leurs biens.
' r'
GÂRi^CTÈRE COLLECTIF
DES PREMIÈRES PROPRIETES
IMMOBILIÈRES/
PRÉAMBULE.
La linguistique s'est transformée en ce siècle : c'est aujourd'hui
une science ayant ses règles et sa méthode. Quelques remarques
isolées, quelques rapprochements de mots qui s'oiïraient d'eux-
mêmes ont fait supposer qu'une langue unique avait donné naissance
aux idiomes de Rome, de la Grèce, de la Germanie, de l'Inde : des
observations plus suivies et plus générales sont venues postérieu-
rement confirmer cette pensée, en préciser la portée, en formuler les
détails; et c'est ainsi qu'on a pu constater d'une manière définitive
l'existence du groupe Indo-Germanique, résultat grandiose et
fécond.
1. J'avais remis depuis quinze jours à notre comité de rédaction les deux
premiers chapitres du travail qu'on va lire, lorsque parut dans la Revue des
Deibx-Mondes (1" juillet 1872) la première partie d'une étude de M. de Lave-
leye sur la propriété primitive. Les vues de M. de Laveleye sont identiques aux
miennes; et je me suis demandé un moment si je devais donner suite à mon
projet de publication.
Je me décide pour l'affirmative, parce qu'il est peu probalile que, d'accord
sur les conclusions, nous nous rencontrions constamment, M. de Laveleye et moi,
sur le choix des preuves. Aussi bien cet accord, s'il existait, rendrait la démons-
tration plus frappante et plus saisissante. J'ajouterai que, vraisemblablement, le
3'' chapitre de cet essai est tout-à-fait en dehors du cadre que parait s'être tracé
M. de Laveleye.
Je ne puis trop recommander à nos lecteurs ce qui a été publié du beau
travail de M. de Laveleye; et je prends la liberté de leur signaler, en particu-
lier, les indications bibliograiihiques que fournit M. de Laveleye sur l'histoire
de la propriété en Russie.
'.o6
L'étude des origines sociales et juridiques n'est pas sans quelque
analogie avec 1 ctudc des langues : les rapprochements auxquels
donne lieu dès à présent l'examen comparatif des législations anciennes
doivent donc être notés avec soin, parce qu'ils pourront un jour
devenir, eux aussi, le point de départ d'une science nouvelle. Le
domaine qui s'ouvre ici aux investigations de l'historien est très-
étendu; rien ne l'oblige à restreindre le cercle des rapprochements et
des comparaisons à l'un des groupes de nations que la philologie a
permis de reconnaître; pourvu qu'il procède avec prudence et avec
méthode, il peut dépasser ces limites et étendre ses études à tous les
pays habités. En effet, des peuples primitifs, d'ailleurs distincts
d'origine et de langage, doivent présenter, selon toute vraisemblance,
le spectacle de mœurs et d'usages communs, parce que leur vie,
leurs occupations, leurs conditions d'existence sont les mêmes; des
peuples nomades vivant du produit de leurs troupeaux, des peuples
chez lesquels l'idée d'une autorité centrale distincte de la famille
n'est pas née encore ou l'est à peine, doivent offrir bien des traits
analogues, quels que soient le pays qu'ils parcourent et le siècle où
nous nous plaçons pour étudier leur histoire.
Ces présomptions peuvent servir de guide et comme de fil conduc-
teur dans la recherche des origines sociales et juridiques. Qu'on
rapproche les diverses législations anciennes : qu'on s'efforce d'y
démêler les débris d'une haute antiquité enfouis parmi des monu-
ments de date plus récente; on arrivera bientôt à reconnaître quel-
ques usages primitifs : on montrera comment ces coutumes origi-
naires se sont modifiées avec les siècles suivant le génie de chaque
peuple; et on pourra ainsi déterminer le véritable caractère historique
de telle théorie juridique, de telle institution dont nous saisissons
aujourd'hui imparfaitement le sens et la portée parce que nous en
ignorons le point de départ et parce que les faits primitifs d'où elle
dérive nous échappent. Un grand nombre de travaux de cette nature
élargiraient singulièrement et, dans une certaine mesure, régula-
riseraient les études de droit historique. Avant qu'un pareil résultat
puisse être atteint, on devra pendant longtemps accumuler les
observations de détail : il peut donc être utile de rapprocher ici
quelques textes qui intéressent f histoire des origines de la propriété
immobilière.
Nous avons borné nos lectures aux sources Indo-Germaniques et
nous sentons vivement que ce domaine, trop restreint si on songe à
l'étendue des recherches que pourraient comporter ces études, est
457
encore beaucoup trop vaste pour nous; cependant quelle que soit
l'imperfection de cet essai, il est né d'une pensée dont on ne contes-
tera pas l'exactitude; nous la résumons en peu de mots : un peuple
n'est pas libre de transformer d'un jour à l'autre sa langue ou sa
littérature; il n'est pas libre de changer complètement son droit
public ou privé : langue, littérature, droit, portent fatalement l'em-
preinte des siècles, et l'homme, quoi qu'il fasse, se débat dans son
passé : le droit n'est donc point une création artificielle de l'esprit
humain, et l'histoire d'une nation vient s'y réfléchir comme elle se
réfléchit dans son langage. D'où il suit que, si les premières sociétés
humaines présentaient dans leur organisation primitive quelques
traits communs et saillants, il est vraisemblable que les législations
anciennes qui nous sont parvenues, bien qu'appartenant à une
époque moins reculée, recèlent elles-mêmes des débris encore recon-
naissables de cet état primitif. Retrouver ces épaves d'un autre âge,
distinguer dans les législations antiques le legs du passé de l'œuvre
des contemporains, c'est là une étude d'autant plus attrayante
qu'elle est plus délicate et plus périlleuse.
La roule, en effet, est semée d'écueils; sans les signaler tous, nous
voulons du moins insister sur une illusion d'un genre particulier,
illusion trop fréquente parmi les auteurs qui ont abordé ces études :
ils ont été frappés de certaines similitudes de mœurs et d'usages
entre des peuples divers, et ils en ont conclu trop facilement, ou que
ces peuples avaient une commune origine, ou que ces usages s'étaient
transmis d'une nation chez une autre nation. A nos yeux, une
pareille conclusion ne ressort pas directement de la similitude des
habitudes juridiques ; on se trompera souvent si on admet sans
preuve qu'un peuple ou une famille a légué ces usages à tous les
autres peuples ou à toutes les autres familles : il est bien plus
naturel de supposer que l'homme, soumis à des conditions d'exis-
tence analogues, s'est créé de lui-même en des lieux différents des
habitudes semblables et a su retrouver, pour faire face aux mêmes
difficultés, les mêmes usages et les mêmes procédés. L'hypothèse
contraire peut conduire à des résultats singuliers : le docteur
Livingstone nous en fournit la preuve ; cet illustre voyageur a été
frappé non pas de ressemblances juridiques mais de certaines simi-
litudes d'une autre nature à l'occasion desquelles se pose un pro-
blème identique ^ : il a rencontré chez tous les peuples les mêmes
1. David et Charles Livingstone, Exploration du Zmnbèse et de ses affluents.
/.5S
instruments de culture, de pêche, de chasse, les mêmes procédés de
tissage; tout ceci ne s'explique à ses yeux que par l'unité de race ^,
car dans sa pensée, les hommes n'auraient pu retrouver en Ecosse,
en Afrique, en Asie les mômes instruments pour fouiller la terre,
les mêmes artifices pour s'emparer des poissons, les mômes systèmes
pour utiliser divers produits du règne végétal. Mais ce n'est pas
tout: non-seulement, poursuit le docteur Livingstone, ces procédés
n'ont pas été retrouvés plusieurs fois par des peuples dill'érenls, mais
ils n'ont pas même été trouvés une seule fois : l'homme, dans sa
faiblesse primitive, eût été incapable de pareilles inventions : ces
procédés ont donc été inspirés par la Divinité : telle est l'étendue
extraordinaire que le voyageur croit devoir donner à la révélation.
Une méthode de raisonnement analogue le conduirait infailliblement
aux mêmes conclusions dans l'ordre des études juridiques, et nous
verrions ainsi le domaine du surnaturel prendre un développement
tout-à-fait inattendu.
Citons un autre écrivain, M. Gibelin, procureur général à Pondi-
chéry : cet auteur nous fournira un exemple des systèmes exagérés
de transmission de peuple à peuple. M. Gibelin est frappé de cer-
taines ressemblances du droit Indou avec le droit Romain, le droit
Grec, le droit Gallois, le droit féodal : il en conclut hardiment que
ces diverses législations procèdent du droit Indou 2. Le docteur
Livingstone a rencontré sur les bords du Zambèse quelques noirs qui
ressemblaient d'une manière frappante à ses amis d'Angleterre : par
un procédé analogue à celui de M. Gibelin, il aurait pu en conclure
que ses amis devaient nécessairement avoir des liens particuliers de
parenté avec ces familles Africaines.
De pareils systèmes, si étranges qu'ils soient, se présentent natu-
rellement à l'esprit, dès qu'on élimine cette supposition à laquelle
1856-1864, traduclioa de M"" H. Loreau, Paris, llarheUe, 1866, pp. 471, 47Î.
1. Cette première conclusion est implicite, mais elle est bien dans la pensée
de l'auleur et résulte nécessairement de ce qui suit.
2. Gibelin, Études sur le droit civil des Hindous, Pondichéry, 1847. 2 vol.
in 8% Gonf. t. II, pp. 195, 208, 209, 265. Rien d'exclusif d'ailleurs dans notre
pensée : nous adnieUons aussi les transmissions de peuple à peuple et surtout
les transmissions de voisin à voisin : ce point de vue ne doit pas être négligé
pour l'histoire des légendes; il peut servir aussi dans une certaine mesure à
expliquer la similitude de certains procédés de culture, de pèche, de chasse. 11
ne semble jtas que les instiliilions politiques et le droit privé aient pu se
transmellro facilement de la même manière : et c'est ici surtout (pie l'liy|)olhèse
du développement spontané doit trouver place.
459
nous tenons beaucoup, à savoir que des peuples différents ont pu
retrouver isolément les mêmes procédés, les mêmes usages ; et, par-
courant les mêmes phases de l'existence, traversant les mêmes
difficultés, se créer des mœurs analogues.
Cette conception nous ramène d'ailleurs, mais par une autre voie,
à la probabilité scientifique de l'unité de race : il est nécessaire, en
effet, que la nature humaine soit en tous lieux identique à elle-
même pour qu'elle retrouve ainsi sur toute la surface du globe les
mêmes procédés, les mêmes méthodes, les mêmes moyens de déve-
loppement. D'où cette conclusion, que des êtres aussi semblables
doivent descendre d'un auteur commun.
Mais nous nous arrêtons au seuil de ces questions qu'il était peut-
être nécessaire d'indiquer ici : nous en avons dit assez pour bien
faire sentir dans quelle pensée cette étude très-incomplète a été
entreprise. Si nous nous sommes préservé des erreurs singulières
qui viennent d'être signalées, nous avons pu nous méprendre à
notre tour et d'une autre manière. Des travaux de ce genre sont
rarement parfaits, rarement définitifs : les résultats qu'ils nous
fournissent ne sauraient le plus souvent présenter un caractère
d'absolue certitude ; mais il est permis d'espérer que, conduites avec
prudence, de semblables recherches ne seront jamais entièrement
vaines. Ne feraient-elles qu'éveiller la curiosité du lecteur, elles
auraient déjà leur raison d'être et leur utilité.
I.
LES SLAVES, LES GERMAINS.
Celui qui essaye de déterminer l'état primitif de la propriété
immobilière chez les anciens doit-il aborder immédiatement et
sans aucun préambule les témoignages et les traditions histo-
riques? Ne pourrait-il pas préparer avantageusement son esprit
à ce genre d'étude en jetant avant tout un regard sur ces popu-
lations encore neuves qu'on peut supposer nous offrir une image
vivante et fidèle de l'état social par lequel ont passé nos ancêtres?
De cette façon, le présent nous aiderait à comprendre le passé :
nous puiserions dans la connaissance des faits contemporains
quelques préjugés légitimes qui nous guideraient dans nos re-
cherches et dans nos conjectures.
Conformons-nous à cette méthode et analysons ici la relation
460
d'un observateur distingué, M. Le Play, qui nous a décrit minu-
tieusement le régime de la propriété chez divei's peuples pasteurs,
notamment parmi les tribus du versant Asiatique de l'Oural : les
membres d'un même groupe, d'une même communauté, réunissent
leurs instruments de travail et exploitent ensemble une propriété
immobilière, un fonds d'industrie ou une clientèle. Chez les
Nomades, le régime de la propriété commune est une conséquence
directe de la^vie pastorale et de l'organisation de la lamille : « un
« groupe de tentes, poursuit le même écrivain, y a toujours le
» caractère d'une communauté de pasteurs, aussi bien quand les
» troupeaux appartiennent à un grand propriétaire, que quand
» ils sont une propriété commune. Chaque individu faisant partie
» de ce groupe est toujours intéressé aux bénéfices de l'exploi-
>^ tation : il a droit, dans tout état de choses, à une part des
» produits dont le maœhnum est fixé par la nature même de
» ses besoins.
» Chez les Nomades les descendants directs d'un même père
» restent ordinairement groupés en faisceau : ils vivent, sous
» l'autorité absolue du chef de famille, dans le régime de la com-
» munauté. » On peut dire que tout entre eux est indivis, excepté
les vêtements et les armes. « Lorsque l'accroissement d'une
» famille ne permet plus à tous les membres de rester réunis, le
» chef provoque une séparation à l'amiable, et détermine la
» portion des propriétés communes qu'il y a lieu d'attribuer à la
» branche qui se sépare de la souche. D'un autre côté, la com-
» numauté se maintient souvent après la mort du chef de
>■> famille; dans ce cas, les collatéraux, même ceux qui ne sont
'> unis que par des liens de parenté assez éloignés, restent unis
» sous la direction de celui qui peut exercer avec le plus d'as-
» cendant l'autorité patriarcale. »
« Le principe de la communauté s'adapte également à l'orga-
» nisation des peuples sédentaires Chez les demi-nomades
» soumis à la domination de la Russie la terre arable, bien
» qu'exploitée ordinairement à titre individuel par chaque
» famille, est, au fond, possédée dans un régime d'indivision.
» Chez les Bachkirs, le caractère de la propriété individuelle
» n'est réellement marqué que pour les maisons et leurs dépen-
» dances immédiates ^, »
1. Le Play, Les Ouvriers européens, imp. inipér. 1855, pp. 18, 19, 49, 50.
46^
Cette idée primitive de la copropriété des terres est vivante
encore non-seulement chez les tribus Cosaques, mais dans toutes
les comnmnes Russes habitées par les paysans de la couronne et
les anciens serfe : les terres y sont partagées à de certains
intervalles entre les tiaglos de la commune : le tiaglo est une
sorte d'unité représentée originairement par le couple conjugal.
Ce partage avait lieu autrefois chaque année : il ne se renouvelle
aujourd'hui que lors du recensement de la population. Des ar-
penteurs divisent la totalité du fonds en plusieurs grands lots de
valeur égale, et ces lots eux-mêmes en autant de parts que la
connnune a d'ayants droit, c'est-à-dire de tiaglos. Ces parts
sont tirées au sort : elles doivent être d'égale valeur, et si un
tiaglo a reçu moins qu'un autre, on l'indemnise en lui donnant
un supplément pris sur la réserve comnumale ^ .
Cette communauté des terres n'est pas particulière aux Russes :
on la retrouve encore aujourd'hui chez les Arabes ~ ; à la fin du
xvnf siècle, on en a constaté l'existence en Océanie parmi les
habitants des îles Pelew ou Palaos ^, etc., etc.
Mais détournons nos regards du présent et interrogeons l'his-
toire : un peuple encore jeune, appelé à renouveler plus tard la
face du vieux monde occidental, a été décrit et observé avec soin
par deux Romains, César et Tacite. « Chez les Germains, écrit
» César, nul n'a de champs limités, ni de terrain qui lui appar-
» tienne en propre; mais, tous les ans, les magistrats et les
» premiers du peuple assignent, dans l'endroit choisi par eux et
» dans la mesure qui leur convient, une certaine étendue de terre
» aux familles et aux groupes de même parenté ( gentibus co-
» gnationibusque hominum) : l'année suivante, ils les forcent à
» aller s'établir ailleurs ^. »
A la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, environ 150 ans
1. Hesse, L' Administration provinciale et communale en France et en Europe,
Amiens, 1870, pp. 777, 778. Conf. Ch. du Bouzel dans La Correspondance
littéraire, S-^ année, 1858-1859, pp. 297, 298.
2. Voyez nolammeul Eiig. Robe, les lois de la propriété immobilière en Algé-
rie, Alger, 1864, pp. 19, 25.
3. Relation des îles Peleiv, situées dans la partie occidentale de VOcéan
Pacifique, composée sur les journaux et les communications du capitaine
Henri ^yilson, Iraduii de l'anglais de George Keate, t. II, Paris, 1788, p. 155.
\. César, Com. VI, 22. Comparez ce que le même auteur dit des Suèves, IV,
1,3.
34
462
après ('ésar, Tacite confirme le témoignage de cet auteur ; mais
ce qu'il nous apprend de la propriété chez les Germains n'est pas
une simple répétition des assertions de César : il s'exprime d'une
manière un peu différente; et ces différences dans le langage des
deux écrivains sont pour nous d'un grand intérêt. Les termes
employés par Tacite nous permettent de supposer que depuis un
siècle et demi l'appropriation non pas des terres, en général,
mais d'une petite partie des terres était commencée en Germanie :
le Germain de Tacite possède sa maison, autour de laquelle il
laisse ordinairement un espace vide (soit pour prévenir le danger
des incendies , soit par ignorance dans l'art de bâtir) . Les demeures
sont éparses et isolées ^ . Ces traits paraissent indiquer la vie
sédentaire et la propriété individuelle ou, du moins, la propriété
de famille. Mais voici qui nous ramène à la vie commune :
« chaque tribu en masse occupe tour à tour le terrain qu'elle
» peut cultiver et le partage proportionnellement au rang et à
» la dignité. L'étendue des campagnes facilite cette répartition.
» Ils changent de terre tous les ans, et ils n'en manquent
» jamais '. »
Cet état d'indivision de la propriété frappait vivement l'esprit
des Romains : mais, peu habitués aux conceptions historiques, ils
considéraient ce fait primitif comme un fait voulu et artificiel et
cherchaient à s'en rendre compte par des raisons philosophiques :
César prête à cette occasion aux Germains un esprit politique
singulièrement profond. Ces mœurs s'expliquent de plusieurs
manières^ écrit-il. « On a voulu éviter que les Germains perdis-
» sent par une longue habitude du même sol les goûts guerriers,
» que chaque particulier cherchât à étendre ses limites et que
» les plus puissants s'efforçassent d'expulser les faibles, qu'on
» bâtit avec trop de soin pour se préserver du froid ou de la
» chaleur. On a voulu prévenir la cupidité d'où naissent les fac-
» tions et les dissensions. On a voulu enfin par le sentiment de
» l'égalité maintenir la paix parmi le peuple, chacun voyant ses
» ressources égales à celles des plus puissants '^ > De semblables
t. Tacite, Germ. XVI.
2. Tacite, Ibld. XXVI. J'eniprunle ici presque lextiiellement la Iraduetion de
Bu mou f.
3. César, Com. VI, 22. Ou a beaucoup discuté en Allemagne sur le sens des
passages de César et de Tacite que nous venons de mettre sous les yeux du
lecteur; maison est aujourd'liui d'accord pour les entendre comme ils doivent
463
réflexions pouvaient satisfaire la curiosité des contemporains de
César ; elles devaient plaire encore à la plupart des beaux esprits
du dernier siècle; mais, de nos jours, nous concevons les choses
historiquement, et nous ne prêtons pas volontiers tant de philo-
sophie aux premiers législateurs ; nous ne voyons donc ici qu'un
fait naturel, spontané, qui s'explique par les habitudes communes
à tous les peuples primitifs, ou, au moins, à la plupart d'entre
eux K
En Espagne, les Vaccéens partageaient également leurs terres
chaque année 2; et César eût été, sans nul doute, très-étonné
d'apprendre que les plus anciennes traditions Romaines elles-
mêmes concourent à nous faire envisager la propriété non pas
comme un droit individuel, mais bien comme un droit indivis
entre personnes unies par les liens du sang, ou même entre plu-
sieurs groupes de familles.
Cette manière d'envisager historiquement la propriété chez les
anciens, chez les Grecs comme chez les Romains, n'est pas uni-
versellement acceptée : elle s'appuie cependant sur des textes
dont l'autorité nous paraît considérable : mais avant d'aborder
directement ce sujet, nous ferons connaître en peu de mots l'opi-
nion des modernes.
M. Lehuërou, quia consacré quelques pages excellentes à l'his-
toire de la copropriété Germaine, n'a pas hésité à envisager ce
fait primordial comme un fait commun à tous les peuples pri-
mitifs, mais il s'est imaginé à tort qu'il n'était pas possible de
A'érifier, en ce qui concerne les Romains, l'exactitude de ce
sentiment historique : la propriété lui apparaît dans tous les
èlre entendus, c'est-à-dire sans faire aucune violence à la pensée de ces deux
auteurs. Voyez à ce sujet :
1" Roscher, Iber die Frage : Hahen unsere deuischen Vorfahren zu Tacitus
zeit ihre Landwirihschaft nach dem Dreifelderssijsteme getrieben ? dans 5e-
richte uber die Verhundlungen der K. Sxch. Gesellschaft der Wissenschaften
zu Leipzig. Philologisch-historische classe, tome X, 1858,
2" Beseler, Der Xeiibruch nach dem xlteren deufschen Redite dans Symbolae
Bethmanno Hollicegio oblutae, die 12 sept. 18C8, Berolini, 1868, p. 7.
3" Gefiroy dans la Revue des Deux -Mondes du h"' mars 1872, pp. 162, 163 et
suiv.
1. Il faut se délier des règles universelles appliquées à l'humanité : de la
liberté di)nl jouit l'iiorauie naît une variété d'usages et de législation qui rend
tW's-périlleuse toute généralisation absolue, n'admettant aucune exception.
2. Diodore, V, 3i.
monuments Romains déjà individualisée, déjà personnelle^; et il
ne pense pas qu'à l'aide des sources latines, il soit possible de
remonter le cours des âges et de retrouver les traces de cette
propriété d'abord commune à la tribu, puis attachée au groupe
qui compose la famille. M. Lehuërou est ici beaucoup trop timide :
au moment où il écrivait, la thèse de la copropriété primitive
chez les Romains était déjà démontrée par M. Giraud dans son
beau et très-savant ouvrage intitulé : Recherches sur V histoire
du droit de propriété chez les Romains (Aix, 1838). L'opi-
nion de M. Giraud n'a pas été adoptée par M. Fustel de Cou-
langes, auteur d'un livre extrêmement remarquable que nos
lecteurs connaissent sans doute, La Cité antique. M. Fustel
aperçoit chez les Romains les traces delà copropriété de famille,
mais n'y trouve aucun symptôme d'une copropriété plus
étendue que nous pouvons appeler la copropriété de tribu : à
ses yeux, les sources de l'antiquité Grecque ou Romaine ne nous
offrent « rien de semblable à la promiscuité de village générale
» en France au xif siècle ^ ; les populations de la Grèce et de
» l'Italie, dès l'antiquité la plus haute, ont toujours, écrit-il,
» connu et pratiqué la propriété privée ^. »
Il était peut-être difficile à M. Fustel d'apercevoir ce grand
fait historique ; car il se représente les premières familles comme
entièrement isolées les unes des autres, chacune d'elles ayant
son foyer, son culte et ses ancêtres : plus tard, ces famiUes se
rapprochent (quelque peu artificiellement) pour former des tribus '^
Ce système conduisait son auteur à méconnaître la copropriété
de tribu : car il n'est pas naturel de supposer que les familles qui
se rapprochaient ainsi se soient dépouillées de leurs domaines et
aient mis en commun leurs patrimoines. M. Fustel eût été amené
à une autre conception de la propriété chez les anciens s'il avait
considéré les tribus non connue une agglomération artificielle de
famiUes, mais connue un groupement naturel et généalogique.
Quant à nous, le mot tribu, ou mieux les mots suXr,, yévcç, gens,
1. Lehuërou, Uist. des JnsL Carol.,\. II, 1843, p. -43.
2. La cité antique, liv. II, ch. VI, 1" édilion, p. 7'2. Même pensée en termes
presque identiques, S"" édilion, Hachette, 1870, pp, 63, 64.
3. La cité antique, 1"= édit., p. 68. 3' édit., p. 63: « On ne voit non plus rien
qui ressemble à ce partage annuel des champs qui était usité chez les Ger-
mains. »
4. Ibid., liv. III, ch. I, 1" édition, p. 144, 3"^ édit., p. 137.
465
natio, ne nous représentent autre chose qu'une famille développée
qui a atteint sa plus grande extension.
De la famille ou geiis à la tribu la transition est graduelle :
peu à peu le souvenir des liens du sang s'affaiblit : les familles se
croisent et se mêlent : les groupes perdent insensiblement leur
caractère exclusivement généalogique, et ainsi se constitue la
peuplade. Mais les mœurs et les usages des familles patriarcales
se perpétuent au sein de ces premières sociétés. La copropriété
de famille et la copropriété de tribu sont donc deux faits étroi-
tement liés l'un à l'autre ; il paraît difficile d'accepter celui-ci et
de rejeter celui-là, comme essaye de le faire M. Fustel de
Coulanges.
Parmi les Allemands, Puchta ^ signale à l'origine de l'histoire
de Pvome les symptômes du domaine de l'état sur tous les biens.
Lange - s'élève contre cette pensée et revendique la priorité
pour le domaine privé.
Mais nous n'entreprendrons pas de faire connaître l'opinion
de tous les auteurs qui nous ont précédé, et nous aborderons
nous-méme ce sujet sans plus de préambule.
IL
L'INDE, LA GRÈCE, L'ITALIE.
Si on compare au point de vue qui nous préoccupe en ce mo-
ment ces trois pays, llnde, la Grèce et Rome, on doit tout
d'abord signaler l'existence de la communauté de biens chez les
Indous. Néarque, lieutenant d'Alexandre, écrivain du iv®
siècle avant Jésus-Christ, nous apprend que, dans certaines con-
trées de l'Inde, les terres étaient cultivées en commun par des
tribus qui, à la fin de l'année, se partageaient les fruits et les
moissons ^. Cette communauté des terres a persisté dans l'Inde
1. Puchla, Curms der Institut. I, 1841, pp. 129-134, II, p. 581. De son côté,
M. Mommsen croil à la communauté de biens primitive, Ulst. Rom., liv. I, ch.
XI, dans la traduction d'Alexandre, t. I, pp. 206, 207.
2. Lange, Rœmische Alterthumer, 185G, t. I, pp. 108, 109.
3. Néarque, apud Slrabon, lib. XV, cap. I, 66, édil. Didot, 1863, p. 610. Nous
signalerons plus loin une conséquence juridique bien remarquable de cet élat
l)rimiUf de la propriélc immobilière.
466
jusqu'à nos jours K Les domaines s'individualisèrent beaucoup
plus rapidement en Grèce et en Italie ; cependant il n'est pas
impossible de retrouver dans la littérature llomaine le souvenir
traditionnel do l'antique communauté de biens et de signaler dans
les deux pays quelques traces persistantes de cette vie patriar-
cale primitive dont Platon, au iv° siècle avant Jésus-Christ,
apercevait encore çà et là les derniers débris ~.
Rappelons tout d'abord ce qu'il y a d'universel dans les sou-
venirs populaires de l'antiquité, et citons, à cet effet, quelques
passages des classiques. Après quoi, nous aborderons certaines
traditions locales, et nous essayerons d'interpréter certains usages
dont le sens historique pourra nous être d'un grand secours.
« Avant Jupiter, lisons-nous dans les Géorgiques, aucun
» laboureur n'avait encore dompté les champs ; il n'était pas
» permis d'en marquer les hmites, d'en régler le partage : tout
» était commun. ^ »
Au temps du roi Saturne , écrit l'abréviateur de Trogue
Pompée, il n'y avait ni esclavage, ni propriété privée : les biens
étaient communs et indivis, et tous les hommes avaient, pour
ainsi dire, un même patrimoine ■*. C'était l'âge d'or si cher à la
poésie, l'âge du bonheur facile et de la concorde universelle.
Quam bene SaUirno vivebant rege priusquam
Tellus in lougas est patefacla vias!
Nondum caeruleas pinus conlemseral iindas,
Effusum venlis praebueratque sinum;
Non domus ulla fores habuil; non iixus in agris,
Qui regerel ceilis linibus arva, lapis".
Voilà évidemment la tradition populaire d'une époque primi-
tive antérieure à la constitution de la propriété privée r la poésie
recueillit ce souvenir et l'embellit de ses plus gracieuses fictions :
1. Moiinlstuaii Elphinslone, The Imlonj o/ India, vol. 1, London, ISil, p.
4G1. Conf. lifth édition. London, 1866, pp. 71, 72, 263.
2. Platon, les Lois, liv. III, dans la traduction d'Am. Saisset, t. I, Paris, 1863,
p. 160.
3. Virgile, les Géorgiques, liv. I, 125, 126, 127.
4. Justin, liv. 43, ch. l.
5. Tibulle, liv. I, élég. III, vers 35 et suiv. Conf. Ovide, Mclam. 1, 135.
Communenique ])rius, ceu hnnina Soiis et auras.
Caulus liumuin luni;o signavil limite niensor.
467
elle se plut à célébrer cet âge d'or, cet âge heureux, ce règne de
la justice, que les anciens plaçaient dans un passé lointain, tandis
.que, de nos jours, des imaginations généreuses, mais exaltées,
attendent de l'avenir la réalisation de ces rêves de bonheur public
et de perfection sociale.
Les plus grands progrès, les nouveautés les plus fécondes
apportent toujours avec elles un mal nouveau ou aggravent quel-
que souffrance ancienne : la propriété immobilière, lors de sa
première apparition, dut produire elle-même ce résultat : elle
ouvrait la voie à toutes les améliorations ; elle était destinée à
renouveler peu à peu la face du monde ; mais elle devait aussi
séparer plus nettement qu'autrefois les pauvres des riches, elle
devait favoriser les passions mauvaises, tantôt en facilitant l'oisi-
veté, tantôt en stimulant la cupidité. Telle est la part de douleur
qu'elle apportait aux hommes ; c'en était assez pour que, jetant
un regard en arrière, on évoquât avec un sentiment de regret
l'âge d'or du roi Saturne, car le mal présent est toujours le plus
sensible.
Dans la pensée du grand nombre il ne restait de ces mœurs
primitives qu'un s(juvenir lointain : aucun débris n'avait surnagé.
Qui donc, en effet, eût soupçonné que le roi Saturne régnât
encore sur un coin de terre tout voisin des côtes de l'Italie? En
d'autres termes, combien de Romains connaissaient l'histoire des
iles Lipari et savaient que la communauté des terres y avait per-
sisté jusqu'à une époque tout-à-fait historique ?
C'est là un fait très-important et peu connu : il a été recueilli
par Diodore de Sicile : cet auteur nous raconte que des Cnidiens
et des Rhodiens colonisèrent les îles Lipari an nord de la Sicile.
« Comme ils avaient beaucoup à souffrir des pirates Tyrrhé-
» niens, ils armèrent des barques pour se défendre contre ces
» incursions, et se divisèrent en deux classes séparées; l'une fut
» chargée de cultiver les terres des îles qu'on déclara propriété
» commune ; à l'autre on confia le soin de la défense. Ayant de
» cette manière mis en seul bloc toutes leurs propriétés, et man-
» géant ensemble à des repas publics, les habitants des îles vécu-
» rent en commun pendant plusieurs années ; mais^ par la suite,
» ils se partagèrent les terres de Lipari, où se trouvait leur ville ;
>•> quant aux autres îles, elles continuèrent d'être cultivées en
» commun. Enfin ils en vinrent à se partager ainsi toutes les
» îles pour vingt années : à l'expiration de ce terme, on les tire
/.68
» de nouveau au sort. * » Ainsi, à l'époque où écrivait Diodore
de Sicile, ~ c'est-à-dire sous le premier empereur Romain, la
propriété privée immobilière n'était point encore complètement
C()nt>tituée parmi les Grecs des petites îles Lipari : ils pratiquaient
aux portes de Rome ces partages périodiques observés en Ger-
manie par César et Tacite. Peut-être dans la mère patrie leurs
ancêtres avaient-ils connu jadis l'approjniation complète de la
terre, car les domaines privés étaient déjà constitués dans la
plus grande partie delà Grèce au temps d'Homère'' et d'Hésiode ^ ;
peut-être aussi ces tribus voyageuses qui des Cyclades s'étaient
transportées dans la Carie, qui, })eu après, quittaient Cnide et
s'unissaient à quelques Rhodiens pour faire voile vers la Sicile,
peut être ces tribus, s'étant fixées plus tardivement que les autres,
avaient-elles gardé plus longtemps aussi les mœurs et les usages
qui conviennent aux nomades.
Ne pourrait-on pas en dire autant de quelques-uns des pre-
miers colons de la Grande Grèce? C'est une pure conjecture que
nous exposerons ici, mais il ne faut pas toujours négliger les
conjectures : nous nous transporterons donc un moment dans la
Grande Grèce et nous consulterons les biographies de Py thagore
que l'antiquité nous a transmises. On sait que Pythagore réunit
des disciples qui pratiquaient le système de la communauté de biens:
ce n'est pas sur ces agrégations d'un petit nombre de personnes
que nous appelons l'attention : il est assurément permis d'accepter
ici le témoignage des biographes qui considèrent cette institution
comme l'œuvre du philosophe et qui ne la rattachent en aucune
façon aux origines historiques de la Grande-Grèce ; mais voici un
fait attribué aussi à Pythagore, fait plus général, plus important
et plus difficile à ex])liquer : à la voix de cet éloquent personnage,
écrit un auteur, plus de 2,000 individus adoptèrent le régime de la
1. Diodore, Bibl.hislor., liv. V, 9, édit. Muller, vol. 1, Parisiis, 184-2, p. 259.
2. Pour parler ainsi je m'appuie sur cette phrase de Diodore :
Tô ôè TEXe'JTatov rdtaa; xà? vri<TOu; si; EÎxoatv ËTr, oiî>,6[J.£vot, 7tâ),iv y.),-/;po'j/o'JTtv,
otav 6 xpo'^o? ouTo; ôi£),Oy).
Si on faisait de ce présent xV/ipouyoùiriv un présent historique, on ne pourrait
plus soutenir que les partages périodiques existassent encore au temps de
Diodore; mais il n'en serait pas moins vrai de dire qu'ils avaient persisté dans
les îles Lipari jusqu'à une époque relativement récente: c'est 1;\ pour nous le
]ioint important.
.3. Voyez notamment Odyssée, XIV, v. 202-215.
i. Hésiode, Opéra cl Dies, vers 313, 311, 3'il, 385- ilO.
469
communauté et organisèrent clans la Grande-Grèce un état politi-
que. Il y a plus: en s' attachant aux expressions de notre historien, on
pourrait supposer qu'il s'agit de l'origine même de plusieurs villes
de la Grande-Grèce ^ Ainsi, d'après ce texte, postérieurement à la
fondation de Rome, une ville ou même quelques villes du Sud de
l'Italie auraient été fondées et assises sur le régime de l'indivision.
Voilà un fait social d'une grande importance, attribué à une
époque assez peu reculée et qui aurait laissé de bien faibles traces
dans l'histoire. N'est-il point permis de se demander si une an-
cienne tradition, concernant l'origine de certaines villes de la
Grande-Grèce, ne serait pas venue ici se fondre dans les récits
postérieurs et à demi-légendaires de la vie de Pythagore ? Sous
le nom, sous le couvert de Pythagore, une tradition historique
très-précieuse serait ainsi parvenue jusqu'à nous : ce qui confir-
merait notre pensée, c'est que ce passage de Nicomaque recueilli
par Porphyre est tout-à-fait isolé dans les biographies de Pytha-
gore : partout ailleurs il n'est question que des disciples du phi-
losophe, c'est-à-dire de corps assez peu nombreux comptant
tout au plus 600 personnes. Nous trouvons dans une source très-
différente un trait qui doit être rapproché de ce qui précède : il
s'agit des habitants de Tarente : les citoyens de cet état parais-
sent avoir conservé jusqu'au temps d'Aristote quelque chose de
l'antique communauté des terres : « à Tarente, on accorde aux
» pauvres l'usage commun des propriétés, et ainsi on s'assure le
» dévouement de la foule, » lisons-nous dans la Politique 2. Ainsi
la ville de Tarente pratiquait au bénéfice des indigents une cou-
tume qui rappelle le partage périodique des terres des îles Lipari :
cet usage s'explique beaucoup mieux par l'histoire que par la
philanthropie ; et nous avons là très-probablement sous les yeux
un débris d'une haute antiquité.
Mais ne pourrait-on pas signaler d'autres vestiges historiques
qui, à défaut de la tradition populaire de l'âge d'or et de la com-
munauté des biens sous le roi Saturne, à défaut du témoignage
précis de Diodore concernant les îles Lipari, nous permettraient
de remonter par la pensée jusqu'à l'époque de l'indivision primi-
1. Porphyri Pijthagorae vif a, à la suite de Diogène Laerce, édit. Didot,
Parisiis, 1850, p. 91. Conf. Janiblif[ue qui répète mot à mot ce qu'avait dit
Porphyre, ibid., p. 21.
•?. Aristotc, Politique, liv. VK eh. 3 (5), édit. Didot, 1. I, p. 59G.
470
tive? Nous voulons parler des repas communs, des sussitia si
souvent mentionnés par les écrivains de l'antiquité.
Si on consomme en commun les fruits de la terre, c'est qu'ori-
ginairement la terre n'est pas considérée comme le domaine de
l'individu, mais comme la nourricière de tous les hommes, « Ils
» mirent en un seul bloc toutes leurs propriétés et mangèrent
» ensemble à des repas publics, » écrit Diodore de Sicile à pro-
pos des habitants des petites îles Lipari. A mon sens, ces lignes
précieuses nous révèlent l'origine des repas publics. Cet usage
dérive de la communauté des terres : il s'y rattache aussi étroi-
tement que l'effet à la cause, et même il nous permet de remonter
plus loin encore par delà l'établissement des premières commu-
nautés sédentaires jusqu'à la vie errante des familles patriarcales.
L'habitude des repas publics était ré])andue en Italie et en Grèce :
au dire d'Aristote, les Œnotriens, à partir du jour où ils aban-
donnèrent la vie nomade pour cultiver l'agriculture, reçurent de
leur roi Italus l'institution des repas communs : le philosophe
eût été plus exact en nous disant que les Œnotriens , devenus
sédentaires, conservèrent, et non pas adoptèrent, cette institution
des repas communs ; car c'est là, suivant toute probabilité, un
débris de la vie nomade : les Opiques, habitants des rivages de
la Tyrrhénie, mangeaient aussi en commun, et, au temps d'Aris-
tote (c'est-à-dire environ 400 ans après la fondation de Rome) ,
les Choniens, sur les côtes de l'Iapygie, les liabitants de quelques
cantons du Brutium et de la Lucanie, étaient restés fidèles à cette
antique tradition ' . Enfin personne n'ignore que cet usage se
conserva pendant longtemps dans l'île de Crète '\
Chez les Spartiates les antiques repas publics ont laissé une
double trace, l'une dans les lois et l'autre dans les mœurs.
D'une part, le législateur s'empara de ce vieil usage; il le
consacra et le perpétua par des prescriptions formelles qui obli-
geaient tous les citoyens, les rois eux-mêmes, à s'asseoir à la
table commune ^ : d'autre part, le peuple garda un souvenir reli-
gieux de ces habitudes primitives, et, à côté des Sussitia, sortes
1. Aristote, Politique, liv. VII, cb. 9 (liv. IV dans la traduction de M. Bar-
thélémy-Sainl-Ililaire).
2. Voyez nolarnnient Athénùe, Banquet des Savants, éd. Dindorf, vol. I,
Lipsise, 1827, pp. 311, 323, chap. IV, g 22.
3. Conf. ïhirlwall, Uist. de la Grèce ancienne, Irad. d'Ad. Joannc, t. 1, Paris,
1847, p. 238.
47^
de repas légaux, il eut d'autres réunions toutes spontanées qui
conservèrent plus purement la vieille tradition. Ce repas popu-
laire des Spartiates, beaucoup moins connu ^ que leur table offi-
cielle, s'appelait Cojyis. Athénée nous en a laissé la descrip-
tion d'après Polémon, écrivain du deuxième siècle avant notre
ère :
« Lorsque les Spartiates célèbrent le -/.cttî?, ils commencent par
» dresser des tentes auprès de certain temple ; ils y élèvent des
» lits d'Iierbages, sur lesquels ils étendent des tapis, et y font le
» repas tout couchés, traitant non-seulement ceux qui sont de
» notre contrée, mais même des étrangers qui s'y trouvent en
» voyage : ils sacrifient dans ces copis des chèvres, et non
» d'autre animal. Ils donnent à tout le monde une portion des
» viandes, et ce que l'on appelle phijsicille, c'est-à-dire un
» petit pain assez semblable à un encride, mais d'une forme
» plus sphérique. On présente, en outre, à chacun de ceux qui
» se sont réunis, un fromage frais, une tranche du bas-
,> ventre et du gros intestin de la victime , du dessert comme
» des figues sèches, des fèves, des haricots nouveaux. Chaque
» Spartiate peut donner un copis à sa volonté, mais dans la ville
» on ne les donne qu'à la fête appelée Tithènidia, célébrée pour
» la conservation des enfants. C'est alors que les nourrices amè-
» nent les enfants mâles à la campagne pour les présenter au
» temple de Diane Coruthallis, situé près du fleuve ^ Tiassa, du
» côté de la grâce Cléta. Elles y célèbrent des copis tels que
» ceux que je viens de décrh-e. On y sacrifie des cochons de lait
» et on sert au repas des pains ipnêtes ou cuits au four. ^ »
Tout ici est primitif; et voilà le repas commun dans son antique
simplicité.
En d'autres contrées encore, cette tradition reste longtemps
reconnaissable bien qu'ahérée. A Athènes, par exemple, et dans
dans plusieurs villes Grecques, les magistrats et ceux qui se sont
1. Je ne Irouve aucune allusion au copis dans l'intéressant travail de M. Alb.
Bielschowsky, De Sparianorum syssiilis, Vralislaviae, 1869.
2. Peut-être source. Voyez Pape, Wœrterbuch der griechischen Eigennamen,
1863-1870, p. 1520.
3. Athénée, édit. Dindorf, vol. I, Lipsiae, 1827, pp. 314, 315, liv. IV, § 16.
J'emprunte ici presque textuellement la traduction de Lefebvre de Villebrune,
I. 11, Paris, 1789, pp. 35, 36. Je laisse le genre masculin que ce traducteur a
donné au mol copia.
472
distingués par des services exceptionnels prennent leurs repas
dans la maison commune ouPrytanée ^ : quand un jeune homme
est nouvellement admis dans la phratrie, tous les memhres par-
tagent avec lui les viandes sacrées -. A Rome, enfin, chaque
curie a une salle de festin, et toutes les curies ont une salle com-
mune, à peu près comme les prytanées des Grecs, écrit Denys
d'Haliearnasse '^ N'est-il pas naturel de rattacher tous ces sou-
venirs à l'ijahitude primitive des repas communs? Aristote, frappé
de la haute antiquité de cet usage en Italie, suppose qu'il est né
dans ce dernier pays, d'où il sei-ait passé en Grèce'*. Denys d'Ha-
licarnasse, au contraire, après avoir mentionné les repas puhlics
des curies Romaines, songe aux Lacédémoniens, et suppoâe que
Romulus a fait ici un emprunt à la législation de Lycurgue •''.
Mais non : Romulus n'a rien emprunté à Lycurgue comme le
voudrait Denys, et la Grèce n'a pas davantage copié l'Italie,
comme le voudrait Aristote : en Grèce et en Italie, l'usage des
repas communs s'est établi tout naturellement, ou plutôt s'est
conservé : dans les deux pays, il est demeuré comme un témoin
attardé de l'ancienne vie nomade '^ et de la communauté pri-
mitive des terres : dans les deux pays, la religion et les mœurs
en ont conservé le souvenir.
Après avoir passé en revue les témoignages historiques qui
nous rappellent un état primitif antérieur à la constitution de la
propriété individuelle des immeubles, nous arrivons à une tradi-
tion populaire qui paraît tout d'abord marquer le point précis où
finit l'indivision et où commence l'appropriation de la terre : nous
voulons parler d'une tradition assez répandue ^ qui nous repré-
t. Alhénée, Ed. Dindorf, vol. I, Lipsiae, p. 40'2. liv. V, g 2. Conf, le Thesau-
nis d'Henri Esticnne, édit. Didol, t. VI, col. 2122.
2. Déinoslh. Oralio adversus Macartatum, Parislis, Didol, 1845, p. 565.
3. Denys d'JIalicarnasse, Antiq. Romaines, liv. II, th. 23, édil. Kiessling,
Lipsiœ, Teubner, 1870, pp. 141, 142.
4. Aristole, Politique, liv. VII, ch. 9.
5. Denys, loco citato.
6. Je suis surpris qu'on ne trouve pas un chapitre consacré aux repas
communs dans l'ouvrage de Dorn Seiffen, Vestigia vitae Aomadicae, tam in
inoribus quani legihus Romanorum conspicua, Utrecht, 1819.
7. Celle tradition est fréquenle, non pas universelle : ceci s'explique de
plusieurs manières. En beaucoup de lieux, le souvenir du partage ]>rimilif a pu
s'efl'acer; ailleurs, l'appropriation des terres a pu cire graduelle cl ne laisser
dans les Iraditions populaires aucune trace sensible. Enfin il est probable que
473
sente les habitants d'un pays se partageant entre eux les domaines.
Celui qui examine la valeur de cet antique souvenir est conduit
tout d'abord aux réflexions suivantes : on partage, dira-t-il, ce
qui est possédé en commun. Lors donc que nous rencontrons
dans les traditions d'un pays le souvenir du partage, nous voyons
du même coup naître sous nos yeux l'idée même de la propriété ;
nous voyons se clore l'ère de l'indivision et commencer l'ère de
la propriété privée.
Il y a là une grande apparence de vérité ; toutefois cette con-
clusion n'est pas aussi sûre et aussi certaine qu'on pourrait le
croire. Des colons Grecs se rendent dans les C}-clades; des bar-
bares mêlés à des Grecs dans la Sardaigne : à peine arrivés, le
premier soin des émigrants est de se partager les terres. Cette
tradition est précieuse et tout-à-fait digne d'intérêt, car il en
résulte que, dans ces pays, la propriété immobilière a eu pour
point de départ une distribution des terres entre les habitants et
que, lors de leur installation, les nouveaux venus ont tout d'abord
considéré le territoire comme un bien commun qu'ils se sont em-
pressés de partager entre eux; mais, de ce qu'ils ont immédia-
tement conçu la pensée de diviser ainsi ce bien commun, ne
pouvons-nous pas conclure avec vraisemblance que, précédem-
ment, ils avaient déjà la notion de la propriété privée de la terre ?
Une tradition de partage ainsi réunie au souvenir de l'entrée d'un
petit peuple dans tel ou tel pays, ne nous indiquerait donc pas
l'origine de l'idée de la propriété immobilière chez ce peuple,
mais seulement l'origine des propriétés foncières, des divisions
de la terre dans la contrée dont il s'est emparé. Il est vrai que
ces deux événements, envahissement du pays, partage des terres,
ont pu, en bien des cas, n'être point en réalité simultanés : on
supposera volontiers que la tradition est venue après coup rap-
procher et confondre ces deux faits originairement distincts.
Celui qui adopterait ce sentiment serait par là conduit à aper-
cevoir dans la tradition du partage l'origine même de l'idée de
propriété immobilière : celui qui le rejettera ne verra dans cette
tradition autre chose que le point de départ et l'origine des pre-
mières propriétés foncières dans tel ou tel pays.
Quant à nous, en ce qui touche certaines traditions grecques,
bien des traditions de partage n'ont pas été recueillies par les historiens dont
l'œuvre nous est parvenue.
474
nous inclinerions vers la seconde solution plus prudente et plus
réservée; tandis que nous attribuerions volontiers aux traditions
Romaines une signification plus absolue. Mais laissons ces
discussions et passons aux iaits.
La tradition du partage est fréquente chez les Grecs : nous la
rencontrons parmi les liabitants des Cvclades ', de Ténédos, de
Lesbos et des îles voisines - : elle existe aussi en Sardaigne ■' :
on la retrouve dans le Péloponèse envahi par les Doriens '^.
1. Diodore, V, 8i.
2. Diodore, V, 81, 83.
3. Diodore, V, 15.
4. Des discussions délicates se sont élevées jui sujet du partage des terres
chez les Doriens*: il me semljle (fu'on peut assez sûrement faire ici la part de
l'histoire et celle de la légende.
Il y eut un partage à jieu près égal des terres (taoT-zita Tivà) à l'origine de
l'invasion Dorienne : voilà l'histoire : nous avons pour témoin de ce fait, Platon,
dans le traité des Lois-.
Mais on a altrihué à Lycurgue cette répartition des terres: voilà la légende.
Lycurgue, personnage à demi-légendaire, aurait ainsi, dans notre sentiment,
absorbé un fait antérieur. Cette supposition est corroborée par l'existence d'une
tradition, d'ailleurs erronée, qui fait de Lycurgue un contemporain des Héra-
didcs', et par une conjecture critique de Timée qui se crut obligé de supposer
l'existence de deux Lycurgue*.
Cette manière de voir résout bien des difficultés : d'abord elle accorde au texte
de Platon tout le respect qui lui est dû : en second lieu, elle tient compte des
objections très-graves qui ont été faites au ])artage par Lycurgue dont ne
parlent ni Hérodote, ni Thucydide, ni Xénophon^. On explique ainsi comment
cette opinion fausse a pu se produire, mais sans rejeter le texte de Platon qui
est formel et qui a été traité, ce semble, beaucoup trop légèrement. D'après
M. Duncker, Platon, si on prend à la lettre ce qu'il a écrit, se contenterait de
faire observer que les Doriens pouvaient facilement procéder à un partage des
terres: mais il ne dirait pas que ce partage ait eu lieu efl'ectivement; consul-
tons le texte même de Platon, et nous nous apercevrons bien vile que l'interpré-
tation de M. Duncker est inacceptable: le philosophe commence par avertir ses
lecteurs qu'il va raisonner sur des faits réels et certains, et non sur de vaines
conjectures: après ce préambule, il arrive aux Doriens, s'occupe du partage
des terres qui se fit entre eux, et cela en des termes qui, isolés de ce qui précède
et de ce qui suit, ont pu à la rigueur donner le change à M. Duncker. Après
1. Conf. Thirwall, Hist. de la Grèce ancienne, trad, d'Ad. Joanne, Paris, t. I, 1847, p.
210 et suiv. Grote, Hist. oj Greece, Loiidon. 1840, t. Il, p. 524 et suiv. Duncker, GeschichU
des Allcrthmns, Berlin, 1800, t. III, p. 362 et suiv.
2. De legg., p. 084 (pagination d'Henr. Etienne).
3. Xénophon, iîc;j. Lac. X, 8 , apud Thirlwall, ibid., pp. 208, 209.
4. Tixnatï J rarim. dans Millier, h'rarim. hist. Gi-tec, t. 1, 1841, p. 202, frag. 4*.
6. Grote, ibid., traduction par A. de Sadous, Paris, 1865, t. III, p. 323.
475
Aristote cite plusieurs pays, Locres^ dans la Grande-Grèce,
Thèbes 2, Leucade ^, dans lesquels le nombre primitif des pro-
priétés devait être soigneusement maintenu. Cette pensée ne peut
guère s'expliquer que par un partage primitif : interprétation
d'autant plus vraisemblable qu'elle se vérifie avec certitude pour
une ville que nous n'avons pas encore citée, Thurium ; ici, nous
avons deux témoignages distincts : celui d' Aristote-^, qui men-
tionne l'envahissement des terres par un petit nombre de patri-
ciens, malgré la loi qui s'opposait à ces acquisitions, et celui de
Diodore qui relate la tradition primitive du partage ^. C'est par
cette tradition primitive que doit évidemment s'expliquer la légis-
qiioi il ajoute : « à l'égard des Doriens, les choses se passèrent paisiblement et
» sans obstacles par rapport à la division des terres. Toïç oè Sr; AwpuùTi xai
» T0ù6' ovTO); "JTT/ipXï y.a),w; y.ai àv£[J.£ar(Tw;, y'Ôv "f- àvaiJ.9t<j6ï;T7ÎTw; S'.av£[j.cC!8ai. »
Ce témoignage nous parait établir d'uns façon indiscutable le fait d'un partage
primitif chez les Doriens : tradition qu'on a plus tard rattachée à Lycurgue.
M. Grote reconnaît ce partage primitif dans le texte traduit par M. de Sadous
(t. III, 18G5, p. 323).
1. Je parle des Locriens : cependant M. Barthélémy Saint-Hilaire, dans sa
traduction de la Politique, n'attribue pas à ce peuple celte phrase dAristote : è-t
ôà Toy; 7ta),aioù; x),Yipoy; ôtaTw!;^^ ; ce passage, d'après lui, s'appliquerait à des
Grecs non désignés par Aristote. Quelle que soit l'explication qu'on adopte, le
passage a pour nous la même valeur. (Conf. Barthélémy Saint-Hilaire, traduc-
tion de la Politique d'Aristole, 1848, p. 79).
2. Politique, II, 9.
3. Politique, II, 4. Telles que nous les présente Aristote, ces lois grecques sur
la conservation des lois primitifs se rattacheraient à une pensée aristocratique cl
auraient le plus souvent pour objet d'empêcher la plèbe de parvenir à la propriété,
et par là aux magistratures cl aux honneurs. Faut-il en conclure que le bas
peuple avait été primitivement exclu de ces partages, ou bien ne convient-il pas
de supposer que, le nombre des lots primitifs étant demeuré invariable et le
chiffre de la population ayanl augmenté, la propriété immobilière devint ainsi
par la suite un privilège aristocratique et le maintien des lois une sauvegarde
pour les classes supérieures? 11 est difficile de répondre à ces questions avec le
secours de quelques lignes d'Aristole : cependant nous inclinerions vers la
seconde solution.
4. Politique, V, 6 (7). Ici la loi qui prohibe les acquisitions paraît être
considéréiî comme une sauvegarde contre l'oligarchie qui lend à se constituer
par l'achat des terres : sans nul doute, par suite de circonstances locales, les
acquisitions se faisaient à Thurium au profit de ceux qui possédaient déjà,
t;uidis qu'ailleurs c'étaient les prolétaires qui achetaient. Ainsi une même loi
primilive put devenir, ici, une garantie aristocratique contre la démocratie, et
là, au contraire, une sûreté contre un développement aristocratique.
5. Diodore, XII, 11.
lation à laquelle fait allusion Aristote. En Lacouie, la tradition
qui nous occupe présente un trait remarquable : il ne s'agit pas
seulement, chez les Spartiates, d'une division par lots, mais bien
d'une division par lots égaux, ou, au moins, d'un partage qui
entraîne une certaine égalité, icrÔTY)Ta -.•.vi. Nous rencontrons aussi
ce souvenir d'égalité chez les Romains : Denys d'Halicarnasse,
Varron, Festus et Pline, nous fournissent, en ce qui concerne ce
dernier peuple, des témoignages d'un grand intérêt et d'une valeur
historique incontestable.
D'après Denys d'Halicarnasse, Roniulus divisa en dix curies ou
phratries chacune des trois tribus ou phyles qui composaient la
population et partagea le territoire en trente lots : il assigna par
le sort un de ces lots à chaque curie, après avoir réservé
une part pour les frais de culte et une autre pour le domaine
public ^ Varron constate à deux reprises la même tradition :
« Ager Ronianusprimum divisus inparteis tris a quo tribus appel-
» lata Tatiensium, Ramnium, Lucerum ~. » — « Rina jugera quod
» aRomulo primum divisa (dicebantur) viritim quae (quod) hsere-
» dem sequerentur, hœredium appellarunt ^ ».
Nous retrouvons dans Festus et dans Pline l'ancien la mention
de ce mesurage primitif du domaine Romain : « Centuriatus ager
» in ducenta jugera defînitus. Quia Romulus centenis civibus
» ducenta jugera tribuit (Festus) ^ Bina tune jugera populo
» Romano satis erant, nullique majorem modura attribuit
» (Pline) ■■'.
Dans les termes où elle nous est parvenue, cette tradition
Romaine se prêterait plus facilement que certaines traditions
Grecques à l'interprétation que nous avons indiquée tout d'abord
et dont nous avons signalé le côté faible : car le premier noyau
du peuple Romain ne se présente point a nous comme une colonie
d'émigrants venant d'un pays lointain chercher fortune sur le
territoire de Rome : nous avons affiùre à un petit groupe qui
1. Denys d'Halicarnasse, Ant. Rom., liv. H, eh. 3.
2. Varron, De llngua laiina, V, 55, étlilion Egger (d'après l'édil. de Millier),
Parisiis, 1827. p. 16.
3. Varron, De rerustica, lib. I, 10, dans Schneider, Scriplor. rei rusiicae vef.
lai. t. I, Lipsiœ, 1794. p. 153. Conf. la citation du même passage par Nonius
Marcellus, BeConipendiosadodrlna, éd. Lud. Quicheral, Parisiis, 1872, p. 61.
4. Sext. Pompon. Festus, édil. Dacier adusum Delphini, Parisiis, 1681, p. 74.
5. Pline, Hist. nat. lib. XVIII, II.
477
depuis longtemps habite l'Italie. C'est donc l'idée même de la
propriété immobilière individuelle qui apparaît ici et qui succède
chez un peuple pasteur à l'état d'indivision des terres : nous ne
prétendons point d'ailleurs que cette idée soit née subitement et
et que la propriété ait été, par conséquent, comme improvisée en
un jour chez les Romains : non, l'homme ne procède pas d'ha-
bitude par de tels soubresauts : il est vraisemblable que les
souvenirs populaires ont ici, comme en bien d'autres circons-
tances, effacé beaucoup de détails, concentré plusieurs événements
dans un seul ^. Il serait assez naturel, par exemple, de supposer
que pendant longtemps les partages se renouvelèrent périodi-
quement jusqu'à ce que l'idée du droit absolu de l'homme sur la
terre se dégageât enfin, jusqu'à ce qu'une jouissance permanente
et indéfiniment transmissible succédât à une jouissance tempo-
raire et imparfaite. Telle est la marche suivie par les Germains,
par les Grecs des îles Lipari et, de nos jours, par les paysans
Russes; mais, en ce qui concerne Rome, nous en sommes réduit,
comme on voit, aux hypothèses, et nous ferons acte de prudence
en ne poussant pas trop loin ces interprétations.
Aussi bien, qu'on corrige de la sorte la tradition Romaine ou
qu'on l'accepte sans la moindre modification, cette tradition con-
serve dans les deux cas le même sens et la même valeur : elle
place toujours le partage au sommet de l'histoire de la propriété
immobilière chez les Romains ^.
Dans le sentiment des auteurs dont n(^us avons transcrit le
témoignage, cette distribution des terres a quelque chose de
général et d'absolu : il ne s'agit pas seulement à leurs yeux des
domaines conquis par Romulus '^ : le territoire tout entier est
1. Voyez, sur les c;iractères de la tradition populaire, Ampère, V Histoire
liomaine à Rome, l. I, 1862, pp. 2G7, 268, 269.
'2. En consultant l'élymologie on arrive à soupçonner un fait analogue au
partage Romain chez les Eques et dans le territoire de Cures. Dans ces pays,
le terme de comparaison dont on se serait servi pour déterminer l'étendue des
lots serait, d'après quelques interprèles, une certaine mesure de semence. Telle
est l'explication ingénieuse qu'on a donnée du nom de Septimus Modius, premier
roi des Eques, et du nom de Modius Fabidius, avec lequel commence l'histoire
de Cures. (Pfund, AUitalische Rechisalterihumer in der Rocmischen Sage, Wei-
mar, 1847, pp. 3, 4. Conf. ibid., p. 10, note 1.)
3. Quelques écrivains se contentent de mentionner le partage sous Numa des
terres conquises par Romulus ; mais leur témoignage est conciliable avec ceux
que nous avons cités ; car l'idée d'un partage général, loin d'exclure un partage plus
32
478
compris dans la répartition des lots. Point de distinction non plus
entre les citoyens de la ville naissante : tous sont appelés au
partage. Les critiques modernes se sont divisés à ce sujet : les
uns ont soutenu que cette répartition avait été faite entre les
seuls patriciens \ les autres cmt pensé qu'elle avait eu lieu au
profit des seuls plébéiens -, tandis que la jouissance du territoire
conquis sur l'ennemi, de Vage?^ jjM&^zcif^, aurait été réservée aux
patriciens. Nous n'apercevons dans les textes aucun indice favo-
rable à l'une ou à l'autre de ces opinions extrêmes : le partage
est général : tous les citoyens en profitent et il entraîne comme
chez les Doriens et chez les Germains un souvenir d'égalité : le
restreint, le suppose au contraire. Voy. Ciccron, Jiep. lib. II, cap. XIV, Plutarque,
Numa, XVI, 3. Plutarque, tout en ne parlant que du partage des terres con-
quises, a le sentiment très-net et très-vif de l'égalilé générale des domaines à
l'origine de l'histoire romaine. Flaccus biculus, expliquant le mot ceîitone, ne se
réfère qu'au partage des terres conquises. Voyez Blume, Lachmann et Rudorlf,
Die Schriften der Rœmischen Feldmesser, I, p. 153.
1. Telle paraît être la pensée de Rougier, baron de la Bergerie, Histoire de
VagricuUure ancienne des Romains, Paris, 1834, pp. 147, 148, de Pfund,
Altitalische RechtsalteiihUmer in der Rœmischen Sage, p. 72.
2. En ce sens Pucbta, Cursus der Institut, t. I, 1841, pp. 130, 149.
M. Maynz pense que les plébéiens eurent sept arpents au lieu de deux, mais les
autorités auxquelles il renvoie ne justifient pas cette opinion singulière : aucun
de ces textes n'a trait au partage primitif, le seul qui nous occupe ici. Conf.
Maynz, Cours de droit Romain, t. I, 1870, p. 27, et Tite-Live, lib. V, 24, Pline,
Uist. nat. lib. XVIII, 4. Valère-Maxirae, IV, 3.
Une autre question s'est élevée au sujet de ces bina jugera. On s'est demandé
si le rendement de ce petit terrain pouvait suffire à l'alimentation d'une famille :
les uns ont répondu parla négalive, les autres par l'affirmative; voy. entre
autres :
1" Mommsen, Histoire Romaine, traduction d'Alexandre, t. I, 1863, p. 251,
note 1 ;
2° Asber, Die bina jugera der Rœmischen Biirger, dans Fesischrift zur
Begriissung der vierundzwanzigsten Versammlung deutscher Philologen und
Schulmxnner, Leipzig, 1865, p. 67-78.
Nous ne croyons pas nécessaire d'entrer dans celte discussion, car ni l'une ni
l'autre des deux ojjinions contraires ne s'oppose à tout ce qui vient d'élre dit.
Le produit des bina jugera est-il suffisant pour nourrir une famille? Pas même
l'apparence d'une objection ne s'élève contre la tradition du partage. Le produit
est-il insuflisant? On résoudra la difficulté en songeant au terrain non divisé,
lequel, dans ce cas, suppléerait à l'insuffisance des lots. Cette dernière solution
serait très-historique : elle écarterait l'hypothèse d'un partage général et absolu,
succédant sans aucune transition au régime de la communauté. L'histoire n'est
qu'une série de transitions, de modifications lentes.
479
territoire est réparti par les égaux, par bina jugera. Ces bina
jugera nous ramènent aux réflexions qu'inspirait à César la
division des terres chez les Germains : il était frappé de cette
égalité dans les fortunes et il écrivait : « Ut animi sequitate ple-
» bem contineant, quum suas quisque opes potentissimis cequari
» valeat ^ » Les anciennes traditions Ptomaines inspirent à Pline
une réflexion semblable : « Bina tune jugera populo Romano
» satis erant, nullique majorera modum attribuit. » Plutarque,
de son côté, paraît très-frappé de cette antique égalité des for-
tunes parmi les Romains -. Telle est l'analogie remarquable
qu'offrent les traditions Romaines, aussi bien que les traditions
Doriennes, avec l'iiistoire de la Germanie : ne nous en étonnons
pas. Cette idée d'égalité, d'équitable répartition, procède naturel-
lement de l'idée de copropriété : il n'est pas surprenant qu'on
la retrouve dans les plus anciennes traditions sur le partage des
terres.
Ce sentiment d'égalité dans la possession de la terre est d'ail-
leurs compatible avec l'existence d'une aristocratie naissante
fondée sur la richesse; car, chez les peuples pasteurs, la fortune
consiste en troupeaux, non pas en terres. Les Germains avaient
déjà des « principes ^ » des puissants, à l'époque où César consta-
tait avec étonnement parmi eux l'usage du partage égal des terres.
Pendant la période de la vie nomade, le groupe des forts, des
habiles, des riches, s'est déjà constitué : une aristocratie s'est
ébauchée ; mais ses goûts sont grossiers, ses besoins restreints ;
une habitation et un terrain plus grands que le domaine des
autres citoyens seraient inutiles aux riches : ils ont pour leurs
troupeaux la terre non encore divisée, le pâturage commun. Dès
que la fortune immobilière commencera à révéler sa puissance,
dès que certains domaines fertilisés auront enrichi leurs maîtres,
les forts se retrouveront sur ce nouveau champ de bataille de l'ac-
tivité humaine, et l'aristocratie territoriale se développera en
même temps que la propriété.
Cette communauté des fruits et des moissons, ces souvenirs de
partage, et même d'une certaine égalité dans les fortunes, tout
cela sent la plus haute antiquité : s'il s'agissait de faits récents,
1. César, De bello Gallico, VJ, 22.
2. Plutarque, Comparaison de Lijcurgue et de Numa, II, 5, 6.
3. César, De bello goUico, VI, 22, 23.
1
480
(le créations arbitraires du législateur, ces traditions nous arri-
veraient mélangées k l'iiistuire des résistances qu'auraient sus-
citées de pareilles innovations : elles seraient nécessairement
accompagnées du récit d'une guerre civile acharnée, à moins que
les propriétaires de Tantiquité n'aient été doués d'un caractère
plus conciliant que celui des propriétaires modernes, et que, dans
ces temps reculés, l'homme n'ait été d'immeur à se laisser dépouiller
sans opposer la moindre résistance. Il est vraisemblable que,
depuis lors, la nature humaine n'a pas cliangé : si donc ces tra-
ditions de partage ne sont point unies à des traditions de lutte et
de guerre civile, c'est que ces partages ou cette mise en connnun
des biens ne lésait personne, parce que la propriété individuelle
n'était pas encore constituée. Elle ne se constitua pas tout d'un
coup, mais graduellement : la communauté primitive s'évanouit
peu à peu, et le peuple en garda un souvenir durable. Cet état
social fut à ses yeux l'âge heureux, l'âge d'or. Nous avons dû
rappeler cette tradition universelle au commencement de ce cha-
pitre : nous sommes entré ensuite dans l'examen des traditions
particulières ; nous avons recherché les traces de la communauté
primitive ; nous avons essayé d'expliquer certains usages, certains
traits de mœurs, qui, à nos yeux, sont autant de vestiges maté-
riels encore reconnaissables longtemps après la dissolution de la
communauté des biens. Cette recherche nous ramène tout natu-
rellement à une considération générale, à une vue d'ensemble qui
embrasse toute l'histoire de l'antiquité. Est-il supposable qu'il ne
soit resté de cet état primitif des sociétés humaines autre chose
que quelques débris dans les coutumes et dans les usages popu-
laires? Le passé s'efface-t-il de la sorte, ne se survit-il pas
toujours à lui-même? En effet, la communauté primitive, comme
tout état social, a laissé après elle une empreinte durable et pro-
fonde dans les esprits et dans les idées. Les mœurs des anciens,
leurs théories politiques, leurs constitutions publiques, sont. impré-
gnées de communisme et de socialisme : ils attribuent généra-
lement k l'état un rôle actif et dominant, un rôle créateur et
organisateur. Cette pensée se rattache, nous n'en doutons pas,
aux plus vieilles traditions de l'humanité : c'est le communisme
primitif qui a marqué dans les institutions et dans les théories
sociales de l'antiquité.
Tels sont les enseignements que nous fournit l'histoire écono-
mique : elle nous sert k expliquer l'histoire politique et, en partie,
181
l'histoire philosophique. C'est là, en effet, le rôle qu'elle doit
jouer souvent, n'en déplaise à certains esprits qui se t'ont de l'in-
telligence humaine, une trop haute et trop superbe idée.
m.
QUELQUES DÉRIVÉS JURIDIQUES DE L'IDÉE PRIMITIVE
DE COPROPRIÉTÉ.
Si le lecteur adopte l'opinion que nous venons d'exposer, il
envisage avec nous la propriété immobilière individuelle comme
un fait secondaire dans l'histoire des sociétés, comme une idée
nouvelle qui, graduellement, s'est dégagée du droit collectif de
tous sur la terre. Pour peu que ce sentiment historique
paraisse au moins très -probable, très - vraisemblable, notre
but est atteint, et, dès à présent, il nous serait permis de clore
ce travail : mais nous nous sommes adressé à nous-même la
question suivante : ne serait-il pas possible de vérifier l'exactitude
du résultat auquel nous croyons être arrivé? Ne pourrions-nous
pas contrôler, pour ainsi dire, nos propres conclusions?
Cette vérification ne demanderait pas de très-longs développe-
ments, et voici comment nous la comprenons. Si la propriété
inmiobihère était originah^ement commune entre un grand nombre
de personnes, l'acte légal que nous appelons aujourd'hui la vente,
c'est-à-dire la cession du droit de propriété par un particulier à
un autre particulier, devait être inconnu : plus tard, lorsque les
domaines privés commencèrent à se former, sans que l'idée
primitive du droit de la communauté ait encore entièrement
disparu, ces premières ventes, ces premières cessions d'un droit
de propriété encore voisin d'un simple usufruit, durent être diffi-
ciles et compliquées ^ C'étaient sans doute des actes plutôt
publics que privés, auxquels prenaient part non-seulement le
vendeur proprement dit, mais aussi les autres membres de la
tribu intéressés dans l'opération.
Ainsi, constater l'antique inaliénabilité des immeubles, retrou-
I. Je n'enlends pas ici formuler une règle absolue : je le répète, lorsque
l'homme esl en cause il ne peut être question de lois absolues. Si le fait que
j'indique est très -fréquent, cela me suflil ]ileinciiicnl.
482
ver dans l'historique de la vente les traces du droit primitif de la
communauté, ce serait fournir une double preuve de l'indivision
originelle de la terre ; nous ne nous étendrons pas sur l'inalièna-
bilité primitive ^ ou plutôt sur l'absence du droit de vente; nous
nous placerons à une époque un peu moins reculée, et nous nous
demanderons si les plus anciennes théories de la vente n'auraient
pas conservé quelques traces du droit primitif de la communauté.
L'étude des textes va nous fournir, en effet, la solution entrevue ;
car la théorie de la vente confirme d'une manière très-remar-
quable les traditions et les souvenirs de l'antiquité.
C'est encore par le droit indou qu'il convient de commencer
cette étude comparative, si nous voulons arriver à bien saisir
la valeur historique de quelques traits que nous fournissent les
autres législations. A une époque très-reculée, l'aliénation des
terres n'était valable dans l'Inde que moyennant le consentement
des habitants du lieu, le consentement des parents, celui des
voisins {neighbours, ailleurs des copropriétaires, shai^cholders)
et des héritiers'^. Les textes sont précis et ne laissent aucune
place au doute : nous nous trouvons ici en présence de cette
communauté de village signalée par Néarque au témoignage de
Strabon, et dont nous avons parlé plus haut. Les voisins (neigh-
bours, shareholders) ont un certain droit sur la terre; cette terre
ne saurait être transmise sans leur autorisation, leur consente-
ment est nécessaire pour l'admission d'un nouveau possesseur.'
Ce sont là les conséquences naturelles de l'antique copropriété
de tribu : tout ici paraît logique et simple dès qu'on se réfère à
cette notion historique; mais les commentateurs indiens plus
modernes se trouvaient le plus souvent en face d'une propriété
individualisée tout à fait différente de cette antique possession des
1. Au reste, ce point a déjà été signalé. Vojcz notamment Fiislei de Coulanges,
La cité anf/que, édit. de 1864, pp. 80, 81, 82, Il va sans dire que M. Fusiel
n'explique pas cette inaliénabilité par l'indivision ou par le souvenir de l'indi-
vision, car il n'admet pas le fait primitif de la communauté des terres.
2. Land is conveyed by six formalities, Ity the assent of townsraen, of kindred,
of neighbours, and of heirs, and by the delivery of gold and of v^ater (Cole-
brooke, A digesl of Hiiidu Law, vol. 11, 180 1, p. 161, art. xxnii). Conf.:
Orianne, Traité original des successions diaprés le droit hindou ; extrait du
Milacshara de VijnyaéSA\ara, Paris, 1844, p. 49. Pross'onno Coomar Tagore,
A succint cnmmentary nf the Hindno-Lav prévalent in Milhila, from the ori-
ginal sanscrit o/ Vachaspali Misra. 1863, Calcutta, p. 310.
483
terres par la communauté ; peu familiarisés avec les vues histo-
riques, ils devaient presque nécessairement méconnaître le sens
de ces antiques prescriptions du législateur, et, en effet, ils ne
les ont pas comprises : quand on lit le commentaire recueilli par
Colebrooke , on s'aperçoit que les voisins ne sont plus guère que
des témoins (witnesses) : le jurisconsulte répète le mot consente-
ment (assent), mais je doute qu'il en comprenne toute la forcée
Un autre légiste, Wachaspati Misra, qui vivait auxv® siècle après
Jésus-Christ, n'est pas moins embarrassé par ce vieux texte
dont le sens historique lui échappe ; le consentement des habitants
du lieu et des copropriétaires lui paraît exigé simplement pour
assurer la publicité de l'aliénation « is necessary for making tlie
gift known to all^. »
Tel n'est pas le vrai sens du texte ; le commentateur l'atténue
avec intelligence pour expliquer les faits tels qu'ils s'offrent à lui,
mais il l'atténue : les expressions du législateur : consent, share-
holders, sont là pour témoigner des transformations subies par
le droit primitif. Voici ce droit dans toute sa force : on demande
aux voisins leur consentement, ils ont donc le droit de consentir
ou de ne point consentir à l'aliénation de l'immeuble; dès lors ils
jouissent d'un droit sur cet immeuble, et, dans une certaine
mesure, ils sont copropriétaires.
Un troisième commentateur, se trouvant aux prises avec la
même difficulté, s'en est tiré avec énergie ; le défaut de consente-
ment des concitoyens n'entraîne point, dit-il, la nullité du contrat;
telle est l'explication très-libre qu'il propose pour le mot consen-
tement, mais il insiste, lui aussi, sur la pubhcité de la vente, qui
sert à bien constater les droits du vendeur et à assurer le
bornage régulier de la propriété^ : évidemment, dans la pratique,
1. Colebrooke Adigest of Hindic Law, t. II, p. 161.
2. Pross' onno Coomar Tagore, loc. cit.
3. Orianne, loc. cit. Je ne me dissimule pas qu'il est un peu hardi de raison-
ner de la sorte sur des textes qu'on n'a pas lus dans la langue originale : mais
le fragment sur lequel je m'appuie ici m'étant connu par les deux traductions
de Colebrooke et de Pross' onno Coomar Tagore, et ces deux traductions se
confirmant l'une et l'autre, j'ai pensé que le terrain était assez solide et que je
pouvais sans témérité condamnable les prendre pour point de départ de ce que
je dis ici sur la vente chez les Indous et chez les Grecs.
Je dois faire observer que Manou ne paraît pas connaître ce consentement
des voisins pour la vente (liv. VIII, vers 201 et suiv.). Ce point réclame quel-
([ues explications, car nous louchons ici au problème si délicat de l'âge du livre
484
l'appel aux voisins n'avait plus d'autre sens, ni d'autre utilité ' ;
mais il avait eu jadis pour objet de mettre en cause les habitants
du pays, et de les inviter non-seulement à fixer les limites de
l'immeuble vendu, mais aussi à autoriser et à sanctionner la
transaction.
Que si nous détournons nos regards de l'Inde pour
interroger les sources grecques, nous y découvrirons les symp-
tômes d'un état primitif analogue à celui de l'Inde, état primitif
qui s'est transformé en Grèce comme nous venons de le voir se
transformer dans l'Inde :
Tliéophraste, dans un fragment de son livre sur les lois, nous
apprend quelles étaient les formalités de la vente chez les Grecs :
« Certains législateurs veulent que les ventes soient laites par
» un crieur public et qu'elles soient criées plusieurs jours h
» l'avance ; d'autres exigent qu'elles aient lieu par devant un
» magistrat. Ainsi, Pittacos veut que ce soit })ar devant les rois et
» le prytane. Il y en a qui prescrivent que la vente soit affichée
» devant le lieu où siège le magistrat, pendant soixante jours au
de Manou. Elphinstone n'a pas abordé ceUe question, mais il l'a coloyée, et il
peut ôlre intéressant de se reporter à ce qu'il a écrit sur ce sujet: cet auteur
hésite à apercevoir dans Manou la propriété immobilière complètement indivi-
dualisée : il énumère les passages où apparaît la propriété immobilière, et il
signale le silence remarquable de ce livre dans diverses circonstances où la
propriété immobilière devrait être mentionnée : il arrive ainsi à cette conclusion,
c'est qu'anciennement la propriété immobilière individuelle n'existait pas dans
l'Inde. Les versets concernant la vente ne sont pas cités par Elphinstone au nombre
des rares passages où apparaît la propriété immobilière ; ce qui prouve qu'à
ses yeux Manou n'a pas entendu parler des ventes d'immeubles. On sera donc
tenté de conclure, si on prend pour guide Elphinstone, qu'au temps de Manou
la vente des immeubles était inconnue dans l'inde. Voyez Elphinstone, The his-
torij of India, London, 1841, pp. 42-43; London, 1866, p. 24.
Si cette explication très-problématique ne paraissait pas satisfaisante, il fau-
drait se rappeler que rien ne nous oblige à considérer Manou comme le texte
législatif le plus ancien : il est possible que le fragment que nous signalons lui
soit antérieur: il a par sa nature quelque chose d'archaïque qui rendrait cette
opinion favorable.
Ces deux explications se contredisent; car, tout à l'houre, en supposant que
la vente des immeubles pouvait être inconnue de Manon, nous attribuions par
cela même à ce texte la plus haute antiquité. Nous ne prétendons pas trancher
les difticullés qui s'élèvent ici, mais les poser et faire voir ([u'on peut s'appuyer
sur le texte dont nous faisons un si grand usage, (luelle que soil d'ailleurs
l'opinion qu'on se fait sur l'âge de Manou.
1. Du moins dans certaines contrées de l'Inde,
i
i
485
» moins, comme à Athènes, et que l'acheteur paye le centième du
» prix, pour qu'il soit libre à tout venant de réclamer et de contes-
» ter, et que l'on sache par le payement du prix quel est le juste
» acquéreur. Ailleurs encore les ventes doivent être criées pendant
» cinq jours consécutifs avant d'être confirmées, pour laisser aux
» intéressés le temps d'intervenir et de réclamer la propriété ou la
» maison, et on observe la même chose pour les dations d'h3'po-
» thèques. Telles sont les lois de Cyzique^. »
On le voit, nous retrouvons ici cet appel aux voisins que
Théophraste explique absolument de la même manière que les
commentateurs Indiens ; il s'agit, d'après cet auteur, d'assurer
la publicité de la vente et de bien constater les droits du vendeur
sur la terre qu'il transmet à un tiers. Cette explication est-elle
suffisante et n'aurons-nous rien à ajouter aux réflexions de
Théophraste? Nous admettons volontiers que cet appel aux
voisins n'avait en Grèce, au iv^ siècle avant J.-C, d'autre
utilité que celle de bien constater les droits du vendeur sur l'im-
meuble vendu. Mais originairement cette publicité avait encore
un autre sens et un autre but : c'était aussi pour obtenir leur con-
sentement qu'on faisait appel ici aux voisins, et là aux magis-
trats. Théophraste lui-même nous en fournit une preuve certaine,
quoiqu'indirecte; voici ce qu'il nous apprend : « Les Thuriens,
» poursuit-il, suppriment toutes ces formalités et ne publient
» pas les ventes sur la place pubUque ainsi que les autres
» actes, mais ils obligent le vendeur et l'acheteur à se réunir
» pour donnera trois des plus proches voisins une petite pièce de
» monnaie en mémoire et en témoignage du fait-. » Que peut
signifier cette petite pièce de monnaie? N'est-elle pas le prix
même du consentement demandé aux voisins, et, par ce paiement,
1. Théophrasle, traduit par M. Daresle, dans la Revue de Icgislation, année
1870, 3' livraison, Paris, 1870, p. 277.
1. Théophraste dans Stobée, Serm. XLII, IIcpl ^'Ô!i.wv xaî êOow, édition et
traduction de M. Dareste. — Le traité des lois de Théophraste, — Revue de
législation^ mai-juin 1870, p. 277. M. Caillemer entend ce passage d'une
manière un peu diflérente : d'après lui, c'est le vendeur qui doit remettre la
pièce de monnaie aux trois plus proches voisins réunis. La difficulté est de
savoir quel rôle il faut donner dans cette phrase au mot xotvô (Caillemer, Le
contrat de vente a Athènes, Revue de législalion, année 1870-187], p. 658, note
3). M l'un ni l'autre de ces deu\ sens ne répugne aux vues historiques que nous
proposons ici.
486
le vendeur et l'acquéreur ne leur reconnaissent-ils pas un droit
faible et lointain, mais enfin un droit, sur la terre qui fait l'objet
du contrat? On devra nécessairement expliquer de la sorte l'usage
mentionné par Tliéophraste, à moins qu'au lieu de considérer les
procédures symboliques comme les débris d'un autre âge, on n'y
voie des créations purement arbitraires e-t purement artificielles :
point de vue faux et anti-historique.
Théophraste fait suivre le passage que nous venons d'analyser
d'une phrase dont le sens est très-cùntestê par les commentateurs:
si nous acceptions l'interprétation de HeyneS reproduite par
Schiller^, adoptée, semble-t-il , par M. Bïichsenschïitz'S nos
conjectures se transformeraient immédiatement en certitude ;
nous verrions, en effet, dans ce même pays de Thurium, les
voisins déclarés responsables et garants de l'acte de vente ;
l'acheteur pourrait les actionner pour se faire mettre en posses-
sion ; le vendeur, à son tour, pourrait les mettre en cause si
l'acheteur venait à lui demander livraison de la chose vendue
bien qu'elle fût déjà livrée, ou s'il niait avoir reçu ce qui, cepen-
dant, lui aurait été livré.
Ce n'est pas tout : cette garantie significative ne serait pas
fournie seulement à Tburium par les voisins ; en d'autres con-
trées, si nous nous attachons à la pensée de Heyne, on pourrait
l'exiger des magistrats devant lesquels la vente a eu lieu ; or les
magistrats ne sont autre chose que les représentants de la tribu,
que l'image de la tribu : c'est donc elle qui prend part à la vente,
c'est elle qui se porte garant. Cette garantie ne suppose-t-elle
pas à l'origine le consentement de ceux qui la donnent?
Mais cette interprétation souffre quelques difiicultés ; elle est
1. Heyne, De Sijbaritarum ac Thuriorum Hep. et legibus dans Opuscula
academica, vol. II, GolUngae, 1787, p. 15i et noie q.
2. Schiller, De rébus Thuriorum, 1838, p. 45, cité par M. Cailleraer, Revue
de législation, 1870-1871, p. 659, note 2.
3. M. Biichsenschiitz s'exprime ainsi : «In Thurii wurden beim Verkauf eines
» Grundstiickes den na'chslen drei Nachbarn kleine Miinzen gegeben, gleichsam
» als Erinnerungs zeichen an den Verkauf und uni dièse personem als Zeugen
» zu verpflichten und sie dadurch verantworllich zu maclien, wenn sic einen
» Verkauf durch jenianden gescbehen liesseu, von dem sie wusslen, dass er nichl
» der rechlma'ssige Eigenlhiimer des zu verkaufendenGrundsliickeswar.» Voy.
Biïchsenschutz, Besitz wjirf Erwerb im Griechischen Altertiumc, Halle, 1869,
pp. 524, 525, 526.
487
assez peu conforme à la construction de la phrase grecque. Nous
la mentionnons néanmoins' parce que nous ne sommes pas
1 . Voki le passage de Théophraste :
'Avayxaîov SyiXovoTt, toi; [lèv Ta; àpyàç Ortîuôuvo'jç îtotEÎv, toîç oè toùç ydtova.^,
èàv [jiYi ),âêw'jiv, 7^ 31; Tiapà toù aÙTsy ).à6tû<Ttv, v^ e/ovreç [jlïi Xéf wfft tmv wvajxivwv.
Ce que lleyne traduit :
« lia necesse erat ul vicini illi tenereulur ipsi, si res empla non esset tradita,
» aul jam Iradita tanquam non tradita peleretur, aut ab eo oui tradita essel
» accepta esse negaretur. «
Même responsabilité, dans la pensée de Eleyne, pour les magistrats ailleurs
qu'à Tburium (toï; [aév, c'est-à-dire qui coram magistratu emtionem venditio-
nem ex lege faciunt).
M. Dareste traduit: « Il est bien entendu que les magistrats, dans un cas, et
» les voisins, dans l'autre, doivent être rendus responsables s'ils refusent de
» recevoir, ou s'ils reçoivent deux fois de la même personne, ou si ayant reçu ils
)) refusent d'mdiquer le nom de l'acheteur. » (M. Dareste propose tov wvajxÉvov au
lieu de twv o'jva[i£vwv). Voy. Revue de législ., année 1870-1871, pp. 278.
Telle est aussi, sauf quelques nuances, l'interprétation de M. Caillemer (iôjrf. ,
p. 659).
On obtient ce dernier sens en donnant pour sujet aux verbes XàSwTiv et Xéy'^'Tt
voisins ou macjistrats (ce qui est très-naturel), et pour régime aux verbes Xà6œ(7iv
et lymxzç, soit le centième du prix, soit la petite pièce de monnaie, vôiiiTixa.
Heyne donne pour sujet à Xàowsw et à Xéfwai acheteurs, et pour régime l'objet
vendu.
Ces deux interprétations si divergentes aboutissent, le grec l'exige, à une
responsabilité à la charge des voisins et des magistrats : seulement les hypo-
thèses prévues ne sont pas les mêmes. Je m'attache un moment à la seconde
hypothèse. « r\ Si; uapà toù aÙToO )àow(Tiv. » Heyne interprète ainsi : « l'acheteur
demande livraison de la chose vendue bien qu'elle soit déjà livrée. » — Le
vendeur pourra mettre en cause les témoins ou les magistrats. MM. Dareste et
Caillemer interprètent, au contraire : « l'immeuble a été vendu une seconde
fois par le même vendeur à un autre acheteur par devant les mêmes témoins
ou les mêmes magistrats » — Ces témoins, ces magistrats sont responsables.
Voilà une garantie qui a pour nous une grande valeur, et qui concorde également
avec notre thèse. On ne peut disconvenir que, pour cette seconde hypothèse, le
sens de MM. Caillemer et Dareste ne soit plus satisfaisant que celui de Heyne.
Pour la première hypothèse, au contraire, Èàv p-r, Xâêwriv, le sens de Heyneau point
de vue juridique se conçoit facilement, tandis que l'interprétation de MM. Cail-
lemer et Dareste, très-conforme au grec, n'offre rien de net à l'esprit et pour-
rait donner prise à des objections sérieuses. Dans la pensée de M. Caillemer,
les témoins sont ici responsables s'ils ont laissé vendre l'immeuble sans assister
à la vente et sans exiger du vendeur le v6|j,i(7|jLa. Telle est, du moins, le sens
qu'il propose d'une manière dubitative : mais, s'il n'y a plus de témoins, com-
ment donc seraient-ils responsables ?
TN'ous n'insistons pas sur ces difficultés qui pourraient nous entraîner très-
loin ; nous voulions seulement mettre en lumière ce point important, c'est que
488
convaincu qu'elle soit fausse ; les données de l'épigraphie sem-
blent venir la confirmer. Nous voyons apparaître dans les
inscriptions des témoins appelés BsSauoT^ps;, ripaT^psç, qui
garantissent la vente et se chargent précisément de cette respon-
sabilité dont parle Théophraste^
Par cette garantie du voisinage ou de l'autorité locale, ailleurs
par la publicité qui lui est donnée, ailleurs encore par les solen-
nités religieuses qui l'accompagnent, la vente revêt chez les
Grecs nn caractère quasi-public, la communauté y prend une
certaine part. Ce n'est pas le seul consentement des parties qui
en fait la force.
On nous permettra de rapprocher de ces théories de la vente
chez les Indous et chez les Grecs les formes si remarquables de
la mancipation romaine. Qu'est-ce qu'une vente dans le droit
romain primitif? C'est un acte compliqué, auquel prennent part
non-seulement le vendeur et Taclieteur, mais cinq personnes
représentant suivant quelques conunentateurs les cinq classes du
peuple romain. Ces cinq témoins n'auraient-ils pas pour ancêtres
historiques les voisins, les membres de la tribu, les parents, dont
le consentement était jadis nécessaire pour réahser l'aliénation?
Aucune institution humaine ne naît tout d'une pièce, sans pré-
cédents, sans histoire, comme Minerve sortant tout armée du
cerveau de Jupiter; la mancipation, cet acte solennel et bizarre
les deux interprélalions aboutissent, loul en prévoyant des espèces différentes, à
la garantie des témoins et des magistrats.
1. M. Lumbroso a remarqué que dans les contrats grecs-égyptiens ce person-
nage ou ces personnages garants de la vente et distincts du vendeur ou de
l'acbeteur n'apparaissent pas, tandis qu'on les trouve dans les contrats grecs
proprement dits (Lumbroso, Recherches sur l'économie poUlique de l'Egypte
sons les Lagides, Turin, 1870, p. 85). Le fait nous paraît incontestable : toute-
fois M. Caillemer, si érudit et si compétent, a cru devoir rejirendre ici M. Lum-
broso : d'après M. Caillemer, le garant dans les contrats grecs purs ne serait
pas plus distinct du vendeur que dans les contrats grecs-égyptiens {Revue cri-
tique du IG mars 187i, p. 170). L'inscription W 2338 du grand recueil de
Bœckh et de Franz (vol. II, p. 2G2-274) et l'inscription publiée dans le Philis-
ior d'Athènes, 1862, p. 346, et reproduite par M. Biichscnschiitz, Besitz und
Erwerb, p. 526, note 3, nous paraissent favorables à l'opinion de M. Lumbroso.
Assurément le vendeur lui-même est le premier garant : ceci est dans la nature
des choses ; mais la garantie première du vendeur n'empêche pas l'intervention
d'autres garants qui viennent fortifier le contrat. Sur les garants dans les con-
trats grecs, couf. Foucart, dans les Arch. des Missions scient., 1' série 1. III.
1866, pp. 390, 393, note 1.
481»
auquel l'esprit juridique romain si ferme et si net a sa donner
une rigidité qui tout d'abord semble défier la critique historique,
la mancipation ne saurait être une invention arbitraire des
Romains. A coup sûr, elle a son histoire, sa généalogie. Celle
que nous proposons ici s'harmoniserait heureusement avec les
vues déjà émises sur la différence originelle des res mancipi
et des res nec mancipi. On a observé que les 7^es mancipi,
choses ahénables seulement par le moyen de la mancipation,
telles que les héritages ruraux ou urbains, les servitudes d'héri-
tages ruraux, les 'esclaves, les bêtes de somme, constituaient
l'ensemble des biens dont la conservation était indispensable à la
famille, tandis que les res nec mancipi étaient plutôt les objets
de consommation^; Userait donc naturel que l'aliénation des res
mancipi eût été soumise au contrôle des parents ou des membres
de la tribu, tandis que celle des res nec mancipi avait lieu par
la seule volonté du Pater familias sans être astreinte aux
formes sévères de la mancipation. On a même été jusqu'à consi-
dérer les choses mancipi comme primitivement inaliénables : ce
qui corroborerait singulièrement notre hypothèse.
Nous rapprocherons encore du fait primitif de la communauté
de biens ce mode antique d'acquisition par voie de vendication
fictive devant le magistrat, appelé endroit romain injure cessio.
Déjà un illustre Romaniste a pu rattacher la mancipation aux
ventes du butin conquis sur l'ennemi ; il a reconnu aussi dans
Y In jure cessio les symptômes du domaine primitif de l'Etat
Romain sur toutes choses, meubles et immeubles-. Des considéra-
tions plus générales nous ramènent, comme on le voit, aux
mêmes conclusions, sans, d'ailleurs, nous faire perdre de vue le
caractère plus particulièrement militaire que revêt à Rome la
propriété de l'Etat.
Si la comparaison que nous venons d'esquisser entre le droit
Grec et le droit Romain paraissait légitime, et si nos vues histo-
riques sur la mancipation Romaine étaient acceptées , il y
1. Lange, Rœm. Alterthihn. I, p. 113-1Î7. CeUe façon d'envisager les res man-
cipi et les res nec mancipi se trouve en contradiction complète avec les vues de
Henry Suraner Maine, dans son beau livre intitulé: Ancient Lair, its connection
iriili Ihe early history of societij, and ils relation ta modem ideas, London,
1801, p. 278. « Such commodities were,e\.c. »
2. Puchla, Cursus der Instil., II, p. 607-610; I, pp. 133, 149 (édition de 1841).
aurait lieu de signaler à l'attention de l'historien les fortunes
très-diverses de la coninumauté primitive des terres à Rome d'une
part, en Grèce et dans l'Inde d'autre part : à Rome, elle disparaît
sans donner naissance à aucune institution vraiment utile; dans
le droit Indou et dans le droit Grec elle aboutit heureusement k un
système de publicité de la vente des immeubles, système qui a
été très-admiré et qui mérite de l'être, mais qui pourtant ne fait
pas autant d'honneur qu'on pourrait le croire à l'esprit inventif
de la Grèce.
Les jurisconsultes Romains n'ont pas même entrevu, nous
l'avouerons, ces origines historiques : Théophrasten'a pas aperçu
davantage la valeur des renseignements qu'il nous a transmis,
mais il nous est permis de chercher à dépasser les anciens dans
la connaissance de l'histoire : nous sommes environnés aujour-
d'hui des plus riches éléments de comparaison, éléments que ne
possédaient pas les auteurs de l'antiquité ; nous pouvons donc
et nous devons rectifier quelquefois, compléter souvent, les
données historiques qu'ils nous ont laissées. Déjà nous avons pu
rapprocher ici les usages de l'Inde de ceux de la Grèce et de
Rome; peut-être les vues que nous venons de soumettre au
lecteur lui paraîtront-elles plus vraisemblables encore quand
nous aurons jeté les yeux sur d'autres pays et signalé une nou-
velle forme de cette antique copropriété de tribu.
Dans un village dont tous les habitants sont comme solidaires
les uns des autres et où la propriété n'est point encore complète-
ment individuahsée, l'idée de la communauté de biens peut se
faire sentir de deux manières à l'occasion des aliénations
d'immeubles; nous avons déjà vu le vendeur et l'acheteur
s'adresser aux habitants et demander leur consentement: c'est
ce qui avait lieu dans l'Inde, nous le savons directement par les
textes, c'est aussi ce qui avait lieu primitivement en Grèce, nous
le savons par conjecture ; mais voici un procédé un peu différent:
les deux parties s'entendront, le vendeur cédera sa propriété et
l'acheteur entrera en possession, le tout sans mettre les voisins
en cause. Ceux-ci, néanmoins, conserveront leur droit intact et
pourront pendant un certain laps de temps annuler le marché et
reprendre la terre ; pour exclure l'étranger, il leur suffira de
rembourser le prix de l'immeuble. Ce système, on l'a nommé,
c'est le retrait.
Ici le consentement des voisins est tacite, il résulte d'un fait
491
négatif: du moment que les voisins ne font pas usage de leur droit
de retrait, c'est qu'ils consentent à l'admission de l'étranger.
Ainsi, le retrait est une seconde forme, une forme plus simple du
droit de voisinage qui s'est déjà révélé à nous. C'est au'^si,
croyons-nous, un usage de date plus récente: consentement
direct et formel du voisinage, tel, est, à nos yeux le mode
primitif: consentement tacite, tel est le mode dérivé.
Le retrait par les voisins était en vigueur dans plusieurs
contrées de l'IUyrie et de l'Italie, car, par une constitution de
l'an 391 qui concerne ces provinces, les empereurs Valentinien,
Tliéodose et Arcadius' abolirent cette coutume. Il ne faudrait pas
conclure de ce texte que le retrait ait jamais existé dans le droit
Romain proprement dit ; comme tant d'autres décisions impériales
insérées au Code, cette constitution se réfère certainement à des
usages locaux d'une haute antiquités Au moyen âge et jusque
dans les temps modernes, le même fait primitif, c'est-à-dire la
communauté de tribu ou de village, avait engendré en divers
lieux la même coutume : dans le pays de l'Angle ^ (bailliage de
Saint-Omer), à Fillièvre'^ (bailliage d'Hesdin), les habitants
jouissaient de ce droit de retrait contre tout étranger acquéreur
d'un immeuble sur leur territoire ; on en trouve aussi quelque
trace dans les Libri feudorum^. En certains pays musulmans
1. Code de Théodose, III, I, 6, dans Hsenel, Corpus /wm Rom. Antejust., t. II,
col. 287, 288. Code de JusUnien, IV, xxxviii, 14. L;i plupart des commentateurs
n'aperçoivent dans ce texte qu'une allusion au retrait lignager; voyez notam-
ment Menu, Historisclie Beleuchtung der Rœm. RecMs-Grundsxtze in Be-
zug auf Verxusserlichkeit und Theilbarkeit des Grundcigenihums, Bonn, Ad.
Marcus, 1850, p. 17. Mais il paraît bien difficile d'adopter cette interprétation
étroite: quiconque s'est familiarisé avec le droit ie retrait ou le droit de préfé-
rence au profit des voisins, dont il sera question ci-aprés, n'hésitera pas à
étendre le sens de ce texte, au lieu de le restreindre.
2. Envisagées à ce point de vue, bon nombre de constitutions impériales
disséminées dans les codes de Théodose et de Juslinien présenteraient le plus
grand intérêt pour l'histoire du droit comparé. Une édition des constitutions
impériales par ordre géographique de destination serait très-utile.
3. Bourdot de Richebourg, t. I, p. 306. Aujourd'hui Pas-de-Calais, arrondis-
sement de Saint-Omer. Ce petit pays comprenait les paroisses de St-Nicolas,
Ste-Marie-Kerque, St-Omer-Capelle, St-Folquin.
4. Bourdot de Richebourg, t. I, p. 347. Fillièvre dépend aujourd'hui de l'ar-
rondissement de baint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais).
3. Libri feudonun, lib. V, lit. XIII, XIV. Voyez ici quelques pages très-inté-
ressantes de M. Terrât, Du, colonal en droit romain, des retraits en droit fran-
492
le fait primitif de la communauté de tribu a donné naissance
au même usage : le retrait par les voisins y est de droit com-
mun \ au lieu d'apparaître comme chez nous à l'état de curiosité
juridique.
J'ai peut-être tort d'employer ici le mot curiosité. Cette
expression désignerait mieux un droit inexpliqué, un droit dont
l'origine serait encore inconnue, qu'un usage dont le sens histo-
rique, comme on va le voir, n'est pas douteux. Puisque les
coutumes de l'Angle et de Fillièvre semblent nous y inviter,
revenons donc en finissant à ces peuples germaniques par lesquels
nous avons commencé cette étude, et essayons de retrouver, dans
ce milieu barbare, l'histoire primitive de la vente.
Nous sommes certains ici du point de départ : nul doute, nulle
hésitation. On se rappelle qu'il nous a suffi de reproduire le
témoignage de César et celui de Tacite pour établir que la
la propriété avait commencé en Germanie par l'indivision. A
l'époque de la rédaction de la loi salique, il restait quelque chose
de cette indivision primitive : bon nombre de Francs habitaient
par petits groupes appelés dans leur loi villae~ (ailleurs ces
villages prennent le nom de genealogiae^). Un sentiment très-
vif de cohésion, de solidarité, unissait les habitants d'une même
villa, le lien du voisinage était même assez fort pour tenir çà et
là en échec les droits du sang. Un roi mérovingien fut obligé de
déclarer que les voisins ne succédaient pas, mais bien les fils, les
filles, les frères, les sœurs^ (environ l'an 574). D'après le titre
XLv de la loi salique, aucun étranger ne pouvait s'introduire
dans l'une de ces petites communautés sans le consentement
unanime de tous ses membres : un autre titre de la même loi nous
place en présence d'un^état de législation probablement posté-
rieur à celui que suppose le titre xlv, nous voulons parler du
rais (thèse pour le doctorat), 1872, pp. 119, 120. M. Terrât cite, à bon droit,
le cours si remarquable de M. Tardif à l'école des Charles.
1. Sir William Hay Macnaghleii, Principles ofllindu and iMohcanmadan Law,
Princi])les of Moh. Law, ch. IV, pp. 204, 205. Toutefois, tel iju'il se présente à
nous, le retrait, en droit musulman, appartient aux seuls propriétaires ( onligus,
et non aux voisins d'une manière générale.
2. Lex Salica, tit. XLV (édit. Merkel, p. 25).
;^. Lex Alamannornm, dans Perlz, Monum. Germ. Leg., t. III, 1851, \>. 7(i.
4. Lex Salica, tit. LXXVII (édit. Merkel, p. 37). Gonf. Pardessus. Diphinoto,
chariae, t. T. 1S'i3, p. 142, n" 184.
493
titre XIV, § 4 ; d'après ce texte, le roi peut autoriser ces dépla-
cements de domicile, ces migrations, comme s'exprime la loi
salique ; s'il permet à un Franc de s'établir dans quelque village,
les membres de la communauté n'ont pas le droit de s'y opposer :
la résistance à l'ordre du roi serait punie d'une amende ^
De ce qui précède, il paraît résulter que nous retrouverons à
coup sûr cliez les Germains ce mode de vente précédemment
décrit en termes généraux, mode qui offre à nos yeux tous les
caractères d'une époque primitive et qui rappelle même, par
divers côtés, l'indivision originaire de la terre. Mais voici quelque
chose d'inattendu : nous consultons les lois barbares, les formules,
les actes eux-mêmes, et nous sommes surpris tout d'abord du
résultat de cette enquête. Il nous reste quelques contrats de
vente mérovingiens et carlovingiens ; la plupart de ces contrats
ne diffèrent en rien de la vente Romaine, j'entends la vente telle
que le cours des siècles l'avait faite depuis longtemps à Rome,
c'est-à-dire un contrat bilatéral très-simple, entièrement débar-
rassé des formes anciennes de la mancipation, autrement dit une
vente à sa dernière période, non pas une vente primitive. Voilà
ce que nous trouvons dans la grande majorité des titres et des
formules ; quant aux lois, la plus antique et la plus précieuse de
toutes, la loi salique ne dit pas un mot de la vente des immeubles.
Il y a là une difficulté, mais une difficulté féconde, et dont
l'examen va nous conduire très-vite à un premier résultat : si
les documents de source germanique sont à peu près muets en ce
qui concerne l'aliénation des immeubles, n'est-ce point qu'à
l'époque de l'invasion la vente des terres chez les Germains
1. « 8000 (linarios qui faciunt solidos 200 culpabilis judicetur » (tit. XIV, 4, édit.
Merkel, p. 10).
M. Sohm croit apercevoir dans un diplôme de l'an 661 une allusion à quel-
que autorisalion de ce genre, accordée par Childéric II : aux termes de ce
diplôme, le roi donne à un couvent « quicqiiid ipse domnus G. pennissu nostro
n in Vosago laborarit. » Nous aurons lieu de signaler nous-méme plusieurs
actes royaux qui paraissent devoir être rapprochés du tit. XIV de la loi salique.
Voy. Dipl. chariae, éd. Pardessus, t. II, p. 120, et Sohm, Der Procesz der Lex
Salica, Weiraar, 1867, pp. 14, 15, note 1.
Parfois des tùUae différentes avaient entre elles des liens très-étroits : la loi
salique parle de vaches qui appartenaient en commun à trois villae (lit. III, 0,
Merkel, p. 5). Gonf. Waitz, Dus alte Redit der Salischen Fraiiken, Kiel, 18i6,
p. 126. Il est possible toutefois que dans ce titre III, g 6, le mot villa n'ait pas
le sens collectif des tit, XIV, g 4 , et XLV.
33
494
était presque entièrement inusitée? La propriété immobilière
n'avait pas acquis parmi eux ce degré de durée, cet état
assez avancé d'individualisme que suppose la vente. D'où il
résulte que les aliénations de terre devaient encore être rares,
et voici une observation qui confirme notre pensée : nous
ouvrons là plus vieille loi des Visigoths publiée par Blume
en 1847; cette loi a servi de canevas au rédacteur de la seconde
loi barbare des Visigotlis ; la comparaison de ces deux textes est
d'un grand intérêt, parce qu'elle nous fait toucher du doigt
certaines modifications, certains progrès amenés par la double
influence du temps et du milieu civilisé où s'étaient établis les
Yisigotbs. Or la vieille loi publiée par Blume contient plusieurs
prescriptions relatives à la vente: le législateur a l'occasion
d'énumèrer divers objets qui peuvent être aliénés ; il cite les
esclaves, les animaux et ne parle pas des terres^. Rapprochez
ici la loi plus moderne ; vous retrouverez le même texte, mais vous
apercevrez bien vite une différence importante : les immeubles
apparaissent dans ce texte rajeuni : « Sive mancipia, seu quodlibet
animalium genus venditur, » disait la vieille loi. « Seu res ahquse,
sive terrae, vel mancipia, vel quodlibet animahum genus ven-
ditur, » trouvons-nous dans la loi plus moderne-. L'intercalation
de ces mots sive terrae ne permet-elle pas de signaler ici l'intro-
nisation officielle de la vente des immeubles dans la législation
wisigothique? La vente pouvait exister précédemment, car les
mœurs sont toujours en avance sur les lois ; toute espèce de
contrat, de rapport nouveau des hommes entre eux, préexiste
nécessairement à son apparition dans la loi, mais il n'est pas
moins permis de soupçonner^ ici deux états de législation dans
lesquels la vente des immeubles joue un rôle très-différent:
dans le premier état elle n'existe pas encore ofiiciellement ;
1. Blume, Die Wesfgoihische antiqua, oder das (jesezbuch Reccnred des ers-
ten, ch. 294, 1847, pp. 18, 20.
2. lUuiïie, ibid., p. 21.
3. Nous présentons celle obscM-valion comme une pure liypolhèse. Rigoureu-
sement, il ne serait pas impossible d'invoquer contre celle liypolhèse dix ou
quinze mots qu'on a pu déchifl'rer du chap. 303 de la vieille loi des Visigolhs
(Blume, ibid., p. 22); enfin on pourrait sx)utenir également que si h loi ne
mentionne pas ici les immeubles, c'est qu'elle ne doit pas les mentionner, parce
qu'elle entend laisser, en ce cas, au vendeur le droit de revenir sur le contrat
en invoquant la vileté du prix.
495
dans le second elle apparaît au grand jour, elle est consacrée.
Nous n'ignorons pas que les législations barbares n'avaient
nullement la prétention de prévoir tous les cas juridiques ; leur
silence n'implique donc pas d'une façon absolue la rareté des
ventes immobilières, mais cet argument n'est pas isolé : on se
rappellera que dans les titres, dans les actes eux-mêmes, la
vente Romaine apparaît presque exclusivement. On remarquera
que la saisie immobilière se montre très-tard dans la législation
franque, elle n'existe pas encore dans la loi salique^; enfin on
n'oubliera pas que plusieurs lois barbares semblent concéder
comme un droit nouveau la faculté de vendre les terres ^ : plu-
sieurs d'entre elles restreignent singulièrement l'exercice de ce
droit ; si la nécessité de vendre n'est dûment constatée, l'immeuljle
ne pourra être aliéné^. A la lecture de ces textes, on sent que
1. Nous devons sur ce point de précieux renseignements à M. Marcel Théve-
nin, répétiteur à l'École des hautes études.
2. Voy. Loi des Thuringes, lit. XIII : « Libère homini liceat hereditatem suam
oui voluerit tradere.» Canciani, Barb. leg. antiq., t. III, p. 31-36, et Walter, Cor-
pus jur. Germ., t. I, p. 380.
Loi des Saxons, tit. XV. « Traditiones et venditiones omnes legitimse, stabi-
Ics permaneant, » et la suite avec le commentaire de Canciani, t. III, p. 58.
Conf. Lex. Burg., t. I et tit. LXXXIV, § l, dans Pertz, Mon. Germ. Leg., t.
III, pp. 532, 568. Lex Aknnannorum, dans Pertz, Mon. Leges, t. III, p. 45.
3. Loi des Saxons, tit. XVII. « Liher homo qui sub tulela nobilis cujuslibet
» erat, qui jarn in exilium missus est, si hœreditatem suam necessitate coactus
» vendere voluerit, oflerat eam primo proximo suo, etc. » (Canciani, Barb. leg.
ant., t. III, p. 59).
Ecosse, Leges Burgorum, cap. CXXVIII. « Et testabuntur quod vendens ven-
» didit illam terram ratione paupertatis, et illa pauperlas fuit probata, ante ven-
» dilioneni, per duodecira légales et fidèles bomines » (Houard, Traités sur les
coutumes anglo-normandes, t. II, 1776, pp. 449, 450).
Coutumier de l'île de Gotbland, cap. XXXVIIl. g 1. Landeigenlbum mag nie-
» rnand verkaufen obne Notb. Treibt ibn die Xotb dazu, so soU er zusagen
» seinen nœcbsten Verwandten im Beiseyn seiner kircbspielgenossen und der
'> iibrigen Familienglieder, und dièse sollen uutersucben, welcbe Noth ibn
» duzu treibt (traduction de Scbildener, Guta-Lagh, Greifswald, 1818, p. 59).
Conf. Miroir de Saxe. liv. I, art. 34 : « Obne des Ricbters Urlaub, mag ein
» Mann sein Eigen wolb vergeben mit genebm seiner Erben; nur dass er eine
» Halbe Hnfe davon bebaltc und ein Gebœft, da man einen Vkagen darauf
» umwenden mag. » (traduction de Sacbsse, Sachsenspiegel oder Saechsisches
Landrccht, Heidelberg. 1848, p. 72).
Coutume de Ribnilz (Mecklenbourg-Gustrow.) « Wird allhie einem jeden, der
» dazu qualilicirl, und deme es im Recbten nicbt sonderlicb verbotben, seine
» Giilber in Nolbfaellen zu veraeussern, zu verpfasnden, oder zu verkauffea
496
la vente dos terres est un fait nouveau, un l'ait secondaire dans
l'histoire du droit. S'approprier complètement la terre, et, malgré
l'influence persistante du voisinage, transmettre son droit sur
l'immeuble, en d'autres termes, mobiliser ce droit, ce fut là une
grande évolution économique, évolution qui modifia profondément
l'état social des peuples dont nous nous occupons, et qui, à coup
sûr, ne s'accomplit pas en un jour. Elle n'eut pas cet éclat qui
frappe les contemporains, et l'histoire n'en est écrite nulle part :
nous ne pouvons que soupçonner une série de nuances, de trans-
formations lentes, dont le détail nous échappe en partie.
L'influence du droit Romain dut assurément être considérable ;
la vente Romaine hâta, sans nul doute, l'émancipation de la
terre parmi les Germains, et ceci nous explique le caractère
Romain de la grande majorité des actes de vente qui nous sont
parvenus. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart de ces
actes intéressent des établissements religieux, lesquels se régis-
saient par le droit Romain.
Est-ce à dire que nous chercherions vainement à l'époque
barbare et dans notre milieu franc les traces de la vente germa-
nique ou primitive? Non, assurément : la vente germanique est
décrite dans la loi Ripuaire ; elle y apparaît sous une forme qui
répond parfaitement aux données générales que nous possédons
déjà, et qui concorde également avec les présomptions que pou-
vait nous inspirer la lecture de la loi salique.
On se rappelle, en effet, les titres xlv et xiv, 4, de cette loi, où
apparaît un sentiment très-vif de cohésion entre tous les habi-
tants d'un hameau, d'une villa; nous avons vu soit l'autorité
populaire, soit l'autoi'ité royale, intervenir à l'occasion des
migrations de village à village. Si nous nous plaçons à l'origine
des choses, convient-il de réunir ces deux idées : changement de
résidence, achat d'un terrain? Cela est peu probable : nous
supposons volontiers que le nouveau venu s'installait sur quelque
terrain libre et non encore cultivé S ou qu'il faisait échange de
» erstaUet, jedoch al)eral.so, dass etc. » {Codicillus jurium civitatum Megapolen-
sium de an. 1589, dans Weslphalen, Monumenia inedila Reruni Gennanicarum
praecipue Cimbrkanim et Megapolensium, t. I, Lipsitie, 1739, col. 20(31).
1. M. Solun, d'accord avec M. Waitz [Dus aile Recht der Sal. Frank, p. 129),
est convaincu que ce cas est visé par le lit. XIV, § 4. 11 s'appuie sur ces mots :
« Quod laboravit demiltal » (Solini, Procesz, ])\). li et 15, noie 1).
I
497
résidence avec un autre franc. Mais ces migrations prirent
certainement très-vite une allure nouvelle : la terre tendait de plus
en plus à devenir propriété privée et transmissible ; pour s'établir
dans un village, il fallut y acquérir un terrain. En ce cas,
suivant toute probabilité, le consentement de la commune ou
l'autorisation du roi furent nécessaires. Telles sont, du moins,
les présomptions qui naissent d'elles-mêmes à la lecture de la loi
salique; mais si nous ouvrons la loi ripuaire, ces présomptions
se changent immédiatement en certitude. D'après le titre lix (61)
de cette loi, les ventes doivent avoir lieu dans le Mallura. C'est
au sein du Mallum que l'acheteur remettra au vendeur le prix
stipulé au contrat, c'est aussi dans l'assemblée du peuple, dans
le Mallum, que se célébreront les donations ^
Un peu plus loui, la même loi nous autorise à supposer que le
roi intervenait souvent dans ces transactions : le titre lx ^ (62)
nous parle, en effet, d'un acheteur qui n'a pu obtenir un Testa-
mentum, c'est-à-dire un acte écrit constatant l'achat. Quelle
est, au juste, la nature de ce Testamentum? A nos yeux, le
Testamentum, c'est l'acte royal qui autorise la vente ; plusieurs
diplômes royaux autorisant des ventes nous sont, en effet, parvenus;
on peut citer un diplôme de l'an 656 ^, un diplôme de l'an 711 ^
enfin un diplôme de l'an 709 par lequel Childebert III, en plaid
public, confirme une A^ente de terre faite par Léodefrid à un clerc
du nom d'Audoin^. En demandant, dans cette circonstance,
l'autorisation du roi, Audoin et Léodefrid se conformèrent aux
usages du temps, car une formule que nous fournit le recueil de
M, de Rozière prévoit exactement le même cas^.
On conçoit sans peine que les ventes de terre devenant de
plus en plus fréquentes, le roi ou plus simplement le comte et
son Mal lu ni ne pouvaient pas toujours intervenir: aussi la loi
Ripuaire nous parle-t-eUe d'un acheteur qui n'a pu « accipere
Testamentum, » et ce cas devait être fréquent. Que fera donc
1. Lex Bipuar., tit. LIX (61) De vendiUoiiibus, 1, 7, dans Walter, Corpus
Jxiris, I, pp. 182, 183.
2. Lex Ripuar., tit. LX (62) De traditionibus et testibus adldbendis, ibid., p.
184.
3. Pertz, Mon. Germ. Jiist. Bipl, I, p. 21.
4. Pertz, Ibid., p. 70, n. 79.
5. Jules Tardif, Mon. hist. Paris, 1866, p. 36.
6. De Rozière, Recueil génér., \"= partie, form. 284, pp. 342 et 343.
498
cet acheteur sans titre? Il se transportera sur les lieux ; c'est là
que se célébrera la tradition, en présence, si la chose est possible,
de douze témoins majeurs et de douze enfants auxquels on
donnera quelques soufflets et dont on tirera les oreilles pour
mieux fixer leurs souvenirs ^ .
Nous croyons apercevoir dans les textes qui viennent d'être
analysés une simplification de Yaclfathoniia, cette donation à
cause de mort minutieusement décrite par la loi salique - ; et
voici les divers échelons de cette gradation descendante : tout
d'abord, le titre lix (61) de la loi ripuaire rappelle encore assez
bien Yadfailiomia solennelle de la loi Salique; le comte et l'assem-
blée populaire jouent dans ce titre un rôle important ; ce qui n'est
pas sans analogie avec les formalités du titre De adfathamire
de la loi Salique. Nous retrouvons ici une sorte (Yadfathomia,
mais une adfathomia beaucoup moins compliquée. La cérémonie
se simplifie encore davantage dans l'espèce prévue par le titre lx
(62) que nous venons de résumer. L'acte dont s'occupe ce titre
LX (§ 1) n'est plus autre chose qu'une tradition en pré-
sence de témoins ; et nous voici complètement d'accord avec le
capitulaire du ix" siècle qui définit Yadfathomia par ce seul
mot: tradition'^. Les traditions qui, aux termes de plusieurs
formules, se font en présence des boni homines, ne seraient
donc à nos yeux que des adfcdhomiœ simplifiées'^.
Nous avons conduit la vente jusqu'à une phase de son déve-
loppement où elle paraît se dégager d'une manière décisive des
influences du voisinage. Toutefois la conscience populaire garde
le souvenir de la cohésion primitive du village ; ces traditions
ne se perdent pas, mais elles se transforment et nous les
retrouverons bientôt. Constatons ici que, parfois, dans le
cours du ix° siècle, le rôle du voisinage apparaît encore très-
nettement; en l'an 839, par exemple, un certain Ratolt songe à
faire une donation importante à l'évêque de Freising'. C'est une
afiaire solennelle. Ratolt consulte ses fidèles « consilium ei danti-
1. Lex Ripuar. dans AValtev, Corpus, 1, p. 184. il y aura un nombre moindre
de témoins si l'objet vendu est de jieu d'importance.
'2. Lex Sallca, tit. XLVI, De adfathomire (édit. Merkel, p. 28).
3. Cap. de l'an 819, ch. X, dans Poriz, Monum. Loges, t. I, p. 226.
4. De Rozière, Recueil génér., V" partie, form. 286, 289, pp. 344, 345, 346.
ProbablemenI aussi form. 287 et 288.
499
bus fidelibus suis. » Ceux-ci sont d'un avis favoralDle et Ratolt
expédie un messager à Tévêque pour lui faire part de ses inten-
tions. Celui-ci « ne dédaigne pas » de se transporter en personne
près de Ratolt ; il lui adresse de bonnes paroles « monita salu-
taria. » Puis, solennellement, devant tous les voisins et les
parents du donateur, il demande si Ratolt peut disposer de ses
biens pour le salut de son âme. Par trois fois, il répète la même
question, personne ne veut y contredire (et personne ne le peut,
ajoute le rédacteur dans un sentiment tout romain). En ce moment
Ratolt qui, ceint de son glaive, s'est tenu pendant cette interro-
gation solennelle, debout, dans sa salle à manger, en face de
Févêque et de l'assemblée, composée de ses parents et de ses
voisins, fait entre les mains du vénérable Êrchanpert et de
son avoué Régimpert la tradition de sa fortune '. L'acte est
consommé.
J'imagine que plus d'une fois ces témoins ou ces fidéjusseurs^
qui apparaissent si modestement dans les actes, jouèrent en
réalité un rôle assez analogue à celui des voisins et des parents
de Ratolt ; mais ce rôle s'efîaça : l'assemblée populaire, au sein
de laquelle se célébrait l'aliénation et qui l'autorisait, s'amoindrit
peu à peu et finit en beaucoup de lieux par s'évanouir entière-
ment ; on trouve encore, en l'an 855, des témoins qui figurent à
une donation, « conformément aux usages des Ripuaires, des
Saliens et des Frisons ^ »; mais ici le donateur ne leur demande
pas leur consentement ; il ne les consulte même pas. Ce sont,
aux termes de l'acte, de simples assistants;
Non pas que la vente entre dès lors dans une période de pleine
liberté ; si nous quittons les temps barbares pour arriver à la
période coutumière et féodale, nous retrouvons transformée.
1. Meichelbek, Eist. Fririsiiig. I, Dipl. 607, p. 311,
2. Extraits du cart. de Redon, dans Courson, Hist. des peuples Bretons, i. I,
n" 20 (année 822), 22 (année 867), 25 (année 867); Dom \a\ss., Uist. de Langue-
doc, t. II, Preuves, col, 101 (année 959). 11 va sans dire que je suis loin de
inéconnaîlre le rôle très-iuiporlaiit que joue dans Thistoire de la vente le droit
de la famille sur la terre; mais l'objet de mes recherches n'est pas, eu ce mo-
ment, l'influence de la famille, c'est l'influence du voisinage.
3. « Coram testibus et nobilium virorum praesentia, secundum legcm ripua-
» riam et salicam, necnon secundum Euva Fresonurn. n Acte de l'an 855 dans
Mira-us, Diplomatmn Belgicorum nova cotlcctio, éd. Foppens, Bruxelles, 1734,
t. 111, p. 561.
300
métamorphosée, mais toujours reconnaissable, cette idée primitive
et fondamentale : intervention de l'autorité locale, droit du voi-
sinage. De cette notion antique dérivent les usages qu'on désigne
par ces noms : Invcsiissernent ou Nantissemenl; Retrait.
L'investissement est donné tantôt par la commune, ou, du
moins, par ses représentants, tantôt par le seigneur. Quant au
retrait, c'est presque toujours en France le seigneur qui l'exerce
à son profit (nous parlons ici du retrait seigneurial, non pas du
retrait lignager).
L'investissement par la commune que nous trouvons, par
exemple, à Amiens S à Lille^, est une forme populaire qui doit
nous rappeler et le consentement unanime de la communauté
pour l'admission d'un étranger dans les tillae saliques, et la
solennité de la vente in mallo de la loi ripuaire, solennité qui
s'est maintenue pendant des siècles en divers pays, notamment
chez les Scandinaves^. Dans les villes d'Amiens, de Lille, le con-
sentement des habitants à l'admission de l'étranger acquéi'eur
d'un immeuble prend corps et revêt une forme juridique, mais
c'est bien la communauté qui agit. En beaucoup de lieux, ce carac-
tère s'est effacé sans retour. Ce qui était populaire est devenu
féodal, les droits de la communauté se sont personnifiés dans
un homme ; en d'autres termes, c'est le seigneur qui investit '^
1. Ancienne coutume d'Amiens (1"= moitié du xni° siècle), art. 6, dans A,
Thierry ; Recueil des mon. inédits du Tiers-État, région du nord, t. I, p. 129.
Seconde coutume antérieure à 1292, ibid., pp. 163, 164. Conf. une vente passée
en 1170 par-devant la commune d'Amiens, une donation en 1 195 dans les mêmes
conditions, il)id., pp. 94, 95, 118, 119.
2. Ord. du duc de Bourgogne, en 1421, à la suite du Rohiw, Franchises, lois
et coutumes de la ville de Lille, édil. 15run-Lavainne, 1842, p. 60.
3. Loccenius et Lundius, Legum W. Gothicarum in Suionia liber, lit. de
jure agrario, cap. VI, Upsalis, p. 24. Consiiiutio Woldemari régis per Thor-
donem legiferum, etc. dans Ludewig, Reliquiae manuscriptorum, l. Xli, 1741,
pp. 174, 186. Régis Magni Legum reformatoris leges Gula-Thingenses, Hauniae,
1817, pp. 289, 290.
Coutumes de Marlow (Mecklenbourg-Gustrow en Mecklenbourg-Schwerin),
Witlcnburg (Mecklenbourg-Scliwerin) Teterow (Mecklenbourg-Gustrow), Slern-
Lerg (Mecklenbourg-Schwerin). — Codicillus jurium civitaium Megapolensium
de an. 1589, apud Westphalen, 3lon. inedita rerum Germanicarum praecipue
Cimbricarum et Megapolensium, t. I, Lipsiœ, 1739, col. 2081, 2089, 2093, 2003.
leges Burgorum, cap. CXV, CXXVIl, 2, dans Ilouard, Traités sur les
coutumes anglo-normandes, t. Il; 1770, pp. 441, 'i'i9, 450.
4. Textes trés-nombrcux: l'un des plus inléressanls est celui du coulumier
D0^
Quant au droit d'exclusion qui appartenait au voisinage, il a
été presque partout en France dévolu au seigneur; et c'est
là le retrait féodal. Cette transformation du vieil usage mentionné
par la loi salique (titre xlv, xiv, 4) est très-ancienne : je trouve
dans la loi des Saxons^ un retrait quasi-seigneurial ou
du moins un droit de préférence d"où dérive immédiatement le
droit de retrait. Ce droit de préférence est accordé au représen-
tant du roi , « ei qui tune a rege super ipsas res constitutus est. »
A l'époque mérovingienne - l'ingérence du roi pour autoriser un
Franc à s'établir dans un village auquel jusque-là il n'appartenait
pas, prouve que déjà le droit de la communauté est en voie de
décroissance. C'est le roi qui autorise les migrations de village à
village, c'est le roi qui, très-souvent, autorise les ventes. Mais
nous approchons d'une période nouvelle : le roi va céder la place
à une foule de petits rois disséminés sur le territoire ; en d'autres
termes le régime royal va être remplacé par le régime féodal.
Dès lors, la permission d'aliéner qui était donnée primitivement
par la communauté, puis par le roi ou par le comte, sera octroyée
par le seigneur s. Dans les pays où l'influence de la communauté
s'est développée au lieu d'être absorbée par un pouvoir unique,
elle a donné naissance, nous l'avons vu, à un droit de préférence
ou de retrait au profit des voisins. Ce qui s'explique à merveille :
un membre de la communauté veut A'endre sa terre; il lui faut le
consentement unanime des voisins : l'un des voisins s'avisera de
mettre une condition à son consentement, il n'autorisera la vente
que si lui-même prend la jDlace de l'acheteur. C'est là le retrait
de voisinage dont nous avons constaté l'existence à Fillièvre,
dans le pays de l'Angle, et dont Mittermaier et Grimm ont cité
bien d'autres exemples'^. Le seigneur féodal retrouvera sans peine
d'Artois, revu sur les manuscrits par Klimratli, Trav. sur Vhist. du droit franc,
t. II, 1843, pp. 378, 379.
1. Lex Saxomim, lit. XVII, dans Walter, Corpus juris, t. I,p. 389.
"2. Léx Salica, tit. XIV, 4 (édition Merkel, p. 10).
3. Voyez un acte de lOiO constatant le droit de préférence au profit du Sei-
gneur. Waitz, Urk. zur deutschen Verfassuiigeschichte im 11 und il Juhrhun-
dert, Kiel, 1871, p. 44. Voyez aussi un titre de l'an 977 (Laurière, Texte des
coût, de la prévôté et vicomte de Paris, t. II, 1777, p. 2). Il ne faut donc
pas s'en tenir à cette phrase de Mittermaier : « In Frankreich kommt die
œlteste Urk. von 1171, in Coutumes de Vdlefranche vor. » [Grundssutze d.
gem. deuts. Privair. vol. II, 1843, p. 35, note 11.)
4. Voy. ici Grimm, Deutsche Rechtsaltei'ihumcr . Gœllingen, 1854, pp. 30,
502
le même procédé : il autorisera la vente à une condition, c'est
que la vente se fera à son profit S et voilà toiite l'histoire du
retrait féodal.
Nous résumerons par un mot nos vues sur le retrait et sur
l'investissement; l'investissement par lo seign(>ur et le droit de
retrait à son profit ne sont pas des inventions ou des créations
arbitraires. Ce sont des transformations.
Est-ce à dire que, partout où nous rencontrons le nantissement
ou le retrait féodal, nous puissions en inférer que les usages
populaires dont nous venons de parler préexistaient dans le
même pays? Ce serait peut-être aller loin : sous l'influence de
causes générales et dans certains milieux, un développement
personnel a pu se produire brusquement au sein de la commu-
nauté et y absorber des droits qu'elle contenait en germe, mais
qui n'avaient pas eu l'occasion de s'exercer régulièrement; en
d'autres termes, nous entendons signaler ici une filiation d'idées
plutôt qu'une filiation de faits. ,
Nous voici parvenu au terme de ce travail- : le but que nous
nous étions proposé nous paraît atteint. Grâce à une étude atten-
tive des monuments historiques, nous avons pu vérifier l'exac-
titude des présomptions que nous avait inspirées l'état actuel de
la propriété chez certains peuples pasteurs et encore à demi
nomades. Chemin faisant, nous avons eu l'occasion de signaler
l'origine de quelques usages et de quelques théories juridiques
qui semblent autant d'énigmes indéchiffrables si on ne les
explique comme nous avons été conduit à le faire. A la vérité,
au cours de cette longue enquête, nous avons pu méconnaître le
sens de quelques-uns des textes si nombreux et si divers qui
nous ont passé sous les yeux, mais il est peu probable que nous
les ayons tous mal interprétés et que l'idée générale qui nous a
paru s'en dégager soit une pure chimère de notre imagination:
531, C07. Mitlermaier , Grundsaetze des Gevieinen deutschen privatrechts,
Regensburg, 1843, t. II, p. 33-37.
1. Texte inléressanl dans nue ordonnance de Charles (depnis Charles V),
février 1357, art. 38, Bec. des Ord., t. III, 1732, p. 209.
2. J'ai conlraclé une deUe de reconnaissance envers i)hisieuis personnes qui
m'ont donné, ]iour raché\enient de ce travail, d'excellents avis, prêté leurs
livres, conseillé certaines corrections : je prie chacune d'entre elles de recevoir
ici mes sincères remercîmenls.
303
nous pouvons donc formuler en finissant cette conclusion histo-
rique: dans rinde, en Grèce et en Italie, la terre a été, comme en
Germanie, possédée en commun avant de devenir le domaine
propre de la famille ou de l'individu.
Cette possession commune nous l'avons étudiée ici plus parti-
culièrement dans le groupe un peu vague qui compose la tribu,
la peuplade, le viUage ; mais nous n'avons pas arrêté nos regards
sur le noyau primitif de la tribu, sur la famille. Quelques expli-
cations sont ici nécessaires : que la tribu soit née et procède de
la famille, en d'autres termes que la famille soit la source et
l'origine de la société civile, à nos yeux le fait n'est pas douteux ;
mais cette question n'est pas celle que nous nous étions proposé
ici d'étudier. Les textes indo-germaniques relatifs à l'histoire de
la propriété, aussi loin qu'ils nous permettent de plonger nos
regards, nous placent en présence d'une société naissante déjà
plus vaste que la famille et qui la renferme dans son sein. Quant
à la famille originaire, germe de la tribu, elle ne nous est pas
apparue, les textes dont nous nous sommes servi pour l'histoire des
origines^ de la propriété nous montrent la famille déjà comprise
dans l'État, ou si on préfère une expression moins ambitieuse,
dans la tribu, dans le groupe du voisinage; elle y jouit donc de
cette communauté de biens qui a fait l'objet de nos recherches,
mais elle n'en jouit pas exclusivement.
Lorsque l'état primitif de l'indivision des terres aura peu à
peu fait place à un ordre de choses tout nouveau, lorsque les
premiers domaines se seront formés, alors le sentiment de la
communauté et de la solidarité des droits, des intérêts et des
besoins se réfugiera et se fortifiera dans la famille. C'est au sein
de la famille qu'à une époque plus récente et déjà historique on
devra rechercher les traces de cette idée de copropriété que nous
avons signalée au sein de la tribu, au sein delà société primitive.
Une histoire de la communauté de biens dans la famille suivie
d'un exposé des vicissitudes diverses delà propriété jusqu'à une
époque plus récente serait une œuvre utde et pleine d'intérêt.
Ce tableau ainsi achevé, on verrait clairement par quelles
phases diverses a passé la propriété immobilière, on la verrait se
constituer lentement et se dégager avec les siècles des liens nom-
breux qui l'embarrassaient à l'origine de son histoire ; chacun
comprendrait que sa formation, son développement, son émanci-
pation sont les étapes ordinaires du progrès et de la civihsation.
504
La propriété n'est-ello pas, en effet, un des stimulants les plus
actifs de l'intérêt personnel, et l'intérêt personnel sagement con-
tenu par la loi divine du juste et de l'injuste n'est-il pas lui-même
la source toujours vive d'où découlent les efforts incessants qui,
de siècle en siècle, transforment, en l'améliorant, l'état matériel
de l'humanité ?
Paul VlOLLET.
BIBLIOGRAPHIE.
La Co:n quête de Constantinople, par Geoffroi de Ville-Hardouin,
avec la continuation de Henri de Valenciennes. Texte original
accompagné d'une traduction par M. Natalis de Wailly. Paris,
librairie de Firmin Didot, 1872. Grand in-8° de XXVI et 5H p. et
une carte.
Le livre que nous annonçons aujourd'hui montre combien il reste à
faire même sur des auteurs de premier ordre dont les ouvrages ont
exercé la critique de nombreux et illustres éditeurs depuis plus de
deux siècles. Après les publications de Du Cange en 1657, de Dom
Brial en 1822, de M. Paulin Paris en 1838, et de M. Buchon en 18Z|0,
nous pouvions croire que nous avions un texte définitif de la chronique
de Geoffroi de Ville-Hardouin. Cette confiance semblait d'autant plus
légitime que tous les^manuscrits importants avaient été collationnés, et
que les systèmes les plus différents avaient été suivis par les derniers
éditeurs. Le véritable texte de Ville-Hardouin n'avait cependant pas
vu le jour. Il était réservé à M. de Wailly de rendre à sa forme
première l'Histoire de la Conquête de Constantinople, et d'opérer sur
ce monument une restauration aussi complète et aussi bien entendue
que celle dont l'incomparable livre de Joinville avait été l'objet en 1867
et surtout en 1868.
Un résultat si xîonsidérable a été obtenu par les moj^ens les plus
simples. Les matériaux employés par M. de Wailly ne diffèrent pas de
ceux que les précédents éditeurs avaient eus à leur disposition : mais
personne n'avait songé à soumettre ces matériaux à une analyse
vraiment scientifique; on n'en avait pas encore rigoureusement
constaté l'origine, et par conséquent la valeur. Avant tout, M. de Wailly
a voulu s'en rendre un compte exact. Tel est l'objet de la Notice sur
six manuscrits de la Bibliothèque Nationale contenant le texte de
Geoffroi de Ville-Hardouin (Paris, imp. Nat., 1872. In-Zio de ilxk p.
Extrait du tome XXiV des Notices et extraits des manuscrits de la
Bibliothèque Nationale). Dans cet important morceau de critique
paléographique et philologique, M. de Wailly passe en revue les six
mss. suivants : A, français Zi972 ; B, français 2137; C, français 1220Zi ;
D, français 12203; E, français 2Z|210 ; F, français 15100.
Le ms. A, ou l'équivalent de ce manuscrit^ a servi de base à l'édition
506
de Du Cango. Doni Rrial suivit également le ms. A, en s'aidant des mss.
B et C. M. Paulin Paris, abandonnant la voie tracée par Du (hnge et
Dom Brial, s'attacha de préférence aux mss. D et F. Knlin, Buchon
adopta le ms. C. Pour faire cesser une telle divergence d'opinions, il
fallait examiner ù nouveau tous les manuscrits, discerner les diflérents
genres d'altération que chacun d'eux a subis, déterminer les rapjwrts
qu'ils ont entre eux et fixer leur degré de parenté avec le manuscrit
original. Par des observations multipliées et décisives, portant princi-
palement sur les lacunes et les erreurs, M. de Wailly s'est convaincu
que les six manuscrits de la Bibliothèque Nationale appartiennent à
quatre familles distinctes, savoir :
l"-*^ famille, le ms. A.
2"'e famille, le ms. B.
o"'« famille, les ms. C, D, E.
Zi™« famille, le ms. F.
De plus, il a démontré avec une précision mathématique que les
trois dernières familles sont séparées du manuscrit original par un
même intermédiaire, et que « le ms. A représente à lui seul une
» branche principale, où la sève de la souche commune circule en
» même quantité que dans l'ensemble des rameaux secondaires appar-
» tenant aux trois autres familles. » En outre, ce même ms. A a seul
échappé aux altérations produites, soit par des retranchements volon-
taires, soit par l'emploi des synonymes. Le ms. A, par ces différents
motifs, devait être choisi pour servir de base à l'édition. Mais ce ms. A
est loin d'être parfait : c'est une copie faite sous le règne de Philippe
de Valois par un Italien qui, ne comprenant pas toujours bien l'ancien
français, a copié ce qu'il avait sous les yeux, estropiant parfois les
mots dont le sens lui échappait, et introduisant çà et là des singularités
orthographiques, qui s'expliquent par l'usage de l'italien ou du latin,
mais n'usant jamais des libertés qu'ont prises les copistes français des
ms. B, C, D, E, F, quand ils ont abrégé des phrases, substitué des
synonymes et adopté des formes dialectiques tout à fait étrangères au
pays et au temps de Ville-Hardouin.
M. de Wailly a donc reproduit le texte du ms. A, mais il l'a rectifié
en beaucoup d'endroits à l'aide des autres manuscrits, et plus d'une
fois il a rétabli, avec une certitude absolue, la leçon primitive,
inintelligemment défigurée par le scribe italien, et que les copistes
français avaient remplacée par un terme équivalent. C'est seulement
en lisant et relisant la Notice qu'on appréciera par quels procédés
ingénieux il a sondé les plaies du texte, par quelles méthodes délicates
il les a guéries. Les observations qu'il a faites et dont il a consigné le
résumé dans la Notice pourront sembler à quelques lecteurs d'une
excessive minutie : mais elles étaient indispensables pour donner à
507
l'édition une base inébranlable et pour ramener l'œuvre de Ville-
Hardouin à sa pureté native.
On peut donc maintenant lire avec une entière sécurité l'Histoire
de la Conquête de Constantinople, telle que l'auteur dut l'écrire ou la
dicter. La lecture en est d'autant plus facile que le texte est accom-
pagné d'une traduction, véritable commentaire perpétuel, où sont
éclairais tous les passages obscurs, et qu'on peut suivre les marches
des Croisés sur une excellente carte dressée par M. Longnon, en partie
d'après les observations inédites de M. Albert Dumont.
La continuation que Henri de Valenciennes a jointe au récit de
Geoffroi de Ville-Hardouin, et qui se trouve dans les manuscrits C, D,
E, F, n'a pas été moins bien traitée que la partie principale de
l'ouvrage. L'orthographe en a été rectifiée d'après les observations
sur le dialecte picard, auxquelles a donné lieu la collection de
chartes d'Aire^ insérée en 1870 dans la Bibliothèque de r École des
chartes ^
Le vocabulaire et la table qui terminent le volume suffiraient pour
en assurer le succès: ils offriront, en effet, d'inappréciables ressources
aux philologues et aux historiens. Le vocabulaire mérite une attention
particulière : tous les articles dont il se compose auront un jour leur
place dans le dictionnaire historique de l'ancien français.
xM. de Wailly a voulu que son édition de Ville-Hardouin fût dédiée à
la mémoire de sa mère : aussi n'a-t-il rien négligé pour lui donner
toute la perfection que comporte un tel travail. La maison Didot l'a
merveilleusement secondé : elle a exécuté un livre digne de Ville-
Hardouin, digne aussi du savant qui étudie avec tant de dévouement
et de bonheur l'histoire et la langue de la France au xiii^ siècle.
L. D.
La Noble Maison de Saint-Oden, la Villa Clippiacum et l'Ordre de
VEloile, par Léopold Pannier. Paris, Franck, in-S" de VI et 342 p.
Chargé par l'administration municipale de St-Ouen-sur-Scine d'écrire
l'histoire de cette commune, M. L. Pannier établit d'abord dans un
premier chapitre que le village de St-Ouen occupe l'emplacement de
la villa mérovingienne appelée Clippiacum. Il nous semble avoir
écarté d'une manière définitive les prétentions du village de Clichy, et,
tant que les termes de la question ne seront pas changés, avoir résolu
de la façon la plus probable ce problème de géographie historique.
l\ traite, dans le chapitre II, de St-Ouen sous Dagobert et les derniers
1. Le texte des chartes a paru itans notre volume de 1870, p. 26 1, et les
Observations dans notre volume de 1871, p. 291.
508
mérovingiens. Dans lo chapitre III, il prend la petite bourgade
au ix« siècle, et la mène jusqu'à la fin du xrn«. Avec le IV cha-
pitre commence la partie la plus intéressante de ce travail :
l'histoire de la Noble Maison de Saint Quen, cette résidence si
chère aux premiers princes de la famille de Valois, cette demeure
illustre d'où ils datèrent tant d'actes importants. M. Pannier, qui a
découvert sur elle de précieux documents, retrace avec une grande
abondance de détails la formation de ce manoir par Guillaume de
Crespy, et la confiscation indirecte dont il fut frappé par Charles de
Valois en 1299. Il donne sur l'édifice élevé par Guillaume, et mer-
veilleusement embelli par Charles de Valois, de précieux renseignements
archéologiques. Il mentionne, au fur et à mesure qu'ils se produisent,
les principaux actes dont ce palais fut le théâtre, et il est ainsi amené à
parier, dans le chapitre V, du plus grand événement qui se soit accompli
dans les murs delà Noble Maison. L'historien du village de St-Ouen ne
pouvait, en effet, se dispenser de retracer tout au long les fêtes qui
s'y passèrent les 5 et 6 janvier 1352, et dans lesquelles Jean II
institua l'ordre brillant et éphémère de l'Etoile. Sans sortir de son
sujet, M. Pannier profite de l'occasion pour réfuter dans le chapitre VI
plusieurs erreurs trop généralement répandues sur cette institution;
et, par de judicieuses citations de Froissard et de Jean Le Bel, il
démontre que cet ordre, qui ne compta qu'une seule promotion de che-
valiers, disparut à peu près complètement quelques années après sa
création. La chapelle de St-Ouen était l'église de cet ordre de chevalerie,
et le roi Jean ne négligea rien pour l'enrichir et lui assurer d'impor-
tants revenus. Mais cette libéralité ne put avoir son effet à cause des
malheurs qui signalèrent toute cette époque, et l'importance de St-
Ouen, dont le règne de Jean II marque l'apogée, ne fit toujours qu'aller
en diminuant. Les chapitres VII, VIII, IX et X racontent cette déca-
dence et les épreuves sans nombre qu'eut à subir cette petite localité
auxxiv® et XV* siècles, bien que l'affection que lui portèrent Charles VI
et Isabeau de Bavière, qui y construisirent de nouveaux palais, lui ait
rendu un certain éclat pendant les rares intervalles de tranquillité
publique. M. Pannier, fidèle au programme qu'il s'était tracé, s'est
arrêté à la fin du xv* siècle. Son histoire est suivie de pièces justifica-
tives, dont 90 sont inédites et publiées avec le plus grand soin.
Cette monographie, par la manière consciencieuse dont elle est
écrite, répond parfaitement au but que se proposait l'administration
municipale qui l'a inspirée. Elle retrace, aussi complètement qu'il
était possible de le faire, l'existence passée d'un petit village, devenu
de nos jours seulement une ville industrielle. Elle nous donne même
davantage ; et, sans que son auteur ait dépassé un seul instant les
étroites limites de son cadre, elle apporte à l'histoire générale un
appoint qui sera appréciable. Car, remplie de renseignements sur la
o09
condition des terres et Tétat des personnes, elle fixe remplacement
d'une villa mérovingienne, nous dépeint une grande habitation royale
du xiye siècle, et rectifie des opinions erronées sur un ordre de
chevalerie. Nos éloges doivent cependant comporter une restriction
légère. Il n'est pas invraisemblable de soutenir, comme l'a fait
M. Pannior, que Charles de Valois a employé des moyens déloyaux
pour s'approprier l'héritage de Guillaume de Crespy, mais il est
inexact de dire : « Il est impossible que Guillaume de Crespy qui,
outre sa charge laïque de clerc du roi, avait eu des titres ecclésias-
tiques et amassé une si grande fortune, ne fût pas un homme libre, et
que libres aussi ne fussent pas les siens. » Il est certain qu'un serf
pouvait avoir une charge royale, que les titres ecclésiastiques n'affran-
chissaient pas de plein droit, et que, sans être libre, on pouvait non-
seulement s'enrichir, mais même, au xiii»^ siècle, posséder de la terre.
On est surpris de voir l'auteur, qui fait partout preuve d'excellente
critique en ne reicourant qu'à des sources sérieuses et dignes de foi,
citer (p. 85), en y renvoyant comme à une autorité, les divagations
historiques de M. Michelet, et (p. 52; la polémique religieuse du journal
le Siècle. Ces citations ont porté malheur à M. Pannier,car^ afin qu'elles
ne détonassent pas au milieu d'une œuvre généralement grave, il a
cru devoir mêler à sa rédaction quelques considérations banales sur
« les rois et sur les prêtres » (p. lUo, iliQ et W) qui semblent
inspirées par les susdites aulorïtés. Cette dernière observation porte
uniquement sur la forme, car le livre est composé d'ailleurs sans idées
préconçues d'aucune sorte.
Louis COURAJOD.
Le livre des Vassaux du Comté de Champagne et de Brie (H72-
\'1-I2)^2mblié d'après lemamiscrit unique des Archives nationales,
par Auguste Longnon. Paris, A. Durand, -1869, in-8° de 368 p.
Pendant que la Champagne jouissait de son autonomie, les comtes
qui administraient cette province eurent plusieurs fois besoin de faire
dresser des listes de leurs vassaux, pour connaître exactement les rede-
vances et les services dont ils étaient chargés. On comprend la valeur
de tels documents pour l'histoire politique et administrative, et surtout
pour la géographie historique et l'histoire locale des seigneuries. Il
nous est parvenu un certain nombre de ces listes précieuses. Par les
travaux de M. d'Arbois de Jubainville et l'étude nouvelle de M. Lon-
gnon, il est établi que nous possédons aujourd'hui, sous diverses
formes :
1° Les rôles des vassaux du comte Henri I^r (1152-1181), antérieurs
aux plus anciens rôles des vassaux de France, ceux de Philippe-
Auguste;
34
2° Les rôles des vassaux dressés pour le comte Thibault III (1197-
1201) ;
3° Les rôles des vassaux exécutés sous la régence de Blanche de
Navarre (i '201-1222);
/i" Les rôles des vassaux rédigés par ordre de Thibault IV (1222-
1251); rôles originaux très-détaillés, et dont nous connaissons les
commissaires enquesteurs et la date très-exacte (12/i9-1252) ;
5° Les états des fiefs dressés par Thibault V (1253-1270), connus par
des extraits de Brussel et de La Ravallière ;
6° Les rôles originaux des vassaux de Blanche d'Artois (127Zi-1285),
datés très-probablement de 1275.
Les rôles originaux des plus anciens de ces dénombrements
ont depuis fort longtemps disparu. Ceux de Henri I"^, de Thibault III,
de Blanche de Navarre, c'est-à-dire les rôles qui se trouvaient compris
entre les dates extrêmes de 1152 et 1222, nous avaient été conservés
dans un précieux registre, bien célèbre dans l'érudition des xvi", xvii*
et xviii® siècles sous le nom de Feoda Campanie. C'était là que Pithou,
Du Cange, Brussel, Lévèque de La Ravallière avaient puisé d'innom-
brables renseignements. Ce document inappréciable périt dans l'incendie
qui consuma la Chambre des Comptes, le 26 octobre 1737. Heureusement
qu'au commencement du xiii« siècle, le comte Thibault IV avait fait,
pour les besoins de son administration, copier et traduire en fran-
çais tous les dénombrements antérieurs à sa majorité (1222). Cette
traduction du Feoda Campanie, transcrite sur un registre^ con-
servée longtemps en Champagne, dut être envoyée^ en 17Z|5, de
Troyes à la Chambre des Comptes de Paris, pour y combler un des
vides formés par l'incendie. Elle y reçut un titre inexact et passa
depuis aux Archives nationales, où elle se retrouve aujourd'hui sous la
cote P lllZi. M. d'Arbois de Jubainville, dans son Histoire des comtes
de Champagne (tome II, p. U), signalait ce texte si intéressant et
souhaitait ardemment qu'il trouvât un éditeur. Ce vœu a été réalisé
par M. Longnon.
Dans une remarquable introduction, l'auteur établit d'abord avec
une grande sûreté d'érudition les faits dont nous nous sommes servis
pour expliquer la nature, la provenance et la valeur du registre P llU.
Il a démontré jusqu'à l'évidence, par un ingénieux rapprochement,
que le document qu'il publiait était la traduction littérale et quelquefois
fautive du registre latin disparu. Dans plusieurs cas il a restitué, avec
une merveilleuse perspicacité, le texte primitif des rôles latins altéré
par un traducteur inintelligent. La seconde partie de son introduction
est destinée à mettre en lumière tout ce que le Livre des Vassaux du
comté de Clumipagne contient de renseignements sur l'histoire
générale de cette province. Trois chapitres y traitent : l'un de la
formation du comté, le second des suzerains des comtes, le troisième
Mi
des divisions du même comté. Une dernière partie de cette étude pré-
liminaire est consacrée à examiner, toujours d'après les documents
si heureusement rendus à la science, l'usage des fiefs en Champagne
et leur nature si multiple.
En publiant son texte, M. Longnon a pris soin de respecter, par une
bonne lecture, l'orthographe des noms propres ou des noms de lieux.
C'est le point qui, dans l'impression des documents de ce genre, laisse
presque toujours à désirer. 11 a même rétabli un certain nombre de
noms écorchés par le copiste du xiii^ siècle. Il a indiqué dans des
notes l'endroit du territoire actuel, si petit qu'il soit, qui correspond
aux données géographiques et. aux noms de lieux dont ces longues
énumérations de fiefs sont remplies ; et il a précisé l'identification des
lieux anciens avec les lieux modernes, en déterminant la place des
premiers dans le département, dans l'arrondissement, dans le canton
et dans la commune. M. Longnon a terminé son ouvrage par quatre
tables séparées, comprenant : 1° les noms des personnes, — 2° les
noms de lieux anciens, — 3» les noms de famille ou surnoms, — h" les
noms de lieux modernes. La table des noms de personnes contient,
sur les principaux vassaux, des notices que l'auteur reconnaît incom-
plètes, mais qui peuvent rendre néanmoins quelques services.
Ce livre, si consciencieusement composé, où M. Longnon a appliqué
la méthode la plus rigoureuse et montré la critique la plus exercée,
est d'une très-grande importance pour l'histoire provinciale. M. d'Arbols
de Jubainvilie lui a fait l'honneur de le comprendre dans son Histoire
des coinles de Champagne, sous la rubrique du tome VII^, et l'Acadé-
mie des Inscriptions lui a décerné une médaille en 1869.
Loms CouRAJOD.
Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale,
par T. BoulioL, président de la Société académique de l'Aube^
correspondant de la Société des Antiquaires de France. Paris,
Dumoulin, in-8°. Tome 1er de XX et 323 p.
Rien de plus vague que la circonscription imaginaire créée par
Tauteur de cet ouvrage sous le nom de Champagne méridionale, car il
reconnaît qu'il n'a cherché à faire l'histoire, ni du comté, ni du
diocèse, ni du bailliage de Troyes, ni de l'intendance de Champagne,
mais d'une sorte de banlieue de Troyes qu'il étend autour de cette
ville sur un rayon de 50 à 60 kilomètres^ suivant les besoins de sa
cause et les nécessités de son récit. Déjà si vague, ce titre est en outre
inexact. M. Boutiotnous apprend en eflet (introduction, p. XV et XVIil)
qu'il a voulu écrire avant tout l'histoire du Tiers-Etat en Champagne
depuis les temps anté-historiques jusqu'en 1789. Pourquoi ne l'avoir
5^2
pas avoué dans un titre qui eût été précis, piquant et véritablement
neuf?
Dans une introduction remplie par une apologie de la bourgeoisie et
de ses vertus, M. Boutiot déclare (p. x) « qu'il n'a pas la prétention
de dresser la bibliographie historique de Troyes après M. Vallet de
Viriville, » bien qu'il regrette que, par la date de sa publication, cette
œuvre soit en retard de trente ans. Nous nous étonnons qu'il ait la
prétention bien plus grande d'écrire l'histoire de cette ville sans
établir avant tout cette bibliographie, ou sans compléter au moins
celle qu'a donnée M. Vallet de Viriville. Mais ce n'était là qu'une
précaution oratoire; car il ajoute aussitôt : « Je m'empresse de
rappeler les noms des auteurs et le titre des œuvres historiques qui
intéressent la ville de Troyes et la Champagne méridionale; »
et en même temps il nous laisse, par son énumération, deviner
le motif de cette excessive et inexplicable modestie. Car, s'il men-
tionne sans ordre, sans méthode et sans clarté certains chroni-
queurs locaux et jusqu'aux plus minces collecteurs de documents; s'il
tire d'une injuste obscurité Dom Tilon, religieux de Montier-la-Celle,
auteur des notes qui n'ont pas été conservées, les chanoines Bertrand,
ïremet et plusieurs autres historiens aussi utiles ou aussi célèbres, en
revanche, à part le Voyage archéolocjique de M. Arnault, les Monii?neîils
du dcparlement de l'Aube de M. Fichot et le Portefeuille archéologique
de Gaussen, il ne dit pas un mot des excellents travaux dont Troyes
et la prétendue Champagne méridionale ont été l'objet depuis quarante
ans. MM. Corrard de Breban, Harmant, Camusat de Vaugourdon,
Coffinet, Guignard, Lebrun, Gréau, Socard obtiennent sans doute, de
leur président, une mention comme ses confrères à la Société acadé-
mique de VAube « pour leur collaboration aux mémoires de cette
Société. » M. d'Arbois de Jubainville arrive même le dernier sur cette
liste. Mais pas un mot des titres de leurs ouvrages. Pas un mot non
plus des travaux publiés hors de Troyes, par exemple du livre de feu
M. Bourquelot sur les foires de Champagne, et du mémoire de M. Le-
fèvre sur les finances de ce comté, qui touchent par tant de côtés ù
l'histoire de la circonscription territoriale inventée par M. Boutiot.
C'est ainsi que, par une immense prétérition, le dernier historien de
Troyes se débarrasse en bloc de tous ses prédécesseurs, et c'est ainsi
que, dans cette bibliographie à la fois si prolixe et si sommaire,
Y Histoire de la Champagne méridionale succède immédiatement et sans
transition aux essais de Courtalon et aux notes des chanoines Breyer,
Montmusard, Bertrand et Tremet. Depuis que l'histoire de Troyes est
sérieusement étudiée et connue, M. Boutiot ignore donc, ou plutôt
affecte d'ignorer tout ce qu'on a publié.
Au début de son premier volume, l'auteur a fait de louables tentatives
pour ne rien omettre du passé si reculé qu'il étudiait. Il a interrogé
M3
tous les témoins qu'il rencontrait, dolmens, menhirs, tumuli, armes
et instruments des époques primitives. 11 a cherché à tirer quelques ren-
seignements de la nature des terrains, des productions du sol, de la
configuration géographique de la contrée pour en retracer l'histoire
pendant la période où les autres documents font défaut. Dans cette
enquête il a montré une certaine clairvoyance en se servant des
coutumes persistantes, des modes de construction, des accidents
topographiques, pour s'efforcer de découvrir et d'expliquer d'an-
ciennes divisions territoriales du pays. Il a fait graver des dolmens,
des menhirs ; il a dressé des cartes de la Champagne méridionale,
avec indication des pagi celtiques (?), et un plan de Troyes à l'époque
Gallo-romaine. Sauf vérification, je m'empresse de donner, aux efforts
témoignés par ces recherches, des éloges qui n'auront malheureuse-
ment pas l'occasion de se reproduire. Mais, même dans ce chapitre
préliminaire, le seul original, l'auteur, faute de méthode, s'égare
presque toujours, et, à propos de dohyiens, on s'étonne de voir
expliquer des hypothèses sur la destination de ces monuments par des
textes empruntés à l'ancien Testament, et surtout (p. 17) de voir citer,
comme une autorité qui en corrobore le témoignage,... l'opinion du
« barde Ossian.» On sait qu'au moyen-âge, comme aujourd'hui, les grands
chemins pavés s'appelaient chemins ferrés. Cette simple explication
n'est pas admise par M. Boutiot, ou plutôt n'en est pas connue. Il
prétend (p. 26) qu'une voie romaine conduisant de Troyes à Joigny
était, au xiu« siècle, « appelée voie ferrée dans certaines parties de son
parcours, par suite de l'emploi dans sa construction de mâchefers. »
Et cette bévue motive un long chapitre intitulé : « Exploitations
métallurgiques ; Dépôts de scories; Voie romaine cotistruite avec ces
matières. »
Ce qui manque surtout à l'auteur de ce livre, ce sont les notions
générales sur les sciences dont il invoque le secours ; c'est la con-
naissance des instruments qu'il prétend employer. Il s'imagine par
exemple qu'il n'est pas indispensable, avant d'écrire l'histoire de
Troyes, de savoir les faits généraux de Thistoire de France ou
même ceux de l'histoire de Champagne. Il enseigne fort grave-
ment (p. lil) que Clovis occupa en Zi8Zi la partie de la Gaule,
gouvernée par Syagrius, — que le comte Eudes, depuis roi de France
et frère de Robert !«■•, était fils de Charles-le-Chauve, et il soutient
deux fois (p. 133 et llxli) cette généalogie fantaisiste — que les
origines de la féodalité remontent (p. 1G6) au patronage celtique (?) —
que (p. 172) des droits de bourgeoisie furent concédés, et des com-
munes jurées établies par Thibault III, avant 1090! — que (p. XVII)
les principes de la monarchie absolue furent développés sous Louis XIV
par Richelieu, etc., etc., — que le comte Hugues de Troyes (1083-
1125) avait deux fils nommés Hilduin et Roulin de Vendeuvre (p. 177),
5U
alors que tous les érudits s'accordent pour ne pas reconnaître à ce
prince d'autre fils qu'Eudes le Champenois de Champlitte. Les
erreurs et les lacunes dans l'histoire de Champagne sont incessantes,
et d'ailleurs volontaires. M. Boutiot systématiquement n'admet aucune
des rectifications faites par M. d'Arbois à la liste des comtes de Troyes,
et repousse les résultats définitivement acquis depuis la publication
de l'Histoire des Comtes de Champagne. Il s'en tient aux travaux faits
au xviu» siècle par Courtalon, par le « bon » Desguerrois, par
quelques autres collecteurs d'ana sur la province , ou bien aux
allégations d'un Bérault de l'Allier, le plus notoirement ignorant des
historiens des comtes de Champagne. Aussi bon nombre d'absurdités
dont l'érudition moderne a déjà fait justice ont naturellement trouvé
un partisan et même un champion enthousiaste dans cet auteur. Il
croit au droit du Seigneur (p. 167), à la noblesse utérine (p. 397)
bien qu'il repousse la légende de son origine, aux cours d'amour
(p. 232 et suiv.), à la théorie des Sept Pairs de Champagne (p. Zil3).
Mais c'est en philologie que le défaut de méthode a conduit
M. Boutiot aux plus prodigieuses conséquences. « La philologie, dit-
il, p. XVI de l'introduction, aide à retrouver, par les noms de lieux,
de rivières, de régions naturelles, les traces des populations disparues. »
Rien de mieux; mais il cite aussitôt, comme d'irrécusables autorités,
Eusèbe Salverte et M. Tliiers qui serait certainement bien étonné
d'être pris pour un philologue. « Je n'ai fait, ajoute-t-il (p. XVII),
que la stricte application des principes professés par ces hommes
éminents. J'ai négligé, j'en conviens, les lois si souples et si fantaisistes
de l'étymologie dont les règles admettent si facilement la substitution
des lettres les unes aux autres. » « Nous ne croyons pas, dit-il ailleurs
(p, Zi7), devoir aborder la discussion sur les étymologies que nous
essayons de produire ; cette discussion et les preuves sont données
pour le plus grand nombre dans nos Éludes sur la géographie mrÀenne
appliquée au dé parlement de l'Aube, qui nous ont valu une mention
honorable de l'Institut; » et alors, en lauréat couronné, en homme
sûr de lui-même et qui n'a plus à faire ses preuves, M. Boutiot
donne libre carrière à son talent, rapproche et compare non-seule-
ment les noms de lieux de la Champagne, mais, au besoin, ceux de
l'Europe entière. Pour les expliquer, il appelle à son secours, indis-
tinctement et avec une étourdissante facilité, tous les idiomes parlés
sur le globe depuis la création du monde. Voici quelques-uns des
résultats qu'il trouve indiscutables et qu'il présente comme patronnés
pour l'Institut :
« La Vanne, la Vilaine et la Civanne (p. 52) sont des rivières qui
auraient la même étymologie en raison de la nature des terrains sur
lesquels elles coulent. — L'Arce, l'Ource et la Sarce ont, par le nom
et la pureté de leurs eaux, un air de famille (p. 51). w — Bossicant,
o^5
(p. 5Zi) est le « nom d'une grande forêt qui peut être traduit par bois sec,
bos, bosc, bois, siccant, sec. » Voilà qui est bien simple, et dans ce genre
Rabelais (1. 1, ch. 16) n'a rien proposé de plus joli pour rétymologie du mot
Beauce.—« Le mot aigice (p. 56) a formé Aiguilly. ArgentoUe, Argentillia;
Engente, Argenterie doivent, comme Argenteuil, Argentenay, leur
nom à la limpidité de leurs eaux. Aillefol, eaux folles (textuel), est
placé au sommet d'une colline dont les eaux vont d'un côté dans
l'Aube, et de l'autre dans la Seine, même radical dans AUibaudières,
dans Ailleville. » Faut-il dire qu'il n'applique pas seulement aux
noms de lieux un système aussi infaillible? Il fait (p. Al) dériver
journal, mesure agraire, de jugerum. Mais tout cela n'est rien auprès
des étymologies inspirées par l'étude du celtique. On y voit Verrières,
Vitrariœ, sortir de JVerp, bord de rivière, et devenir un synonyme
([''Anvers. Je n'insiste pas davantage sur ces pages étranges qui, si elles
étaient plus connues, seraient déjà célèbres comme les plus grotesques
de toutes celles qui ont été écrites sur cette matière.
Quant à la rédaction, l'ouvrage est extrêmement confus. Les événe-
ments de toutes natures y sont présentés pêle-mêle suivant un ordre
chronologique peu rigoureux, qui va, pour le premier volume, de
l'âge de pierre à ISOZi. Il résulte de cette méthode d'insupportables
répétitions, de continuelles séries d'événements qui se reproduisent
dans les divers ordres politique, administratif, militaire, civil et
religieux, et dont la lecture est aussi fatigante que celle d'un cata-
logue, sans en offrir les renseignements substantiels et la précision
laconique. En un mot l'auteur a complètement oublié de mettre en
œuvre les matériaux recueillis, et s'est borné à traduire dans son style
et à coudre les uns au bout des autres les résultats de dépouillements
opérés au hasard.
Cet ouvrage doit compter quatre volumes !
Louis C0UUA.10D.
IiNTRODucTiON à la lectuTc de Nonius Marcellus, par Louis Quicherat.
Paris, Hachette, ! 872. In-S" de 40 p.
En donnant l'édition de Nonius Marcellus que la maison Hachette a
récemment publiée eu un beau volume in-8°, M. Louis Quicherat a
rempli, au plus grand honneur de l'érudition française, l'une des
tâches les plus difficiles qui pussent s'imposer à un latiniste. L'intro-
duction qu'il vient d'ajouter à ce beau travail donne un aperçu des
obstacles de tout genre qu'il avait à surmonter, et des ingénieux
moyens à l'aide desquels l'entreprise a été menée à bonne fin. Les
exemples que M. Louis Quicherat a cités, entre beaucoup d'autres,
devront être sérieusement étudiés par les paléographes qui ont
5<6
intérêt à, savoir comment les textes de l'antiquité se sont altérés dans
les manuscrits, et comment une critique, à la fois sagace et prudente,
peut constater les erreurs des copistes et rétablir, souvent à coup sûr,
les véritables leçons.
L. D.
Sur des cyrographes conservés aux Archives de la Meurthc, par
Henri Lepagc. Nancy [1872]. In-8° de 20 p.
Les différents fonds ecclésiastiques des archives du département de
la Meurthe renferment 27 chartes-parties du xii" et du commence-
ment du xi[i« siècle. M. Lepage a soigneusement décrit ces documents,
déchiffré les légendes tracées sur un des bords de la pièce, et copié
les phrases qui font allusion à la formalité du cyrographe. L'exemple
le plus curieux est une charte de l'année 117Z(, portant règlement d'un
différend entre les abbayes de Flabémont et de Beaupré. La charte est
rédigée au nom de deux abbés de l'ordre de Prémontré, et de deux
abbés de l'ordre de Cîteaux, qui mirent l'acte sous la protection de
saint Augustin et de saint Benoît, pères de ces deux ordres religieux :
« Et ut ipsa compositio rata teneatur, cyrographum fieri decrevimus,
» cujus partes, sigillis nostris premunite, in eisdem ecclesiis conser-
» ventur in testimonium, ut si quando ceperit oboriri rediviva
» contentio, presentis cyrographi conjunctio totam controversiam
» deleat reddatque sopitam, sed et patrum utriusque ordinis confir-
» matio, Augustini scilicet et Benedicti, in eodem conscripta, faciat
» pacem que, tanta auctoritate roborata, firmiter teneatur amodo
» usque in sempiternum. » L'invocation à saint Augustin et à saint
Benoît est rappelée par la légende que le notaire a tracée, sur le
bord des deux exemplaires delà charte-partie, en lettres enchevêtrées,
alternativement rouges et noires '-. kBMEGN^E'iDIIlC^T
VFSSK^RTAyi/CONFI/îM/lNT. Ce qu'on doit lire :
AVGVSTINVS BENEDICTVS KARTAM CONFIRMANT.
La notice de M. Lepage est un utile supplément à ce qu'ont dit des
cyrographes les auteurs des traités de diplomatique.
L'ancien diocèse de Metz et pouillés de ce diocèse^ par Henri Lepage.
Nancy, L. Wiener, 4872. In-8° de ns p.
Au xviii" siècle, les bénédictins, auteurs de l'Histoire générale de
Metz, avaient rédigé un pouillé du diocèse, dont la publication ne fut
1. Je figure les lettres rouges par des capitales droites, et les lettres noires
par des capitales penchées.
^\7
pas autorisée, mais dont le manuscrit est à la bibliothèque de Metz.
Il y a quelques années, M. Henri Lepage, à qui Tliistoire de Lorraine
a tant d'obligations, entreprit, sous les auspices de la Société d'archéo-
logie et d'histoire de la Moselle, de mettre en lumière le travail des
bénédictins, et de le compléter à l'aide de divers documents, notam-
ment des pouillés du xvi"' et du xvif siècle conservés a la Bibliothèque
de l'Institut et à la Bibliothèque nationale (mss. latins \2S6U et 12865).
L'ouvrage aurait formé un gros volume in-8°, dont 66Zi pages étaient
déjà imprimées, quand l'édition tout entière disparut en 1871 dans
l'incendie des ateliers de M. Rousseau-Pallez. La Société d'archéologie
lorraine, dans la mesure de ses moyens, a voulu réparer ce désastre :
elle a prié M. Lepage de résumer son premier travail, et s'est empres-
sée de donner à ce résumé une place dans ses Mémoires.
Le nouvel ouvrage de M. Lepage présente, sous une forme succincte,
un tableau complet de la géographie du diocèse de Metz, principale-
ment du xvi« au xvin^ siècle. Il prendra place dans les bibliothèques
lorraines, à côté du Pouillé du diocèse de Toul, publié par le même
auteur en 1863 (Nancy, 1863. In-8° de CXLVI et 256 pages), et couronné
par l'Académie des Inscriptions en 186Zi. L. D.
Lettres inédites du cardinal d'Ossat^ publiées avec une notice et des
notes, par Philippe Tamizey de Larroque. Paris, Aubry, 1872.
In-8" de 48 p.
La notice placée en tête de cet opuscule a pour objet de rectifier et
de compléter sur beaucoup de points ce qu'on savait de la vie
d'Arnaud d'Ossat, depuis sa naissance, le 20 juillet 1537, jusqu'à
l'année 1573, date de son voyage à Rome avec Paul de Foix. L'auteur
a surtout mis à profit les mémoires manuscrits de l'abbé Louis Daignan
du Sendat, conservés à la bibliothèque de la ville d'Auch.
A la suite de cette notice, M. Tamizey de Larroque a publié et
annoté, avec l'exactitude et l'érudition dont il a donné tant de preuves,
dix-neuf lettres d'Arnaud d'Ossat, qui manquent toutes dans l'édition
d'Amelot de la Houssaye. Il les a recueillies à la Bibliothèque Nationale
dans les manuscrits français 3071, 3Ulo, 3580, ISeZil et 15806, dans les
volumes 121 et 123 de Baluze, et dans les volumes i9li et 633 de
Dupuj^ et à la Bibliothèque de l'Institut, dans le portefeuille 263 de
Godefroy. La plupart de ces dix-neuf lettres appartiennent à la
correspondance intime et privée : elles n'en sont que plus précieuses,
puisque le recueil d'Amelot de la Houssaye, si riche en lettres poli-
tiques, ne contient à peu près aucune lettre familière.
L. D.
3<8
Archives paléographiqdes de l'Orient et de V Amérique^ jmbliées
avec des notices Idsioriques cl prdéoyrapliiqiics, par Léon de
Rosny, T. l'"", T" parlic. Paris, Maisonneuve, i8()9-l87i.
Le retard que nous avons apporté à rendre compte de cette publica-
tion périodique tient à l'interruption qu'elle-même a subie par suite
des événements des trois dernières années. En efiét, ce recueil, qui se
dit trimestriel, n'a fourni au public, en quatre ans, que quatre
livraisons, dont la dernière a paru au mois de juillet de cette année.
Les Archives paléographiqucs se rattachent, au moins par leur titre
et par la partie du livre qui se réfère au moyen- âge, aux études de
l'Ecole des chartes; et c'est pour cette raison que nous en entretenons
les lecteurs de cette revue.
Nous passerons rapidement sur le long chapitre de l'alphabet
inlernalional linguistique, travail qui, depuis Volney, a fait l'objet des
études de plusieurs savants, sans qu'ils soient arrivés à un résultat
satisfaisant, et est resté, jusqu'à ce jour, à l'état d'utopie. Tant d'elforts
n'ont abouti qu'à produire un alphabet bien plus compliqué que ceux
que l'on veut remplacer ; de telle sorte que celui qui cherche à étudier
ces systèmes se trouve, en fin de compte, avoir perdu son temps, irar
il n'a pas même appris l'A, B, C, des langues que les érudits veulent
mettre à la portée de tous. C'est peut-être en raison de cette confu-
sion des alphabets de toutes les langues que l'auteur a fait mettre,
comme frontispice de son œuvre, une vignette représentant la tour de
Babel.
Le texte consiste en une série de curieuses et savantes notices sur
les écritures turque, sanscrite, chinoise, japonaise, siamoise, ouigoure,
cunéiforme, américaine, océanienne, etc., et sur le Codex Telleriano
Remensis.
Une bibliographie très-étendue accompagne chacun des articles, et
permet au lecteur qui veut approfondir le sujet que l'auteur n'a
souvent fait qu'effleurer, d'avoir recours à des travaux plus étendus.
Un atlas complète ce curieux ouvrage. Il se compose de nombreux
alphabets, de fac-similé de textes et d'inscriptions, formant un grand
nombre de planches, dont plusieurs, en chromolithographie, et d'une
grande richesse d'exécution, donnent une idée très-exacte des mo-
numents. Ed. Garnier.
GoTiFREDi ViTERBiENSis Gestu Fridevici I et Heinrici VI imperafo-
rum nietrice scripta et (sic) editione WaitzU in usnm schrdaruiii
ex Monunientis Germanix hlstoricis rccudi fecit G. H. Perlz.
llannoverœ, impcnsis bibliopolii Ilahniani. 1872. lii-8" de xi-o2 p.
Ce livret contient un bon résume de tous les témoignages authen-
o^9
tiques qui nous sont parvenus sur la vie de Godefroi de Viterbe, et un
texte correct des deux poèmes que cet auteur a consacrés à l'histoire
de Frédéric !«•■ et de Henri VI. M. Waitz a employé, pour l'édition des
Gestes de Frédéric P'' le ms. original, conservé à la Bibliothèque
nationale^ n° li89li du fonds latin, et un ms. de Munich, à l'aide duquel
ont été comblées plusieurs lacunes du ms. de Paris. Les Gestes de
HenriJI ont été publiés d'après trois manuscrits de St-Pétersbourg,
de Prague et de Dresde.
HoM.MAGEs d'Alphonse, comte de Poitiers^ frère de saint Louis. Etat
du domaine royal en Poitou (1260) publié d'après wi manuscrit
des Archives nationales par A. Bardonnet. Niorl, L. Glouzot.
-1872. In- 8° de yi-U4 p.
Les registres XI et XXIV du Trésor des Chartes renferment un état
détaillé du domaine d'Alphonse dans le Poitou versl'année 1260. On y
trouve rénumération de tous les fiefs qui relevaient du comte, le nom
des titulaires de ces fiefs et l'indication des dépendances. C'est une
mine très-riche en renseignements sur l'ancienne chevalerie du Poitou,
sur la topographie de cette province et sur la féodalité en général . Ce
document est rédigé en latin, mêlé de beaucoup de phrases françaises.
L'éditeur a joint au texte des notes pour indiquer le nom moderne et
la situation d'un grand nombre de fiefs. Il a dressé deux tables, l'une
pour les noms d'hommes, l'autre pour les noms de lieux. Cette publica-
tion est un nouveau service rendu par M. Bardonnet à l'histoire du
Poitou. L. D.
LIVRES NOUVEAUX.
60. Adam de la Halle. — Œuvres complètes du trouvère Adam de
la Halle (poésies et musique), publiées sous les auspices de la Société
des sciences, des lettres et des arts de Lille, par E. de Coussemaker.
Gr. in-8% lxxiv-442 p. Paris, lib. Durand et Pedone-Lauriel.
61. Advielle. — Mélanges sur la Normandie. I. Notices sur les
communes de Coudé, Saint-Paul-sur-Risle, Le Theillement, arrondis-
sement de Pont-Audemer (Eure). In-8°, 68 p. Paris, lib. Dumoulin.
Tiré à 150 exemplaires.
320
62. Afi-re. — Coiip-d'œil historique sur l'ancienne baronnic de Poyrc.
In-8°, 122 p. Rodez, imp. de Droca.
63. Aloïss Hkiss. — Description générale des monnaies des rois
visigoths d'Espagne. In-4°, Yiii-189 p. et 13 pi. Paris, imprimerie
nationale.
64. Ancienne baronnie de Iliergcs. Esquisses historiques. In-S",
16 pages. Givet, imprim. et lib. Ghoppin,
Extrait de l'Echo de Givet.
65. Andi.au (d'). — Organisation et tactique de l'infanterie IVanraisc
depuis son origine jusqu'à l'époque actuelle. ln-8°, 110 p. l'aris,
Dumaine. — 2 fr.
Extrait du Journal des sciences militaires.
66. AuBER. — Des sculptures symboliques des xi^ et xn* siècles.
Réponse adressée à M. de Caumont. ln-8", 36 p. avec lig. Gacn, imp. et
litli. Le Blanc-Hardel.
Extrait du Bulletin reonumeutal.
66. AuBERT. — Trésor de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaunc. In-
4", viii-161-263 p. Paris, imp. Jouaust; lib. V^ A. Morel et C«.
67. Bailliage du Vermandois. Élections aux États généraux de 1789.
Procès-verbaux, doléances, cahiers et documents divers, publiés par la
Société académique de Laon; précédés d'une introduction et suivis
de notices biographiques par Edouard Fleury. ln-8% lii-.j03 p. Paris, lib.
Didron-Neveu. 7 t'r. 50.
68. Barthélémy (Anat. de). — Les libertés gauloises sous la domina-
tion romaine, de l'an 50 à l'an 27 av. J. -G. In-8°, 35 p. Paris, lib.
Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
69. Barthélémy (Ed. de). — La princesse de Gondé, Gharlotte-Gathe-
rine de La Trénioille, d'après des lettres inédites conservées dans les
archives de Thouars. In-12, vii-243 p. Paris, lib. Didier et C«. 3 fr. 50.
70. Baye (de). — Histoire naturelle de l'homme, époque de la pierri^
polie, grottes préhistoriques de la Marne. In-8'', 15 p. Paris, imp.
Glayc.
Extrait des Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 2i
juin 1872.
71. Beaune. — Le Palais de justice et l'ancien parlement de Dijon.
In- 18, 132 p. Dijon, lib. Lamarche. 1 fr. 50.
72. Beaurepaire (Ch. de). — Recherches sur l'instruction publique
dans le diocèse de Rouen, avant 1789. 3 vol. in-8'>, viii-937 p. Gaen,
imp. Le Blanc-IIardel ; Évreux, lib. Huet.
Extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie.
73. Bodard de la Jacopière (de). — Ghroniques craonnaises. 2*= édil.
521
augmentée de nouvelles recherches et accompagnée de 30 pi. dues en
grande partie au crayon de MM. Charpentier et Beuoist de Nantes.
In-8°, vii-7.50 p. Le Mans, imp. et lih. Monnoyer.
Tiré à 200 exemplaires numérotés.
74. Boucherie. — La vie de sainte Euphrosyne (texte romano-latin
du vnr-ix« siècle), in-S°, 53 p. Paris, Franck.
Publications (le la Société pour Télude des langues romanes.
75. Boucherie. — Le palimpseste de Montpellier. Ms. 141 (vm^-ix^
siècle) de la hibliothèque de l'école de médecine de MontpelUer. In-4»
de 31 p. Paris, imp. nat. 1872.
76. BouTARic. — Clément V, Philippe-le-Bel et les Templiers. In-8°,
78 p. Paris, lib. Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
77. Bresslau (H.). — Diplomata centum in usum scholarum diploma-
ticarum édita et annotationibus illustrata. Berlin, in-8°, XII et 215 p.
78. Brossard. — Ville de Bourg. Inventaire sommaire des archives
communales antérieures à 179U, l''^ partie. 111-4° à 2 col., 54 p. Bourg,
imp. Comte-Milliet.
79. Bulletin de la Société archéologique du Limousin, t. XXI, l'"e
livraison. — Monographie du carton do Chàteauponsac. Armoriai des
évoques de Limoges et de Tulle. In-8°, 167 p. Limoges, Chapoulaud
frères.
80. Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique
de Soissons. T. Il, 2' série. In-8°, 399 p. Paris, lib. Didron. 5 fr.
81. Caffiaux (Henri). — Essai sur le régime économique, financier et
industriel du Hainaut après son incorporation à la France. 111-8° de xxiv-
486 p. Valenciennes, Lemaître, 1873.
82. Calendar of the Clarendon State Papers preserved in the Bodleian
library. Vol. I, to january 1649. Edited by 0. Ogle and W. H. Bliss,
under the direction of H. 0. Coxe. Oxford, 8°, 620 p.
83. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des
départements; publié sous les auspices du ministre de l'instruction
publique. T. IV. Arras, Avranches, Boulogne. In-4o, xii-812 p. Paris,
imp. nat.
84. Gatalogus codicum manuscriptorum bibliothecae regiae et univer-
sitatis Regimoiitanae. Fasc. II, pars 3. Konigsberg, 4°, iv-57-108 p.
85. Chenu (l'abbé). — Notice historique sur la chapelle et le pèleri-
nage de Saint-Maxime, paroisse de Chuzelles. In-12, 16 p. Vienne, imp.
Tonion.
86. — Cleuziou (H. du). — De la poterie gauloise, étude sur la col-
lection Charvet. In-8", 309 p. et grav. Paris, Baudry.
522
87. GoGHRRis. —Entretiens sur la langue française. Gr. in-lG, IGO p.
Paris, imp. Rouge frères et G% 7, rue Guénégaud. 1 fr. 50.
Bibliothèque de l'Echo de la Sorbonne.
88. Cochet (l'abbé). — Répertoire archéologique du déparlemeiit de
la Seine-Inférieure, rédigé sous les aus[)ices de l'Académie des scicnices,
belles-lettres et arts de Rouen. In-4'' à 2 col., XYi-330 p. Paris, imp.
nationale.
Répertoire archéologique de la France.
89. Gomi!u:r. — Documents inédits pour servir h l'histoire du culte
réformé dans le Vermandois, de 1600 à 1789. Extrait des archives du
greffe de Laon (liasses 7 à 57). In-8°, 74 p. Laon, imp. de Goquet
et Ce.
90. Congrès archéologique de France. 38^ session. Séances générales
tenues à Angers, en 1871, par la Société française d'archéologie pour
la conservation et la description des monuments. In-S", lix-385 p. avec
vignettes et IG pi. Paris, lib. Derache.
91. Corpus inscriptionum latinarum consilio et auctoritato academiae
litterarum regiac Borussiae editum. Vol.V. ParsI. InscriptionesGalliae
cisalpinae latinae, éd. Thdr. Mommsen. Berlin, in-fol., 514 p.
92. CosNAG (comte de). — Souvenirs du règne do Louis XIV. T. 111.
In-8°, 509 p. Paris, veuve J. Renouard.
93. CouRTiLLOLES (de). — Ghronologic historique des grands baillis t\n
comté et duché d'Alençon. Extrait du nis. inédit de P. J. Udolanl
Desnos. In-8°, 59 p. Paris, lib. Dumoulin.
Extrait de la Revue historique nobiliaire, t. VIII.
94. Cox et Jones. — Popular romances of the middle âge. In-8'',
Londres, Longman.
95. Darras (l'abbé). — Histoire générale de TÉglise, depuis la créa-
tion jusqu'à nos jours. T. XVI. Du pontificat de Théodore I" au i)On-
tiiicat de saint Grégoire II, 642-731. In-8", 663 p. Paris, Vives.
9G. Delorme. — Étude sur Moisant de Brieux (IG 14-1674). In-8°, 87
p. Caen, Le Blanc-Hardel.
Extrait des Mémoires de l'Académie des sciences, etc., de Caen.
97. Demarsy (A.). — Voyage du chevalier de Bellerive au camp du
roi de Suède à Bender, en 1712. In-i2, 50 p. Paris, académie des
Bibliophiles.
98. Denièue. — La juridiction consulaire de Paris, 1563-1792. In-8",
vii-592 p. Paris, Pion.
99. Desbarreaux-Bernard. — Étude bibliographique sur Tédition dix
Spéculum quadruplex de Vincent de Beauvais, attribuée à Jean Mentel
ou Mentelin, de Strasbourg. In-S», 25 p. et 4 pi. Paris, lib. Techoner.
523
100. Dessaux. — Notice historique sur la tour de Montlhéry. In-16,
30 p. Paris, imp. Morris.
101. DiDOT (Ambr.-F.). — Étude sur Jean Cousin, suivie de notices
sur Jean Leclerc et Pierre Woeiriot. lu-S", xii-306 p. Paris, imp. et lib.
Firmin Didot frères, fils et G°.
102. DouET d'Arcq. — Collection de sceaux. Fin de la !■•<= partie, 2"
partie. T. III. In-4° à 2 col., .527 p. Paris, imp. et lib. Pion. Les trois
vol., 36 fr.
103. Dubois. — La table de Clés; inscription de l'an 46 après J.-C,
concernant le droit de cité romaine des Anauni, des Tulliasses ot des
Sinduni. In-S", 50 p. Paris, Thorin.
Extrait de la Revue de législation française et étrangère.
104. Dupuv. — Alcuin et la souveraineté pontificale au vni^ siècle.
In-8'', 01 p. Tours, imp. Ladevèze.
105. DussiEux. — Généalogie de la maison de Bourbon. In-S", viii-
2G0 p. Paris, Lecoffre fils et C^.
106. EicHELKRAUT (F.). — Der Troubadour Folquet de Lunel. In-8°.
Berlin, W. Weber.
107. Essai sur l'histoire de la ville et du comté de Nantes, par Gérard
Mellier. Manusci^it publié pour la première fois par Léon Maître, archi-
viste de la Loire-Inférieure. In-8°, xviii-145 pages. Nantes, imp. Forest
et Grimaud.
108. FiSQUET. — La France pontificale (Gallia Christiana). Métropole
d'Aix. Digne. 2^ partie, contenant Sisteron, Senez et Glandèves. In-S",
377 p. Paris, iib. Repos. Les 2 vol., 12 fr.
Les 18 provinces formeront 50 volumes. Chaque diocèse se vend séparé-
ment.
109. Fontes rerum Austriacarum. Diplomataria et Acta; xxxvi vol.
(Codex diplomaticus Austriaco-Frisingensis, édité par J. Zahn). Vienne,
in-8°, 720 p.
110. Fraxcq. Histoire de Lomme et de ses seigneurs. In-8°, 393 p. et
2 pi. Lille, lib. Tilmot-Courtecuisse.
m. Frossard. — Numismatique protestante. Description de qua-
rante-et-un méreaux de la communion réformée. In-8°, 19 p. Paris,
lib. Grassart.
112. Frugère. — Apostolicité des églises de France. Étude biblio-
graphique. In-8°, 40 p. Le Puy, imp. Marchessou.
Extrait des Annales de la Société académique du Puy-en-Velay, t. 31.
113. Gautier (Léon). — La Chanson de Roland,, texte critique ; 3*
édit., revue avec soin et précédée d'une nouvelle préface. In-18, 209 p.
Tours, imp. et lib. Marne et fils.
524
114. Genêt (l'abbé).— Histoire de Triguy. In-8% ih^J p. Reims, imp.
Geoffroy et G«.
115. GouRDON nE GenouiIvL\g. — Histoire de l'altbaye do Fécamp et
de ses abbés. Iu-8°, 294 p. et un plan. Paris, librairie Deutu. 3 fr.
116. GuÉRiN (J.). — Notices historiijues sur Gi/.cux et les communes
environnantes. In-8°, 140 p. Tours, imp. et lib. Mazereau.
117. GuiGARD. — Armoriai du bibliophile, avec illustrations dans le
texte, l'-'' partie, in-8° à 2 col. 132 p. Paris, Bacheliu-Defloreune.
418. Halléguen. — Armorique et Bretagne, origines armorico-bre-
tonnes. T. II. Histoire politique et religieuse. In-8", xii-282 p. Paris,
Didier et C''.
119. Harangue de Pons de Gentil au duc de Mayenne faisant son
entrée à ïallard, le 21 septembre 1581. In-16, 31 p. Paris, Jouaust.
120. Hauréau. — Histoire littéraire du Maine. T. IV. In-18. Paris,
Dumoulin.
121. Heylli (d'). — Le Cercueil retrouvé du cardinal de Retz. In-lS,
22 p. et plan. Paris, librairie générale.
122. HouDOY. — Chapitres de l'histoire de Lille. Le Livre Roisin.
Le privilège de non-confiscation. Les Comptes de la ville. Titres et
documents inédits. Gr. in-8», 169 p. Lille, imp. Danel.
Extrait des Mémoires de la Société des sciences et des arts de Lille.
123. HucHER. — Compte-rendu des travaux de la commission d'ar-
chéologie de la Sarthe. In-8% il p. et pi. Le Mans, imp. et lib. Mon-
noyer.
Extrait du Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la
Sartlie.
124. HucHER. —Sigillographie du Maine. Comtes du Maine; Sceau de
Charles IV, comte du Maine. In-8", iv-16 p. et planche. Le Mans, imp.
et lib. Monnoyer.
125. Hugues (Edm.). — Antoine Court. Histoire de la restauration
du protestantisme en France au xvni^ siècle, d'après des documents
inédits. 2 vol. ^1-8", xx-l0l4 p. Paris, Michel Lévy frères, librairie
nouvelle. 15 francs.
126. Imtîeut. — Première partie des sonnets exotériques de Gérard-
Marie Imbert, publiée avec une préface et des notes par Philippe Tami-
zey deLarroque. In-8°, 105 p. Bordeaux, imp. et lib, Gounouilhou.
Paris, lib. Claudin.
Tiré à 100 exemplaires. — Collection méridionale, l. II.
127. Itinéraire descriptif et historique de Mézièrcs-Charleville à Na-
mur. In-18, 78 p. Givet, imp. et lib, Choppin. 75 c.
Extrait de l'Écho de Givet.
525
128. JoANNE. — Géographie, histoire, statistique et archéologie des
départements de la France; Bouches-du-Rhône (38 gravures et 1 carte).
Gr. in-18, 112 p. Paris, Hachette et C«. 1 fr. 50.
129. JoiNYiLLE (J. de). — La sesta crociata ovvero l'Istoria délia santa
vita e délie grandi cavallerie di re Luigi IX di Francia. Recata fedel-
mente dal volgare d'oil nel volgare di si per esempio délia conformità dei
due antichi linguaggi. — Bologna, in-8o, lxiii-276 p.
130. JoLiBOis (Em.) — Dévastation de l'Albigeois par les compagnies
de Montluc en 1537. Chroniques tirées des archives communales de la
ville d'Albi. In-8o, 30 p. Albi, imp. Desrue.
131. JuRiEN. — L'Abbesse Marie de Bretagne et la réforme de l'ordre
de Fontevrault, d'après des documents inédits. In-18 Jésus, 197 p. Paris,
lib. Didier et C*^.
132. Kervyn de Lettenhove. — Une relation inédite de l'attentat
d'Anagni, tirée du Manuscrit, reg. XIV, ch. 1, du British Muséum.
In-S", 12 p. Paris, lib. Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
133. Labourasse. — Le Camp de la Woevre (Gastrum Vabrense).
In-8°, 8 p. Bar-le-Duc, imp. Constant-Laguerre.
Extrait des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-
le-Duc.
134. Lacroix (Paul). — Bibliographie Molièresque, contenant: 1° la
description de toutes les éditions des œuvres et des pièces de Molière ;
2° les imitations et traductions desdites pièces ; 3" les ballets, fêtes de
cour, poésies de Molière, etc.; 4° l'indication des ouvrages en tout genre
concernant Molière, sa troupe et son théâtre, avec notes et commen-
taires4)ar le bibliophile Jacob (Paul Lacroix). In-8°, 242 p.. Turin, G.
Gay et fils édit. 15 fr.
135. Lagrèze-Fossat. — Études historiques surMoissac. T. II. In-S",
550 p. Paris, Dumoulin.
Le tome I a paru en 1870.
136. Laincel (de). — Avignon, le comtat et la principauté d'Orange.
In-18, viii-423 p. Paris, Hachette. 3 fr. 50.
137. Lecoy de la Marche. — Vie de Jésus-Christ, composée au xv^
siècle d'après Ludolphe le Chartreux. Texte rapproché du français mo-
derne. Miniatures en camaïeu chromolithographiées d'après le manus-
crit original par G. Hurtrel. In-4°, 243 p. et 20 pi. Paris, imp. Bona-
venture : lib. Hurtrel.
138. Legrix. — Notes pour servir à une géographie historique du
Calvados. In-S", 07 p. Caen, imp. et lith. Le Blanc-Hardel.
Extrait de lAnnuaire normand, année 1872.
139. Lejioine (P.) — Note sur les origines historiques des églises
35
526
dans les (î;tnli>s ol, spécialoinout sur la mission do saint Julien. In-H», 32
p. Le Mans, iin[). el lib. Loguiclieux-Gallienne.
140. Lettres inédiles du roi Henri IV au chancelier do Bellièvre, du
8 février 1581 au 23 septembre IGOl ; publiées d'après les manuscrits de
la Bibliothèque nationale, par E. Halphen. In-8", iv-339 p. Paris, lib.
Aubry.
Tiré à 250 exempl.: 248 sur papier vergé à la forme; 2 sur parcliemin.
141. Lièvre. — Notes sur Couhé et ses environs; 2« partie. In-8°, 161-
292 p. et 18 pi. Poitiers, imp. Bernard.
142. LoiSELEUR. — La mort de Gabrielle d'Estrées, d'après une rela-
tion contemporaine inédite. In-8°, 40 p. Le Mans, imp. Monnoyer;
Paris, lib. Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
143. LuzEL. — De l'authenticité des chants du Barzaz-Breiz de M.
de La Villemarqué. In-8% vi-49 p. Saint-Brieuc. Paris, lib. Franck.
1 fr.
144. Mahul. — Cartulaire de l'ancien diocèse et (Je l'arrondissement
administratif de Carcassonne. Vol. G, 1'''= partie, in-4°, 518 p. et 6 pi.
Paris, Didron, Dumoulin. 15 fr.
145. Marchal. — Abrégé des guerres de Louis XIV. Avec notice
historique. Bruxelles, in-8° avec 13 pi.
146. Matth/EI Parisiensis Chronica majora. Edited by H. R. Luard.
Londres, in-8''.
147. Mazon. — Petites notes Ardéchoises. In-8''. 166 p. Privas,
Roure.
148. Mémoires de la Société éduenne. Nouvelle série. T. I.ïn-S", xvi-
565 p. Paris, lib. Durand. 6 fr.
149. Mémoires de la Société archéologique de Touraine. T. XXI. I.
Origines de l'Éghse de Tours d'après l'histoire ; par M. l'abbé G. Che-
valier. II. Saint Gatien, époque de sa mission dans les Gaules; par
M. Jehan (de Saint-Clavien). In-8°, xii-757 p. Tours, lib. Guilland-
Verger ; Georget-Joubert.
150. Miles (H.-H.) — The History of Canada under French Régime,
1535-1763. With Maps, Plans, and lUustrative Notes. Post S». 530 p.
Montréal, Dawson.
151. Miscellanées champenoises. 2 brochures. In-8°, ensemble 26 p.
Epernay, imp. Fiévet et C*^.
152. MoNTAiGLON (de). — Notice sur une figurine gallo-romaine en
bronze du musée de Soissons. In-8°, 7 p. et 1 pi. Paris, imp. Jouaust.
153. MoNTEiL. — Histoire de l'industrie française et des gens de
métiers. Introduction, snpplémpnt et notes, par Charles Louandre.
Illustrations et luc-simile par Gerlier. 2 vol. In-18 jésus, 652 p. Paris,
lib. P. Dupont; Lachaud. 7 fr.
154. Monumenta Germaniae, ed G. Pertz. — Diplomatum imperii
T. I, in-fol., xvi et 249 p. Hanovre.
155. Monumenta Germaniae ed. G. Pertz Scriptores. T. XXI.
Hanovre, in-fol., viii-564 p.
Gotifredi Viterbiensis opéra ed. G. Waitz. — Martini Oppaviensis chronicon
ponlificum et imperatorum ed. Lud. Weiiand. — Thomae Tusci gesta impera-
i.oriua et poiUificura ed. Ern. Ehrenfeucbter. — Annales Sancti Panîaleonis
Coloniensis ed. Hermann Cardauns.
15G. Morand (François). — Diffinitiones capituli generalis Giunia-
censis anni m. ccg. xxni. — Définitions du chapitre général de Cluny
de l'an 1.323, publiées d'après le manuscrit original. In-4'', 38 p. Paris,
imp. nationale.
157. MoRiN. — Saliens et Ripuaires. Formation de la monarchie des
Francs. In-8°, 61 p. Paris,, lib. Maisonneuve et C«.
158. MoRLEv (Henry). — Gleinent Marot, and other studies. 2 vol.
ln-8°, v-316 et 314 p. Londres, Ghapman and Hall.
159. Musée des Archives nationales. Documents originaux de l'his-
toire de France exposés dans l'hôtel Soubise. Ouvrage enrichi de 1200
fac-similé depuis l'épofjue mérovingienne jusqu'à la Révolution fran-
çaise, publié par la direction générale des Archives nationales. In-4° à
2 col., viii-812 p. Paris, Pion.
160. NiGRA. — Reliquie celtiche. I. Il manoscritto irlandese di S.
Gallo. Turin, 4°, 54 p. et 4 pi.
161. NiSARD (Charles). — Étude sur le langage populaire ou patois
de Paris et de sa banlieue, précédée d'un coup d'œil sur le commerce
de la France au moyen-âge, les chemins qu'il suivait, et l'influence
qu'il a dû avoir sur le langage. In-8° de 454 p. Paris, lib. A. Franck.
1872.
162. NoELAS. — Dictionnaire géographique ancien et moderne du
canton de Saint-Laon-le-Gliatel. ln-8'', 223p. Saint-Etienne, imp. veuve
Théolier et G«.
163. Pécatier. — Histoire de Geneviève de Brabant. In-18, 106 p. et
vign. Paris, lib. Bernardin-Béchet.
164. Périer. — Le château de Bourbon-l'Archambault. Notice histo-
rique. In-S", 32 p. et 4 pi. Paris, lib. Adr. Delahaye.
165. Peyr.-\.t. — Histoire des Albigeois. Les Albigeois et l'inquisition.
T. m. In-8% 495 p. Paris, lib. Internationale. 5 fr.
166. Picot (G.) — Histoire des États généraux, considérés au point
de vue de leur influence sur le gouvernement de la France, de 1355 à
1614. Paris, in-8°, 4 vol.
528
1G7. PiOLiN (D. Paul). — La miraculeuse chapelle de Notrc-Dame-du-
Chèiie. 5« ('.(lit. In-lS, WS p. et grav. Tours, imp. ot lib. Marne et fils.
IG8. Pl.vine (Dom.) — Essai historique sur le culte du B. Charles
de Hlois, duc de Bretagne. In-S", 54 p. Nantes, lib. Morel.
169. PuosT (B.) — Traités du duel judiciaire, relations de pas d'armes
et tournois, par Olivier de la Marche, Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-
Adam, Ilardouin de La Jaille, Antoine de La Salle, etc. Publiés par
Bernard Prost. In-8o, xx-263 p. Paris, lib. L. AVillem. 10 fr.
Tin'" A 380 exemplaires sur papier de Hollande et 20 sur papier de
Chine.
170. Prost (B.) — Notice historique sur les chevaliers du noble jeu
de l'arquebuse de la ville de Poligny. In-8°, 52 p. Poligny, imp. Mares-
chal.
Extrait du Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de
Poligny.
171. Proverbes et dictons agricoles de France. Li-12, 195 p. Nancy,
imp. et lib. Berger-Levrault et G^; Paris, même maison.
172. PuYMAiGRE (de). — Don Enrique de Villena et sa bibliothèque.
In-8°, 11 p. Paris, lib. Palmé.
Extrait de la Revue des questions histori([ues.
173. PuYOL (l'abbé). — Louis XUI et le Béarn, ou rétablissement du
catholicisme en Béarn et réunion du Béarn et de la Navarre à la
France. In-8°, 587 p. Paris, imp. de Soye et fils. 5 fr.
174. Rabelais. — Œuvres de Rabelais. Édit. conforme aux derniers
textes revus par l'auteur, avec les variantes de toutes les éditions origi-
nales, des notes et un glossaire. T. IL In-IG, 542 p. Paris, imp. Jouaust;
lib. Daffis. 5 fr.
Collection de la Bibliothèque elzévirienne.
175. Rabelais. — Les quatre livres de maistre François Rabelais,
suivis du cinquième livre, d'après le manuscrit de la Bibliothèque
nationale; publiés par les soins de MM. A. de Montaiglon et Louis
Lacour. T. Ille et dernier (V^ livre. Table analytique. Variantes). In-S",
326 p. Paris, imp. Jouaust ; Académie des Bibliophiles.
176. Raverat. — Haute Savoie, promenades historiques, pittoresques
et artistiques en Genevois, Sémine, Faucigny et Ghablais. In-8", 676 p.
Lyon, imp. Bellon et G'^; l'auteur, 17, quai Joinville. 10 fr.
177. Recueil des historiens des croisades, publié par les soins de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Historiens orientaux. T. L
In-folio, lxxi-869 p. Paris, imp. nationale.
178. Recueil des lettres missives d'Henri IV. T. VIII, 1566-1610:
Supplément publié par J. Guadet. In-4°, xvi-979 p. Paris, imp. natio-
nale.
Collection de documents inédits sur l'histoire de France.
529
179. Régnier.— Œuvres complètes de Régnier. Nouvelle édition, avec
le commentaire de Brossette, publié en 1729, des notes littéraires, etc.
par M. Prosper Poitevin. In-18 jésus, xxxv-346 p. Paris, lib. Garnier
frères.
180. RoucHER (l'abbé).— L'abbaye de Maugouvert. ln-8% 24 p. Privas,
Roure.
181. RouGEYRON (l'abbé).— Histoire et légendes de l'abbaye de Menât.
In-12, 298 p. Glermont-Ferrand, imp. et lib. Ducros-Paris.
182. Sauvage.— Le Mortainais historique et monumental. Le théâtre
du collège royal de Mortain, en 1757 et 1761. In-8% 16 p. Mortain,
Mathieu fils.
183. Semelaigne. — Robert de Floques, bailli d'Évreux et capitaine
de Conches, ou l'Expulsion des Anglais de la Normandie. In-12, 156
p. et pi. Paris, imp, Jouaust; lib. des Bibliophiles. 2 fr. 50.
184. Servan (de). — Le sire de Goucy ou la commune de Laon. In-8°
à 2 col., 116 p. Paris, imp. Dubuisson et G<^.
185. Simon (Clément). — Le testament du maréchal Biaise de Mont-
luc, publié en entier pour la première fois avec un codicille inédit. In-
8% 70 p. Agen.
Société d'agriculture, sciences et arls d'Agen.
186. SoREL. — Le château de Chantilly pendant la Révolution. Docu-
ments inédits. Vue de l'ancien château. In-8°, viii-319 p. et gravures.
Paris, Hachette et C«. 5 fr.
187. Tardieu (Ambr.) —Histoire de la ville de Clermont-Ferrand.
T. L Gr. in-4°, viii-726 p. Moulins, imp. Desrosiers.
188. Teissier. — Les rues de Toulon; 6° à 11« livraison. In-8°, 109-
252 p. Draguignan, imp.Latil; Toulon, tous les libraires. 50 c. la livrai-
son.
189. Tholtn. — Le siège du château de Madaillan par le maréchal
Biaise de Montluc, 1572-1575. In-8°, 20 p. Agen.
Société d'agriculture, sciences et arts d'Agen.
190. TISSER.VND (l'abbé). — Chronique de Provence. Études histo-
riques sur quelques personnages célèbres du Midi sous Charles VUI,
Louis XII et François I". In-8°, 216 p. Cannes, imp. Vidal. 2 fr.
Extrait des Mémoires de la Société des sciences naturelles, des lettres et
des beaux-arts de Cannes et de l'arrondissement de Grasse.
191. TopiN (Marins). — Le cardinal de Retz, son génie et ses écrits ;
3e édition. In-12, 167 p. Paris, lib. Didier et G".
192. TouRTOuLON (de). — Une session des État^ de Languedoc. In-8%
81 p. et 2 tableaux. Montpellier, imp. Boehm et fils.
193. Tre.maudan (de).— Études celto-bretonnes. Noms des communes
330
ot rivières (lUo-et-Vilaine). Étymologie et observations philologiques
établissant l'existence, au xii« siècle, de la langue celto-bretonne en
Haute-Bretagne. In-8°, 71 p. Rennes, imp. Hauvespre.
194. Trichaud (l'abbé). — La légende de saint Sébastien, à Mazan.
In-8°, 7 p. Marseille, imp. Olive.
195. Vacher. —Étude historique sur le canton de Mornant. In-8«,
191 p. Lyon, Brun. 3 fr.
196. Valronnms (do). — Correspondance politique et littéraire du
marquis de Valbonnais, publiée et annotée par M. G. U. J. Chevalier,
prêtre. In-8% iv-84 p. Grenoble, Drevet.
Documents inédits sur le Dauphiné.
197. Valous (de). — Charte des libertés et franchises de Chàtillon-
d'Azergues, suivie d'une notice analytique. In-S°, 16 p. Lyon, imp.
Mougin-Rusand ; lib. Brun.
198. Valous (do). — Anoblissement d'un mineur lyonnais en 1398.
Notice rédigée sur les documents originaux. In-8°, 23 p. Lyon, imp.
Vingtrinier.
199. ViOLLET-LE-DuG. — Dictionnaire raisonné du mobilier français
de l'époque carlovingienne à la Renaissance. 4^ vol. l^"" fascicule. Vête-
ments civils et religieux. In-8", 160 p. Paris, A. Morel.
200. Walpole. — Lettres de Horace Walpole écrites à ses amis
pendant ses voyages en France (1739-1775). Traduites et précédées
d'une introduction par le comte de Bâillon. In-8°, lxviii-331 p. Paris,
Didier et C<=. 7 fr.
201. Walter OF CovENTRY (The historical collection of). Edited by
W. Stubbs, vol. l. Londres, 8".
202. Zeller. — Histoire d'Allemagne. Origines de l'Allemagne et do
l'empire germanique, avec introduction générale et cartes géographi-
ques. In-8», xlvi-452 p. Paris, lib. Didier et G'.
CHRONIQUE.
— L'Assemblée nationale a encore une fois reconnu d'une façon
éclatante les services que l'École des chartes rend au pays. Elle a com-
pris les élèves de cette école parmi les jeunes gens qui, sous certaines
conditions, sont dispensés du service militaire. L'article 20 de la loi sur
le recrutement de l'armée, du 29 juillet 1872, contient la disposition
suivante :
« Sont, à titre conditionnel, dispensés du service militaire :
4° Les élèves pensionnaires de l'École des langues orientales vivantes
et les élèves de l'École des chartes nommés après examen, à condition
de passer dix ans tant dans les dites écoles que dans un service public.»
Pour assurer l'exécution de cet article de la loi, des examens d'entrée,
qui auront lieu, pour la première fois, en novembre 1872, ont été insti-
tués par l'arrêté ministériel dont suit le texte :
« Le ministre de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts,
Vu l'ordonnance royale du 31 décembre 1846;
Vu l'avis du Conseil de perfectionnement de l'École nationale des
chartes en date du 12 juillet 1872;
Arrête :
Art. 1. Le nombre maximum des élèves de première année de l'École
des chartes est fixé à vingt.
Art. 2. Les aspirants au titre d'élève de l'École des chartes, doivent
être français, bacheliers ès-lettres et âgés de moins de vingt-cinq ans
révolus au 31 décembre de l'année qui précède leur inscription.
Art. 3. Ils sont nommés élèves de première année par arrêté minis-
tériel, sur la présentation du Conseil de perfectionnement, à la suite
d'un examen d'admission.
Art. 4. L'examen d'admission à l'École des chartes se compose d'une
épreuve écrite et d'une épreuve orale.
L'épreuve écrite comprend une version latine, un thème latin, une
composition sur l'histoire et la géographie de la France avant 1789.
L'épreuve orale porte sur l'explication d'un texte latin et sur l'histoire
et la géographie de la France avant 1789.
Il sera, en outre, tenu compte aux candidats de la connaissance de
l'allemand, de l'anglais, de l'espagnol ou de l'italien.
Art. 5. Nul ne peut subir l'épreuve orale, s'il n'a été déclaré admis-
sible à la suite de l'épreuve écrite.
532
Art. 6. Après la dernière épreuve, le (Conseil de perfectionnement,
assisté des professeurs, arrête la liste des candidats à présenter, à la
nomination ministérielle.
Art. 7. Le registre d'inscription est ouvert au secrétariat de l'École,
du 25 octobre au 5 novembre, de midi à 4 heures.
Les candidats doivent produire leur acte de naissance et leur diplôme
de bachelier ès-lettres.
Les examens d'admission ont lieu dans les dix jours qui suivent la
clôture du registre d'inscription.
Art. 8. Le président du Conseil de perfectionnement et le directeur
de l'École nationale des chartes sont chargés, chacun en ce qui le con-
cerne, de l'exécution du présent arrêté.
Fait à Paris le 24 juillet 1872.
Jules Simon.
— Les examens des élèves de l'École des chartes ont commencé le
29 juillet 1872, sous la présidence de M. de Wailly. Voici les textes et
les questions sur lesquels les élèves ont été examinés :
PREMIÈRE ANNÉE.
Épreuve orale.
Ego Robertus de Curtiniaco notum facio universis, presentibus paritcr
et futuris, quod satisfeci voluntati monachorum Escarleiensium de
elemosina patris mei; et pro decem libris quas constituerat eis annua-
tim reddendas, dedi eis undecim arpenta pratorum in riveria de Duchi,
et debitam garantiam super eisdem pratis promisi; insuper et quadra-
ginta libras parisiensis monete ad emptionem aliorum pratorum vel
aliorum reddituum dedi. Quod factum apud Carniacum litterisque
traditum ut ratum perseveret im perpetuum, sigilli mei munimine
roboravi. Anno ab incarnatione Domini millesimo ducentesimo quinto.
Nous JehansdelNeelle, cuens de Pontiu, de Monstruel et d'Aubemarle,
et nous Jahanne, par la grâce de Dieu royne de Castelle et de Léon,
des liex devant dit contesse, faisons savoir à touz eaux qui ces pré-
sentes leitres verront et orront que le vente, le marquie et le conve-
nanche que Jahans de Mautort escuiers, a fait à dames religieuses
l'abbaesse et le couvent d'Espaigne, de tout le terage que il avoit en
XXV journiex et demi de terre, qui sient ou terrouer de Mautort, en
deus pieches, si com il est contenu es leitres le devant dit Jahan de
Mautort, que nous avons veues, et asqueles nous ajoustons foy, nous,
comme souverain seigneur de le vente devant dite, volons, gréons et
consentons et pramettons que jamais encontre ne venrons. Et en conflr-
macion de ce, nous avons mis nos seiax en ces présentes leitres, à le
requeste du devant dit Jahan de Mautort, qui furent faites l'an de grâce
M ce soissante douze, ou moys de may.
533
Épreuve écrite.
Universis Christi fidelibus, tam presentibus quam faturis, ad quos
littere présentes pervenerint, ego Hugo, decanus de Sancto Richario,
saiutem in Domino. Noverit universitas vestra quod Eustacliius de
Augiercoii[rjt et lieredes sui, sciiicet Liegardis, soror sua, Ingerrannus
Buschus, maritus ejus, et Matildis, filia eorum, recognoverunt coram
nobis quod Eustacliius de Augiercort vendiderat abbatisse et conventui
sanctimonialium de Hyspania in perpetuum totum feodum quem ipse
de Guidone de Bietencourt tenebat, et ipsi heredes supra nominati
bénigne et spontanei sine coactione aliqua venditionem istam conces-
serant, jurantes soUempniter quod in dicto feodo nichil de cetero vel
per se vel per alium reclamabunt. Quod ut ratum permaneat, nos, ad
petitionem partium, présentes litteras sigilli nostri munimine fecimus
roborari. Actum est hoc anno Domini m° ce vicesimo quinto, mense
februario.
Sciendum est quod anno ab incarnatione Domini m» ce lxxiiu",
régnante Philippe rege Francorum et nullo episcopo Gaturcensi, xiiu^
die mensis marcii, qu'en B. de Guiscart en B so filh donero i arrendero
an Jaufre Rossel i asson hordenh, coma a lor home de cors e de caza-
latge, .1^. pessa de terra que es en la parroquia de la gleia de Fargas,
ques'te d'una part ab lo prat d'en Ar. de las Beigas, e d'autra part ab la
terra d'en W. Faure, e d'autra part ab lo gleiasge de la gleia de Bovelar
de Gumba Longuanhesca, e ab la terra S. Guolfier, aissi coma enbolada
e devezida es, ab totz sos intrars i ab totz sos ichirs, i ab totz sos autres
apertenemens, per lu. s. de caorc. d'acapte, a ssenhor mudan, e per .i.
sestier de froment, e per .i». emina de ssivada de ces en cadan, en estio
a mezura de la cunca de Moncuc; e mandero Ih'en bona e ferma gui-
rencia'de lor meih e de totz los lor, e de totz homes, e de totasfe[m]nas,
e de part de ssenhoria, lor senhorias salvas. Actum fuit a las Beigas.
Testes sunt: R. de las Beigas, capela, en W. de las Beigas, en Ar. Cuin-
tarel, et ego Matheus de La Ramondia, publicus notarius Montiscuci,
qui hec scripsi utriusque consensu.
Ludovicus, Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras ins-
pecturis, saiutem. Noveritis quod nos, propter fidèle servitium quod nobis
exhibuit dilectus consanguineus et fidelis noster Robertus de Corteneio,
Francie buticularius, eidem duximus concedendum quod, si eum mori
contingerit antequam filius suus primogenitus ad legittimam etatem
pervenerit, nos vel hères noster tenebimusinmanu nostra totam terram
quam idem Robertus lenet de nobis in Normannia, nec eam de manu
nostra amovebimus donec dictus primogenitus ipsius Roberti ad legitti-
mam etatem pervenerit. Si vero nos vel hères noster dictam terram tam
diu tenuorimus quod quinque millia libras parisiensium perceperimus
ex eadem, nos vel hères noster tenebimur reddere quinque millia libras
334
parisiensium dicto primogenilo ipsius Roberti, ipso die quo faclus ent
novus miles. Si autem minus receperimus ex eadem, non tenebimur
reddore nisi illud tantum quod receperimus ex ea. Et si ultra predictam
summam (juinque millium librarum parisiensium babuerimus de terra
predicta, illud quod ultra babuerimus nostrum erit. Actum apud Sanc-
tum Germanum in Loia, anno Domini M° CC° \icesimo sexto, mense
Maio.
Traduire en français les deux premiers couplets do la pièce do P.
Vidal, dont suit le texte :
Ab l'alcn tir vas me l'aire
Qu'eu sen venir de Proensa
Tôt quant es de lai m'agensa
Si que quan n'aug ben retraire
Eu m'o escout en rizen
En deman per un mot cen
Tan m'es bel quan n'aug ben dire.
Qu'om no sap tan dous repaire
Cum de Eozer tro qu'a Venza
Si cum clau mars e Durensa
Ni on tan fls jois s'esclaire
Perqu 'entre la franca gen
Ai laissât mon cor jauzen
Ab leis que fais iratz rire
A quoi l'épond en latin le suffixe français... âge! En donner des
exemples ?
Donner les formes provençales des noms de lieu et noms communs :
Rutenicus, Mairanicas, Madalicas, Canonicus, Canonica, Fdbrica, Fa-
hrîca.
Donner l'étymologie des mots provençaux repaire, tro, laissât,
contenus dans la seconde strophe de la pièce de P. Vidal ci-dessus
imprimée.
SECONDE ANNÉE.
Epreuve orale.
Quels sont les genres principaux d'actes publics émanés de la chan-
cellerie royale sous le règne de saint Louis? En indiquer les caractères?
Comment les archives civiles, antérieures à 1790, sont-elles divisées
dans les archives départementales?
Quelle distinction peut-on établir entre les villes au moyen âge
d'après leur constitution politique?
Épreuve écrite.
Magister Hugo de Bella Quercu, canonicus et offlcialis Ambianensis,
omnibus présentes litteras inspecturis, in Domino salutem. Noverit
univcrsitas vestra quod Liejardis, fllia Hessclini do Augiercort, dum
535
esset vidua, Matildis, fllia ejus, et Johannes d'Oumainmont, maritus
ejusdem Matildis, in nostra presentia constituti, benignum prebuerunt
assensum cuidam venditioni quam Eustacius de Augiercort et Ingerran-
nus Buschus^ monialibus de Hyspania fecisse dicebantur de toto feodo
quem dictus Eustacius tenebat apud Augiercort de domino Guidone de
Betencort milite, et etiam de quinque jornalibus terre site in eodem
feodo, quam terram idem Ingerrannus dictis monialibus vendidisse dice-
batur pro sex libris parisiensium eis a dictis monialibus numeratis pro
concessione vendicionis predicte, promittentes juramento prestito tam
dicta Liejardis quam Matildis et Johannes maritus ejus quod in predicto
feodo aut terra aliquid de cetero non reclamarent, nec dictas moniales
super hiis, per se vel per alium, aliquatenus molestarent. In cujus rei
testimonium, présentes litteras confici fecimus et sigillé curie Ambia-
nensis roborari. Actum anno Domini m° cg° tricesimo primo, mense
septembri.
Alexander, episcopus, servus servorum Dei, dilecte in Christo fllie,
nobili mulieri, Beatrici, vidue, relicte clare memorie.. langravii Thu-
ringie, régis Romanorum, salutem et apostolicam benedictionem. Efficax
devotionis quam erga nos et apostolicam sedem habere dinosceris me-
retur affectus, ut petitionibus tuis, quantum cum Deo possumus, favo-
rabiliter annuamus. Hinc est quod nos, tuis devotis supplicationibus
inclinati, tibi auctoritate presentium indulgemus, ut nuUus delegatus vel
subdelegatus ab eo, exécuter seu etiam conservator, auctoritate litte-
rarum sedis apostolice vel legatorum ipsius, possit in personam excom-
municationis vel in terram tuas interdicti sententias promulgare, absque
speciali mandate sedis ejusdem, faciente plenam et expressam deindulto
hujusmodi mentionem. Nulli ergo omnino hominum liceat banc pagi-
nam nostre concessionis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si
quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis
Dei et beatorum Pétri et Pauli, <?postolorum ejus, se noverit incursu-
rum. Presentibus post quinquennium minime vahturis. Datum Anagnie,
II kalendas Novembris, pontificatus nostri anno quinto.
Quelle est, selon notre manière de compter, la date exacte de cette
1. La charte originale semble porter Huscnus; mais la lecture Buschus est
cependant incontestable. Nous avons en effet à la Bibliothèque nationale (fonds
latin des Nouv. acq. n" 2119, pièce 95) une charte de l'année 1225, dans
laquelle le même personnage est appelé Ingerrannus Buschus. — De plus, au
dos de la charte originale de l'année 1231, comprise dans le même recueil
(pièce 101), on lit cette note en beaux caractères du xni" siècle : « Conf. curie
» Amb' de concessione Leiardis, filie Hesseliui de Augiercort, et aliorum, de
» vendicione quam feceranl Eustachius de Augiercort et Ingerrannus Buscus,
» scilicet de tolo feodo quod idem E. tenebat de domino Guidone de Detencort
» et de quinque jornalibus que idem Ingerrannus vendidit ibidem. Caria xlix".»
:i3«
pièce, le pape qui l'a donnée ayant été élu le 12 décombnî 1254 et sacré
le 20 du même mois?
Faire connaître la composition et les attributions de la cour ou
conseil du roi au xni" siècle, et en cnumérer les démembrements suc-
cessifs.
TROISIÈME ANNÉE.
Epreuve orale.
Expliquer les termes suivants de la procédure civile et canonique :
citatio, libelli ohlalio, litis contestatio, juramentum calumnia.
Quelles ont été les formes les plus communes des monuments appa-
rents de la sépulture dans les églises depuis le xi^ siècle?
Epreuve écrite.
Faire connaître les dispositions prises contre le morcellement des
fiefs dans les successions et les ventes.
D'après quel trait convient-il do classer les églises romanes? —
Quelles sont les espèces du genre? — Quelles sont les subdivisions de
chaque espèce?
Universis présentes litteras inspecturis, magister A. de Lehericuria,
canonicus et officiaiis Ambianensis, in Domino salutem. Noveritis quod
Bertinus dictus Counde et Clemencia, ejus uxor, recognoverunt se ven-
didisse ecclesie de Balanchiis, pro triginta solidis parisiensium sibi
persolutis, quandam pechiam terre site in territorio de Mentenay, con-
tinens (s/c) in se quatuor jo[r]nalia vel circiter terre site in quodam loco
qui dicitur Vallis del Maisnil, de qua terra erant tenentes etpossidentes
de dicta ecclesia, ut dicebant, per duos sestarios avene annui census,
ad mensuram Monsteroli, nimia neccessitate ipsos ad hoc compellente,
sicuti ipsi juramento prestito flrmaverunt, promittentes sub ejusdem
religione juramenti tam dictus Bertinus quam dicta Clemencia, ejus
uxor, quod contra hujusmodi venditicnem de cetero non venirent, nec
dictam ecclesiam super dicta re vendita per se vel per alium nomine
dotalicii seu ahquo alio nomine aiiquatenus molestarent nec molestari
procurarent. Hec autem, prout superius sunt expressa, acta, jurata fue-
runt et recognita coram dilecto nostro J. decano christianitatis in
Monsterolo, ad hoc ex parte nostra specialiter destinato, sicuti tam in
ipsius decani quam in nostris litteris ad ipsum propter hoc directis et
nobis remissis plenius continetur. Nos vero volontés ea que coram dicto
decano acta, jurata fuerunt et recognita, robur firmitatis obtinere, pré-
sentes litteras confici fecimus et sigillo curie Ambianensis roborari.
Actum anno Domini m" ce quinquagesimo tercio, mense decembri.
Le jury d'examen a déclaré admissibles :
1" A passer eh seconde année, par ordre de mérite :
MM.
1. Lelong (Eugène-Philippe), né à Angers le 10 juillet 1847.
537
2. Bourbon (Georges-Louis), né à Ghâteauneuf-sur-Sarthe (M-dne-et-
Loire), le 21 juillet 1852.
3. Raynaud (Gaston-Charles), né à Paris le 14 avril 1850.
4. Glédat (Léon), né au Change (Dordogne), le 4 février 1851.
5. D'AuMAG (Jules-Eugène), né à Paris le 20 juillet 1854.
6. SoRiN (Louis), né à Valence (Drùme), le 27 juin 1848.
7. RicHOU (Gabriel-Charles-Marie), né à Angers le 4 novembre 1852.
8. NoRiUND (JacqMes-Clary-Jean), né à Paris le 25 novembre 1848.
9. Meyer (Jac^wes-Emmanusl), né à Paris le 29 août 1852.
10. Vayssière (Augustin-Louis), né à Vers-sous-Sellières (Jura), le
28 décembre 1850.
11. Lebrun (Charlemagne-Arthur-Joseph), né à Fresnes-sous-Escaut
(Nord), le 16 janvier 1847.
12. PoNTAL {Es,])v[t-Édouard), né à Bourg-Saint- Andéol (Ardèche), le
Il novembre 1851.
13. AuBiNEAU (Joseph-Henri-Étienne), né à Paris le 26 décembre
1851.
14. Amé (Louis-Marie-Léon-jErfgrar), né à Caen, le 10 janvier 1852.
15. De Fréville-Uelor-me (Charles-iWarce^René), né à Paris le 15
janvier 1851.
2° A passer en troisième année, par ordre de mérite :
MM.
1. GOHN.
2. GuiLMOTOT.
3. Morel-Fatio.
4. gopinger.
3° A soutenir la thèse (liste alphabétique) :
MAL
Barbaud.
Bonassieux.
De Ghanteau.
Du Ghesne.
DUFOUR.
Hervieu.
De Lasteytue.
molinier.
Pasquier .
Ratyé.
Richard.
Rivain.
Robert.
Tempier.
Terrât.
538
— Par arrôlr on dato du 17 juillnt, M. Léopold Dolislf a c'U'. nomnir
vice-iiirsidiMil, du Conseil de in'rri'clionncmonl. de l'KcuIo des chartes.
— Par arrêté eu date du 21 octobre, M. Gucssard, professeur de lan-
gues romanes à l'École des chartes, a été autorisé à se l'aire supi)léer
pendant J'année scolaire 1872-1873 par M. Paul Meyer, secrétaire, pro-
fesseur suppléant de la dite École.
— Deux de nos confrères, M. Charles Tranchant, vice-président de
la Société, et M. Adolphe Tardif, viennent d'être compris dans la for-
mation du nouveau Conseil d'État et nommés conseillers.
M. Ch. Tranchant, secrétaire général de la C^ des Messageries mariti-
mes, membre du Conseil général de la Seine et du Conseil municipal de
Paris, avait déjà appartenu au Conseil d'État, oii il était entré comme
auditeur par la voie du concours en 1849. Présenté par la commission
spéciale de l'Assemblée nationale, et inscrit à la fois sur les trois listes
préparées par les divers groupes de l'Assemblée, il a été élu le 22
juillet conseiller d'État en service ordinaire au premier tour de scrutin,
le huitième sur vingt-deux par 539 voix sur 612 votants.
-M. Adolphe Tardif, qui occupe depuis longtemps une position impor-
tante à l'administration des cultes, a été, par décret en date du 17 anùt,
nommé conseiller d'État en service extraordinaire, et va en cette qualité
représenter dans le Conseil d'État le département de l'instruction publi-
que et des cultes.
Par décret en date du 14 août, M. Tranchant a été attaclié à la
section du contentieux du Conseil d'État.
— Les deux circulaires suivantes ont été adressées, dans les premiers
jours du mois d'août, aux préfets des départements, par M. le ministre
de l'intérieur :
« Le décret du 4 février 1850 a accordé aux élèves de l'École des
chartes un droit de préférence sur tous les candidats aux fonctions
d'archiviste départemental. Ce droit de préférence a été consacré par
l'article 45 de la loi du 10 août 1871.
» Cependant, le mode de recrutement des archivistes départementaux
ayant été inexactement interprété dans quelques départements, je vous
engage à vous reporter aux circulaires du 10 juillet 1850, 30 avril 1867
et 8 octobre 1871, qui contiennent des instructions précises à cet égard.
Vous y remarquerez notamment qu'il est ouvert au ministère de
l'intérieur (bureau des archives) un registre destiné à recevoir les
noms des élèves de l'École des chartes qui désirent être appelés aux
fonctions d'archiviste départemental. A défaut d'anciens élèves de
l'École des chartes, la circulaire du 10 juillet 1850 spéciQe les condi-
tions de l'exameii qui doit être subi au ministère de l'intérieur devant
une commission spéciale.
» Recevez, monsieur le préfet, etc. »
539
— « Aux termes de l'article 3 de la loi du 15 février 1872, toutes
les administrations et tous les établissements publics sont tenus
de rechercher dans leurs archives les actes de l'état civil de Paris et
des communes annexées en 1859' qui pourraient y être contenus, et de
les transmettre à la commission chargée de la reconstitution des actes
de l'état civil du département de la Seine.
» Ce travail doit porter sur tous les actes de naissance, de reconnais-
sance d'enfants naturels, de mariage, de divorce ou de décès, antérieurs
ou postérieurs à la loi de 1792 jusqu'en 1860 et pour la mairie du
12^ arrondissement, depuis le l^r janvier 1870 jusqu'au 25 mai 1871.
» Je vous prie, monsieur le préfet, d'inviter M. l'archiviste de votre
département à rechercher, dans les diverses collections fornîant le
dépôt d'archives de votre préfecture, les actes mentionnés plus haut et
de vouloir bien me les faire parvenir.
» Il sera essentiel d'indiquer les actes dont on désire recevoir une
copie. Des demandes spéciales seront adressées, dans ce sens, à M. le
préfet de la Seine.
)i Recevez, monsieur le préfet, etc.
FAUSTE DE RIES.
Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France ont prouvé (t. II, p.
605 et s.) que « le plus grand nombre des Homélies imprimées sous le
faux nom d'Eusèhe d'Emèse, » appartiennent réellement à Fauste, évèque
de Ries, auteur du t« siècle. En ce qui concerne les deux homélies sur
le symbole (la neuvième et la dixième du recueil), ils s'expriment
ainsi (p. 607): a ... Cela parait incontestable en conférant la première
sur le symbole avec la préface des deux livres du Saint-Esprit que
nous avons prouvé être du même auteur... » Dans un livre paru en
1869 à Christiania (Ungedruckte, unheacMete und wenig beachtete Quellen
sur geschichte des taufsymhols und der glauheusregel), l'auteur, M. Cas-
pari, a confirmé l'attribution des Bénédictins par un nouveau témoi-
gnage, en démontrant (p. 200 et suiv.) que non-seulement la première
homélie sur le symbole, mais aussi la seconde, présente de nom-
breuses analogies avec les deux livres de spiritu sancto.
PRIÈRE DE G. DE DIGULLEVILLE.
L'un des poèmes de Chaucer, l'A B C ou Prière à la Vierge, est une
imitation de la prière que G. de Digulleville a insérée dans son Pèle-
rinage de la vie humaine. Dans l'un des fascicules que M. Frederick
J. Furnivall a publiés à Londres, en 1871, pour la Chaucer-Society [A
1. Les communes annexées à la ville de Paris par la loi du IG juin 1859 sont
celles de : Passy, Auteuil, BatignoUes-Monceaux, Montmartre, La Chapelle, La
Villelle, Belleville, Charonne, Bercy, Vaugirard, Grenelle.
540
one-texl print of Chaucer's minor poems, parti, p. 84-100), notre confrère
M. Paul Meyer a donné, d'après les mss. français 1645, 1649, 376 et
377 do la Bibliothèque nationale, une bonne édition de la Prière de G.
de Dii^'ullcvillo. lin autre fascicule do la même collection [Trial-fore-
ivurds la iiiij PuraUel-lext édition of Chaucer's minor poems, pp. 1(IU-102)
contient une lettre de M. Paul Meyer, oil sont consignées d'intéres-
santes observations sur la versilication des Pèlerinages.
LES VICOMTES DE CHATELLERAULT
Dans le dernier n" do la Bibliothèque de l'Ecole des chartes (p. 317),
un de nos confrères avait réclamé contre la prétention qu'avait élevée
dom Chamard de ramener à l'année 1229, ou environ, une pièce qui est
classée à l'année 1209 dans le Catalogue des actes de Philippe- Auguste.
Voici dans quels termes dom Chamard accepte cette rectilication, tout
en réservant son opinion sur le fond môme de la question :
Abbaye de Ligugé, ce 22 septembre 1872.
Monsieur,
« Dans le dernier numéro de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes,
M. Delisle a cru devoir relever une note de mon travail sur la chronologie
des vicomtes do Chàtellerault. Après avoir rejeté l'opinion émise dans
cette note, il ajoute: « Mon honorable contradicteur a trop de sens
M critique et trop de droiture pour ne pas reconnaître qu'il a beaucoup
» trop rajeuni la notice (relative aux trois Lusignan) et qu'il doit modi-
» fier son tableau des vicomtes de Chàtellerault de façon à y faire
)) figurer, sous le règne de Philippe-Auguste, vers l'année 1209, un
» vicomte do Chàtellerault, qui était frère do Hugues IX de Lusi-
» gnan, comte de la Marche, et de Raoul II d'Exoudun, comte d'Eu. »
«On voit que la rétractation demandée est absolue; qu'on me permette
d'essayer une réponse.
» M. Delisle a parfaitement prouvé, en effet, que la notice publiée par
lui avait été exactement datée dans ses Actes de Philippe-Auguste, je
l'avoue. Mais s'ensuit-il que je doive modifier mon tableau des vicomtes
de Chàtellerault de façon à y faire figurer vers Vannée 1209 un vicomte
du nom de Lusignan! Je ne le pense pas; et je crois que M. Delisle
commet la faute que j'avais commise à son égard, en exigeant trop de
rectiiïcations.
» Quel est le but de mon travail? Uniquement d'établir la série chro-
nologique des vicomtes de Chàtellerault qui ont possédé héréditairement
LA VICOMTE jusqu'à la fin du xui* siècle. Or il est impossible do trouver
place pour un Lusignan, à la date désignée, dans l'arbre généalogique
des susdits vicomtes. Les documents dont j'ai donné l'analyse dans
mon mémoire sont péremptoireg à cet égard. Gomme M. Delisle n'en a
fait nulle mention, on me permettra de les reproduire ici.
» D'après les documents les plus authentiques, l'ancienne famille des
54^
vicomtes de ChàtcUerault étant tombée en quenouille au commence-
ment du xnie siècle, Hugues de Surgères, du chef de sa femme, fut
mis en possession de la vicomte vers l'an 1203 ou 1204 au plus tard,
puisque', à cette dernière date, il décharge de toutes servitudes un de
ses serfs, ses fils et leur postérité. En 1206 il figure parmi les otages de
la trêve conclue entre Philippe- Auguste et Jean-sans-Terre«. En 1208
il confirme un don de son frère Guillaume de Surgères, en faveur de
l'abbaye de Saint-Maixent. Au mois de mai de la même année il donne
à l'abbaye de Fontevrault cent sols de rente à prendre à Exoudun, et
ce don est confirmé, dans le même mois, peut-être le même jour, par
Raoul II d'Exoudun-. Nous le voyons ainsi en possession de la vicomte
jusqu'à l'année 1211 inclusivement. Les archives de la Vienne' conser-
vent l'original d'une charte du même vicomte, datée anno ah incarna-
tione Domini m" cc° xi". Innocentio Papa tertio, etc. Et D. Fonteneau
nous a transmis le sceau du même seigneur appendu à un titre de la
même année (Collect. de Font., vol. lxxxii, 3),
» Gomme de l'aveu de ûf. Delisle la question débattue doit se limiter
entre 1209 et 1211, puisque le registre contenant la notice publiée par
le savant membre de l'Institut a été clos en 1212 au plus tard, il est
évident qu'il n'y a nulle place, dans le tableau des vicomtes de Ghàtel-
lerault, pour un membre de la famille de Lusignan, entre les deux
dates précitées. La difficulté est donc sérieuse. Entre les deux solutions
contraires, l'une adoptée par moi dans mon travail, qui consiste à reje-
ter la notice après l'an 1212; l'autre proposée par M. Delisle, qui veut
introduire un Geoffroi de Lusignan dans la série des vicomtes, peut-
être conviendrait-il d'en admettre une troisième moins absolue. Elle
consisterait à dire que Hugues de Surgères ayant été l'un des barons
poitevins qui, en 1208, firent invasion sur les terres de France, fut du
nombre des prisonniers faits par les commandants des troupes de
Philippe-Auguste*. Peut-être ce dernier, dans le premier mouvement
de son indignation, dépouilla-t-il Hugues de Surgères de son gouver-
nement pour en investir Geoffroi de Lusignan resté fidèle à la cause
française, et ce dernier aurait, pour cela même, promis fidélité au roi
l'année suivante.
» Mais la donation, si elle a eu lieu, n'eut qu'un effet bien précaire,
comme nous l'avons vu. Cette solution, cependant, n'est pas à l'abri
d'objections très-graves. Elle suppose que, en 1208, Hugues de Sur-
eères était en guerre ouverte avec les Lusignan, Or la donation du
1. D. Bouquet, t. XVII, 60 E,
2. Bibl. nat., fonds latin, 5480, t. I. p. 205.
3. Archives S. Ed., Asnières, w 8. Cette charte a été publiée par M. Rédet
dans le vol. XIV, 217, des Mém, des Antiq, de l'Ouest.
4. D. Bouquet, XVII, 61 E.
35
cartulaire do Fontcvrault citée plus haut semble démontrer qu'au mois
de mai 1208 le conflit était loin d'exister.
» Vmi autre solution plus radicale m'est venue à la pensée. N'y
aurait-il pas une faute de copiste dans le re.i^istre de Philippe-Auguste?
Je sais que dans la notice qui fait l'objet de cette discussion, le mot
Casiri Eraldi est répété deux fois, ce qui rend plus invraisemblable le
soupçon que j'émets. Mais le vrai peut quelquefois n'être pas vraisem-
blable, et il me semble que les copistes du moyen âge ont commis des
lapsus plus énormes que celui-ci. Peut-être l'acte original portait-il:
casiri E(xoldunensis). Ce qui m'a fait penser à cette solution, c'est
que, dans la lettre de Jean-sans-Terre contenant les conditions de la
trêve de 1206, Geoffroi de Lusignan, — le même assurément que celui
de la notice, — est placé à côté de Hugues de Surgères, vicomte de
Ghàtellerault, avec le titre de vicecomes Lemovicensis*. Peut-être encore
l'original portait-il vicecomes L. au lieu de Ef
» Qu'on veuille bien le remarquer, je suis loin de donner ces solu-
tions comme certaines. Je les abandonne à l'appréciation de M. Delisle,
incontestablement plus compétent que moi en cette matière. Mais il ne
ressort pas moins de toute cette discussion que mon devoir de modifier
mon tableau des vicomtes de Ghàtellerault est moins évident que ne
l'a cru mon savant contradicteur.
Pour ne point abuser de la liberté qui m'est donnée, je me réserve
de traiter ailleurs la question de Maubergeonne.
Dom François Chamard,
bénédictin de l'abbaye de Ligugé.
LA TOUR D'OLONNE.
Des lettres de rémission, accordées par Louis XI, en novembre 1472,
à Pierre Héron, Jacob Meschin, Colas Douxet, Jehan et Denis Jousse-
met, Yincent Hillaireau, Pierre Bouhier et Jehan Michonneau, tous
habitants de la Chaume ou des environs de cette localité, condamnés à
mort pour s'être emparés, à main armée, de la Tour d'Olonne, le 22 mai
de l'année précédente, présentaient un problème géographique qu'il
importait de résoudre. Il s'agissait de savoir quelle était cette Tour
d'Olonne, mentionnée dans le document en question, dont l'original a
été conservé. Un magnifique portulan, ou recueil de cartes nautiques,
exécuté en 1467 par Gratioso Benincasa, géographe célèbre d'Ancône,
mis dernièrement à notre disposition, donne le mot de l'énigme. Sur la
carte consacrée aux côtes de France se voit, entre Marant (Marans) et
San Gilli (St-Gilles), un port, à côté duquel est la Torre d'Olona, qui ne
peut être que celui de la Chaume, dont le passage était défendu par
la Tour de VAro?ideUe (Hirondelle), nom que les chroniqueurs des Sables
1. D. Bouquot, XVII, Gl.
343
ont défiguré, depuis^ afin de donner quelque vraisemblance à une légende,
dans laquelle figure un certain comte d'Arundel, prétendu gouverneur
du Poitou pour Henri Plantagenet, roi d'Angleterre.
Déjà, dans la Carte catalane, dressée entre 1375 et 1378, il est fait
mention de la Tor d'Elona (située sur la côte près d'un port, au nord
de Maranta), désignation bien évidemment identique à celle de Torre
d'Olona, employée cent ans plus tard.
Il ne saurait donc y avoir de doute à cet égard. La Tour d'Olonne
des XIV* et xv^ siècles ne fait qu'un avec celle de l'Hirondelle, qu'on a
si étrangement rafistolée de nos jours, pour égayer les archéologues en
villégiature.
Quant au fait qui a motivé l'octroi des lettres de rémission de
Louis XI, il se rapporte aux troubles qui suivirent la mort de Louis
d'Amboise, vicomte de Thouars, et précédèrent le don à Philippe de
Commynes d'une bonne partie de la riche succession de ce triste cau-
dataire de la grande féodalité française.
(Article de M. Benjamin Fillon, inséré dans Ylndicateur,
journal de la Vendée, du II août 1872.)
DUDON DE SAINT-QUENTIN.
La remarquable étude sur la vie et les œuvres de Dudon de Saint-
Quentin, que notre confrère, M. Jules Lair, avait présentée comme thèse
à l'École des chartes en 1858, et qui fut couronnée la même année par
la Société des antiquaires de Normandie, a paru en 1865 dans le tome
XXni des Mémoires de la même Société, oii elle sert d'introduction à
nne nouvelle édition du livre De moribus et actis primorum Normannice
ducum, édition que notre confrère a préparée à l'aide des manuscrits
de Rouen, d'Alençon, de Douai, de Londres, de Middlehill et de
Cambridge. Le tirage à part de l'étude et de Fédition, formant un beau
volume in-4°, qui n'était pas encore sorti de l'imprimerie, vient d'être
mis en vente à la librairie de Maisonneuve.
COURS HISTORIQUE DE LANGUE FRANÇAISE.
Notre confrère, M. Ch. Marty-Laveaux, entreprend de populariser et
d'appliquer à l'enseignement pratique du français les découvertes qui
ont été faites de nos jours sur l'origine et le développement des langues
romanes. Il vient de publier, à la librairie de Lemerre, un élégant livret
de 119 p. in-12, intitulé : De l'enseignement de notre langue. Il sera suivi
de traités sur les matières suivantes : Grammaire élémentaire. — Gram-
maire historique. — Prononciation. — Orthographe. — Ponctuation. —
Origine et formation de la langue française. — La langue française au
XVI* siècle. — Id. au xvii^. — Id. au xviii*. — Id. au xix*. — Principes
d'étymologie. — Noms de lieux et noms de personnes. — Dialectes et
patois. — Langage populaire et proverbial. — Langage des précieuses.
— Langage de la RévoluLion.
PRÊT D'UNE BIBLE EN 1284.
Le Gartulaire du prieuré de Saint-Cyr de Friardel, au diocèse de
Lisieux, ms. du xin^ siècle, que la Bihliothèijue nationale vient d'ac-
quérir (nouv. acq. lat. 1G4), contient au fol. 22 un acte relatif à une
bible que les religieux avaient concédée à un curé du diocèse d'Evreux,
pour en jouir sa vie durant. Voici le texte de cette charte :
Littera ohligacionis magistri Crispini Drocensis in curia ojjicialis
Parisiensis super hihlia.
Univcrsis présentes litteras inspecturis, officialis curie Parisiensis,
salutem in Domino. Notum facimus, quod, in nostra prosencia consti-
tutus, magister Crispinus le Droueys, rector ecclesie Sancti Martini de
Meeinvilla, Ebroicensis dyocesis, recognovit et confessus est coram
nobis in jure se commodato et nomine commodati récépissé et habuisse
a religiosis viris priore et conventu Sancti Cirici de Friardello, Lexo-
viensis dyocesis, ordinis Sancti Augustini, quandam bibliam ipsorum
religiosorum, sub precio quinquaginta librarum turonensium, tenendam,
habendam et possidendam ab eodem magistro Grispino , quandiu ipse
vixerit tantummodo, sub precio ante dicto, iut dicebat; quam siquidem
bibliam predictam predictus magister tenetur et promisit, fide data in
manu nostra, bene et fideliter custodire et eam reddere aut reddi facere
in fine dierum suorum, aut dictas quinquaginta libras turonensium,
pro precio ejusdem, religiosis supradictis, quocunque modo res se
habeat, seu in ipsius custodia quoquo modo vel casu ipsam bibliam
comburi, deteriorari vel amitti contigerit. Et pro dicta biblia reddenda
et deliberanda dictis religiosis vel dicto precio , et pro ea salva fore,
dictus magister dictis religiosis se et heredes suos et omnia bona sua
mobilia et immobilia, presentia et futura, ecclesiastica et mundana,
coram nobis obligavit et obligata reliquit, excepcioni dicte biblie non
habite et non recepte per fidem renunciando, juridictioni curie Pari-
siensis, quantum ad hec, se et sua supponendo. In cujus rei testimonium,
sigillum curie Parisiensis, una cum sigillé dicti magistri, presentibus
litteris duximus apponendum. Datum anno Domini m° cc° octogesimo
quarto, die jovis post circumcisionem Domini.
EXPORTATION DE VITRAUX ROUENNAIS
EN ANGLETERRE.
M. Francisque Michel appelle notre attention sur les registres de la
fabrique de la cathédrale d'Exeter, conservés à Exeter. L'auteur d'un
article inséré dans le Times, n" du 22 octobre 1872, y a relevé, dans
les comptes des années 1317-1318, plusieurs articles relatifs à des
verres à vitraux qui avaient été achetés à Rouen pour la dite cathédrale.
LES EGLISES
DU HAUT-LANGUEDOC
Caractères particuliers de la construction et du style des monuments religieux
du moyen-âge bâtis en briques. — Étude sur le plan le plus généralement
adopté, à l'époque gothique, pour les églises du Haut-Languedoc.
I
La plupart des combinaisons architectoniques se sont prêtées
à l'emploi des briques. Ces matériaux, d'une fabrication facile, de
dimensions relativement peu considérables, sont commodes à
appareiller. Leur durée est égale, sinon supérieure à celle de la
pierre. Depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joutas, on n'a
pas cessé d'en tirer parti.
Nous en avons pour témoins, et les ruines gigantesques qu'on
exhume des plaines où fut Babylone ; et nombre d'édifices romains
encoi^e debout, qui datent du haut et du bas empire; et plusieurs
des magnifiques basiliques byzantines de l'Orient et de l'Italie, et
ces églises françaises du moyen âge, trop peu connues selon nous,
remarquables à tant de points de vue.
.le me contente de citer simplement des monuments antiques,
très-bien décrits dans les ouvrages spéciaux; j'aborde immédiate-
ment l'étude des églises construites en briques, dont le groupe,
réparti sur quelques départements du Midi ^ , a pour centre Tou-
louse.
1. La Haute-Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne. On trouve aussi quelques
monuments bâtis en briques dans les Pyrénées-Orientales, dans lAriége, dans
le Lot-et-Garonne, dans le Lot, etc.
36
546
Il est presque inutile de l'aire remarque)' que ces édifices sont
en maçonnerie mixte , c'est-à-dire que , si les revêtements sont
en briques, le noyau des murs est composé de massifs de blocage.
La coliésion de ces matériaux avec les parements est parfaite.
On obtenait ce résultat par l'interposition d'une forte couche de
mortier entre les assises ' .
Il existe de grandes différences de structure et de style entre
les édifices dont les revêtements sont exclusivement en briques, et
ceux où l'emploi de ces matériaux artificiels est combiné avec
celui de la pierre.
A Babylone, on enchâssait dans les murs des blocs énormes
sur lesquels devaient être sculptés les bas-reliefs. En Italie, on
employait les colonnes et les architraves de pierre pour les por-
tiques et les baies, les placages de marbre ou de bois, les stucs et
les peintures pour les décorations intérieures. De même dans
les églises byzantines, les placages, les peintures, les mosaïques
constituèrent tout le système d'ornementation. Ainsi, dans ces
monuments antiques, rien de ce qui représente le style propre-
ment dit n'était emprunté à la brique.
En France, où les genres d'architecture sont si profondément
tranchés, suivant les époques, soit à cause des inventions, soit à
cause des imitations qui suivent de si près, il est intéressant de
recliercher ce qu'ont pu faire, tout en suivant le courant, les
constructeurs de la région où la pierre est rare et coûteuse.
Plaçons-nous par exemple au commencement du xnf siècle.
Si, à cette époque, on abordait franchement, dans le Midi, les
difficultés de la construction en briques, à cette époque aussi les
cathédrales du Nord s'élevaient sur des plans qui devenaient
classiques. On avait créé; on songeait à perfectionner. A l'étran-
ger on nous imitait. Tandis que l'école française touchait à son
apogée, déjà partout, en Angleterre, en .\llemagne et jusque dans
les pays de tradition romaine, on cherchait à copier nos types
devenus modèles par le fait.
Étant admis cet engouement d'ailleurs légitime, le problème à
1. De plus, il esl possible qu'on fabriquât les murs dans une série d'encaisse-
ment, afin de battre la maçonnerie comme on le fait pour le pisé. Dans un
certain nombre d'églises, on voit encore des trous symétriques qui paraissent
ménagés pour les traverses de bois destinées à soutenir ces api)arcils. Cette
méthode esl d'ailleurs conforme à la tradition romaine. Voir Rondelet, Traité,
théorique et pratiqua de l'art de bâtir. Édition de 1827, t. 1, p. 112.
o47
résoudre pour les architectes du Haut-Languedoc était celui-ci :
donner les plans et le style à la mode aux cathédrales, aux
grandes églises, à leurs voûtes, à leurs baies, à leurs clochers. Il
ne s'agissait pas seulement de tailler un revêtement de moulures
sur des arcs, sur des arcades, sur des montants; il fallait, avant
tout, pour se rapprocher des œuvres grandioses du Nord, établir
des supports intérieurs, des piliers, qui, en divisant les nefs, en
se combinant avec le système des étages et des voûtes, consti-
tuent toute l'originalité d'un édifice.
C'était là le point principal, mais aussi la grande difficulté.
Comment construire en briques des supports convenables pour
diviser les nefe? Tout au plus pouvait-on obtenir (et de nombreux
essais le démontrent) des piliers massifs, à coupe rectangulaire,
réunis par d'épaisses archivoltes. Ainsi l'on restait bien loin de
ces faisceaux, de ces fines colonnes de pierre des xiii'', xiv",
xv'' siècles, dont les profils font prévoir, dès la base, les divi-
sions multipliées et même les moulures des arcades et des arcs
de voûte.
En employant la pierre dans de grandes proportions pour les
parties principales concurremment avec la brique pour les rem-
plissages, on avait pu, dès le xif siècle, à Toulouse, produire un
chef-d'œuvre, l'église de Saint-Sernin. C'est un modèle achevé
dans le genre roman, genre qui, à la rigueur, admettrait l'emploi
des supports massifs. Ce monument devait, par raallieur, rester
un type isolé.
Pendant la période gothique, on recula sans doute devant les
prix élevés des matériaux qui, seuls, auraient permis de cons-
truire à la mode de l'Ile-de-France. Tout en appliquant les
grandes données des écoles septentrionales, on se contenta de
tirer des ressources locales le meilleur parti possible. C'est ainsi
que la recherche des architectes du Haut-Languedoc les amena
bientôt à créer ou plutôt à adopter un plan original. La solution
est fort simple : elle consiste à donner une seule nef aux églises,
même à celles qui sont établies sur des proportions grandioses.
II
On était déjà préparé dans le pays à la construction des églises
sans bas-côtés. La dernière influence de l'école byzantine s'était
fait ressentir jusqu'à Toulouse. La grande croisée d'ogives, plus
548
ou moins surliaussée, rappelant plus ou moins la coupole, était
appliquée partout S au sud de la Loire, à des plans qui restaient
encore byzantins ^.
Mais, du moment oii l'on voulait donner aux églises plus de
développement en largeur, on tut amené naturellement à diviser
les travées d'une manière différente, à substituer la petite croisée
d'ogives à la voûte sur plan carré. C'était une application pos-
sible des procédés usités à la même époque dans le Nord.
Dans le système dos églises à une nef, l'emploi de l'arc-houtant
n'était pas indispensable. Adossés à des piliers butants trop éloi-
gnés des murs de clôture, ces appuis extérieurs eussent été disgra-
cieux. On se contenta, comme pour les saintes chapelles de l'Ile-
de-France, d'appuyer la construction par des contre-forts que l'on
bâtit d'autant plus épais que les nefs étaient plus larges, et par
conséquent les poussées des voûtes plus fortes.
Il était tout simple de garnir de petites chapelles les espaces
intermédiaires à ces contre-forts. Quelquefois même, au-dessus
des chapelles, on établit des galeries, sortes de triforium, en
arrière desquelles sont les murs de clôture percés de hautes
fenêtres ; le tout constituant un second étage.
Voilà pour les généralités. Je n'ai pas encore cité un seul
édifice, mais la description générique que j'ai faite doit rappeler
aussitôt aux archéologues qui ont parcouru les provinces méri-
dionales la cathédrale d'Albi, l'église de Moissac, les éghses des
Cordeliers, de Saint-Nicolas, de la Dalbade à Toulouse, de Saint-
Jacques à Montauban, etc., toutes construites en briques, à des
époques différentes et avec des dissemblances, mais se rapportant
à un même type.
On pourra se rappeler d'autres monuments de l'architecture reli-
t. Selon M. Félix de Verneilh {V ArchUechire byzantine en France, p. 297),
la limite au Sud du groupe des églises byzantines, dont il a donné une si belle
monographie, devrait être fixée aux bords de la Garonne. Il faut, je crois, la
rejeter bien au delà. La cathédrale de Tarbes, qui est presque une copie de
celle d'Agen, se rattache évidemment à l'école dont le centre, aussi bien (|ue le
point de départ, est à Périgueux. Celte église de Tarbes n'a été achevée qu'à
l'époque gothique, mais son plan est analogue à ceux des églises de Souillac en
Quercy, et de Solignac eu Limousin.
2. M. VioUel-lc-Duc a fait remarquer {Dictionnaire raisonné de l'architecture
française du xi^ au xvi" siècle, t. I, p. 224) que, d'une autre pari, le type de
quelques églises de Provence à une nef, telles que les cathédrales de Fréjus et
de Marseille, pouvait aussi avoir inspiré des imitations dans le Languedoc.
549
gieusedont les plans sont à peu près identiques, mais qui diffèrent
aussi maintes fois par la nature des matériaux : les églises de
Saint-Vincent et de Saint-Michel, à Carcassonne, de Saint-Bar-
thélemi, à Cahors; les cathédrales de Saint-Bertrand de Com-
minges et de Perpignan ; un très-grand nombre enfin des éghses
du RoussiUon, de la partie méridionale du Languedoc, de la partie
orientale de la Guyenne. La statistique de ces églises n'a pas été
dressée. Il serait intéressant de la faire, comme aussi de les étu-
dier sous la forme d'une monographie collective ; car ce groupe
est des plus importants par le nombre des édifices qui s'y ratta-
chent et qui n'ont encore été étudiés qu'isolément.
Quelques-unes des différences capitales qui existent entre ces
églises du Midi et celles du Nord n'ont pas échappé aux archéo-
logues ^ Mais, personne, que je sache, n'a traité la question
d'origine de ce plan des églises à une nef, ni indiqué les motife de
la préférence que lui ont accordée les architectes méridionaux.
J'estime d'ailleurs qu'il serait fort difficile , alors même qu'on
aurait les dates certaines de la construction d'un grand nombre
de ces églises, de décider quel en a été le premier type. Combien
d'anciennes églises n'existent plus ! Nous n'avons souvent que
des copies où nous croyons voir des originaux.
II y a du moins une grande probabilité que le point de départ
est dans ce rayon qui s'étend entre Toulouse, Alby, INIontauban,
pays où la brique est exclusivement employée. J'ai fait remarquer
que c'est faute de pouvoir étabhr des piliers dans le style gothique
qu'on a fini par adopter dans cette région le plan des églises à une
nef. Puis, comme les imitations ne sont pas toujours rationnelles,
il est arrivé que, dans les provinces circonvoisines, où l'on a de
belles carrières, ces plans ont été copiés. On n'a plus songé à
chercher des modèles dans le Nord, lorsqu'on en avait d'autres
si près de soi. En un mot, à Toulouse, à Alby, à Montauban, une
impérieuse nécessité dut faire adopter cette structure; ailleurs,
ce fut la mode.
En donnant quelques aperçus généraux sur les églises de ce
groupe, je n'exclurai donc pas celles qui sont construites en
1. Voir: M. de Caumont, Abccnlaire ou rudiment d'archéologie, édition
de 1869, p. 588 et suivantes; — Congi-ès archéologique de France, xxxv'= ses-
sion, 1869, p. 149 et 169; — Viollet-le-Duc, Dict. rais, d'arch., t. I, p. 224;
— Bulletin monumental, 1852, t. XVIIl, p. 72 et 495, etc.
550
pierre. Je reviendrai ensuite sur les caractères particuliers du
style des édifices religieux exclusivement bâtis en briques.
Ce qui frappe tout d'abord dans les églises gothiques du Haut-
Languedoc, c'est l'excessive largeur de leurs travées voûtées. Au
commencement du xiu« siècle, les architectes du Nord tendaient
à construire des nefs de plus en plus élevées ; il semble, par
contre, que pendant le xiv" et le xv« siècle, ceux du Languedoc
aient lutté à qui construirait les vaisseaux les plus larges.
i\.u xiv' siècle, on donnait à la cathédrale d'Alby jusqu'à
17 mètres 70 de largeur dans œuvre. b]ncore les proportions
sont-elles assez bien gardées dans ce vaisseau, qui offre en même
temps une grande hauteur, 30 mètres 50, et une grande lon-
gueur, 91 mètres. La cathédrale de Perpignan a 18 et 16 mètres
de largeur, pour une longueur et une bauleur convenables. Mais
que dire des deux églises de la ville basse de Carcassonne, de
Saint-Vincent, par exemple, qui mesure 21 mètres de largeur
dans œuvre, et qui n'est guère plus longue que d'un tiers de cette
mesure? L'exagération est complète, et les voûtes jetées sur une
pareille surface sont fatalement trop basses. Ainsi les construc-
teurs perdaient tout le bénéfice de leur hardiesse.
Dans ces larges églises, les voûtes sont généralement très- |
divisées, et les petites croisées d'ogives fort étroites. Aussi ne les I
a-t-on pas enforcies de liernes et de tiercerons, à l'époque où la
voûte en étoile devenait à la mode ^ .
Toutefois on n'a pas abandonné partout la grande croisée
d'ogives. Dans les églises de proportions moins vastes, telles
que celles de Puy-l'Evêque (Lot) du xiv^^ siècle, de Saint-Hilaire
(Agen), qui n'est, à vrai dire, qu'une chapelle de monastère
datant du xiv«' siècle , les travées gardent encore les plans à peu
près carrés de l'école byzantine.
Une abside à 7 pans ~, le plus souvent entourée de chapelles
rayonnantes, constitue la forme ordinaire du sanctuaire.
On trouve aussi des exemples de chevets plats ^.
Les églises de Carcassonne ont trois absides : une grande et
1. Notre-Dame de la Dalbade, à Toulouse, du xv" siècle, est une exception.
Ses cin(i travées sont recouvertes de voûtes en étoiles.
1. Cathédrales d'Alby, de Perpisrian, de Sainl-Berlrand de Comniinges, église
de Moissac, etc.
3. Saint-Nicolas, à Toulouse; église de Puy-l'Évcque; Saint- Nicolas, à
Cahors.
551
deux petites, ouvertes à l'Orient. Les proportions démesurées de
leurs nefs justifient très-bien ces divisions de leurs sanctuaires.
Le plan des églises du Haut-Languedoc ne se prête pas à l'éta-
blissement d'un transept ^ .
Le mode d'étagement est variable. La hauteur des chapelles
de ceinture est généralement d'environ un tiers de la hauteur
totale. J'ai déjà dit qu'une sorte de galerie, ou faux triforium,
était quelquefois superposée à ces chapelles.
Mais le plus souvent (on pourrait dire toujours pour les petites
églises), le mur de clôture de la nef est élevé sur l'extrados des
archivoltes des chapelles. Ce second étage a généralement des
fenêtres assez étroites^, à cintre brisé, quelquefois des rosaces ^.
Parfois aussi les seconds étages sont privés de baies de fenêtres.
A Saint-Barthélemi de Cahors, il n'y a de fenêtres que dans les
cliapeRes et dans l'étage supérieur de la travée du chœur. L'église
de Puy-l'Évêque n'est éclairée que par ses chapelles, disposition
qui tient à la forme de sa toiture. Une ferme de combles, à angle
aigu, s'abaisse jusqu'à l'amortissement des murs des chapelles
latérales.
Quelques-unes de ces églises méridionales ont, d'ailleurs,
des charpentes très-élevées. Saint-Hilaire d'Agen en est un
exemple. Il est possible que ces fermes de combles ne datent
que du xvi° siècle.
Plus généralement les grandes toitures sont dressées sous un
angle très-obtus, et la couverture des chapelles constitue à l'ex-
térieur un premier étagement.
Dans les éghses d'Alby et de Moissac. il ne pouvait y avoir
qu'une toiture, les contre-forts étant englobés dans la construc-
tion. Ces monuments n'y gagnent rien pour ce qui est de la vue
extérieure. L'œil n'est pas satisfait de l'aspect de ces longues
surfaces planes des murs de clôture. Cette simple remarque est
un argument à faire valoir contre les théories de certains cons-
tructeurs modernes, qui, dans leurs copies, tendent avant tout
à supprimer comme disgracieux les arcs-boutants et toutes
les armatures extérieures employées dans nos monuments du
moyen âge.
Ce n'était pas un médiocre embarras de joindre un clocher à
1. La cathédrale de Perpignan fait exception.
2. Dans les deux églises de la ville basse de Carcassonne.
352
ces grandes églises à une nel'. La largeur du vaisseau était trop
exagérée pour qu'il fiit possible d'élever une flèche au-dessus de
la travée du chœur. La ressource que peut fournir l'établissement
d'un transept, manquait également. D'autre part, comment cons-
truire deux tours sur la façade occidentale ? Cette disposition, la
plus ordinaire dans les cathédrales du Nord, n'est rationnelle
qu'à la condition de servir d'accompagnement ou plutôt de cou-
ronnement à la ligne des nefs latérales. Alors les clochers se
détaclient de la construction par trois cotés, et produisent un
bon effet. Les architectes du Languedoc prirent le seul parti
convenable. Ils établirent leurs , clochers (un seul clocher par
éghse) hors œuvi'e, quelquefois sur les côtés, mais plus généra-
lement au-devant de la façade. Ils procuraient ainsi un porche
couvert à l'église. Mais ils ne purent parvenir à mettre leurs
tours à l'échelle des monuments, à les bien proportionner. Les
lignes verticales s'allient mal à des pignons trop larges, aux
angles plus ou moins obtus. C'est peut-être le plus grand défaut
des églises du Languedoc, que de se prêter si peu à la construc-
tion des tours de clocher et des flèches.
Les opinions sont très-controversées sur l'eflet que produisent
à l'intérieur les grandes églises à une nef. Il y a là-dessus beau-
coup à dire. C'est affaire de goût, et je ne m'engagerai pas à
discuter le point de vue artistique. Il existe, du reste, de grandes
différences de proportions d'une éghse à l'autre.
Les saintes chapelles, qui sont les seuls monuments du Nord à
comparer aux édifices religieux du Haut-Languedoc, ont géné-
ralement en hauteur, sous clefs, le double de leur largeur. Le
chef-d'œuvre du palais de saint Louis a un peu plus de cette
proportion en hauteur ; la sainte chapelle de Vincennes un peu
moins ^
Dans le Midi, les voûtes n'ont pas été élevées dans des pro-
portions semblables. La largeur des nefs, je l'ai déjà dit, l'em-
porte sur la hauteur. Déplus, la courbe des doubleaux est tracée
d'après de grands rayons. Ainsi le tiers-point est émoussé ,
quand il n'est pas détruit. Les ogives paraissent écrasées plutôt
qu'élancées, et cela d'autant plus que, dans un grand nombre
d'édifices, elles ont peu de solidarité avec leurs supports. Les
dosserets plats, aux angles biseautés, sont communs dans les
1. Viollel-le-Diic. Diction, rais, d'archit., t. IJ, p. 438.
553
édifices bâtis en briques. Dans plusieurs églises, il n'y a même
pas de dosserets, et des culs-de-lampe reçoivent la retombée des
arcs de voûte.
Tels sont les caractères généraux , les variantes les plus ordi-
naires, les caractères et les défauts les plus sensibles d'un type
original qui tranche si profondément avec l'architecture du reste
de la France. Je ne pousserai pas plus loin les comparaisons,
car, pour qui connaît les églises du Nord, le parallèle ressort de
cette rapide esquisse des églises méridionales.
Je puis donner un petit nombre de dates, tout en regrettant de
ne pouvoir les préciser davantage, afin que mes conclusions sur
l'origine du type gothique du Haut-Languedoc ne passent pas
pour une hypothèse gratuite.
D'après M. Devais*, l'église à une nef de Saint-Jacques de
Montauban fut fondée en 1174, Les travaux interrompus furent
repris en 1228, et terminés en 1230. Les voûtes de cette église
subirent une ruine partielle au xvf siècle, puis une restauration,
ce qui importe peu, le premier étage étant parfaitement carac-
térisé. Cette église, bâtie en briques, serait donc une des plus
anciennes du groupe. Je ne connais pas de monument construit
en pierre, sur ce plan, qui soit antérieur à celui-ci.
Les églises des Cordehers, de Notre-Dame du Taur et de
Saint-Nicolas à Toulouse, sont en partie du xm" et du xn^'' siècle,
La cathédrale d'Alby ne fut fondée qu'au milieu du xiv" siècle.
La nef de l'église de Moissac ne date que du xv**. On n'a pas de
dates précises sur la fondation des deux églises en pierre de la
ville basse de Carcassonne. Ces monuments peuvent tout au plus
remonter au xiv'' siècle.
La cathédrale de Perpignan fut construite de 1324 à 1509.
Les églises de Puy-l'Evêque (Lot) en pierre et de Saint-Bar-
thélemi à Cahors m'ont paru dater du commencement du
XIV' siècle. L'église de Montpezat (Tarn-et-Garorme) est de la
fin du xiii*^ siècle.
Au milieu du xv° siècle, on élevait encore à Toulouse, sur le
plan traditionnel, l'église de Notre-Dame de la Dalbade.
En faisant remonter à la fin du xii° siècle, ou tout au moins à
la première moitié du xiii'' siècle, Torigiiie du type des églises du
Haut-Languedoc, on voit donc que ce plan a été constamment
(mais non pas exclusivement) appliqué dans ce pays et dans les
1. Monuments historiques de Montauban. Montauban. Foreslié, 1841, p. 78.
554
provinces circonvoisiaes pendant une période de 300 ans.
Il est inutile de faire remarquer que bon nombre de ces édifices
ont été maintes lois remaniés. 11 en est dont les voûtes n'ont été
achevées qu'après le xv'' siècle. Dans quelques autres, les cha-
pelles latérales n'ont été ajoutées que postérieurement.
Je puis citer, pour le département de Lot-et-Garonne en parti-
culier, quelques monuments qui appartiennent à ce j^roupe :
l'église de Saint-Hilaire d'Agen, les deux églises de Villeneuve-
sur-Lot, les églises paroissiales de Damazan, de Port-Sainte-
Marie, de Lamontjoie, de Montagnac (la partie ancienne), de
Laplume. Un très-grand nombre de petites églises gothiques,
moins caractérisées, ne sont que des copies en réduction de celles
que je cite. Tous ces édifices ont été élevés du xiv° au xvf siècle.
III
En employant la pierre pour construire des colonnes, les
FF. Prêcheurs ont élevé à Toulouse et à Agen des églises en
briques, à deux nefs, qui sont fort remarquables. Les voûtes,
habilement équilibrées, ont été portées à une grande hauteur; et
ces églises, malgré la singularité de leur structure, ont un carac-
tère vraiment monumental ^ .
Je n'entreprendrai pas la description des deux églises des
Jacobins, d'ailleurs fort connues. Je termine cet article, qui n'est
qu'un sommaire, par l'étude des modifications de détails amenées
par l'emploi de la brique.
Les contre-forts offrent quelquefois, dans le sens de la hauteur,
une série de petits ressauts, mais de façon à rester encore fort
larges au sommet. Ils ont rarement des pinacles pour couronne-
ment. Leurs coupes sont rectangulaires. Cependant la cathédrale
d'Alby a des contre-forts semi-circulaires.
Dans l'église des Jacobins de Toulouse, les contre-forts, unis au
sommet par de fortes arcades, s'épaulent les uns les autres. C'est
une mesure de consolidation qui produit en même temps un effet
architectural. Cet encadrement extérieur des travées rompt la
1. Ce plan, quoi qu'on en ait dil, n'csl pas j)articulier à l'ordre des Jacobins.
Il csl loin de favoriser la prédication connne on l'a soutenu également. Les con-
ditions d'acoustique sont, en général, moins bonnes dans les vaisseaux larges,
dans les grandes salles rectangulaires, que dans les églises qili admettent la
division des nefs et des étages.
553
monotonie des surfaces, et fixe les ombres qui font contraste avec
la magnifique couleur de la brique ^.
Il faut remarquer que ce genre d'épaulement, qui constitue des
sortes d'arcs-boutants dans le sens longitudinal, existe en réalité
dans les églises qui ont un triforium élevé jusqu'aux voûtes.
Seulement, dans ce cas, les arcatures sont renfermées à l'in-
térieur.
J'ai peu de renseignements sur le mode de remplissage des
triangles de voûtes entre les arcs d'ogives. J'ai observé, pour
quelques églises seulement, que les briques étaient posées de
champ. Or, les briques étant très-larges, les voûtes établies dans
ces conditions ont un grand poids, et par conséquent une grande
poussée ^.
Les arcs de voûte ont un caractère particulier. On ne pouvait
songer à les parer des belles moulures curvilignes qui constituent
les styles différents des édifices construits en pierre. Aussi, quelle
que soit la date de la construction, que ces arcs soient du xm" ou
du xvi*^ siècle, ils ofi"rent toujours des coupes rectangulaires, et
leurs angles sont simplement rabattus en biseau. Les doubleaux
et les formerets sont larges et en méplat, les ogives sont minces,
allongées, et la taille de leur biseau est très-oblique. Les dosse-
rets qui correspondent à ces arcs sont peu saillants ; ils offrent
une retraite : la plate-bande la plus large correspond aux forme-
rets, et leurs angles sont biseautés.
Des profils absolument pareils se retrouvent dans les montants
des fenêtres. Les meneaux et les ornements de remplage sont en
pierre. On leur a toujours appliqué les moulures et les dessins à
la mode, ce qui prouve que c'est par nécessité seulement qu'on
sacrifiait cette décoration dans les parties traitées en briques. Les
baies merveilleuses de l'église des Jacobins de Toulouse, en partie
mutilées par le Génie militaire, pouvaient soutenir autrefois la
comparaison avec les fenêtres des édifices du Nord.
Les portes ofirent quelquefois une série de bandeaux à coupes
1. On a coiiié ce système de construction dans Téglise de Saint-Vincent de
Carcassonne.
2. A-t-on quelquefois employé dans ces compartiments les briques posées de
plat, selon l'usage qui, d'après Rondelet {Traité théorique et pratique de l'art de
bâtir, t. Il, p. 283), aurait existé de temps immémorial dans le Roussillon? Ces
voiites sont légères, économiques, et, ce qui a lieu de surprendre, d'une solidité
à toute épreuve. Mais a-t-on osé, au moyen âge, se servir de ce procédé pour
recouvrir d'aussi grandes surfaces ? Le fait serait curieux, à constater.
o56
rectangulaires dans leurs piédroits et dans leurs archivoltes. Telle
est en particulier la porte de l'église de Saint-Nicolas à Toulouse.
On peut constater combien ces bandeaux, ces moulures recti-
lignes s'éloignent peu des profils en usage à l'époque romane.
On a reproduit cependant quelques moulures plus ou moins
arrondies au moj-en de briques taillées ou moulées. La porte de
la salle capitulaire des Jacobins de Toulouse a des tores dans ses
archivoltes. La tour de la même église, les clochers des églises
de Caussade (Tarn-et-Garonne), de Saint-Jacques à Montau-
ban, etc., offrent des exemples de colonnettes engagées, dont les
l'ûts sont construits en briques. On est surpris que la terre cuite
moulée ou façonnée ne joue pas un plus grand rôle dans l'orne-
mentation. C'est un expédient dont les architectes du moyen âge
n'ont pas su tirer tout le parti possible.
Un des caractères originaux qui ont le plus frappé les archéo-
logues, consiste dans la forme de certaines baies employées
particulièrement dans les clochers et les pignons. Ce sont des
arcatures géminées, percées en forme de mitre. L'archivolte qui
abrite ces doubles baies affecte une forme aiguë identique. Un
petit œil-de-bœuf quadrangulaire est souvent ouvert dans le
tympan. Le tout est encadré par des assises en saillie qui suivent
les lignes obhques, et décoré par la combinaison même de l'ap-
pareil. Rien de plus facile, en effet, que d'appareiller la brique
dans les sens les plus divers.
A les étudier isolément, les clochers de Toulouse, de Montau-
ban, de Caussade, dePamiers, etc., dans lesquels sont employées
ces ouvertures en mitre, sont d'une grande beauté. Cela tient
(on ne l'a pas assez remarqué) à la structure, à la composition
de ces tours, bien plus qu'à la substitution des arcs en mitre aux
arcs brisés, qui n'est, après tout, qu'un détail de construction.
Ces clochers se subdivisent en un c'i'and nombre d'étai^es lécrère-
ment en retraite les uns des autres. Chaque étage est littérale-
ment percé à jour, tant les baies sont multipliées. Ainsi se pro-
duisent ces fortes oppositions d'ombres noires dans les vides, et
de reflets rouges sur les surfaces, qui plaisent tant à l'œil, et que
rendent plus sensibles les vives clartés du ciel méridional.
11 faut remarquer que ces tours en briques sont élevées sur des
plans polygones. Le plus ordinairement elles sont à S pans. Les
formes anguleuses sont donc appliquées aux grandes masses
comme aux plus minces détails, et cela toujours par nécessité.
Les architectes du Languedoc ont réussi dans leurs composi-
537
tions, parce qu'ils ont été assez bien avisés pour ne pas traiter la
brique comme la pierre.
Autant les arcs en mitre convenaient à de petites baies de
clocher, autant, appliqués aux grandes fenêtres des nefs, ils
eussent été disgracieux. L'arc en tiers-point n'a pas été sacrifié
dans ces sortes de baies, mais il subit une modification qui tient
comme les autres à la nature des matériaux. Les briques qui
servaient de claveaux étant d'épaisseur égale à l'intrados et à
l'extrados, pour les mieux ajuster, on dut tracer la courbure des
cintres d'après de grands rayons. On obtint ainsi des arcs pointus,
des baies lancéolées. Cette recherche est particulièrement sensible
dans les grandes éghses de Toulouse.
Les briques employées au moyen âge dans les monuments du
Haut-Languedoc sont de grandes dimensions. Pour leurs mesures
en longueur et en largeur, elles tiennent le milieu entre les briques
moyennes et les petites briques telles qu'on les façonnait à l'époque
romaine, mais elles sont beaucoup plus épaisses ^
Pour décorer l'intérieur des nefs des églises en briques, on a
dû forcément recourir à la peinture. Il ne pouvait pas être ques-
tion de laisser à nu le revêtement. Aussi la plupart des églises
du Haut-Languedoc étaient peintes dès le moyen âge, et plu-
sieurs nous restent encore comme des modèles de décoration.
Je n'ai fait qu'effleurer dans ce court mémoire les points de
comparaison entre les monuments des environs de Toulouse et
ceux du Nord. J'ai groupé les résultats d'observations déjà faites
isolément ; je crois y avoir ajouté bon nombre d'aperçus nou-
veaux. i\Ion désir est de provoquer des études plus sérieuses et
plus complètes sur des monuments dignes d'intérêt. Je termine
en proposant d'attribuer à l'école gothique du Haut-Languedoc
ces plans caractéristiques des églises à une nef, employés du
xni« au xvf siècle dans une si grande partie des provinces méri-
dionales. Q Tholin,
Archiviste du département de Lot-et-Garonne.
1. D'après M. Rondelet, Traité théorique et pratique de l'art de bâtir, t. I,
p. 113, les briques romaines de moyenne dimension avaient O", 447 de longueur,
0°',045 d'épaisseur; les petites briques avaient O^jigO de longueur, 0°',040 d'é-
paisseur.
J'ai mesuré dans l'Agenais des briques des xiii" et xiv' siècles, qui n'ont pas
moins de 0",35 de longueur, sur O^.OO d'épaisseur. D'autres n'ont que O",!» de
longueur, sur 0'",03 d'épaisseur. 11 y en a de dimensions intermédiaires.
DES
FRAIS DE JUSTICE
AU XIV SIÈCLE.
m ( Suite K)
§ 4. — Des clercs de procureurs et des clercs libres.
J'ai déjà constaté rintervention légale des clercs de procureurs
dans l'administration de la justice. Leur admission à l'audience
est attestée par les mentions qui en sont faites dans les états de
frais. Leurs fonctions, en dehors de l'étude où ils faisaient les
écritures, consistaient principalement à attendre la remise qu'ef-
fectuait entre leurs mains le greffier ou l'huissier de certaines
pièces, à écouter la prononciation de l'arrêt, à en rapporter la
teneur : «... Au clerc qui atendi la dicte lettre à l'audience,
» XII deniers (taxe) : Nicliil » (IP C, p. 14, anno 1347? et
p. 15); — «... au clerc qui atendra le exequutoire à l'audience,
» xn deniers (taxe) : Nichil » (P C, p. 9, anno 1341) ; —
« auz clers qui lisoient, xLsolstourn. (taxe) : Nichil. » (P C,
p. 14, anno 1343). Même le procureur portait au profit de ses
clercs des vacations en raison de leurs services : «... Pour le
» clerc qui escript et douhla ii fois les diz articles, x solz »
(IIP G, p. 4, anno 1352); — «... Pour le clerc qui a fait les pré-
» sens despens par ii fois, xii sols (taxe) : Habeat iiii solidos »
(IP C, p. 12, anno 1347?). — « ... Pour le salaire du clerc qui
» minua et grossa sa rescripcion, qui s'adreçoit au gouverneur
» de Ponthieu, v sols (taxe) : Habeat ii solidos » (F C, p. 33,
anno 1374).
1. Voyez plus haut, p. 253.
559
Quelquefois il ne craignait pas de les réclamer dans l'article
où il marquait sa propre comparution, circonstance qui faisait
de la présence de l'un d'eux une chose, sinon problématique, au
moins inutile : «... Ad ce qu'il demande pour les clercs qui
» lisoient, xl sols, Nichil. Car les procureurs des parties lisoient»
(V« C, p. 2, anno 1343). Il est aisé de préjuger que des hono-
raires aussi mal justifiés entraient rarement en taxe.
Outre les clercs attachés aux études de procureurs, il y avait,
surtout à Paris, des clercs libres, si on veut me passer l'ex-
pression, qui remplissaient le Palais et se tenaient à la disposi-
tion de toutes les personnes appelées à le fréquenter, magistrats,
avocats, plaideurs et procureurs. C'est dans cette classe d'expé-
ditionnaires, d'agents subalternes,, vivant de la procédure, versés
dans les menues pratiques du métier, que les parties recrutaient,
notamment en province, ces mandataires que j'ai appelés pro-
cureurs de pays. Mais le procureur agréé, assermenté auprès du
Parlement y avait aussi recours. C'est à eux certainement que
font allusion les textes suivants : « Ad ce qu'il demande xii livres
» pour ordener ces présens despens ; Respont que trop demande.
» Car il trouveroit en plusieurs lieux ou palais qui les ordonne-
» roient pour xl sols et encore pour moins » (V° C, p. 2, anno
1343). — «... Est grant honte de demander vi escuz d'or pour
» ordener une simple requeste ; la l'en ordeneroit et feroit on
» semblable pour n sols » (VP C, p. 10, anno 1346?) ; —
« ... pour ce qu'il demande pour escrire les despens, xxx solz,
« dient que il n'en puet demander oultre mi solz ; quar pour tant
» les escriroit on bien ou palais une fois » (VP C, p. 12, anno
1346?) ; — « on n'en doit taxer que n sols et si n'en oseroient
» les clercs plus prendre » (VP C, p. 17, anno 1347 ?) ; —
« ... pour le dit acte, au clerc, n sols (taxe) : Habeat n sols »
(P C, p. 3, anno 1339). — « Un povre clerc, à qui il eust donné
» m sols ou mi eust bien sceu administrer ses tesmoins à ses
» commissaires et mieulz... » (VF C, p. 36, anno 1352?). C'est
à eux aussi, à ces clercs de métier, que je rattache le groupe
des individus que nos fragments désignent par la simple qualifi-
cation à'audienciers, plutôt qu'à la classe des huissiers. En
eâet, officiers publics, revêtus de la consécration royale, les
sergents étaient des personnages. Les expressions employées par
les textes sonnent mal à leur adresse : « ... Se aucune chose en
» doivent avoir, ce que non, si souffiroit-il de xii deniers pour
560
» le salaire d'un audiencier qui eust baillé la lettre au procu-
» reur» (VP C, p. 21, anno 1348? et p. 28, annol349?);
« ... pour le seel de l'exécutoire de ces présens despens et pour
« l'audiencier, vu sols (taxe) : Habeat vi sols parisis » (P C,
p. 30, anno 1355). Au contraire, l'application en convient très-
bien aux clercs de métier.
§ 5. — Des notaires, des huissiers et sergents.
A la suite des procureurs se rangent deux catégories de
personnes qui, sans tenir une grande place dans mes textes, y
figurent cependant assez souvent pour qu'il convienne d'en
dire un mot. Je veux parler des notaires et des huissiers ou
sergents.
Il est difficile d'attribuer une signification précise au premier
de ces termes dans l'emploi qu'en font nos fragments. Il com-
porte trois ou quatre acceptions différentes ; tantôt il ne paraît
désigner qu'un simple clerc, ou, pour mieux dire, qu'un écrivain
au rôle, un expéditionnaire ; c'est particulièrement le sens que
je crois lui reconnaître dans les actes du Midi : «... Notario,
» pro die, prolabore suo x solidos, valent in summa xxx solidos
» turonensium» (IIP C, p. 2, anno 1347). — « ... Notario, pro
» suo salario, per diem, decem solidos, valent in summa xxx soli-
» dos turon. » (Ibid.). — « Item habuit notarius pro salario suo
» ultra pro dieta x solidos tur. (taxe) : Habeat vi solidos dicte
» monete. » (IF C, p. 16, anno 1352?). Tantôt, par notaire,
il semble qu'il faille entendre un greffier, un secrétaire ; tantôt
il est question de notaire, de clerc du roi, et alors je pense qu'il
s'agit d'un des quatre notaires attachés au Parlement : «... Il
» est notaire du Roy et personne discrètes. » (VP C, p. 19,
anno 1347?) Enfin le mot notaire est pris quelquefois en son
sens propre de tabeUion : «... En la ville d'Agent avoit assez
» tabeUion , et ainsi ne l'en convenoit nulz mener. » (VF C,
p. 20, anno 1347?) — « ... Magistro Raymundo Johannis,
» notario Tholose, cum uno serviente, xx solidos tur. (taxe) :
» Nichil » (IF G, p. 3, anno 1342?) (Voir aussi l'extrait cité ci-
dessous de la pièce 2 de la IV" classe à propos des sergents.). Et
alors on voit qu'une de ses fonctions consistait à rédiger les pro-
curations pour plaider : « Pour une procuration faite par le tabel-
» lion de Poiz par vertu de la quelle les habitants de Montathère
i
364
» se fondèrent en Parlement, pour son salaire lx sols (taxe) :
» Habeat xxx sol. flebilis monete (F C, p. 10, anno 1342) ; —
« ... furent devant le notaire pour leurs procuracions faire... »
(P C, p. 8, anno 1341). Les détails fournis par les textes sur ces
personnages se réduisent d'ailleurs à deux points : la nature de
leurs services et le montant de leurs salaires. On peut en juger
par les extraits suivants : « ... Ad ce que il demande vi livres
» pour faire la coUacion du j)rocès, respont que... ou ce temps
» dès lors, les notaires ne prenoient point d'argent pour faire
» teles colacions » (V*" C, p. 2, anno 1343). — «-<... Ne devez
» aucune chose tauxer pour faire et ordonner yceUe lettre.
» Quar se est l'office des notaires qui pour celle cause n'ont pas
» acousteumé à prendre saalaire,... si seroit ce seulement
» viTi deniers ou x pour escrire la supplicacion, et vi sols pour
» le seel» (VP C, p. 7, anno 1344?). — « ... A ce qu'il
» demande vni piaux de parchemin xx solz, et pour ii mains
»_ de papier viii solz, dient que il n'en doit riens avoir. Quar le
» notaire qui fait les procès, parmi le salaire que il en a, doit
» avoir et papier et parchemin, et encre et plume » (VP C,
p. 12, anno 1346?). « ... A ce qu'il demande pour un notaire
» X livres, et pour un autre vi livres, dient que, regardée la
» quaUté de la cause, ne y de voit avoir que un notaire, et que à
» cellui ne deust paier outre c solz... » (VP C, p. 12, anno
1346?). — « Pour les gaiges de ii notaires de ii jours, xl sols
» (taxe) : Habeat v solid. tur. monete nunc currentis » (PC,
p. 7, anno 1340). — « ... Pour l'instriiment qui fii faiz sur ce,
» seignez des diz notoires, xl sols (taxe) : Habeat x sol. tur.
» mon. n. c. » (Ibid.). — « Magister Petrus Amorosii, nota-
» rius , qui transcripsit dictum hbrum , habuit pro scriptura
» XXV sol. turon. (taxe) : Nichil » (PC, p. 13, anno 1342).
« ... dicunt quod non fuit nisi unus notarius, scilicet B. Saba-
» terii, notarius curie Biterrensis, qui testes examinaverit, et
» notariis in partibus non solvuntur vadia, quia ipsi habent
» emolumenta scripturarum, deposicionum dictorum testium, et
» dictus magister B. habuit» (VP C, p. 5, anno 1343.?) ; —
« ... pour cliascun jour xx sols, enclos les despeus et salaire du
» notaire, qui plusieurs foys vint de Réalraont k Mont-Redon,
» et il demeura bien x jours à tout faire (xxiii procuracions) »
(P C, p. 8, anno 1341).
Sur les huissiers et sergents, je ferai d'abord une remarque
37
362
analogue à celle que j'ai mise en tête du paragraphe concernant
les procureurs. Ceux qui voyagent pour le compte des parties
ne sont pas toujours des sergents de Paris ; en d'autres termes,
pour eux, comme pour les procureurs, il y a lieu de distinguer
ceux qui résident en province de ceux qui sont attacliês au
Parlement : «... car il estoit demourant au pais en la ville de
» Langres et ne en chevaucha oncques... » (VP C, p. 11,
» anno 1346 ?) ; — «... se, ne falroit fors tant que elle présist
» un sergent du Roy; car il en y a assez qui demeurent à Arras
» qui tantost eu peu faire le dit adjournement... » (VP C,
p. 29, anno 1349?) ; «... pour le salaire du sergent du lieu
» qui fu avec l'huissier de Parlement à faire le dit adj ornement,
» V sols » (IIP C, p. 5, anno 1368) ; «... Respont que vous
» ne devez taxer que pour i jour ; quar li dis sergent demeure
» près du Chastellet » (VP C, p. 24, anno 1348?) ; «... viii
» sols pour le salaire du sergent tant seulement. Car il demou-
» roit à Montdidier et les dessus nommés au Kaisnois, et n'a
» mie plus de m ou nii lieues entre Montdidier et la dicte viUe
» des Kaisnois » (VP C, p. 30, anno 1350?) ; — « Considéré
» que la dicte lettre fu exécutée à Nevers et que li dis sergens
» demouroit en ycelle ville, ne devez tauxer plus de xrr sols
» par. » (VP C, p. 7, anno 1344?). Cette distinction tient une
place importante dans l'évaluation de la taxe, dans le règlement
des frais de voyage, de séjour et des honoraires de l'exploit :
« ... Pour l'huissier de Parlement, pour chascun jour n frans,
» pour le salaire du sergent du lieu qui fu avec le dit huissier
» V sols » (IIP C, p. 5, anno 1368) ; «... solverunt servienti
» qui citavit testes m solid. \i den. t. (taxe) : Habeat n solidos
» paris. » (IP C, p. 1, anno 1342?). Ces honoraires subissent
d'ordinaire de fortes réductions, souvent même ils sont complè-
tement rejetés de la taxe, alors que le coût de l'acte y est au
contraire admis : « Là ii il demande xx sols pour le salaire du
» sergent qui fist le dit adjeurnement,... respont que... ni cher-
» roit il que deux soulz... » (VP C, p. 29) ; — « Item, où il
y demande pour n sergans... ii sols, dient qu'il doit souffire pour
» un sergent xii deniers » (VP C, p. 32, anno 1350?); —
« Item , au xviii^ article où il demande pour Jehan Griffon,
» sergent du Roy, iiii livres xii deniers tournois, respondent
» que... ne pourroit len demander que xi solz... » (VP C,
p. 11) ; — « Pour le salaire d'un sergent de Madame la Royne
o63
T 1 -- :
»
Jeanne ^ pour v jours que il mist ad ce faire, pour chascun,
» X sols, valent l sols (taxe) : Nichil » (IP C, p. 1, anno
1350?) ; — « Pour chascun jour, pour les journées et les cles-
» pens du sergant, xx sols, valent lx sols (taxe) : Habeat xxx
» solidos » (Ibid.) ; — « Pour la relacion du dit sergant,
» V sols (taxe) : Habeat n solidos » (Ibid.) ; — « Pour le
» rapport que le dit sergent du Roy fist, n sols vi deniers (taxe) :
» Nichil » (IP C, p, 12, anno 1347?) ; — « Pour le salaire du
» sergent, vi sols vu deniers tournois (taxe) : Habeat ii solidos»
(P C, p. 4, anno 1339-1351). — « Pour la relacion du sergent,
» xu deniers (taxe) : Habeat. » — « ... Pour le salaire du dit
» sergent, pour chascun jour, viii sols, valent xxxii sols (taxe) :
» Habeat xxiiii solidos » (IP C, p. 6, anno 1344?). — « ... A
» ce qu'il demande pour la relacion des sergens ii solz, dit que...
» en icellui cas n'en doit avoir oultre viu deniers ; quar pour
» tant les fait on communément au pais » (VF C, p. 12,
anno 1346?).
Relativement aux fonctions des sergents, je retiens de l'exa-
men des pièces un trait de procédure ; c'est qu'un ajournement
était valable quand le procès-verbal du sergent était joint à la
commission du bailli, sans qu'il fût besoin de faire approuver le
dit procès- verbal. « ... 11 n'est mie de nécessité de aveir certifi-
» cacion ; mais vault et tient un adjournement quant la relacion
» du sergent est annexe dedent la commission du baiUi... »
(VP C, p. 29).
Entre les huissiers et les sergents, la différence originelle était
que les uns faisaient le service des commissions , des ajourne-
ments, qui exigeait des déplacements, au lieu que les autres
instrumentaient au siège même de la juridiction : « Pour salaire
» d'un huissier de Parlement, qui alla querre le sac en la maison
» maistre Pierre Rarrière, où maistre Jehan Rloin l'avoit en-
» voie » (F C, p. 16, anno 1345. Voir aussi F C, p. 32, anno
1373), et assistaient la Cour dans la police des audiences. Aussi
les sergents étaient-ils généralement à cheval. Les dénomina-
tions se confondaient d'ailleurs, et ne présentaient point un sens
exclusif : «... Il estoit mandé et commis au premier huissier
1. Je pense qu'il s'agit ici, et plus bas, non de la femme du roi Jean, Jeanne
d'Auvergne, décédée en 1360, mais de la veuve de Charles IV, Jeanne d'Evreux,
décédée en 1371.
564
» du Parlement on sergent du Roj » (IIP C, p. 5, anno 1368) ;
— «... Ala Jehan de La Porte, huissier de Parlement, qui
» mist m jours à aler, etc. » (Ibid.).
L'huissier, le sergent du Roy, pouvait instrumenter dans toute
la France; toutefois, il devait respecter le territoire de certaines
seigneuries ou tout au moins se faire accompagner, quand il
y pénétrait, d'un sergent du lieu. En voici un exemple : « Pour
» ce que le dit escuyer demeure dessouhz madame la Royne
» Jehanne, il convenoit que uns des sergens de ma dicte dame
» fust à faire les dit adjournement et exécusion » (IF C, p. 12,
» anno 1347?).
Les huissiers de Parlement transmettaient à la Cour les lettres
de la chancellerie royale : « ... Pour le salaire de Pierre
» Bumoust, huissier du Parlement, qui fîst le commandement à
» noz dis seigneurs de Tarlement, selon le contenu des dictes
» lettres, x sols » (IIF C, p. 5).
L'office des sergents n'était pas exempt de certains périls, à
raison desquels ils prétendaient grossir leurs honoraires.
« ... Pour ce que le dit escuyer est un fors lions d'avoir et de
» puissance, et demeure en un lieu loing de gent, le dit sergent
» appeUaetmena aveques li im hommes pour tesmoignage, pour
» chascun xji deniers, valent iiii sols » (IP' C, p. 12). Il paraît
d'ailleurs que cette prétention ne trouvait pas grand ci-édit auprès
de la Cour. La taxe répond à cette demande : Nichil (Ibid.).
Ces dangers n'étaient peut-être pas toujours aussi chimériques
que le donne à entendre un pareil refus. Dans un autre? passage,
nous voyons un bailli ayant une opération de saisie à protéger
dans son ressort « faire commandement à plusieurs de ses
» sergens qu'il alassent avec le dit commissaire et procureur » ;
et, « pour ce que le dit chevalier, ajoute le fragment d'où ce
» morceau est extrait, est très redoublez et de très hault et
» puissant linaige, le dit procureur print un tabellion pour estre
» procureur avec eulx, pour le salaire du dit tabellion x sols »
(IVeC, p. 2, anno 1352?).
Enfin, comme les procureurs, comme les avocats, les sergents
ne se faisaient pas scrupule de réclamer plusieurs fois leurs frais
de déplacements, lorsque dans un seul voyage ils avaient exploité
pour différents chents. La diminution ne manquait pas de rele-
ver ce qu'il y avait d'exorbitant dans ce genre de revendications :
» A ce qu'il dit qu'il envoia Thomas d'Arez, sergent du Chastellet
d65
» à Paris, li bailla xl escus, dient que ce sont despences vaines.
» Car le dit Thomas avoit à faire exécucion pour certains raar-
» chais de la ville de Paris et pour le Roy contre plusieurs
» personnes... » (VI« C, p. 20, anno 1347?).
§ 6. — Des avocats et de leurs clercs.
C'est une opinion assez répandue ^ que l'ordre des avocats se
composait depuis le xiii^ siècle de trois classes, à savoir : les
consultans (consiliarii), les plaidans ( proponentes ) , les sta-
giaires (audientes) ; et que leurs attributions, rigoureusement
déhmitées, correspondaient à l'une de ces trois parties de leurs
fonctions, sans qu'elles pussent empiéter les unes sur les autres.
Cette distinction, que le temps a sans doute accentuée, a pu être
vraie notamment à partir du xvi** siècle ; elle n'était certaine-
ment pas en usage à l'époque que j'étudie. Tout avocat qui
servait de conseil, ne s'abstenait pas pour cela de plaider, et
réciproquement. De même si les stagiaires ne prenaient pas une
part active aux travaux du barreau, c'est qu'ils n'étaient point
encore inscrits au tableau de l'ordre. La qualification de novi ne
leur interdisait ni la faculté de plaider, ni celle de consulter. Le
fragment 5 de la HT' classe présente un exemple saillant de la
parfaite confusion des deux attributions, dans la personne du
célèbre Jean des Mares. « Les dessus dits, porte cette pièce,
» retinrent de leur conseil Messire Jehan des Mares, et estoit
» bien de nécessité qu'il se pourveissent de grant et bon
» conseil. » Et plus bas : «... que la dicte cause fu plaidée
» moult grandement et solempnement par le dit Messire Jehan
» des Mares... qui estoit de leur conseil, comme dit est. »
Cette citation ^, qui paraît concluante, se rapporte aux années
1367-1368.
Un autre texte qui, figurant sur un accord de 1371, doit
remonter au milieu du siècle, n'est pas moins décisif sur un
point beaucoup plus important : la prétention qu'ont élevée les
1. Conf. Desmaze, le parlement ilc Paris, p. 229, 230 ; Gaudry, Histoire du
barreau de Paris, 1. 1, p. 129; et surtout Ritliez, Histoire du Palais de Justice et
du Parlemeut de Paris, p. 112.
2. On peut y joindre celle-ci : « pour le saalaire de M. Pierre de Puiseux qui
fu de son conseil et plaida, etc. » (IIF C, p. 3, anno 1349-1350.)
566
avocats au xvf siècle, l'usage que depuis ils ont érigé en un
titre de gloire, de ne pas donner quittance de leurs honoraires.
Cette pratique déjà fort ancienne au temps d'Henri IV, puisque
Loisel, en sou admirable dialogue provoqué par la lameuse que-
relle de 1602, ne met pas en doute qu'elle ait toujours existé,
n'était cependant pas admise deux siècles plus tôt : «... Et se
» aucune chose en estoit tauxé, porte le fragment auquel je
» faisais allusion, si convenroit monstrer que le dit advocat
» auroit plaidoié, comment et pour quele cause ; et que il appa-
» rust par quittance » (VF C, p. 9). A ce document il faut
joindre le texte suivant : « Item, au tiers article respont qu'il
» n'en doit riens avoir, s'il ne le montre par lettre sellée du
» dit advocat » (VF G, p. 8), et celui-ci : « Item a eu le dit
» Maistre Jaques Taillandier pour son salaire au dit Parlement,
» si comme il appert par quittance de son seel vi escuz d'or
» (taxe) : Habeat ii escuz » (F C, p. 29, anno 1354).
L'obligation de la quittance a pour corollaire naturel l'assu-
jettissement à une vérification, le contrôle de la taxe. Aussi le
salaire des avocats figure-t-il constamment sur l'état des dépens,
non pas pour la forme et à l'effet de grossir l'émolument du
procureur, mais sérieusement, complètement, avec la précision
de détails que comporte une demande sincèrement motivée. 11
est discuté avec non moins d'attention par la diminution, qui
ne se fait aucun scrupule de le laisser pour compte au procureur
de la demande comme l'ayant « follement payé » (VF C, p. 7).
On exige par exemple que l'avocat soit désigné nommément :
« ... dicit procurator dicti domini, » porte un des articles du
fragment 14 de la VP classe, « prefatum dominum suum non
» teneri in aliquo, pro eo quod n£)n nominavit advocatos, et
» quod nil iH'obat... » (Vers 1350).
Il faut encore que l'état de frais marque à quelle phase de la
procédure, à quel incident se rattaclie la vacation réclamée pour
le conseil de la partie gagnante. Une mention vague expose à un
rejet pur et simple de la demande : « Nichil, répond le taxateur,
quia non apparet » (IV" C, p. 4, art. 36, anno 1345?). L'utihlé,
la nécessité de l'intervention de l'avocat est en effet un des points
le plus fréquemment contestés, soit que la demande revendique
les honoraires de deux avocats « lorsqu'il sufïisoit bien d'un »
(V« C, p. 2, anno 1343, et VF C, p. 7, anno 1345?), ou de
plus de deux, quand « selonc le stille de ceste court on ne puet
367
» demander que pour deux » (VF C, p. 12, anno 1346?); soit
qu'au ministère de l'avocat il eût été facile de substituer celui
(beaucoup moins coûteux) d'un procureur (VP C, p. 4, anno
1345?), que même il y eût eu une sorte d'envahissement, d'empié-
tement, de confusion d'offices, cas marqué dans le fragment 23 de
la VP Classe : « pour ce qu'il n'y a convenu point d'advocacie
» aus despens ordener. . . » (Anno 1348 ?) ; soit enfin et au con-
traire que le rôle de l'avocat se fût borné, par exemple : à
« amener tesmoins et produire escriptures, la quelle chose il (la
» partie) povoit bien faire par soy meismes » (VF C, p. 12,
anno 1346?), ou encore « à ne rien dire fors : bien jugé, mal
» appelé, laquele chose povoit estre faicte sansadvocat » (VFC,
p. 16, anno 1347?), ou à tout autre besogne insignifiante.
Au même ordre d'exigences se rattachent, et la mention insé-
rée au fragment 5 de la IIP classe, déjà signalée plus haut :
« qu'il estoit bien de nécessité qu'il se pourveissent de grant et
» bon conseil », et l'objection tirée par la pièce 7 de la classe VI
contre les honoraires demandés pour un avocat « de la petite
» autorité » dont il jouissait. — « Il en devroit avoir seulement
» comme l'en donne communément à un advocat, tel comme est
» le dit Estienne ou pays de là, car l'en l'a communément pour
» V sols tournois » (VP C, p. 8, anno 1350?).
Les réserves que les indications de cette nature ont pour objet
de formuler ou de prévenir portent aussi, et particulièrement
sur le quantum des honoraires. Il résulte de ces textes et de
plusieurs autres « considéré l'état du dit avocat, l'usage du pays
» et l'autorité du siège » (VF C, p. 7). — « Car la cause estoit
» grant et grosse, » (\ll. C, p. 5; IP C, p. 9, et P C, p. 27,
art. 19), que la réputation de l'avocat, l'importance de la cause,
la coutume de la contrée, étaient regardées comme trois éléments
essentiels du montant des salaires qui devaient figurer en taxe.
La principale distinction était certainement fondée sur la rési-
dence des avocats ; l'état de frais indique avec soin à quel barreau
ils appartenaient, à celui de Paris, ou à celui d'une autre ville
petite ou grande. La classification des avocats en avocats du
Parlement et en avocats de province ou de pays, qui présentait
un si grand intérêt pour le règlement des dépens, mérite d'aiUeurs
une mention particulière : elle est historiquement peu connue.
Dans le Midi, les avocats paraissent avoir conseillé sous le titre
de jurisconsultes; on les désignait volontiers par leur qualité de
568
legum docior (voir Y G, p. 11 et 13J. Parmi les avocats de
province, les textes, que j'ai sous les yeux, en citent de Mâcon
(F C, p. 7), de Louviers (IP C, p. 15), de Cahors (f G, p. 13),
de Garcassonne (P G, p. 8).
Maintenant à quel taux se réglaient, au moins en mojenne,
les honoraires de l'avocat, c'est ce qu'il n'est pas lacile de déter-
miner, bien que les fragments recueillis aux versos des accords
renferment à cet égard plus d'un renseignement précieux.
Si je consulte l'état de la législation ou de la jurisprudence en
cette matière, je vois au cliapitre V ' de Ik-aumanoii' (suit auno
1283) que les avocats se faisaient alors payer de leurs soins,
soit en suite de conventions librement débattues, soit en comptant
par journées, c'est-à-dire par vacations. Aux termes du ser-
ment professionnel, inséré au registre criminel du Parlement de
1340-1341, ils s'engageaient à ne pas touclier pour une cause
plus de trente livres tournois « ultra triginta libras turonen-
» sium non accipient. » G'était l'application d'une ordonnance
déjà vieille de 70 ans (1274), confirmée au reste par une ordon-
nance identique de cette même année 1340, reproduite et
améliorée quatre ans plus tard (1 1 mars 1344) par une disposition
législative qui, tout en maintenant le nombre des livres formant
le maximum des honoraires, eu modifiait la nature, et substituait
la livre parisis à la livre tournois. L'article 9 de l'ordonnance de
1363, qui peut être regardé comme fondamental, prohibe les
tripliques et consacre les dupHques. Enfin dès la même époque,
se rencontre l'interdiction de la stipulation : de quota litis
parte, qui avait pour objet d'intéresser l'avocat au gain de la
cause, son salaire consistant alors en une quote-part de la valeur
des biens en litige.
De ces deux sources d'informations, la jurisprudence inter-
prétée par Beaumanoir, la législation représentée par les ordon-
nances précitées, quelle est la meilleure, si on passe de la
théorie aux faits; ceUe où on doive puiser avec le plus de sécurité,
si on cherche dans les textes l'application des principes? c'est
incontestablement la jurisprudence. Que les règles, tracées par
les ordonnances au sujet du maximum des honoraires, n'aient
pas été observées, il me suffit pour le prouver, non pas d'arguer
du silence de toutes les diminutions (silence cependant bien
I. Arliclc 3 (le l'édilion Beugnoi, tome I, p. DO.
569
significatif), mais de citer k titre de spécimen deux articles d'une
demande qui portent à la suite l'un de l'autre, 24 livres d'une
part, 10 de l'autre pour le même avocat, dépassant ainsi d'une
façon sensible, choquante pour ainsi parler, le taux de la taxe,
témérité inadmissible si la loi eût été respectée (IIP C, p. 5,
anno 1368). Au contraire je rencontre partout la trace des modes
de paiement indiqués par Beaumanoir, soit qu'ils consistent en
calculs de vacations, ce qui est le cas le plus ordinaire, soit
qu'ils revêtent la forme de pensions annuelles, forme que j'ai
naguère signalée dans mon étude sur DuBrueiP, et que je
retrouve par exemple aux fragments onze et treize de la pre-
mière classe : « Pro salario suo per viam pensionis, pro toto
» anno revoluto x libras turonensium » (anno 1342) ; « quia
» erat pensionarius, nihil habuit prodicta causa, sed pro toto
» anno revoluto, xx libras turonensium » (anno 1342).
Il importe toutefois de prévenir une méprise à laquelle peut
assez naturellement donner lieu l'emploi du mot cause ou
querelle. Quand le législateur du xiv" siècle décidait qu'un
avocat ne toucherait pas plus de xxx livres parisis ou tournois
par cause, W n'entendait pas réduire à ce taux les honoraires
pour tout un procès dont la durée excédait parfois 10, 15 et
20 ans. Il avait en vue la série des opérations auxquelles pou-
vaient correspondre les phases d'une instance, principale ou
incidente, à partir du dépôt des conclusions, jusqu'à la pronon-
ciation de l'arrêt rendu sur les dites conclusions, en d'autres
termes, les dépens du conseil, des vacations, des plaidoiries
ordinairement compris dans l'espace d'une session de Parlement.
De là deux usages, dont l'un, attesté par les fragments 25 et 31
de la VP classe, consistait à établir, à présenter l'état des dépens
à l'issue de chaque phase incidente du procès (pourvu qu'elle
fût définitive) : « considéré que l'instance dez dis procès fu périe
» et interompue sans aucune condempnacion des dépens, aussi
» fu la poursuite des despens, comme elle fu accessoire et dépen-
» dant dez dis procès, ne les despens des dis procès ne pevent,
» ne doivent estre comprins en la condempnacion qui s'est
1. Bibliothèque de l'École des chartes, V série, tome IV, p. 130 et 138. —
Ce que j'y expose d'après les arrêts du parlement vient à l'appui de la thèse
que je soutiens ici , et montre surabondamment combien le taux des trente
livres était facilement dépassé dans la pratique.
570
» ensivie par \ ertu du procès de nouvel encommencié, comme
» ce soit autre procès et autre instance, et les diz despens n'aient
» pas esté réservés » (Anno 1348); — «... considéré la cause
» principal, laquelle pent encore » (anno 1350?); dont l'autre,
également indiqué par de nombreux documents, avait pour
objet la reconnaissance d'un nouveau droit de conseil, à chaque
reprise d'instance, à chaque ouverture de Parlement. Je mè hâte
d'ajouter que cette dernière prétention ne paraît pas avoir joui
d'une grande foveur auprès de la Cour, et que le taxateur rejette
le plus souvent ou réduit dans de très-fortes proportions la
demande d'honoraires qui reposait sur des bases aussi peu solides
(Voir notamment P C, p. 31, et VI« C, p. 14).
Une des conséquences de ce procédé, qui se retournait alors
contre l'avocat, était de faire retrancher de ses honoraires ceux
qui se rattachaient à une des phases de la cause antérieure à celle
dont on réglait les dépens. Le motif en est que le conseil délibéré
par lui à cette époque éloignée n'avait pu être utile dans la
nouvelle instance. C'est du moins l'argumentation que produit
le fragment 26 de la VP classe dans les termes suivants : « Car
» la dicte cause n'est pas nouvellement introduite en Parlement,
» mais a passé trois ans que elle est commenciée et plus; ne n'y
» fait riens le conseil de par de là en ce cas, ne vaut, se l'ajour-
» nement est fait nouvellement à reprendre les arrements ; car
» en cest cas le conseil de par delà n'y a riens fait, mais a tout
» fait le conseil de par de ça » (vers 1346; le procès avait été
interrompu par la guerre, où la partie gagnante « s'en estoit
» allée »). De même l'état de frais, établi à l'issue de la cause
incidente, ne pouvait justement contenir les honoraires exigibles
à raison de la cause principale : «... ce a esté pour conseiller
» sur la cause principal, la quelle n'est mie encore déterminée,
» mais pent encore, et venront en taxacion des despens de la
» cause principal, se les dis obtiennent, quare, etc. » (VP C,
p. 17, anno 1347?).
Il n'est pas moins essentiel de prendre garde que l'avocat
menait de front autant de procès que ses talents et son activité
le lui permettaient. Cette faculté, de cumul, si je peux m'expri-
mer de la sorte, fort légitime en soi, et parfaitement légale,
ouvrait, grâce à l'organisation judiciaire du temps, la porte à
certains abus qui tiennent une large place dans les moyens de
diminution et que, par ce motif, il faut signaler. Les dépens
37^
comprenant les frais de déplacement que l'avocat était présumé
avoir faits dans l'intérêt de l'affaire, il arrivait qu'on les portait
autant de fois qu'on avait gagné de procès dans une seule assise.
C'est ce que nous apprennent les fragments suivants, où la partie
perdante rejette avec animation les vacations réclamées dans de
pareilles circonstances : «... Et pour les despens des dessus dis
» advocats ne devez rien tauxer. Quar ils poursièvent pour
» plusieurs personnez, et n'est pas accoustumé que leur cliens
» leur payent leur dépens, ne raison ne le welt pas » (VF C,
p. 7) ; et plus bas : « quar il n'est pas acoustumé que les dis
» advocas qui poursièvent les assises pour plusieurs et diverses
» besoingnez prainent leur despens seur un de leurs cliens.
» Quar leur despens pourroient plus monter x fois que le
» saalaire d'une cause» (Ibid., anno 1344?) ; « ... se il (l'avo-
» cat) y vinst (à Péronne), il y vinst pour gaignier l'argent de
» chascun qui a voit afaire, et pour plaidier pour plusieurs et
» pour touz ceulz qui l'en requerroient, aussi comme les autres
» advocaz qui suient les plais et les assises, pour quoy n'en
» devez riens tauxer » (VF C, p. 9, anno 1344 ?) ; « ... consi-
» déré que les diz advocas y a voient autres causes aussi, si en
» ordenez selon vostre bonne discrecion » (VF C, p. 22, anno
1346?). Dans ces diverses espèces que je caractérise, pour la
commodité de l'exposition, par l'expression de cwnul, ou la
vacation était rejetée de la taxe, ou elle y entrait « pour la por-
» tion » (Ibid. p. 22) afférente à la cause, soit pour un dixième
si l'avocat avait conclu en dix procès, soit pour tout autre frac-
tion proportionelle « à ses communes besognes » .
S'il m'était permis d'être complet en cette rpatière, il me res-
terait à la serrer de plus près, en évaluant rigoureusement,
d'après des chiffres précis , les honoraires de l'avocat au
mv" siècle. Malheureusement les fragments que j'ai entre les
mains sont trop mutilés et trop de lacunes en interrompent les
données , pour qu'il soit possible d'établir scientifiquement ,
d'après la nature et la suite d'une affaire, le montant exact des
émoluments qu'elle comportait. Tout ce que je puis faire, c'est
de réunir, pour les mettre sous les yeux du lecteur, les passages
où sont consignées les demandes de vacations, les objections qui
les repoussent et les taxes qui les résolvent.
572
pe Classe.
« Item, pour ii .ulvocas, pour plaidicr la dicto cause le dit jour,
rt XXX sols tournois (taxe) : Habeat iiii sols » (p. 4, anno 1339-1351).
« Item, pour iiadvocas, pour plaidier la dicte cause le dit jour, xv s. t.
« (taxe) : Habeat un s. « (Ibid.)-
« Item, pour ii advocaz, pour plaidicr la dicte cause, xxx s. (taxe) :
» Ilabeat xxx s. » (Ibid.).
« Item, pour ii advocaz, pour plaidicr la dicte cause, xxx s. (taxe) :
» Habeat xx s. » (Ibid.).
« Item, àmaistre Guillaume Durant et à niaistre Jehan Doli, advocaz
» en parlement, à cliascun xu livres parisis, monte tout xxnn livros p.
» (taxe) : Nichil quia non fuit litigatum » (Ibid.).
« Art. 129. Item, pour les despens de la dicte damoiscUe et de son
» conseil, pour le dict jour, xn sols (taxe) : Habeat ni sols » (p. 5,
anno 1339).
« Art. 133. Item, pour le conseil d'icelle, à faire et ordener sur la
» dicte imjicU'acion ses supplications, x sols (taxe) : Habeat ii sols »
(Ibid.).
« Art. 110. Item, pour le conseil que elle liot à faire la dicte impé-
» tracion et ordener ses requestes, xx sols (taxe) : v sols » (Ibid.).
« Item, pour le salaire de n advocaz de Mascon, qui les conseillèrent
» en ce tems, x livres (taxe) : Habeat c solidos turonensium monete
» nunc currentis » (p. 7, anno 1340).
« ... Pour le salaire de Monseigneur Bernart de Fonsengrine, advocat
» de Garcassonne, qui leur conseilla à faire procuracions et leur ordonna
» leur fait, x livres (taxe) : Habeat x solidos turonensium » (p. 8, anno
1341-1342).
« Item, après il vindrent à Paris et retindrent leur conseil... si ot
» maistre Jehan de Valhelhs, leur advocat^ x livres ; item, maistre
)) Robert Le Goch, c sols, item, Maistre Regnaut Filleul, c sols (taxe
)) d'ensemble) : Habeat vni libras t. » (Ibid.).
(( Pour le salaire de deus advocaz, c'est à savoir mestres Pierre de la
» Forest, Drieue Jourdain, par trois parlemens, c'est à savoir pour les
» ans XLI, XLII et XLIII, pour la porcion de ceste cause tant seule-
» ment, pour chascun parlement, x livres, valent xxx livres (taxe) :
» Habeat nn libras » (p. 9, anno 1343).
« Art. 30. Item, pour le salaire d'un advocat, qui vint au dit jour,
» LX sols (taxe) : Habeat xx sohdos » (p. 10, anno 1342.).
« Art. 37. Item, pour les salaires de M^ Jehan du Mont, M« Regnaut
» Fillueil et M" Jacques du Hiaame, qui furent de leur conseil au dit
» parlement, pour le dit M® Jehan, xn livres, et pour le dit M» Jacque,
» vni livres, et pour le dit M^ Regnaut (le reste en déficit) » (Ibid.).
« Item, predictus dominus Bartholomeus Seguini habuit pro salarie
573
» suo, per viam pensionis, pro tnto anno revoluto, x libras turonensium
» (taxe) : Habeat c solidos » (p. 11, anno 1-341).
« Item, dominus Amalvinus de Claris Aquis, legiim doctor, habuit
» illis diebus, tam pro dicto negocio principaliter quam pro aliis causis
» dicti domini Bertrand!, pro toto anno revoluto, pro pensione sua,
» XX libras turonensium (taxe] : Habeat xvni solidos » (Ibid.).
« Item, dominus Guillelmus Tardivi, legam doctor, habuit pro patro-
« cinio suo dicte cause, de quibus dédit cartellam manu sua, c solidos
« turonensium. »
« Item, dominus Amalvinus de Claris Aquis, quia erat pensiona-
» rius, nichil habuit tune pro dicta causa, sed pro toto anno predicto
)) revoluto, sicut pro alio tune proxime preterito, habuerat xx libras t.
» (taxe d'ensemble) : Habeat pro domino Guillelino et pro domino
» Almavino, vni libras» (p. 13, anno 1342).
« ... Et print de son conseil en la dicte cause maistre Jehan de
» Varelhes et maistre Robert de Lapion, et paia à chascun x livres
» tournois, valent xx livres t. (taxe) : Habeat xvi livres parisis » (p. 14,
anno 1343).
« Art. 32. Item, à Jehan Larchonneur, advocat, pour son salaire
» deservi en la dicte journée et pour la dicte cause, une maille d'or de
» Flourence. — Art. 33. Item, à Jehan Dalenville, pour son salaire
» deservi en la dicte journée et pour la dicte cause x sols parisis (taxe
» d'ensemble) : Habeat visols » (p. 15, anno 1344).
« Art. 37, 38 — 46, 47, identiques aux précédents. »
« Item, pour salaire du conseil par le temps dessus dit, vn livres
(taxe) : Habeat xl solidos » (p. 16, anno 1345).
« ... Magistro Jacobo La Vache, x libras p. — Magistro Johanno de
» Catalano, x libras p. — Magistro Regnaudo Dacy, vi scutos (taxe
)) d'ensemble) : Nihil et reservatur in principaii » (p. 17, anno 1345).
« Item, pro magistro Roberto Le Goc qui causam litigavit xxv libras.
» Magistro Renaudo d'Acy, x libras. — Magistro Johanni de Catalano,
» X libras. — Magistro Johanni d'Lstrées, x libras. — Magistro Petro
» Raolceti, c solidos. — Magistro Johanni Fortin, c solidos p. (taxe
» d'ensemble) : Habeat xxnn libras pro tercia ut supra » (Ibid.)
« Item, pro magistro Johanni Denahelis, advocato in dicta causa,
» X libras p. (taxe) : Habeat nichil quia non apparet» (p. 18, anno 1346).
« Item, magistio Draconi Jordaui, eciam advocato in dicta causa,
» X libras p. (taxe) : Habeat nichil quia non apparet » (Ibid.).
« Item, pour le salaire maistre Jehan Fourcy, advocat, pour le dit
» parlement, xi livres (taxe) : Habeat nn libras pro portione istorum
» complicum » (p. 19, annô 1346.).
« Item, pour le salaire du dit maistre Jehan Fourcy, qui plaidoia la
» dicte cause au dit parlement, x livres (taxe) : Habeat ini libras pro
» portione istorum complicum » (Ibid.).
57^
« Item, pour le salaire de maistre llegiiauL d'Acy, (|ui plaida la dicte
» cause, et feist les dictes escriptures, xxiiii livres (taxe) : Nichil quia
» supra taxatum est protota causa » (p. 20, anno 134G.). "
» Item, pour le salaire maislre Guillaume de Savii^ny, x livres (taxe):
» Nichil quia supra taxatum est pro tota causa « (Ibid.).
<< Item, pour le salaire de maistre Robert Le Coc, (jui tu au conseil
)) des diz hommes au dit parlement, et plaida par plusieurs fois et jour-
» nées, xn livres (taxe) : Habeat nn libras » (p. 22, anno 1346).
« Item, pour le salaire maistre Jehan d'Estrces, advocat, et qui list
» les articles en la dicte cause d'appel, vui livres (taxe) : Ilabeat
» XL solidos » (Ibid.).
« Item, pour le salaire maistre Betremieu de Gournay et maistre
)) Raoul Hacherey, advocas du pais, qui furent au conseil des diz
» hommes... et furent plusieurs plaidoieries, et par plusieurs journées,
» pour chascun des advocas dessus diz, c sols, valent x livres (taxe) :
» Habeat xl solidos » (Ibid.)-
« Item, pour le salaire du dit maistre Robert Le Coc, pour le dit par-
» lement, qui plaida la dicte cause et plusieurs fois, xn livTes (taxe) :
B Habeat nn libras » (Ibid.).
« Item, pour le salaire du dit maistre Jehan d'Estréos, advocat du
») conseil des diz hommes, vni livres (taxe) : Habeat xl solidos »
(Ibid.).
a Art. XII. Item, pour le salaire du conseil que li dis chevaliers ot à
» à la dicte journée, c sols (taxe) : Habeat x solid. p. » (p. 27,
anno 1354).
« Art. XV. Item, ])Our le salaire des dessus dis conseillers pour ce
» parlement xxx livres (taxe) : Habeat xl solidos « (Ibid.)
« Art. XIX. Item, en ce parlement ot grand pledoirie; pour le
I) salaire du conseil du dit chevalier en ce parlement xxx livres (taxe) :
•) Habeat cent sols par. » (Ibid.).
« Item, pour le salaire du conseil de la dicte dame pour ce parlement,
» X livres (taxe) : Nichil (p. 28, anno 1855) (autre taxe) : Habeat c sols
» parisis « (Ibid.).
M Item, pour le salaire de deux advocas, est assavoir M« Jehan Mas-
» quille et Jehan Barbe, depuis l'an LV jusques au jour que la sentence
» lu donnée, ou quel temps il a ni ans ou environ, pour chascun an à
» chascun advocat, vi livres parisis, vallent xxxvi livres jiarisis (taxe) :
» Habeat x libras parisiensium » (p. 31, anno 1362).
« Item, pour le salaire du conseil du dit qui fu en parlement par avant
» l'arrest prononcé m royaux (taxe) : Habeat xx solid. » (Ibid.)
« Pour le conseil du dit à celle voie contre les dessus nommez 1 franc
» d'or (taxe) : Habeat xn soHd. » (Ibid.).
« Item, que sa cause a esté plaidoiéc, pour le salaire de Maistre
)) Jehan Rose, advocat en Parlement, qui a esté de son conseil en ce
575
» présent parlement, plaidié et ordené sesescriptures, fait ses collacions,
» VI frans (taxe) : Habeat xlviii solid. » (Ibid.).
« Item, pour le salaire du conseil du dit demandeur, c'est assavoir
» Messire Jehan des Mares et Jehan Cannart, x frans (taxe) : Habeat
» m frans » (p. 32, anno 1373).
« Item, quant il fu a Paris il se traist par devers M'^ Jehan Le Coq,
» advocat en Parlement, pour advoir advis et conseil, pour le salaire
» du dit advocat, n frans (taxe) : Nichil quia infra >> (p. 38, anno 1375).
« Item, que le dit Pierre retint de son conseil le dit M^-^ Jehan Le
» Coq, advocat en Parlement ; pour lo salaire du dit advocat, cent sols
» (taxe) : Habeat xxnn solid. » (Ibid.).
« Item, pour le conseil que il retindrent en la dicte cause, c'est assa-
)) voir Me Pierre de Fécigny, M^ Jehan Le Coq, M^ Pierre de Tonnerre,
)> tant pour leur collation que pour plaider la dicte cause, nu livres
» parisis (taxe) : Habeant xxxn sols » (p. 34, anno 1382).
11^ Classe.
« Pour le salaire du conseil du dit trésorier, est assavoir M« G. de
« Dormans, M* Régnant de Gompiègne et M''^ Jehan de Bonneilg,
» XL livres parisis (taxe) : Habeat xx libras. parisiensium » (p. 7,
anno 1345?).
« Item, pour le salaire du conseil du dit trésorier, pour ce présent
» parlement, xx livres (taxe) : Nichil » (Ibid.).
« Item, pour maistre Hugue Liettait, advocfit, pour estre de son con-
» seil, un livres parisis (taxe) : Habeat xl solidos parisiensium monete
» nunc currentis » (p. 8, anno 1345?).
« Item, retint le dit Jehan conseil, c'est assavoir M^ Jehan du Mont,
>■> Me Régnant de Gompiègne, M^ Henry Bouic etM" Thomas Garimbaut
» et Gille Fouace, qui fut procureur en la cause ; pour le dit Jehan du
» Mont, XX livres tournois, et pour les autres pour chascun x livres tour-
)) nois, et pour le dit Fouase, c sols parisis (taxe) : Habeat pro duobus
» advocatis et procuratorc xn libras x solidos parisiensium monete
» nunc currentis » (p. 9, anno 1845?).
« Art. LVn. Item, pour M^ Robert deLappion etM^e Jehan deChaa-
» Ions, qui furent advocas et retenus du conseil du dit en la cause
» d'appel en ce parlement, xx livres p. (taxe) : Habeat xvi libras » (p.
11, anno 1343?).
« Art. XV. Item, pour M"-" Jehan d'Ay et M^ G" de Dormans, qui
» furent du conseil des ditez religieusez ou dit parlement, x livres
» (taxe) : Habeat un hbras » (p. 12, anno 1347?).
« Art. XXIIU. Item, pour le conseil des dictes religieuses, c'est assa-
» voir M''" Jehan de Dormans et M^e Jehan d'Ay pour ce présent parle-
» ment, x livres (taxe) : Nichil » (Ibid,).
« Pour ini journées, pour Jehan Legris, advocat, alant et venant de
576
» Louvicrs ù Gisors, et domourani, là; jiour chascun jour, xxx sols,
» valent vi livres (taxe) : Habeat. — (Autre taxe postérieure) : Habeat
» xxxii sols quiajuravit » (p. 15, anno1347?).
Ill« Classe.
« ... Pour le saalaire de Maistre Pierre de Puiseux, qui fu de sou
» conseil et plaida... x livres » (p. 3, anno 1349).
« Retinrent de leur conseil Messire Jehan des Mares et Maistre Jehan
» d'Ay; pour leur saalaire, pour chascun jour, xx livres, sont
» XL livres » (p. 5, anno 13G8).
« ... La dicte cause fu plaidée par le dit Messire Jehan des Marcs
» pour son salaire, xxaii livres » (Ibid.).
« Pour le salaire des dis des Mares et d'Ay qui attendirent que
» l'arrest feust renduz, pour chascun, x livres, sont xx livres » (Ibid.).
IV« Classe.
«... Pour le conseil du dit Pierre, c'est assavoir les advocas dessus
» nommez qui lurent à toutes les dictes journées... pour chascun des diz
)) advocaz, pour chascune des dictes xvni journées, vi sols, valent :
» IX livres vni sols » (p. 3, anno 1349?).
V^ Classe.
« ... Si qu'il souffisoit bien d'un advocat, qui eust assez eu de cent
» soûls, ou de moins, et en vérité plus n'en eu il » (p. 2, anno 1343).
Vie Classe.
« Car supposé qu'il facent foy que les diz advocas furent à leur con-
» seil, si souflîsoit il pour chascun xl ou l sûIz tournois » (p. 4,
anno 1343?).
« ... Si n'en deveriez vous tauxer fors pour un advocat, duquel le
» saalaire ne monteroit pas à v solz » (p. 7, anno 1344?).
« Pour les despens des dis advocats, dit que vous n'en devez tauxer
» pour le saalaire des dits advocats, qui sont de petite autorité, pour
)) chascun plus de v solz » (Ibid.).
« ... dit qu'il n'en devroit avoir, mais tout comme len donne com-
» munément à un advocat, au pays de là, pour une journée. Car len l'a
» communément pour v solz tournois » (p. 8, anno 1345?)
« Item, à ce ([u'il demande pour maistre Robert Le Coq xxxni solz
» nn deniers; dient qu'il n'en doit riens avoir; quar l'enqueste fu
» receuc à Jugier sans toute plaidoerie... » (p. 12, anno 134G?).
« Item, à ce qu'il demande xxiv escus pour les salaires de Maistres
« G« de Dormans et Régnant... respondent qu'il doit souffire pourchas-
» cun des dis advocas, nn escus et se les dis en ont eu plus, ce a esté
577
1) pour conseiller sur la cause principal, laquelle n'est mie encore déter-
» minée » (p. 17, anno 1347?).
« Item, là où ils demandent x escus pour M^ G^ de Dormaus, item,
» X escus pour AP Pierre Le Malle^ item, n florins et xv sols pour les
» clercs des dis advocaz, item, un escu pour M^e Régnant d'Acy, etc.
» — Respondent cpie riens n'en doivent avoir. Quar, s'il baillèrent
» leur argent, ce fu pour la cause d'autres personnes » (p. 28,
anno 1349 ?j
« Item, ad ce qu'il demande pour le salaire de Mestre Henn^ de Ville-
» croiz, de mestre Jehan Guérin et de mestre Pastorel qui ont esté au
» conseil du dit Guiot en Ghastelet et en Parlement, xx livres, dient
» qu'il souffit à vi livres » (p. 32, anno 1350?).
On voit que toutes ces indications, pour variées qu'elles
soient, ne fournissent guères les éléments de conclusions géné-
rales. Le trait le plus saillant qu'il soit permis d'en retenir, c'est
la grande distinction des avocats de Paris et des avocats de
province, et parmi eux celle des avocats de réputation et des
avocats peu connus ; distinction qui se traduit par une très-forte
diversité dans l'évaluation de leurs services. Quant au cliijEfre
des honoraires, on constate assez aisément la divergence des
appréciations de la partie gagnante et du magistrat taxateur,
divergence qui flotte le plus fi'équemment entre la moitié et le
quart de la somme en discussion, descend parfois bien au-dessous
de cette dernière estimation, et bien rarement dépasse la pre-
mière. On peut encore observer que les vacations admises en
taxe portent habituellement sur le conseil des débuts de l'ins-
tance, et sur la. 2^1 ciidoiyie qui en prépare la solution; qu'au
contraire les soins intermédiaires de délibération ou d'assistance
à l'audience ne sont point pris en très-sérieuse considération.
Mais il y aurait témérité à pousser les inductions au-delà de ces
limites et à affirmer par exemple qu'une affaire de telle nature
était productive de tels ou tels honoraires.
Je ne veux pas quitter ce sujet sans dire un mot des secrétaires
des avocats, des clercs qu'ils avaient à leur service. A la vérité,
nos fragments sont très-sobres de renseignements à cet égard.
Ils nous apprennent du moins (et ce point méritait d'être mis en
lumière) que l'emploi de ces utiles auxiliaires n'était pas contesté
aux avocats, que le résultat de leurs travaux pouvait même
entrer en taxe. Les textes suivants en font foi : « Item, pro
» scriptura dictarum racionum continenti xv notulas clerico
38
578
» dicti magistri Johannis (d'Estrées) ii florenos » (I" C, p. 17,
» anno 1345). — « Item, pro grossando et transcribendo in
» pergameno dictas raciones, clericis magistri Roberti Lecoc,
» qui eas, post ejus correccionem , grossaverunt ii scutos »
(Ibid.) (taxe d'ensemble) : « Habeat pro istis articulis lx soli-
■» dos» (Ibid.). — «Item, pro scriptura dictorum articulorum
» facta in papiro per clericum dicti magistri Johannis d'Estrées
» XX solidos (taxe d'ensemble) : Habeat un libràs » (Ibid.).
L'obligation de nommer les avocats dans les articles de
dépens relatifs à leurs honoraires m'a permis de dresser la Hste
suivante des Maîtres que mentionnent nos fragments, depuis
1329 jusqu'en 1382. J'ai fait précéder d'un astérisque les noms
de ceux qui figurent au tableau inséré dans le registre criminel
du Parlement pour l'année 1340-1341, et publié par moi au
tome IV d(^ la v« série de la bibliothèque de l'Ecole des Chartes
(p. 120-121).
4 329
" Guillaume du Brueil 1<='-G. p. 1
Girard de Montaigu l^rC. p. 1
4 339-4331
"Guillaume Durant l^rC p. 4
Jean Dol l'^'^C. p. 4
4341
Jean de Vareille? 1"G. p. 8
"Robert Le Coq l^-'G. p. 8
Regnaud Filleul l^-'G. p. 8
4344-4343
* Pierre de La Foret. l'''G. p. 9
"Dreu Jourdain l^'-G. p. 9
' Robert Le Goq 1<^'' G. p. 9
" Robert de Lapion 4" G. p. 9
"Jacques La Vache l^rc. p, 9
4 342
•Jean du Mont l^-^G. p. lU
Jacques de Hiaame l'^-'G. p. 10
Barthélémy Seguin l^^C p. M
PontMounier 1"G. p. 11
Regnaud Filleul 1"G. p. 10
4 343
Jean de Vareilles l'-'''C. p. 14
579
'Robert de Lapion'
Thibaut ) , .
Etienne j ^ans autre désignation
1344
Jean Larchonneur
Jean Dalenville
Thomas de Reims
Geoffroy de Boissy
^1340
'Jacques La Vache
*Jeau de Chaions
Regnaud d'Acy
Pierre Mérul
Bonet Célier
' Jean d'Estrées
Pierre Rousset
Jean Fortin
Guillaume de Dormans
'Regnaud de Compiègne
Jean de Bonneuil
Liettait
' Jean du Mont
'Regnaud de Compiègne
Henri Bouic
'Thomas Garimbaut
^346
' Robert de Lapion
'Jean de Ghalons
Jean de Nohels
Guillaume La Cloque
' Dreu Jourdain
'Guillaume de Dormans
Jean Merle
'Jean d'Estrées
Durand du Moly
Pierre Bourgois
"Robert Le Coq
^346-1347
Jean Fourcy
Regnaud d'Acy
\^G.
P-
14
6e C.
P-
4
6« C.
P-
4
lerC.
P-
15
1«^C.
P-
15
2e C.
P-
6
2e c.
P-
6
l^rC.
P-
17
le'-G.
P-
17
l^'^C.
P-
17
l^'C.
P-
17
U'-C.
P-
17
le>-C.
P-
17
le^C.
P-
17
le^C.
P-
17
2e G.
P-
7
2e C.
P-
7
2e G.
P-
7
2e G.
P-
8
2e c.
P-
9
2e c.
P-
9
2e G.
P-
9
2e C.
P-
9
2e G.
P-
11
2e G.
P-
11
JerQ.
P-
18
lerG.
P-
18
1er G.
P-
18
Ce G.
P-
10
6e G.
P-
10
6e G.
P-
12
6e G.
P-
12
6e G.
P-
12
6e G.
P-
12
lerC.
P-
19
lerC.
P-
20
1. La diminution deuxième de la V^ classe produit parmi ses moyens de
défense l'argument que cet avocat étoïï mort à la date du 12 avril 1343.
580
"Guillaume de Savigny l^'G. p. 20
'Regnaud deCompiègne l^'G. p. 20
Jean de Dormaus 2" G. p. 12
Jean d'Ay 2" G. p. 12
Guillaume de Dormans 2« G. p. 13
Nicole d'Arcis 2^ G. p. 13
Jean des Mares 2" G. p. 13
Jean de Lapion G* G. p. 16
Guillaume de Dormans 6<-' G. p. 17
ilegnaud (lacune dans le texte) 6'= G. p. 17
^348
* Robert Le Goc l-^-^G. p. 22
'Jean d'Estrées l'-'G. p. 22
Jean d'Ivry 6" G. p. 22
Mathieu de Gurme 6^ G. p. 22
'I3/.0
Guillaume de Dormans G^ G. p, 28
Pierre La Malle G« G. p. 28
Regnaud d'Acy G^ G. p. 28
^ 349-^350
Pierre du Puiseux 3*= G. \>. 3
1350
Henri do, Villecroix G« G. p. 32
Mean Guérin 6« G. p. 32
1 352-1 354
Jean des Mares l'^'" G. p. 27
Guillaume de Dormans l'^^'G. p. 27
Nicole d'Arcis 1"G. p. 27
-1355-4358
Jean Masquille l^-'G. p. 31
Jean Barbe l^'-'G. p. 31
1360
Jean Rose P"-G. p. 31
1368
Jean des Mares 3'' G. p. 5
Jean d'Ay 3° G. p. 5
4370-4373
Pierre L'Orfèvre l'^'G. p. 32
Jean des Mares l'-'G. p. 32
Jean Gaimart l-^-G. i). 32
1374-1375
Jean Le Goq l^-'G. p. 33
584
4382
Pierre de Fétigny
1"C.
P-
34
Jean Le Coq
1"C.
p.
34
Pierre de Tonnerre
1"G.
P-
34
§ 6. — Des magistrats taœateiirs et de leurs clercs.
Ce que les documents rassemblés par moi font connaître au
sujet des conseillers se réduit, ou le compren4, à la nature de
leurs dispositions morales à l'égard de ceux qui avaient à subir
leurs décisions : les parties, les procureurs et les avocats. Entre
les prétentions si divergentes de la demande et de la diminution,
quelle paraît avoir été leur attitude? Naturellement, elle ne se
montre pas uniforme. Elle varie selon les caractères, les circons-
tances, et, sans doute aussi, les lumières. Toutefois, il faut en
convenir, ce qui domine l'esprit des magistrats, c'est la préven-
tion défavorable, on pourrait dire la malveillance, à l'endroit de
la demande. Il y a de leur part un préjugé constant, qui les porte
à admettre l'exagération de la demande et la sincérité de la
diminution. Faut-il attribuer ce résultat à cette faiblesse innée
au cœur de l'homme qui lui permet si malaisément de se contenir
dans les limites de la droite raison; l'inexpérience, l'ignorance
de la procédure et du tarif, comme cela s'est vu de nos jours, y
ont-elles aussi contribué? c'est ce qu'il n'est pas facile de
démêler.
En effet, la rédaction de la taxe, qui est notre seul élément
d'appréciation, n'est soumise à aucune règle fixe. Qu'elle consiste
en un rejet pur et simple de la demande, en une diminution
arbitraire ou dans des décisions motivées, on ne voit pas bien
quelle est la base de ces arrêts sommaires. A la vérité, dans un
très-petit nombre de cas, le procureur de la partie perdante,
invoque certaines ordonnances (VP C, p. 7, 17 et 20 ; V^ C,
p. 1), et plus souvent l'usage (VP C, p. 10 et 12). Mais on
ignore si ce sont là les considérations qui ont déterminé le règle-
ment de la taxe, ou si le taxateur a obéi à d'autres mobiles. A
coup sûr, le style de la cour (VP C, p. 7, 8, 12, 13 et 32, Y'^ C,
p. 4) est entré pour ime notable portion dans l'esprit qui prési-
dait au travail des commissaires: je ne pense pas qu'il ait jamais
existé au xiv'' siècle une ou plusieurs ordonnances sur la matière,
correspondant à nos tarifs modernes ou contemporains. Du
382
moins, j'en ai vainement cherché la trace, je n'ai trouvé aucun
texte légishitif dont le commissaire fût astreint à respecter les
dispositions.
Quoi qu'il en soit, tout système de taxation comporte deux
ordres de procédés, y ayant nécessairement deux classes d'ar-
ticles. Les uns donnent lieu à une simple vérification, les autres
exigent une évaluation. A la première de ces classes se rattache
par exemple le coût matériel de certains actes, celui qui provient
de la perception de droits fixes. Cette distinction qui ^réside dans
la nature des choses ne pouvait pas plus être méconnue au
xiy" siècle que de nos jours. Et cependant il est possible de
relever des cas où le commissaire réduit non pas seulement les
vacations (journées), mais le prix même du scel d'une pièce de
procédure : « pro sigillo dicte littere vn solidos vi denarios
turon. (taxe) : « Habeat im solidos » (IP C, p. 1, anno 1342?) ;
et où il refuse au procureur jusqu'aux déboursés du règlement
de taxe (P C, p. 2). En ce qui touche les articles, dont, en
l'absence de tout tarif, le règlement est légalement arbitraire, il
serait trop long de citer des exemples. L'esprit qui y préside est
exactement résumé dans un axiome que je relève dans le passage
d'une défense : tous despens sunt à restraindre^ (V*^ C,
Ainsi tendance à rejeter la demande, à la réduire dans des
proportions énormes, taxe arbitraire et non nécessairement
motivée, tels sont les traits saillants qu'il faut retenir de l'exa-
men de nos pièces.
Pour nous éclairer sur les principes qui prévalaient dans la
conscience des taxateurs, nous ne pouvons avoir de meilleur
indice que le petit nombre de décisions dont il leur a plu de
consigner brièvement les mobiles.
Quelques-unes de ces notes ne donnent lieu à aucune difficulté.
Les formules : quia infra; gwm ^^^3/ -17 ; se comprennent aisé-
ment; elles portent sur des articles dont l'objet est rejeté parce
qu'il se retrouve ailleurs, plus haut, ou plus bas dans l'état de
frais. Il faut en dire autant de celle-ci, qui est la plus fréquente :
quia non apparet. Elle constate ou que l'instrument dont le
1. Dans le même sens conter, les textes du fragment ^9 de la VI*" classe ainsi
conçue: « ... à demande de despens, ne fault point de grâce. » « ... ne devez
pas lauxer mais seulement despens nécessaires... » (anno 13'i9v)
583
prix est réclamé ne figure pas au dossier, ou que la vacation,
l'opération énoncée ne s'appuie sur aucune preuve ou nécessité.
Dans ce dernier cas on trouve parfois la variante : quia non
errât 7iecessarium, ou celle-ci : quia non sunt expense litis;
et dans le premier : quia non docuit. A ces formules générales
il faut ajouter les mots : ut supra, quia toxatwn est qui se
réfèrent à des explications antérieures.
Parmi les notes particulières, je citerai les suivantes : agant
ad interesse (2^ C, p. 1); quoad presens prosequatur per
7nodmn actionis (P C, p. 16) ; reservatur in principali
(P G; p. il), qui sont des fins de non-recevoir, réservant les
droits des parties. Il en est encore une que je dois signaler parce
qu'elle contribue à éclaircir l'organisation judiciaire du xit"" siè-
cle. C'est celle-ci : quia de familia (P C, p. 4); qui doit
s'entendre en ce sens que, le clerc employé par le plaideur faisant
ordinairement partie de sa maison, il n'y a pas lieu de distinguer
leurs personnes et leurs actes.
Il n'est pas rare que le commissaire disjoigne ou rassemble
certains articles, pour les admettre ou diminuer en quelques
parties et les rejeter quant au reste. Il marque souvent alors le
point sur lequel porte la taxe. Il écrit par exemple : pro senten-
cia (F C, p. 32), pro sigillo (F C, p. 31), quand rejetant la
vacation, il admet le coût de l'arrêt et du timbre : pro uno
commissario (IP C, p. 4), jt^ro uno advocato (I? C, p. 9),
py^o uno famido (P C, p. 19), pro uno instrumento (F C,
]).l), pro uno salario (F C, p. 18), quand sur deux ou plu-
sieurs vacations il en adopte une.
L'intelligence de la taxe n'est ni aussi facile ni aussi simple
lorsqu'elle est accompagnée d'observations comme celles-ci :
pro medietate, pro média, pro ter cia parte (l^ C, p. 17, 18).
La demande étant dans les cas ordinaires réduite de moitié, d'un
ou de deux tiers, on pourrait être tenté d'entendre en ce sens les
notes du taxateur. Mais le prix de la demande ne concorde
jamais avec la réduction sur la base qui serait ainsi Ladiquée.
C'est donc dans un autre ordre d'idées qu'il faut chercher l'expli-
cation des termes dont il est question. Elle paraît bien nous être
fournie par l'emploi d'équivalents moins limitatifs que je relève
ailleurs : jv^o rata, pro portione (P C, p. 19), dont la signifi-
cation n'est point douteuse. Il s'agit très-certainement là de la
distribution en parts proportionnelles de la somme allouée en
584
taxe entre les complices, les consors (comme disent nos pièces),
les coplaidants. L'application d'un sens analogue aux expres-
sions précises : pro média, 2oro ter cia parte est donc légitime.
Le mérite en serait indiscutable si le nombre des coplaidants
était clairement en rapport avec celui des parts adjugées par le
commissaire; s'il divisait par tiers, par moitié, quand il y a
trois, deux personnes engagées dans la même cause. On ne voit
pas bien qu'il en soit toujours ainsi. Il me semble toutefois que
l'état de mutilation où nous sont parvenus les documents, com-
porte suffisamment de latitude dans la critique pour qu'on ne
s'arrête p^s outre mesure à une obscurité que dissiperait la
possession intégrale des pièces ^ .
Une des tâches les plus délicates de la taxe, devait être l'appré-
ciation des monnaies en usage. Comme les procès duraient fort
longtemps, dix, quinze, vingt ans et au-delà, il y avait grande
apparence que dans l'intervalle qui s'était écoulé, depuis les
débuts de l'instance jusqu'au moment où il s'agissait d'en régler
les frais, le titre des monnaies s'était modifié une ou plusieurs
fois-. Cette difficulté, qui était une des grandes entraves de la vie
sociale au xiv" siècle, notamment en ce qui concernait l'établis-
sement des obligations et la liquidation des créances, ne pouvait
échapper à l'attention des commissaires, quand même elle ne leur
aurait pas été signalée par les articles de diminution («... dient
» que les despens furent faiz en temps de feble monnoie et à y
» celle doit estre faite la taxacion et rabatu après à la value et
1. Depuis que j'ai écrit ces lignes, un autre sens, et qui pourrait jjien élre le
meilleur, m'est venu à l'esprit. Je les tire des pièces 12 et 2G de la Vl*^ classe
où l'on voit que le procureur de la demande doit être au gré de celui de la
diminution, rabattu de plus de. la moitié, parce que les frais réclamés avaient
été occasionnés par deux ati'aires distinctes que le procureur avait menées à la
fois, sans qu'il lui en eût coîilé plus que s'il n'en avait dirigé qu'une. Dans
l'espèce les mots pro portione signifient : pour la part que représente la cause
par rapport aux autres causes soutenues par la partie, par le procureur ou
par l'avocat dans le même Parlement.
2. Confér. ce que dit à ce sujet M. deWailly... « La livre tournois fut portée
» en avril 1330 au taux de 18 fr. 32 c, qui fut maintenu jusqu'au commence-
» ment de l'année 1337. La guerre avec l'Angleterre était alors imminente, et, à
» partir du mois de février 1337 jus([u'au mois de juillet 1342, dix mutations
» successives abaissèrent la livre tournois de 13 fr. 51 c. à 4 fr. 7 c. La trè\e
» conclue au mois de février 1843 la lit remonter à 6 fr. 32 c, en septembre, et
» à 16 fr. 21 c, vers la fin du mois d'octobre 1343, etc., etc. » (Mémoire sur la
variation de la livre tournois, p. 38).
y
585
» non autrement (VP C, p. 1?, anno 1346? ») — « Ces despens
» sont fais du temps que il couroit à Paris flebe monnoie (VP G,
» p. 17, anno 1347 ?» — « Se n'i cherreit il que deux soulx de
» la monnoie qui lors couroit qui estoit feble (VP C, p. 29,
» anno 1349? ») — « Predicta omnia fuerunt impensa et soluta
» monete debilis... » (VP C, p. 13, anno 1347?) — « Depuis le
» x" jour de janvier l'an xlvii (1348) que forte monnoie cou-
» ru... » (V® C, p. 3, anno 1348), Aussi les voit-on marquer
à quel type ils rattachent leurs évaluations, si c'est à celui de la
monnaie qui courait au moment de la confection des actes du
procès, ou à celui des pièces en usage, au moment du règlement
de la taxe ; s'ils les ramènent à la faible ou à la forte monnaie
(GP, p. 6, 7, 26; G. IP, p. 8,9, 16).
Le prix des articles dans la demande, est le plus souvent
exprimé en florins, en écus, en francs et en livres. Il y a aussi
des exemples de la maille d'or de Florence (P G, p. 15), de l'écu
d'or (PG, p. 29 et 31), du royal d'or (PG, p. 31), du franc
d'or (Ibid.P Presque toujours le taxateur réduit ces types à celui
de la livre et de ses subdivisions : sous, deniers, oboles.
Il serait intéressant d'examiner si les évaluations ainsi établies
se rapportent à celles qu'a recueillies la science historique, et en
quoi elles en diffèrent. Mais ce travail est en général impossible
à exécuter, parce que le taxateur, ne nous faisant pas savoir de
combien il réduit ou il augmente, on ne peut pas comparer la
somme qu'il accorde dans une monnaie, à celle qu'il accorderait
dans une autre.
Le fragment six de la première classe présente à la vérité une
exception remarquable à cette donnée. La taxe qui y figure,
porte l'évaluation de l'une et de l'autre monnaie. On y voit par
exemple que 30 sous de 1355 ou environ étaient regardés
comme l'équivalent de 19 sous 2 deniers de la forte monnaie de
1340. Toutefois je n'insiste pas sur ce point qui m'écarterait de
mon sujet ^ .
Quelque opinion qu'on se forme des commissaires, il y en avait
certainement parmi eux qui se montraient particulièrement
1. Le fragment 29 de la première classe donne aussi une évaluation intéres-
sante : une somme qui monte en tave à 250 livres 15 sous par. au mois d'août
1354 est prisée comme l'équivalent de 80 livres 4 sous 6 deniers du temps de
Philippe VI,
586
attentil's dans l'acconiplissement de leur fonction. Je citerai
deux traits de leurs scrupules : Dans le fragment 15 de la
ir classe on trouve à la suite de certains articles deux taxes ,
l'une primitive, l'autre écrite par une autre main, ajoutée après
coup, et réformant la première (Voir aussi le fragment 17 de la
I" C). A la fln du fragment 16 de la F classe, le taxateur em-
barrassé, pour toute une série d'articles, renvoie à une délibéra-
tion ultérieure pour résoudre la question. Habeatur consilium,
dit-il, quia videtur quod non fuit condeynpnatus . Ce conseil
qui devait évidemment être tenu par les magistrats ayant parti-
cipé à l'arrêt, et qui devait intervenir sur la constatation d'un
fait, peut être regardé comme un spécimen assez cui'ieux d'un
bien vieil usage : le record de la cour ' .
Je terminerai ce chapitre par la liste des magistrats commis à
la taxe, telle qu'elle m'est fournie par les pièces ou fragments de
la première classe. Sans doute ils étaient désignés parmi les
conseillers qui avaient pris part à la confection de l'arrêt. Très-
probablement aussi, ils étaient taxateurs à tour de rôle, à cause
des épices et émoluments attachés à ce genre de travail. La
plupart d'entre eux avaient en outre des clercs ou secrétaires
qui préparaient l'expédition de la besogne par l'examen préalable
des dossiers et avaient droit en conséquence à une vacation
arbitraire déterminée par la taxe. Ces épices formaient l'objet
de l'article final des états de frais et de diminution consistant en
une formule invariablement conçue dans ces termes, pour les
demandes, quand l'acte était en français : « Item, pour vous,
» nos seigneurs, qui tauxerez ces présens despens et pour vos
» clers, ce qu'il vous plaira ; » et quand l'acte était en latin :
« Item pro speciebus dominorum predictas expensas taxancium,
» et pro labore eorum clericorum ; » — pour les diminutions :
« où il demande pour vous et pour vos clercs ce qu'il vous
» plaira, haheatis aussi ce qu'il vous })laira, » ou : « respont que
vostre volonté. » (P G, p. 2, 9, 23, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32,
33, 34; m C, p. 12, V" G, p. I et 2, VP G, p. 35). La taxe
des épices monte ordinairement à 20 ou 25 sous. Il y a des cas
où elle est de 10, 35, 50 et 75 sous. Une seule fois, elle dépasse
1. Sur le record voyez mon Essai svr lesnlim, et dans le même sens M. Grun,
Notice du Parlement, p. 101, dans le sens contraire M. Beugnol ou plutôt
M. Uessalles (Olim, notes passini).
587
de beaucoup ces sommes et atteint le chiffre de dix livres (P C,
p. 23).
Voici les noms des taxateurs que j'ai pu recueillir :
Ferry Briant i . . „
Jacques de Musy i
^350
Guillaume Lebescot 1 .. ^^
rp, ^. . } pièce 23
J homas V avin 3
^35^
Louis Guette ) ■ . ,
Denis Tite ! P^^"" ^
Jean de Rouen, doyen de Noyon | ■■ c,n
Guillaume d'Ambreville, chevalier j
^354
Robert d'Outreleau I • ■ on
Thomas Vavin j ^
1 353
Dreux de Recourt ) • • oq
Adam Chanteprime )
Pierre d'Orwmont pièce 30
1362
Jean de Huban \
Guillaume Fouace j P ^
Arnould le Flamand \ • q9
Gautier Vivian j ^
1375
Pierre Hure
Louis Paste
Aubry de Trie pièce 33
4382
I pièce 33
Pierre Fresnel
Jean Crecrv
I pièce 34
§ 7. — Des Commissaires et des Témoins.
Avant de quitter la matière relative aux magistrats, il faut
que j'aborde encore, mais pour l'effleurer seulement, un sujet
qui s'y rapporte et sur lequel mes fragments jettent certaine
lumière. Je veux parler des enquêtes et des commissaires chargés
588
de les conduire. Assez ft^équeniment ces commissaires étaient des
conseillers délégués par le Parlement; mais aussi, et plus souvent,
des officiers d'ordre inférieur. C'est ce qui résulte des extraits
suivants : <.v . . . à ce que il demande pour les gaiges du dit com-
» missaire xx sols, doceat. C^uar il vint aus despens du prieur
» qui le paia du tout... car le commissaire n'est pas homme de
» tel estât que doie penre telz gaiges... » fVP G, p. 30, an-
no 1352?) — «... Ad ce que il demande xxx livres de vi jour-
» nées, respont que il n'y est tenus ; si ne prennent les commis-
» saires du pais de là si grans gaiges, ne aussi ne font nos
» seigneurs du Parlement » (V« G, p. 2, anno 1343?) — «... ad
» hoc quod dicit pro salariis dominorum commissariorum solvit
» centum libras turonensium, responcUt quod dicti commissarii
» non tantum habuerunt... » (VF G, p, P, anno 1337?) —
« ... Ce seroit grant grief à partie de paier aus diz commissaires
» et à leurs clercs leur salaire d'une part qui est moult grant et
» leurs escriptures d'autre... » (\T G, p. 21, anno 1349?). Il
ne faut donc pas croire, quand il est question dans les textes de
commissaires, qu'il s'agisse nécessairement de conseillers à la
Cour, et l'auteur d'un livre (recommandable d'ailleurs à plus
d'un titre) sur les origines des Procureurs, ne trace point un
tableau exact, quand il nous représente le Parlement : « ayant
» à peine assez de ses trois mois de vacances, pour les voyages
» de ses commissaires ; les avocats et les praticiens courant de
» Paris à la suite de la magistrature dans ses excursions ' . »
Les ordonnances ne sont pas toujours un guide sûr dans ces
matières délicates, et Tautorité de Monteil- ne le rend pas
meilleur. Dans les enquêtes, en effet, il n'était nul besoin de
l'intervention des procureurs, surtout de procureurs de Paris; la
partie elle-même pouvait se dispenser d'y prendre part « ... il
» n'estoit pas de nécessité que ily fusten personne. Un povre clerc
» eust bien sceu administrer ses tesmoins à ses commissaires, »
» CL mieulz.., » (VF G, p. 36, anno 1352?)
Comme les passages qui concernent les témoins ont parfois de
l'intérêt, j'en dirai également un mot. .Je remarque d'abord que
(semblables eu cela aux procureurs, aux sergents, aux avocats),
ils étaient rémunérés plus ou moins chèrement selon les lieux.
1. M. Charles Bataillard, y. 261-263.
2. Voir Bataillard loco citalo.
589
« ... A ce que il demande pour faire adjourner ses tesmoins,
» XLVI solz, dient que vous ne l'y devez que, pour chascun tes-
» moin, II deniers ; quar plus ne paye on la dicte ville » (VP C,
p. 12, anno 1346?). La qualité des témoins influait sur la quotité
de leurs honoraires : « Pour xxv tesmoings qui furent adjournez
» comparurent à Compiègne, c'est assavoir... tous gens de poste,
» pour chascun tesmoing, pour ses despens et journées, le jour
» III solz, valent li solz » (IIP C, p. 4, art. 24, anno 1352). —
« Item pour Messire Jehan Lenain, prebstre, et Jehan Hanique,
» escuier, hommes de cheval, pour chascun, pour ses despens et
» journées viii solz valent xvi solz » (Ibid., art. 25) ; « ... furent
» oy s et examinez... prebstre, homme de cheval, et... hommes
» de poste » ; « pour l'homme de cheval pour chascun jour
» X solz, et pour les hommes de poste, pour chascun jour
« VI solz... » (Ibid., art. 31).
Enfin on prenait dans certaines circonstances les témoins parmi
les trois classes de la société : «... Le m*^ jour du dit mois furent
» examinés m tesmoins, un chevalier, un moinne et un bourgois,
» pour leurs despens xxv sols (taxe) : Habeat xiiii solides »
(P C, p. 16, anno 1345).
Une dernière observation m'est fournie par le fragment 10 de
la IP classe, c'est que la partie ne pouvait obtenir un arrêt,
quand le président qui avait pris part à l'élaboration du dit arrêt
se trouvait empêché de remonter sur son siège : «... monstra
» comme son arrest ne povoit estre exécuté pour les empèche-
» mens du dit chevalier; et, avant que le dit arrest fust corrigié,
» pour ce que Monseigneur Simon de Bucy, qui le prononça, fu
» malades, parlement faillit. . . » (anno 1353).
IIII.
Les textes qui ne se rapportent pas aux états de frais ont
trait à des matières trop variées pour qu'il soit possible de les
classer dans un ordre méthodique. Ce sont notamment des frag-
ments de conclusions ou requêtes d'audience, d'informations
criminelles. On y remarque un procès-verbal d'exécution d'ac-
cord, une demande en délivrance de succession, une acceptation
de legs, des inventaires et estimations de meubles meublants et
de livres, trois fragments de comptes d'un payeur du trésor
590
royal. J'y ai joint certains accords qui, intervenant à l'occasion
de faits délictueux ou fondés sur des lettres de rémission, pré-
sentent un caractère particulier. Ce serait sortir trop visible-
ment de mon sujet que de parler ici de ces différents actes. J'ai
pensé au contraire que la publication des pièces qu'on va lire
était le complément naturel de mon travail, soit qu'elles témoi-
gnent de la longueur et de la cherté des procès, soit qu'elles
attestent les mœurs de la vie judiciaire d'une façon nette et sen-
sible. En effet, ce sont ou des lettres d'affaires auxquelles leur
date recidée dans un siècle qui en fournit peu de cette nature
suffirait à donner du prix, ou des requêtes qui l'ont pénétrer dans
les usages quotidiens du palais, soupçonnés plutôt que véritable-
ment connus des jurisconsultes érudits. Je donne ces lettres ou
ces requêtes d'après la date des documents auxquels elles ont
servi de matière à écrire : leur petit nombre ne permettait pas
de les grouper d'après leur objet essentiellement variable. Je
rappelle seulement qu'il est légitime de prendre pour base de leur
date véritable (quand elle fait défaut) une différence de 20 à 30
ans — soit 25 ans — entre elle et celle dont l'instrument ulté-
rieur porte la mention.
Les pièces dont il s'agit sont au nombre de quatorze. Je les
passerai rapidement en revue.
Le numéro I, qui se présente au dos d'un accord du 4 août 1371
(soit 1346), est une requête de Guillaume Presteval, chevalier,
à fin d'élargissement provisoire. Les motifs allégués par le
requérant (faire la moisson), à l'appui de sa demande, en forment
le principal intérêt. Les registres du Parlement ne m'ont fourni
aucun renseignement sur les origines ou la suite de ce procès.
Le numéro II, dont le recto donne aujourd'lmi un accord passé
entre Jeanne de Dampierre, dame deMareuil, et Othond'ArguUey,
chevalier, sous la date du 30 mars 1372 (soit 1347), est une lettre
d'affaires. C'est un spécimen qui me paraît curieux des écrits de
cette nature. Il n'est pas signé, mais le nom du destinataire
y est marqué, avec celui de plusieurs autres personnes.
Le numéro III figure derrière un accord du 10 juin 1376 (soit
1351). C'est une requête (rédigée probablement par un procu-
reur) adressée au Parlement par Pernelle Serins, à l'effet d'ob-
tenir des requêtes de l'hôtel la délivrance de la procédure ajant
servi de base à un jugement rendu par les dites requêtes et dont
la dite Periiêlle est appelante. L'intérêt de cette pièce réside
o9l
dans l'imputation de mauvaise volonté dirigée publiquement
contre une juridiction d'ordre supérieur et dans la mention du
renvoi de la pièce à cette juridiction ordonné par le Parle-'
ment.
Sous le numéro IV, et derrière un accord du 13 novembre 1378
(soit 1353), je signale un des documents les plus importants de
la série. C'est une recommandation du sire de Coucy S signée et
scellée de lui, à ses très chers seigneurs et grands mnis, les
seigneurs du Parlement, en faveur de Jean de Buisy, un de
ses amis, à l'effet de presser l'expédition de deux procès pendants
devant la Cour. J'ai d'ailleurs vainement cherché la trace des
instances dont il s'agit dans les registres du Parlement.
L'acte auquel j'assigne le numéro V et qui se trouve au verso
d'un accord de 1380 (soit 1355), n'est qu'un fragment mutilé ;
mais il a une importance véritable au point de vue des institu-
tions judiciaires du xiv*^ siècle. C'est une requête à fin d'abré-
viation de délais. La partie au nom de qui elle est dressée,
Laurence Boulue, se déclare une pauvre femme, sans ressources,
en proie aux artifices de ses adversaires. Une phrase de sa
requête en fait le prix. Elle rappelle qu'en raison de sa situation
la Cour a commis 2^our plaider sa cause M^ Jean de Lagny,
M" Jean de Neuilly, arjocats, et M^ Laurent... procureur
au Parlement. Dans un passage de son Alfonse (p. 357 et
notes), M. Boutaric, s'appuyant sur un règlement (que je crois
de 1255 ou environ), a bien dit : « Voilà donc l'assistance judi-
ciaire dont nous tirons vanité comme d'une institution d'hier,
établie au milieu du xiu*^ siècle! » Cette conclusion m'avaif, je
l'avoue, laissé quelque peu incrédule. En effet, les assertions
tirées des documents législatifs du moyen-àge sont assez ordinai-
rement démenties par les faits, et il est nécessaire de les contrôler
par l'examen d'autres textes pour savoir si les prescriptions des
ordonnances sont entrées sérieusement dans la pratique admi-
nistrative ou judiciaire. C'est même pour s'en être tenus à un
seul ordre de preuves que les érudits, depuis le xvf siècle jus-
qu'au nôtre, se sont livrés à tant de théories contradictoires,
vacillantes et erronées. La requête de Laurence Boulue, bien
1. Enguerrand VII, lils d'Enguenand VI et de Catherine d'Autriche, orphe-
lin depuis 1344, qui fut bouteillier de France, servit d'otage pour le roi Jean et
mourut à Burse ou Brousse (Asie Mineure) en 1397.
592
que postérieure d'un siècle au règlement d'Alfonse, indique que
cette instruction a pu n'être pas, comme tant d'autres, la simple
expression d'une bonne velléité ; elle nous montre l'assistance
judiciaire organisée devant le Parlement au xiv" siècle, dans
toutes ses parties, au moyen de l'intervention directe de la cour
et de la désignation par elle d'avocats (l'un d'eux, au moins,
Jean de Neuilly, fut célèbre en son temps) et de procureurs
d'office. Elle nous la fait voir fonctionnant déjà comme de nos
jours, avec les défauts inhérents à la nature humaine, et sans
zèle marqué de la part de personnes peu ou nullement intéres-
sées à en favoriser les progrès. Peut-être l'étude attentive des
actes émanés du Parlement fera- 1- elle connaître des textes
analogues à celui-ci. Cela est douteux, parce qu'il n'était pas
utile d'énoncer dans les qualités de l'arrêt (rédigées au nom des
parties seules) des mentions de cette nature. Je puis même affir-
mer qu'il n'y en a trace qu'ime fois ^ dans les registres du
eon5(?27 jusqu'aux premières années du règne de Charles VIII.
M. Bou tarie n'en a nulle part rencontré dans son travail d'in-
ventaire des actes de la Cour qui s'arrête à Tannée 1328. Mais,
et quoiqu'il advienne, des termes de la présente pièce ~ résulte
avec évidence la réahtê historique d'une institution qu'un règle-
ment ^ serait insuffisant à faire accepter d'une critique sévère.
Derrière un accord du 23 février 1385 (soit 1360) se trouve
une requête à fin de prononciation d'arrêt. Cette requête à
1. Sous la date du 23 juin 138G (reg. 6, p. 215). La cour arrtHe qu'il sera
mandé au bailli de Chaurnonl el au procureur du roi près le dit siège de pour-
suivre rjratis pro Deo, à cause de la pauvreté d'une des parties, une enquête
ouverte entre Mathieu Chauflant et Pierre Villenou prêtre. Seul, cet indice ne
serait pas, on le voit, un argument décisif en la matière. U n'est question dans
l'espèce ni d'avocats, ni de procureurs, plaidant ou occupant sans honoraires.
2. On peut encore rapprocher de ce texte, mais sous bénéfice des réserves
énoncées dans la note précédente, le passage suivant du fragment 31 de la
VP classe : « Et ont tant crié et bret en Parlement que par leur povrefë la court
» leur a oltroié adjournement aux jours de Chartres » (1350?).
3. J'applique ces réserves mêmes à l'article 6 de l'ordonnance du IC dé-
cembre 13Gi enjoignant aux avocats de prêter (jratuitemcnt leur concours aux
plaideurs pauvres. Dans tous les cas cette disposition conçue en termes géné-
raux et fort distincts des règles de l'assistance judiciaire est certainement
postérieure à la pièce cotée ici sous le imméro V. Elle ne vise d'ailleurs que
la juridiction des requêtes du Palais, et ne parle pas de la gratuité des fondions
des conseillers.
593
laquelle je donne le numéro YI est fondée sur les grands frais
qu'occasionne un séjour prolongé à Paris.
Le numéro VII se joint à un accord du 24 février 1372. Il
porte la date du 18 du même mois. C'est une lettre de Thomas
Bochart, receveur des amendes du Parlement, signée et scellée
de lui, au Procureur du Roi, contenant l'avis du paiement effec-
tué entre ses mains de l'amende encourue par Jean de Beaulieu,
bourgeois d'Auxerre , pour avoir délaissé un appel. Bochart
n'exerçait plus les fonctions de receveur, ainsi que cela résulte
de l'expression j «6^2:5, placée devant ses qualités dans l'acte joint
à sa lettre.
Le numéro VIII est une cédule du 2 mai 1373 constatant la
remise d'une obligation de 1892 francs, remise consentie par
Jean Carré à Henri Orient son débiteur. Cette délivrance est le
résultat d'une transaction passée devant le Parlement et la
cédule , sorte de fiche de déplacement , véritable décharge,
montre bien que les pièces produites au procès étaient conservées
au greffe.
Le numéro IX est une lettre de Thomas Petit, procureur,
scellée de lui, à Jean Segart, son confrère, contenant avis d'un
consentement de transaction, sous la date du 15 mars 1375. Cet
avis, auquel est joint le projet d'accord, est remarquable par la
mention qu'il renferme de l'intervention du Procureur du Roi
dans cette classe d'actes. On y voit aussi que le consentement
était (de procureur à procureur) ordinau^ement verbal : l'envoi
de la lettre dont U s'agit a pour cause Téloignement et la
maladie.
Le numéro X, qui est un accord du 12 août 1382, enregistré
par le greffier Jouvence, ne serait pas de nature à figurer ici,
n'était le motif allégué par Tune des parties pour transiger, et
qu'il ne me paraît pas légitime de reléguer au rang des argu-
ments de style. Ce motif est la pauvreté qui ne permettait point
au plaideur de poursuivre son enquête.
Sous la date du 15 juin 1386, et joint à un accord du 25 du
même mois, je place le numéro XL C'est une lettre adressée à
un procureur, Jean Neel, par son client, Girard Couronnel,
signée et scellée de lui, par laquelle il l'autorise à passer une
transaction dont il lui transmet la teneur.
Le numéro XII est encore un ordre d'accord. Envoyée au
procureur Jean Queniot par la dame de Janville et de Maisey,
39
394
veuve (le Bethon de Martignac, chevalier, cette lettre a pour
comi^lément le texte de la transaction, avec les mentions d'usage
et la date du 15 juin 1389.
Je publie le numéro XIII qui est une requête jointe à un
accord entre les habitants de Bray et le seigneur d'Offemont, en
date du 19 janvier 1396, parce que, comme le numéro IX, cette
pièce prouve que le texte de la transaction était communiqué au
Procureur du Roi.
Enfin le numéro XIV et dernier est, comme les numéros XI
et XII, une lettre missive adressée par un client à son procureur
pour l'inviter à passer une transaction dont il lui indique l'objet.
Cette' lettre est jointe à un accord entre Hugue Blancliet, cha-
noine de Paris, et Jehan de Verbouz, conseiller au Parlement,
qui se contestaient l'archidiaconé de Sens, en date, le dit accord,
du 13 février 1396. Les termes dans lesquels le correspondant,
Verbouz, magistrat de la Cour, recommande ses intérêts à
Surreau , son procureur , m'ont paru remarquables. Ce sont
ceux d'une sorte de déférence et de la plus vive amitié.
Henri Lot * .
1. Les pièces justificatives seront publiées dans un prochain cahier de la
Bibliothèque de l'École des chartes.
K — ■<_S«2_
LETTRE INEDITE
D'INNOCENT III
DU 12 MAI 1200.
L'histoire de la Bretagne présente au lecteur attentif plus d'un
problème que l'ensemble des documents publiés jusqu'à ce jour
ne lui permet pas de résoudre, malgré l'abondance des textes
publiés par Dom Morice et Dom Taillandier.
Parmi ces questions controversées, il en est une qui mit en jeu
pendant plusieurs siècles tout à la fois les intérêts religieux et
politiques de cette province, et vint se terminer au moment où,
ébranlée par les convoitises des rois de France et d'Angleterre,
la nationalité bretonne reçut les plus graves atteintes. Je veux
parler de la lutte des métropoles de Dol et de Tours, question,
comme je l'ai dit, autant politique que religieuse.
Je n'entreprendrai point aujourd'hui de décrire les différentes
phases de cette célèbre querelle. Ce travail a été fait par notre
confrère, M. Anatole de Barthélémy ^ Ses recherches l'ont
amené à présenter sous son vrai jour le but que se proposait
Noménoë en établissant la prépondérance de l'église de Dol sur
les autres évêchés de Bretagne, et les raisons qui engagèrent ses
successeurs à défendre l'œuvre du roi breton, à savoir : sauve-
garder d'une manière assez durable l'indépendance de la pro-
vince. Je constaterai seidement qu'au début de cet article M. de
Barthélémy regrette d'avoir vu ses recherches, faites jusque dans
les archives du Vatican pour éclairer un point si important de
notre histoire, rester sans résultat.
Une circonstance imprévue m'a fait découvrir un texte qui
1. Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, IIP fascicule,
p. 82 ol suiv. Paris, librairie archéologique de V. Didron, 1858.
596
jeLte, si je no me trompe, beaucoup de lumière sur les derniers
moments de cette lutte acharnée. Je serais trop heureux si je
pouvais confirmer, en discutant cette pièce, les conclusions de
M. de Barthélémy et profiter de cette occasion pour le remer-
cier de tant d'avis éclairés qu'd a bien voulu me donner.
Tous les historiens afiîrment qu'après la bulle publiée par
Innocent III, le l^"" juin 1199, pour soumettre à la juridiction de
la métropole de Tours l'évêclié de Dol, la soumission des Bretons
fut complète, et que le Souverain Pontife eut la joie de voir se
terminer ainsi en quelques jours une contestation qui durait
depuis trois cent cinquante ans^ II serait mieux de reconnaître,
avec M. de Barthélémy, que la bulle du pape ne laissait subsister
aucun prétexte à de nouvelles réclamations officielles, à une nou-
velle instruction de la cause, et que, le 17 décembre 1201, deux
ans et demi après la notification de la sentence pontificale, le
duc Arthur, ayant consulté les barons, les évêques de Bennes,
Nantes, Saint-Malo, Vannes et Quimper, s'engageait à faire
exécuter les ordres du pape, et que, depuis ce temps, le siège de
Dol ne fut plus que le premier des évêchés bretons-.
Que se passa-t-il du 1*^'' juin 1199 au 17 décembre 1201?
Telle est la question que je me propose d'étudier en pl^bliant une
lettre inédite d'Innocent III, que je trouvai, il y a quelques
années, dans le fonds du Chapitre de Vannes.
Mais, avant d'entrer en matière, je crois devoir donner le
texte de cet acte important.
Innocentius episcopus, servus servorum Dei, venerabilibus fra-
tribus episcopis per Brittaniam constitutis, salutem et apostollcam
benedictionem. Jam pridem a quibusdam intelleximus dubitari
utrum, durante sententia interdicti in totam Brittanniara, de man-
date apostolico proraulgata, clericis vel laicis dandum sit viaticum in
extremis, unctio impendenda et cum aliis sacramentis indulgenda
sit deccdentibus sepultura; utrum etiam in conventualibus ecclesiis,
demissa voce, januis clausls, interdictis exclusis, divina possint
officia celebrari? Simililer an suscipientibus sîgnum crucis et sanc-
torum limina visitantibus sit penitentia injungenda? Nos ergo ambi-
guitatem hujusmodi de dubitantium volantes cordibus amputare, in
1. Mgr Jager, Histoire de l'Eglise catholique en France, t. VIII, p. 4UG.
2. Mélanges hist. et arch. sur la Bret., etc., p. 106.
597
illo verbo per quod penitentiam morientibusnon negamiis, viaticum
etiam quod vere penitentibus exhibelur intelligi volumus, ut nec
ipsum etiam decedentibus denegetur; licet autem per générale
interdictum denegetur omnibus lam uncio quam ecclesiastica sepul-
tura, concedimus tamen, ex gracia, ut clerici decedentes, qui tamen
servaverunt interdictum, sine campanarum pulsatione, in cimiterio
ecclesie, cessantibus omnibus sollempnitatibus, cum silentio tumu-
lentur, et in conventuallbus ecclesiis duo vel très simul horas cano-
nicas valeant légère potiusquam cantare, januis clausis, interdictis
exclusis, et voce ita demissa quod exterius non possint audiri, cum
et regularibus, secundum privilégia sedis apostolice, sit indultum
ut, cum générale interdictum terre fuerit, liceat eis, januis clausis,
excommunicatis et interdictis exclusis, non pulsatis campanis, sup-
pressa voce, celebrare divina. Recipientibus autem signum crucis
non negamus quominus eis, ob reverentiam crucifixi, penitentia
cum postulaverint injungatur, quod et aliis peregrinis potest miseri-
corditer indulgeri. Datum Laterani,iin idus Mail, pontificatus nostri
anno tertio.
Cette lettre, comme je l'ai dit plus haut, fait partie du fonds du
Chapitre de Vannes. Pendant mes vacances de l'Ecole des
Chartes, M. Rosenzweig, archiviste du Morbihan, voulut bien
me permettre de débrouiller une partie de ses archives ecclésias-
tiques, non encore classées à cette époque. Dans une liasse de
procédures du siècle dernier, j'aperçus un parchemin portant au
revers la date 1201 en caractères modernes ; au bas de l'acte se
voyaient encore quelques restes de la cordelette de chanvre qui
soutenait la bulle de plomb; celle-ci avait disparu.
A la première lecture, je vis que c'était une bulle du xiii° siècle.
Elle répondait à plusieurs questions posées par les évêques de
Bretagne sur la manière de faire exécuter un interdit lancé sur
toute la province.
Quel est le pape qui lança cette bulle? Pour quels motifs le
Souverain Pontife frappa-t-il notre province d'une peine aussi
sévère? Quelle fut la durée de cet interdit? Telles sont les princi-
pales questions que je m'efforcerai d'éclaicir. J'aurai en outre
lieu de remarquer que cet acte apporte plus d'un adoucissement à
la pénalité ecclésiastique jusque-là en vigueur relativement à
l'interdit.
Et d'abord de quel pape est cette bulle? La réponse sera très-
598
facile, gràco aux travaux de M. Léopold Delisle sur la diploma-
tique d'Innocent IIP. Il me suffira de suivre de point en point les
règles posées par un savant aussi éclairé. Pour distinguer les
actes d'Innocent III des actes d'Innocent II et d'Innocent IV,
c'est, dit-il, à la manière de dater qu'il faut s'en rapporter.
Depuis HonoriusII jusqu'à Urbain III (1124-1187) les lettres des
papes n'ont été datées que du lieu et du jour de leur publication.
Celles d'Innocent III et d'Innocent IV sont datées du lieu, du
jour et de l'année de leur pontificat. Les unes ne sauraient être
confondues avec les autres. La buHe qui nous occupe ^iorte ce
dernier caractère. On ne peut donc l'attribuer à Innocent IL
Sous Innocent III et Innocent IV les formules de la chancel-
lerie romaine étant les mêmes, comment distinguer auquel de ces
deux pontifes appartiennent les actes émanés de leur autorité? La
connaissance de leur itinéraire peut seule lever la difficidté. Ici
encore, M. Léopold Delisle nous trace, d'après les documents les
plus certains, les différentes pérégrinations de ces deux pontifes.
Innocent IV ayant été élu le 25 juin 1243 et sacré le 28 ou le 29 juin
suivant, la troisième année de son pontificat s'étend du 29 juin 1245
au 29 juin 1246. Or, pendant tout ce temps, le paperésidaità Lvon,
où il s'était réfugié l'année précédente pour échapper aux pour-
suites de Frédéric II qui mettait en péril la liberté du chef de
l'Eglise. Innocent III ayant été élu le 8 janvier 1198 et sacré le
22 février, la troisième année de son pontificat s'étend du
22 février 1200 au 22 février 1201 . Tous les actes émanés de la
chancellerie à cette époque sont datés de Latran^. Aussi peut-on
dire avec certitude que l'acte en question est d'Innocent III et
doit être fixé au 12 mai 1200.
Cette première question étant résolue, il faut rechercher main-
tenant quelle infraction aux lois de l'Eglise força le Souverain
Pontife à mettre en interdit la Bretagne entière.
Si nous consultons les historiens, aucun ne parle d'une peine
aussi sévère fulminée par Innocent III pour contraindre les Bre-
tons à respecter son autorité.
Alors sévissait dans toute sa rigueur le grand interdit lancé sur
la France à l'occasion du mariage illégitime que Philippe-Auguste
1. Mémoire sur les actes d'Innocent III, par M. Léopold Delisle. Bibliothèque
de l'Ecole des chartes, XVIIP année, W" série, tome IV, p. 1 el suiv.
2. Mémoire sur les actes d'Innocent III, etc.. loiue IV, p. 63 cl suiv.
599
avait contracté avec Agnès de Méranie au mépris des droits de sa
véritable épouse. Ce prince ayant répudié Ingeburge, fille de
Waldemar, roi de Danemark, les pères du concile de Dijon,
d'après les ordres du pape, avaient menacé de jeter l'interdit sur
le royaume, le 12 décembre 1199, si le monarque ne revenait à
résipiscence. :\Iais le légat défendit de faire connaître cette con-
damnation avant le vingtième jour après la fête de Noël. Philippe-
Auguste s'opiniâtra dans sa résistance et la sentence fut rendue
publique au concile de Vienne. Les évêques reçurent l'ordre de la
publier dans leurs diocèses et de tenir à son exécution. Le troi-
sième jour après la Chandeleur 1200 (5 février) le culte extérieur
cessa dans tous les Etats de Philippe et ne fut rétabli que le 7 sep-
tembre 1200, veille de la lete de la Nativité, par la soumission
du roi au château de Saint-Léger.
Mais l'interdit dont nous venons de parler ne touchait pas la
Bretagne. Cette peine frappait sevûement les sujets immédiats du
roi de France, et non pas toutes les provinces qui lui rendaient
hommage. En effet, le duc de Normandie était vassal du
roi de France, et les habitants des contrées voisines pouvaient
chercher un refuge dans cette province pour éviter les rigueurs
de l'interdit. Le comte de Ponthieu se retire à Rouen avec la
jeune sœur de Philippe-Auguste afin d'y recevoir la bénédiction
nuptiale. La Bretagne relevait delà France au même titre; l'in-
terdit lancé par Innocent III sur le royaume ne pouvait donc
l'atteindre.
Si maintenant nous examinons le texte même de la bulle, il ne
parle que de notre province in totani Briitanniam. C'est
donc un interdit local, bien distinct du premier, et n'ayant pour but
que de vaincre l'opiniâtreté des Bretons.
Or, quels sont, en Bretagne, les faits rehgieux les plus impor-
tants de cette époque? Un seul occupe tous les esprits : la lutte
des métropoles de Dol et de Tours, sur laquelle venait de se pro-
noncer d'une manière définitive Innocent III. En dehors de ce
fait, nous ne voyons aucun crime commis par le jeune duc
Arthur ou ses conseillers de nature à nécessiter un pareil châti-
ment. Le clergé, un moment livré à bien des désordres par suite
des guerres continuelles qui désolèrent la Bretagne, se reformait
grâce à l'influence salutaire des fils de saint Benoît, principale-
ment des religieux de l'abbaye de Marmoutier, et des fils de saint
Bernard répandus dans tout l'ouest de la France pendant le
600
XII® siècle, et grâce aussi à la direction des évêques qui étaient
alors des prélats d'une sagesse et d'une capacité éprouvées.
Tous les historiens, comme je l'ai dit au commencement de ce
travail, sont unanimes pour affirmer que la sentence d'Inno-
cent III du l*^"" juin 1199 aurait été suivie d'une entière soumis-
sion. Si nous consultons cependant les Preuves de Dom JMorice,
nous y trouvons (tome i, p. 794) un acte qui jette un grand jour
sur la question qui nous occupe. C'est une lettre de Robert de
Vitré, chantre de l'église de Paris, et de Robert d'Apigné, datée
de Tours, la vigile de Saint-Gatien (17 décembre), par laquelle
Arthur s'engage à faire exécuter la sentence pontificale établis-
sant l'Eglise de Tours métropole de l'Eglise de Dol.
L'analyse de cet acte nous amène aux conclusions suivantes :
« 1° Le duc Arthur promet d'obéir de bonne foi à la sentence
» que le seigneur pape Innocent a portée en faveur de l'Eglise de
» Tours au sujet de la soumission de l'Eglise de Dol, et que doré-
» navant il ne fera rien contre elle ni par lui ni par aucun autre.
» 2" Cette soumission est faite à la requête de l'archevêque de
» Tours, d'après les conseils des évêques de Rennes, Nantes,
» Saint-Malo, Vannes, Quimper, et de plusieurs seigneurs bre-
» tons présents. 3° Il y est stipulé que le duc Artliur rétablira
» intégralement dans son évêché l'évêque de Dol et ses clercs,
» reconnaîtra leurs droits spirituels et temporels, et les fera jouir
» en paix de tout ce qu'ils possédaient à l'époque où l'évêque qui
» n'était encore qu'élu se rendit à Rome. Si quelqu'un les inquiète,
» le duc les vengera conune s'ils appartenaient au clergé des
» autres diocèses de la province. 4" Il reconnaît tous les droits
» du métropolitain sur l'Eglise et le peuple de Dol à Barthélemi,
» archevêque de Tours, et à ses successeurs ; s'il est inquiété dans
» l'exercice de ses droits, le duc les fera respecter. 5** Quant aux
» dommages occasionnés, tout ce que l'évêque de Dol lui deman-
» dera, il s'engage à le faire rendre à lui et à ses clercs, après
» avoir consulté deux évêques et deux barons, quarante jours
» après son retour en Bretagne. Enfin, il s'engage à faire payer
» les rentes et redevances qui leur sont dues à partir du jour de
» cette promesse, soit que les revenus aient été perçus avant
» l'échéance de leur paiement soit qu'ils restent encore à perce-
» voir. »
Cet acte, comme il est facile de le voir, est décisif dans la ques-
tion. Il nous prouve que la sentence pontificale de 1199 n'avait
601
point été exécutée puisqu'il nous met en présence de graves
désordres occasionnés par cette désobéissance aux ordres d'Inno-
cent.
On comprend aisément qu'il en soit arrivé ainsi. En effet, cette
sentence ne devait pas être agréable aux Bretons. Philippe-
Auguste menaçait de jour en jour l'indépendance de la province.
Tuteur d'Arthur, il profitait de toutes les occasions pour s'ingérer
dans l'administraticm du duché : « Or, l'autorité de la métropole
» de Tours établie en Bretagne, nous dit Dom Morice, rendait le
» roi de France presque maître des élections des évêques, parce
» que le métropolitain avait droit de les confirmer ou de les
» rejeter. De là vient que, quand on lui présentait un sujet qui
» n'était pas agréable au roi, il ne manquait pas, sous quelque
» prétexte, de casser l'élection et de faire procéder à une nou-
» velle. C'était donc un grand avantage pour le roi d'être assuré
» des évêques dans une province où ils sont en si grand nombre
» et très-considérés ^ . »
Déjà, sous Luce III en 1184, Philippe manifestait son mécon-
tentement au pape de ce que Rolland, évêque élu de Dol, venait
d'être promu au cardinalat ; en comblant d'honneur ce prélat , le
pape paraissait prendre le parti des Bretons. Le roi écrivit au
Souverain Pontife : « Qu'en enlevant à Tours sa prééminence
» religieuse, il semblait voidoir briser et fouler aux pieds la cou-
» ronne de France...; quant à lui, il vengerait cette injure les
» armes à la mam, et rendrait Luce III responsable du sang qui
» serait versé entre les Français et les Bretons. » Puis il man-
dait au cardinal Octavien : « Que le pape le privait de ses pro-
» vinces occidentales et excitait la noblesse de ce pays à la
» révolte^. »
On le voit, Philippe- Auguste avait cette affaire à cœur. Ces
dernières paroles montrent combien cette question était à ses yeux
plutôt politique que religieuse.
Assurément l'évêque de Dol tenait et devait tenir au paUium ;
aussi, en 1199, Jean de la Mouche, alors évêque élu, se rend=il
à Rome. Là, voyant, après deux audiences, qu'il ne pouvait en
conscience soutenir les titres de l'Eglise de Dol, il chercha à se
démettre de son évêché entre les mains d'Innocent; mais celui-ci
1. Dom Morice, Hist. ecclcs. ei civ. de Bretagne, lonie I, p. [17.
2. Mélanges hist. et arcli. sur la Bretagne, etc.. p. 104.
602
ne ^ oulut pas admettre sa démission pour ne pas éterniser le
procès.
Quelles raisons portaient Jean à prendre une détermination
aussi grave? Sans aucun doute les difficultés qu'il prévoyait devoir
surgir en Bretagne à son retour, conséquences naturelles de son
obéissance aux ordres du Souverain Pontife.
En effet, beaucoup de laïcs s'étaient emparés des biens ecclé-
siastiques; or, rarchevêché de Dol consistait en un certain
nombre d'enclaves disséminées dans les autres évéchés bretons ;
2)lusieurs d'entre elles avait été réunies par Noménoe lui-même,
croit-on, précisément pour rendre cet archidiocèse plus impor-
tant ^ . La privation de cette dignité semblait détruire les titres à
la propriété de ces enclaves; aussi, le duc ou quelques-uns de ses
conseillers n'auraient-ils pas cherché à s'en rendre maîtres ? C'est
ce qui résulte clairement de l'acte que nous avons analysé plus
haut, où Arthur reconnaît à l'évêque de Dol et à ses clercs tous
leurs droits spirituels et temporels et leur promet de les faire jouir
en paix de tout ce qu'ils possédaie^it à Véjioque où l'évêque,
qui n'était encore qu'élu, se rendit à Rome. Bien plus, il
résulterait de la lettre de Robert de Vitré et de Robert d'Apigné
que l'évêque n'aurait pu rentrer dans son diocèse et aurait été
regardé comme un ennemi de la nation, puisqu'on lui promet de
le considérer, lui et ses clercs, comme s'ils appartenaient
au clergé des autres diocèses de la province.
Ce n'était pas la première fois, pendant cette lutte mémorable,
que les habitants de Dol traitaient ainsi leur premier pasteur.
Cinquante ans auparavant, Hugues, ancien prieur de Sainte-
Croix de Nantes, ayant été reçu à Dol comme archevêque,
alla ensuite faire sa soumission à Engelbaud, archevêque de
Tours ; mais, à son retour, il vit son peuple indigné se soulever
contre lui, l'accuser de trahison, lui fermer les portes de la cité,
et le forcer à se réfugier au Mont Saint-MicheP.
Le pape, d'ailleurs, prévoyait cette levée de boucliers; car il
termine ainsi la lettre qu'il écrivit à la duchesse Constance et aux
barons de Bretagne pour les prier de tenir à l'exécution de la
sentence pontificale; lettre datée du 2 juin 1199: « Alioquin
» sententiam quam in vos propter hoc canonice tulerit ecclesia
I. Mélanges hist. et arcli. sur la Bretagne, elc... p. 111.
î. lùid, p. 102.
603
» Tiironensis ratam habebimus et facienms auctore Domin o invio-
» labiliter observari^. »
Il ne faut donc pas s'étonner de voir l'interdit dont parle Inno-
cent III dans la bulle que nous publions, fulminé contre la pro-
vince entière.
Mais comment se fait-il qu'aucun historien n'en ait fait men-
tion? Sans vouloir attaquer ici la science des Bénédictins, dont
nous admirons les travaux aujourd'hui si utiles, nous pouvons
dire, sans craindre de nous tromper, qu'ils n'ont pas tiré tout le
profit des matériaux qu'ils avaient rassemblés avec tant de soin.
En effet, Dom Morice parle de la lettre de Robert de Vitré et de
Robert d'Apigné sur laquelle nous nous appuyons, et il nous dit
qu'elle fut envoyée l'année qui suivit la publication de la sentence
d'Innocent III du l^'' juin 1199^. Or, du 1" juin 1199 au
17 décembre 1201, il s'écoula deux ans et demi. Il n'a pas fait
attention à toute la portée de ce dernier document, qui nous
fournit la preuve d'une résistance très-opiniâtre des Bretons, qui
refusèrent de recevoir la bulle du pape, l'évêque nommé de Dol et
ses clercs^.
Maintenant, pourquoi l'interdit qui nous occupe aurait-il duré
si longtemps? L'état politique de la province nous en fournit la
raison. Depuis le mois d'octobre 1199, le duc de Bretagne était
retenu à Paris par Philippe- Auguste dans une captivité déguisée,
pendant laquelle le roi de France avait abandonné à Jean Sans-
Terre les droits de son pupille sur les provinces d'Anjou, du Maine
et de Touraine, laissant au roi d'Angleterre la charge de les con-
quérir (traité du Goulet, mai 1201). Les conditions du traité
n'ayant pas été observées, Philippe donna au jeune Arthur une
plus grande liberté d'action vers la fin de l'année 1201 ^. Gelui-c'
1. Dom Morice, Preuves à Vhist. de Bretagne, tome I, p. 768.
2. Dom Morice, Histoire, lomel, p. 127. —Dom Lobineau, Ilist. de Breingne,
p. 18i, fixe, je ne sais pour quelle raison, la vigile de Saint-Galien au
16 octobre.
3. Dom Morice, Preuves, ;tome I, p. 784, publie une lettre de Jean, évê<iue
de Dol, meulionnanl plusieurs douations faites à la Vieuxville; il place cet acte
en 1200. Cette cbarlc n'étant pas datée, on ne peut s'appuyer sur elle pour com-
battre notre opinion et montrer par là que Jean de la Mouche jouissait alors de
tous ses droits dans son diocèse. Il serait plus probable qu'elle n'aurait été
publiée qu'après l'accord du 17 décembre 1201. Alors seulement, Jean, paisible
possesseur de son évéché, confirma ce qui avait été fait pendant son absence.
4. Doin Bouquet, tome XVUI, p. 295.
604
en profita pour se rendre dans ses provinces, que les Anglais
ravageaient impunément depuis dix-huit mois. Il y avait con-
servé un grand nombre de partisans, surtout dans les villes et
parmi le clergé; tous supportaient avec peine le joug de l'étran-
ger. Aussi, il n'est pas étonnant de le trouver à Toui-s au mois
de décembre 1201, environné de ses plus fidèles serviteurs et des
évêques de Bretagne, qui étaient venus conférer avec lui sur les
intérêts de sa cause. Il dut s'efforcer d'être agréable à tous. Or,
en mettant un terme à la trop longue querelle des églises de Dol
et de Tours, il faisait droit aux justes réclamations de l'arche-
vêque de Tours, l'un des prélats les plus influents des provinces
occupées par les Anglais, et rendait la paix aux diocèses bretons,
qui, bien que n'étant pas directement intéressés dans cette lutte,
s'étaient vus privés pendant longtemps du culte extérieur.
De plus, l'accord passé entre le duc et l'archevêque de Tours
fut rédigé d'après les conseils de ses plus fidèles ser\iteurs et des
évêques de Bretagne, qui tous soupiraient après une prompte
exécution de la sentence pontificale du l^^" juin 1199. Les com-
missaires chargés de conclure cet accord étaient les conseillers
ordinaires d'Arthur et de sa mère. En effet, Robert de Vitré,
chantre de l'église de Paris, était frère d'André de Altré, l'un
des plus puissants barons de Bretagne, qui servit avec un
dévouement inébranlable les intérêts d'Arthur ; Robert, apparte-
nant à un diocèse étranger à la proAince, était cependant ori-
ginaire du pays breton ; ce double titre devait le rendre agréable
aux deux partis. Robert d'Apigné apparaît comme témoin dans
beaucoup d'actes importants, i)articulièrement dans la cession des
droits que laducliesse Constance réclamait sur la viUe de Vitrée
Ces deux seigneurs semblent n'avoir jamais abandonné le jeune
duc, et, plus d'une fois, malgré son titre de clerc, Robert de
Vitré défendit son maître les armes à la main, suivant la cou-
tume très-ordinaire de l'époque, car il fut fait prisonnier à ses
côtés à la fatale journée de Mirebeau-.
Nous pouvons donc conclure, avec assez de certitude, de cette
1. Dom Lobineau, Hist. de Broiagnc, p. 174, 175, 178, 184.
2. Pour tous les renseigneinenls historiques sur Arthur, voir l'arliclc. de
M. Gaston Duiiois sur Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine cl de
Touraine, — Bibliothèque de l'Ecole des chartes 1869, (4° série, l. V), p. 377,
et 1871, p. 88.
605
lettre de Robert de Vitré et de Robert d'Apigné que les Bretons
opposèrent une résistance énergique à l'exécution de la bulle
d'Innocent III du 1^' juin 1199 établissant l'église de Tours métro-
pole de tous les évêchés de la Bretagne, résistance qui nécessita
un interdit lancé sur la province entière.
Pendant cet interdit, plusieurs évêques de Bretagne, suivant
l'exemple que venaient de leur donner les prélats français dans
l'exécution de l'interdit fulminé par Innocent III contre Philippe-
Auguste, auraient voulu obéir ponctuellement aux ordres du
pape; mais, rencontrant de grandes difficultés, ils auraient
demandé à la cour romaine quelques explications sur la manière
de faire observer la censure qui frappait leur patrie. Le pape
aurait répondu aux évêques de la Bretagne en leur adressant la
lettre que nous publions. Cette lettre, comme nous l'avons dit au
commencement de ce travail, apporta quelques adoucissements à
la discipline ecclésiastique, alors très-sévère. Mais quelle est la
portée de ces adoucissements? C'est ce que nous nous efforcerons
d'expliquer dans une autre étude, en faisant comprendre, autant
que nous le pourrons, la nature et le but de l'interdit.
L'abbé Chauffier.
BIBLIOGRAPHIE.
Histoire des Etats Généraux, considérés au point de vue de leur
influence sur le go%ivernement de la France, de ^335 à 4GI4 , par
Georges Picot, juge au tribunal de la Seine; ouvrage cour oniié
par V Académie des Sciences morales et politiques. Paris, Hachette,
^872, 4 vol. in-8».
Bien que, pendant ces derniers temps, l'attention publique se soit
portée avec une préférence marquée vers la question de l'origine et
de la succession de nos assemblées nationales, comme le faisait obser-
ver déjà Augustin Thierry, il y a vingt ans, on est forcé de reconnaître
qu'il n'avait point été publié jusqu'ici de travail d'ensemble complet
et satisfaisant au point de vue scientifique sur cette importante ma-
tière. L'excellent ouvrage auquel nous souhaitons ici la bienvenue,
vient heureusement combler cette regrettable lacune. Si le mérite d'un
écrivain doit être apprécié d'après la difficulté de son travail, M. Picot
en possède un grand assurément. Pour traiter convenablement un
pareil sujet, il fallait joindre à de vastes connaissances l'exactitude
d'un critique accoutumé à manier les choses historiques et à se garantir
des entraînements de l'esprit de système. C'est ce qui frappe tout
d'abord dans cette nouvelle histoire des États Généraux ; l'auteur a
su se tenir à distance des vagues théories, et ne s'écarte pas de l'étude
sérieuse et impartiale des faits. L'AcadémiedesSciences morales et poli-
tiques lui a décerné le premier prix du concours d'histoire en 1870,
et M. Guizot, dans un rapport très favorable, l'a signalé comme « l'un
des travaux les plus considérables qui aient été entrepris sur l'histoire
de France et le plus grand travail qui ait été fait sur les Etats Géné-
raux. » Avant de le donner au public, M. Picot a voulu le soumettre à
une rigoureuse révision^ le compléter et l'améliorer, ce qu'il a fait
avec un plein succès et de manière à défier pour ainsi dire la critique
la plus sévère.
L'auteur prend les Etats à leur début et retrace leur histoire jusqu'à
la dernière assemblée réunie avant celle de 1789, c'est-à-dire jusqu'en
461Zi. Dans une introduction sommaire, il examine rapidement les
formes de la délibération publique chez les Gaulois, chez les Ger-
mains et sous les deux premières races, il indique l'obstacle insurmon-
table apporté par le régime féodal à la réunion d'assemblées natio-
nales, et constate une sorte de réveil du principe délibératif, coïncidant
607
avec la reconnaissance par la royauté du privilège communal. Il nous
montre les juristes, sortis du sein de la bourgeoisie, admis peu à peu,
à partir du xiii" siècle, dans le conseil du roi; saint Louis consultant
quelquefois les délégués des villes , pour des affaires locales, et pré-
parant de cette façon le plus important des éléments qui allaient
former les Etats Généraux. Puis il arrive à la première assemblée véri-
table des trois états réunis par Philippe-le-Bel, le 10 avril 1302. 11
expose brièvement le motif de leur convocation, leurs travaux et les
résultats de cet essai tenté par le roi uniquement dans un but d'intérêt
particulier. Il fait de même pour les autres principales sessions tenues
sous ce règne et sous ceux de Pliilippe-le-Long et de Philippe de
"Valois.
Sans doute, cette première partie eût gagné à être traitée avec plus
de développements, et la question de l'origine des Etats Généraux méri-
terait une étude plus approfondie, mais le programme de l'Académie
était déjà tellement vaste qu'on ne saurait faire un reproche à M. Picot
de n'avoir pas élargi davantage le cadre qui lui était tracé. Il s'y est
conformé très fidèlement, et son ouvrage, à proprement parler, a pour
point de départ les Etats réunis par le roi Jean à la fin de l'année 1355.
A partir de cette époque, les documents commencent à abonder, les
faits sont assez faciles à établir, et il devient possible d'examiner
sérieusement le rôle des assemblées et d'apprécier l'influence qu'elles
ont exercée sur le gouvernement et principalement sur l'administra-
tion financière.
Dès lors M. Picot traite son sujet de la manière la plus complète dans
son ensemble et dans ses détails. On voit qu'il a fait une étude très
sérieuse des procès-verbaux des assemblées d'Etats et des cahiers de
doléances des différents ordres, et qu'il a su en tirer tout le parti dési-
rable. Il puise largement aussi dans les chroniques contemporaines
ainsi que dans les recueils de pièces originales, publiées et inédites,
susceptibles d'apporter quelque lumière sur des particularités mal
connues et qui lui permettent même de mettre au jour certains faits
entièrement ignorés. C'est ainsi que, notamment pour les Etats Géné-
raux assemblés sous Charles VU, ses recherches consciencieuses le
mettent à même d'indiquer des sessions omises par Beugnot dans sa
Chronologie des Elals-Génératix, et qui avaient échappé également à
M. Rathery. Les Etats, en effet, durant cette période, s'assemblèrent à
des intervalles très rapprochés et travaillèrent avec dévouement à
relever la France ruinée par la guerre et les dilapidations ; aussi
M. Picot, nous montrant les efforts de ces assemblées, peut-il à juste
titre leur attribuer une part assez large dans la réorganisation du
royaume et décider en connaissance de cause que Charles VII fut aussi
bien servi par les députés que par ses capitaines.
Notre intention n'est point, on le comprend, de suivre pas à pas
608
Tauteur de l'Histoire des Etats Généraux et d'analyser ces quatre volumes
si bien remplis. Ce serait dépasser les limites dans lesquelles nous
sommes obligé de nous renfermer. Mais pour tâcher de donner une
idée juste de ce grand travail, nous allons seulement essayer d'en
retracer le plan, qui est très bien conçu et fidèlement exécuté.
L'ouvrage est divisé en deux parties distinctes, en deux expo-
sitions parallèles, qui. chacune indépendamment de l'autre, forment
un tout complet ; la première est le récit historique et chronologique
des faits, et la seconde, l'exposé, par ordre de matières, des proposi-
tions renfermées dans les cnhieis des trois ordres^ des questions agi-
tées dans leurs délibérations, et des réformes et modifications ({u'elles
ont produites dans le gouvernement et dans les difl'ércntes branches
de l'administration. Chaque règne est l'objet d'un chapitre spécial.
M. Picot retrace la situation générale du royaume^, au moment de
chaque session, les faits particuliers qui ont déterminé directement la
convocation d'une assemblée, les incidents qui ont signalé les élections
ou la réunion des députés; après quoi il entre dans le récit très-cir-
constancié des divers événements qui se sont produits au sein des
Etats. Ensuite il examine successivement leur influence au point de
vue du gouvernement général, des affaires ecclésiastiques, de l'orga-
nisation judiciaire et de la législation (partie à laquelle M. Picot a
donné ses soins d'une manière toute spéciale), de l'organisation finan-
cière et des impôts, du commerce et de l'industrie, de l'organisation
militaire, de la noblesse et des rapports des différents ordres entre
eux, de la police, de l'administration municipale, etc. Des divisions
semblables sont adoptées pour toute la suite des Etats Généraux, de
sorte que rien n'est plus facile que de se rendre compte des résultats
des diverses sessions sur chacune des matières que nous venons d'indi-
quer sommairement, et d'en faire une intéressante comparaison. De
plus, après le récit et l'exposé des travaux de chaque session impor-
tante, l'auteur a placé des tableaux synoptiques qui en sont comme le
résumé méthodique et qui présentent une grande utilité dans un tra-
vail composé d'éléments aussi nombreux. On y trouve un rapproche-
ment très exact entre les vœux des députés et les articles des ordon-
nances royales qui y donnent satisfaction.
Les plus considérables assemblées de notables qui, pour ne pas offrir
les caractères d'une représentation nationale et d'une indépendance
relative vis-à-vis du pouvoir, comme les Etats Généraux, ne laissent
pas cependant que d'être d'un grand intérêt, tant à cause des per-
sonnages réunis que pour l'importance des questions traitées, n'ont
pas été négligées par M, Picot. Les assemblées de notables convoquées
à Rouen en 1596 et en 1617, notamment, ainsi que celle de Paris, en
1626-1627, sont l'objet d'un examen sérieux, dont les résultats se lient
parfaitement avec ceux de l'ensemble de cet ouvrage. Sans parler des
609
résumés spéciaux que l'on trouve à la fin de chaque période, l'Histoire
des Etats Généraux se termine par un important résumé général, où
l'auteur traite particulièrement de l'autorité des Etats et des causes de
leur peu de succès. Ajoutons qu'une table analytique des matières
bien ordonnée et suffisamment développée forme le très utile complé-
ment de ce grand travail.
Avant de terminer cette notice, nous voudrions signaler à M. Picot
un certain nombre de points qui se trouvent forcément un peu négligés
dans le cours de son ouvrage, et qu'on désirerait voir traités d'une
manière plus complète dans une histoire définitive des Etats Généraux.
Ce n'est pas un blâme que nous lui adressons, puisque nous avons vu
comment son cadre était limité, et avec quel soin et quelle exactitude
il l'a rempli; c'est un vœu que nous émettons dans l'intérêt de la
science. Comme nous l'avons dit plus haut, les premiers Etats Géné-
raux, étant en dehors du programme de l'Académie, n'ont été l'objet
de la part de M. Picot que d'un examen sommaire. Bien qu'il soit assez
difficile de trouver des documents nouveaux pour cette époque, on
pourrait peut-être arriver à faire l'historique à peu près complet de
toutes les assemblées qui se tinrent pendant la première moitié du
xiye siècle. L'article rempli de renseignements intéressants, publié par
M. Boutaric dans ce recueil même (xxi^ année, p. 1), serait d'un grand
secours pour ce travail.
Quelques autres parties, quoique accessoires, demanderaient aussi
des recherches nouvelles et plus de développements. Nous voulons
parler de la forme et du cérémonial des assemblées d'Etats, et surtout
de la question des élections. Il ne serait pas impossible, en dépit d'une
certaine obscurité, qui enveloppe encore ce sujet, de trouver matière
à un chapitre, fort curieux^ où l'on étudierait le mécanisme électoral
aux diverses époques de notre histoire, les mesures prises pour la
votation, la réunion et l'organisation des assemblées locales prépara-
toires, dont l'objet était de former la députation et de dresser le cahier
du bailliage. Déjà des travaux partiels ont été publiés sur ce point
intéressant. Nous citerons par exemple l'article de M. Paul Violletsur
VEleclion des députés aux Etats Généraux réunis à Tours, en l/(68 et
en 1^8^ (Bibl. de l'Ecole des Chartes, tome 27, p. 22), dont M. Picot a
eu connaissance, ainsi qu'une notice plus ancienne insérée dans le
même recueil (tome 7. p. Zi36) par M. Taillandier avec le Procès-verbal
de rassemblée préparatoire des trois états de la Prévôté de Paris, pour
députer aux Etats de Blois, en 1388.
Un autre point que l'on aimerait à voir traiter et qui donnerait satis-
faction aux justes exigences de l'érudition, serait la bibliographie com-
plète des ouvrages, avec une liste des documents publiés et inédits,
concernant l'histoire des Etats Généraux. D'ailleurs M. Picot sait mieux
que personne ce qu'il reste à faire, et nous sommes certain qu'il ne
40
(HO
voudra pas laisser à un autre l'honneur de mener à bonne fin cette
tàclii! qu'il a courageusement entreprise, et dont la partie accomplie
déjà se distingue par d'aussi solides et éminentes qualités. Car, malgré
l'étendue du travail qu'il vient de donner au public, malgré le résultat
nouveau et considérable auquel il est arrivé, il ne considère pas son
œuvre comme terminée, et il se propose, ainsi qu'il l'annonce dans sa
préface, de publier les principaux cahi(3rs de doléances des députés
des trois ordres, qui formeront en quelque sorte les pièces justificatives
de son Histoire des Etats Généraux. Peut-être aussi jugera-t-il néces-
saire de nous donner les procès-verbaux complets des principales ses-
sions, pour compléter la série commencée par M. A. Dernier, qui a
publié, malheureusement avec trop peu de soin, le journal des Etats
de l/jS/i, et par M. Aug. Bernard pour les Etats de la Ligue. Au surplus,
lors même que M. Picot ne pourrait accomplir que la moitié de cette
tâche, presque colossale, sa part serait déjà fort belle; et pour ce qu'il
a fait déjà aussi bien que pour ce qu'il se propose de faire, il mérite
à coup sûr les éloges et les encouragements de tous ceux qui portent
quelque intérêt au développement des sciences historiques.
Paul GuÉRiN.
Collection des poèmes français du Xlf" et du XIH" siècle^ par
G. Hippeau. — Glossaire, V'^ partie^ xxxiv-248 p. \ 866 ; 2'' partie,
xxviii-494 p. 1873. Paris, Aubry, in-8". — Prix H 2 fr.
11 est de mauvais livres à l'égard desquels on hésite à se montrer
sévère : à un débutant on doit toute indulgence. On ne saurait non plus
se montrer exigeant envers ceux qui travaillent loin des centres littéraires^
sans conseils, souvent presque sans livres. Puis, dans notre pays, la
critique a longtemps été si peu attentive au mouvement scientitique,
que beaucoup de travailleurs ont pu entrer et persévérer dans une
mauvaise voie sans qu'un avis opportun leur soit venu en aide. Mais en
présence du livre dont j'ai à rendre compte, l'esprit le plus favorablement
disposé chercherait en vain un motif d'indulgence. M. Hippeau n'est
pas, tant s'en faut, un débutant. Sa plus ancienne publication relative
à notre ancienne littérature, le Bestiaire de Guillaume, a vingt ans de
date : beaucoup d'autres lui ont succédé, sans qu'un progrès appréciable
se soit manifesté dans la manière de faire de l'auteur. Et pourtant les
avertissements ne lui ont pas manqué. Il me suffira de lui rappeler les
comptes- rendus qui ont été faits de son Bel inconnu', de son Bestiaire
d'amour*, de son Gauvain'% récemment de sa Conquête de Jérusalem^
1. Correspondance liltéraire, 18G1, n" 5.
2. lahrhuch /". romanische Litcratur IV, 411 (art. de M. Mussafia).
3. Germania VIIF, 217 (art, de M. Mussafia).
■'i. Bibl. de l'Ecole des chartes XX.\I (1870), 227.
6H
Mais, insouciant des progrès de la science, M. Hippeau continue à mettre
au jour des productions que n''eus5ent pas avouées les éditeurs d'il y a
cinquante ans.
Ce qui est le moins concevable, c'est la publication du prétendu glos-
saire dont je vais parler. Dans la préface de la première partie, mise en
vente en 1866, M. Hippeau émettait des prétentions ipii, si peu élevées
qu'elles fussent, étaient loin d'être justiiiées. Pour lui, il ne s'agissait
point de composer un ouvrage de première main, il n'ambitionnait que
le rôle de vulgarisateur, et n'avait voulu que compiler à l'aide des
dictionnaires déjà publiés un ouvrage utile aux commençants. Il était
hardi, assurément, de faire d'une compilation de cette sorte le complé-
ment d'une « collection des poèmes français du xa<^ et du xiii^ siècle »
(voir le titre transcrit ci-dessus), mais ce qui est plus grave encore,
c'est que le but modeste que l'auteur se proposait était bien loin d'être
atteint. Après avoir énuméré les conditions auxquelles aurait à satisfaire
une simple compilation des travaux lexicographiques déjà existant sur
notre ancienne langue, notre confrère G. Paris s'exprimait ainsi au
sujet du « glossaire » de M. Hippeau : « C'est bien au-dessous d'un
>> semblable ouvrage qu'il faut placer celui qu'on a le courage d'offrir
» actuellement au public. L'auteur n'a à peu près consulté que Roquefort
» (sans le Supplément), et le glossaire français joint à Ducange; aussi
» ne sait-on pas s'il a plus péché par omission ou par admission : les mots
» les plus usuels, les formes les plus correctes manquent dans son livre où
» foisonnent les vocables fantastiques que Roquefort puisait dans ses
» souvenirs mal digérés, et les formes monstrueuses qui ne doivent le
» plus souvent leur existence qu'aux fautes de lecture des premiers
» déchiffreurs . Le sens est donné au hasard par un procédé des plus
» simples : Roquefort, en général, traduit un ancien mot par une douzaine
>■> de mots modernes, qui souvent n'ont aucun rapport ; son abréviateur
» en prend cinq ou six dans le nombre, et supprime les autres, laissant
» subsister d'ailleurs à chaque instant les interprétations les plus vagues,
» les plus hasardées et même les plus grotesques. Le travail de M. H.
)> s'est borné à ces retranchements, à d'autres qui ont fait disparaître
» sans raison un grand nombre de mots donnés par Roquefort ou Ducange,
» à la suppression de toutes les citations et même des renvois, et à la
» réunion (aussi arbitraire que possible, et telle qu'il semble vraiment
» qu'un enfant a été chargé de cette opération) des mots qui se groupent
» ensemble. — D'ailleurs le même mot est rapporté plusieurs fois sous
» différentes formes (et quelquefois traduit différemment à chaque
» endroit) ; le dérivé est très-souvent mis en tète de l'article, et le primi-
» tif ne se trouve pas à son rang : on trouve fréquemment des renvois
» à des mots qui n'existent pas dans le glossaire ; enfin, chose inouïe,
» mais qui s'étale à chaque colonne, l'auteur n'a même pas pris la peine
» de suivre rigoureusement l'ordre alphabétique : il le viole constam-
«>^2
» ment de façon à introduire dans son œuvre, où cet élément de désordre
I) se joint à tant d'autres, la confusion la plus inextricable*. »
Je sais que l'appréciation qu'on vient de lire a été connue de M.Hippeau,
et je suppose qu'elle n'a pas été sans influence sur le long retard qu'a
éprouvé la mise au jour de la seconde partie du « glossaire ». Mais elle
a été sans effet sur le travail du compilateur. Il est triste d'avoir h
constater que ces dures paroles s'appliquent aussi complètement à la
seconde partie publiée en 1872 qu'à la première publiée en 1866. Si je
voulais en vérifier l'application, je n'aurais que l'embarras des exemples.
Je me bornerai à citer un petit nombre de faits choisis de façon à mettre
le lecteur en état d'apprécier ce que M. H. a apporté de soin, de savoir
et de jugement à son travail.
L'ordre alphabétique n'est pas plus rigoureusement observé dans la
seconde partie que dans la première. Que l'on ne vienne pas dire que
peut-être le tout était imprimé dès 1866, — il y a en tête du second
volume un « supplément au premier volume, » paginé en romain, qui a
été fait en suite de certaines observations de notre confrère G. Paris, et
compilé principalement à Taide du Supplément de Roquefort, du glos-
saire qui fait partie de la Chrestomathie française de M. Bartsch, et de
celui que M. Joly a joint à sa « belle publication du roman de Troie ».
Dans ce supplément, je trouve, à la première page, aceinle et aceminer,
après achaterres, et il y a des fautes de même genre dans toutes les
pages suivantes; L'absence du soin matériel est tellement évidente, qu'on
pourrait se demander si l'auteur a pris la peine de relire ses épreuves;
il traduit abuvrer par « abeuvrer t ; à'achetivë il renvoie à caits, mot
bizarre qu'on ne trouve point dans ce glossaire ni ailleurs, j'imagine; —
de plom il renvoie à plom, le mot même dont il écrit l'article ; — il
traduit arceleclm, qui au moyen-âge a été pris pour un nom propre,
» comme chacun sait, par archituclin. » — Il réunit en un même
article auctentique (qu'il traduit avec une incontestable exactitude par
« authentique ») et « aucuens, aucun; » quel rapport y a-t-il entre ces
deux mots? — Il serait assez inutile de discuter les formes des mots
admis dans ce glossaire, ou les traductions et élymologies qui y sont
jointes, mais il peut être intéressant de relever dans un travail composé
par un ancien professeur de faculté l'article suivant : « Blei, bleis, bleil,
blé, lat. bladum. » Ainsi M. Hippeau pense que bladum est un mot
latin. Assurément il n'a pas cherché l'étymologie de blé dans le diction-
naire de M. Littré. — J'ajoute que si M. H. ne se tenait pas pour
satisfait de cet exemple, je lui opposerais d'autres barbarismes que je tiens
en réserve.
Si M. H. n'a pas été plus heureux dans ses étymologies cette fois qu'à
l'ordinaire, il en a été plus sobre qu'il ne l'est habituellement. 11 donne
1. Revue critique, année 1867, t. I. p. 375.
613
pour prétexte (2« partie, p. m) qu'il ne peut mieux faire que de renvoyer
aux publications de M. Brachet. C'est une mauvaise raison. M. Brachet a
fait un dictionnaire étymologique du français actuel, où manquent par
conséquent un très-grand nombre des mots enregistrés par M. Hippeau.
Puis on aurait compris que M. H. renvoyât à M. Brachet pour les
ètymologies données par ce dernier; mais c'est précisément ce qui n'a
pas lieu. Ainsi, iM. H. donne l'étymologie de mil en conformité avec
M. Brachet, à savoir le laiia mille. De même pour ?nillesme, latin mille-
simus. Ces deux ètymologies sont de trop, en vertu des règles posées par
M. H. lai-même dans sa préface, mais enfin, soit que M. H. les ait
empruntées à M. Brachet, soit qu'il les ait trouvées à lui tout seul, elles
sont justes. Mais M. H. a été rarement aussi bien inspiré, même en des
cas où il n'avait qu'à suivre M. Brachet. Ainsi pour le mot cacier, cachier
qui est le français actuel chasser, et qu'on s'accorde à faire venir d'une
forme du latin vulgaire telle que captiare, M. H. indique calcare! Il
n'est pas possible d'ignorer plus complètement les règles qui ont présidé
à la formation de notre langue.
M. H. faisant dans son introduction (p. iii-iv) allusion aux critiques
adressées à ses précédentes publications s'exprime ainsi : « Nous n'avons
" » rien à répondre à ceux qui y ont relevé quelques erreurs de détail,
» inséparables de pareils travaux. Il nous serait facile d'en relever un
» bien plus grand nombre dans des publications dues à des hommes dont
» les noms ont beaucoup plus d''autorité que le nôtre. » Le lecteur
appréciera ce qu'il y a de vraisemblable dans cette assertion, lorsqu'il
saura que M. H., au lieu de donner la preuve du discernement dont il se
vante, a religieusement conservé dans sa compilation la plupart des erreurs
de ses devanciers. Ainsi, il traduit comme M. Bartsch, abregier par
« faire le bergier ' ; » il reproduit les barbarismes ou les contre-sens de
M. Joly, ceux même que la critique a depuis longtemps relevés*, tels que
le fantastique « anerail, troupeau d'agneaux. » il va prendre dans
Roquefort ou ailleurs des mots patois, même des mots purement
provençaux, tels que auzor qui est le latin altior et qu'il traduit par
« hauteur »! tels que aijsi <> ainsi », azet « vinaigre ». Enfin, on
trouve dans ce glossaire, où manquent tant de mots de l'ancienne langue,
« jaspiner, bavarder », et « gnaf, cordonnier » !
Comme, malgré bien des superfluitès, ce « glossaire » formait un
volume par trop mince (les lettres M à Z occupent 160 pages seulement).
1. M. Bartsch, même dans la seconde édition de sa Chrestomathie française,
traduit par « être berger » le mot abregier dans ces vers de PatheUn :
Et quant je vy qu'il eut puissance
D'aller aux champs, pour abregier,
Je le fis estre mon bergier.
2. Voy. l'art, de notre confrère M. Panaier, Revue critique, 1870, art. 71.
6iA
M. H. a eu l'idée de recueillir dans un appendice un « choix de
quelques locutions remarquables. » Ces locutions n'offrent généralement
rien qui soit digne de remarque. Voici les deux premières : « aider,
savoir s'aider, savoir se défendre. — allure, grande allure, à grands
pas. » Ce hors-d'œuvre a été pour M. H. l'occasion de diverses erreurs
que je ne relèverai pas.
Eu terminant son avant-propos, M. H, nous fait savoir que depuis bien
des années il travaille à la composition d"un vaste répertoire de notre
ancienne langue, dans lequel le sens de tous les mots sera justifié par
des exemples. <c J'attends, » dit-il, « pour publier un ouvrage qui doit,
» dans ma pensée, prendre place à côté de celui que l'illustre Raynouard
» a consacré à la langue d'oc, le jour où je ne le croirai pas indigne
» d'être offert au monde savant. » Ces lignes, où se révèlent tant d'illu-
sions, m'ont décidé à écrire cet article. Evidemment M. Hippeau ne
soupçonne pas plus le tort qu'il fait à la science française que les difficul-
tés et les obligations de sa tâche. Mais ceux qui sont fatigués de lire ou
d'entendre ce qui se dit à l'étranger sur la légèreté française, sur le
manque de conscience des Français, penseront sans doute avec moi qu'H
faut d'abord nous faire justice entre nous^ si nous voulons être respectés
au dehors.
Paul Meyer.
Cours historique de langue française. De l'enseignement de notre
langue^ par Ch. Marty-Laveaux. Paris, Lemerre, i872. In-^2 de
M9 p. — Prix : \ franc.
La Bibliothèque de l'École des chartes a déjà annoncé (voir plus haut
p. 5/i3) la série d'opuscules, composant un cours historique de langue
française, que se propose de publier notre confrère, M. Marty-Laveaux.
Voici le premier volume de la collection. L'auteur y expose en une suite
de chapitres très-courts et d'une lecture agréable et facile le plan qu'il
développera dans les volumes suivants. Aussi voulons-nous accorder à ce
petit livre, quelque mince qu'il soit, autre chose qu'une simple mention.
En dépit des importantes découvertes opérées dans le domaine de la
linguistique depuis le commencement de ce siècle, l'étude de notre langue
nationale est restée presque stationnaire. Tandis qu'on se décidait peu à
peu à modifier selon les exigences modernes les' vieux programmes d'en-
seignement élémentaire et secondaire dans presque toutes leurs autres
parties, pour l'étude de notre grammaire nous en restions à peu de chose
près aux règles établies par Lhomond. M. M.-L. a pensé avec raison qu'il
ne fallait pas attendre le bon vouloir d'un ministre de l'instruction pultli-
que pour entreprendre de faire pénétrer dans l'instruction de nos enfants
quelques notions de la méthode nouvelle ; mais, d'autre part, connaissant
le peu de goût de ses compatriotes pour les ouvrages d'apparence scienti-
fique, c'est peu à peu^ dans une série de petits traités, qu'il s'efforcera de
leur expliquer les principes à adopter dans les classes.
Les précédents travaux de M. M.-L. l'avaient très-bien préparé à une
semblable entreprise. Il est chez nous peu de gens aussi versés que lui
dans la lecture des lexicographes et des grammairiens du xvr et du xvu^
siècles. Cette connaissance approfondie des œuvres linguistiques d'une
époque aussi importante pour l'histoire du français donnera certainement
une valeur toute particulière à son livre, et même, sous une forme légère,
ne manquera pas de fournir de précieuses contributions à la science. On
a dès aujourd'hui un avant-goût des curieuses remarques que les pro-
chains fascicules nous réservent. C'est ainsi que M. Marty-Laveaux entre-
prend avec succès une réhabilitation de ce Vaugelas, qu'on regardait géné-
ralement jusqu'à ce jour comme le codificateur trop rigoureux de la langue.
11 nous le montre doué pour son époque d'une vue assez nette des ori-
gines et des développements du français, étudiant nos « vieux autheurs »
et y trouvant quelquefois l'explication vraie de formes alors incomprises*.
C'est ainsi encore qu'on voit au même endroit Patru s'appuyant sur a l'u-
sage des ancêtres >^ pour justifier des expressions vieillies comme « grand
mère » et « lettres royaux. »
Si l'on en juge par ce qu'en dit cet exposé, plusieurs des idées qui
seront exprimées dans les prochains Ii\Tets nous semblent dès à présent
admissibles ; telles sont celles qui ont trait à la forme neutre de certains
pronoms et surtout à la non-existence de la voix passive en français. Mais
dès à présent aussi on peut prévoir qu'il y aura des parties plus contesta-
bles dans cette œuvre, et nous prions M. M.-Laveaux de porter sur les
points que nous allons lui signaler toute son attention. Nous voulons
parler de ceux de ses opuscules où il traitera de l'étymologie, de l'his-
toire de la langue antérieurement au xvi' siècle, et surtout de ses origines
et de sa formation. Sur ces diverses questions, M. M.-L. ne nous paraît
pas être tout à fait au courant de la science. Sa prédilection pour l'ou-
vrage estimable, mais aujourd'hui arriéré, de Chevallet est évidente, et
nous lui voudrions voir plus souvent citer des livres désormais classiques,
comme la grammaire des langues romanes de Diez, dont M. Brachet a
fait, pour ce qui regarde le français, un abrégé commode. La connais-
sance de la phonétique est une des plus lentes à pénétrer parmi les érudits
français, mais c'est une des plus indispensables. D'autre part, si M. M.-L.
s'était mieux rendu compte de l'influence de l'accentuation latine sur la
formation du français, il aurait pu expliquer des mots tels que « ils
reçoivent », qu'il considère, en désespoir de cause, comme irréguliers.
Nous pensons que M. M.-L. voudra bien voir dans les courtes observa-
tions qui précèdent une preuve de l'intérêt que nous prenons au travail
I. Voyez page 71, sur le mol liesse.
6^6
nécessaire qii'il entreprend, comme nous faisons pour tout ce qui tend à
faire mieux apprécier notre vieille langue et notre vieille littérature.
Léopold Pannier,
Antoine Court. Histoire de la restauration du protestantisme en
France au xviiie siècle^ d'après des documents inédits^ par Edmond
Hugues. Paris, Michel Lévy, ^872. 2 vol. in-8-, de xx-495 et oiO
pp. — Prix : V6 ïv.
Après la révocation de l'édit de Nantes et la défaite des Camisards, on
pouvait croire que c'en était fait en France de la religion réformée. Les plus
riches et les plus fervents parmi ceux des protestants qui avaient échappé
à la mort étaient à l'étranger ou sur les galères, et il ne semblait pas
difficile d'avoir raison de ce qui restait, pauvre troupe sans chef et
sans asile, traquée de toutes parts. Aussi en 1715, Louis XIV, pensant
avoir assuré à jamais la grandeur de son royaume en le débarrassant de
tarit d'hommes éminents par leur intelligence ou par leur industrie, put-
il proclamer la disparition du protestatitisme français.
Cependant si persécutée qu'elle eût été depuis plus de trente ans, la
foi des réformés n'était pas irrévocablement éteinte, et, au moment même
où mourait le grand roi, un enfant de 18 ans parcourait les Cévennes, le
Languedoc et le Dauphiné, relevant en maints endroits le courage de ses
coreligionnaires relaps et réorganisant un culte régulier jusque sur les
galères de Marseille. Cet enfant, qui était né de parents obscurs et peu
aisés, dans une petite ville du Vivarais, à Villeneuve de Berg, s'appelait
Antoine Court. Et tels furent son ardeur, son dévouement, son inébran-
lable énergie, telle fut l'activité qu'il déploya avec les prédicants qui se
groupèrent autour de lui, que, malgré de nouvelles persécutions, d'iné-
vitables rivalités et bien des défaillances, il eut la joie, lorsqu'il s'éteignit
brisé par la fatigue etpar la lutte en 1760, de voir de tous côtés se relever
de nouvelles églises, et, après les deux synodes nationaux de 1756 et de
1758, le protestantisme français définitivement reconstitué.
Les deux volumes que vient de publier M. Edmond Hugues sont con-
sacrés à l'histoire émouvante de cette restauration. Notre intention n'étant
pas d'en donner ici une analyse détaillée^ nous nous bornerons à faire sur
cet ouvrage une observation générale. Si grande qu'ait été la part d'An-
toine Court dans le réveil qui se manifesta durant les premières années
du xviiie siècle, peut-être est-il possible de reprocher à M. Hugues d'avoir
donné trop d'importance au héros qu'il avait choisi et de se montrer trop
souvent enclin à lui faire honneur de résultats que devaient produire le
cours naturel des événements et les dispositions générales des esprits.
Cela tient surtout, croyons-nous, à la façon dont le livre a été composé.
Nous imaginons que , frappé tout d'abord de la multitude de documents
inédits tant sur Antoine Court que sur ses compagnons de lutte qu'il ren-
647
contrait aussi bien à Genève et à Montpellier qu'à Paris dans la Bibliothèque
et les Archives nationales, M. Hugues a facilement conçu l'idée de faire
d'Antoine Court le centre et l'agent principal du mouvement. Le livre y
a certainement gagné en couleur et en intérêt ; on sent à la fermeté et à
l'enthousiasme avec lesquels est peint le principal personnage que l'au-
teur eût été capable de combattre et de souffrir comme lui. Mais, malgré
la simplicité de son plan, et bien qu'il faille le louer d'avoir tenu à puiser
abondamment à des sources si riches et si diverses, il nous semble se
perdre un peu au milieu de la foule énorme de matériaux qu'il avait ras-
semblés et qu'il a ensuite utilisés partout, dans son texte, dans ses notes,
et dans de longs appendices. L'amour dont M. Hugues était épris pour
son sujet lui a fait accueillir sans contrôle suffisant tous les renseigne-
ments, de quelque part qu'ils vinssent; et, une fois entraîné, il ne les a
pas toujours interrogés avec la critique nécessaire ni groupés de façon à
éviter quelques répétitions.
A ces remarques près, nous ne saurions trop recommander l'ouvrage
de M. E. Hugues. La réunion même de tant de renseignements nouveaux,
lettres inédites, déclarations, mémoires secrets, en font un livre indispen-
sable à quiconque voudra connaître l'histoire vraie du protestantisme en
France pendant la période de cent années qui va de la révocation de
l'Edit de Nantes à la Révolution. Et nous sommes certain en outre qu'après
l'avoir ouvert, on le lira jusqu'au bout, gagné par la chaleur du style et
la sincérité du récit, ce qui n'empêche pas l'expression de la pensée d'être
toujours juste et modérée.
Léopold Pannier.
OEUVRES complètes du trouvère Adam de la Halle (poésies et musique)
publiées sous les auspices de la Société des scieaces^ des lettres et
des arts de Lille, parE. de Coussemaker, correspondant de l'Ins-
titut. Paris, Durand et Pédone- Lauriel. 4872. ln-8° de lxxiv et
440 p. avec un fac-similé.
La place qu'Adam de la Halle, souvent appelé Adam le Bossu, tient
dans l'histoire littéraire de l'Artois au xiii^ siècle justifie les sacrifices que
se sont imposés M. de Coussemaker et ses confrères de la Société de Lille
pour rassembler et mettre en lumière les œuvres complètes d'un aussi
célèbre trouvère. Le beau volume qu'ils viennent de publier comprend
3Zi chansons, 17 jeux partis, 16 rondeaux, 5 motets, le congé d'Adam
d'Arras, le poème du roi de Sicile, le jeu d'Adam ou de la Feuillie, le jeu
de Robin et de Marion et le jeu du Pèlerin. Les manuscrits employés par
l'éditeur sont au nombre de quinze : les mss. français 25566, 2Z|/i06, 8i6, 847,
7363, 12615 et 7218 de la Bibliothèque nationale ; le ms. de l'ArsenalB. L.
franc. 120 A, le n° 657 d'Arras, le n" 196 de Montpellier, le n» 572 d'Aix,
6^8
un fragment trouvé à Cambrai en 1839, le ms. l/j90 de la reine de Suède
au Vatican, le ms. Douce 308 à Oxford et le ms. H.X. 36 de Sienne.
Le plus grand nombre des pièces d'Adam de la Halle étaient encore iné-
dites. Le texte en aurait sans doute pu être établi avec plus d'exactitude,
comme le prouvent les neuf pages d'errata qu'a fournies M. Guesnon, sans
avoir même vu la plupart des manuscrits; mais ce que l'édition de M. dé
Coussemaker peut laisser à désirer pour le texte se trouve compensé par
le soin avec lequel est reproduite et interprétée la musique de toutes les
pièces. En effet, les compositions musicales d'Adam de la Halle ne méri-
taient pas moins d'être connues que ses compositions poétiques, et ce
n'est pas la première fois que M. de Coussemaker a su rendre service en
même temps à l'archéologie musicale et à l'histoire littéraire.
Fragment d'une anthologie picarde (xiu"^ siècle) par A. Boucherie.
Montpellier el Paris, librairie Franck. 1872. 111-8" de 30 pages.
Au moment même où M. de Coussemaker faisait paraître son édition
des œuvres d'Adam de la Halle, M. Boucherie publiait, avec de savants
commentaires, dans la collection de la Société pour l'étude des langues
romanes, quelques pièces picardes, copiées au xv« siècle à la lin du ms,
qui porte le n° 236 àla bibl.de l'École de médecine de Montpellier. D'après
la description que les auteurs dn Catalogue gé)iéral (1, 375) ont donnée de
ce ms., on ne pouvait guère espérer y rencontrer une jolie petite collec-
tion de poésies, que l'éditeur a légitimement rattachées à l'école arté-
sienne du xiii« siècle, et dont deux au moins sont l'œuvre d'Adam de la
Halle. Le ms. 236 de Montpellier vient donc s'ajouter aux quinze mss.
dans lesquels on avait précédemment signalé des poésies d'Adam.
Prière The'ophile, dit du xve siècle, publié pour la première fois
d'après un ms. [par Félix Herbet]. GhàLeauroux, typographie de
A. Nuret. 1872. In-8° de 24 p., tiré à 52 exemplaires.
Sous le titre de « Ci commence la vie Theophilus en françois^ » un
ms. sur parchemin, qui vient de la bibliothèque de M. de Monmerqué, et
qui appartient aujourd'hui à M. Herbet, renferme une prière à la Vierge,
en !xl strophes de six vers, dont voici la première :
Glorieuse vierge royne,
En qui, par la vertu divine,
Jhesu Crist prist humanité.
Tu qui es fontaine et racine
De tous biens, mon cuer enlumine,
Doulce dame, par charité.
C'est une pièce analogue à celles que renferment beaucoup de livres
d'heures du xv* siècle. Notre confrère l'a publiée en comparant l'ancien
649
manuscrit dont il est possesseur avec une copie que M. de Monmerqué
en avait faite d'après un autre manuscrit.
Nie?, des poètes bordelais et périgourdins par Guillaume Colletet, de
l'Académie française^ publiées d'après le manuscrit autographe
du Louvre, avec notes et appendices, par Philippe Tamizey de
Larroque. Paris, A. Glaudin; Bordeaux, Cli. Lefebvre. ^873. In-S»
de -104 p. (tome IV de la Collection méridionale),
M. Tamizey de Larroque avait depuis longtemps résolu de publier
toutes les notices que Guillaume Colletet a consacrées à des poètes d'outre
Loire. En 1866, il lit paraître les vies de six poètes gascons; en 1868, les
vies de deux poètes agenais, et en 1871 la vie de Guy du Faur de Pibrac.
Aujourd'hui il nous donne les vies de quatre poètes bordelais et périgour-
dins : Lancelot de Carie, Etienne de la Boëtie, Jean du Vigneau, Marc de
Mailliet. Il nous promet encore les vies de JeauBesly, d'Eustorg de Beau-
lieu, de Marc-Antoine Muret et de Jean-Pierre de Mesmes. La destruction
des manuscrits de Colletet dans l'incemiie de la bibliothèque du Louvre
ne permettra pas à M. Tamizey de Larroque de pousser plus loin son
entreprise. Nous devons d'autant plus le regretter que personne ne con-
naissait et n'appréciait mieux que lui l'œuvre de Guillaume Colletet.
M. Tamizey de Larroque est du petit nombre de savants qui ont tra-
vaillé sur le manuscrit original^ et non pas seulement sur la copie de
François Colletet. Aussi, les éditions que nous lui devons se recomman-
dent autant par l'exactitude du texte que par les notes et les éclaircisse-
ments qu'il y a ajoutés.
Nous ne pouvons pas parler ici de l'ouvrage de Colletet sans appeler
l'attention de nos lecteurs sur la substantielle notice de notre confrère,
M. Léopold Pannier, intitulée ; « Le manuscrit des Vies des poètes fran-
çois de Guillaume Colletet, brûlé dans l'incendie de la Bibliothèque du
Louvre. Essai de restitution » (Paris, librairie A. Franck, 1872, in-8° de
19 pages; extrait de la Revue critique). On y trouvera coordonnés avec
beaucoup de critique tous les renseignements qu'il a été possible de
recueillir sur les Vies de Guillaume Colletet, sur celles qui sont perdues
comme sur celles dont le texte nous a été conservé par des éditions ou
par des copies, notamment par un manuscrit que la Bibliothèque natio-
nale a récemment acheté et qui renferme ilxl vies.
Mémoire sur cette question : Jérusalem a-t-elle été prise par V armée
du calife d'Egypte dam l'année ^1096 oit dans Vannée ^098? Par
M. Defrémery. Paris, imp. nationale^ ^872. In-S" de 27 p. (Extrait
du Journal asiatique).
La plupart des historiens modernes assignent l'année 1096 pour date à
620
la prise de Jérusalem par l'armée du calife d'Egypte. M. Defrémery a
démontré qu'en faveur de cette date on ne peut invoquer que l'autorité
d'Ibn Alalhir, tandis que la date de 1098, indiquée par différents chroni-
queurs musulmans et chrétiens, est la seule qu'on puisse concilier avec
l'enchaînement des faits qui précédèrent l'entrée des croisés à Jérusalem.
Essai sur les origines de V abbaye de Baume-les-Moines^ par Bernard
Prost. Lons-le-Saunier, imp. Gauthier. 1872. 111-8" de \\1 p. —
Extrait des Mémoires de la Société d'Émulation du Jura.
Notre confrère M. Prost a retracé dans un récit intéressant l'histoire de
l'abbaye de Baume depuis l'origine jusqu'à la fin du xi" siècle. 11 y a dis-
cuté avec critique plusieurs questions difficiles. Cet instructif mémoire se
termine par sept pièces justiticatives, dont le texte est bien établi et dont
les sources sont méthodiquement indiquées. L'une d'elles est une bulle de
Grégoire VII, qui n'avait point encore été publiée, et dont l'original est
conservé aux Archives du Jura. Elle est ainsi datée : « Scriptum per ma-
num Rainerii notarii, anno V pontificatus domni Gregorii VII papœ, anno
videlicet dominicœ incarnationis millesimo LXXVIII, indictione I. » C'est,
je crois, la première fois qu'on trouve une bulle de Grégoire VII écrite par
le notaire Renier. — M. Prost signale aussi en original aux archives du
Jura la bulle d'Urbain II qui forme le n" ZiOZi3 des Regesta de Jaffé.
Cluny. La ville et V abbaye, par A. Penjon. Cluny, ^1872. In- 4 8 de
188 p.
Ce petit volume est rempli de renseignements utiles, dont beaucoup
seraient vainement cherchés dans les ouvrages plus considérables dont
l'abbaye de Cluni a été le sujet. On y remarque notamment, à la p. 156,
un catalogue des inanuscrits qui sont restés à Cluny et qui méritent une
respectueuse attention : c'est en effet le principal débris qui subsiste
aujourd'hui de lune des plus célèbres bibliothèques monastiques du
moyen âge.
Le plan que M. Penjon a joint à son volume permet de juger l'étendue
et la destination des bâtiments de l'abbaye de Cluny en 1790 et de compa-
rer l'état ancien avec l'état actuel.
Saiint Rouin et son pèlerinage, par Jules Didiot. Verdun, impr. de
Ch. Laurent. 1872. In-18 de 229 p.
Nous n'annoncerions pas ce livret de dévotion si l'auteur n'y avait point
consigné des observations qui peuvent éclaircir quelques passages de l'an-
cienne vie de saint Rouin (Rodingus), publiée par Hugues Ménard, par
Mabillon (Acta, IV, II, 532), par les Bollandistes (sept. V, 513) et en par-
tie par D. Bouquet (III, 591).
624
Tablettes historiques du Velay, paraissant le \^' de chaque mois.
Année ^87^-^872. Le Puy, Besbenoit; Paris, Dumoulin. In-S».
D'après les livraisons que nous avons sous les yeux, ce recueil mérite
(l'être recommandé à l'attention de nos lecteurs. Il renferme en effet des
morceaux historiques consciencieusement traités, et un assez grand
nombre de documents originaux, du moyen âge et des temps modernes,
reproduits avec soin et commentés avec érudition. Nous ne croyons
cependant pas pouvoir laisser passer sans observations le travail auquel a
donné lieu la charte de fondation du prieuré de Saint-Pierre-Eynac, en
date du le'- mars 1070. Cette pièce est d'une insigne fausseté. On le recon-
naîtra à la lecture des premières lignes.
« In Dei nomine. Amen. Noverint universi et singuli, présentes pariter
et futuri, banc presentem cartam inspecturi et audituri, quod, anno
dominicœ incarnationis MLXX, et die prima mensis Martii, régnante Hen-
rico imperatore, et sedente Urhano papa Romano, atque principe illus-
trissime domino Philippo, Dei gratia Francorum rege et régnante, in
nobisque notariis auctoritate imperiali personis publicis et testium subs-
criptorum presentia personaliter constitutus, potens et nobilis vir Dragu-
metus, dominus de Caplolio et d'Eynac, miles, in redemptionem peccato-
rum suorum et ad salutem animœ suœ et parentum suorum deffunctorum,
gratis, pro se et suis, instituit et dotavit et fundavit ad unum prioratum
perpetuum, in loco et ecclesia parrochiali Sancti Pétri d'Eynac perpetuis
temporibus desserviendum »
Toutes ces formules ne sauraient être antérieures au xiv^ siècle. L'in-
tervention de notaires impériaux dans un acte de 1070 constitue un gros-
sier anachronisme, et le faussaire s'est maladroitement trahi quand il a
mis en tête d'un acte de 1070 le nom d'Urbain II qui ne monta sur le
siège pontifical qu'en 1088.
Les éditeurs des Tablettes historiques du Velay ont joint à leur Revue,
sous une pagination distincte, le texte du Cartulaire de Chamalières,
composé de 384 chartes ou petites notices du x^ au xui^ siècle. Ce cartu-
laire formera un petit volume in-octavo, intitulé : Carlularium convenues
Sanctis Egidii Camaleriarum ordinis sancti Benedicti a D. H. Fraisse
publicatum. Le Puy, 1871. In-octavo. Nous n'en avons encore vu qu'un
exemplaire incomplet; mais nous pouvons dès à présent annoncer cette
publication comme très-importante, et nous devons d'autant plus en féli-
citer les éditeurs que le Cartulaire de Chamalières était à peu près inconnu.
Le manuscrit original, dont il serait bien utile d'avoir une description
exacte et détaillée, a été donné à l'évêché du Puy par M. Lacombe.
622
AiicnivES /iistoriqiies du Poitou. I. Poitiers, impr. de H. Oudin.
^872. In-8ode 4<2p.
La Société des Arcliiveshistoriqvies du Poitou, dont nous avons annoncé
la fondation (vol. de 1871, p. Z|70), vient de publier le premier volume
de son recueil. Une simple énumération des documents qu'il renferme
montrera que jamais société savante n'a débuté avec plus de bonheur et
n'a plus promptement touché le but qu'elle se propose.
Pages 1-51. Cartulaire du prieuré de Saint-Nicolas de Poitiers. Collec-
tion de Zi5 chartes ou notices, presque toutes de la seconde moitié du
xi' siècle, publiée par M. Redet, d'après un ms. du xv siècle des Archives
de la Vienne.
Pages 53-78. Cartulaire du prieuré de Libaud. M. Marchegay a réuni
32 chartes relatives à ce prieuré, qui dépendait de Fontevraud et était
situé sur le territoire de la Réorthe (Vendée). Sauf les trois dernières,
elles appartiennent à la fin du xii'^ siècle. Presque toutes sont tirées du
cartulaire de Fontevraud, conservé dans la bibliothèque de feu sir Tho-
mas Phillipps.
Pages 79-116. Dons d'hommes au xiii^ siècle en Bas-Poitou. Sous ce
titre, M. de la Boutetière a donné 35 chartes du xni^ siècle, qui fournis-
sent de curieux détails sur la condition des personnes au moyen âge dans
le Bas-Poitou. Le plus grand nombre de ces chartes ont été recueillies
aux Archives de la Vienne, dans le fonds du grand prieuré d'Aquitaine.
Pages 117-142. Extraits des archives historiques de la ville de Fontenay-
le-Comte. M. Benjamin Fillon, sous les auspices du conseil municipal de
Fontenay, rassemble, depuis 1866, tous les documents qui se rapportent
à l'histoire de cette ville. De la première série de ce recueil, comprenant
huit volumes in-folio, il a tiré 17 morceaux qui font bien saisir la pensée
quia guidé les auteurs de la compilation. Nous y avons surtout remarqué
les pièces suivantes : Épitaphe de « Hecfredus abbas, » du x^ siècle; —
charte de Richard Cœur-de-Lion pour la fondation du monastère de Saint-
André des Gourfailles (6 mai 1190); — charte de Philippe-Auguste,
datée de Parthenay, en 1207, confirmant une concession faite par Guil-
laume de Mauléon à Gérard de la Pérate ; — charte de saint Louis, datée
du camp devant Fontenay, le 26 mai 12Zi2, pour donner à Maurice Galeran
le château de Mervent et la terre des Oulières.
Pages 1^3-201. Lettres des rois de France, princes et grands person-
nages à la commune de Poitiers. Cette collection a été tirée par M. Le-
dain des registres municipaux de Poitiers; elle comprend 60 lettres, la
plus ancienne de 1Z|53, et la plus récente de 1513. Il y en a 1 de Charles VII,
32 de Louis XI, et 11 de Louis XII.
Pages 203-296. Lettres de Flandrine de Nassau, abbesse de Sainte-Croix
de Poitiers, à Charlotte Brabantine de Nassau, duchesse de la Trémoille,
623
sa sœur. — Colleclion de 65 lettres, depuis 1598 jusqu'en 1630, publiées
par M, Marchegay, d'après les originaux du chartrier du duc de la
Trémoille.
Pages 297-332. Miscellanées. Ce titre comprend divers documents
épigraphiques et diplomatiques, communiqués par MM. Beauchet-Filleau,
Bonsergent, Fillon, Marchegay et Richard. Les plus curieux sont les sui-
vants : Inscription chrétienne du v^ siècle, récemment trouvée à Saint-
Cyr en Talmondais (Vendée) et portant ces mots : NESTO.. IN PAC. —
Sceau de Alboin, évèque de Poitiers au milieu du X* siècle, gravé d'après
la matrice découverte il y a quelques années en Vendée. Ce petit monu-
ment, auquel M. Fillon attache à bon droit une grande importance,
représente une main tenant un bâton pastoral en forme de tau, avec la
légende : ALBOINI EPISCOPI. — Epitaphe du x' siècle, encastrée dans
une muraille de Saint-Hilaire-le-Grand, et que M. Bonsergent lit ainsi :
Gunterius repetit signuni crucis. Ecce quis est hic.
Hugo meus grammas nepos composuit istas.
Pages 333-378. Epigraphie romaine et gallo-romaine. Sigles figulins
trouvés à Poitiers ; par M. Bonsergent.
Pages 379-Zi09. Table générale des noms de personnes et de lieux.
L'Histoire généalogique de la maison de Rohan par Dom 31orice. —
Notice par D. François Plaine Nantes [^872l. In-8° de 44 p. (A
Paris, chez Dumoulin; -1 fr. 50).
L'auteur de cette brochure s'est proposé de faire connaître les travaux
entrepris, au xvni* siècle, par Dom Morice pour l'histoire généalogique de
la maison de Rohan. Il a emprunté presque tous ses renseignements aux
papiers mêmes de Dom Morice, qui ont été recueillis par notre confrère
M. Courajod, en 12 volumes ou portefeuilles. — A la suite de sa notice,
D. François Plaine a publié la relation d'un voyage littéraire accompli en
1752 par D. Taillandier en Touraine, en Anjou, en Bretagne et en Nor-
mandie. Quoique le texte de cette relation soit incomplet, on y trouve
des détails curieux sur les chartriers des églises et des châteaux que
D. Taillandier explora pour y chercher les titres de la maison de Rohan.
Origine et progrès de la ré formation à la Rodielle; précédé d'une
notice par Philippe Vincent^ par Louis de Richemond, archiviste
de la Charente-Inférieure. Paris, lib. Sandoz et Fischbacher.<872.
In-'IS de 128 p.
Ce livret, dépourvu de prétentions scientifiques, est un résumé fidèle,
sinon impartial, de l'histoire du protestantisme à la Rochelle, depuis
l'origine jusqu'à la fin du xvi* siècle. L'emploi que l'auteur a fait des
documents originaux montre qu'il est bien préparé à écrire une histoire
érudite et détaillée de l'église réformée de la Rochelle.
624
LIVRES NOUVEAUX.
203. Annales (les) de Saint-Dertin et de Saint- Vaast; suivies de
fragments d'une chronique inédite, publiées avec des annotations et les
variantes des manuscrits, pour la Société de l'histoire de France, par
l'abbé G. Dehaisnes. In-M°, xviij-478 p. Paris, V« J. Renouard.
204. Armaillé (M'"«d'). Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV,
étude historique. In-lS jésus, v-350 p. Paris, lib. Didier et G«.
205. AssELiNEAU. — Vie de Glaire-Clémence de Maillé-Brézé, prin-
cesse de Condé, 1G28-1694. Gr. in-18, 129 pages. Paris, librairie Léon
Techener.
206. Barafort. — Quelques mots sur le premier volume de l'Histoire
de France de M. Guizot. In-S", 24 p. Lyon, imp. Bellon.
207. Barthélémy (An. de). — Etude sur les monnaies antiques
recueillies au mont Beuvray de 1867 à 1872. In-S" de 30 p. et 1 planclie.
Autun, Michel Dejussieu. 1872.
208. Barthety. — L'Ancien collège de Lescar (Basses- Pyrénées), ses
transformations, et l'école normale primaire du département. Simples
souvenirs historiques. In-12, 46 p. Paris.
209. Baye (de). — Communication sur les grottes préhistoriques de
la Marne, faite au congrès international d'anthropologie et d'archéologie
préhistoriques de Bruxelles. In-S", 37 p. Paris, imp. Glaye.
210. Beaucourt (G. du Fresne de). — Charles VIL Son caractère.
In-8", 111 pages. Paris, Palmé. 1872.
•Extrait de la Revue des questions historiques.
211. Beaurepaire (Ch. de). — Notes extraites des premiers registres
de l'hôtel-Dieu de Rouen. In-S» de 29 p.
Extrait du Précis des travaux de l'Académie de Rouen. 18G9-1870.
212. Beaurepaire (Ch. de). — Recherches sur la population de la
générahté et du diocèse de Rouen avant 1789. ^1-4" de 73 p. Evreux,
P. Huet. 1872.
Extr. des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie.
213. Bellerive (de). — Voyage du chevalier de Bellerive au camp du
roi de Suède àBender, en 1712; publié avec des notes par A. de Marsy.
In-12, ix-43 p. Paris, librairie des bibliophiles.
214.B0EHMER (E.). —Edition critique du texte d'Oxford delà Chanson
de Roland. In-8'>. Halle, Lippert.
215. BoRGHESi. — CEuvres de Bartolomeo Borghesi. T. 8. Lettres.
625
T. 3, publié sous les auspices de M. le ministre de l'instruction publique
par les soins de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. In-4°,
632 p. et portr. Paris, imp. nationale.
216. Boucherie (A.). — Un almanach au x^ siècle. In-8° de 15 p.
Montpellier, Bureau des publications de la Société pour l'étude des
langues romanes. Paris, libr. A. Franck. 1872.
217. Brachet. — Dictionnaire des doublets ou doubles formes de la
langue française; par Auguste Brachet. Supplément. In-8°, 27 p. Paris,
Franck.
218. Bulletin de la Société historique de Gompiègne. T. I. 1er fasci-
cule. 1869-1872. In-8o, 168 p. et 7 pi. Gompiègne, imp. Edler.
219. Gastan (Aug.). — Les sceaux de la commune, l'hôtel-de-ville et
le palais de justice de Besançon. In-8° de 58 p. et 2 planches. Besançon,
Dodivers. 1872.
Extr. des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs.
220. Ghevalieu (l'abbé G. U. J.). — Inventaire des archives des dau-
phins de Viennois à Saint-André de Grenoble en 1346; publié d'après
les registres originaux avec tables chronologique et alphabétique. In-8»,
xxiv-380 p. Paris, Franck. — 10 fr.
221. Ghevalier (l'abbé G.). — Origines tourangelles de Descartes.
In-8° de 31 p. Tours, impr. Ladevèze. 1872.
222. Ghronique (la seconde) de Gargantua et de Pantagruel, précédée
d'une notice par M. Paul Lacroix. In-12, xx-123 p. Paris, Lib. des
bibliophiles. — 8 fr.
223. Ghronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier, publiée, pour la
première fois, d'après les manuscrits de Bruxelles, de Paris et de Berne,
avec un essai de classification des continuateurs de Guillaume de Tyr,
pour la Société de l'histoire de France, parM.L. de Mas Latrie. In-S»,
xliv-593 p. Paris, lib. V^ J. Renouard.
224. Ghronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel ;
suivie de divers opuscules historiques de cet auteur et de plusieurs reli-
gieux de la même abbaye, le tout publié d'après les manuscrits origi-
naux, par Léopold Delisle. T. I. In-8°, lxxj-377 p. Rouen, imp. Boissel;
lib. Le Brument. — 12 fr.
Publication de la Société de l'histoire de Normandie.
225. Glosmadeug (de). — La Gonspiration dite de Pontcallec, en
Bretagne, sous la Régence. (Récit inédit extrait d'un manuscrit con-
temporain.) Avant-propos par M. le docteur G. de Glosmadeuc. 39 p.
Vannes, imp. Galles.
Extrait du Bulletin de la Société polymathique du Morbihan. 2^ semestre
1871.
4^
626
226. CouiiF.ET (ral)bé J.). — Les tombes eu bronze des doux évêques
foiulatcurs de la cathédrale d'Amiens. In-8» de 47 p. Amiens, Lani,'lois.
227. CouRiOT. — Etude sur sainte Geneviève et sur la légende de
Juilly. In-8», 70 p. Paris, imp. Gusset et G°.
228. Dehaisnes (l'abbé). — Notice sur la vie et les travaux de M. Des-
planquo, archiviste du Nord. In-S", 38 p. et portrait. Lille, imp.
Danel.
229. Demmin.— Encyclopédie historique, archéologique, biographique,
chronologique et monogrammatiquo des beaux-arts plastiques. Archi-
tecture et mosaïque , cérami(]ue , sculpture , peinture et gravure.
Ire partie. In-8°, viij-406 p. avec 1200 grav. Paris, lib. Furno, Jouvet
et G«.
230. Dergny. — Le Pays de Bray. Gommunes et paroisses, histoire et
archéologie, topographie et statistique. T. L In-8% 317 p. Neufchàtel.
231. DiDOT (Ambr. Firmin). — Etude sur Jean Gousin, suivie de
notices sur Jean Leclerc et Pierre Woeiriot. In-o" de xij et 300 p.
Paris, Didot, 1872.
232. Dion (A. de). — Recherches sur les anciens chemins de l'Ive-
line et du comté de Montfort. ln-8o de 11 p. avec une carte. Ghartres,
Garnier. 1871.
233. Dion (A. de). — Note sur les progrès de l'architecture militaire
sous le règne de Philippe-Auguste. ln-8« de 25 p. Rambouillet, impr.
Raynal. 1871.
234. Documents inédits relatifs à l'histoire de Genève de 1312 à 1378,
recueillis par Edouard Mallet, publiés avec quelques additions et un
répertoire chronologique de toutes les pièces imprimées concernant la
même période. In-S" de xlviij et 425 pages. Genève, impr. Ramboz.
1872.
Tome XVIII des Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire
et d'archéologie de Genève.
235. Documents inédits sur le cardinal de Richelieu. In-8% 28 pages.
Angers, impr. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau.
236. DuPRÉ. — Les comtesses de Ghartres et de Blois. Étude histo-
rique. In-8°, 43 p. Ghartres, imp. Garnier.
237. DuPRÉ (A.). — Documents historiques et archéologiques sur les
fontaines de Blois. In-8» de 14 p. Paris, imp. nat. 1872.
Extr. de la Revue des sociétés savantes.
238. Éloges (les) de la ville de Rouen, en vers latins et français, par
Antoine de Lamare de Ghesnevarin, Pierre de Lamare de Durescu, son
bis, et Pierre Grognet, publiés d'après des imprimés du xvi"^ et du
627
xvne siècle, avec une introduction par Ed. Frère. In-4° de xix, 46, 13 et
6 p. Rouen, impr. Boissel. 1872.
Société des bibliophiles normands.
239. Études druidiques et des temps primitifs et d'intuition des races
humaines. Nouvelle disposition des triades du Mystère des bardes de
l'île de Bretagne (Cyvrinach beirdd ynys Prydain) et observations sur
ce monument, par A. G. G. In-8°, 16 p. Saumur, imp. Roland.
240. Filleul (Nie). — Les théâtres de Gaillon à la reine; avec une'
introduction par Eug. de Robillard de Beaurepaire. In-4'' de xxv et
124 p. Rouen, impr. Boissel. 1873.
Société des bibliophiles normands. — Réimpression d'un livret de 1566.
241. Filon. — L'Ambassade de Ghoiseul à Vienne en 1757 et 1758,
d'après des documents inédits. Mémoire lu à l'Académie des sciences
morales et politiques. In-8°, 168 pages. Paris, lib. Durand et Pedone
Lauriel.
Extrait du Compte rendu de l'Académie des sciences morales.
242. France (la) avant Clovis, ou le Premier empire chrétien. Origines
gauloises, géographie, religion, mœurs, étymologie des anciens noms.
ln-4°, 44 p. Le Mans, imp. Beau vais.
243. Fboehner. — La Colonne Trajane, reproduite en phototypogra-
phie, d'après le surmoulage exécuté à Rome en 1861 et 1862, 200 pi.
en couleur. Texte explicatif par W. Frœhner. PL par Gustave Arosa
d'après le procédé Tessier du Motay et Maréchal. Livraisons 25 à 36.
In-folio, 22 p. Paris, imp. Claye ; lib. Rotschild.
244. Froissart. — Chroniques de J. Froissart, publiées pour la
Société de l'histoire de France par Siméon Luce. T. 3^. 1342-1340. (De-
puis la trêve entre Jeanne de Montfort et Charles de Blois jusqu'au
siège de Calais.) In-S", lxiij-462 p. Paris, V^ J. Renouard.
245. Froissart. — Œuvres publiées par le baron Kervyn de Letten-
hove. Chroniques. Tome XV. 1392-1396. Depuis le meurtre du sire de
Clisson jusqu'à la bataille de Nicopoli. In-S" de 514 pages. Bruxelles.
18-72.
Id. Tome XVII. 13\î-2-1378. Chroniques abrégées. (C'est une édition de
l'abrégé contenu dans lems. 10144 de la Bibl. Nat. de Paris.) In-8° de 585 p.
Bruxelles, 1872.
246. Garnier. — Histoire de l'imagerie populaire et des cartes à jouer
à Chartres ; suivie de recherches sur le commerce du colportage des
complaintes, canards et chansons des rues. In-8°, viij-454 p. Paris, lib.
Aubry; Bachehn-Deflorenne ; A. Fontaine. 1869.
247. GouELLAiN (Gust.), — Étude céramique sur une vue du port de
Rouen d'après une plaque de faïence de la collection de M. le baron de
Gérycke. In-4° de 35 p. Rouen, Le Brument. 1872.
628
248. Grandmaison. — La Commission intermédiaire de l'assemblée
provinciale de Touraine. 1787-1790. In-8", Gl p. Paris, lib, Thorin.
Extrait de la Revue de législation française et étrangère.
249. Granier de Gassagnac. — Histoire des origines de la langue
française. In-S", xvi-554 p. Paris, Firmin Didot frères, fils et G°.
250. GuiGARD. — Armoriai du bibliophile, avec illustrations dans le
texte. Bipartie. In-8° à 2 col., 144 p. Paris, lib. Bachelin-Dellorenne.
251. Hauréau. — Histoire de la philosophie scolastique. l''» partie
(d(> Gharlemagne à la On du xu'^ siècle). In-8'', vij-555 p. Paris, Durand
et Pedone Lauriel.
252. Hénault (Uabbé). — Notice sur Téglise de Lucc. In-S", 19 p. et
pi. Chartres, imp. Garnier.
253. Héricault (d') et Moland. — La France guerrière. Henri IV.
Louis XIV. La République. Récits historiques d'après les chroniques
et les mémoires de chaque siècle. Nouvelle édition. In-18 jésus, 360 p.
Paris, Garnier frères.
254. HÉzECQUEs(de France d'). — Souvenirs d'un page de la cour de
Louis XVI. In-12, viij-364 p. Paris, Didier et C''.
255. Histoire (F) toulousaine, journal historique, biographique, litté-
raire, poétique, etc. l''^ année. N" 1. 25 août 1872. In-4'' à 3 col., 4 p.
Toulouse, imp. Baylac.
256. HoMBRES (d'). — Dictionnaire languedocien-français, contenant
les définitions, radicaux et étymologies des mots; les idiotismes, dic-
tons, maximes et proverbes, leurs origines, et celles des coutumes,
usages et institutions; les noms propres de personnes et de lieux, ori-
gines, étymologies et signihcations ; les termes d'agriculture, de métiers,
d'arts, de professions, d'industries ; la flore et la faune méridionales, etc.
l"* partie. In-4" à 2 col., 420 p. Alais, imp. et lib. BrugueiroUe et C«.
257. HouDOY. — L'impôt sur le revenu au xvi" siècle. Les Etats de
Lille et le duc d'Albe. Gr. in-S», 92 p. Lille, imp. Danel.
Extrait des Mémoires de la Société des sciences et des arts de Lille.
258. HucHER. — Notes sur les médailles gauloises offrant le triskèle,
l'astre à quatre rayons et les légendes Ateula et Caledu ; lues dans la
36^ session, tenue à Chartres, du Congrès scieutilique de France. In-8",
16 p. Chartres, imp. Garnier.
259. Jal (A.). — Abraham du Quesne et la marine de son temps.
In-8° de xv-600 et 607 p. Paris, H. Pion. 1873.
260. Kervyn de Lettenhove. — Marie Stuart d'après les documents
conservés. au château d'IIatfield. In-8° de 34 p. avec deux fac-similé.
Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2' série, l. XXXIV,
iV 7; 187-2.
629
261. La Boetie. — La Servitude volontaire, ou le Contr'un; par La
Boëtie. Réimprimé sur le manuscrit d'Henry de Mesmes, par D. Jouaust.
In-12, xij-70 p. Paris, imp. Jouaust. Lib. des bibliophiles.
262. Lacroix. — Vie militaire et religieuse au moyen âge et à
l'époque de la Renaissance, par Paul Lacroix. In-4°, v-575 p. Paris,
Firmîn Didot frères, fils et C^.
263. L.un (Jules) et Emile Legrand. — Documents inédits sur l'his-
toire de la Révolution française. Correspondances de Paris, Vienne,
Berlin, Varsovie, Constantinople, publiées par J. Lair et E. Legrand.
In-8° de 132 p. Paris, Maisonneuve. 1872.
264. Lalore (l'abbé Gh.). — Documents pour servir à la généalogie
des anciens seigneurs de Trainel par M. l'abbé Ch. Lalore. In-8° de
96 p. Troyes, Dufour-Bouquot. 1872.
265. La veaux. — Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales
et littéraires de la langue française; par J. Ch. Laveaux. 4^ édition,
revue d'après le nouveau Dictionnaire de l'Académie et les travaux
philologiques les plus récents, par Ch. Marty-La veaux. Li-8° à 2 col.,
viij-735 p. Paris, Hachette et C''.
266. Le Proux (F.). — Fondation d'une chapelle de Notre-Dame en
1468 à Compiègne par le roi Louis XI. Comptes de la construction et
de l'ornementation. In-S" de 32 p. et 3 p. Compiègne. 1872.
267. LoiSELEUR. — La légende du chevalier d'Assas. In-8°, 24 p.
Paris, Palmé.
Extrait de la Revue des questions historiques.
268. Louise et Auger. — La Ville franche et prévôté d'Haspres (692-
1794). In-S", 129 p. Douai, imp. et lib. Crépin.
269. Loyal Serviteur (le). — Histoire du bon chevalier sans peur et
sans reproche le seigneur de Bayard, par le Loyal Serviteur. Gr. in-16,
xj-434 p. Paris, Hachette et C^.
Bibliothèque de rarraée française.
270. LuGOT (l'abbé). — Histoire de saint Memmie. Verrières histori-
ques de la chapelle du petit séminaire de Saint-Memmie-lez-Chalons
expliquées d'après les plus anciens documents. In-8° de 26 p. Chalons,
T. Martin. 1872.
271. Mah.moud-Bey. — Carte de l'antique Alexandrie et de ses fau-
bourgs. Paris, imp. lith. Monrocq.
272. Mantellier. — De deux inscriptions tumulaires qui se lisent en
l'église de Saint- Pierre-le-Puellier d'Orléans. In-S" de 60 p. Orléans,
typ. Colas. 1872.
Extr. des Mémoires de l'Académie de Sainte-Croix.
630
273. Marion (Jules). — Les monuments celtiques et Scandinaves des
environs d'Invcrness (Ecosse). In-S" de 70 pages avec planches. Paris,
1872.
Extrait du tome XXXIII des Mémoires de l;i Société des antiquaires de
France.
274. Martigny (l'abbé). — Lettre à M. Edmond Le Blant sur une
lampe chrétienne inédite. In-(S°, 16 p. Bellay, Gh. Leguay. 1872.
275. Martin. — La Saint-Barthélémy devant le Sénat de Venise.
Relations des ambassadeurs Giovanni Michel et Sigismond Gavalli, tra-
duites et annotées par William Martin. Gr. in-16, xv-99 p. Paris.
276. Ménardière (M. de la). — De l'impôt du vingtième sur l'affran-
chissement des esclaves. In-S" de 31 p. Poitiers, A. Dupré, 1872.
Extrait du tome XXXV des Mémoires de la Société des antiquaires de
l'Ouest.
277. MowAT. — Les Noms familiers chez les Romains. In-8°, 48 p.
Paris, Franck.
Extrait du tome I des Mémoires de la Société de linguistique de Paris.
278. Mémoires de le Société nationale des antiquaires de France.
ï. 32. ¥ série, t. 2. In-8°, 400 p. et 5 pi. Nogent-le-Rotrou, imp. Gou-
verneur. Paris, lib. Dumoulin.
279. Notice sur l'église de Nozinghem. In-12, 8 pages. Arras, impr.
Schoutheer.
Extrait de l'Annuaire du diocèse d' Arras.
280. OzANAM. — Œuvres complètes d'A. F. Ozanam, avec une pré-
face par M. Ampère. T. 3 et 4. Etudes germaniques. Les Germains
avant le christianisme et la Civilisation chrétienne chez les Francs.
4e édition. 2 vol. In-8°. 1102 p. Paris, Lecofïre fils et G'.
281. Paris (Paulin). — Les Romans de la Table ronde mis en nou-
veau langage et accompagnés de recherches sur l'origine et le caractère
de ces grandes compositions. T. 3, Lancelot du Lac. In-18 jésus, 391 p.
Paris, Techener.
282. RosENzwEiG. — Les Prévôts féodés en Bretagne. In-8'', 13 pages.
Vannes, imp. Galles.
Extrait du Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 2= semestre
1871.
283. RosENZwEiG. — Recherches historiques dans les archives dépar-
tementales, communales et hospitalières du Morbihan. Archives com-
munales : Hennebont. Li-18, 172-283 p. Vannes, imp. Galles.
284. RosTAiNG. — Familles des croisades du déparlement de l'Ain.
Li-8''. 47 p. Lyon, imp. Vingtrinier.
Extrait de la Revue du Lyonnais.
634
285. Tabdif. (Ad.). — Les canons des conciles œcuméniques, leur
publication en France. In-8° de 19 p. Paris, V. Palmé. 1872.
Extrait de la Revue des questions historiques.
286. Teissier. — Les Rues de Toulon. Livraisons 12 à 15 (fin). ^1-8",
108 p. Draguignan, imp. Latil; Toulon, tous les libr.
Chroniques toulonaaises.
287. Tessier (Jules). — Etude sur l'amiral Goligny. Thèse présentée
à la Faculté des Lettres de Paris. In-8'' de 250 pages. Paris, Sandoz,
1872.
288. Tessier (J.). — De Orderico Vitali apud Facultatem Litterarum
Parisiensem ha^c disputabat J. Tessier. In-8" de 69 p. Poitiers, impr.
Boileau et Raimond. 1872.
289. Thaner (D"- Fr.).— Uber Entstehung.... Sur l'origine et la signi-
fication de la formule Salva sedis apostolicœ auctoritate dans les privi-
lèges des papes. In-8° de 45 p. Vienne, K. Gerold's sohn.
290. Vauzelles (Lud. de). — Notice sur Jean de Vauzelles, prieur de
Montrottier, littérateur et poète lyonnais du xvr siècle. In-8°, 24 p.
Lyon, imp. Vingtriuier.
291. Wailly (N. de). — Ville-Hardouin et Joinville. Notice lue dans
la séance publique de l'Académie des inscriptions du 20 décembre 1872.
In-4° de 25 p. Paris, Didot. 1872.
CHRONIQUE ET MÉLANGES.
Par arrêté en date du 28 novembre 1872, ont été nommés élèves de
l'École des chartes, dans l'ordre de mérite suivant, les jeunes gens ci-
après désignés :
1. Berger (Élie), né à Beaucourt (Haut-Rhin), le 11 août 1850.
2. Ha VET (Julien- Pierre-Eugène), né à Vitry (Seine), le 4 avril 1853.
3. de Raymond (Charles-Édouard-Albert), né à Perpignan, le 21 mars
1853.
4. Vaesen (Joseph-Frédéric-Lcuis), né à Lyon, le 18 mars 1852.
5. Bemont (Charles), né à Paris, le 16 novembre 1848.
6. Flamand (Charles- Auguste), né à Valenciennes, le 9 août 1851.
7. DE BoNNAULT d'Houet (Marie-Louis-Xavier), né à Montdidier, le
24 novembre 1847.
8. Demaison (Louis), né à Reims, le 11 mai 1852.
9. DE Manneville (Aymar), né à Soissons, le 24 juin 1851.
10. Rolland de Chambaudoin d'Euceville (Gonzaguc-Louis-Henri),
né à Paris, le 8 mai 1850.
11. Adam de Flamabe (Louis-Henri), né à Sens, le 26 février 1851.
632
12. Bouchot (Marie-François-Xavier-Henry), né à Beurc (Doul)s), le
26 septembre 1849.
13. Martin (Henri-Marie-Radegonde), né à Airvault (Deux-Sèvres),
le 27 août 1852.
— Par décision de M. le Ministre de l'Instruction publique en date
du 5 novembre 1872, M. Brièle, archiviste de l'administration de l'As-
sistance publique, a été autorisé à faire à l'École des chartes pendant
l'année scolaire 1872-1873 un cours gratuit de langue allemande.
— La Société de l'École des chartes vient de faire paraître le pre-
mier volume des Documents historiques dont elle a voté l'impression
dans le courant de l'année 1872 (voyez plus haut, p. 313). Ce volume,
composé de xvi et 368 pages, du même format et de la même justifica-
tion ([uo la Bibliothèque de l'École des chartes, et intitulé : Extraits
des comptes et mémoriaux du roi René pour servir à l'histoire des arts av.
xv^ siècle, publiés d''après les originaux des Archives Nationales, par
A. hecoy de la Marche. 11 se recommande par la variété et l'impor-
tance des renseignements qui y sont consignés, autant que par le soin
apporté à choisir les extraits, à les disposer dans un ordre méthodique
et à en bien établir le texte. Voici les rubriques sous lesquelles l'éditeur
a classé les 774 documents ou articles de comptes qui forment le
recueil .
Edifices d'Angers. Château. Chambre des comptes et conseil. Ména-
gerie. Sépulture du roi René. Édifices divers.
Bâtiments et domaines d'Anjou. Saumur. Les ponts de Ce. Baugé.
Bcaufort. Mirebeau. Loudun. Ghanzé. Reculée. La Ménitré. Rivettes.
Launay. Epluchart. La Baumette.
Edifices de Provence. Aix. ïarascon. Marseille. Pertuis. Saint-
Maximin, Yères, Toulon.
Travaux divers. Levées. Ponts, navigation. Pavages et barrages.
Objets d'art. Peinture. Livres. Tapisseries. Orfèvrerie. Armures. Cos-
tumes.
Meubles et ustensiles. Inventaire du château d'Angers. Inventaire de
Ghanzé. Inventaire de Reculée. Inventaire de la Ménitré. Meubles et
ustensiles divers.
Cérémonies . Chapelle. Reliques. Fêtes et mystères. Musiciens, ménes-
trels, fous, etc.
C'est dans le recueil de M. Lecoy de la Marche qu'on pourra pour la
première fois étudier, pièces en main, le côté le plus piquant et le plus
intéressant de la vie du roi René. Les historiens de l'Anjou et de la
Provence y relèveront une foule de particularités qui ont été ignorées
de leurs devanciers. Mais ce qui a surtout décidé la Société de l'Ecole
des chartes à adopter ce volume, c'est l'abondance des détails qu'il
fournit sur toute espèce de travaux artistiques. A cet égard, les Extraits
633
des comptes et mémoriaux du roi René sont l'indispensable complément
des ouvrages du marquis de Laborde sur l'histoire des arts en France
au xv« siècle.
Le volume que nous annonçons est dès à présent en vente chez
A. Picard, libraire de la Société de l'École des chartes, rue Bonaparte,
n" 82. Le prix a été fixé à 6 fr. 25 pour les membres de la Société et
pour les souscripteurs à la Bibliothèque de l'Ecole des chartes ; — à
9 fr. 50 pour les autres personnes. — Il a été tiré sur papier vergé 50
exemplaires, dont le prix est de 25 francs.
UNE RECTIFICATION AU CATALOGUE DES ABBESSES
DE LA TRINITÉ DE CAEN.
La liste des abbesses de la Trinité de Caen, telle que l'ont établie les
auteurs du Gallia christiana (XI, 433), est fort défectueuse pour le xni^
siècle. On y voit figurer sous le n" xiv Julienne I de Saint-Génebi, qui
était en Angleterre le 23 octobre 1256 et qui mourut le 13 décembre de
la même année; — sous le n° xv Julienne II, citée en mars 1262; — et
sous le n° xvi Béatrix de Ghambernon, ou de Serqueux, morte en 1289.
L'abbé Valentinelli vient de signaler dans sa Bibliotheca manuscripta
ad Sancti Marci Venetiarum (ii, 244) un manuscrit de GeofTroi de Trani,
à la fin duquel se trouve : « copia instrumenti quo anno 1264 Beatrix
» de Sarquex eligitur abbatissa monasterii Sancte Trinitatis, vacantis ex
» morte bone memorie Juliane de Sancto Serenico. »
Il résulte de cette pièce que Béatrix de Serqueux a immédiatement
succédé en 1264 à Julienne de Saint-Céneri ; — que Julienne de Saint-
Géneri a dû mourir non pas en 1256 mais vers 1264 ; — et que, selon
toute apparence, une seule abbesse du nom de Julienne a administré
l'abbaye de la Trinité de Caen au xm« siècle.
Julienne, dont les Bénédictins n'avaient point trouvé de mention
antérieure à l'année 1256, était déjà abbesse en juillet 1247, comme on
le voit par un acte publié dans le Cartulaire normand (Mémoires de la So-
ciété des Antiquaires de Normandie, XVI, 2« partie, p. 77, n" 465).
LE COPISTE JEAN DE SALISBURY.
Nous empruntons la notice suivante à un catalogue récemment publié
à Berlin et à Londres par la librairie A. Asher et C°.
« Lectionarius et vitce sanctorum . 306 feuillets in-f" sur peau vélin,
ancienne reliure en bois. Très-beau manuscrit daté du xni^ siècle,
gothique, à 2 colonnes, avec un grand nombre de belles initiales et ara-
besques richement exécutées en diverses couleurs. Les arabesques
représentent en partie des animaux fantastiques. Au feuillet 56 il y a
une très-jolie miniature sur fond d'or, de sept centimètres carrés envi-
ron, représentant la sainte Vierge avec l'enfant Jésus, adorée de deux
634
femmes agenouillées. On trouve la date exacte du manuscrit à la page
107 (recto du feuillet 54), où on lit : Anno domi \ ni millesimo | ducente-
simo I sexayesimo \ nono fuitliher \ iste scriplus. \ Johannesde. \ saleshuri
scrip I sit.
» dette souscription, qui nous fait déjà connaître le nom et l'origine
anglaise de l'écrivain, est suivie d'un poème français (pages 107 et 108),
dans lequel l'écrivain raconte lui-même, à quelle époque, en quel
endroit et sous quelles circonstances particulières il a exécuté et achevé
son travail.
» Ce poème, à part sa haute importance sous le rapport linguistique,
nous parait très-curieux pour les détails qu'il contient sur les usages de
l'époque. En voici quelques extraits :
Vos, clerc et lai et autre gent,
Ki verés chesl biel livre gent,
Sachiez de voir qu'il fii escris
D'un bon ovrier, qui Jhesucris
Garl de mal et de tous ahans.
Il a à non maistres Jehans ;
Se fu nez droit en Englelerre.
A Mons en Hainnau cesle terre
Che livre ci, qui tel tin a.
Il l'escrist et le delina
Mil. ce. ans. Ix et nuef
Fina le clers chest livre nuef.
Jou Jehans, d'Engleterre nez,
D'escrire bien nie suis penés
El plus vrai ke je peu, cest livre,
Del quel bien et biel me délivre
Par enviers la doienne Hermine
D'icele après de Waslengien
Par foi je m'en relouve bien ;
Kar visilet m'a molt souvent.
Del sien ai beu lanl de vin
Ke chanter m'a fait et devin.
Ne sai pucele ne bourjoise
Ki unkes ne fustplus courtoise,
etc., etc.
)> A part la biographie des saints de la bible, on trouve dans ce ma-
nuscrit la vie d'un certain nombre de saints originaires de la province
du Hainaut, tels que : Vita S. Aldetrudis (abbesse à Maubeuge (vm^
siècle), — Yita S. Landrici (abbé de Soignies et Haumont dans l'Hai-
naut, VH<' siècle), — Vita S. Ursmari (abbé de Lobbe, en Hainaut, né
à Floyon, Hainaut, vni" siècle), — Vita S. Servatii (évêque de Maes-
tricht), etc.
635
» Le volume est d'un bout à l'autre de la plus parfaite conservation,
et on ne pourrait pas voir un plus beau spécimen d'un manuscrit d'une
époque aussi reculée. »
DIPLOME DE L'UNIVERSITÉ D'ORLÉANS, EN 1350.
Parmi les pièces du procès auquel l'église de Mayet au Maine donna
lieu, en 1356 et 1357, on remarque le diplôme de licencié endroit civil,
que l'un des concurrents avait obtenu de l'écolàtre d'Orléans , le 22
novembre 1350. Nous reproduisons ce document, qui ne manque pas
d'intérêt pour Thistoire des écoles de droit d'Orléans. Il se trouve assez
incorrectement copié au fol. 68 d'un manuscrit de la bibliothèque de
Tours, qui contient tous les actes de ce procès.
Universis tam presentibus quam futuris, Jacobus Mercerii, legum
doctor, scolasticus Aurelianensis, salutem in filio virginis gloriose.
Jhesu Christi, creatoris et salvatoris nostri, et ecclesie, sponse sue,
multiplicia exempla nos instruunt et informant ut pociores dignitatum
insigniis attoUantur, eosque retributio prosequatur uberior premiorum
qui digniores existunt et [quos] excellentia meritorum ingencior recom-
mendat, et precipue illi qui, sacre legum sapiencie, per quam spiritualia
disponuntur pariter et terrena, perfodientes agrum, se ipsos exponentes
martirio, cura pervigili, laboribus assiduis atque vigiliis tesaurum ines-
timabilem sciencie coUegerunt. Cum igitur venerabilem et discretum
virum magistrum Stephanum de Grangia, nobis presentatum per domi-
num Walterum de Couvetre, legum professorem Aurelianis ordinario
actu regentem, ad obtinendam licenciam in jure civili, doctores utrius-
que juris studii Aurelianensis ordinario actu régentes dignum et suffi-
cientem reputaverint ad regendi et docendi licenciam in jure civili
obtinendam ; cum eciam de suis honestis moribus, vite virtute, litte-
rarum sciencia famaque persone, hic et in aliis studiis multipliciter
divulgata, per plures fide dignos qui ipsum no\erunt plenius effecti
fuerimus cerciores, et quod a puerilibus exordiis per stipendia discipline
scolastice concurrendo sic profecit incremento virtutum quod ecclesia
Dei [et] respublica per ipsum illuminari poterunt, pupilli vero atque
vidue alieque persone miserabiles consolari, nobisque constet ex testi-
monio predictorum doctorum ipsum esse in juris civiUs sciencia et plu-
ribus aliis sic profundum quod aspera potest in plana convertere, nodos
dissolvere, lapsa erigere verumque sensum ex variis juribus possit de
facili capere veritatis, habetque docendi periciam, dicendi facundiam,
interpretandi subtilitatem et copiam disserendi, attendentes nichilominus
quod per ipsius et aliorum dignorum promocionem totum Aurelianense
studium decoratur, et quod ahi ad suscipiendos lahores pro aquirendis
honoribus libencius inducentur ; tali insuper regendi et docendi licen-
ciam denegare nichii aliud esset quam ignorancie nubile excecatos
in erroris foveam divertere, et lumen quod in aperto poni debuit occul-
636
lare, ut qui sciro et viden; lumen sapioncie cupiunt ncqucant intueri :
idcirco nos volentes ei dare pro angustia solacium, pro certamine victo-
riam, et requiem pro labore, ojusque mérita licet nequeamus sncundum
sui suflicienciam premiare, ipsum dignum, sui'IicientemaclxMie mcritum
ad oblincndum dictam licenciam reputamus, et ad honorem omnipo-
tentis Dei yloriosissimeque virginis , matris ejus, et victoriosissime
sancte crucis, omnipotentis Dei nomine invocato, auctoritate nostra
scolastica, damus et concedimus sibi licenciam et auctoritatem regendi,
legendi, ordinarie docendi, pu])lice disputandi, determiuandi, dubia
declarandi et interpretandi in jure civili, ceteraque omnia et singula
faciendi que ad juris civilis doctoratum pertinere noscuntur hic Aure-
lianis et ubique terrarum se duxerit transferendum. In cujus rei testi-
monium, sigillum nostrum presentibus litteris duximus apponendum.
Datura et actum Aurelianis , anno Domini millesimo trecentesimo
quinquagesimo, die xxij mensis novembris.
LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-PÉTERSBOURG.
Sous le titre de : D^ Alois Fichier und der Bucherdiebslahl aus der
Kaiserlichen œffentlichen Bihliothek in St-Petershurg, on vient de publier
à Saint-Pétersbourg (Cari Ricker, 1871; in-S" de 98 pages) le compte-
rendu, en allemand, des débats de la cour d'assises de St-Pétersbourg,
du 24 et du 25 juin 1871, jugeant le fameux vol de livres dont les
journaux russes nous ont entretenus l'année dernière. Le Bavarois Al.
Pichler, docteur en théologie, savant très-connu en Allemagne par
plusieurs publications, et l'un des disciples les plus distingués du
professeur Dœllinger, occupait une haute position au ministère des
cultes du gouvernement russe. Afin de lui faciliter l'usage de la Biblio-
thèque impériale, on le nomma en 1869 bibliothécaire honoraire à ladite
bibliothèque. Dès les premiers jours de son admission dans les salles
réservées de cet établissement , Pichler commença à emporter des
livres, en les cachant dans un sac suspendu à son cou, sous un énorme
paletot. Ses soustractions se montent au chiffre de plus de quatre mille
ouvrages de tout genre, depuis les chansons de Déranger, jusqu'à une
édition de Voltaire en 72 vol. in-4°, et aux œuvres de saint Ambroise,
in-f. Mais ce qui est encore plus grave, c'est que le D"" Pichler a
mutilé un certain nombre d'ouvrages à gravures, et coupé des centaines
d'articles dans des recueils périodiques.
Un fait plus intéressant que les détails de ce vol très-vulgaire nous
est révélé par la brochure que nous annonçons à nos lecteurs. Il ressort
des dépositions du directeur de la Bibliothèque impériale de Saint-
Pétersbourg, M. Deljanow, et de ses employés, que cet établissement
est beaucoup plus riche en bons livres qu'on ne le croit généralement à
l'étranger, et qu'il est dirigé avec autant d'intelligence que d'ordre.
TABLE
Mémoire sur les institutions de Charles VII, par Vallet de Viriville. 5
Notice sur A. J. V. Le Roux de Lincy, par A. Bruel 11^
Catalogue d'actes des comtes de Brienne, 950-1356, par H. d'Arbois
■ de Jubainville ^^^
Testament d'Etienne Baluze, par L. Delisle 187
Des frais de justice au xiv^ siècle, par H. Lot 217 et 558
Essai sur le cartulaire de l'abbaye de Sainte-Foi de Conques en
Rouergue, par G. Desjardins -^^
Confirmation d'actes par des nœuds faits à des courroies, par
P. Raymond ^^■^
Note sur un manuscrit perdu des chroniques de Froissart, par
L. Delisle.
286
Notice sur la contrée du comté de Bourgogne appelée « Pagus
Scodingorum, » par J. Finot 289
Notice biographique sur le bénédictin Pierre Bersuire, premier
traducteur français de Tite-Live, par L. Pannier 325
Compte de la refonte d'une cloche de Notre-Dame de Paris,
en 1396, par G. Fagniez 3*^^
Quelques mots sur les « Dictatus papse, » par F. Rocquain. . . 378
Joinville et les Enseignements de saint Louis à son fils, par N. de
WaiUy ^^^
Chartes de Conan IV, duc de Bretagne, relatives aux biens de
l'Ordre du Temple et de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem,
par An . de Barthélémy '^^^
Caractère collectif des premières propriétés immobilières, par
P. VioUet ^^^
Les églises du Haut-Languedoc, par G. Tholin 545
Lettre inédite d'Innocent III, du 12 mai 12ÛÛ, par l'abbé Ghauffier. 595
63S
OUVRAGES ANALYSÉS DANS LE BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Adam de la Ealle, OEuvres publiées par E- de Coussemaker . . 617
Archives liistoriques du Poitou G2î
Bardonnot. Hommagos d'Alphonse, comte de Poitiers 519
Beauchet-Filleau. l'ouillé du diocèse de Poitiers 197
Boucherie. Fragment d'une anthologie picarde 018
Boutiot. Histoire de la ville de Troyes 511
Clément de Ris. Notice des fayences françaises du Louvre. ... 307
Colletet. Vies des poètes bordelais et périgourdins, publiées par
Ph. Tamizey de Larroque G19
Court. Histoire de la restauration du protestantisme en France
au xviii^ siècle GIG
Defrémery. Mémoire sur la date de la prise de Jérusalem par
l'armée du calife d'Egypte 019
Didiot. Saint Rouin et son pèlerinage 620
Duval. Cartulaire des Ghàtelliers 198
Guessard et deMontaiglon. Aliscans _ 301
Herbet. Prière Théophile, dit du xv siècle 018
Hippeau. Glossaire français 610
Hucher. Sigillographie du Maine 30G
Jolibois. Alby au moyen-àge 196
Lepage. Sur des cyrographes conservés aux archives de la Meurthe. 516
— L'ancien diocèse de Metz 516
Longnon. Le livre des vassaux de Champagne 509
Martinucci. Deusdedit Collectio canonum 307
Marty-Laveaux. Cours historique de langue française 614
Mémoires de l'Académie de Stanislas 311
Mémoires de la Société des antiquaires de France, 4-= série, t. II. 203
Meyer. Documents manuscrits de l'ancienue littérature de la
France conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne. 295
Monod, Études critiques sur les sources de l'histoire mérovin-
gienne 303
Morand. Vita S. Bertini metrica 304
Pannier. La noble maison de Saint-Ouen 507
Patron. Recherches sur l'Orléanais 309
Penjon, Cluny, la ville et l'abbaye 620
Pertz. Archiv, t. XII 200
Picot. Histoire des États généraux 600
Prost. Essai sur les origines de l'abbaye de Baume-les-Moines. . 020
Publications de la section historique de l'Institut du Luxembourg. 311
Quichorat (L.). Introduction à la lecture de Nonius Marcellus. . 515
Ranke. Par palimpsestorum Wirceburgensium 199
Raymond. Rôles de l'armée de Gaston Phœbus 305
Report (First and second) on historical manuscripts 201
Richemond (Louis de). Origine et progrès de la réformation à la
Rochelle 623
Rosny (L. de). Archives paléographiques de l'Orient 518
639
Tablettes historiques du Velay 621
Tamizey de Larroque. Relation inédite de la défense de Dun-
kerque par le maréchal d'Estrades 312
— Lettres inédites du cardinal d'Ossat 517
Wailly (N. de). La conquête de Constantinople par Geoffroi de
Ville-Hardouin 505
Waitz. Gotifredus Viterbiensis 518
Wright. Feudal manuals of english history 200
Livres nouveaux ^03, 519 et 624
CHRONIQUE.
ÉCOLE DES CHARTES ET SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DES CHARTES .
Arrêté sur les examens d'entrée à l'Ecole des chartes, 531. — Examens
de sortie des élèves de l'Ecole des chartes, 532. — Elèves admis à suivre
les cours de l'Ecole des chartes, 631. — M. Delisle, vice-président du
Conseil de perfectionnement de l'Ecole des chartes, 538. — M. Meyer,
secrétaire de l'Ecole des chartes, 209.— M. Guessard suppléé par M. Meyer
à l'Ecole des chartes, 538. — M. Brièle, autorisé à faire à l'Ecole des
chartes un cours de langue allemande, 632.— Bureau et commissions de
la Société de l'Ecole des chartes pour l'année 1872-1873, 313. — Reraer-
ciments à M. de Lespinasse, rédacteur de la table décennale de la
Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 209. —Règlement voté par la Société
de l'Ecole des chartes pour la publication d'un recueil* de documents
historiques, 313. — Publication par la Société des extraits des comptes
et mémoriaux du roi René, 632.— M. Tranchant, conseiller d'Etat, 538. —
M. Ad. Tardif, conseiller d'Etat en service extraordinaire, 538. — MM. de
Mas Latrie et Quicherat, officiers d'Académie, 314. — Mort de M. Cro-
zet, 209.
ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUES.
M. Rouland, archiviste aux Archives nationales, 209. — Circulaire du
Ministre de l'intérieur sur l'obligation de choisir les archivistes dépar-
tementaux parmi les archivistes-paléographes, 538. — Circulaire sur les
recherches à faire dans les archives en vue de la reconstitution des actes
de l'état civil de Paris, 559. — M. Cocheris, conservateur-adjoint à la
Mazarine, 209. — Suppression du musée des Souverains, 315. — Recons-
titution de la bibliothèque municipale de Strasbourg, 215. — La biblio-
thèque de Saint-Pétersbourg et le docteur Alois Pichler, 636.
COMPAGNIES SAVANTES.
Prix Gobert décerné à M. Gaston Paris, 314.— Second prix Gobert décerné
à M. Léon Gautier, 314. —Médaille du concours des antiquités nationales,
décernée à M. Meyer, 315. — Mention au même concours obtenue par
M. de Maulde, 315. — Société de l'histoire de l'art français, 213. — Asso-
ciation pour la publication des documents historiques de Saintonge et
d'Aunis, 211.
640
FAITS DIVERS ET MÉLANGES.
Vente d'un ms. de l'histoire de Simon de Montfort, par Pierre des
Vaux de Sernai, 210. — Crédit pour les publications historiques et topo-
graphiques de la ville de Paris, 210. — Publication des dictionnaires topo-
graphiques des départements de la France, 209 et 315. — Cours liisto-
rique de langue française, par M. Marty-Laveaux, 543. — Publication de
l'histoire de Dudon de Saint-Quentin, 543. — Publication de la chronique
de Robert de Glari, 315. —Projet de publication du cartulaire de Saint-
Jean de Sorde, par M. P. Raymond, 210. — Projet de publication du Saint
Graal, par M. Hucher, 210. — Projet de publication d'un « Monasticon
Gisterciensc », 216. — Attribution d'homélies à Fauste de Ries, 539. —
Rectification au catalogue des vicomtes de Châtellerault, 317 et 540. —
Une rectification au catalogue des abbesses de la Trinité de Caen, 633.
— Prêt d'une bible en 1284, 544. — Le copiste Jean de Salisbury, 633.
— Exportation de vitraux rouennais en Angleterre au xiv" siècle, 544. —
Prière de G. de Digulleville, 539. — Diplôme de l'Université d'Orléans en
1350, 635.— Professeurs de droit à Orléans sous Charles V, 319.- La tour
d'Olonne, 542."
-t—'^T^XCt^—f
LISTE DES SOUSCRIPTEURS
BIBLIOTHEQUE DE L'ÉCOLE DES CHARTES
POUR l'année 1872.
Le Ministre de l'Instruction pu-
blique.
Le Garde des sceaux, ministre de
la justice et des cultes.
Académie (L') des Inscriptions, à
Paris.
— (L') iiiPÉRULE DE Vienne
(classe philosophico - histo-
rique).
Archives ( Les ) nationales , à
Paris.
— (Les) DÉPARTEMENTALES deS
Bouches-du-Rhône , à Mar-
seille.
— (Les) DÉPARTEMENTALES de
l'Indre, à Châteauroux.
— (Les) DÉPARTEMENTALES du
Tarn, à Alby.
— (Les) DÉPARTEMENTALES du
Loiret, à Orléans.
— (Les) MUNICIPALES de Mar-
seille.
— (Les) de Genève.
— (Les) de Toscane, à Flo-
rence.
Bibliothèque (La) nationale (dé-
partement des manuscrits), à
Paris.
(La,
Paris.
DE l'Arsenal , à
Bénédictins (Les RR. PP.
lesmes.
— (La) DU LouvTiE, à Paris.
— (La) DU Corps législatif.
— (La) DU Luxembourg, à
Paris.
— ^ (La)DE LA Faculté DE droit,
à Paris.
— (La) DE l'Ordre des avo-
cats, à Paris.
— (La) DE LA ville de Paris.
— (La) Sainte-Geneviève , à
Paris.
— (La) de l'Université de
Frange, à la Sorbonne, à
Paris.
— (La) de l'Université de
Pise.
— (La) DES Sociétés savantes,
au ministère de l'instruction
publique.
— (La) Méjanes, à Aix.
à So- — (La) DE la ville de Ba-
YONNE.
1. Ceux de MM. les souscripteurs dont les noms seraient mal orthographiés,
les titres omis ou inexactement imprimés, sont instamment priés de vouloir
bien adresser leurs réclamations à M. Âlph. PICARD, libraire de la Société,
me Bonaparte, 82, alin que les mêmes fautes ne puissent se reproduire dans la
trente-troisième liste de nos souscripteurs, qui sera publiée, suivant l'usage, à
la fin du prochain volume de la Bibliothèque.
42
642
Bibliothèque (La) de la ville du
Mans.
— (La) DE LA VILLE DE MeTZ.
— (La) DE LA VILLE DE NaNGV.
— (La) DE LA VILLE DE PaU.
— (La) DE LA VILLE d'Or-
LÉANS.
— (La) DE LA VILLE DE ReNNES.
— (La) ACADÉMIQUE, à ReniiGS.
— (La) DE LA VILLE DE TuURS.
— (La) DU CHATEAU DE COM-
PIÈGXE.
— (La) DU CHATEAU DE FON-
TAINEBLEAU.
— (La) CANTONALE DE LAU-
SANNE.
Cercle (Le) agricole, à Paris.
École (L') nationale des Chartes,
à Paris.
Institut (L') de France , à Paris.
Jésuites (Les RR. PP.), à Paris.
Journal (Le) de la Librairie, à
Paris.
Maison (La) St-Michel, à LavaL
Ministère (Le) de l'Instruction
publique (GÛ ex.).
Revue (La) archéologique, à Paris.
Société (La) d'Agriculture de
Douai.
— (La) d'Archéologie d'A-
vranches.
— (La) archéologique de Bé-
ZIERS.
— (La) DES Antiquaires de
l'Ouest, à Poitiers.
— (La) des Antiquaires de
Picardie, à Amiens.
— (La) DE numismatique de
Belgique, à Bruxelles.
MM.
* AcHARD, arclliviste à Avignon '.
Adnet, à Paris.
"Alleaume de Cugnon, à Paris.
'Arbois de Jubainville (H. D'),
archiviste, à Troyes.
*AuBiNEAU (L.), à Paris.
* AuBRY-ViTET (Eug.), à Paris.
Audenet, banquier, à Paris.
'Auger (Ernest), ancien avocat
général, à Toulouse.
AzAÏs, secrétaire de la Société ar-
chéologique, à Béziers.
*Baillet (Aug.), à Pussay (Seine-
et-Oise).
Baker (Le R. P. de), à Louvain.
"Barbier de la Serre (Rog.), au-
diteur à la Cour des comptes, à
Paris.
"Barthélémy (A. de), ancien se-
crétaire général de préfecture,
à Paris.
"Bataillard (Paul), avocat, à
Paris.
Baur et Détail, libraires à Paris.
* Beaucorps (Maxime de), à Orléans.
Beaucourt (de), à Paris.
*Beaurepaire (Ch. de), archiviste,
à Rouen.
Béghin, libraire à Lille.
Belhatte, libraire à Paris.
Bellaguet, ancien chef de divi-
sion au ministère de l'instruc-
tion publique, à Paris.
Belleval (Le marquis de), à
Paris.
Bénard, à Paris.
"Bertrand (Arthur), au Mans.
"Bertrandy, à Paris.
*Bessot de Lamothe, archiviste, à
Nîmes.
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres de la Société
de l'École des chartes.
643
'Blancard, archiviste, à Mar-
seille.
Blanche, libraire, à Bruxelles.
*BoGA (L.), archiviste, à Amiens.
BocGA, libraire, à Turin (5 ex.).
*BoNNARDOT (Franc.) , archiviste
attaché aux travaux histori-
ques de la ville de Paris.
BoNNETTY, directeur des Annales
de philosophie chrétienne , à
Paris.
* Bord 1ER (Henri-L.), à Paris.
BoRRANi, libraire, à Paris.
BossANGE, libraire, à Paris.
Bottée de Toulmon, à Paris.
* BouTARiG (E.), sous-chef de sec-
tion aux Archives nationales, à
Paris.
*BouYER (Ad.), à Paris.
*Brièle, archiviste de l'Assistance
publique, à Paris.
*Bruel (L.-A.), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
BucK, libraire, à Luxembourg.
Bull, libraire, à Strasbourg.
Carié, à Roqueserière (Haute-
Garonne).
*Calmettes (Fern.), à Paris.
'Campardon (Emile), archiviste
aux Archives nationales , à
Paris.
*Gasati, juge, à Lille.
" Gastan , bibliothécaire, à Besan-
çon .
"Gauwès, professeur à la Faculté
de droit de Nancy.
*Gerise (G.), à Paris.
" Ghambuue (de) , à Lachaux (Côte-
d'Or).
Charles, professeur à Pontlevoy
(Loir-et-Cher).
Chasles; membre de l'Institut, à
Paris.
'Chassaing, juge, au Puy (Haute-
Loire).
* Chatel (E.), archiviste, à Caen.
Ghauffier (L'abbé), vicaire à la
Roche- Bernard (Morbihan).
Chauffour (J.), avocat, àColmar.
Chaverondier (Aug.), archiviste,
à Saint-Etienne.
' Chazaud, archiviste, à Moulins.
Gherbuliez, libraire, à Paris.
^Glairfond, à Moulins.
Claude, bibliothécaire au dépar-
tement des manuscrits de la
Bibliothèque nationale , à Pa-
ris.
Clejdi, libraire, à Gand.
"Cocheris, bibliothécaire à la Bi-
bliothèque Mazarine, à Paris.
^GouRAjOD (L.), employé à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Gourcel (Valentin de), à Paris.
Coussemaker (de), à Lille.
Grespin, avocat, à Orléans.
*Groset (Ern.), à Paris.
* Cugheval-Glarigny , conservateur
à la bibliothèque Ste-Geneviève
à Paris.
CuMONT (Comte de), à Sillé-le-
Guillaume (Sarthe).
*Daiguson (Maurice), juge, à Châ-
teauroux.
Dalloz (P.), député, à Paris.
Darcel (Alfred), directeur de la
manufacture des Gobelius, à
Paris.
*Dareste (Ant. -C), recteur de
l'Académie de Nancy.
*Dareste (Rodolphe), avocat à la
Cour de cassation, à Paris.
* David (Louis), conseiller maître à
la Cour des comptes, à Paris.
Defrémery, membre de l'Institut,
à Paris.
'Delisle (L.), membre de l'Insti-
tut, à Paris.
* Deloye (A.) , conservateur du
musée Calvet, à Avignon.
* Delpit ( Martial ) , député , à Pa-
ris.
'Demante (Gabriel), professeur à la
Faculté de droit, à Paris.
"Demarsy (Arthur), conservateur
du Musée,' à Compiègae.
Denis (L'abbé), àMeaux.
644
* Deprez, employé à la lîibliothèquc
nationale, à' Paris.
* Desjardins , archiviste, à Ver-
sailles.
Desnoyers (Jules) , membre de
l'Institut , bibliothécaire du
Muséum d'histoire naturelle, à
Paris.
Dion (de), à Montfort-l'Amauri.
"Dolbet, archiviste - adjoint de
l'Eure, à Evreux.
DoRANGE, conservateur de la Bi-
bliothèque de Tours.
* DoiiET d'Arcq, sous-chef de sec-
tion aux Archives nationales, à
Paris.
'DucHEMiN, archiviste de la Ma-
yenne, à Laval.
DuFouR (Th.), à Paris.
"Duhamel, archiviste, à Ajaccio.
Du Mesxil, chef de division au
ministère de l'Instruction pu-
blique, à Paris.
Dumoulin, libr., à Paris (3 ex.).
' Duplès-Agier (Henri), à Paris.
"Dupont (Edmond), chef de sec-
tion aux Archives nationales, à
Paris.
Durand et Pedone-Lauriel , li-
braires, à Paris.
DuRUY, ancien ministre de l'Ins-
truction publique, à Paris.
*DuvAL (Louis), archiviste de la
Creuse, à Guéret.
Egger, professeur à la faculté des
lettres, membre de l'Institut, à
Paris.
EsNAULT (L'abbé), au Mans.
Fabry (DE), à St-Gloud.
"Fagniez (Gust.), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
"Fanjoux, directeur de la Société
des forges et chantiers de la
Méditerranée, à Marseille.
"Faudet (L'abbé), à Paris.
*Faugeron, docteur es lettres, à
Angers.
*FiNOT, archiviste, à Vesoul.
"Fleury (de), archiviste de Loir-et-
Cher, à Blois.
" Floquet (A.), à Paris.
'FoNTENAY (H. de), à Autun.
"François (Saint-Maur), président
à la Cour d'appel de Pau.
Galette, libr. à Paris (3 ex.).
* Gardet, avocat, à Paris.
"Garnier (É.), sous-chef de sec-
tion aux Archives nationales, à
Paris.
Gauban (Oct.), avocat à la Réole
(Gironde).
"Gauthier (Jules), archiviste du
Doubs, à Besançon.
Gauthier (L'abbé), aumônier de
l'école de Grand-Jouan, à No-
zay (Loire-Inférieure).
"Gautier (L.), archiviste aux Ar-
chives nationales, professeur à
l'Ecole des Chartes, à Paris.
Genouillë, professeur au collège
Stanislas, à Paris.
Germain, doyen de la Faculté des
lettres, à Montpellier.
"Girâud (AL), vice-président du
tribunal civil, député à l'As-
semblée nationale, à Blois.
Giraud (P.-E), ancien député, à
Romans.
"GiRY (A.), à Paris.
"GossiN (L.), sous-chef au chemin
de fer d'Orléans, à Paris.
Gouget, archiviste, à Bordeaux.
"Grandmaison (Charles), archiviste,
à Tours.
Grandval (M>s de), correspondant
du ministère de l'instruction
publique, à Saint-Denis-Mai-
soncelles (Calvados).
*Gréa (L'abbé A.), vicaire-général
à Saint-Claude (Jura).
645
GuÉRANGER (Le T. R. p.
abbé de Solesmes,
dom),
*GuÉRiN (Paul), atttaché au Cata-
logue des manuscrits de la
Bibliothèque nationale à Pa-
ris.
*GuEssARD (F.), membre de l'Ins-
titut, professeur à l'Ecole des
chartes, à Paris.
*GuiFFREY (Jules), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
*GuiGNARD (Ph.), bibliothécaire, à
Dijon.
GuiGNuuT , secrétaire perpétuel
honoraire de l'Académie des
inscriptions, à Paris.
*GuiGUES (M. -G.) à Champagne en
Valromey (Ain).
Rxny (Alex.), àLuzarches (Seine-
et-Oise).
Heinrighs, à Paris.
Henneguy, à Paris.
Herluison, libraire, à Orléans.
Heude-Lepine, àMontfort-l'Amau-
ri.
*Hlmly (A.), professeur à la Faculté
des lettres, à Paris.
Jamet, à Paris.
*Janin (E.), à Paris.
Jourdain, mem-bre de l'Institut, à
Paris.
Jung-Treuttel, libraire, à Paris,
(10 ex.).
Kemminck, libraire à Utrecht(Pays-
Bas).
*Kerdrel (Audren dei, député, à
St-Vhel (Morbihan).
*Kr(î;ber (Auguste), à Paris.
Kymmel (N.), libraire, à Kiew (2
ex.).
*Laborde (Mis Joseph de), archi-
viste aux Archives nationales,
à Paris.
*La Borderie (Arthur de), député
à l'Assemblée nationale, à Vitré
(Ille-et- Vilaine).
Laboulaye (Edouard), membre de
l'Institut, à Paris.
* Lacabane (Léon) , professeur-di-
recteur honoraire de TEcole des
chartes, à Paris.
Lachelin, libraire à Kiew.
Lacour (de) de la Pijardière, à
Montpellier.
Laferrière - Pergy (C^e de), au
château de Ronfeugeray (Orne).
La Gr.ange (M'* de), membre de
l'Institut, à Paris.
Laigneau, à Chartres.
*Lair, secrétaire - général de la
Compagnie des entrepôts , à
Paris.
*Lalanne (Lud.), membre du Co-
mité des travaux historiques, à
Paris.
Lascombe (A.), au Puy.
Lasteyrie (Ferdinand de), membre
de l'Institut, à Paris.
La Villegille (de), secrétaire du
comité des travaux historiques,
à Paris.
*Lebeurier (L'abbé), archiviste, à
Evreux.
Lebrument, libraire, à Rouen.
*Legaron, à Paris.
*Lecoy de la Marche, archiviste
aux Archives nationales , à
Paris.
*Lefè\-re (A.), à Paris.
*Lefoulon, avocat, à Paris.
*Leglay (E.), directeur de l'Octroi,
à Paris.
Legoyt, ancien chef de division
au ministère des Travaux pu-
blics, à Paris.
'Legrand (Etienne), archiviste de
l'Ariége.
Lemaitre, libraire, à Valenciennes.
'Lemonnier (H.), avocat, à Paris.
646
Lhotaud, sous-bibliothécaire do la
ville de Montpellier.
Lépinois (E. de), à Rouen.
'L'kpinois (H. de), à Limeray (In-
dre-et-Loire).
*Le Proux, avocat, à Saint-Quentin
(Aisne).
* Lespinasse (René de), à Paris.
LiÉNARD, à Yerdun-sur-Meuso.
LiTTRK, membre de l'Institut, à
Paris.
Lorenz ((3.), lil)rairc, à Paris.
*LoT, archiviste aux Archives na-
tionales, à Paris.
"LucE (Siméon) , archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Mabille (Emile), employé à la
Bibliothèque nationale, à Paris.
Mainadier (C«'), à Versailles.
* Maître (L.), archiviste, à Nantes.
*Mandrot, à Paris.
*Marchegay (P.), aux Roches-Ba-
ritaud (Vendée).
* Marin-Darbel (E.), à Fontaine-
bleau.
*Marion (J.), à Paris.
*Marty-La veaux (Gh.), à Paris.
Mascré, ancien notaire, à Paris.
*Mas Latrie (L. de), chef de sec-
tion aux Archives nationales, à
Paris.
*Mas Latrie (René de), ancien
auditeur au Conseil d'Etat, à
Paris.
Masson, à Amiens.
*Maupré (François), archiviste, à
Orléans.
Maury (Alfred), membre de l'Ins-
titut , directeur général des
Archives nationales, à Paris.
Meilheurat(V.), à Montcombroux
(Allier).
Meinadier, à Versailles.
*Merlet (L.), archiviste, à Char-
tres.
Mesnil-Glaise (M's de Godefroy
de), à Paris.
"Meunier (Ern.), à Paris.
Mévil (M™e S'e Marie), à Paris.
* Mever (Paul), secrétaire de l'Ecole
des chartes, à Paris.
Mignet , secrétaire perpétuel de
l'Académie des sciences mora-
les, à Paris.
Millescamps (G-.), à Paris.
MiREPoix (M™e la duchesse de), à
Paris.
Moignon, conseiller à la Cour de
cassation, à Paris.
'MoLARD (Fr.), au château de La
Croix , près Chanibéry (Sa-
voie).
*MoNTAi{}LON (A. de), profcs-scur à
l'Ecole des chartes, à Paris.
* MoNTROND (FOURCHEUX DE) , à
Paris.
Morand, juge, à Boulogne-sur-
Mer).
MoRÉ (M^e)^ libraire, à Paris (4
ex.).
*MoRELOT (L'abbé), à Dijon.
MuQUARDT, libraire, à Bruxelles
(2 ex.).
Musset (G.), à Saintes.
* Paillard, ancien préfet, à Va-
lenciennes (Nord).
'Pannier (L.), employé au dépar-
tement des manuscrits de la
Bibliothèque nationale, à Paris.
* Paradis (L'abbé Aug.), à Paris.
Paravey (Edouard), négociant, à
Paris.
Parent de Rosan, à Paris.
Paris (Paulin), membre de l'Ins-
titut, à Paris.
"Paris (Gaston), professeur au Col-
lège de France, à Paris.
' Passy (Louis), député à l'Assem-
blée nationale, à Paris.
Patin, membre de l'Académie
française, à Paris.
647
*Pécotjl (A.-L.), ancien attaché
d'ambassade, à Paris.
*Péligier (J.), professeur d'histoire
au collège de Compiègne.
Pelletan, député à l'Assemblée
nationale, à Paris.
* Pelletan (Camille), à Paris.
' PÉRiN (Jules), avocat, à Paris .
Pertz, directeur de la Bibliothèque
impériale, à Berlin.
Picot, à Paris.
PoNTAUMONT (de), à Chorbourg.
PONTMARTIN (de), aUX AuglCS
(Gard).
*PoRT (Gélestin), archiviste, à
Angers.
*PouGiN (P.), négociant, à Paris.
Prévost-Allo, libraire, à Amiens.
*Prost (Bernard), archiviste du
Jura, à Lons-le-Saunier.
QuARRÉ, libraire, à Lille.
*QuicHERAT (Jules), directeur de
l'Ecole des chartes, à Paris.
QuicHERAT (Louis) , membre de
l'Institut, à Paris.
Ratyé (G.), au château d'Escanin
(Bouches-du-Rhône) .
* Raymond (Paul) , archiviste , à
Pau.
"Redet (X.-L.), à Poitiers.
Reinwald , ' libraire, à Paris (6
ex.).
Reynaud (Félix), à Marseille.
Rendu (Baron Athan.), à Paris.
* Rendu (Armand), à Paris.
Renouard (M™"), libraire, à Paris
(3 ex.).
Richard (Alfred) , archiviste, à
Poitiers.
Richemont (de), à la Rochelle.
* Ripert-Monglak (Comte François
DE), à Lima.
"Rimasson (Jules), à Paris.
Ristelhuber (P.), à Strasbourg.
"RoGQUAiN (F.), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Roquefeuille (de), à Paris.
*RosENzwEiG (Louis), archiviste, à
Vannes.
Rouard, bibliothécaire de la ville
d'Aix.
*Roulland (L.), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Roy (Jules), à Paris.
"RoziÈRE (Eugène de), membre de
l'Institut, inspecteur - général
des Archives départementales,
à Paris.
* Saige(G.), archiviste aux Archives
nationales, à Paris.
* Saint-Mauris (Baron de), à Paris.
Sassenay (C^ de), à Paris.
*Sghneider (L.), archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
* ScHWEiGHiEUSER (Alfred), à Stras-
bourg.
*Sgulfort, avocat, à Maubeuge
(Nord).
Seigneur (L'abbé), à Paris.
Senemaud , archiviste , à Mé-
zières.
*Senneville (de), à Paris.
* Sepet (Marins), employé à la Bi-
bliothèque nationale, à Paris.
Servaux, chef de bureau au mi-
nistère de l'Instruction publique,
à Paris.
* Servois (G.), secrétaire-général de
la Préfecture, à Toulouse.
Sidot, libraire, à Metz.
SouRY (Jules), employé à la Bi-
bUothèque nationale, à Paris.
* Stadler (E. de), ancien inspecteur-
général des Archives départe-
mentales, à Paris.
'Tardieu (Amédée), sous-bibliothé-
caire de l'Institut, à Paris.
648
* Tardif (Adolphe), chef de divi-
sion au ministère des Cultes,
professeur à l'Ecole des chartes,
à Paris.
' Tardif (Jules), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Tascherkau, administrateur géné-
ral de laBihliothèque nationale,
à Paris.
Terrehasse (de) , au Péage-de-
lioussillon (Isère),.
Thiers, président de la Répu-
hlique.
*Tholin (Georges) , archiviste à
Agen.
* Tranchant (Charles), conseiller
d'Etat et memhnî du Con-
seil municipal de Paris , à
Paris.
* Travers, conseiller de préfecture,
à Gaen.
Treuttel et Wurtz, libraires, à
Strasbourg (3 ex.).
*TuETEY (A.), archiviste aux Ar-
chives nationales, à Paris.
Tumeuel-Bertram, libraire, à St-
Omer.
Vallet de Viriville (M"'e) , à
Paris.
Valrooer (de), professeur à la
Faculté de Droit, à Paris.
"Vaulchier du Deschaux (V"= R.
DE), à Besançon.
*Vétault, archiviste, à Chàlons-
sur-Marne.
*ViLLEFossE (Héron de), à Nevers.
*'ViLLEFOssE (Ant. H. de), employé
au musée du Louvre, à Paris.
" VioLLET (Paul) , archiviste aux
Archives nationales, à Paris.
Viollet- Leduc , architecte, à
Paris.
Vitet, membre de l'Académie
française, à Paris.
Wailly (Natalis de), membre de
l'Institut, à Paris.
Wallon (H.), membre de l'Insti-
tut, à Paris.
'Wey (F.), inspecteur-général des
Archives départementales , à
St-Germain-en-Laye.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
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